Archive for the ‘Politique’ Category

Madagascar-Limogeage de Vonjy : De ministre à DG, de DG à planton

octobre 18, 2021

Vonjy Andriamanga

Au cours du Conseil des ministres du 13 octobre 2021, il a été décidé sur proposition du Ministère de l’Energie et des Hydrocarbures, le limogeage de Vonjy Andriamanga par l’annulation   du décret n°2019-2261 du 18 décembre 2019 portant nomination du Directeur Général de la société JIRAMA.

Il convient donc de féliciter le Conseil des Ministres du 13 octobre 2021 pour la sage décision de limoger Vonjy Andriamanga de son poste de directeur général de la Jirama.

A été désigné par la même occasion, Radanielina Rivo, pour assurer les fonctions de Directeur Général à titre provisoire.  Qui aurait cru que le gouvernement se décide un jour à limoger le maître profiteur qui avait entraîné la société JIRAMA dans la pire situation qu’elle n’ait jamais connue depuis sa création ? A titre de rappel, il faut noter que ce séducteur, mari volage aux multiples concubines et maîtresses, s’est toujours vanté d’être « l’intouchable indéboulonnable », parce que protégé et soutenu par on ne sait quel parrain mafieux ou plutôt par des partenaires affairistes qui pillent sans vergogne les financements destinés par subventions à JIRAMA ?

Madagascar avait vécu des crises depuis la création de JIRAMA, mais jamais encore un cadre aussi vicieux ne s’est ainsi comporté en véritable voyou à la tête d’une société d’Etat. Mêlé à des combines qui puent l’arnaque et les utilisations abusives des deniers de l’Etat, Vonjy Andriamanga s’est permis des comportements que la morale réprouve, en plus de la gestion acrobatique et malsaine de la trésorerie de l’entreprise. L’intéressé a toujours largement payé Onja Rasamimanana et Angela Zasy à raison de 30.000.000 Ariary. Incroyable mais vrai et prouvable. Cette fois-ci, on peut dire que le ministre de l’Energie et des Hydrocarbures Andry Ramaroson a eu le courage politique de prendre la bonne décision en se débarrassant d’un élément pourri.

Vonjy Andriamanga, qui était déjà sur sellette, est donc tombé de sa selle. La situation n’était plus tenable pour lui. Il aurait dû démissionner en raison de son manque de performance à la tête de la Jirama qui a fait de lui l’homme le plus haï de Madagascar. Ses actes de corruption passive ont aggravé son cas. Son insubordination mêlée d’arrogance n’a pas joué en sa faveur. Ses frasques sexuelles entachées de népotisme ont fait déborder le vase. Sur ce dernier point, en s’accrochant à Onja Rasamimanana, il a fini par tomber avec elle.

En nommant l’une de ses maîtresses à une haute fonction d’une entreprise publique, sans l’aval de son ministre de tutelle et du conseil d’administration, il a scié la branche sur laquelle il était assis.

Pour profiter des commissions exorbitantes qu’il a touché de la part de plusieurs compagnies du secteur de l’énergie, Vonjy Andriamanga va probablement partir à l’étranger. S’il reste ici, il sera considéré comme la seule personnalité ayant glissé du statut de ministre à celui de directeur général et de directeur général à planton à… Antanimora.

Avec La Gazette de La Grande Ile par Noël Razafilahy et Ranary

Cap-Vert : José Maria Neves élu dès le premier tour

octobre 18, 2021
Jose Maria Pereira Neves, ici en 2015 à la tribune de l’ONU, a été élu président du Cap Vert ce dimanche 17 octobre 2021. © REUTERS/Mike Segar

Le candidat du parti de la gauche historique au Cap-Vert, l’ex-Premier ministre José Maria Neves, a remporté la présidentielle dès le premier tour dimanche 17 octobre, selon des résultats provisoires.

José Maria Neves, 61 ans, membre du Parti Africain pour l’Indépendance du Cap-Vert (PAICV) et chef du gouvernement de 2001 à 2016, a recueilli 51,5% des suffrages, soit une majorité absolue nécessaire pour être élu dès le premier tour, selon ces résultats portant sur 97% des bureaux de vote. Il devance largement Carlos Veiga, du Mouvement pour la démocratie (MpD, centre droit, majoritaire au Parlement).

Carlos Veiga, 71 ans, autre ancien Premier ministre de 1991 à 2000, a obtenu 42,6% des suffrages, selon les mêmes résultats. Il a reconnu sa défaite devant les télévisions et félicité son adversaire. L’abstention a atteint 51,7% des inscrits lors de ce scrutin.

Ces résultats doivent encore être validés par la commission électorale. S’ils le sont, c’est une cohabitation qui s’annonce à la tête du Cap-Vert, qui a reconduit le 18 avril la majorité absolue du MpD du Premier ministre Ulisses Correia e Silva (38 sièges), devant le PAICV (30 sièges sur 72). Le champ d’action du président est restreint. Le Cap-Vert est doté d’un régime semi-parlementaire faisant la part belle au Premier ministre, au gouvernement et au Parlement.

Nombre record de candidats

Le long exercice de José Maria Neves comme Premier ministre a été marqué par l’établissement de relations avec la Chine, la signature d’un traité avec l’Union européenne et la présentation en 2008 d’un gouvernement majoritairement féminin.

Au total, 398 864 Cap-Verdiens, dont plus de 56 000 à l’étranger, étaient appelés à choisir un candidat parmi un record de sept concurrents, tous des hommes. Il s’agissait de désigner le cinquième chef de l’État du Cap-Vert indépendant à la suite de Jorge Carlos Fonseca, du MpD. Élu en 2011 et réélu en 2016, il était dans l’impossibilité de briguer un troisième mandat consécutif.

José Maria Neves prend la tête d’un pays de 550 000 habitants affichant un des PIB par individu les plus élevés d’Afrique de l’Ouest et a connu des années de croissance soutenue. Mais l’économie, dépendante à 25% du tourisme essentiellement européen, également tributaire des versements de la nombreuse diaspora et de l’aide au développement, a durement accusé le coup du Covid-19. La pandémie a accentué les effets d’une sécheresse aggravée ces dernières années. Carlos Veiga avait déjà perdu en 2001 et 2006 contre le candidat soutenu par le PAICV, Pedro Pires.

Par Jeune Afrique avec AFP

Congo-Nécrologie : Décès de Mr TCHIKAYA Jean Félix

octobre 17, 2021


Le Président de la Commission Éducation, Science, Culture du Sénat est décédé des suites d’une maladie.

Jean Félix TCHIKAYA

Avec Brazzanews

Le Cap-Vert élit son président

octobre 17, 2021

Le président Jorge Carlos Fonseca et sa femme à Washington le 5 août 2016, élu en 2011 et réélu en 2016, quittera le pouvoir en 2021. © Susan Walsh/AP/SIPA

Les Cap-Verdiens ont commencé à voter dimanche 17 octobre pour désigner leur futur président. Sept candidats tentent de succéder à Jorge Carlos Fonseca.

Les Cap-Verdiens se sont rendus en petit nombre dans les bureaux de vote de Praia à l’ouverture, à 7h locales. Dans la capitale et sur la dizaine d’îles qui composent l’archipel volcanique, les Cap-Verdiens sont appelés à choisir au premier tour entre sept candidats – un record -, tous des hommes.

Il faut 50% des votes validés pour l’emporter dès le premier tour. Un deuxième tour est jugé probable. Il est prévu le 31 octobre. La compétition devrait se jouer à nouveau entre les candidats du Mouvement pour la démocratie (MpD, centre droit, majoritaire au Parlement) et du Parti Africain pour l’Indépendance du Cap-Vert (PAICV), respectivement Carlos Veiga et José Maria Neves, tous deux anciens Premiers ministres.

Carlos Veiga avait perdu en 2001 et 2006 contre le candidat soutenu par le PAICV, Pedro Pires. Depuis l’instauration du multipartisme en 1990, 15 ans après l’indépendance du Portugal, les deux formations ont pratiqué une alternance sans heurts et largement vantée à l’étranger.

Régime semi-parlementaire

L’un de ces sept prétendants deviendra le cinquième chef de l’État du Cap-Vert indépendant à la suite de Jorge Carlos Fonseca, du MpD. Élu en 2011 et réélu en 2016, il est dans l’impossibilité de briguer un troisième mandat consécutif.

Le futur président prendra la tête d’un pays dont les 550 000 habitants affichent un des PIB par individu les plus élevés d’Afrique de l’Ouest et ont connu des années de croissance soutenue. Mais l’économie, dépendante à 25% du tourisme essentiellement européen, également tributaire des versements de la nombreuse diaspora et de l’aide au développement, a durement accusé le coup du Covid-19. La pandémie a accentué les effets d’une sécheresse aggravée ces dernières années. Le Cap-Vert a enregistré en 2020 une récession historique de 14,8%.

Mais le champ d’action du président est restreint. Le Cap-Vert est doté d’un régime semi-parlementaire faisant la part belle au Premier ministre, au gouvernement et au Parlement. Le Cap-Vert a reconduit le 18 avril la majorité absolue du MpD du Premier ministre Ulisses Correia e Silva (38 sièges), devant le PAICV (30 sièges sur 72). Les premiers résultats sont attendus dans la soirée, quelques heures après la fermeture des bureaux de vote à 18h.

Par Jeune Afrique avec AFP

17 octobre 1961 : 60 ans après, les Parisiens sont dans la rue

octobre 17, 2021

La veille, sur les berges de la Seine, Emmanuel Macron avait participé à une commémoration solennelle, avant de dénoncer « les crimes commis cette nuit-là ».

Il y a 60 ans, jour pour jour, etait perpetre le massacre d'Algeriens venus manifester pacifiquement dans la capitale contre un couvre-feu.
Il y a 60 ans, jour pour jour, était perpétré le massacre d’Algériens venus manifester pacifiquement dans la capitale contre un couvre-feu.© ALAIN JOCARD / AFP

Plusieurs centaines de manifestants sont descendus dans la rue à Paris, dimanche 17 octobre, scandant « 17 octobre 1961, crime d’État ». Il y a 60 ans, jour pour jour, était perpétré le massacre d’Algériens venus manifester pacifiquement dans la capitale contre un couvre-feu. La veille, sur les berges de la Seine, Emmanuel Macron avait participé à une commémoration solennelle, avant de dénoncer par le biais d’un communiqué « les crimes commis cette nuit-là sous l’autorité de Maurice Papon », les jugeant « inexcusables pour la République ».

Le candidat écologiste à l’Élysée Yannick Jadot participait au défilé, comme le numéro un d’EELV Julien Bayou ou encore le député de Seine-Saint-Denis Éric Coquerel (LFI). Derrière la banderole « pour la reconnaissance d’un crime d’État », le cortège est parti du 2e arrondissement de Paris vers le pont Saint-Michel (6e arrondissement ), situé à deux pas de la préfecture de police, qui avait organisé le 17 octobre 1961 la répression de la manifestation d’Algériens.

« Un petit pas de plus »

« C’est un petit pas de plus, mais ce n’est pas satisfaisant », a déclaré à l’Agence France-Presse l’historien Gilles Manceron, un des responsables de la Ligue des droits de l’homme (LDH) qui appelait à manifester, après la déclaration d’Emmanuel Macron. « C’est une reconnaissance d’un crime de préfecture. Nous demandons une reconnaissance de crime d’État et l’accès réel aux archives », a ajouté ce spécialiste de la mémoire de la guerre d’Algérie, dans le cortège. « C’est un geste, mais on sait très bien que Papon n’a pas agi de son propre arbitre. On ne peut pas agir sans ordre politique. Il y a eu une responsabilité au sommet de l’État français », a aussi insisté un manifestant de 45 ans, Othmane Benzaghou, militant associatif, membre des collectifs du hirak.

Le 17 octobre 1961, quelque 30 000 Algériens avaient manifesté pacifiquement à l’appel du FLN contre le couvre-feu qui leur était imposé. La présidence française a reconnu samedi pour la première fois que « près de 12 000 Algériens furent arrêtés et transférés dans des centres de tri au stade de Coubertin, au Palais des sports et dans d’autres lieux. Outre de nombreux blessés, plusieurs dizaines furent tués, leurs corps jetés dans la Seine ». Le bilan officiel ne dénombrait jusqu’à présent que trois victimes. L’appel à manifester ce dimanche pour le 60e anniversaire avait été signé par des dizaines d’organisations et d’associations (LDH, SOS Racisme, Mrap, Attac, Gisti, etc.), de syndicats et de partis (EELV, LFI, PCF…).

Par Le Point avec AFP

Mali : pour un nouvel âge d’or de la démocratie

octobre 17, 2021
Décompte des voix à Kidal, en juillet 2013 © Rebecca Blackwell/AP/SIPA

Les élections présidentielle et législatives qui doivent marquer la fin de la transition sont toujours prévues en février 2022. Mais, pour avoir un réel espoir de sortir le Mali de la crise, le processus électoral doit être modernisé.

Que ce soit en Turquie, en Russie, en Guinée ou, dans une moindre mesure, aux États-Unis, les idéaux démocratiques sont en net recul. Confrontée à la dure réalité de crises multiples, la démocratie est devenue la victime expiatoire du mécontentement des populations. Au Mali, une décennie marquée par trois coups d’État s’achève. Des coups de force suivis de transitions censées remettre sur les rails une démocratie jadis citée en exemple.

Une démocratie devenue spécialiste dans l’art des diagnostics à répétition, qui s’apprête à organiser les Assises nationales de la refondation, après les Concertations nationales en 2020 et le Dialogue national inclusif en 2019. Inapte à répondre à des problèmes récurrents, qui cristallise les peurs et a érigé une « république des privilèges » en réponse aux demandes de justice sociale. Incapable d’apporter des solutions politiques à une guerre dont les pertes civiles et militaires ne se comptent plus, et qui menace d’embraser toute la région sahélienne.

Espoir de renouveau

L’espoir de renouveau réside dans les prochaines élections, fixées en février 2022, qui devront permettre d’élire une nouvelle figure pour présider aux destinées d’une nation minée par les divisions. Malgré la nature titanesque du chantier, les candidatures ne manquent pas, mais est-ce vraiment la question?

LE MALI EST EN TRAIN DE MANQUER UNE OPPORTUNITÉ DE RENFORCER LA DÉMOCRATIE EN LA RENDANT PLUS INCLUSIVE

Il s’agit désormais d’éviter le scénario de 2013, où une transition a mené à l’élection d’un président qui, de l’avis général, aura conduit le pays au désastre. À Bamako, le débat s’est mué en une bataille entre partisans et détracteurs de l’Organe unique de gestion des élections, dont la genèse remonte pourtant à un rapport de 2008. Au pied du mur, l’ensemble des acteurs semblent s’accorder sur la nécessité d’une structure unique qui regrouperait les compétences aujourd’hui éparpillées entre la Délégation générale aux élections, la Commission électorale nationale indépendante et le ministère de l’Administration territoriale.

Les craintes portent sur les lourdeurs administratives. Face à cette situation, le gouvernement semble contraint de proroger la transition afin d’organiser des élections plus crédibles. Si on ne peut que louer cette volonté du gouvernement, elle aboutit à de nouvelles incertitudes sur l’issue d’une transition qui a déjà connu un «coup dans le coup » et tarde à concrétiser les espoirs qu’elle avait suscités. Pis encore, le Mali est en train de manquer une opportunité de renforcer la démocratie en la rendant plus inclusive et, en définitive, d’éviter que les dirigeants changent et que les problèmes de fond demeurent.

Confiance ébranlée

En premier lieu, les élections au Mali ne mobilisent que très peu. Le taux de participation, indicateur clé de la vitalité d’une démocratie, est en baisse – de plus de 65 % en 2002 à moins 35 % en 2018. Ainsi, sur les 8 millions d’électeurs inscrits sur les listes, seuls 2,6 millions se sont déplacés aux urnes lors du premier tour des dernières présidentielles. Pire encore, dans un pays de plus de vingt millions d’habitants, le dernier chef de l’État a été élu avec moins de 1,8 millions de suffrages. En cause : des problèmes logistiques dans la distribution des cartes d’électeur, des difficultés d’identification des bureaux de vote et un niveau élevé de migration interne.

LA RÉCURRENCE DES COUPS D’ÉTAT S’EXPLIQUE PAR LE MANQUE DE REPRÉSENTATIVITÉ ET DE LÉGITIMÉ DES DIRIGEANTS

L’incapacité des partis à mobiliser traduit aussi un profond mal-être. Au Mali, plus de 200 formations politiques nourrissent principalement l’ambition d’un homme – dont le culte remplace tout projet politique. Difficile dans ces conditions de mobiliser, à moins de s’allier avec des chefs religieux ou de promettre un billet. La faillite démocratique a conduit au rejet d’un système qui accouche d’élus sans assise électorale et pose les jalons d’une gouvernance instable où la moindre crise sérieuse peut avoir raison des gouvernants. Il ne faut pas chercher plus loin les raisons de la récurrence des coups d’État, que dans le manque de représentativité et de légitimé des dirigeants.

Les récentes scènes de liesse à Conakry nous rappellent que cette tare de la démocratie est commune à une grande partie de l’Afrique. Ensuite, en dépit d’un code électoral basé sur un consensus de l’ensemble de la classe politique, les acteurs ont une très faible confiance dans le système électoral. En abandonnant le terrain des idées, la classe politique investit plus dans la recherche et l’exploitation de toutes les défaillances du processus électoral. Ainsi, dans un pays où la tradition de l’alternance démocratique n’est pas bien établie, les concessions sont rares et les élections ne sont perdues que parce que « les autres » ont triché. Lorsque l’adversaire politique n’est qu’autre qu’un dirigeant sortant, la suspicion atteint son paroxysme.

De plus, la confiance est ébranlée par les défaillances du fichier électoral. Devant l’impossibilité d’organiser un recensement général de la population depuis 2009, les différentes élections ont utilisé les fichiers de l’état civil. Malgré des progrès significatifs réalisés au cours des dernières années, trop peu de décès sont encore formellement notifiés. Il en résulte des listes électorales truffées de « morts-votants ».

Des vote par « robocalls »

La possibilité de voir des agents électoraux employés par l’État ayant accès aux cartes d’électeurs potentiellement décédés au cour d’une procédure très manuelle de vote, dépouillement, et décompte des suffrages pose les germes des conflits post-électoraux. Enfin, on l’oublierait presque, mais le Mali est un pays en guerre, où l’État est absent de la quasi-totalité des localités du Centre et du Nord – souvent depuis plus de neuf ans. Dans des zones où les lieux de vote traditionnels (écoles, tribunaux) ont fermé, l’administration (préfets et sous-préfets) n’exerce plus.

Un scrutin comme en 2018, qui exclurait les citoyens les plus avides de changement, ceux-là mêmes qui souffrent le plus de l’incapacité de l’État à assurer ses fonctions régaliennes, servirait de leitmotiv à toutes les factions qui militent pour une partition du pays. Alors que faire ?

Pour relever ces défis, le Mali peut décider d’entrer dans la modernité par la grande porte et organiser les premiers scrutins utilisant la téléphonie mobile comme vecteur de vote. Fort d’un taux de pénétration de plus de 97 %, la téléphonie mobile est devenue une part intégrante de la vie des Maliens. Si le taux d’alphabétisation ne permet pas de considérer des solutions basées sur des applications ou la messagerie, il est possible de mettre en place des« robocalls », appels automatisés vers tous les votants afin de récolter leurs suffrages. Pour être clair, il s’agit d’appeler des électeurs et non des numéros de téléphone, ce qui implique de relier chaque électeur à ses numéros de téléphone. Ce mode de scrutin aurait l’avantage d’atteindre une plus grande partie de la population, serait accessible sur l’ensemble du territoire, et rendrait le vote plus pratique en éliminant les contrariétés liées à la recherche d’un bureau de vote et aux files d’attente.

IL FAUDRA AU MOINS UNE GÉNÉRATION POUR MENER À BIEN TOUTES LES RÉFORMES NÉCESSAIRES POUR REFONDER LA NATION

En fixant des horaires d’appels flexibles, il serait possible de limiter, voire d’éliminer, les achats et ventes de suffrages en rendant impossible de contrôler le vote effectif des citoyens par des agents politiques. L’automatisation des appels et du décompte permettrait de réduire les délais entre la fin du scrutin et la proclamation des résultats, une période cruciale où les spéculations sur de possibles manipulations ouvrent la voie aux conflits. Par ailleurs, les contestations pourraient être facilement résolues en rendant disponibles les enregistrements audio de tous les votes contestés.

Enfin, les avantages financiers ne sont pas à négliger pour des élections dont le coût est estimé à près de 68 milliards F CFA. Sans les impressions de carte d’électeur et de bulletins, et sans les salaires du personnel de surveillance et des assesseurs, il s’agira uniquement de constituer un fichier unique électeur/numéro de téléphone et les frais d’appels ne coûteraient que quelques centaines de millions de FCFA.

Revenir à des ambitions plus modestes

« Si longue et si noire que soit la nuit, il vient toujours une heure où enfin le jour se lève », disait Oumar Sangaré – une évidence, pourrait-on penser. Dans un Mali assailli de toutes parts, exprimer l’espoir d’un jour nouveau est devenu la panacée d’une poignée de rêveurs. La posture actuelle de la transition, qui insiste sur des réformes profondes avant d’organiser des élections, n’est pas très réaliste. Le mal est si profond qu’il faudra au moins une génération pour mener à bien toutes les réformes nécessaires pour refonder la nation.

De plus, à regarder de près, les autorités de transition ne proposent aucune solution nouvelle – la plupart des pistes de réformes datent de plus de dix ans, les pouvoirs passés n’ont pas pu les mettre en œuvre faute d’une légitimé suffisante. Ainsi, il serait plus sage de revenir à des ambitions plus modestes – une modification de la loi électorale, l’organisation d’élections libres, inclusives et transparentes ferait de la transition une grande réussite et serait une première étape vers le rétablissement d’une relation de confiance entre gouvernants et gouvernés. Les élections utilisant la téléphonie mobile offrent cette opportunité et l’assurance de pouvoir organiser de nouveaux scrutins dans des délais courts si le nouveau pouvoir ne se montre pas à la hauteur.

Modibo Seydou Sidibé

avec Jeune Afrique par Modibo Seydou Sidibé

Professeur d’économie à la Duke University (États-Unis)

Congo: Mokoko vit avec des graffitis, tags, rats, cafards et autres insectes qui pullulent dans sa cellule

octobre 16, 2021

La Maison d’arrêt de Brazzaville, la capitale congolaise, est de nouveau pointée du doigt pour les conditions déplorables de détention. Surpopulation carcérale, graffitis, tags, rats, cafards, délabrement… le constat est accablant. Un phénomène qui n’est pas nouveau mais massif, durable et particulièrement indigne. Cette promiscuité provoque des problèmes sanitaires et une hygiène désastreuse. Les conditions de détention violent gravement les droits fondamentaux des détenus. Le général Jean-Marie Michel Mokoko vit chaque jour avec des graffitis, tags, rats, cafards et autres insectes qui pullulent dans sa cellule, a-t-on appris auprès d’un surveillant pénitentiaire.

Sur tout ce que l’enfermement et la solitude sont capables de féconder au-delà des graffitis, tags, rats, moustiques, vétusté ou délabrement de la Maison d’arrêt de Brazzaville, les prisons congolaises, loin d’être des lieux de grande créativité, d’imagination artistique, d’épanouissement intellectuel et de réinsertion, sont uniquement des véritables lieux de sanction , des lieux de souffrance.

Les détenus n’ont rien d’autre pour les distraire. La prison dope leur imaginaire.

Les conditions de détention sont «effroyables» dans les prisons du Congo-Brazzaville où la répression se déroule «à huis clos», a dénoncé en mai 2019 l’Observatoire congolais des droits de l’homme (OCDH) dans un rapport qui fait état de la mort d’une trentaine de détenus entre 2017 et 2018.

«Ces conditions sont difficiles et assimilables à des maltraitances. Il y a des décès en prison. Nous en avons enregistré une trentaine entre 2017 et 2018», la période couverte par le rapport d’une centaine de pages, avait indiqué Trésor Nzila, directeur exécutif de l’OCDH.

«L’exemple le plus récent, c’est la prison d’Ouesso (au nord) où nous avons enregistré 9 décès. Leur mort serait due à la malnutrition selon les responsables pénitentiaires», avait déploré le membre de l’OCDH. «Quand les gens meurent de malnutrition en prison, (c’est) une illustration parfaite de la torture», selon lui.

Le rapport souligne le «difficile accès aux prisonniers de haut profil». L’ONG fait allusion au général Jean-Marie Michel Mokoko, chef d’état-major de l’armée entre 1987 et 1993. Cet officier de 74 ans a défié le Président Denis Sassou N’Guesso à la présidentielle contestée de 2016.

En 2018 il a été jugé pour «atteinte à la sécurité intérieure de l’État» et condamné à 20 ans de prison. «Nous avons eu des alertes inquiétantes : les conditions de détention du général Mokoko ont été durcies. Il est interdit aux ONG de le voir. Il faut craindre qu’on enregistre un drame en prison», avait dénoncé Trésor Nzila.

Les avocats de Jean-Marie Michel Mokoko ont eux aussi interdiction de le voir sous prétexte qu’il a été «définitivement condamné».

«La doctrine du gouvernement congolais sur la question des droits de l’homme se résume par la duplicité manipulatrice: d’un côté vous avez des discours d’un État promoteur des droits de l’homme, qui ratifie les traités. De l’autre côté, la violation des droits fondamentaux est systématique, la terreur et la répression se poursuivent à huis clos», avait relevé Trésor Nzila.

Suite à des plaintes déposées en 2020 et 2021 par les familles de prisonnier, Trésor Nzila a affirmé que « Les cellules sont infestées de cafards, de rats, de puces, de moustiques et autres insectes. Tous les détenus qui y sont dorment à même le sol. Lorsque vous arrivez là-bas, si vous êtes un homme, automatiquement on vous déshabille avant l’entrée en cellule. La lumière, y compris naturelle, est très faible. La chaleur est intense. Les conditions sont très inhumaines et dépassent le seuil de gravité ».

Trésor Nzila a demandé au gouvernement congolais d’agir au plus vite : « Nous interpellons le gouvernement de prendre des mesures urgentes pour humaniser les conditions de détention ».

Par Satny Frank avec Sacer-infos

Centrafrique : enfin un cessez-le-feu pour l’ouverture d’un prochain dialogue national

octobre 16, 2021

Dans le but de promouvoir l’ouverture d’un prochain dialogue national et garantir la sécurité de la population centrafricaine, le chef de l’Etat, Faustin-Archange Touadéra, a résolu, le 15 octobre, de décréter un cessez-le-feu unilatéral immédiat dans son pays.

L’annonce du président de la République est intervenue après plusieurs accords de cessez-le-feu et de paix signés mais sans aucune solution pérenne. Elle permettra, selon le chef de l’Etat, de mettre fin aux opérations militaires ainsi qu’à toute action armée sur l’ensemble du territoire national.

L’engagement du gouvernement centrafricain de décréter ce cessez-le-feu a été pris lors de l’adoption de la feuille de route de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (Cirgl), tenue à Luanda.  Un engament qui, selon les chefs d’Etat de la Cirgl, a pour objectif principal de donner une chance à ce pays en proie aux violences d’opter pour une paix durable.  

« Notre engagement figure sur la feuille de route pour la paix, issue du dernier sommet de l’organisation sous-régionale. Les principaux leaders, plus précisément ceux du Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique et de l’Unité pour la paix en Centrafrique, avaient respectivement pris cet engagement important de cesser toute action armée sur le territoire national », précise le président centrafricain, en rappelant que son pays connaît de longues périodes d’instabilité, notamment marquées par des guerres civiles et de multiples coups d’État sans oublier les violences et les situations politiques drastiques.

« Je viens vous annoncer ce soir la fin des opérations militaires et de toute action armée sur l’ensemble du territoire national. Ceci, à compter de ce jour, 15 octobre 2021. Cela, pour assurer la sécurité du peuple. Ce n’est pas une décision facile à prendreLe cessez-le-feu que j’ai annoncé est la démonstration de ma ferme volonté de privilégier la voie du dialogue et non celle des armes, dans le règlement des conflits et de la crise qui secoue notre pays », a-t-il déclaré, avant de spécifier que sa décision n’empêche ni les forces de sécurité intérieure de maintenir l’ordre, ni l’armée de répondre en cas de légitime défense et ni la Minusca d’exercer son mandat. Car, ce cessez-le-feu est décrété pour des raisons humanitaires et de paix.  D’autant plus que la Centrafrique est le théâtre d’une guerre civile depuis 2013. Ces combats ont considérablement baissé d’intensité depuis trois ans mais ont culminé entre 2014 et 2015, occasionnant ainsi des milliers de morts.

Avec Adiac-Congo par Rock Ngassakys

Violences en RDC : la justice transitionnelle doit être décolonisée

octobre 16, 2021
Un soldat de l’armée congolaise dans le camp de déplacés de Bijombo, dans l’est de la RDC. © ALEXIS HUGUET / AFP

Comment répondre aux violations massives des droits humains dans l’est de la RDC ? La justice transitionnelle peut être une solution, si elle est mise en œuvre par les Congolais eux-mêmes.

Depuis plus de trois décennies, la RDC vit au rythme des conflits et violences incessantes qui emportent des milliers de vies et causent de multiples blessures physiques et traumatismes mentaux dans toutes les communautés du pays, particulièrement dans les provinces orientales du Nord et du Sud Kivu, de l’Ituri et du Tanganyika. Répondre à ces violations massives des droits humains requiert une prise en compte globale des facteurs historiques, politiques, sécuritaires, économiques et sociaux qui peuvent nous éclairer sur les mécanismes ayant conduit au chaos et à la dévalorisation de la vie humaine dans ce pays. Mais les débats restent dominés par l’activisme en faveur de la création de mécanismes de justice transitionnelle.

Milices ethniques

Par justice transitionnelle, les Nations unies entendent « l’éventail complet des divers processus et mécanismes mis en œuvre par une société pour tenter de faire face à des exactions massives commises dans le passé en vue d’établir les responsabilités, de rendre la justice et de permettre la réconciliation ».  Dans le contexte congolais, les débats sont étroitement centrés sur le Mapping Report. Publié en août 2010, ce rapport du Haut-commissariat de l’ONU pour les droits de l’homme inventoriait les « 617 incidents les plus graves » survenus entre mars 1993 et juin 2003, pouvant, « s’ils sont dument enquêtés et prouvés […], suggérer la commission de multiples violations des droits de l’homme». Les dits incidents couvraient notamment les violences au Shaba/Katanga et au Nord Kivu à partir du début 1993, celles précédant et accompagnant les deux guerres du Congo (1996-1998/1998-2001) ainsi que la difficile transition vers un gouvernement post-rebellions (2001-2003).

Parmi leurs auteurs présumés se trouvent diverses milices congolaises souvent organisées sur des bases ethniques, les forces armées régulières congolaises, les mouvements armés, notamment l’AFDL, le MLC, et les forces en provenance des pays voisins de la RDC, dont les armées rwandaise (APR/RDF), ougandaise (UPDF), burundaise (FAB), zimbabwéenne (ZDF) et angolaise (FAA).

Dans ses conclusions, le rapport recommandait « une politique holistique de justice transitionnelle qui s’appuierait sur la création de mécanismes divers et complémentaires », notamment un tribunal mixte pour la RDC ; une Commission vérité et réconciliation ; des programmes de réparation et de réformes institutionnelles. La juridiction mixte devrait mener des enquêtes approfondies devant éventuellement conduire à des poursuites judiciaires contre les auteurs des crimes commis dans le pays.

Au terme d’une campagne médiatique plutôt réductrice autour du Rapport Mapping et face aux protestations ou aux objections des pays voisins de la RDC, ce travail est quasiment tombé dans l’oubli. Il a resurgi ces dernières années grâce à l’activisme de personnalités telles que le Dr. Denis Mukwege, Prix Nobel 2018, d’acteurs politiques comme Martin Fayulu (coalition Lamuka) ainsi que de membres de la société civile portés par leurs soutiens internationaux, surtout européens.

Théories complotistes, rapport politique

Mais cet activisme soulève bien des interrogations tant il procède d’une lecture plutôt sélective du rapport. Ainsi, lors de sa publication, la tempête médiatique soulevée par l’évocation des «  attaques contre les réfugiés hutu », qualifiées de génocidaire, était en totale contradiction avec le silence quasi absolu sur les violences dirigées contre les Banyamulenge et les Tutsi congolais. De même, la qualité de victime ou de bourreau est attribuée aux uns et aux autres de manière fantaisiste, suivant le principe de l’objectivité sélective.

L’exemple le plus frappant est l’attitude paradoxale des personnalités comme Martin Fayulu qui promeuvent le Rapport Mapping ainsi qu’un vague concept de « génocide congolais » en souscrivant aux théories complotistes sur la balkanisation et l’occupation tutsi-rwandaise de la RDC tout en niant toute présence de Banyamulenge dans le pays.

IL NE FAUT PAS FÉTICHISER LE RAPPORT MAPPING ET IGNORER LES RÉALITÉS CONTEMPORAINES, Y COMPRIS LES ATROCITÉS EN COURS

Deuxièmement, l’usage sélectif du Rapport Mapping comme fondement d’une future justice transitionnelle en RDC rétrécit, de manière artificielle, les limites matérielles et temporelles des débats sur la responsabilisation pénale pour les violations des droits humains en RDC. En effet, celles-ci ont perduré au-delà de la décennie 1993-2003 couverte dans le document, jusqu’à aujourd’hui. Diverses sources, notamment l’ONU et le Baromètre sécuritaire du Kivu, ont récemment recensé dans les provinces orientales plus d’une centaine de groupes armés, essentiellement locaux, régulièrement accusés de multiples exactions. Les forces régulières (FARDC) et des groupes armés étrangers s’illustrent également par leurs abus envers des populations civiles.

De ce fait, une poursuite de justice transitionnelle qui fétichise le Rapport Mapping tout en ignorant les réalités contemporaines, y compris des atrocités en cours, revêt un caractère plus politique qu’une sincère défense des droits des victimes.

Décolonisation de la justice

En effet, l’activisme déployé pour la création d’un Tribunal pour la RDC trahit une certaine volonté d’externalisation des responsabilités pour tous les crimes commis dans le pays. Comme le déclarait récemment un député provincial sud-kivutien favorable à une justice international(isée) – et par ailleurs chantre du discours anti-banyamulenge-tutsi –, la justice pour laquelle il milite viserait à la condamnation des acteurs étrangers (rwandais, ougandais, burundais…) qu’il considère comme seuls responsables des violations commises en RDC. Cet argument trahit une lecture erronée du Rapport Mapping et surtout l’absence de regard introspectif sur les responsabilités congolaises dans les conflits, violences et autres maux qui gangrènent le pays.

INVESTIR DANS LA CAPACITÉ DES JURIDICTIONS CONGOLAISES AUSSI BIEN POUR LES VIOLATIONS PASSÉES QUE PRÉSENTES, SERAIT SALUTAIRE AU MOMENT OÙ L’AFRIQUE

Finalement – et c’est ici que se situe l’argument décolonial – le militantisme actuel, qui réduit la justice transitionnelle en RDC à une cour internationale ou mixte, est un aveu d’incapacité ou d’absence de volonté des acteurs congolais. La justice devant les tribunaux internationaux ou mixtes est essentiellement symbolique en ce sens qu’elle ne peut instruire qu’un nombre limité de dossiers. Après tout, la Cour pénale internationale a déjà mené des poursuites et reste saisie du dossier depuis 2004. Étant donné les coûts exorbitants que nécessite une telle démarche, investir dans la capacité des juridictions congolaises à délivrer la justice pour tous, aussi bien pour les violations passées que présentes, serait salutaire au moment où l’Afrique est appelée définir son avenir.

Avec le soutien d’institutions telles qu’Avocats sans frontières et l’International Centre for Transitional Justice, les juridictions congolaises ont démontré leur potentiel à surmonter les défis structurels – tels que la corruption institutionnalisée – pour instruire des dossiers, souvent très sensibles et médiatisés, sur certains crimes. La plainte récemment déposée devant les juridictions congolaises sur les crimes commis dans la région de Minembwe et les discours de haine s’inscrit dans ce cadre. Plutôt que de dépenser des ressources sur des juges, procureurs et experts de justice étrangers providentiels, un renforcement institutionnel de la capacité des praticiens congolais du droit à délivrer une justice véritablement indépendante, impartiale et inclusive contribuerait à une réelle décolonisation des interventions visant la justice, la paix et la sécurité en RDC et dans sa région est.

Félix Mukwiza Ndahinda

Avec Jeune Afrique par Félix Mukwiza Ndahinda

Chercheur congolais installé aux Pays-Bas.

Côte d’Ivoire : avec un nouveau parti, Laurent Gbagbo signe son grand retour en politique

octobre 16, 2021
Laurent Gbagbo, en juin 2021. © Leo Correa/AP/SIPA

L’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo lance ce week-end un nouveau parti politique pour « réunir la gauche », avec l’élection présidentielle de 2025 en ligne de mire.

« C’est le grand retour de Laurent Gbagbo sur la scène politique », se félicite Justin Koné Katinan, porte-parole de l’ancien chef de l’État. Depuis son arrivée à Abidjan le 17 juin, acquitté par la justice internationale qui le jugeait pour crimes contre l’humanité dans la sanglante crise post-électorale de 2010, Laurent Gbagbo n’a pourtant jamais été très loin de la politique.

Visite chez l’ex-président et ancien rival Henri Konan Bédié, rencontre de « réconciliation » avec le chef de l’État Alassane Ouattara, rupture consommée avec son ancien Premier ministre Pascal Affi N’Guessan : il a occupé le paysage politique ivoirien. « Assumons de faire de la politique », avait-il lancé dès le 10 juillet dernier, lors de sa visite chez Henri Konan Bédié.

Le Front populaire ivoirien (FPI), son parti historique fondé dans la clandestinité en 1982, étant désormais aux mains de Pascal Affi N’Guessan, Laurent Gbagbo a choisi de donner un nouveau souffle à son retour en créant sa propre formation.

Panafricanisme

Près de 1 600 délégués sont attendus au prestigieux Hotel Ivoire d’Abidjan pour rédiger le manifeste et les textes de cette nouvelle formation qui devrait s’appeler « Parti des Peuples Africains – Côte d’Ivoire » (PPA-CI). Dans le nom comme dans le logo – deux mains entrelacées dans une carte d’Afrique – qui seront proposés dimanche, l’accent est mis sur la dimension panafricaine du parti. La souveraineté de l’Afrique face aux puissances occidentales devrait d’ailleurs faire partie des thèmes phares du congrès ce week-end.

SIMONE GBAGBO ENVOIE DES SIGNAUX CES DERNIÈRES SEMAINES POUR FAIRE CAVALIER SEUL

Pas question pour autant de délaisser la politique nationale en Côte d’Ivoire. Dans l’entourage de l’ancien président, le mot d’ordre est clair : ce nouveau parti vise à recréer un débat politique dans un pays où l’opposition est considérablement affaiblie depuis 10 ans.

« Nous voulons constituer un parti d’opposition politique normal qui apporte une critique. Pour que le débat quitte la violence et devienne essentiellement politique », clame Justin Koné Katinan. « On attend de voir si ce sera une opposition réelle ou un parti en quête du pouvoir. On verra comment ils vont procéder, quel sera leur programme alternatif », estime l’analyste politique Sylvain N’Guessan.

Avec Simone Gbagbo ?

Reste à savoir quelles personnalités politiques ivoiriennes rejoindront cette plateforme. Une grande partie des cadres et anciens ministres du FPI vont suivre leur ancien leader dans cette nouvelle aventure, mais quelques inconnues demeurent.

Simone Gbagbo d’abord. L’ex-Première Dame, dont Laurent Gbagbo a demandé le divorce à son retour en Côte d’Ivoire envoie des signaux ces dernières semaines pour faire cavalier seul, à l’image du lancement d’une plateforme la soutenant.

Charles Blé Goudé, ensuite. L’influent pilier du régime de Gbagbo (2000-2011), dont il a été le co-accusé à la Haye, est toujours bloqué aux Pays-Bas depuis son acquittement, faute de passeport, mais entretient le mystère sur son rôle lors de son retour en Côte d’Ivoire.

Enfin Guillaume Soro, ancien chef de la rébellion qui a aidé Alassane Ouattara à accéder au pouvoir contre Laurent Gbagbo et aujourd’hui tombé en disgrâce, condamné à perpétuité en juin pour « complot » et actuellement en exil. De quoi laisser la porte entrouverte à celui qui incarne désormais une frange de l’opposition au chef de l’État.

« Ceux qui veulent nous rejoindre savent à quoi s’en tenir. Nous sommes un parti de gauche, et ceux qui s’y retrouvent peuvent venir », glisse Justin Koné Katinan. Le lancement de ce parti, quatre mois après le retour de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire, est en tout cas une première étape vers la présidentielle de 2025. Un projet de l’exécutif visant à limiter l’âge des candidats à 75 ans pourrait toutefois constituer un obstacle aux ambitions de Laurent Gbagbo. En 2025, il aura 80 ans.

Par Jeune Afrique avec AFP