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Canada: Des camps de vacances ferment au Québec à cause de la hausse des cas de COVID-19

juillet 5, 2022

L’association des camps s’inquiète et demande une rencontre avec la santé publique pour clarifier les règles.

Des enfants dans un camp de vacances d'activités nautiques apprennent comment tenir leur pagaie, sous les conseils d'une monitrice.

L’été à peine commencé, au moins trois camps de vacances sont déjà fermés au Québec en raison d’éclosions. Les animateurs sont particulièrement touchés par la remontée des cas de COVID-19(Nouvelle fenêtre), ce qui donne des maux de tête aux gestionnaires des autres camps.

Le Camp Ouareau, qui accueille plus de 150 campeuses, dans Lanaudière, doit renvoyer toutes les filles chez elles, au grand dam de sa directrice, Jacqui Raill, dans un courriel aux parents envoyé lundi.

Elle leur demande de venir chercher les jeunes mardi. Le camp rouvrira le 13 juillet.

Nous sommes extrêmement tristes d’en arriver là. Cette décision n’a pas été prise à la légère, écrit-elle après la découverte de sept cas de COVID-19 au camp.

« Nous prévoyons que d’autres cas pourraient être détectés dans les prochains jours. »— Une citation de  Jacqui Raill, propriétaire du Camp Ouareau

La saison venait tout juste de débuter, la semaine dernière, et des parents avaient planifié leur été en fonction du séjour de leur enfant au camp de vacances.

« Déraisonnable », selon une mère

Sept cas, ça me paraît peu pour fermer un camp, déplore Emmanuelle, qui doit réorganiser sa journée pour aller chercher ses filles à Notre-Dame-de-la-Merci.

Je trouve ça super dommage. Ça leur permet de quitter la ville. Elles sont obligées de revenir cinq jours plus tôt que prévu, ajoute-t-elle.

« Mes filles gèrent déjà la COVID depuis deux ans. Elles ont porté le masque en classe, fait l’école à la maison, mis de côté leur vie sociale et leurs activités parascolaires. Elles avaient enfin la possibilité de prendre l’air et s’amuser avec des amies. »— Une citation de  Emmanuelle, mère dont les filles fréquentent le Camp Ouareau

Durant la pandémie, les camps de vacances ont été fermés à l’été 2020 et certains n’ont pas ouvert leurs portes à l’été 2021.

Trois jeunes filles font un feu de camp.

Le Camp Ouareau propose plusieurs activités de plein air à de jeunes filles francophones et anglophones, dans un environnement bilingue. Photo : Camp Oouareau

La mère rappelle que, pendant ce temps, il y a des personnes qui s’entassent dans les restaurants et dans les salles de spectacle.

Elle juge la situation complètement ridicule et la décision déraisonnable, alors que la quasi-totalité des mesures sanitaires est levée au Québec. En ce qui concerne les camps, les règles ne sont pas claires, dit-elle.

Flou autour des recommandations de la santé publique

Dans son courriel aux parents, la propriétaire écrit que la décision de fermer le camp a été prise suite aux conseils de notre direction locale de la santé publique. Or, la santé publique de Lanaudière affirme qu’elle n’a pas fait cette recommandation.

Nous avons été informés de la fermeture du camp, indique la porte-parole du CISSS de Lanaudière, Pascale Lamy. La fermeture complète du Camp Ouareau demeure une décision qui revient à l’administration du camp.

Éric Beauchemin est assis dans son bureau.

Éric Beauchemin est directeur général de l’Association des camps du Québec. Photo : Radio-Canada

Il n’y a pas de règle clairement établie pour décider d’une fermeture à cause d’une éclosion, constate le directeur général de l’Association des camps du Québec, Éric Beauchemin.

La santé publique nationale interpellée

L’Association des camps du Québec déplore au moins deux autres fermetures, mais ne veut pas révéler les endroits. Un recensement est en cours pour savoir s’il y a d’autres situations semblables.

Lundi, Éric Beauchemin a sollicité une rencontre avec la santé publique nationale pour clarifier les règles.

« On a déjà vécu les éclosions de gastro-entérite, avant que la COVID existe. C’est possible de maintenir les opérations dans un contexte comme celui-là. Il faut voir avec la santé publique jusqu’à quel point et quelle est la marge de manœuvre. »— Une citation de  Éric Beauchemin, directeur général de l’Association des camps du Québec

Les camps suivent déjà des règles comme la distanciation, la limitation à 10 des personnes par unité d’hébergement. Ils privilégient aussi les activités en extérieur.

Les règles à suivre avec un cas de COVID-19 dans un camp :

  • l’enfant ou l’animateur doit s’isoler et porter un masque;
  • si le cas est un enfant, ses tuteurs sont appelés pour venir le chercher;
  • si le cas est un employé, il rentre chez lui le temps requis.
Des enfants se baignent dans un lac, surveillés par un moniteur du camp d'été.

Les camps suivent déjà des règles comme la distanciation et privilégient aussi les activités en extérieur. Photo : Fournie à La Presse Canadienne par Brigadoon Village

Les moniteurs plus touchés par la COVID-19 que les campeurs

Selon les échos du terrain qui arrivent à l’Association des camps, c’est beaucoup le personnel d’animation qui est frappé. Or, un animateur absent peut priver une dizaine de jeunes d’encadrement.

« C’est un casse-tête pour les organisations. Si on n’est pas en mesure de maintenir les ratios prescrits [moniteur/enfants], on est dans une situation où on doit cesser les opérations du camp. »— Une citation de  Éric Beauchemin, directeur général de l’Association des camps du Québec

La pénurie de main-d’œuvrequi touche les camps, comme bien d’autres domaines, complexifie encore plus la situation. Les remplaçants se font rares.

Il y a 110 camps de vacances au Québec. Du côté des camps de jour, on ne déplore au moins une fermeture, celle du camp de jour de la ville de Sept-Îles, toute cette semaine, toujours à cause d’une éclosion de COVID-19.

Avec Radio-Canada

Thomas Gerbet

par Thomas Gerbet

Québec-Mauricie/COVID-19 : la hausse des hospitalisations inquiète la santé publique régionale

juin 30, 2022
À l'avant-plan, deux professionnels de la santé manipulent des fournitures médicales. Derrière eux, d'autres s'occupent d'un patient dans un lit d'hôpital. Tous portent des vêtements protecteurs.

La direction de la santé publique souhaite éviter de rappeler du personnel déjà épuisé au travail, mais si la hausse se poursuit, ce n’est pas exclu. Photo : Getty Images/Morsa Images

Comme ailleurs au Québec, la hausse des cas de COVID-19 se fait sentir en Mauricie et au Centre-du-Québec. Plus d’une cinquantaine de personnes sont hospitalisées dans la région à cause de la COVID-19, ce qui inquiète la santé publique régionale.

Dans les dernières semaines, les hospitalisations pour le virus se tenaient sous la barre de la vingtaine.

Ce qui est rassurant, c’est que seulement 24 % des personnes hospitalisées le sont pour la COVID-19., a indiqué la directrice du CIUSSS MCQ, Marie-Josée Godi, en entrevue avec Sophie Bernier.

Dre Marie-Josée Godi est la directrice de la santé publique et de la responsabilité populationnelle au CIUSSS MCQ. (Archives)

La Dre Marie-Josée Godi est la directrice de la santé publique et de la responsabilité populationnelle au CIUSSS MCQ. (Archives) Photo: Radio-Canada/José Ducharme

Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre et de vacances estivales, les hôpitaux ont une moins grande capacité d’accueil dans la région.

« Le personnel a besoin de répit après avoir travaillé d’arrache-pied dans les derniers mois, donc si la tendance se poursuit, on pourrait arriver à une période critique.  »— Une citation de  Marie-Josée Godi, directrice de la santé publique de la Mauricie et du Centre-du-Québec

La direction de la santé publique souhaite éviter de rappeler du personnel déjà épuisé au travail, mais si la hausse se poursuit, ce n’est pas exclu.

Il est certain que ça fait partie des priorités de pouvoir traiter toute la population. On a une certaine capacité à avoir des lits. On espère qu’on n’atteindra pas la barre des 100 personnes qui vont être admises dans les unités COVID d’ici les prochaines semaines  a avoué Marie-Josée Godi.

Avec Radio-Canada par Radio-Canada

Canada-Québec: Les innombrables et difficiles retours au travail après la COVID-19

juin 29, 2022
Une femme se repose dans un fauteuil à l'extérieur.

Geneviève Marcotte, 36 ans, est incapable de retourner travailler plus d’un an après avoir contracté la COVID-19. Photo : Radio-Canada/Alexandre Duval

Ils sont vraisemblablement des milliers, au Québec, à ne pas avoir pleinement récupéré leurs capacités après avoir contracté la COVID-19. Même un an après l’infection, certains sont encore très loin d’un retour au boulot. Et la science commence à comprendre que leur réadaptation est beaucoup plus complexe et plus parsemée d’embûches qu’on le croyait.

À 36 ans, Geneviève Marcotte a dû retourner vivre chez ses parents. Jadis active et amoureuse des voyages, elle peine aujourd’hui à se tenir debout plus d’une dizaine de minutes, à cuisiner, à faire le ménage. Bref, à s’occuper d’elle-même.

Tout ça à cause de la COVID-19, qu’elle a contractée il y a 13 mois, précisément. Ma vie a changé en 24 heures. La veille du jour où j’ai attrapé la COVID, je faisais une randonnée avec des amis, j’étais engagée, j’aimais mon travail. Et 24 heures plus tard, j’ai la COVID et je ne reviens jamais à cet état-là, raconte-t-elle.

Geneviève Marcotte dans la nature, devant une chute d'eau.

Geneviève Marcotte était une femme active, amoureuse des voyages et des randonnées, avant de contracter la COVID-19. Photo : Geneviève Marcotte

Geneviève n’est en effet jamais retournée travailler à son poste de directrice des missions commerciales à l’Université Laval. Elle est étroitement suivie par une équipe de professionnels de la santé, car ses symptômes sont encore nombreux et, surtout, incapacitants.

Ma limite d’énergie est très, très basse. Je dirais que ma batterie est peut-être à 10 %. Si je dépense 12 % d’énergie, j’éprouve un malaise post-effort. C’est là que tous mes symptômes réapparaissent, mais de façon vraiment exagérée, dit-elle.

« Je vais avoir des douleurs musculaires, des sensations de brûlure, de gros maux de tête, un épuisement qui me laisse alitée […] Ce malaise-là peut durer quelques heures, quelques jours, quelques semaines, selon ma dépense énergétique excédentaire. »— Une citation de  Geneviève Marcotte, absente du travail depuis 13 mois

Pour bien se faire comprendre, elle donne l’exemple d’une séance de magasinage qui a duré moins de deux heures, récemment.

Même si elle était accompagnée d’une personne qui la poussait en fauteuil roulant, l’exposition au bruit, à la lumière et à l’ambiance des magasins lui a fait vivre une rechute. Ça m’a pris une semaine à m’en remettre, raconte-t-elle, précisant qu’elle dû être alitée pendant quelques jours.

Geneviève Marcotte regarde un ordinateur et s'adresse à quelqu'un.

Geneviève Marcotte, au cours d’un rendez-vous avec son ergothérapeute par visioconférence Photo : Radio-Canada/Alexandre Duval

Un nouveau paradigme

Des cas comme celui de Geneviève Marcotte, son ergothérapeute de la clinique Iso-Santé Réadaptation en voit beaucoup. Caroline Théberge est visiblement inquiète pour certains, qui stagnent dans leur réadaptation après la maladie.

C’est certain qu’il y en a [pour qui] c’est très dur d’améliorer leur état et […] même, des fois, après un an de suivi en réadaptation, avec tous les outils, le retour au travail est très difficile, indique-t-elle.

Pourquoi est-ce si dur? Parce que les pratiques habituelles de réadaptation ne fonctionnent pas avec les personnes qui ont des symptômes persistants de COVID-19. Les amener à se dépasser est une grave erreur, indique Mme Théberge.

« On se dit bon bien, en se réactivant, ça va aller mieux, on va remonter. Mais avec la COVID longue, c’est l’inverse qui se produit. Dès que les gens repoussent un peu trop leurs limites, ils retombent, ils empirent leurs symptômes. Les gens vivent de l’incompréhension, beaucoup de détresse, du stress. »— Une citation de  Caroline Théberge, ergothérapeute à la clinique Iso-Santé Réadaptation

Caroline Théberge en entrevue vidéo.

Caroline Théberge, ergothérapeute à la clinique Iso-Santé Réadaptation Photo: Zoom/Capture d’Écran

Les services commencent à se développer et à être plus efficaces, mais au début, les gens ne savaient pas! Il y a des endroits pleins de bonne volonté où on proposait des réadaptations plus classiques et où on empirait les cas! dit-elle.

Le professeur Simon Décary, de l’École de réadaptation de l’Université de Sherbrooke, explique que la science montre désormais toute la complexité de ces cas, qui sont encore parfois incompris.

Dans nos études cliniques, c’est la chose la plus complexe à réussir avec les patients, le retour au travail, parce qu’il y a cette balance-là entre le besoin de temps pour la récupération et l’action. Si j’essaie d’accélérer, je sais que je crée des rechutes. Et chaque rechute retarde [le retour au travail], dit-il.

Des milliers de personnes

Le phénomène des patients n’ayant pas retrouvé leur pleine capacité de travail, visiblement répandu, est toutefois difficile à quantifier.

Selon des chiffres obtenus auprès de la CNESST, 501 Québécois reçoivent une indemnisation de revenu depuis plus de six mois en raison de la COVID-19. De ce nombre, presque 80 % sont des travailleurs de la santé.

D’ailleurs, une étude de l’Institut national de santé publique du Québec s’inquiétait récemment de ces absences prolongées dans le réseau de la santé, craignant que cela finisse même par nuire aux soins offerts à la population.

Or, les chiffres de la CNESST ne sont que la pointe de l’iceberg, car ils ne concernent que les personnes ayant contracté la maladie sur leur lieu de travail.

Celles qui ont été infectées ailleurs, comme Geneviève Marcotte, sont généralement indemnisées par une compagnie d’assurances privée et ne sont pas recensées dans les statistiques.

Radio-Canada a tenté d’obtenir des estimations auprès de l’Association canadienne des compagnies d’assurances de personnes, mais ces données n’existent pas, nous a-t-on répondu.

Le professeur Décary est cependant catégorique : les gens qui sont complètement ou partiellement absents du travail en raison de symptômes persistants de COVID-19 au Québec sont très nombreux.

« Est-ce que je crois qu’il y a des milliers de personnes qui n’ont pas retrouvé leur pleine capacité de travail depuis l’infection? Oui, ça, j’en suis assez certain. »— Une citation de  Simon Décary, professeur à l’École de réadaptation de l’Université de Sherbrooke

Même les données de la CNESST lui paraissent sous-estimer la gravité de la situation. Quand je vois le nombre de cas qui restent [absents du travail] à six mois, d’après ce que je connais des impacts fonctionnels de cette maladie-là, je me dis qu’il y a des gens qui sont retournés au travail et qui n’étaient pas prêts.

Le jugement facile

Nathalie Belleau fait partie des cas indemnisés par la CNESST. Infirmière dans le réseau public, elle a contracté la COVID-19 en décembre 2021. Pendant trois mois, elle n’a pas pu retourner travailler du tout.

Depuis mars, elle est en retour progressif, à raison de trois demi-journées de quatre heures chacune par semaine. Difficulté à suivre les conversations, diminution de l’endurance, maux de tête, maladresse, douleurs au thorax : sa liste de symptômes est longue.

Heureusement, elle se dit bien épaulée par son équipe de professionnels de la santé, mais elle admet que, pour les gens auxquels la COVID longue n’est pas familière, tout cela peut sembler exagéré. Je pense que les gens, quand ils voient ça, ils posent rapidement un jugement, dit-elle.

Nathalie Belleau, portant son uniforme et un masque.

Nathalie Belleau, infirmière, ne peut travailler que 12 heures par semaine, divisées en trois quarts de travail. Photo : Nathalie Belleau

À titre d’ergothérapeute, Caroline Théberge est à même de témoigner de ce scepticisme, car elle l’a observé au sein même du réseau de la santé. Or, le soutien des patients est crucial, selon elle.

[Au début de la pandémie], j’avais beaucoup de clients pour lesquels il fallait écrire de longues lettres aux médecins afin d’expliquer la problématique, l’approche de réadaptation, [parce] que les gens nous disaient : « Je ne me sens pas cru, mon médecin ne me backe pas là-dedans. »

La collaboration des employeurs est aussi importante, selon Mme Théberge, parce que les modalités de retour au travail pour les personnes atteintes de la COVID longue sont parfois inhabituelles.

Quand […] on arrive avec des retours au travail de deux fois quatre heures par semaine, même si l’employeur comprend que ça peut être thérapeutique à ce stade-là de réintégrer le travail, il ne sait pas trop quoi donner comme tâches. Des fois, même la personne ne se sent pas si utile que ça, illustre-t-elle.

Un cas historique

Le professeur Simon Décary croit quant à lui que les assureurs devront aussi faire preuve de compréhension, car ils auront sans doute à verser des indemnités plus longtemps.

Cette avenue reste cependant la meilleure, selon lui, parce que si on essaie d’aller trop rapidement et qu’on transforme cette personne-là en un cas avec un handicap permanent […] ça va coûter énormément plus cher à long terme, incluant le coût sociétal, dit-il.

D’ailleurs, M. Décary croit qu’on est collectivement face à un cas historique pour ce qui est des assurances et du retour au travail et qu’on a sous-estimé les effets de la COVID-19 sur le marché de l’emploi.

« Ce n’est pas terminé. Les données scientifiques nous montrent qu’on peut avoir un cas de COVID longue à trois mois malgré une triple vaccination et une infection à Omicron. »— Une citation de  Simon Décary, professeur à l’École de réadaptation de l’Université de Sherbrooke

Un homme porte un veston et des lunettes.

Simon Décary, professeur à l’École de réadaptation de l’Université de Sherbrooke Photo : Simon Décary

En décembre dernier, le ministère de la Santé et des Services sociaux estimait qu’environ 23 000 Québécois pourraient avoir besoin de ses services dans les cliniques consacrées à la COVID longue.

Geneviève Marcotte, elle, espère qu’elle pourra reprendre le travail. Mais devant le temps qui s’étire, les questions fusent et les réponses manquent encore.

Quand je vais arriver au bout de toutes ces ressources-là, si je ne suis pas encore capable de travailler, qu’est-ce qui va se passer? Est-ce que je vais avoir du soutien? Est-ce que la société va s’occuper de moi? Ça va être quoi, mon filet?

Depuis le début de la pandémie, la CNESST a offert des indemnisations de revenu totalisant 94 millions de dollars à plus de 55 000 personnes ayant contracté la COVID sur leur lieu de travail.

Il n’a cependant pas été possible de savoir quel montant a été versé uniquement aux travailleurs qui éprouvent des symptômes persistants de COVID-19 et dont le retour au travail est partiellement ou complètement compromis.

Avec Radio-Canada par Alexandre Duval

Angola : l’ancien président José Eduardo dos Santos dans un état critique

juin 29, 2022

À 79 ans, l’ex-chef de l’État est hospitalisé en soins intensifs à Barcelone en Espagne. Il a dirigé son pays durant trente-huit ans, entre 1979 et 2017.

José Eduardo dos Santos, en avril 2008. © Themba Hadebe/AP Photo.

Tout au long de son mandat de président, son état de santé a fait l’objet de rumeurs. Mais depuis une semaine, les informations qui filtrent à ce sujet sont alarmantes. Selon le quotidien portugais de référence Expresso, l’ancien président angolais José Eduardo dos Santos, 79 ans, se trouve « entre la vie et la mort », hospitalisé en soins intensifs depuis quelques jours au sein du centre médical Teknon à Barcelone, en Espagne.

La dégradation de son état de santé, confirmée par des sources officielles à l’agence de presse portugaise Lusa, explique le déplacement en Espagne ce 29 juin du ministre des Affaires étrangères angolais, Téte António, chargé de suivre la situation. Ce même jour, doit se tenir une réunion entre des membres de la famille dos Santos et l’équipe médicale chargée de l’ancien chef de l’État, selon la presse angolaise.

Interrogé le 28 juin par la chaîne de télévision privée portugaise SIC, José Filomeno de Sousa dos Santos, le premier fils de l’ancien président, qui ne peut quitter Luanda en raison de procédures judiciaires pour corruption, a confirmé l’hospitalisation de son père tout en affirmant « continuer à espérer une amélioration de son état de santé ».

Exil à Barcelone depuis 2019

Homme fort de l’Angola durant trente-huit ans, entre 1979 et 2017, José Eduardo dos Santos est installé à Barcelone depuis le mois d’avril 2019. Le centre médical Teknon fait partie du groupe hospitalier privé Quirónsalud, qui compte également la clinique Quirón, où est décédé l’ancien président gabonais Omar Bongo Ondimba en 2009.

Les relations entre l’ancien chef de l’État angolais et son successeur, João Lourenço, issu du même parti que lui, le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), demeurent tendues en raison de la croisade anti-corruption menée par Lourenço qui vise notamment des membres de l’ex-famille présidentielle et des anciens proches du clan dos Santos.

En septembre 2021, José Eduardo dos Santos était rentré à Luanda, son unique retour au pays depuis son départ du pouvoir. Durant son séjour, il avait reçu deux fois, à la fin de décembre et au début de mars, l’actuel président Lourenço dans sa résidence du quartier de Miramar à Luanda, avant de repartir à Barcelone pour suivre des traitements médicaux.

Avec Jeune Afrique par Estelle Maussion

La Chine réduit de moitié la quarantaine pour les arrivées de l’étranger

juin 28, 2022
La Chine reduit de moitie la quarantaine pour les arrivees de l'etranger
La Chine réduit de moitié la quarantaine pour les arrivées de l’étranger© AFP/Archives/Leo RAMIREZ

La Chine a réduit mardi de moitié la durée de la quarantaine obligatoire pour les voyageurs arrivant en Chine, un assouplissement majeur des restrictions d’entrée imposées par ce pays qui suit depuis le début de la pandémie une stricte politique sanitaire, que Pékin a toutefois minimisé en évoquant un simple « ajustement ».

Première touchée par le Covid-19, la Chine a fermé dès mars 2020 ses frontières aux voyageurs étrangers pour se prémunir contre de nouvelles infections, au moment où le virus se propageait dans le reste du monde. La Chine avait parallèlement fortement réduit le nombre de vols en provenance de l’étranger.

Pour décourager le retour de ses ressortissants, Pékin imposait depuis plus de deux ans une quarantaine longue et coûteuse à l’hôtel ou dans un centre dédié.

En vertu d’une nouvelle directive dévoilée mardi, la quarantaine à l’arrivée en Chine est réduite à 10 jours, contre 21 initialement.

Les passagers arrivant en Chine devront rester sept jours à l’hôtel puis respecter trois jours d’observation à domicile, a précisé le ministère de la Santé.

Il ne s’agit « absolument pas d’un assouplissement » de la politique sanitaire dite de zéro Covid mais d’un « ajustement », a averti un responsable, Lei Zhenglong.

Fermement défendue par le président chinois Xi Jinping, la stratégie zéro Covid consiste en des confinements, des quarantaines à l’arrivée sur le territoire, l’isolement des personnes contaminées et à la quasi-fermeture des frontières.

Assouplissement très progressif

Les nouvelles mesures ont été perçues par les marchés comme un signal positif pour une économie éprouvée par les mesures sanitaires qui pénalise échanges humains et chaîne d’approvisionnement.

Les Bourses de Hong Kong et Shanghai ont terminé mardi en hausse de près de 1 %.

Les autorités sanitaires locales de Pékin et Canton ont toutefois indiqué à l’AFP n’avoir reçu pour l’heure aucune instruction pour réduire la durée des quarantaines pour les vols internationaux.

Depuis avril, un nombre croissant de villes pilotes avait déjà réduit à dix jours la quarantaine pour les arrivées de l’étranger.

« De longues quarantaines ne sont plus nécessaires », la période d’incubation pour la souche Omicron du coronavirus étant plus courte, relève Yanzhong Huang, spécialiste de santé publique au Council on Foreign Relations, un cercle de réflexion américain.

L’essentiel des retours en Chine concerne des ressortissants chinois.

Mais ces derniers mois, le pays autorise de nouveau au compte-goutte un certain nombre d’étrangers à revenir en Chine, à l’exception notable des touristes.

Les étudiants en provenance de plusieurs pays, dont l’Inde et le Pakistan, peuvent ainsi prétendre à un visa pour la première fois depuis le début de la pandémie.

Crainte d’un rebond

Mais les vols internationaux restent rares, très onéreux et sont fréquemment annulés, Pékin appliquant des pénalités lorsqu’un certain nombre de passagers sont testés positifs sur des liaisons.

Vendredi, l’aviation civile chinoise a indiqué être en discussion avec un certain nombre de pays pour augmenter progressivement les liaisons avec la Chine.

La plupart des analystes doutent cependant que des changements majeurs surviennent à court terme.

En fin d’année doit en effet se tenir en Chine le 20e Congrès du Parti communiste chinois (PCC), au cours duquel le président Xi Jinping devrait obtenir un troisième mandat à la tête du pays.

A l’approche de cet événement considéré comme sensible pour le pouvoir, les autorités veulent éviter tout regain épidémique.

Pour prévenir tout risque, la Chine a déjà fortement restreint les départs à l’étranger de ses ressortissants. Les voyages non essentiels ne sont pas autorisés et la plupart des renouvellements de passeport pour les Chinois ont été suspendus.

Alors que des voix plaident ces derniers mois pour un assouplissement des restrictions sanitaires, le président Xi Jinping insiste pour poursuivre la politique zéro Covid.

Par Le Point avec AFP

États-Unis: Premier État à avoir criminalisé l’avortement, le Missouri entre la fierté et le choc

juin 27, 2022
L'oratoire St. Francis de Sales, à St. Louis, au Missouri.

Le Missouri est le premier État à avoir interdit l’avortement. Photo: Radio-Canada

Le procureur général du Missouri Eric Schmitt était prêt. La loi était écrite depuis quelques semaines déjà et lorsque la décision de la Cour suprême est tombée, il n’a eu qu’à apposer sa signature pour que l’avortement devienne illégal au Missouri. L’État est ainsi devenu le premier à légiférer contre l’avortement après le jugement du plus haut tribunal américain.

Ils écoutent la messe.

Des centaines de fidèles se réunissent chaque semaine à l’oratoire St. Francis de Sales de Saint Louis. Photo : Radio-Canada

À l’oratoire St. Francis de Sales dans la ville de Saint Louis, la décision de criminaliser l’avortement fait l’unanimité. L’église accueille tous les dimanches la communauté de l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre, une société de la mouvance catholique traditionaliste. La messe y est célébrée en latin et des centaines de fidèles y assistent chaque semaine.

Originaire de la France, Pierre Dumain est vicaire depuis quatre ans dans cette paroisse du sud de la ville. Il partage et enseigne ses valeurs pro-vie avec les jeunes de sa communauté. Et ses convictions, dit-il, vont au-delà de la tradition religieuse. Il y a le cinquième commandement : « Tu ne tueras pas », mais ce n’est pas parce que je suis catholique que je ne tue pas. Un athée ne tue pas un être humain. Un embryon est un être humain, donc on ne le tue pas explique-t-il.

« Tuer un enfant sans défense, c’est le plus grand crime. »— Une citation de  Pierre Dumain, vicaire, oratoire St. Francis de Sales

Pierre Dumain en entrevue

Pierre Dumain est vicaire depuis quatre ans à Saint Louis. Photo : Radio-Canada

Dans la communauté, les familles sont nombreuses. Au sous-sol de l’église où les fidèles se rassemblent après la messe, il n’est pas rare de croiser des familles de 6, 7 ou même 12 enfants. L’avortement, pour eux, n’est pas une option même en cas de viol.

Confronté à cette question, Pierre Dumain répond que ce n’est pas grâce à l’avortement que l’on peut combattre la culture du viol. La question d’abord, c’est pourquoi il y a des viols? Pourquoi il y a ce manque de respect pour la femme? soutient-il.

Elle est entourée d'une clôture.

Planned Parenthood était la seule clinique d’avortement de tout le Missouri. Photo : Radio-Canada

À quelques kilomètres de l’oratoire se trouve la seule clinique d’avortement de tout le Missouri. À Planned Parenthood, depuis vendredi, quiconque y pratique une interruption volontaire de grossesse s’expose à une peine de 5 à 15 ans de prison. L’avortement est devenu un crime passible de la même peine qu’un homicide volontaire.

Dorénavant, les avortements sont autorisés seulement dans les cas où la vie de la mère est en danger. La loi vise à punir les médecins qui pratiquent des avortements et non leurs patientes.

C’est un choc, lance Tania Thomas. J’avais entendu que c’était en discussion, mais je n’avais jamais pensé qu’ils prendraient les droits aux femmes, poursuit cette Québécoise qui habite la banlieue de Saint Louis depuis plus de 25 ans.

Elle craint maintenant que les élus républicains aillent plus loin. Ils pourraient très bien décider de s’en prendre ensuite au mariage entre deux personnes du même sexe ou bien les autres droits à la contraception, dit la mère de famille.

Jade et Tania Thomas

Jade et Tania Thomas, mère et fille s’inquiètent des impacts de la criminalisation de l’avortement au Missouri Photo : Radio-Canada

Sa fille, Jade, s’inquiète également. La jeune femme de 25 ans est anthropologue et termine un doctorat en médecine à l’Université Washington de Saint Louis. Ses études l’ont menée à travailler dans une clinique venant en aide à des femmes victimes de violence conjugale, et la criminalisation de l’avortement maintiendra les femmes prisonnières du cercle de la violence.

Dans des foyers où il y a de la violence conjugale, la grossesse est en quelque sorte une façon de garder les femmes prisonnières de ce modèle et plus rien ne pourra plus arrêter ça, déplore-t-elle.

« Je sens que notre futur est menacé. »— Une citation de  Jade Thomas

De retour à l’oratoire St. Francis de Sales, Pierre Dumain, lui, croit plutôt que cette décision aura un effet positif dans les États qui suivront l’exemple du Missouri. On va voir les résultats dans quelques années dans les États qui l’ont interdit et ceux qui l’autorisent. On verra que des États, où l’avortement demeurera légal, vont s’effondrer […] Sans enfant, la perte des valeurs familiales va détruire le tissu social, croit-il.

Pour l’instant, force est d’admettre que c’est le débat autour de cette loi qui menace le tissu social du Missouri.

Avec Radio-Canada par Valérie Gamache

Révocation du droit à l’avortement : les stars américaines vent debout

juin 27, 2022

Taylor Swift, Mariah Carey, Kim Kardashian… Les célébrités sont montées au créneau tout le week-end après la décision de la Cour suprême des États-Unis.

Lors d'une manifestation a New York apres la decision de la Cour supreme des Etats-Unis de revoquer le droit federal a l'avortement, le 24 juin.
Lors d’une manifestation à New York après la décision de la Cour suprême des États-Unis de révoquer le droit fédéral à l’avortement, le 24 juin.  © SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Il n’a pas fallu longtemps pour voir les stars américaines dire tout le mal qu’elles pensaient de la révocation du droit fédéral à l’avortement décidée par la Cour suprême des États-Unis vendredi dernier. Un arrêt qui n’interdit pas l’avortement sur tout le territoire, mais qui autorise les États à le faire, ou non, sur leur propre sol. Dès vendredi, au moins huit États ont rendu tout avortement illégal et sept autres ont prévu de faire de même dans les prochaines semaines. D’autres, comme la Californie et New York, ont promis d’être des « sanctuaires » garantissant aux femmes le droit à un avortement légal et sûr.

« Je suis absolument terrifiée à l’idée que nous en soyons arrivés là », a ainsi réagi Taylor Swift sur Twitter, en partageant le communiqué de Michelle Obama, dans lequel l’ex-first lady dit avoir « le cœur brisé ». « Après tant de décennies pour le droit des femmes à disposer de leurs corps, et voir la décision prise aujourd’hui nous retirer ce droit… », déplore la chanteuse. Vive réaction également de Mariah Carey sur les réseaux sociaux : « Il est absolument insupportable et décourageant de devoir essayer d’expliquer à ma fille de 11 ans pourquoi nous vivons dans un monde où les droits des femmes se désintègrent sous nos yeux… »

Même colère chez la jeune chanteuse Billie Eilish, qui dénonce « un jour vraiment, vraiment sombre pour les femmes américaines » pendant que Kim Kardashian a jugé la décision « effrayante et déchirante ». De son côté, Alyssa Milano met en garde sur « les conséquences morales » de cet arrêt, notamment « sur les personnes de couleur qui endurent une discrimination injuste dans notre pays et connaissent déjà un taux disproportionné de mortalité maternelle ».

L’actrice Patricia Arquette évoque, elle, une « catastrophe absolue », en regrettant le manque de mobilisation sur le sujet. « Nous n’avons pas été assez réactifs, nous l’avions vu venir »… Il faut dire que certains signes avant-coureurs étaient perceptibles, l’État du Texas avait déjà interdit l’avortement après six semaines de grossesse dès septembre dernier, suscitant une première vague de mobilisation chez les artistes.

« Fuck you ! »

Certaines célébrités s’en sont prises directement aux juges de la Cour suprême à l’exemple de Bette Midler : « Comment osent-ils ? S’est-elle emportée. Cette cour est totalement sourde à la volonté et aux besoins réels du peuple américain. » Même réaction de la part d’Olivia Rodrigo, qui a lancé « On vous déteste ! » directement sur la scène du festival de Glastonbury, en Angleterre « Je voudrais dédicacer cette chanson aux cinq membres de la Cour suprême qui nous ont montré qu’en fin de compte, ils n’en avaient rien à foutre de la liberté ! » Et d’entonner dans la foulée avec Lily Allen une interprétation musclée de « Fuck You », le tube de la chanteuse britannique.

Les stars féminines du sport ont également fait entendre leurs voix, à l’exemple de Megan Rapinoe, de l’équipe de football des États-Unis, qui a jugé cette décision « totalement absurde ». « Il est difficile d’exprimer à quel point ce jour est triste pour moi, pour mes coéquipières, pour toutes les personnes que cela va affecter… » Quant à la ligue des basketteuses professionnelles (WNBA), elle juge cette politique « complètement déconnectée du pays et de tout sens de la dignité humaine ».

Enfin, Certaines personnalités appellent à la résistance, comme Lynda Carter, l’ex-héroïne de la série Wonder Woman, qui estime qu’il faut garder espoir : « La douleur est incommensurable, écrit-elle sur Twitter. Mais un jour, espérons-le, nous trouverons le chemin d’un avenir où la liberté reproductive sera à jamais inscrite dans la loi fédérale ». En attendant, la chanteuse Lizzo a promis de donner 500 000 dollars à Planned Parenthood, l’équivalent de notre planning familial pour continuer le soutien auprès des femmes. « Le plus important, c’est l’action et les voix fortes » a conclu l’artiste militante, qui annonce que son tourneur Live Nation mettra autant d’argent au pot, à la fin de ses shows. Un exemple qui pourrait être suivi par d’autres.

Avec Le Point par Marc Fourny

Sommet de Kigali : une occasion historique d’en finir avec les maladies négligées 

juin 22, 2022

Organisé ce 23 juin dans la capitale rwandaise en marge du sommet du Commonwealth, le forum sur le paludisme et les maladies tropicales négligées doit être l’occasion de rappeler aux décideurs politiques l’importance de l’innovation médicale et des partenariats, pilotés et soutenus par les Africains, dans la lutte contre ce fléau.

Le ministère de la Santé de l’État de Lagos et ses partenaires organisent une marche de sensibilisation pour la journée mondiale de lutte contre le paludisme à Alausa, Ikeja, au Nigeria, le 26 avril 2022. © ADEKUNLE AJAYI/NurPhoto via AFP

Il y a trente ans, l’un de mes patients, un jeune garçon atteint de leishmaniose viscérale, est mort dans mes bras. La leishmaniose viscérale, aussi appelée fièvre noire, est une maladie parasitaire négligée, endémique en Afrique de l’Est, qui touche principalement les enfants de moins de 15 ans. Ce jeune patient était originaire de Baringo, une région du Kenya affectée par la maladie et située à 250 km de Nairobi. À l’époque, le traitement qui aurait pu le sauver était très difficile d’accès dans son village.

Plus de 1,7 milliard de personnes menacées

C’est cette tragédie qui m’a amenée, alors jeune médecin, à consacrer ma vie à la découverte et au développement de meilleurs médicaments contre les maladies tropicales négligées (MTN). La leishmaniose viscérale n’est qu’une de ces nombreuses maladies infectieuses qui, chaque année, tuent, handicapent et défigurent des millions de personnes. Elles affectent aussi les moyens de subsistance des familles et l’éducation des enfants, et constituent ainsi un frein au développement socio-économique des pays concernés en maintenant les communautés atteintes dans un cycle d’extrême pauvreté.

Même si 1,7 milliard de personnes dans le monde sont menacées par les maladies négligées, les seuls traitements disponibles sont trop souvent toxiques, longs, peu efficaces, ou impossibles à administrer dans les zones reculées – quand ils existent. C’est pourquoi tous les regards de la communauté des chercheurs et des militants des MTN sont tournés vers le Rwanda, où se tient le 23 juin le Sommet de Kigali sur le paludisme et les MTN en marge de la réunion des chefs de gouvernement du Commonwealth.

À Kigali, décideurs politiques, institutions de recherche médicale africaines et internationales, société civile et industrie pharmaceutique discuteront d’actions concrètes pour lutter contre les maladies négligées – notamment en soutenant l’innovation. Des efforts qui s’alignent sur les objectifs de la feuille de route MTN de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui vise à éliminer 20 maladies en tant que problèmes de santé publique d’ici à 2030.

Ces objectifs ne pourront être atteints sans des efforts de recherche, menée notamment sous l’impulsion des nations et des scientifiques africains. Nous avons démontré que c’était possible. En RDC par exemple, des chercheurs d’instituts de recherche nationaux, travaillant étroitement avec le ministère de la Santé, et des partenaires internationaux ont réussi à mettre au point des médicaments révolutionnaires contre la maladie du sommeil, l’une des pathologies les plus négligées au monde.

Nous pouvons reproduire ce succès dans d’autres cas. Les trois décennies que j’ai passées sur le terrain avec mes collègues chercheurs et avec les communautés atteintes par la leishmaniose viscérale m’ont convaincue que l’innovation médicale et les partenariats, pilotés et soutenus par un leadership africain déterminé, sont essentiels pour lutter efficacement contre les MTN.

Ce modèle a déjà amené des résultats spectaculaires. Jusqu’à récemment, les personnes atteintes de leishmaniose viscérale devaient passer de longs mois à l’hôpital pour y recevoir de douloureuses injections quotidiennes. Mais, grâce à de nouveaux traitements, la durée d’hospitalisation a été divisée par deux, et nous développons le tout premier traitement entièrement par voie orale de la maladie.

Début juin, l’OMS a aussi recommandé un traitement plus court, plus efficace et plus facile à administrer pour les personnes co-infectées par la leishmaniose viscérale et le VIH. Un traitement élaboré grâce à des études cliniques menées en Éthiopie et en Inde par mon ONG, l’organisation de recherche à but non lucratif Initiative médicaments contre les maladies négligées (DNDi) et ses partenaires éthiopiens, indiens et internationaux. Des dizaines de milliers de patients vont bénéficier de cette innovation.

La science, ça marche !

Mais pour trop d’autres maladies, nous manquons toujours de traitements adéquats. La cécité des rivières, par exemple. Cette maladie dite filarienne est causée par des vers parasitaires qui migrent vers la peau, les yeux et d’autres organes, provoquant des démangeaisons, des affections cutanées qui défigurent et, finalement, la cécité. Environ 240 millions de personnes sont menacées par cette maladie, dont un grand nombre se trouvent d’ailleurs près de Kigali où se déroulera le sommet, et dans la RDC voisine.

Le traitement actuel de la cécité des rivières consiste en des administrations massives et régulières d’ivermectine à toutes les personnes vivant dans les zones endémiques. Ce médicament tue les vers juvéniles, mais pas les vers adultes, qui restent dans l’organisme, obligeant à répéter ces campagnes d’administration massive pendant de nombreuses années. Nous avons donc besoin d’un médicament sûr, efficace, abordable, et capable de tuer tous les vers, juvéniles comme adultes. Nous y travaillons : en coopération avec les autorités de santé de la RDC et du Ghana, ainsi qu’avec deux entreprises pharmaceutiques, nous avons déjà identifié deux molécules prometteuses et espérons apporter ces nouveaux traitements aux patients dans les prochaines années. Mais pour de nombreuses autres maladies négligées, les besoins restent immenses.

Le Sommet de Kigali offre une occasion historique de soutenir l’innovation médicale. Décideurs politiques, donateurs et industriels doivent s’engager publiquement à investir dans la recherche pour trouver de meilleurs médicaments et outils de diagnostic. Alors que, à travers le continent, les communautés sont confrontées à une aggravation du risque posé par des maladies dont la propagation est amplifiée par le réchauffement climatique – c’est le cas de la leishmaniose –, les gouvernements africains ne peuvent pas se permettre d’être attentistes.

L’élimination des MTN constitue d’abord l’un des moyens les plus efficaces de développer leurs économies ; mais, avant tout, je suis intimement convaincue, en tant que médecin, que des centaines de millions de personnes sur le continent méritent de vivre sans la menace des MTN sur leur bien-être, leur famille et leurs moyens de subsistance. Et que les enfants de Baringo et d’ailleurs ont le droit à une vie saine et heureuse, avec l’assurance d’avoir près d’eux, quand la maladie frappe, des médicaments sûrs, efficaces, et simples d’utilisation, pour les soigner et les guérir.

Monique Wasunna

Avec Jeune Afrique par Monique Wasunna

Médecin et chercheuse en maladies infectieuses basée à Nairobi (Kenya). Elle dirige le bureau Afrique de l’initiative Médicaments contre les maladies négligées (DNDi).

Canada-Québec: Horacio Arruda a empêché la diffusion de données sur le cancer à Rouyn-Noranda

juin 20, 2022
Horacio Arruda en conférence de presse.

Horacio Arruda a quitté ses fonctions de directeur national de santé publique le 10 janvier dernier. (Archives) Photo : La Presse Canadienne/Paul Chiasson

Figurant dans le rapport de biosurveillance de 2019 et destinées à être présentées à la population, des données sur les cas de cancer du poumon à Rouyn-Noranda ont été retirées à la dernière minute, à la demande du directeur national de santé publique à l’époque, Horacio Arruda.

Les récentes données sur l’état de santé de la population dévoilées en mai dernier en ont inquiété plusieurs. On y apprenait que le pourcentage de maladies pulmonaires obstructives chroniques est plus élevé que la moyenne provinciale, que l’incidence du cancer du poumon y est nettement plus élevée et que les naissances de faible poids sont aussi plus nombreuses.

Radio-Canada a appris que déjà en septembre 2019 la santé publique régionale savait que le taux de mortalité lié au cancer du poumon était plus élevé à Rouyn-Noranda et souhaitait en aviser la population.

Il semblait important d’ajouter quelques informations complémentaires en lien avec l’incidence du cancer du poumon à Rouyn-Noranda […] L’arsenic est un facteur aggravant favorisant le développement du cancer du poumon et cet effet à la santé préoccupe particulière la DSPu, peut-on lire dans l’annexe 6 qui devait être incluse dans le rapport de biosurveillance présenté à la population en septembre 2019.

On rappelle que la Direction de santé publique régionale a formulé l’hypothèse que les émissions de la Fonderie Horne, appartenant à Glencore, pourraient être responsables de cette forte incidence du cancer du poumon.

L’annexe n’a toutefois jamais été publiée dans le rapport. Deux sources nous confirment que c’est le directeur national de santé publique de l’époque et sous-ministre adjoint, Horacio Arruda, alors de passage à Rouyn-Noranda, qui a demandé à ce que l’on retire cette annexe du rapport.

Un homme, deux fonctions

Le Dr Arruda en conférence de presse.

L’ancien directeur national de santé publique et sous-ministre adjoint, Horacio Arruda. (archives) Photo : La Presse Canadienne/Jacques Boissinot

Dans le compte rendu du comité consultatif de suivi de l’étude de biosurveillance du quartier Notre-Dame, auquel il a assisté le 26 septembre 2019, le Dr Arruda précise qu’il est venu à Rouyn-Noranda à titre de conseiller du ministre Lionel Carmant et non comme directeur national de santé publique.

Des membres du comité nous ont confié avoir été surpris de le voir faire cette précision et ce n’est pas la première fois que les deux rôles du directeur national en santé publique sont remis en question.

En mai dernier, la coroner Géhane Kamel avait justement souligné dans un rapport que le poste de directeur national de santé publique et celui de sous-ministre « sont deux rôles distincts et ne sont peut-être pas compatibles », en ajoutant que les impératifs sanitaires ne correspondent pas nécessairement aux intérêts politiques et économiques d’un gouvernement.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) n’a pas donné suite à notre demande d’entrevue pour le Dr Horacio Arruda. On nous a expliqué par courriel que les informations de l’annexe 6 n’avaient pas de lien avec les recherches de la santé publique régionale, même s’il s’agissait d’informations complémentaires.

Ces informations ne s’inscrivaient pas dans les objectifs recherchés par la Direction de santé publique de l’Abitibi-Témiscamingue ni dans les résultats obtenus lors de cette étude de biosurveillance auprès des jeunes enfants de neuf mois à moins de six ans résidant dans le quartier Notre-Dame à l’automne 2018. […] Il a donc été décidé de ne pas les présenter dans cette étude, nous a répondu le MSSS par courriel.

Nous avons aussi tenté d’obtenir une entrevue avec le successeur du Dr Arruda, le Dr Luc Boileau, concernant la qualité de l’air à Rouyn-Noranda, et nos nombreuses demandes ont toujours été refusées.

Le Dr Boileau en conférence de presse.

Luc Boileau est devenu officiellement le nouveau directeur national de santé publique du Québec en mai 2022. (Archives) Photo : Radio-Canada/Charles Contant

Des données de santé qui inquiétaient déjà en 2019

Dans l’annexe 6, on apprenait que de 1965 à 1974, le taux de mortalité lié au cancer du poumon des hommes de Rouyn-Noranda est considérablement plus élevé qu’ailleurs au Québec.

Après avoir retiré les travailleurs de la fonderie, l’excès de mortalité restait significativement plus élevé à Rouyn-Noranda […] Les auteurs soulevaient que l’arsenic est un cancérigène et que l’association de la pollution atmosphérique avec l’excès de maladies respiratoires observé à Rouyn-Noranda ne pouvait être écarté, peut-on lire dans cette annexe.

Les cheminées de la Fonderie Horne vues d'une rue à Rouyn-Noranda.

Le quartier Notre-Dame à Rouyn-Noranda (archives) Photo: Radio-Canada/Jean-Michel Cotnoir

On y apprend qu’un rapport du gouvernement du Canada en 1993 recommandait d’investiguer plus en détails par des études épidémiologiques le taux de mortalité dû au cancer du poumon chez les hommes de Rouyn-Noranda.

La problématique était donc connue à l’époque, mais il ne semble qu’aucune action n’ait été entreprise pour réduire les concentrations d’arsenic dans le quartier Notre-Dame jusqu’à l’intervention du gouvernement en 2004, précise-t-on dans l’annexe.

On peut y lire également que des données plus récentes tirées du portrait de santé de la région inquiétaient aussi la santé publique régionale, notamment pour le taux de cancer du poumon chez les femmes.

Le taux d’incidence du cancer du poumon des femmes de Rouyn-Noranda est significativement plus élevé et augmente plus rapidement que celui des femmes de la MRC de La Vallée-de-l’Or et de l’ensemble du Québec, précise-t-on dans l’annexe.

Le document se conclut en mentionnant que l’incidence plus grande de cas de cancers du poumon à Rouyn-Noranda rend difficilement acceptable la présence d’arsenic dans l’air ambiant et à la surface des sols.

Avec Radio-Canada par Jean-Marc Belzile

Canada-Québec: La santé publique n’écarte pas une recrudescence des cas de COVID-19 cet été

juin 17, 2022
Une femme tient un vaccin entre ses mains avec des gants et porte un masque.

Les nouveaux variants BA.4 et BA.5 de la famille Omicron pourraient relancer la contagion au pays cet été, selon la santé publique. Photo : AP/Matt Rourke

Les indicateurs de transmission de la COVID-19 se stabilisent ou diminuent un peu partout au pays, mais une recrudescence est « possible » au cours de l’été avec l’arrivée des nouveaux variants BA.4 et BA.5 de la famille Omicron, prévient la santé publique fédérale.

Ces variants ont un avantage de croissance par rapport aux autres et semblent avoir un échappement immunitaire, a indiqué l’administrateur adjoint de la santé publique du Canada, le Dr Howard Njoo, en point de presse vendredi, alors qu’il faisait le point sur la situation de la COVID-19 et de la variole simienne.

L’agence fédérale a observé que les BA.4 et BA.5 ont gagné du terrain dans les dernières semaines. Cette tendance se constate aussi en Europe, notamment au Portugal, où le BA.5 est devenu dominant, causant une montée des infections.

Même si l’été est habituellement synonyme de ralentissement pour le virus, c’est possible qu’on ait une recrudescence ici au Canada, a affirmé le Dr Njoo, accompagné de l’administratrice en chef de la santé publique fédérale, la Dre Theresa Tam.

On commence à voir une augmentation du pourcentage des variants BA.4 et BA.5. C’est à suivre, a-t-il ajouté, sans toutefois préciser les régions qui connaissent en ce moment une activité accrue de la COVID-19 au pays.

Les Drs Tam et Njoo ont invité les gens à rester préparés à une résurgence et à prendre des mesures de protection individuelle, comme la vaccination, alors que les occasions de se rassembler seront plus nombreuses pendant la saison estivale.

Par ailleurs, le Dr Njoo a confirmé que Santé Canada analyse actuellement une demande de Moderna pour administrer le vaccin contre la COVID-19 aux enfants de moins de cinq ans. Une réponse devrait venir dans les prochaines semaines.

Les États-Unis ont autorisé vendredi les vaccins de Pfizer et de Moderna chez les tout-petits dès l’âge de six mois.

168 cas de variole simienne

Sur le plan de la variole simienne, le Canada compte en date du 17 juin 168 cas, dont la grande majorité sont au Québec avec 141 infections rapportées. L’Ontario suit avec 21 cas; viennent ensuite l’Alberta et la Colombie-Britannique, avec respectivement quatre et deux cas, ont indiqué les deux médecins en chef.

« Les autorités locales de santé publique nous disent que le taux de croissance semble être en voie de ralentir, mais nous devons surveiller la situation dans les prochaines semaines. »— Une citation de  Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique du Canada

Tous les cas dont des renseignements ont été fournis à l’Agence de la santé publique du Canada sont des hommes âgés de 20 à 69 ans, et plusieurs se rapportent à des contacts sexuels avec d’autres hommes.

Néanmoins, toute personne, quels que soient son orientation sexuelle et son sexe, peut être infectée par le virus ou le propager, ont rappelé les autorités fédérales.

Theresa Tam à Ottawa.

L’administratrice en chef de la santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam Photo: La Presse Canadienne/Sean Kilpatrick

La tenue de nombreux événements et festivals, notamment en lien avec le mois des Fiertés, sera une occasion de sensibiliser la population à la maladie pour briser la chaîne de propagation.

Nous examinons toutes les façons dont on peut freiner la transmission. L’une des choses importantes que l’on fait, c’est d’augmenter la sensibilisation tant dans les communautés touchées que parmi les travailleurs de la santé, a affirmé la Dre Tam.

Les messages pour éviter la stigmatisation d’une communauté seront également importants, a-t-elle précisé.

La transmission peut survenir lors de contacts étroits avec une personne atteinte ou avec des objets personnels qu’elle a utilisés comme de la literie.

Montréal, épicentre de l’épidémie

Au Québec, la santé publique a élargi cette semaine la vaccination aux hommes qui comptent avoir des relations sexuelles avec d’autres hommes.

Elle était auparavant réservée aux personnes ayant eu des contacts avec des personnes infectées par le virus.

La directrice régionale de santé publique de Montréal, la Dre Mylène Drouin, a mentionné mardi que la métropole québécoise était l’épicentre de la variole simienne en Amérique, alors qu’elle comptait 126 cas.

L’Organisation mondiale de la santé doit convoquer la semaine prochaine un comité d’urgence d’experts pour déterminer si cette épidémie croissante doit être considérée comme une urgence sanitaire mondiale.

Avec Radio-Canada par La Presse canadienne