Archive for the ‘Science’ Category

Tous les vaccins ne sont pas égaux, selon l’Union européenne

juillet 13, 2021

LONDRES — Après que le Dr Ifeanyi Nsofor et son épouse ont reçu deux doses du vaccin d’AstraZeneca contre le coronavirus au Nigeria, ils ont supposé qu’ils seraient libres de voyager cet été vers une destination européenne de leur choix. Ils avaient tort.

© Fournis par La Presse Canadienne

Le couple – et des millions d’autres personnes qui ont été vaccinées grâce à un effort soutenu par l’ONU – pourrait se voir interdire l’entrée de nombreux pays européens, entre autres, parce que ces pays ne reconnaissent pas la version indienne du vaccin.

Bien que le vaccin d’AstraZeneca produit en Europe ait été autorisé par l’agence de réglementation pharmaceutique du continent, le même vaccin fabriqué en Inde n’a pas reçu le feu vert.

Les régulateurs de l’Union européenne (UE) ont déclaré qu’AstraZeneca n’avait pas rempli les documents nécessaires sur l’usine indienne, y compris les détails sur ses pratiques de production et ses normes de contrôle qualité.

Mais certains experts décrivent la décision de l’UE comme discriminatoire et non scientifique, soulignant que l’Organisation mondiale de la santé a inspecté et approuvé l’usine. Les responsables de la santé affirment que la situation non seulement compliquera les voyages et nuira aux économies fragiles, mais elle sapera également la confiance dans les vaccins en semblant étiqueter certains comme étant de qualité inférieure.

Alors que la couverture vaccinale augmente en Europe et dans d’autres pays riches, les autorités soucieuses de sauver la saison touristique estivale assouplissent de plus en plus les restrictions aux frontières.

Plus tôt ce mois-ci, l’Union européenne a présenté son certificat COVID numérique, qui permet aux résidants de l’UE de se déplacer librement dans le bloc de 27 pays tant qu’ils ont été vaccinés avec l’un des quatre vaccins autorisés par l’Agence européenne des médicaments, ont un récent test négatif ou ont la preuve qu’ils se sont récemment remis du virus.

Alors que les États-Unis et la Grande-Bretagne restent largement fermés aux visiteurs extérieurs, le certificat de l’UE est considéré comme un modèle potentiel de voyage à l’ère de la COVID-19 et un moyen de stimuler les économies.

Les vaccins officiellement approuvés par l’UE incluent également ceux fabriqués par Pfizer, Moderna et Johnson & Johnson. Ils n’incluent pas le vaccin d’AstraZeneca fabriqué en Inde ni de nombreux autres vaccins utilisés dans les pays en développement, y compris ceux fabriqués en Chine et en Russie.

Les différents pays de l’UE sont libres d’appliquer leurs propres règles pour les voyageurs de l’intérieur et de l’extérieur du bloc, et leurs règles varient considérablement, créant une confusion supplémentaire pour les touristes. Plusieurs pays de l’UE, dont la Belgique, l’Allemagne et la Suisse, autorisent les personnes à entrer s’ils ont reçu des vaccins non approuvés par l’UE; plusieurs autres, dont la France et l’Italie, ne le font pas.

Pour le Dr Nsofor, la réalisation qu’il pourrait être interdit d’entrée a été «un réveil brutal». Après une année difficile de travail pendant la pandémie à Abuja, le Dr Nsofor et sa femme attendaient avec impatience des vacances européennes avec leurs deux jeunes filles, peut-être en admirant la tour Eiffel à Paris ou en visitant Salzbourg en Autriche.

Le Dr Nsofor a noté que le vaccin de fabrication indienne qu’il avait reçu avait été autorisé par l’OMS pour une utilisation d’urgence et avait été fourni par le biais de COVAX, le programme soutenu par l’ONU pour fournir des vaccins aux pays les plus pauvres du monde. L’approbation de l’OMS comprenait une visite à l’usine du Serum Institute of India pour s’assurer qu’elle avait de bonnes pratiques de fabrication et que les normes de contrôle de qualité étaient respectées.

«Nous sommes reconnaissants à l’UE d’avoir financé COVAX, mais maintenant, ils discriminent essentiellement un vaccin qu’ils ont activement financé et promu», a déploré le Dr Nsofor. «Cela ne fera que laisser place à toutes sortes de théories du complot selon lesquelles les vaccins que nous recevons en Afrique ne sont pas aussi bons que ceux qu’ils ont pour eux-mêmes en Occident.»

Avec La Presse canadienne par Maria Cheng, The Associated Press

France: Le professeur Jean-Michel Dubernard, chirurgien pionnier des greffes, est mort

juillet 11, 2021

Il avait réalisé la première greffe au monde d’une main en 1998. Il a succombé à un malaise à l’âge 80 ans.

Le professeur Jean-Michel Dubernard à Lyon, le 25 janvier 2007.
Le professeur Jean-Michel Dubernard à Lyon, le 25 janvier 2007. DENIS CHARLET / AFP

Il avait réalisé la première greffe de main au monde en 1998. Le professeur de médecine lyonnais Jean-Michel Dubernard, un des pionniers mondiaux de la transplantation, est mort samedi 10 juillet en Turquie, a appris l’Agence France-Presse auprès d’un de ses proches.

Agé de 80 ans, celui qui fut aussi député du Rhône a succombé à un malaise, survenu à l’aéroport d’Istanbul alors qu’il voyageait en famille, selon la même source, confirmant une information du quotidien régional Le Progrès.

Après la première greffe d’une main sur le Néo-zélandais Clint Hallam, il réalisait en 2000 une nouvelle prouesse avec une greffe bilatérale des mains et avant-bras sur le Français Denis Chatelier. Cinq ans plus tard, à 64 ans, il participait aussi à la première greffe partielle du visage (le triangle formé par le nez et la bouche) sur la Française Isabelle Dinoire, défigurée par son chien.Lire aussi : Jean-Michel Dubernard, le champion de la greffe

Prix Medewar en 2008

« Ma seule motivation, c’est de faire avancer la médecine. Je le fais pour mes malades », confiait en 2005 au Monde ce chirurgien hors pair, urologue de formation, dont l’ambition était à la mesure de son talent opératoire. Né à Lyon le 17 mai 1941, Jean-Michel Dubernard avait fait toute sa carrière médicale dans la capitale des Gaules, où il avait occupé le poste de chef du service urologie et transplantations à l’hôpital Edouard-Herriot (1987-2002).

Parallèlement professeur à l’université Claude-Bernard Lyon-I et chercheur à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale, il est l’auteur de quelque 500 publications médicales internationales. « J’avais à peine 11 ans quand j’ai eu la vocation, après une opération de l’appendicite et l’annonce de la première transplantation de rein », expliquait-il.

Docteur en médecine et en biologie humaine, formé également à la Harvard Medical School de Boston auprès du chirurgien américain Joseph Murray, Prix Nobel de médecine en 1990, Jean-Michel Dubernard avait réalisé avec succès la première transplantation européenne rein-pancréas en 1976.

En 2008, il avait reçu le prix Medewar, qui consacre les contributions exceptionnelles dans le domaine de la transplantation. Sa réputation est telle que, bien des années après, un Islandais amputé des deux bras viendra, sur ses conseils, s’établir à Lyon pour bénéficier d’une greffe. Il sera finalement opéré en janvier, dans un nouveau succès de l’école lyonnaise de transplantation.

Une deuxième carrière politique

Le Lyonnais était aussi engagé en politique sous l’étiquette du RPR depuis le début des années 1980. Vice-président du comité de soutien de Jacques Chirac pour l’élection présidentielle de 1981, le professeur Dubernard étoffait un peu plus son parcours politique en soutenant, deux ans plus tard, le gaulliste Michel Noir dans la course à la mairie de Lyon.

Adjoint au maire de Lyon de 1983 à 2001 – successivement de Francisque Collomb (UDF), de Michel Noir (RPR) puis du centriste Raymond Barre – mais aussi député de la 3e circonscription du Rhône (1986-2007), Jean-Michel Dubernard n’aura jamais de destin gouvernemental, malgré un appel en 1986 de Jacques Chirac. Le ministère de la recherche lui échappera finalement au profit du sénateur Jacques Valade.

A Lyon, pour les élections municipales de mars 2001, le médecin n’obtiendra pas non plus l’investiture de la droite pour remplacer Raymond Barre. Il se ralliera à l’UDF Michel Mercier, candidat malheureux face à son adversaire socialiste, Gérard Collomb.

A l’Assemblée nationale, le médecin, auteur du livre Sauver la Sécu et d’une épaisse encyclopédie de la chirurgie, avait également cumulé les postes de président de la commission des affaires culturelles et de premier vice-président de l’office parlementaire d’évaluation des politiques de santé.

Après un passage à la Haute Autorité de santé (2008-2017), où il a dirigé la commission de la transparence, qui évalue les médicaments ayant obtenu leur autorisation de mise sur le marché, Jean-Michel Dubernard s’était retiré de la vie publique. Il était chevalier de la Légion d’honneur, de l’ordre national du Mérite et des Palmes académiques.

Par Le Monde avec AFP

France: Le professeur Axel Kahn est mort

juillet 6, 2021

Le scientifique aux 1 000 vies s’est éteint, à l’âge de 76 ans, d’un cancer. Il avait mis en scène sa fin de vie sur Twitter.

« Jusqu’en avril, je planifiais les années civiles ; puis des saisons. Ce furent bientôt plutôt les semaines. Ce ne sont plus désormais que les aubes naissantes que je verrai, émerveillé, bleuir. Cela en vaut pourtant toujours la peine », tweetait Axel Kahn le 29 mai dernier. Le médecin et généticien, qui venait de quitter la présidence de la Ligue nationale contre le cancer, s’est éteint le 6 juillet et aura presque jusqu’au bout, sur Twitter, sur son blog, dans de nombreuses interviews écrites et télévisées, tenté de raconter ce que c’est, pour un homme, de voir arriver sa fin.

Début avril, un mois à peine après la sortie de son dernier livre* (le 30e !), l’ancien chercheur apprenait en effet l’aggravation « fulgurante » du cancer dont il souffrait jusqu’ici en secret. La mort se profilait et il le fit aussitôt connaître publiquement pour ne plus cesser, dans des messages poignants et parfois un peu déconcertants, d’évoquer l’affreux compte à rebours et d’en tirer des leçons de sagesse.

Au fond, le dernier des frères Kahn a aimé raconter sa mort presque autant qu’il goûtait à l’exercice de narrer sa vie. « Je crois fondamental de préciser quelles sont les bases culturelles et éducatives, quels sont les expériences et présupposés qui ont façonné ma personnalité morale », disait-il dans une interview donnée au Point en avril 2010. « C’est une clé de lecture essentielle et l’exercice vaudrait d’ailleurs pour tous les individus qui usent de la parole publique »… Or c’est peu dire que l’ancien chercheur et président d’université a lui-même usé de la parole publique en prenant part à d’innombrables débats sociétaux et bioéthiques et en défendant, d’après l’humanisme agnostique dont il se revendiquait, ce qui lui semblait ou non moralement acceptable.

Opposé à la GPA, pas à la PMA

Opposé au clonage comme à la légalisation de l’euthanasie ou de la gestation pour autrui, il était favorable en revanche, et depuis longtemps, à l’ouverture de l’assistance médicale à la procréation aux couples lesbiens et aux femmes célibataires. Depuis le début de la crise sanitaire, on le voyait truster les plateaux de télévision pour critiquer les mesures gouvernementales et il jurait avoir vu monter bien avant tout le monde, à la faveur des longues marches qu’il faisait à travers la France, le mouvement des Gilets jaunes… « Je me souviens d’avoir fait jusqu’à douze plateaux de radio et de télé sur certains sujets […], je suis le bon client qu’on appelle à tout bout de champ et, puisqu’on me le propose, je considère que c’est mon devoir de le faire », racontait-il au Monde fin février.

« Est-ce qu’il y a un peu de vanité… ? Sans doute, oui. » Conscient de sa valeur, il avait tout de même assez d’autodérision pour l’être aussi de sa forfanterie. « Mélange impressionnant de radicalité et de vérité […], il va droit, quelquefois il peut tomber à côté, mais c’est un honnête homme », le décrivait le discret Pr Didier Sicard, qui le côtoya au CCNE – Comité consultatif national d’éthique – auprès de Libération. « Bien sûr, il peut agacer, s’avérer content de lui. Mais il est à la hauteur de ce qu’il exprime. »

Destin familial

Ces avis tranchés, cette obsession du bon sens éthique, Axel Kahn les justifiait constamment par un destin familial et personnel qu’il exposait volontiers… Dans ses ouvrages (un par an), sur son blog, dans les innombrables portraits qui lui ont été consacrés, il avait tout raconté. D’abord le quatuor masculin brillant et plein d’assurance qu’il forma longtemps avec ses deux frères aînés, Jean-François et Olivier, et leur père, Jean Kahn : Jean est philosophe ; Jean-François, plus tourné vers l’histoire et les sciences humaines, deviendra l’homme de presse que l’on connaît, et Olivier – décédé en 1999 – est chercheur en chimie.

Reste à Axel, pour épater les trois autres, le territoire inexploité de la médecine. On connaît aussi les deux moments clés de son existence, ceux au cours desquels tout a basculé. Une promenade, à quinze ans, lors de laquelle lui qui est croyant – au point de songer à la prêtrise – revisite un à un, en marchant, les dogmes catholiques et perd brutalement la foi. Ce catholicisme dont il disait avoir gardé les principes humanistes, il continuait cependant de l’appeler joliment son « village natal »… Puis vient le cataclysme. En 1970, Jean, le père tant aimé, se suicide en sautant d’un train. On retrouvera l’Évangile de Jean dans sa poche, et il laisse, surtout, une lettre terrible à son dernier fils, et seulement à lui. Elle commence ainsi : « Mon cher Axel, je m’adresse à toi comme le plus capable de faire durement les choses nécessaires » et s’achève par l’écrasante injonction suivante : « Sois raisonnable et humain »…

Cette lettre paternelle, énigmatique et tellement encombrante, deviendra le fil rouge de l’existence d’Axel Kahn. Il ne la révélera que des années plus tard à ses frères. Et sera longtemps partagé entre le sentiment inconfortable d’être le fils « élu » et la certitude, à l’inverse, que son père s’inquiétait pour lui, et lui seul, dans la fratrie. Car lorsque Jean décède, Axel est déjà un jeune homme hyperactif et aux positions extrêmement tranchées : le message paternel est-il une invitation à plus de mesure ? Fervent militant communiste pendant des années, puis socialiste proche de Martine Aubry, il avait ensuite, comme son frère Jean-François, soutenu officiellement le MoDem. Avant le deuxième tour de 2017, il avait multiplié les tribunes appelant à voter Macron, pour avouer plus tard, une fois Macron passé contre Marine Le Pen, avoir en réalité voté blanc dans le secret de l’isoloir… Et on l’entend d’ici éclater de rire de cette facétie, au fond de cette ultime liberté…

Ce grand rire de gamin roublard, un rire tonitruant et tellement communicatif, était le même, exactement, que celui de son frère Jean-François. Jouisseur, il s’était marié trois fois, avait une multitude d’enfants et petits-enfants, et aimait plus que tout le spectacle de la nature et la marche. L’interviewant en 2010, nous lui avions demandé : « Axel Kahn, vous avez 65 ans. Jusqu’ici, avez-vous été un type bien ? » Il avait répondu : « J’ai essayé. »

Avec Le Point par Violaine de Montclos

Covid-19 : Mohammed VI donne le coup d’envoi à la production de vaccins « made in Morocco »

juillet 6, 2021
Le roi Mohammed VI et Othman Benjelloun (à g.), le 6 juillet 2021, au Palais royal de Fès, lors de la cérémonie de signature des accords de coopération avec Sinopharm.

La volonté du monarque de faire du royaume un hub régional de fabrication et de distribution de vaccins se concrétise à travers la signature d’accords de coopération avec le géant chinois de l’industrie pharmaceutique Sinopharm. Explications.

Après avoir été l’un des pionniers mondiaux en matière de vaccination de sa population contre le Covid-19, Rabat veut désormais se lancer dans la production de vaccins : le roi a ainsi présidé, ce lundi 5 juillet au Palais royal de Fès, la cérémonie de lancement et de signature de conventions relatives au projet de fabrication et de mise en seringue au Maroc du vaccin anti-Covid-19 et d’autres sérums.

« Ce projet a pour objet la production dans notre pays du vaccin anti-Covid, ainsi que d’autres vaccins-clés, de manière à promouvoir l’autosuffisance du royaume et de faire du Maroc une plateforme de biotechnologie de premier plan à l’échelle du continent africain et du monde dans le domaine de l’industrie du fill & finish« , indique un communiqué du cabinet royal diffusé dans la soirée.

Souveraineté sanitaire

Il vise également à « doter le royaume de capacités industrielles et biotechnologiques complètes et intégrées, dédiées à la fabrication de vaccins au Maroc ». « Il s’agit de renforcer la souveraineté sanitaire » du pays face « aux dépendances extérieures et aux contingences politiques », précise le document.

Au cours de cette cérémonie, à laquelle ont pris part, entre autres, le chef du gouvernement, Saâdeddine El Othmani, le conseiller royal Fouad Ali El Himma, le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, le PDG d’Attijariwafa Bank, Mohamed Kettani, et le PDG de Banque populaire, Mohamed Karim Mounir, plusieurs mémorandums ont été signés, dont un premier concernant la coopération entre le royaume et le groupe pharmaceutique chinois Sinopharm.

CE PROJET MOBILISERA 500 MILLIONS DE DOLLARS POUR UNE PRODUCTION INITIALE DE 5 MILLIONS DE DOSES PAR MOIS

Fruit d’un partenariat public-privé qui survient après l’entretien téléphonique du 31 août entre le roi Mohammed VI et le président chinois Xi Jinping, le projet devrait démarrer à court terme – la date n’a pas été précisée – avec une capacité de production de 5 millions de doses de vaccin anti-Covid-19 par mois. Puis cette capacité devrait être démultipliée progressivement, à moyen terme.

Collaboration avec Sothema

L’investissement global représentera 500 millions de dollars, selon un montage qui a fait l’objet d’un accord signé ce 5 juillet par le ministre de l’Économie et des Finances, Mohamed Benchaâboune, le PDG de la société Recipharm, Marc Funk, et le représentant du consortium de banques marocaines, le milliardaire Othman Benjelloun. Objectif : permettre l’établissement de capacités de fabrication de vaccins au Maroc dans les meilleures conditions, et le développement de ce qui s’apparente à un géant de l’industrie pharmaceutique sino-marocain.

Enfin, un contrat de mise à disposition des installations de remplissage du laboratoire pharmaceutique marocain Sothema pour la fabrication du vaccin anti-Covid-19 (propriété de la société chinoise Sinopharm) a été signé par sa PDG, Lamia Tazi, et par le ministre de la Santé, Khalid Ait Taleb. L’entreprise avait déjà participé aux essais cliniques de phase III du vaccin Sinopharm dans le royaume.

Depuis le début de la campagne de vaccination fin janvier, le Maroc, qui compte 36 millions d’habitants, a vacciné plus de 10 millions de personnes, dont 9,1 millions ont déjà reçu les deux injections requises.

Avec Jeune Afrique par Fadwa Islah

Canada: Des vaccins contre la COVID-19 produits à Montréal à partir de 2022

juin 22, 2021

Le tout premier laboratoire canadien qui fabriquera des vaccins contre la COVID-19 est inauguré aujourd’hui à Montréal. La nouvelle usine ne fabriquera pas de vaccins avant le printemps 2022, mais le gouvernement fédéral tenait à souligner l’occasion, pour célébrer cette avancée scientifique, mais aussi pour des raisons politiques.

Le ministre de l’Innovation, des Sciences et de l'Industrie François-Philippe Champagne salue des employés de Novavax

© Ivanoh Demers/Radio-Canada Le ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie François-Philippe Champagne salue des employés de Novavax

Le libéral François-Philippe Champagne salue tous les ouvriers sur son passage, lors de notre visite exclusive du nouveau laboratoire du Conseil national de recherches du Canada (CNRC) à Montréal. Le ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie s’émerveille devant les fioles incassables pour les vaccins. Il s’est presque gelé les doigts dans le congélateur à -80 degrés Celsius où ils seront entreposés.

Il souligne que les investissements de 126 millions de dollars de son gouvernement permettront de fabriquer 24 millions de doses de vaccins par année. C’est ça qu’on n’avait pas au Canada en début de pandémie», lance-t-il. Se tourner vers d’autres pays comportait son lot de problèmes. Vous vous souvenez? Il y a eu des questions de qualité, d’approvisionnement, des questions de délais, certains [observateurs] qui parlaient du nationalisme des vaccins», soutient le ministre.

Le Canada est quatre fois plus dépendant de l’étranger aujourd’hui qu’il y a 40 ans pour ses produits pharmaceutiques comme les vaccins. Le nouveau laboratoire du CNRC à Montréal est censé être un premier pas afin de corriger la situation.

Le ministre de l'Innovation, des Sciences et de l'Industrie, François-Philippe Champagne

© /Radio-Canada Le ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, François-Philippe Champagne

Le laboratoire a été construit en un temps record, affirme le directeur de projet, André-Pierre Ghys. En général, ça prend entre 30 et 36 mois à construire ce genre de laboratoire, et on l’a fait en 10 mois.»

La production réelle de vaccin ne commencera pas avant le printemps prochain, soit bien après la fin de la vaccination de masse. Les doses de Novavax serviront donc pour les doses de rappel, les variants qui vont être différents qui vont demander un vaccin différent», explique M. Ghys.

Le gouvernement enverra également une partie des vaccins de Novavax dans les pays plus pauvres par l’entremise de l’initiative COVAX.

Bémols de l’opposition

C’est beaucoup d’argent dans un laboratoire pour une technologie qui est déjà dépassée», lance le député bloquiste Mario Simard. Ça me laisse l’impression que c’est une réaction politique et ce n’est jamais bon si on veut en avoir pour notre argent.»

L’autre point de critique pour l’opposition est le fait que le Canada a déjà acheté 52 millions de doses à Novavax, même si les essais cliniques ne sont pas encore terminés.

Est-ce que Novavax va avoir un vaccin qui va être accepté par Santé Canada? demande le député conservateur Pierre Paul-Hus. Pour l’instant, ce n’est pas le cas. Donc, à court et moyen terme, on ne peut pas savoir s’il va y avoir une efficacité directe pour les Canadiens.»

Ottawa assure que la nouvelle usine viendra combler un vide dans la production locale de vaccin. Mais à elle seule, ce ne sera pas suffisant pour repositionner le Canada sur la scène internationale, selon le professeur Alain Lamarre, titulaire de la Chaire de recherche Jeanne et J.-Louis Lévesque en immunovirologie.

Ça prend tout l’écosystème autour de l’usine, précise-t-il. Ça passe par de la main-d’œuvre qualifiée, des infrastructures, les investissements pour la recherche pure, les études cliniques. Il y a tout ça à rebâtir.»

Atout électoral?

Ottawa a également investi des centaines de millions de dollars dans d’autres projets de production de vaccins au Canada, comme celui de Medicago à Québec, de Precision NanoSystems à Vancouver et de VIDO-InterVac en Saskatchewan. Mais la plupart d’entre eux ne seront pas opérationnels avant encore deux ans.

D’où le désir d’Ottawa, et du ministre François-Philippe Champagne, de souligner à grand trait la construction du laboratoire du CNRC de Montréal. Même si l’édifice doit encore obtenir sa certification scientifique, même si le vaccin de Novavax n’est pas encore homologué par Santé Canada et même si la qualité du produit qui se retrouvera dans les fioles doit encore être testée et approuvée.

Le gouvernement a été critiqué pour ses ratés en début de crise sanitaire. Avec cette nouvelle usine, il veut montrer qu’il est mieux préparé à protéger les Canadiens contre une prochaine pandémie. Et c’est également une façon pour les libéraux de se protéger eux-mêmes des attaques de ses adversaires en campagne électorale.

Avec Radio-Canada par Christian Noël 

Covid-19 : « La Tunisie peut être un pays producteur de vaccins »

juin 16, 2021
Dépistage du coronavirus à l’Institut Pasteur de Tunis, en avril 2020

En répondant à un appel de l’OMS pour évaluer son potentiel de production de vaccins, la Tunisie se positionne sur ce marché prometteur. Entretien avec Hechmi Louzir, directeur de l’Institut Pasteur de Tunis et président du comité opérationnel de vaccination.

La pandémie de Covid-19 était au cœur de la visite de travail d’Hichem Mechichi à Genève, les 8 et 9 juin. Le chef du gouvernement tunisien a plaidé la cause de son pays auprès de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) afin d’obtenir des doses de vaccins anti-Covid mais aussi d’accéder au marché prometteur de leur fabrication. Il s’est ainsi entretenu avec la directrice générale de l’OMC, Ngozi Okonjo-Iweala, qui s’est engagée à aider la Tunisie.

La Tunisie a par ailleurs sollicité l’appui de l’OMS afin de bénéficier d’une assistance pour l’autorité nationale de réglementation du secteur, de projets de répartition aseptique de vaccins ou encore d’une plateforme de production de vaccins à ARN messager, comme l’explique Hechmi Louzir. Le directeur de l’Institut Pasteur de Tunis et président du comité opérationnel de vaccination était en effet membre de la délégation. Entretien.

Jeune Afrique : À défaut d’avoir une agence nationale du médicament, la Tunisie a demandé l’assistance de l’OMS pour évaluer le fonctionnement de son autorité nationale de réglementation du secteur. Dans quel but ?

Hechmi Louzir : Dans le contexte actuel, une autorité efficace est nécessaire pour fabriquer ou importer des vaccins de manière saine et sécurisée. Actuellement, la mission de réglementation est fragmentée : elle est assurée par différentes structures liées au ministère de la Santé. La direction de l’inspection pharmaceutique donne son accord pour la mise en place de structures de production. La direction de la pharmacie et du médicament se charge de l’enregistrement et de l’obtention d’autorisations de mises sur le marché. L’Agence nationale de contrôle sanitaire et environnemental (ANCSEP) gère la libération des vaccins. Le Laboratoire national de contrôle du médicament et le Centre national de pharmacovigilance entrent aussi en jeu… L’assistance de l’OMS servira donc à vérifier le fonctionnement de l’autorité de réglementation du secteur et à émettre des recommandations pour l’améliorer.

Hechmi Louzir, directeur de l’Institut Pasteur de Tunis pose dans son bureau, le 7 avril 2020

La Tunisie sollicite également une assistance pour évaluer la faisabilité d’un projet de production en fill and finish (répartition aseptique) et même de production de vaccins à ARN messager. Le pays est-il prêt à accueillir ces technologies ?

La Tunisie peut être un pays producteur de vaccins contre le coronavirus, pour ses habitants comme pour ceux de la région, mais aussi d’autres vaccins. Il existe en effet un risque que la stratégie de production de vaccins anti-covid prenne un peu de temps et ne représente plus une urgence lorsqu’elle sera opérationnelle.

NOUS DISPOSONS D’INGÉNIEURS ET DE TECHNICIENS EN BIOLOGIE TRÈS BIEN FORMÉS

Les capacités du pays sont indéniables étant donné son historique. L’Institut Pasteur produit déjà le vaccin BCG ainsi que des sérums. L’industrie pharmaceutique du pays est bien organisée et prête à accepter le développement de ce genre de technologies. Nous disposons également d’un environnement scientifique favorable avec des ingénieurs et techniciens en biologie très bien formés, mais aussi un système législatif et des réglementations idoines. Nous pouvons aussi envisager de travailler en recherche et développement sur des maladies pour lesquelles il n’existe pas encore de vaccination.

L’OMS a évoqué l’identification de cinq ou six hubs régionaux pour la production de vaccins en Afrique. Est-ce une manière pour Tunis de se positionner dans cette course ?

L’OMS a lancé en avril un appel à expression d’intérêt pour identifier de tels hubs, notamment dans des pays à revenus faibles ou intermédiaires. Elle se chargera dans un premier temps d’identifier le potentiel de production pour faciliter les échanges, la mise en place de structures, le transfert de technologies ou l’envoi d’experts.

La Tunisie a fait une demande via l’Institut Pasteur et a ainsi affirmé à l’OMS qu’elle pouvait accueillir ces technologies. Cela pourrait se faire dans le cadre de partenariats et très probablement d’un transfert de technologie avec un ou plusieurs partenaires industriels ou entité européennes ou internationales, comme des instituts de recherche, des start-up, ou des entreprises pharmaceutiques mondialement connues.

Le Technopole de Sidi Thabet (au Nord-Ouest de Tunis) pourrait-il participer de ce processus ?

Le technopole de Sidi Thabet comprend déjà un certain nombre d’entités : une école vétérinaire, un centre de recherche en énergie nucléaire, un centre de formation en biotechnologies, mais aussi une pépinière d’entreprises. Un centre de ressources technologiques est également en cours de mise en œuvre. Cet espace d’un peu plus de 100 hectares est fait pour héberger des biotech appliquées à la santé.

LA LEVÉE DE LA PROPRIÉTÉ INTELLECTUELLE DES VACCINS NE SUFFIRA PAS. IL FAUT UNE STRATÉGIE DE TRANSFERT DE TECHNOLOGIES

On peut imaginer qu’en cas de transfert de technologie ou de partenariat avec des structures qui maitrisent différents aspects de la fabrication de vaccins à ARN messager, celles-ci soient invitées à s’installer sur ce technopole pour profiter de ce terrain mais aussi de facilités pour lancer des partenariats avec des entreprises pharmaceutiques tunisiennes privées ou publiques.

De quelle manière l’OMC peut-elle vous appuyer dans ces démarches ?

L’OMC se coordonne avec l’OMS et est assez impliquée dans ces problématiques d’appui au transfert de technologies et de levée des brevets. Lors de sa rencontre avec Ngozi Okonjo-Iweala, le chef du gouvernement tunisien a évoqué la levée de la propriété intellectuelle pour les vaccins anti Covid-19. Ce serait une bonne chose, mais cela ne suffit pas. Il faudrait dans tous les cas accompagner cette mesure grâce à une stratégie de transfert de technologie afin d’optimiser les chances de développement de ces projets.

Ave Jeune Afrique par Camille Lafrance

États-Unis : un nouveau médicament contre Alzheimer autorisé

juin 8, 2021

Le régulateur américain du médicament vient d’approuver un nouveau médicament contre la maladie d’Alzheimer, 6e cause de décès aux États-Unis.

Aux Etats-Unis, la maladie d'Alzheimer est la 6e cause de deces (illustration).
Aux États-Unis, la maladie d’Alzheimer est la 6e cause de décès (illustration).© Dylan Meiffret / MAXPPP / PHOTOPQR/NICE MATIN/MAXPPP

Ce n’était plus arrivé depuis dix-huit ans. Un nouveau médicament contre la maladie d’Alzheimer vient d’être approuvé par le régulateur américain. « Cette autorisation est significative par de nombreux aspects », a déclaré l’agence américaine des médicaments (FDA) dans un communiqué. Nommé Aduhelm et produit par l’entreprise pharmaceutique Biogen, il s’agit du « premier traitement approuvé contre la maladie d’Alzheimer depuis 2003 », a souligné la FDA.

Surtout, c’est le premier dirigé contre le mécanisme de la maladie même, « la présence de plaques bêta-amyloïdes dans le cerveau », a-t-elle ajouté. « Nous nous réjouissons de cette décision historique », a réagi l’organisation américaine Alzheimer Association.« C’est le premier médicament approuvé par la FDA qui ralentit le déclin dû à la maladie », a déclaré dans un communiqué son président, Harry Johns.

« Les bénéfices (…) surpassent les risques »

En novembre, un comité d’expert s’était pourtant prononcé contre une autorisation de ce traitement, jugeant qu’il n’avait pas suffisamment fait preuve de son efficacité. Un avis non contraignant mais dont il est rare que la FDA s’affranchisse. Le comité avait étudié les données de deux études : un grand essai clinique avait conclu que le médicament des laboratoires Biogen était efficace, tandis qu’un autre avait donné des résultats négatifs.

Mais « la FDA a déterminé qu’il existe des preuves substantielles que l’Aduhelm réduise les plaques bêta-amyloïdes dans le cerveau et que la réduction de ces plaques soit raisonnablement susceptible d’entraîner d’importants bénéfices pour les patients », a-t-elle déclaré. L’Agence a ainsi « conclu que les bénéfices (…) surpassent les risques » de la prise de ce médicament, a-t-elle ajouté. La FDA a par ailleurs utilisé une procédure accélérée qui ne confère au produit qu’une autorisation conditionnelle – une possibilité qui n’avait pas été étudiée par le comité.

Sixième cause de décès aux Etat-Unis

« La FDA demande à Biogen de conduire des essais cliniques post-autorisation pour vérifier les bénéfiques cliniques du médicament », a ainsi précisé le régulateur américain. « Si le médicament ne fonctionne pas comme prévu, nous pourrons prendre des mesures pour le retirer du marché. » Près de 6 millions d’Américains vivent avec Alzheimer, qui constitue la sixième cause de décès aux Etats-Unis. La maladie vole peu à peu la mémoire aux patients atteints, qui lors des dernières phases de la maladie ne peuvent plus effectuer les tâches quotidiennes ou tenir de conversations.

« Le besoin de traitement est urgent », a martelé la FDA. « Je pense que nous avons clairement entendu de la part des patients qu’ils sont prêts à accepter une certaine incertitude pour avoir accès à un médicament qui pourrait produire des effets significatifs », a argumenté lors d’un point presse Peter Stein, responsable au sein de l’Agence. Le coût du produit reviendra à environ 56 000 dollars par an pour un Américain de poids moyen, a annoncé l’entreprise lundi, et son remboursement dépendra de la couverture santé à laquelle chaque patient a souscrit.

Des experts tempèrent l’enthousiasme

Le médicament utilise une molécule, baptisée aducanumab. Il s’agit d’anticorps monoclonaux qui visent à dissoudre les agrégats de cette protéine, la bêta-amyloïde, qui s’accumule et crée des plaques dans les tissus cérébraux des patients atteints d’Alzheimer. Cette cible est l’une des principales pistes explorées par la recherche contre cette pathologie dégénérative. Mais les études sur des traitements ont subi ces dernières années revers sur revers, et aucun remède permettant une guérison n’existe à ce jour. C’est pourquoi ce médicament, administré toutes les quatre semaines par intraveineuse, a été vu comme une lueur d’espoir.

Mais conformément au grand débat qui agite la communauté scientifique autour de ce traitement, certains experts ont lundi tempéré l’enthousiasme. « Si je suis heureux que l’aducanumab ait reçu une autorisation, nous devons être clair sur le fait qu’au mieux, ce médicament aura un bénéfice marginal qui aidera uniquement certains patients choisis avec soin », a déclaré John Hardy, professeur en neuroscience au University College de Londres. « Nous aurons besoin de meilleurs médicaments à l’avenir. »

Pour la responsable scientifique de la Alzheimer Association, c’est justement ce vers quoi l’autorisation de la FDA va permettre de tendre : « L’histoire a montré qu’une autorisation d’un premier médicament d’une nouvelle catégorie stimulait le secteur, augmentait les investissements dans de nouveaux traitements et encourageait l’innovation », a déclaré Maria Carrillo, citée dans le communiqué de l’organisation. L’action de Biogen a bondi en Bourse lundi, montant de +38,34 % après la clôture de Wall Street. Elle avait temporairement été suspendue dans la matinée pour éviter une trop grande volatilité.

Par Le Point avec AFP

Richard Ernst, père de l’IRM et Nobel de chimie en 1991, est mort

juin 8, 2021

Richard Ernst est mort en Suisse à l’âge de 87 ans. Il vivait depuis un an et demi dans une maison de retraite de Winterthour, sa ville natale.

Richard Ernst, laureat 1991 du prix Nobel de chimie, est mort a l'age de 87 ans.
Richard Ernst, lauréat 1991 du prix Nobel de chimie, est mort à l’âge de 87 ans.© MAXPPP / PHOTOPQR/L’ALSACE

Richard Ernst est mort. Le Suisse s’est éteint vendredi à Winterthour, dans le canton de Zürich, ville où il était né le 14 août 1933. Il avait 87 ans. L’ancien professeur à la prestigieuse EPF de Zürich vivait depuis le début de l’année dernière dans une maison de retraite de sa ville natale. Il laisse une femme et trois enfants, précise l’agence d’informations suisse ATS. Richard Ernst est considéré comme le père de l’imagerie par résonance magnétique nucléaire (IRM) et lauréat 1991 du prix Nobel de chimie.

L’Académie royale des sciences de Suède avait attribué le prix Nobel de chimie au professeur suisse pour « d’importants développements de la méthodologie dans le domaine de la spectroscopie à résonance magnétique nucléaire (RMN) », qui ont permis de donner naissance à l’IRM, aujourd’hui indispensable à la médecine moderne.

Le jour de l’annonce de sa récompense, le Pr Ernst, lors d’un point de presse impromptu à New York où il venait d’arriver en provenance de Moscou, avait expliqué qu’avec « cette technique, vous pouvez enquêter sur presque tout : vous pouvez examiner le corps humain, […] les processus physiologiques, l’utiliser pour de nombreuses applications médicales. Et d’autre part, vous pouvez analyser une molécule, son apparence, sa dynamique, comment les différentes molécules se meuvent, comment elles réagissent entre elles ».

Richard Ernst avait du mal à accepter son prix Nobel

Modeste, il avait affirmé que le fait d’avoir eu le prix tout seul lui posait problème, « parce que je ne suis vraiment pas le seul à avoir apporté ma contribution dans (le) secteur » de la résonance magnétique nucléaire.

La RMN est une technique de spectroscopie appliquée à certains noyaux atomiques (en particulier celui d’hydrogène, le proton, présent en grand nombre dans les organismes vivants) qui ont la propriété de se comporter comme de petits aimants. Lorsque ces particules se retrouvent dans un champ magnétique ayant une fréquence déterminée, appelée fréquence de résonance, elles se manifestent par des effets électromagnétiques que l’on peut mesurer.

La RMN a été mise en évidence en 1945 simultanément par le Suisse Felix Bloch et l’Américain Edward Mills Purcell, travaillant tous deux aux États-Unis. Cette découverte leur a valu le prix Nobel de physique en 1952. Toutefois, au début, une difficulté fondamentale fut la sensibilité relativement faible de cette méthode.

En 1966, Richard Ernst, en collaboration avec l’Américain Weston Anderson, a réussi à accroître la sensibilité de la méthode en exposant l’échantillon à de brèves et intenses pulsations de fréquences radioélectriques. Il fallut attendre le début des années 1970, en particulier la mise au point d’aimants supraconducteurs capables de produire des champs magnétiques assez puissants, pour faire de la RMN un instrument d’étude fine des structures moléculaires dans les domaines de la physique, de la chimie et de la biologie. La première image RMN à des fins médicales a été présentée en 1973.

Par Le Point avec AFP

Le plus gros iceberg existant se détache de l’Antarctique

mai 20, 2021
Le plus gros iceberg existant se detache de l'Antarctique
Le plus gros iceberg existant se détache de l’Antarctique© EUROPEAN SPACE AGENCY/AFP/Handout

L’iceberg aujourd’hui le plus gros du monde, d’une taille équivalente à la moitié de la Corse, s’est détaché de l’ouest de l’Antarctique, un phénomène probablement naturel selon les experts, même si la région est particulièrement vulnérable au réchauffement climatique.

Les scientifiques avaient à l’œil depuis plusieurs jours cet énorme bloc de glace baptisé A-76 qui avait commencé à se séparer de la barrière de glace de Ronne, un de ces rebords massifs de la calotte glaciaire qui s’étendent sur la mer.

Le vêlage -terme utilisé pour qualifier la séparation d’un iceberg- a finalement été confirmé grâce aux images du satellite Sentinel-1 du programme européen d’observation de la Terre Copernicus, a annoncé l’Agence spatiale européenne.

L’iceberg d’environ 170 km de long sur 25 km de large, pour une surface totale de 4.320 km2, flotte désormais sur la mer de Weddell où il sera presque voisin de celui qui était le plus gros, l’iceberg A-23 qui est coincé dans cette zone depuis son vêlage en 1986.

Mais si A-76 est aujourd’hui le plus gros, « il n’entrerait pas dans le top 10 des plus gros icebergs de tous les temps », explique à l’AFP Alex Brisbourne, glaciologue au British Antarctic Survey (BAS), organisme de recherches britannique qui l’avait repéré initialement.

Par exemple, en 2017, A68, un des plus gros icebergs jamais vu, de 5.800 km2, épais de 350 mètres et pesant mille milliards de tonnes, avait attiré l’attention des scientifiques et des médias en se détachant d’une autre partie de l’Ouest de l’Antarctique, la barrière de glace de Larsen, à la pointe de la péninsule.

Après un voyage de trois ans, cet iceberg s’est finalement éteint en avril, se morcelant en blocs trop petits pour être suivis. Avant sa désintégration, il s’était dangereusement approché d’une île reculée de l’Atlantique Sud, menaçant des colonies de manchots et de phoques, finalement sans conséquence désastreuse.

La formation des icebergs, blocs de glace d’eau douce issus de la fragmentation d’un glacier continental ayant atteint le littoral, est un processus naturel.

« Désintégration »

Le réchauffement de l’air et des océans peut contribuer à l’accélérer. Mais « cet iceberg particulier semble faire partie du cycle naturel et ne pas être lié au changement climatique », indique à l’AFP Andrew Shepherd, directeur du Centre d’observation et de modélisation polaire à l’université de Leeds.

« Nous savons que l’océan autour de l’Antarctique se réchauffe en raison du réchauffement climatique, mais la mer de Weddell, où se trouve l’iceberg A76, ne subit pas ce réchauffement en ce moment », renchérit Alex Brisbourne, estimant par exemple que des glaciers dans d’autres parties de l’Antarctique, comme celui de Thwaites, en sont eux victimes, accélérant la décharge de la glace vers la mer.

La planète a déjà gagné plus de 1°C depuis l’ère pré-industrielle à cause de l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre provoqués par les activités humaines. Mais l’Antarctique se réchauffe deux fois plus vite.

Dans une étude publiée mercredi dans la revue Geology, des chercheurs se sont penchés sur la barrière de Larsen, la plus grande de la péninsule antarctique, qui était stable depuis 10.000 ans mais qui a subi ces 25 dernières années une série d’effondrements, avec notamment la désintégration en 2002 de la barrière Larsen B.

« La désintégration régulière de barrières de glace sur la côte est de la péninsule antarctique est liée au réchauffement de l’atmosphère vers le sud ces 50 dernières années », a commenté dans un communiqué le BAS, qui participait à l’étude.

« Dans le même temps, les courants océaniques chauds se sont accentués, affaiblissant les barrières de glace par en dessous », a-t-il ajouté.

La calotte glaciaire de l’Antarctique, qui représente l’équivalent de 55 mètres d’élévation du niveau des océans, perd 150 millions de tonnes de glace chaque année. L’hypothèse de sa fonte fait partie des « points de rupture » ou « point de bascule » identifiés par les scientifiques comme des éléments-clés dont la modification substantielle pourrait entraîner le système climatique vers un changement dramatique et irrémédiable.

Les icebergs sont traditionnellement baptisés par une lettre correspondant à la partie de l’Antarctique où ils sont originellement détectés, suivie d’un numéro.

Par Le Point avec AFP

Lutte contre le paludisme: des chercheurs développent un nouveau vaccin efficace à 77%

avril 26, 2021

Des chercheurs américain et burkinabé de l’Université d’Oxford et des scientifiques de l’Institut de recherche en sciences de la santé du Centre national de la recherche scientifique et technologique (CNRST) ont déclaré être les premiers à atteindre l’efficacité vaccinale « impressionnante » de 77 %.

« L’efficacité vaccinale obtenue chez des enfants africains réalise l’objectif de 75 % spécifié par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) », précise un communiqué conjoint des deux centres de recherche publié le 24 avril, par le ministère burkinabè de la Santé.

Le vaccin R21/Matrix-M a été testé auprès de quatre cent-cinquante enfants du Burkina Faso. Il affiche un « bon profil d’innocuité » qui a été bien toléré ainsi qu’un « excellent potentiel de fabrication à grande échelle et d’approvisionnement à faible coût », ont assuré les chercheurs. L’étude va maintenant faire l’objet d’essais à grande échelle.

Pour avoir une autorisation de vaccination à grande échelle, ces derniers ont lancé le recrutement de quatre mille huit-cents participants âgés de cinq à trente-six mois dans quatre pays africains (Burkina Faso, Kenya, Mali et Tanzanie).

« Ce sont des résultats impressionnants montrant des niveaux d’efficacité sans précédent d’un vaccin qui a été bien toléré dans notre programme d’essais clinique. Nous attendons avec impatience la prochaine étape, qui est l’essai clinique de phase II, pour confirmer avec des données à grande échelle les résultats d’innocuité et d’efficacité d’un vaccin qui est hautement indispensable pour le contrôle du paludisme dans notre région », a déclaré Halidou Tinto, professeur en parasitologie, directeur régional de I’IRSS a Nanoro, et investigateur principal de l’essai.

Pour Adrian Hil, directeur du Jenner Institute, titulaire de la chaire de professeur en vaccinologie, Lakshmi Mittal and Family à l’université d’Oxford et co-auteur du document de recherche, « ces nouveaux résultats soutiennent nos grandes attentes quant au potentiel de ce vaccin, qui, à notre avis, est le premier à atteindre l’objectif de l’OMS d’un vaccin contre le paludisme avec une efficacité d’au moins 75% ».

« Avec l’engagement de notre partenaire commercial, le Serum Institute of India, de fabriquer au moins deux cents millions de doses par an dans les années à venir, ce vaccin a le potentiel d’avoir un impact majeur sur la santé publique s’il venait à être homologué », a-t-il ajouté.

Le Pr. Charlemagne Ouédraogo, ministre de la Santé du Burkina Faso, a souligné que le paludisme est l’une des principales causes de mortalité infantile en Afrique.

« Nous avons soutenu les essais cliniques d’une gamme de nouveaux Vaccins candidats au Burkina Faso et ces nouvelles données montrent que l’homologation d’un nouveau vaccin antipaludique très utile pourrait bien se réaliser dans les années à venir. Ce serait un nouvel outil extrêmement important pour contrôler le paludisme et sauver de nombreuses vies », a-t-il expliqué.

La Covid-19 monopolise l’attention mondiale

La crise sanitaire de Covid-19 a monopolisé l’attention mondiale, faisant craindre un relâchement des efforts contre le paludisme.

« Eviter que la lutte contre le paludisme ne soit victime de la Covid-19 ». C’est l’objectif des experts du partenariat Roll Back Malaria(RBM),  impliqués dans les efforts visant à combattre cette maladie infectieuse propagée par les piqûres de moustiques.

Signalons que le partenariat RBM est la plateforme mondiale de coordination des actions de lutte contre le paludisme. Il mobilise les efforts et les ressources et forge un consensus entre les partenaires. Il a été lancé en 1998 par l’OMS, l’Unicef, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et la Banque mondiale, en vue d’apporter une réponse coordonnée pour faire face à la maladie dans le monde entier.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a souligné que la perturbation des traitements antipaludéens causée par la pandémie de Covid-19 pourrait entraîner des dizaines de milliers de décès supplémentaires.

« Il est donc primordial de continuer de lutter contre le paludisme sur le continent, malgré la pandémie de Covid-19 », a rappelé le Dr Moumouni Kinda, directeur général d’une ONG médicale qui agit sur le terrain en Afrique centrale et de l’ouest pour prévenir des effets de cette maladie. Depuis un an, l’OMS a enregistré une hausse de la mortalité liée au paludisme de dix-neuf mille à cent mille personnes en Afrique subsaharienne.

Certains chercheurs travaillent sur l’élaboration de nouveaux médicaments (la trithérapie). Un traitement à base de trois molécules, dont les essais sont actuellement menés sur mille six-cents enfants de moins de cinq ans dans plusieurs pays (Mali, Ghana, Gabon, Bénin…). Comme les médicaments combinés existent déjà sur le marché, le coût de cette nouvelle trithérapie serait abordable pour le continent africain.

Selon l’OMS, le paludisme tue plus de quatre cent mille personnes chaque année, dont de nombreux enfants, en Afrique subsaharienne. Au Burkina Faso, cette maladie est la première cause des hospitalisations et a tué près de quatre mille personnes en 2020, selon les données officielles.

Avec Adiac-Congo par Yvette Reine Nzaba