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France: Merci, Joséphine Baker

novembre 30, 2021
Exposition « Joséphine Baker, au fil de l’eau », du 25 novembre au 31 décembre 2021 à la piscine Joséphine-Baker, Paris. © La piscine – Joséphine Baker

Ce 30 novembre, Joséphine Baker entre au Panthéon. Un symbole qui fait, à juste titre, l’unanimité. Puisse-t-il nous inspirer!

Ni remous ni scandales, ni contestations ni réserves. Pour une fois, le choix du président Emmanuel Macron semble faire l’unanimité et l’entrée de Joséphine Baker au Panthéon, temple républicain des « grands hommes », lui fournira ce 30 novembre 2021 l’occasion de dire ce que doit être la France de demain.

En habile manipulateur des symboles, il caressera dans le sens du poil le pays des Droits de l’homme et du citoyen tel qu’il aime à se penser : égalitaire, libertaire et fraternel. En un temps où certains communiquent avec des doigts d’honneur, il serait malvenu de faire la fine bouche face au symbole. Surtout quand celui-ci a les yeux et la voix de Joséphine Baker.

Un exemple d’affranchissement

Dès 2013, dans une tribune pour le quotidien Le Monde, le philosophe Régis Debray demandait l’entrée de la chanteuse et danseuse au Panthéon. « L’époque n’est pas au sacrifice ? Justement. La Gestapo a quitté la place et personne ne nous demande de faire sauter les trains. On peut encore, en revanche, secouer les apartheids en réinventant le quotidien. Joséphine Baker n’a pas l’aspect d’une héroïne. C’est une irrégulière. Ce n’est pas un mythe. C’est un exemple. De quoi ? D’un affranchissement, qui a bousculé les conformismes et dérangé les lignes », écrivait-il déjà.

UNE FEMME NOIRE, ANTIRACISTE, FÉMINISTE, RÉSISTANTE, BISEXUELLE, FRANC-MAÇONNE SERA CÉLÉBRÉE PAR LA NATION RECONNAISSANTE

Emmanuel Macron l’a lu et entendu, le cénotaphe de l’enfant née Freda Joséphine McDonald, le 3 juin 1906 à Saint-Louis (Missouri), attirera désormais en visiteurs les fantômes de Jean Moulin, Victor Schœlcher et Félix Éboué, entre autres, comme sa loge parisienne attirait Hemingway, Man Ray, Le Corbusier et bien d’autres.

Et le temps d’un discours, au moins, une femme noire, antiraciste, féministe, résistante, bisexuelle, franc-maçonne sera célébrée par la nation reconnaissante. Laquelle peut bien lui dire merci pour ce qu’elle a offert : son talent, son engagement, sa générosité, sa reconnaissance.

Exposition « Joséphine Baker, au fil de l’eau », du 25 novembre au 31 décembre 2021 à la piscine Joséphine-Baker, Paris.
Exposition « Joséphine Baker, au fil de l’eau », du 25 novembre au 31 décembre 2021 à la piscine Joséphine-Baker, Paris. © Piscine Joséphine-Baker

Merci pour la beauté, merci pour le spectacle, merci pour le retournement du regard, merci pour le combat, et surtout merci pour l’exemple et l’inspiration. Les plus jeunes générations iront chercher et trouveront dans les livres d’histoire, les albums jeunesse (Joséphine Baker, la danse, la résistance et les enfants, de Patricia Hruby Powell, Rue du monde, 108 pages, 19,50 euros), les bandes dessinées (Joséphine Baker, de Catel & Bocquet, Casterman, 568 pages, 30 euros), les documentaires (Stupéfiant – Modèles noirs, regards blancs et Secrets d’histoire : Joséphine Baker, la fleur au fusil, diffusés les 2 et 3 décembre sur France 2/TV5 Monde), les expositions (Baker au fil de l’eau, piscine Joséphine-Baker, jusqu’au 31 décembre), de quoi nourrir une vision de la France qui ne soit pas celle, rance, du rejet et de l’égoïsme.

Merci Joséphine Baker de nous aider encore, par-delà la mort, à être un peu meilleurs.

Joséphine Baker, intersectionnelle avant l’heure

Joséphine Baker dans le film muet « La sirène des tropiques » (1927), de Mario Nalpas et Henri Etievant © Mary Evans/AF Archive/SIPA

Joséphine Baker est la première femme noire à entrer au Panthéon le 30 novembre 2021. Un hommage à cette incarnation du jazz qui combattait toutes les formes d’oppression.

Joséphine Baker entre au Panthéon, ce lieu dévolu aux grands hommes et femmes de l’histoire de la France, le 30 novembre. Ce sera seulement la cinquième femme honorée pour 72 hommes, et la première femme noire. Pour respecter la volonté de la famille, son corps restera au cimetière marin de Monaco. Elle y a été inhumée vêtue de son uniforme militaire, avec les médailles reçues du fait de son rôle pendant la Résistance.5.

Il serait vain de tenter de retracer en quelques phrases une vie aussi riche. Née à Saint-Louis (Missouri), Joséphine Baker est devenue au cours des années 1930 l’une des premières artistes connues internationalement. Joséphine Baker, c’est d’abord pour beaucoup l’incarnation du jazz. À 13 ans, elle intègre une troupe de spectacle de rue, The Jones Family Band. À 15 ans, elle participe au St. Louis Chorus Vaudeville Show. Elle rejoint ensuite New York et la revue musicale Shuffle Along. Les années 1920, c’est la renaissance de Harlem, avec une explosion d’énergie créatrice au sein de la communauté artistique africaine-américaine. Des comédies musicales et des boîtes de nuit comme le Cotton Club font émerger des talents noirs à la popularité sans précédent auprès de l’Amérique blanche.

RIHANNA ET BEYONCÉ, AVEC SA ROBE BANANE, LUI ONT RENDU HOMMAGE

Joséphine Baker va internationaliser ce mouvement en participant de son exportation outre-atlantique. À Paris, elle devient la danseuse de revue la mieux payée de l’époque, à la tête d’une troupe de 25 artistes, la fameuse « Revue nègre » qui se produit aux Folies Bergères et au Théâtre des Champs Élysées… Le 20 septembre 1926, Joséphine enregistre ses premiers 78 tours chez Odéon. C’est alors que le public francophone découvre les plus grands standards du jazz.

Aujourd’hui encore, les artistes africains-américains rendent hommage au rôle de Joséphine. On se souvient de Beyoncé et de sa jupe banane lors de sa performance en 2006 au Fashion Rocks ou de Rihanna en 2014 aux Fashion Awards qui arborait une robe transparente inspirée de Joséphine.

« Tribu arc-en-ciel »

Joséphine Baker, c’est aussi l’exaltation de la « diversité ». Pas de cette diversité théorique dont on parsème les discours, mais bien d’une diversité concrète, vivante, qui forge un projet de vie. Chez Joséphine, cette diversité est à l’origine d’une expérience humaine atypique au coeur d’un XXe siècle marqué par le racisme et les préjugés. En 1953, après une décennie de réflexion et d’élaboration, Joséphine fonde une famille à partir de zéro, en décidant d’adopter des enfants issus de tous les continents du monde : Asie du Sud-Est, Afrique du Nord et de l’Ouest et Amérique latine. Elle les éduquera dans le sud-ouest de la France au sein d’une ferme pédagogique. C’est pour elle la famille de l’avenir, ce qu’elle nomme fièrement sa « tribu arc-en-ciel ».

Personne n’a jamais vu auparavant une femme noire adopter un enfant blanc. Personne n’a non plus vu une femme noire adopter douze enfants dans un château pour qu’ils deviennent les soldats de l’amour. Le Monde rapporte alors que Joséphine Baker est sur le point de devenir « la mère d’une famille de toutes les couleurs » et décrit Joséphine comme « une militante de la lutte antiraciale ». Les enfants seraient « élevés comme des frères », bien que chacun « maintiendrait la langue, l’habillement, les coutumes et les religions de son pays ».

QUAND JOSÉPHINE OUVRE SA BOUCHE, LE MONDE ENTIER ENTEND »

Joséphine Baker considère alors sa famille comme une petite organisation des Nations unies, riche d’une diversité linguistique, religieuse, raciale et nationale. Elle le déclare aux journalistes : « Je ferai tous les efforts pour que chacun montre le plus grand respect pour les opinions et les croyances de l’autre. Je prouverai que les êtres humains peuvent se respecter les uns les autres s’ils en ont l’occasion. »

Contre la domination

Honorer Joséphine enfin, c’est célébrer la « Résistance ». Une résistance farouche, constante, en tout temps et en tout lieu. Ce qu’on appelle aujourd’hui l’intersectionnalité – ce mélange de tous les combats contre la domination –, Joséphine l’a fait sienne avant l’heure. Pendant la Seconde guerre mondiale, elle rejoint la Résistance française. Elle collecte des informations sur les mouvements de troupes qu’elle recueille auprès de plusieurs ambassades et les acheminent en Angleterre. Elle utilise son statut de star pour justifier ses voyages. Elle abrite des résistants en Dordogne, dans son château des Milandes. Quelques semaines avant le débarquement en Normandie, elle intègre l’armée de l’air et devient sous-lieutenant.

Militante des droits civiques, elle participe aussi en 1963 à la Marche sur Washington pour l’emploi et la liberté. Amie de Martin Luther King, elle est invitée à faire un discours dont les mots simples et directs résonnent encore aujourd’hui : « Je suis entré dans les palais des rois et des reines et dans les maisons des présidents. Mais dans le même temps je ne pouvais pas entrer dans un hôtel en Amérique et prendre une tasse de café, et cela m’a rendu folle. Quand je m’énerve, vous savez, j’ouvre ma grande bouche. Et quand Joséphine ouvre sa bouche, le monde entier entend »…

Avec Jeune Afrique par Nicolas Michel et

François Durpaire

Par François Durpaire

Historien, professeur à l’université de Cergy

Migrants illégaux: « pas de remise en cause » des accords du Touquet, il faut un accord UE/Royaume-Uni, selon Darmanin

novembre 29, 2021
Migrants illegaux: "pas de remise en cause" des accords du Touquet, il faut un accord UE/Royaume-Uni, selon Darmanin
Migrants illégaux: « pas de remise en cause » des accords du Touquet, il faut un accord UE/Royaume-Uni, selon Darmanin© AFP/FRANCOIS LO PRESTI

Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a affirmé lundi qu’il n’y aurait « pas de remise en cause » des accords du Touquet sur la frontière franco-britannique et souhaité un accord entre l’Union européenne et le Royaume-Uni pour endiguer les traversées de migrants illégaux dans la Manche.

Il faut un « accord Union européenne (UE) et Grande-Bretagne » car « cela ne peut pas être un simple accord de réadmission de migrants sur le territoire » français, a déclaré M. Darmanin, rejetant fermement la proposition du Premier ministre britannique Boris Johnson.

Il s’exprimait lors d’une conférence de presse après la réunion le matin d’un Conseil de défense de sécurité intérieure, présidée par le chef de l’État Emmanuel Macron, et consacrée à la lutte contre les traversées de la Manche par des immigrés clandestins.

« Ce que nous voulons », a-t-il insisté, « c’est un accord équilibré qui offre de réelles solutions y compris aux problèmes de la France et de l’Europe (…) Nous ne voulons pas d’un accord unilatéral ».

Gérald Darmanin a annoncé que le Premier ministre Jean Castex écrirait mardi à son homologue Boris Johnson pour lui proposer de travailler à l’élaboration de cet accord.

« C’est un accord qui règle le travail entre la Grande-Bretagne et les pays frontaliers dans un cadre d’immigration pas négocié lors du Brexit », a souligné le ministre.

M. Darmanin a par ailleurs rejeté toute « remise en cause » des accords du Touquet (2004) qu placent la frontière britannique côté français, ainsi que l’ont suggéré plusieurs personnalités d’opposition, en rappelant que ce texte ne concernait que l’immigration légale.

Par ailleurs, il a mis en garde les Britanniques contre toute velléité de remettre à la mer les migrants qui arriveraient sur leurs côtes, ce qui serait « une ligne rouge inacceptable ». « Nous n’accepterons jamais la pratique des refoulements en mer », a-t-il assuré, car « le Royaume-Uni n’est pas exonéré du droit international ».

Plus tôt lundi matin, Gérald Darmanin avait appelé le Royaume-Uni à ouvrir un « accès légal à l’immigration » et à prendre « ses responsabilités ».

« Que faire avec les Anglais ? Et bien qu’ils changent leur législation, qu’ils prennent leurs responsabilités », avait-il lancé sur BFM/RMC, rappelant que, chaque année, 30.000 demandes d’asile sont enregistrées en Grande-Bretagne contre environ 150.000 en France.

Soulignant la nécessité de lutter contre les passeurs, le ministre a annoncé le doublement des effectifs de l’Office central dédié à la lutte contre l’immigration clandestine.

Il a prévu de se rendre mardi en « Slovénie » et vendredi en « Pologne » dans le cadre de la préparation du Conseil des ministres de l’Intérieur européen le 9 décembre prochain, qui évoquera le dossier.

Par Le Point avec AFP

Ces Soudanais qui soutiennent le coup d’État

novembre 29, 2021

REPORTAGE. Face aux opposants bien visibles au putsch, il y a une frange de civils qui jugent les militaires indispensables à la transition démocratique. Explication.

Preuve que la situation est loin d'etre stabilisee : des manifestants se sont opposes a la decision du Premier ministre Hamdok de signer un nouvel accord avec l'armee, pendant que d'autres Soudanais estimaient les militaires indispensables a la transition..
Preuve que la situation est loin d’être stabilisée : des manifestants se sont opposés à la décision du Premier ministre Hamdok de signer un nouvel accord avec l’armée, pendant que d’autres Soudanais estimaient les militaires indispensables à la transition..© – / AFP

Le 30 octobre, des centaines de milliers de Soudanais sont descendus dans les rues pour protester contre le coup d’État perpétré cinq jours plus tôt par le chef de l’armée. Certains se contentaient de réclamer le retour du tandem militaro-civil. La plupart exigeaient cependant d’exclure strictement l’armée du pouvoir. Cette seconde position a gagné du terrain au fil des « marches du million », dont la prochaine est fixée au 30 novembre. Et ce, malgré la signature, le 21 novembre, d’un accord entre le général putschiste Abdel Fattah al-Burhane et le Premier ministre Abdallah Hamdok, désormais qualifié de « traître » par bon nombre de pro-démocratie.

L’incompréhension face à l’attitude de Hamdock

« Je comprends la position de Hamdok quand il déclare qu’il veut mettre un terme au bain de sang. Mais, après ce qu’il s’est passé, nous ne pouvons plus faire confiance aux militaires. Depuis le putsch, les forces de l’ordre tuent les manifestants de la même manière que lors du démantèlement du sit-in le 3 juin [au moins 127 personnes avaient été assassinées, NDLR]. Or, nous avons précisément signé un accord avec eux pour faire cesser ces violences », rappelle Sayda Hussein, une membre d’un comité de résistance du sud de Khartoum rencontrée venue participer à la manifestation massive du 25 novembre. Elle fait référence à la charte constitutionnelle censée encadrer la transition démocratique, et amendée par le document tout juste paraphé par le général putschiste et le Premier ministre. Mais aussi aux 42 citoyens décédés durant le mois suivant le putsch, souvent victimes de balles réelles.

La retenue de certains Soudanais dans la dynamique anti-militaire

De nombreux Soudanais se sont bien gardés, eux, de se joindre à cette nouvelle vague de cortèges. Dans ce vaste pays où le taux de pauvreté atteint 65 %, la survie au jour le jour prend tout simplement le pas sur les rêves de « liberté, paix, justice » scandés depuis la révolution de 2018 qui a permis de tourner le dos à 30 ans de dictature. Une frange de la population soutient enfin explicitement le coup d’État et s’aligne même, parfois, sur la rhétorique du général Burhane qui préfère évoquer une correction du cours de la transition.

Entre coup d’État militaire et coup d’État civil

« Il ne s’agit pas d’un coup d’État, ou sinon ce serait un coup civil dans la mesure où Hamdok ne parvenait pas, tout seul, à prendre cette décision à cause de la pression exercée par les partis politiques », résume Tagwah Ahmed. Cette pharmacienne de 36 ans représente un rassemblement de plus de 500 comités de résistance basés majoritairement en périphérie de Khartoum. Elle a rencontré, avec sept autres délégués de comités de résistance, le Premier ministre lorsque ce dernier se trouvait encore assigné à résidence, avant que les putschistes ne le libèrent pour signer l’accord du 21 novembre. « Il n’a pas dit qu’il cautionnait l’initiative de Burhane, mais il a reconnu qu’un changement devait intervenir pour remettre la transition dans la bonne direction », rapporte Tagwah Ahmed.

Mi-octobre, elle avait rejoint le sit-in organisé par les Forces pour la liberté et le changement n° 2 (ou FFC 2), une coalition de partis menée entre autres par l’ex-ministre des Finances et le gouverneur du Darfour. Elle incitait l’armée à reprendre le contrôle du pays. Des participants ont affirmé que les militaires avaient eux-mêmes financé ce rassemblement. « Nous avons transmis aux représentants des FFC 2 nos demandes et les services dont les différentes zones ont besoin. Ils nous ont promis qu’ils allaient y travailler », explique celle qui a collecté quelque 3 700 CV de jeunes qualifiés sans emploi et qui a recensé 64 villages dépourvus de centres de soin.

Des citoyens découragés

« Je ne fais pas confiance aux militaires, pas plus qu’aux membres du précédent gouvernement de Hamdok », tranche Sanya Ali, qui s’occupe de la branche dédiée aux services au sein du même regroupement de comités de résistance. Cette quadragénaire juge toutefois le coup d’État indispensable. Selon elle, seuls les ministres technocrates promis par le pacte du 21 novembre permettront de garantir « un développement durable, une bonne situation économique et la sécurité ».

Fathi Ziggy Deir, 48 ans, fait également partie d’un comité de résistance qui a participé à la révolution et approuve, aujourd’hui, la reprise en main de l’armée. « Nous avons vu notre pays sombrer. La situation est devenue mille fois pire que sous la dictature d’Omar el-BéchirLes membres du précédent gouvernement voulaient seulement occuper un siège, mais ils n’ont rien fait pour l’économie, la santé ou l’éducation. Ces personnes envoient en effet vivre leurs enfants à l’étranger, dans de meilleures conditions que les nôtres. Mon fils a failli mourir d’une crise d’asthme à cause de la pénurie de Ventoline ! » Cet activiste accuse en outre les partis politiques d’avoir confisqué la révolution en validant le partenariat avec les militaires, en août 2019. Là encore, guidés par leur soif de pouvoir.

Pas de calendrier pour les élections

« À ce moment-là, Burhane et Hemeti [surnom du numéro deux du Conseil souverain, à la tête d’une puissante milice paramilitaire] auraient dû être exclus, mais les quatre principaux partis des Forces pour la liberté et le changement ont préféré remplacer les autres partis par ces militaires pour asseoir leur prépondérance », analyse Fathalrahman Fedel. Ce médecin préside Les Bâtisseurs du futur, une alliance de neuf partis d’envergure modeste qui soutient l’accord passé entre Abdallah Hamdok et le général Abdel Fattah al-Burhane. « Le coup d’État n’était pas l’idéal. En revanche, les militaires ont raison sur le fait que ce gouvernement devait être stoppé, car il n’était pas représentatif, ajoute-t-il. Il a par ailleurs échoué à agir dans l’intérêt du peuple soudanais et a laissé la situation économique se dégrader. »

Originaire du Darfour, Norein Adam raconte son engagement aux côtés des rebelles pour résister à des milices qui brûlaient village après village et tuaient sans pitié pendant la guerre amorcée en 2003*. Il a depuis pris les rênes d’un des partis des Bâtisseurs du futur. « Nous n’accepterons jamais d’être gouvernés à nouveau par les militaires après l’expérience du régime précédent. En revanche, c’est nécessaire qu’ils dirigent temporairement le pays afin de résoudre nos problèmes », assure-t-il. Le docteur en droit Ahmed el-Gaili note, lui, que « le brouillon de l’accord du 21 novembre prévoyait des élections en juillet 2023. Cette date a été retirée du texte final. Cela indique que les militaires veulent se maintenir au pouvoir aussi longtemps que possible. » Le juriste conclut : « Cet accord ressemble davantage à un contrat d’embauche qu’à un partenariat. En réalité, Hamdok devient simplement un bureaucrate travaillant pour les militaires. »

Avec Le Point par notre correspondante à Khartoum, Augustine Passilly

[Série]-Afrique-Sauve qui peut : quand les hommes de pouvoir prennent leurs jambes à leur cou !

novembre 29, 2021
« Jeune Afrique » © JA

Bozizé et Patassé, Mobutu, Bédié, Amadou Toumani Touré, Mnangagwa, Atangana Kouna… Tous ces hommes qui ont un jour été puissants, et qui parfois le sont redevenus, ont un point commun : ils ont été contraints de quitter leur pays. Toute la semaine, « Jeune Afrique » vous fait le récit de ces fuite inattendues, et parfois rocambolesques.

Il y a quelque chose de fascinant dans la fragilité du pouvoir. Un jour, on est tout-puissant et le lendemain, on n’est plus rien. Il faut fuir pour sa vie ou pour sa liberté. Le téléphone ne sonne plus, les privilèges se réduisent à peau de chagrin, parfois même on s’ennuie.

À quoi cela tient-il ? Quand des erreurs ont-elles été commises ? À quel moment le rapport de force s’est-il inversé ? Ce sont quelques-unes de ces histoires que Jeune Afrique a décidé de vous raconter tout au long de cette semaine.

Il y a ce jour de 2012 où le président malien Amadou Toumani Touré n’a eu d’autre choix que de dévaler à pied, le genou douloureux, la colline de Koulouba pour échapper aux putschistes qui tiraient sur le palais présidentiel. Preuve, s’il en fallait, que quand il s’agit de sauver sa peau, beaucoup sont prêts à tout et rivalisent d’ingéniosité.

EN 2017, EMMERSON MNANGAGWA REDEVIENT LE JEUNE MAQUISARD QU’IL FUT, MARCHANT ET RAMPANT DANS LES MARAIS

En témoigne l’histoire du Centrafricain Ange-Félix Patassé qui, en 1982, n’hésite pas à enfiler un boubou pour échapper aux hommes de Kolingba, tandis que son complice, François Bozizé, trouve son salut dans un faux plafond. En 2017, Emmerson Mnangagwa, exclu du pouvoir par Robert (et Grace !) Mugabe, redevient le jeune maquisard qu’il fut, marchant et rampant dans les marais pour parvenir à quitter le Zimbabwe. Quant à l’ancien ministre camerounais Basile Atangana Kouna, il fut contraint de fuir en voiture, nuitamment et par la route, pour être finalement rattrapé dans un hôtel au Nigeria. Il croupit depuis en prison.

Symbole

Il y a aussi ces présidents, le Congolais Mobutu Sese Seko en berline, l’Ivoirien Henri Konan Bédié en hélicoptère, devenus aveugles aux signaux et sourds aux alertes, qui durent quitter leur pays en riches et vilipendés fuyards.

Cette série ne prétend absolument pas à l’exhaustivité. Nous aurions pu faire le récit de la fuite en pirogue de l’Ivoirien Guillaume Soro travesti lors du coup d’État manqué de 2002, de celle du président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali, en 2011, ou plus récemment, en juin dernier, de celle du conseiller de Joseph Kabila, Kikaya Bin Karubi, qui se cacha dans un bateau et puis dans un avion pour quitter la RDC.

Mais les récits que nous vous livrerons chaque jour de la semaine ont sans doute valeur de symbole – et peut-être de morale. Certains de nos fugitifs ont mis des années à revenir au pays, d’autres y sont devenus plus puissants encore que quand ils en étaient parti

Avec Jeune Afrique

Sébastien Lecornu se rend aux Antilles après un retour « notable » au calme

novembre 28, 2021
Sebastien Lecornu se rend aux Antilles apres un retour "notable" au calme
Sébastien Lecornu se rend aux Antilles après un retour « notable » au calme© AFP/Christophe ARCHAMBAULT

Le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu se rend dimanche aux Antilles et jusqu’à mercredi, d’abord en Guadeloupe puis en Martinique, saluant « un retour notable au calme » dans la nuit de samedi à dimanche dans ces deux territoires.

Cette visite intervient après plus d’une semaine de violences et d’émeutes dans ces îles françaises des Caraïbes au fort taux de chômage, en proie à un mouvement né de la contestation contre la vaccination anti-Covid obligatoire pour soignants et pompiers qui s’est étendu à des revendications politiques et sociales notamment contre la vie chère.

M. Lecornu doit rencontrer lundi en Guadeloupe « des élus locaux, des acteurs économiques et des syndicats », comme le lendemain à la Martinique, a indiqué le ministère sans donner plus de précisions, ajoutant que le ministre serait de retour mercredi à Paris.

« Dans les deux territoires de Martinique et de Guadeloupe, un retour notable au calme a eu lieu dans la nuit du samedi au dimanche grâce au travail sans relâche des forces de l’ordre », s’est félicitée cette même source.

A la Guadeloupe, la préfecture a confirmé que la nuit « n’a pas vu d’incidents ou de heurts survenir ». « Les forces de sécurité ont continué à sécuriser l’ensemble du territoire et de dégager les axes de circulation, notamment en Grande-Terre », a-t-elle ajouté, précisant qu’une interpellation avait eu lieu.

En Martinique, des sources policières ont signalé toutefois des barricades « avec des jets de projectiles dont des cocktails Molotov sur des gendarmes ». Un individu a été interpellé après avoir incendié un véhicule et un autre « pour refus d’obtempérer et non-respect du couvre-feu ».

« C’est inacceptable qu’on nous oblige à nous faire vacciner. Inacceptable ce chantage d’un vaccin contre notre salaire. Je me bats aussi pour ma fille, la vie ici est trois fois plus chère qu’en métropole. Le peuple dit qu’il en a assez », témoigne auprès de l’AFP Cédrick Louiset, sapeur-pompier depuis 27 ans. Sur un barrage depuis près d’une semaine, il déplore les violences et ceux qui tirent sur « nos frères policiers ».

En Guadeloupe comme en Martinique, distante de 120 km, les forces de l’ordre avaient essuyé des tirs par arme à feu les nuits précédentes.

Des violences qui ralentissent l’activité économique des îles et dissuadent les nouveaux arrivants de rester. Comme Kim Dubois, photographe de 23 ans, installée depuis 4 mois en Guadeloupe. Regardant les poubelles qui s’amoncellent à l’entrée de la plage à Petit Havre au Gosier, elle lâche avec regret: « c’est trop galère on va repartir dans un mois ».

Ouverture de discussions

Avant de s’envoler pour les Antilles, le ministre a salué un « accord de méthode signé cette nuit (heure de Paris) entre l’Etat, les élus locaux de Martinique et l’intersyndicale qui permettra l’ouverture de discussions sur les principales problématiques du territoire (santé, prix des carburants, jeunesse, transport ?) », souligne l’entourage du ministre.

« Certaines de ces thématiques concernent l’Etat, d’autres davantage les collectivités territoriales: chacun y prendra sa part », explique cette source qui a pris « note de l’engagement de l’intersyndicale de lever provisoirement les barrages ». « Le dialogue social pour les personnels hospitaliers et les pompiers non vaccinés se poursuivra », ajoute cette source.

Vendredi, dans une allocution télévisée aux Guadeloupéens, M. Lecornu a affirmé que le gouvernement était « prêt » à évoquer la question de davantage d’autonomie si cela pouvait permettre de « résoudre les vrais problèmes du quotidien des Guadeloupéens ».

Depuis cette annonce, l’opposition a multiplié les attaques contre le gouvernement. « C’est l’exemple type de la fuite en avant. C’est une forme de démembrement de l’unité nationale », a fustigé dimanche le candidat à l’investiture LR Xavier Bertrand sur CNews, soulignant « qu’il était temps » que M. Lecornu se rende aux Antilles.

Le ministre des Outre-mer est « hors-sol », a renchéri Marine Le Pen sur LCI.

A gauche, la candidate PS et maire de Paris Anne Hidalgo a dénoncé pour sa part « un manque de considération ». La veille, Jean-Luc Mélenchon (LFI) a jugé « stupéfiante » la « réponse de Macron » et appelé à ne parler statut que « le moment venu ».

La question de l’autonomie est « hors sujet », a de son côté tranché Elie Domota, porte-parole du collectif syndical LKP, sur LCI, soulignant que les manifestants n’ont « jamais été entendus » sur leur revendication de « négociations sur l’obligation vaccinale et sur le pass sanitaire ».

Par Le Point avec AFP

Burkina : plusieurs blessés à Ouagadougou dans des manifestations contre le pouvoir

novembre 28, 2021
Un manifestant porte un bandeau avec un drapeau du Burkina Faso, lors d’un rassemblement de protestation à Ouagadougou, le 27 novembre 2021. © AFP/OLYMPIA DE MAISMONT

Des incidents ont éclaté samedi dans la capitale du Burkina Faso après la dispersion de centaines de manifestants dénonçant l’« incapacité » du pouvoir à contrer les violences terroristes.

Dans la matinée, les policiers anti-émeute ont tiré du gaz lacrymogène pour empêcher les manifestants de se rassembler place de la Nation, dans le centre de la capitale burkinabè quadrillé par un important dispositif de sécurité, où tous les commerces étaient fermés.

Après cette dispersion musclée, des jeunes ont dressé des barricades de fortune et brûlé des pneus dans plusieurs quartiers de la capitale. Des manifestants ont également vandalisé une partie de la direction de l’état-civil, après avoir tenté d’incendier le bâtiment de la mairie de Ouagadougou, dont le maire avait interdit les manifestations.

UN PORTE-PAROLE DE LA COALITION DU 27 NOVEMBRE ÉVOQUE « DEUX BLESSÉS DANS LE COMA »

Au cours des violences, un enfant de moins de 10 ans a été blessé par des tirs de gaz lacrymogène et remis par les manifestants à une unité anti-émeute de la gendarmerie. Deux journalistes burkinabè ont également été blessés lors de tirs de gaz lacrymogène, ont annoncé leurs médias, la radio privée Omega et le site en ligne Filinfos, sans qu’on sache la gravité de leurs blessures.

Un porte-parole de la Coalition du 27 novembre qui avait appelé à manifester, Hervé Ouattara, a évoqué « énormément de blessés », dont « deux sont dans le coma », ce qui n’a pas pu être confirmé de source indépendante. Dans une déclaration à la télévision nationale, le ministre de la Sécurité Maxime Koné a dit qu’il y avait eu « un certain nombre de blessés » parmi les forces de sécurité, mais il a indiqué ne pas encore avoir de bilan des victimes dans les deux camps. « Force doit rester à la loi », a-t-il affirmé, « et nous allons travailler à ce que ceux qui ont soutenu ou appelé à la marche répondent de leurs actes ».

« Face à la barbarie, on va se défendre »

« On était sortis pour une marche pacifique, mais la réaction des forces de l’ordre a mis le feu aux poudres, nous obligeant à ériger des barricades », a déclaré un des manifestants. « On ne veut pas brûler le pays qui est déjà en guerre, mais face à la barbarie, on va se défendre ».

Des manifestants ont également brûlé des pneus devant le siège du parti au pouvoir, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), et s’en sont pris à des journalistes, dont une de l’AFP. « Je suis allée au siège du MPP avec une consœur suite à des rumeurs disant que le siège avait été brûlé par des manifestants, la foule nous a foncé dessus, jeté des cailloux, ils ont voulu bloquer notre voiture en criant “La France, on veut pas de vous” », a raconté Olympia de Maismont, collaboratrice photo et vidéo de l’AFP au Burkina Faso. « On a réussi à s’échapper mais c’était à la seconde près ».

DES MANIFESTATIONS ONT ÉGALEMENT EU LIEU DANS D’AUTRES VILLES DU BURKINA, EN PARTICULIER À BOBO DIOULASSO ET KAYA

L’un des manifestants, Fabrice Sawadogo, 28 ans, a affirmé qu’ »après sept ans d’incapacité face aux attaques terroristes qui nous endeuillent chaque jour, il est temps de demander le départ du régime ». « Nous n’avons pas à négocier avec un gouvernement incompétent qui doit admettre qu’il a échoué », a-t-il lancé.

Des manifestations ont également eu lieu dans d’autres villes du Burkina, en particulier à Bobo Dioulasso (ouest), la seconde du pays, où des manifestants ont également été dispersés à l’aide de gaz lacrymogène. Ce fut également le cas à Kaya, à une centaine de kilomètres au nord-est de Ouagadougou.

Plusieurs interpellations

La Coalition du 27 novembre, regroupant trois organisations de la société civile, avait appelé « l’ensemble des Burkinabè à sortir massivement » samedi « dans une ambiance pacifique, pour dénoncer l’insécurité grandissante et exiger le départ du chef de l’Etat » Roch Marc Christian Kaboré. Plusieurs manifestants ont été interpellés, dont une des responsables du « Mouvement Sauvons le Burkina Faso », selon cette organisation membre de la coalition, sans donner le nombre d’arrestations.

LES VIOLENCES JIHADISTES ONT FAIT DEPUIS SIX ANS ENVIRON 2 000 MORTS ET CONTRAINT 1,4 MILLION DE PERSONNES À FUIR LEUR FOYER

D’autres mouvements de la société civile ont appelé à se démarquer de ces manifestations, pour « ne pas être complices de ceux qui veulent jeter le chaos dans le pays ». Le Burkina Faso est pris depuis 2015 dans une spirale de violences attribuées à des groupes armés jihadistes, affiliés à Al-Qaïda et au groupe État islamique. Les attaques qui visent civils et militaires sont de plus en plus fréquentes et en grande majorité concentrées dans le nord et l’est du pays.

L’attaque le 14 novembre d’un détachement de gendarmerie à Inata (nord), l’une des plus meutrières contre les forces de sécurité, a profondément choqué: au moins 57 personnes, dont 53 gendarmes, ont été tuées par des jihadistes armés. « Nous devons mettre fin aux dysfonctionnements inacceptables qui sapent le moral de nos troupes combattantes et entravent leur efficacité dans la lutte contre les groupes armés terroristes », a déclaré jeudi soir le président Kaboré, des paroles souvent répétées qui ne convainquent plus dans le pays.

Parfois mêlées à des affrontements intercommunautaires, les violences jihadistes ont fait depuis six ans environ 2 000 morts et contraint 1,4 million de personnes à fuir leur foyer.

Par Jeune Afrique avec AFP

Les talibans désirent entretenir de « bonnes relations » avec le monde

novembre 27, 2021

Le Premier ministre taliban Mohammad Hassan Akhund s’est exprimé à la télévision publique afghane au sujet des relations internationales. Des promesses ont été faites.

Les Talibans veulent instaurer une bonne entente avec les autres pays.
Les Talibans veulent instaurer une bonne entente avec les autres pays.© KARIM JAAFAR / AFP

Les talibans afghans ont assuré vouloir de « bonnes relations » avec tous les autres pays, lors du discours de leur Premier ministre Mohammad Hassan Akhund à la nation, samedi 27 novembre. Ils ont également promis qu’ils n’interféreront jamais dans leurs affaires. L’enregistrement audio d’une demi-heure a été diffusé à l’antenne de la télévision publique RTA, quelques jours avant la reprise de négociations entre son gouvernement et des représentants américains à Doha (Qatar).

Le Premier ministre taliban n’est toujours pas apparu en public depuis qu’il a été nommé Premier ministre le 7 septembre, tout comme le chef suprême du mouvement, le mollah Hibatullah Akhundzada, invisible depuis la reprise du pays par les islamistes à la mi-août.

« Nous n’interférerons jamais dans leurs affaires internes »

« Je veux assurer tous les pays (étrangers) que nous n’interférerons jamais dans leurs affaires internes » et que « nous voulons de bonnes relations avec eux », y compris au niveau économique, a déclaré dans son message le mollah Akhund, critiqué ces derniers temps sur les réseaux sociaux locaux pour son silence prolongé alors que le pays se débat avec une grave crise économique.

Les talibans sont revenus au pouvoir à la mi-août à la faveur du retrait militaire des Occidentaux, et de l’effondrement du gouvernement afghan soutenus par ces derniers, après vingt ans de guerre sanglante. Les islamistes fondamentalistes avaient été chassé du pouvoir à la fin 2001 par une coalition militaire internationale menée par les Etats-Unis qui les avait punis d’avoir hébergé des leaders d’Al-Qaïda, auteurs des attentats du 11-Septembre quelques mois plus tôt.

Le règne de la terreur

Après le retour au pouvoir des talibans en août dernier, Washington a gelé les avoirs de la banque centrale afghane, et la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ont suspendu leurs aides à Kaboul. L’économie afghane, déjà l’une des plus démunie du monde, minée par 40 ans de guerre, plus de récentes sécheresses, et jusque là portée à bout de bras par l’aide internationale, est en chute libre, et le pays au bord de la catastrophe humanitaire selon l’ONU.

À Doha, les talibans devraient de nouveau réclamer la levée de ces sanctions, et la reprise de l’aide internationale pour éviter une flambée de misère et de famine cet hiver parmi les quelque 40 millions d’Afghans. Washington réclame de son côté aux islamistes afghans de lutter fermement contre le terrorisme, et donc de ne plus héberger de groupes susceptibles d’attaquer l’Amérique comme en 2001. Les Américains veulent également qu’ils diversifient leur gouvernement et respectent mieux les droits des minorités et ceux des femmes et des filles, en partie privées d’éducation et d’emploi depuis leur retour au pouvoir.

Par Le Point avec AFP

Burkina Faso : des centaines de manifestants demandent le départ du président Kaboré

novembre 27, 2021
Des policiers tirent des gaz lacrymogènes contre des manifestants, le 16 septembre 2021, à Ouagadougou. © AFP/ISSOUF SANOGO

Malgré l’interdiction de la mairie, des rassemblements sont en cours dans la capitale du Burkina Faso. Les protestataires demandent le départ du président Roch Marc Christian Kaboré face à son incapacité à mettre fin à l’insécurité.

Bravant l’interdiction décrétée par les autorités, ils sont nombreux à être descendus manifester dans les rues de Ouagadougou. Depuis le début de la matinée, les pneus brûlés et les jets de pierres font face aux gaz lacrymogènes des policiers qui tentent de disperser le rassemblement.

Les policiers anti-émeutes faisaient face manifestants place de la Nation, en plein centre de la capitale burkinabè, qui était quadrillée par un important dispositif de sécurité et où tous les commerces étaient fermés.

« La marche est interdite, dispersez-vous, rentrez chez vous », a lancé un policier aux manifestants avant la charge des forces de l’ordre. Le rassemblement des manifestants qui souhaitaient dénoncer « l’incapacité » du président Roch Marc Christian Kaboré à faire face à la violence jihadiste qui ravage le Burkina, avait été interdit par la mairie de Ouagadougou.

Manifestations dans plusieurs grandes villes

L’un des manifestants, Fabrice Sawadogo, un jeune de 28 ans, a affirmé qu’ « après sept ans d’incapacité face aux attaques terroristes qui nous endeuillent chaque jour, il est temps de demander le départ du régime ». « Nous n’avons pas à négocier avec un gouvernement incompétent qui doit admettre qu’il a échoué », a-t-il affirmé.

La Coalition du 27 novembre, regroupant trois organisations de la société civile, avait appelé « l’ensemble des Burkinabè à sortir massivement dans une ambiance pacifique [ce samedi 27 novembre], pour dénoncer l’insécurité grandissante et exiger le départ du chef de l’Etat », Roch Marc Christian Kaboré.

Qualifiant de « très chaotique » la situation au Burkina Faso « marquée par une sécurité en lambeau », le porte-parole de la coalition, Moussa Konaté, a annoncé qu’outre Ouagadougou, des manifestations étaient également prévues à Bobo Dioulasso, deuxième ville du pays, et dans d’autres grandes villes.

Suspension de l’internet mobile

« Nous sommes dans un contexte d’insécurité que tout le monde dénonce. On ne devrait pas entreprendre des marches dont on ne voit véritablement pas la revendication », avait rétorqué Benewende Sankara, ministre de l’Habitat, dénonçant au nom de la majorité présidentielle des « manifestations inopportunes ». D’autres mouvements de la société civile ont appelé à se démarquer de ces manifestations pour « ne pas être complices de ceux qui veulent jeter le chaos dans le pays ».

Alors que la colère grandit au Burkina Faso, le gouvernement a « décidé de prolonger la suspension de l’internet mobile pour une durée de 96 heures à compter de mercredi », sur l’ensemble du territoire national, après une précédente interruption de quatre jours, officiellement pour « raison de sécurité ».

La colère après Inata

Le Burkina Faso est pris depuis 2015 dans une spirale de violences attribuées à des groupes armés jihadistes, affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique. Les attaques qui visent civils et militaires sont de plus en plus fréquentes et en grande majorité concentrées dans le nord et l’est du pays.

L’attaque d’un détachement de gendarmerie à Inata il y deux semaine a profondément choqué les Burkinabè. D’autant qu’avant cette attaque particulièrement meurtrière (au moins 57 personnes dont 53 gendarmes ont été tuées), le détachement avait demandé de l’aide.

« Nous devons mettre fin aux dysfonctionnements inacceptables qui sapent le moral de nos troupes combattantes et entravent leur efficacité dans la lutte contre les groupes armés terroristes », a déclaré jeudi 25 novembre au soir le président Kaboré. Mais ces paroles ne semblent pas avoir convaincu les centaines de personnes qui manifestaient leur ras-le-bas ce samedi.

Par Jeune Afrique avec AFP

Congo: Hommage en chanson à Lekoundzou Ithi Ossetoumba

novembre 26, 2021

Avec Jules Olea Lebathos (Musique de Boudji)

Congo: Décès de Lekoundzou Itihi Ossetumba à Brazzaville

novembre 25, 2021

Ancien ministre et membre du comité d’honneur du Parti congolais du travail (PCT), Justin Lékoundzou Itihi Ossetoumba est décédé le 25 novembre à Brazzaville à l’âge de 80 ans, des suites d’une maladie.

Justin Lékoundzou Itihi Ossetoumba/DR

Né vers 1941 à Boundji, dans le département de la Cuvette, l’illustre disparu fut plusieurs fois ministre. Directeur général du Bureau de la commission de contrôle, organe public chargé de contrôler les entreprises d’État (1968-1969), Justin Lékoundzou Itihi Ossetoumba a occupé les fonctions de ministre de l’Industrie, des Mines et du Tourisme de 1971 à 1973. Ministre des Finances et du Budget de 1984 à 1989, il fut également ministre de la Reconstruction (1997-1999) et ministre délégué à la présidence chargé de la Défense nationale de 1999 à 2002. Elu député de Boundji en 1992, il y est resté jusqu’en 2007 où il était président du groupe parlementaire du PCT à l’Assemblée nationale à partir de 2002.

Rongé par la maladie depuis plusieurs années, l’ancien directeur de la Congolaise de raffinage est apparu en public à quelques rares occasions sur sa chaîse roulante comme lors de la cérémonie de prise d’armes en hommage à l’ancien président de la République, Jacques Joachim Yhomby Opango, le 30 octobre 2020, à l’esplanade du Palais des congrès à Brazzaville. « Il était humble, on s’aimait malgré tout. Même devant le président Lissouba, on s’embrassait avec lui »témoignait Justin Lékoundzou Itihi Ossetoumba. 

Ancien élève du collège Chaminade, il fut président de l’Association des étudiants congolais en France alors qu’il étudiait à l’École supérieure de commerce de Strasbourg. Malade à Paris, il avait regagné Brazzaville il y a quelques jours à bord d’un vol d’Air France.

Le secrétaire général du PCT, Pierre Moussa, a, dans un communiqué, rendu hommage à une « icône », disant partager  « son chagrin avec président du Comité central qui vient de perdre un compagnon de lutte. Le secrétaire général s’incline avec déférence devant la mémoire de l’illustre disparu et adresse ses condoléances les plus émues à sa famille biologique».

Avec Brazzanews et Adiac-Congo par Parfait Wilfried Douniama