Archive for the ‘Science’ Category

La francophonie, voie d’avenir pour une science forte et solidaire

septembre 24, 2022

Selon un collectif d’acteurs scientifiques et politiques, il est urgent d’investir le terrain de la recherche en français pour influer sur les pratiques internationales. Et ce, afin de faire enfin entendre les vrais besoins des pays africains.

Site de la future usine de production de vaccins de BioNtech et de l’Institut Pasteur de Dakar à Diamniadio, en février 2022. © Bernd Von Jutrczenka/dpa/ZUMA/REA

Tous les décideurs dans le monde ne tirent pas les mêmes bénéfices des connaissances scientifiques. En effet, notre localisation sur le globe, notre maîtrise des langues ou encore la solidité de nos réseaux de recherche influencent largement notre accès à une information scientifique de qualité, dans des délais compatibles avec la prise de décision politique. Ces inégalités sont complexes, et elles prennent racine, entre autres, dans la façon dont l’activité scientifique s’est mondialisée dans les dernières décennies.

Déséquilibre

La coopération internationale accélère de manière impressionnante l’avancement des connaissances, que ce soit en physique des particules, dans l’exploration spatiale ou pour la production d’un vaccin antiviral en moins de dix-huit mois. Cependant, les modèles de collaboration, qui s’appuient principalement sur la contribution financière des États ou sur le potentiel économique des découvertes dans une logique de partenariat public-privé, désavantagent les pays aux revenus les moins élevés.

Selon l’Unesco, en 2018, alors que les pays à hauts revenus ont dépensé 890 dollars par personne dans la recherche et le développement, ceux du continent n’ont contribué qu’à hauteur de 26 dollars par personne. Conséquemment, ils deviennent tributaires d’intérêts de recherche extérieurs, et rencontrent alors des difficultés à promouvoir leur propre agenda, ainsi qu’à pérenniser des financements structurants au bénéfice de leurs populations.

La solution la plus évidente pour pallier ce déséquilibre est d’augmenter l’investissement africain en recherche et développement, en visant la cible de 1 % du PIB national sur le continent, fixée par les membres de l’Union africaine. C’est une condition nécessaire, mais non suffisante. Les pays africains doivent aussi prendre un leadership dans les grands consortiums de recherche internationaux afin d’influencer réellement les orientations de travail au regard des réalités du continent. Nous devons laisser de côté les principes de gouvernance basés sur les contributions financières au profit d’une logique basée sur la solidarité entre pays, si nous voulons résoudre les défis mondiaux d’aujourd’hui, et mieux nous préparer à ceux qui se présenteront demain.

S’ouvrir à une recherche libre et accessible

À cet égard, la solidarité francophone offre une occasion unique de changer la donne, d’autant plus que l’espace francophone est en pleine mutation.  Près de 60 % des 321 millions de locuteurs francophones résident en Afrique et dans l’océan Indien, au sein d’une population très jeune. D’ici à 2050, nous serons potentiellement plus de 700 millions à parler français, dont 85 % sur le continent. Dans ce contexte, l’Afrique exerce une influence décomplexée au sein de grandes instances telles que l’Organisation internationale de la Francophonie, sous l’égide de secrétaires généraux comme Abdou Diouf ou Louise Mushikiwabo.

La communauté scientifique doit saisir cette occasion unique de pratiquer et de publier la science en français, d’influencer les pratiques internationales et de s’ouvrir à une recherche libre et accessible à tous en rejoignant des initiatives telles que le Plan S, la Déclaration de San Francisco sur l’évaluation de la recherche (Dora) ou la Recommandation de l’Unesco sur une science ouverte. C’est dans cette optique que sera lancé dans les mois qui viennent le Réseau francophone international en conseil scientifique, afin que les connaissances produites à l’échelle locale, régionale et mondiale soient utilisables et utilisées par les grands décideurs du continent, pour bâtir l’Afrique et le monde de demain.

Par Jeune Afrique


Les signataires

Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec et président de l’INGSA (Réseau international en conseil scientifique gouvernemental)

Lassina Zerbo, président de la Commission de l’énergie atomique du Rwanda, président du Comité d’orientation du Réseau francophone international en conseil scientifique et ancien secrétaire exécutif de l’Organisation du traité d’interdiction complet des essais nucléaires

Damien Cesselin, secrétaire général administratif de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie

Jean-François Delfraissy, président du Comité consultatif national d’éthique et président du Conseil scientifique Covid-19 de France

Abdoulaye Gounou, directeur général adjoint de l’Évaluation des politiques publiques et de l’Observatoire du changement social au ministère du Développement et de la Coordination de l’action gouvernementale du Bénin

Francine Ntoumi, présidente de la Fondation congolaise pour la recherche médicale

Coumba Thiandoume, directrice de la promotion de la culture scientifique, ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation du Sénégal

Canada: Le Québécois Gilles Brassard reçoit un prix Breakthrough

septembre 22, 2022
Gilles Brassard devant un tableau vert.

Le cryptologue Gilles Brassard a contribué à jeter les bases de la cryptographie quantique. Photo : Radio-Canada/Matthieu Dugal

Le Pr Gilles Brassard de l’Université de Montréal reçoit le prix Breakthrough 2023 de physique fondamentale pour ses recherches en information quantique, un domaine de recherche à la jonction de l’informatique, des mathématiques et de la physique.

Les travaux les plus connus du professeur Brassard portent notamment sur les fondements de la cryptographie quantique et la téléportation quantique.

La cryptographie permet de communiquer en toute sécurité malgré la présence d’espions éventuels. Il s’agit de protéger tant la confidentialité que l’intégrité de la communication, explique le Pr Brassard sur le site de l’Université de Montréal.

Une entrevue avec le scientifique sera diffusée dimanche à l’émission Les années lumière sur ICI Première.

Le prix Breakthrough, surnommé l’Oscar de la science, a été créé en 2012 par Mark Zuckerberg et Priscilla Chan de META (Facebook), Sergey Brin de Google, ainsi que Iouri Milner et Anne Wojcicki de 23andMe. Il récompense chaque année cinq percées majeures en sciences de la vie, en physique fondamentale et en mathématiques.

Le Pr Brassard reçoit le prix avec ses collègues Charles Bennett d’IBM, David Deutsch de l’Université d’Oxford, et Peter Shor du MIT.

Ces scientifiques ont ouvert la voie en montrant la faisabilité de la téléportation sécurisée d’informations quantiques enchevêtrées par satellite ou par câble à fibre optique, note le communiqué de la Fondation des prix Breakthrough.

Chaque prix est assorti d’une récompense de 3 millions de dollars américains.

Gilles Brassard est professeur à l’Université de Montréal depuis près de 35 ans. Il enseigne actuellement au Département d’informatique et de recherche opérationnelle (DIRO). Il est notamment le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en informatique quantique.

Repères

  • Gilles Brassard a commencé ses études universitaires à l’âge de 13 ans.
  • Il a obtenu son baccalauréat en informatique de l’Université de Montréal en 1973 et sa maîtrise en 1975.
  • Il a terminé son doctorat en cryptographie de l’Université Cornell en 1979.
  • En 1984, il invente avec Charles Bennett Ie protocole BB84 de cryptographie quantique.
  • En 1993, avec ses collègues, il jette les bases de la téléportation quantique et parvient même à téléporter des photons sur une courte distance. La revue Science place cette percée parmi les plus importantes découvertes de l’année.

Le Pr Brassard est officier de l’Ordre du Canada et a reçu de nombreuses autres distinctions, dont la médaille d’or Gerhard-Herzberg du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada.

Il est aussi le premier Canadien à recevoir le prix Wolf de physique pour avoir inventé, avec son complice Charles Bennett, la théorie de l’information quantique. De nombreux observateurs lui prédisent l’obtention d’un prix Nobel.

Les autres catégories

Le Français Emmanuel Mignot, professeur à l’université Stanford, partage un prix en sciences de la vie avec le Japonais Masashi Yanagisawa, pour avoir découvert la cause de la narcolepsie, une maladie qui conduit les personnes qui en sont atteintes à s’endormir soudainement en pleine journée. Grâce à leur découverte, des médicaments prometteurs sont actuellement en cours de développement.

Un autre prix en sciences de la vie a été attribué au Britannique Demis Hassabis et à John Jumper, respectivement fondateur et chercheur de DeepMind, une filiale de Google spécialisée dans l’intelligence artificielle. Ils ont développé un système d’apprentissage profond (deep learning) permettant de prédire la structure de millions de protéines, une avancée qui doit notamment permettre de mieux comprendre les processus cellulaires.

Le prix de mathématiques a été remis à l’Américain Daniel Spielman, professeur à l’université Yale, pour ses travaux consacrés notamment à l’informatique théorique, à la théorie spectrale des graphes et au problème de Kadison-Singer.

Outre les prix principaux, six prix dotés de 100 000 dollars chacun ont été attribués à 11 jeunes scientifiques ayant « eu un impact substantiel dans leur domaine », selon le communiqué.

Avec Radio-Canada

Canada: Première éclosion au Québec d’un super-champignon mortel

septembre 22, 2022

Résistant aux traitements, Candida auris inquiète le monde entier. Il serait favorisé par la crise climatique.

Des médecins effectuent une opération et ont des outils dans les mains.

La transmission du champignon entre les patients s’est faite dans une unité de chirurgie de l’Hôpital Pierre-Boucher. Photo: Shutterstock

Une cellule de crise nationale est mobilisée et une enquête est en cours à l’Hôpital Pierre-Boucher, à Longueuil, où le « champignon tueur » s’est propagé, a appris Radio-Canada. C’est la première fois qu’une éclosion de Candida auris survient au Québec.

La plupart des employés de l’Hôpital ignorent que cet intrus est présent dans leur établissement. Selon une source en santé publique, les autorités ont demandé aux personnes informées de faire preuve de discrétion.

Candida auris s’attaque aux malades hospitalisés, principalement ceux dont le système immunitaire est affaibli ou ceux subissant une chirurgie ou un traitement par intraveineuse. Une personne infectée a 30 à 60 % de risques de mourir.

Chronologie de l’éclosion

Dès le 8 septembre, la présence du champignon mortel a été suspectée sous les aisselles d’un patient de 65 ans, traité pour une pneumonie à Pierre-Boucher. Le cas positif a été officialisé le 15 septembre, par le Laboratoire de santé publique du Québec.

Puis, le 19 septembre, un deuxième cas a été confirmé. Il s’agissait de l’occupant de la même chambre. Celui-ci est décédé le lendemain, aux soins intensifs, d’une autre cause.

Façade de l'Hôpital Pierre-Boucher.

L’Hôpital Pierre-Boucher est situé à Longueuil. Photo: Radio-Canada/Martin Thibault

Ce qui préoccupe les autorités de santé, c’est qu’aucun des deux patients ne revenait de l’étranger. Une déclaration d’éclosion a été émise mardi, le 20 septembre, auprès du personnel de santé concerné.

Le CISSS de la Montérégie-Est a informé Radio-Canada que trois autres usagers de l’Hôpital ayant eu des contacts étroits sont sous investigation. Toutefois, selon nos sources, des dizaines de patients auraient été dépistés, sur plusieurs unités, car ils auraient eu un contact direct ou indirect avec les cas positifs.

Ça m’inquiète énormément, dit un membre du corps médical de l’établissement, informé de la situation, qui n’est pas autorisé à en parler.

« On savait qu’éventuellement le Candida auris allait s’en venir au Québec, c’était une question de temps quand on regarde ce qui se passe aux États-Unis. Je suis juste surpris qu’il soit au Québec aussi rapidement. »— Une citation de  Un membre du corps médical informé de la situation à l’Hôpital Pierre-Boucher

La super-levure préoccupe de plus en plus les autorités de santé américaines. Mercredi, les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies des États-Unis (CDC) ont de nouveau émis un avertissement.

En plus d’être difficile à détecter, Candida auris résiste aux traitements antifongiques. Le problème est devenu endémique aux États-Unis, où de plus en plus de cas sont détectés dans les hôpitaux.

Nombre de cas de Candida auris identifiés aux États-Unis du 1er juin 2021 au 31 mai 2022.

Nombre de cas de Candida auris identifiés aux États-Unis du 1er juin 2021 au 31 mai 2022. Photo: CDC

On peut difficilement se débarrasser du champignon sur les surfaces qu’il occupe, jusqu’à plusieurs semaines. En 2019, à l’hôpital Mont Sinaï de New York, il a fallu retirer et remplacer des sections de murs et du plafond pour parvenir à éradiquer le champignon des parois contaminées.

Un article du New York Times(Nouvelle fenêtre) rapportait que tout était positif au C. auris autour des patients infectés : des téléphones, des portes, des poignées, des matelas, des fenêtres, etc.

Précaution accrue à Pierre-Boucher et dans un autre hôpital

Le CISSS de la Montérégie-Est assure que des mesures de précaution additionnelles ont été mises en place dès le 8 septembre, auprès des cas suspectés et [des] contacts étroits, qui ont été isolés.

À partir du 15 septembre, quand une éclosion a été suspectée, des mesures ont été ajoutées comme le port de masques, blouses et gants, ainsi que l’utilisation de produits chlorés pour désinfecter les surfaces.

« Depuis le 8 septembre, les équipes de soins concernées ont été tenues au courant des mesures à appliquer. […] Des informations supplémentaires sur le Candida auris ont été transmises au personnel concerné le 13 septembre. »— Une citation de  Caroline Doucet, porte-parole du CISSS de la Montérégie-Est

Selon nos sources, l’Hôpital Anna-Laberge de Châteauguay fait aussi l’objet d’une surveillance accrue, car le premier patient positif y a séjourné une journée cet été.

Des préposés dans un couloir d'un hôpital.

Selon l’INSPQ, le Québec avait connu dans le passé seulement trois cas isolés de Candida auris, tous des patients de retour de l’étranger. Photo: Radio-Canada/Ivanoh Demers

L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) est mobilisé dans ce dossier, aux côtés du ministère de la Santé et des Services sociaux. Selon l’INSPQ, le Québec avait connu dans le passé seulement trois cas isolés de Candida auris, tous des patients de retour de l’étranger (Afrique et États-Unis).

C’est donc la première fois que des Québécois sont contaminés sans avoir séjourné à l’extérieur du pays.

Une seule éclosion avait été rapportée au Canada auparavant, pour un total de 37 cas depuis 2012, incluant les derniers en date, à Longueuil. Il s’agit surtout de personnes revenant de voyage de tourisme médical à l’étranger.

Les changements climatiques intensifient Candida auris

Des études ont démontré que le super-champignon s’adapte à des températures plus élevées. Cette tolérance à la chaleur pourrait contribuer à son émergence en tant que maladie fongique chez l’humain.

Des chercheurs des États-Unis et des Pays-Bas soupçonnent que le réchauffement climatique mondial pourrait contribuer à la propagation de cette infection.

Certains scientifiques pensent même que l’expansion de C. auris pourrait être lié à l’utilisation massive de fongicides en agriculture.

Une souche agrandie au microscope d'un champignon.

Une souche de Candida auris Photo: Reuters

Le champignon indésirable est le parfait exemple d’une des grandes menaces pour l’Humanité listées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) : la résistance aux antibiotiques, que ce soit de la part de bactéries, de virus ou de champignons.

Ce problème croissant pourrait causer la mort de 10 millions de personnes dans le monde en 2050, selon une étude(Nouvelle fenêtre) financée par le gouvernement du Royaume-Uni, soit plus que les décès annuels du cancer.

Avec Radio-Canada par Thomas Gerbet

Burkina Faso : Propharm s’apprête à lancer une usine de médicaments génériques

août 30, 2022

Après plusieurs mois de retard causés par le Covid-19, le site de Propharm n’attend plus que son autorisation de mise sur le marché pour pouvoir distribuer ses comprimés au sein de l’Uemoa. Une première pour le pays.

Le Premier ministre, Albert Ouedraogo, sur le site de Propharm, situé à Googho, à quelques encablures de Ouagadougou, mardi 23 août. © Primature Burkina Faso

Dernière ligne droite pour Propharm et son usine de fabrication de médicaments génériques au Burkina Faso. Lancée en 2019, sa construction s’est achevée en mars dernier. Le site doit désormais obtenir le feu vert de l’autorité de régulation pharmaceutique locale – une demande doit être faite en septembre –, pour pouvoir distribuer sa production sur le marché national. Il a reçu, ce 23 août, la visite du Premier ministre, Albert Ouedraogo. Après le Burkina Faso, Propharm compte aussi écouler ses produits dans les sept autres pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), dont la Côte d’Ivoire, le Mali ou encore le Sénégal avant la fin de cette année.

D’un coût annoncé de 15 milliards de F CFA (22 millions d’euros), Propharm est une initiative lancée par quatre pharmaciens, dont le chef d’usine : le docteur Armel Palingwindé Coefe. Le projet financé par la dette, a été soutenu par quatre acteurs de la finance, dont Coris Bank d’Idrissa Nassa. L’inauguration de l’usine était initialement prévue en 2021, mais la pandémie de Covid-19 et son lot de restrictions sanitaires ont retardé le chantier. La possibilité de faire appel à une expertise étrangère en ingénierie a été bloquée, de même que l’importation de matières premières nécessaires pour la conception de médicaments. Les travaux n’ont pu reprendre qu’en mai 2021.

L’Afrique du Sud et le Maroc en avance

L’équipement venu tout droit des États-Unis permet à l’usine d’atteindre une capacité équivalente à 150 000 comprimés et 120 000 gélules par heure, avec, pour l’instant en production, un kit anti-trouble digestif comprenant du paracétamol 500mg, du phloroglucinol 80 mg et du zinc SRO (sel de réhydratation orale). La prochaine étape pour l’usine sera de se lancer dans la production de médicament sous forme injectable.

À ce jour, l’Afrique représente seulement 3 % de la production pharmaceutique mondiale avec 375 fabricants répartis sur 37 pays, et une importante masse de produits pharmaceutiques venue de Chine et d’Inde, selon l’agence de conseil Morgan Philips. Toutefois, 60 % des médicaments consommés sur le continent sont contrefaits ou détournés des approvisionnements classiques.

L’Afrique du Sud et le Maroc sont les pays les plus indépendants avec 70 % à 80 % de leurs médicaments produits localement. Au Maroc, la première pierre de l’usine du projet Sensyo Pharmatech, crée en 2016, a été posée en janvier par le roi Mohammed VI à Benslimane. Objectif ? Faire du pays le leader africain des vaccins.

Avec Jeune Afrique par Maureen Songne

L’eau de pluie est impropre à la consommation partout sur Terre, selon une étude

août 10, 2022
Un verre d'eau.

Les produits chimiques toxiques qui se trouvent dans l’eau de pluie dépassent les seuils recommandés, estiment des scientifiques de l’Université de Stockholm. Photo : Radio-Canada

L’eau de pluie sur Terre est impropre à la consommation à cause de la présence de produits chimiques toxiques dépassant les seuils recommandés, selon une récente étude menée par des scientifiques de l’Université de Stockholm.

Il n’y a nulle part sur Terre où l’eau de pluie serait propre à la consommation, d’après les données que nous avons utilisées, déclare à l’AFP Ian Cousins, professeur à l’Université de Stockholm et principal auteur de l’étude, publiée dans la revue Environmental Science and Technology. Son équipe a étudié des données compilées depuis 2010.

« Même en Antarctique ou sur le plateau tibétain, les niveaux présents dans l’eau de pluie sont au-dessus des recommandations proposées de l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis (EPA). »

Normalement considérées comme intactes, les deux régions ont des niveaux de PFAS (per et polyfluoroalkylées) 14 fois supérieurs aux recommandations américaines pour l’eau potable.

Plus communément appelés les produits chimiques éternels parce qu’ils se désintègrent de façon extrêmement lente, les PFAS, initialement présents dans les emballages, les shampoings ou encore le maquillage, se sont répandus dans notre environnement, y compris l’eau et l’air.

Une fois ingérés, les PFAS s’accumulent dans le corps.

Selon certaines études, l’exposition aux PFAS peut avoir des effets sur la fertilité et le développement du fœtus. Elle peut aussi mener à des risques accrus d’obésité ou de certains cancers (prostate, reins et testicules) et une augmentation des niveaux de cholestérol.

Un baril de récupération d'eau de pluie est placé sur des blocs de ciment prêt à déverser son contenu par le biais d'un robinet rouge.

Un baril de récupération d’eau de pluie. Photo : Radio-Canada/Rudy Desjardins

L’EPA a récemment baissé le seuil de PFAS recommandé, après avoir découvert que ces produits chimiques pourraient avoir un impact sur la réponse immunitaire à des vaccins chez les enfants, note Ian Cousins.

Selon Ian Cousins, les PFAS sont maintenant si persistants et omniprésents qu’ils ne disparaîtront jamais de la Terre.

« On a rendu la planète inhospitalière à la vie humaine en la contaminant de manière irréversible, ce qui fait que plus rien n’est propre. Et au point que ce n’est pas assez propre pour être sûr. »

Nous avons dépassé une limite planétaire, déclare Ian Cousins, en référence à un modèle permettant d’évaluer la capacité de la Terre à absorber l’impact de l’activité humaine.

Le scientifique note cependant que les niveaux de PFAS dans l’organisme des êtres humains ont diminué de façon assez significative ces 20 dernières années et que le niveau ambiant [des PFAS dans l’environnement] est resté le même ces 20 dernières années.

Ce sont les recommandations qui ont changé, précise le chercheur, en expliquant que l’on a baissé le niveau de PFAS recommandé des millions de fois depuis le début des années 2000, parce qu’on en sait plus sur la toxicité de ces substances.

Malgré les découvertes de l’étude, Ian Cousins considère qu’il faut apprendre à vivre avec.

Je ne suis pas très inquiet de l’exposition quotidienne dans les montagnes, les cours d’eau ou la nourriture. On ne peut pas y échapper…on va juste devoir vivre avec.

Mais ce n’est pas une situation idéale, où l’on a contaminé l’environnement au point que l’exposition naturelle n’est pas vraiment sûre.

Par Radio-Canada avec Agence France-Presse

Les changements climatiques risquent de provoquer une multiplication de pandémies

juin 5, 2022

Le réchauffement du climat, la déforestation, la densification, la migration d’espèces et le commerce d’espèces sauvages sont des facteurs qui conduisent à l’émergence de maladies infectieuses.

Une personne observe au loin deux travailleurs de la santé en tenues de protection.

Un travailleur de Médecins sans frontières à l’entrée d’un centre de traitement de l’Ebola à Goma, en République démocratique du Congo Photo : Reuters/Baz Ratner

Avant même la pandémie de COVID-19, les scientifiques sonnaient l’alarme : le risque que de nouveaux pathogènes provoquent des pandémies s’accélère avec les changements climatiques et la perte de biodiversité.

La destruction causée par les humains met de la pression sur l’environnement, ce qui crée plus de risque d’échanges viraux entre espèces. C’est un effet domino. Quand on perturbe un aspect de la nature, ça peut revenir nous hanter, prévient Neil M. Vora, médecin et épidémiologiste pour l’organisation Conservation International.

En 2020, un groupe d’experts de l’ONU sur la biodiversité (IPBES), avertissait d’ailleurs que des pandémies plus fréquentes, plus mortelles et plus coûteuses étaient à prévoir.

« Les changements dans la manière dont nous utilisons les terres, l’expansion et l’intensification de l’agriculture, de même que le commerce, la production et la consommation non durables perturbent la nature et augmentent les contacts entre la faune sauvage, le bétail, les agents pathogènes et les êtres humains. C’est un chemin qui conduit droit aux pandémies. »— Une citation de  Dr Peter Daszak, président d’EcoHealth Alliance et du groupe d’experts de l’ONU

Et ceux qui étudient les effets des changements climatiques sur la santé disent que nous avons déjà emprunté ce chemin.

Depuis la pandémie de grippe espagnole en 1918, le monde a connu une série d’épidémies et de pandémies : le VIH/SIDA, le SRAS-CoV-1, le chikungunya, le Zika, le H1N1, le syndrome respiratoire du Moyen-Orient, le SRAS-CoV-2, l’Ebola, la fièvre de Lassa et le Nipah ne sont que quelques-uns des virus qui ont balayé le monde.

La probabilité que nous subissions de nouvelles épidémies va tripler au cours des prochaines décennies, conclut une récente étude(Nouvelle fenêtre). Ses auteurs estiment qu’une autre pandémie comme celle de la COVID-19 pourrait survenir d’ici une cinquantaine d’années.

Nous sommes entrés dans une ère de pandémies, a d’ailleurs déclaré(Nouvelle fenêtre) le Dr Anthony Fauci, directeur de l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses des États-Unis, en août 2020.

L’impact de climats changeants

D’après Rory Gibb, un biologiste qui étudie les liens entre les maladies infectieuses et le climat à l’École d’hygiène et de médecine tropicale de l’Université de Londres, il y a un ensemble de facteurs écologiques et environnementaux qui modifient le rythme auquel les pathogènes se transmettent des animaux aux humains.

Cyril Caminade, physicien et chercheur en climatologie de l’Université de Liverpool, précise que les maladies à transmission vectorielle (peste, paludisme, dengue, Zika…) et à transmission hydrique (choléra, hépatites…) sont particulièrement sensibles aux changements climatiques.

Par exemple, la multiplication des cyclones, des ouragans et des inondations augmente le risque que certaines maladies à transmission hydrique, comme la leptospirose ou le choléra, se propagent parmi les sinistrés.

Les maladies vectorielles, surtout transmises par des arthropodes (moustiques, mouches, tiques, limaces…), sont quant à elles très sensibles aux changements climatiques. Les arthropodes sont ectothermes, donc leur température interne est régulée par les conditions environnementales.Un moustique à l'abdomen gorgé de sang pique une peau humaine.

L’anophèle peut transmettre le parasite causant la malaria. Photo : La Presse Canadienne/AP Photo/CDC, University of Notre Dame, James Gathany

Ainsi, plus la température et l’humidité augmentent, plus les conditions sont favorables à la croissance des arthropodes, explique M. Caminade. Par exemple, une augmentation des précipitations peut augmenter les zones de reproduction. Des températures plus élevées peuvent également réduire la période d’incubation de certains moustiques.

« Les températures de l’air ont un impact très fort sur la longévité, la mortalité, le développement des moustiques ainsi que sur la vitesse à laquelle le pathogène se développe à l’intérieur du moustique. »— Une citation de  Cyril Caminade, physicien et chercheur en climatologie de l’Université de Liverpool

Une étude(Nouvelle fenêtre) estime que, d’ici la fin du siècle, certaines régions tropicales pourraient voir leur saison de transmission de la malaria se prolonger de près de deux mois. La durée de la saison de transmission de la dengue pourrait augmenter de quatre mois dans les plaines des régions tropicales d’Asie du Sud-Est, d’Afrique subsaharienne et du sous-continent indien.

Parallèlement, selon M. Caminade, les changements climatiques pourraient être si extrêmes à certains endroits que des moustiques pourraient disparaître, ce qui réduirait cette fois les risques de transmission de maladies.Un homme les bras croisés devant une étagère.

« Il faut faire attention à l’environnement, à nos forêts et à notre biodiversité. Ils sont tous reliés à notre santé », dit Cyril Caminade. Ce chercheur de l’Université de Liverpool modélise les répercussions du réchauffement climatique sur les maladies vectorielles. Photo : Cyril Caminade

Les changements climatiques ont aussi une incidence sur la répartition géographique de nombreuses maladies infectieuses. Or, l’émergence de nouveaux pathogènes dans des régions où la population n’est pas immunisée peut mener à des épidémies explosives.

Rory Gibb souligne que ce ne sont pas toutes les régions du monde qui seront touchées de la même façon. Par exemple, l’Ebola, concentré surtout en Afrique de l’Ouest, pourrait se propager à l’est du continent sans devenir une pandémie mondiale.

Déjà, on voit comment des changements de température et d’humidité ont un effet sur la transmission de pathogènes dans certaines régions.

Par exemple, El Niño aurait créé en 2015-2016 des conditions favorables à la transmission du Zika en Amérique du Sud.

Des hivers plus doux, ainsi que de longues sécheresses aux États-Unis contribuent à la propagation du virus du Nil dans les zones urbaines.

Les tiques, qui peuvent transmettre la maladie de Lyme, se déplacent vers le nord depuis une dizaine d’années à cause des hivers plus doux combinés à des printemps et des automnes plus longs.La maladie de Lyme peut être transmise par une tique.

La maladie de Lyme peut être transmise par une tique. Photo : Istock

Conséquences des contacts plus fréquents entre humains et animaux

L’autre élément qui préoccupe les scientifiques est l’augmentation de la transmission de zoonoses – des maladies ou des infections naturellement transmissibles des animaux vertébrés à l’homme.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) note que les zoonoses représentent une forte proportion de l’ensemble des maladies infectieuses nouvellement recensées ainsi que de nombreuses maladies existantes.

En fait, depuis le début du XXe siècle, presque toutes les pandémies virales ont été déclenchées par une zoonose, précise Cyril Caminade.

Une étude(Nouvelle fenêtre) indique qu’entre 1994 et 2004, parmi plus de 300 nouvelles maladies infectieuses recensées, plus de 60 % ont été causées par des pathogènes zoonotiques.

Les scientifiques craignent que des contacts plus fréquents avec la faune en raison de migrations climatiques ne changent la donne.

Au fur et à mesure que la planète se réchauffe, les animaux cherchent de nouveaux habitats pour survivre. Les inondations, les feux de forêt, les températures extrêmes et la sécheresse les forcent à se déplacer là où les conditions sont plus favorables.Un homme observe au loin un émou qui fuit un feu de forêt.

De plus en plus d’animaux sont forcés de fuir leur habitat en raison de feux de forêt, d’inondations et de variations extrêmes de température. Photo : Reuters/Mike Blake

Par conséquent, des espèces qui n’avaient jamais coexisté vivront désormais côte à côte, ce qui augmentera les risques de transmission de virus entre hôtes naïfs (qui n’y avaient jamais été exposés).

Une récente étude publiée dans la revue Nature(Nouvelle fenêtre) montre que les changements climatiques entraîneront des centaines de milliers de nouvelles rencontres entre espèces d’ici 2070. Cela augmentera les probabilités que des maladies infectieuses soient par la suite transmises aux humains.

Des chercheurs ont modélisé la migration climatique de quelque 3000 espèces de mammifères au cours des 50 prochaines années pour voir comment elle pourrait influer sur la quantité d’échanges viraux.

Même selon les scénarios les plus optimistes, on pourrait observer environ 300 000 premières rencontres entre diverses espèces. Cela pourrait entraîner le transfert de 15 000 zoonoses chez des hôtes naïfs, dont 4000 entre mammifères.

Ces chercheurs ont souligné que les chauves-souris devraient être à l’origine d’une grande proportion de ces transmissions.Un groupe de Pteropus poliocephalus suspendu aux branches d'un arbre.

Un groupe de Pteropus poliocephalus Photo : Istock

Si la température de la planète continue d’augmenter, les zoonoses se propageront davantage dans les écosystèmes riches en espèces, dans les régions de haute altitude et dans les endroits densément peuplés, affirment les auteurs de l’étude.

L’apparition de nouveaux pathogènes a forcément aussi des conséquences sur la santé des animaux. Par exemple, les épidémies d’Ebola en 2002 et en 2003 au Congo et au Gabon ont tué plus de 11 000 personnes, mais aussi plus de 5000 gorilles(Nouvelle fenêtre).

Il va y avoir un impact plus marqué sur les animaux que [sur] les humains, puisque les humains ont toujours accès à plus de protection avec la médecine moderne, fait remarquer Cyril Caminade.

Combien de pandémies pourraient surgir?

Bien sûr, ces 15 000 nouvelles transmissions virales possibles ne mèneront pas nécessairement à 15 000 nouvelles épidémies, mais il suffit du transfert d’un seul pathogène à un humain pour en déclencher une, souligne Rory Gibb.

L’étude publiée dans Nature ne dit pas combien de virus pourraient causer des maladies chez l’homme.Un homme assis près d'un ruisseau.

« Lorsqu’on parle de changements climatiques, il faut parler des risques de zoonoses », dit Rory Gibb, de l’Université de Londres. Photo : Researchgate

Il est difficile de prédire où et quand un nouveau pathogène se propagera à un humain et si les conditions seront favorables pour que cet humain infecté transmette le pathogène à d’autres, explique M. Gibb. On ne voit pas le transfert d’un pathogène d’un animal à un humain, explique-t-il. On sait que c’est arrivé seulement quand la personne est infectée et devient malade.

Malgré cette incertitude, ce type de modélisation permet de mieux comprendre où les risques de transmission de zoonoses sont les plus élevés, assure M. Gibb. Cela permet aux autorités de mieux cibler leurs interventions.

C’est comme la météo : on peut prédire la probabilité de pluie pour une ville, mais il est possible que votre quartier n’ait pas de pluie, cite-t-il en exemple.

D’autres facteurs à surveiller

Des travailleurs vêtus d'habits de protection et de matériel désinfectant se promènent dans des rues désertes.

Des travailleurs désinfectent une zone résidentielle de Shanghai. Photo : Reuters/Aly Song

Il n’y a pas que le climat qui joue un rôle dans la propagation de nouveaux pathogènes, ajoute Cyril Caminade. Il faut aussi tenir compte des aspects de mondialisation, de population, d’utilisation des sols et de biodiversité.

Notamment, la déforestation pousse la faune qui survit vers les centres urbains, ce qui accroît les risques de contacts avec le bétail et les humains. La façon dont on occupe le sol peut créer beaucoup d’opportunités de sauts zoonotiques entre les animaux et les humains, dit M. Caminade.

La déforestation de la forêt amazonienne aurait notamment contribué à l’émergence des virus Zika et Hendra. Et au Bangladesh, les chauves-souris porteuses du virus Nipah se trouvent de plus en plus dans des zones à forte densité, parce que leur habitat forestier a été défriché.

Les experts observent que l’augmentation de la densification des villes et la multiplication des voyages risquent de poser problème lorsque de nouveaux pathogènes respiratoires, comme la COVID-19, se propageront. Il y a une corrélation assez forte entre la densité de population humaine et le risque de sauts de maladies, mentionne M. Caminade.

La prévention est cruciale

Neil M. Vora est catégorique : la santé publique et la conservation de l’environnement vont de pair.

« Lorsqu’on sauve la nature, nous nous sauvons aussi. Pour prévenir davantage de pandémies, il faut réparer notre partenariat brisé avec la nature. »— Une citation de  Neil M. Vora, Conservation InternationalUn homme portant des lunettes.

« Je crois qu’il a fallu cette pandémie pour que les gens comprennent que leur bien-être est intimement lié au bien-être de la nature», dit Neil M. Vora, de Conservation International. Photo : Conservation International

Le risque de pandémie peut être considérablement réduit en diminuant les activités humaines qui entraînent la perte de biodiversité et les changements climatiques, croit-il.

Dans un essai publié dans Nature(Nouvelle fenêtre), il propose quatre actions pour aider à prévenir l’apparition de nouvelles pandémies :

  • Protéger les forêts tropicales et subtropicales afin de réduire les contacts entre les humains et la faune;
  • Interdire ou réglementer strictement le commerce d’animaux sauvages vivants;
  • Améliorer les soins vétérinaires, l’alimentation et l’hébergement des animaux d’élevage;
  • Améliorer la santé et la sécurité économique des personnes à travers le monde.

Le déclenchement d’une épidémie dépend d’une multitude de facteurs. Mais la vulnérabilité d’une population reste l’une des variables les plus importantes, insiste Cyril Caminade. Par exemple, il est moins probable que le paludisme ou le choléra deviennent épidémiques en Europe ou au Canada, puisque leurs habitants ont accès à des systèmes de santé plus efficaces que ceux des pays où ces maladies ont fait des ravages dans les dernières décennies.

Puisque les conditions sont de plus en plus favorables au déclenchement de pandémies, la prévention est la clé, soutiennent les trois experts.

« Il faut penser aux moyens de préparer les gens à ces maladies. Comment peuvent-ils s’adapter [à ces nouveaux pathogènes]? »— Une citation de  Rory Gibb, biologiste à Université de Londres

D’ailleurs, selon le rapport du groupe d’experts de l’ONU sur la biodiversité, réagir aux maladies exclusivement après leur apparition constitue un chemin lent et incertain, rempli de souffrance.

Selon M. Caminade, lorsque la pandémie de COVID-19 sera terminée, il ne faudra surtout pas baisser la garde.

On a une fenêtre de deux ou trois mois pour agir lorsqu’on découvre un nouveau pathogène, dit-il. Et ensuite, c’est fini. Il y a quand même toujours ce potentiel d’arrêter la propagation du virus assez tôt, ce qui n’a pas été du tout le cas pendant la pandémie de COVID-19.

Avec Radio-Canada par Mélanie Meloche-Holubowski

Canada: Le rêve « utopiste » de l’immunité collective contre la COVID-19

mai 1, 2022
Dans une rue presque déserte, un graffiti sur un bloc de béton représente le coronavirus avec une balle de tennis au centre.

Melbourne, en Australie, le 28 mai 2021, au premier jour d’un confinement d’une semaine qui a finalement duré deux semaines dans l’État de Victoria. Photo: Reuters/Sandra Sanders

L’immunité collective contre la COVID-19 n’a jamais été et ne sera jamais atteignable, selon plusieurs experts. Espérer mettre fin à la pandémie en ayant un grand nombre de personnes infectées n’est donc pas une bonne stratégie.

De prime abord, l’idée semblait pourtant prometteuse. Puisque le SRAS-CoV-2 est si présent dans la population, pourquoi ne pas simplement laisser la vaste majorité être infectée par la COVID-19 afin de susciter une immunité collective et d’accélérer ainsi la fin de la pandémie?

C’est l’approche qu’avait décidé d’emprunter la Suède, tôt durant la pandémie, avec des résultats qui lui ont valu les critiques de nombreux scientifiques(Nouvelle fenêtre) en raison du haut taux de décès entraîné par ce choix. Avec près de 19 000 morts, la Suède a un taux de décès par 100 000 habitants presque quatre fois plus élevé que la Norvège, où les mesures sanitaires étaient plus strictes.

Cela n’a pas empêché de nombreux pays, encore récemment, de voir, dans le nombre exponentiel d’infections causées par le variant Omicron, un signe que le monde avait fait un pas vers l’immunité collective.

Toutefois, selon Alain Lamarre, professeur-chercheur spécialiste en réponses immunitaires et en virologie à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), l’immunité collective est quasi impossible à atteindre à ce stade de la pandémie et ne permettrait pas, de toute façon, d’éliminer le virus.

De plus en plus de gens croient qu’avec les variants, l’immunité collective est utopiste, dit M. Lamarre. Je pense que ça va être difficile de l’atteindre comme les gens l’entendent, [c’est-à-dire] d’arriver à un stade où le virus ne se transmet plus parce que les personnes non immunisées sont indirectement protégées par celles qui sont immunisées.

En mars dernier, le Dr Luc Boileau, directeur de la santé publique du Québec par intérim, avait lui aussi affirmé en entrevue à Tout un matin que l’immunité collective ne pourrait pas être atteinte de façon stable.

Multiplication des mutations et des réinfections

En fait, plusieurs raisons expliquent pourquoi l’immunité collective n’est pas possible avec le SRAS-CoV-2.

D’abord, trop de gens ont cru qu’on pourrait atteindre l’immunité collective comme on l’a fait avec la rougeole, dit Catherine Hankins, professeure en santé publique et en santé des populations à l’Université McGill et coprésidente du Groupe de travail sur l’immunité face à la COVID-19. La réalité est bien différente avec le SRAS-CoV-2.

Depuis le début de la pandémie, rappelons-le, un nouveau variant d’intérêt ou préoccupant est apparu tous les quatre à six mois. Le virus n’a donc pas fini de muter et les scientifiques ont d’ailleurs présentement à l’œil plusieurs sous-variants d’Omicron ainsi que des recombinants.

Ce virus ne cesse pas de changer. Or, les seuls virus pour lesquels on a réussi à atteindre une immunité collective sont des virus relativement stables, dit Mme Hankins avant de donner l’exemple de la rougeole ou de la variole. Dans le cas de ces virus, une infection procurait une immunité pour la vie.

Dans un monde idéal, le SRAS-CoV-2 aurait peu muté et n’aurait infecté les gens qu’une fois.

Cependant, il est désormais clair que les réinfections font partie de l’équation puisque l’immunité conférée par une infection au SRAS-CoV-2 est généralement de courte durée. Même si vous bénéficiez d’une certaine protection contre l’infection par les autres souches, vous n’êtes pas protégé contre Omicron, explique Mme Hankins.

Elle ajoute que cette immunité est en fait tributaire du prochain variant. Or, nous ne connaissons pas les propriétés de ces nouveaux variants, dit-elle.

Au rythme où le SRAS-CoV-2 mute, atteindre l’immunité collective en se fiant aux infections devient donc un jeu du chat et de la souris sans fin. En effet, chaque fois qu’un nouveau variant fait son apparition, tout est à recommencer.

Trop contagieux pour une telle stratégie

Le caractère fortement contagieux du virus par rapport à d’autres que l’humanité a dû affronter entre aussi en ligne de compte.

Plus haut est le taux de reproduction – soit le nombre moyen de personnes à qui un individu infecté transmet le virus –, plus on a besoin d’une proportion élevée de la population qui a une protection de longue durée pour atteindre l’immunité collective, dit Jane Heffernan, experte en modélisation des maladies de l’Université York, qui étudie la réponse immunitaire du vaccin contre la COVID-19 à l’aide de modèles mathématiques.

Or, le SRAS-CoV-2 a atteint des taux de transmission très élevés, ce qui pousse le seuil de l’immunité collective hors de portée, dit-elle.

La souche originale de la COVID-19 avait un taux de reproduction situé entre 2,0 et 2,5, puis il a doublé à environ 5 pour Delta(Nouvelle fenêtre). Avec le BA1(Nouvelle fenêtre), on estime que ce taux est de 9,5, et avec le BA.2, entre 16 et 20.

En comparaison, la grippe a un taux se situant entre 2 et 3, et la varicelle, entre 10 et 12.

La rougeole, considérée comme une des maladies les plus transmissibles, a un taux de reproduction d’environ 15. On estime qu’il faut un taux de vaccination de plus de 90 % pour éviter des éclosions de rougeole.

Selon Mme Heffernan, il faudrait donc que près de 100 % de la population ait une immunité de longue durée pour satisfaire à la définition courante de l’immunité collective. Impossible, dit-elle.

De plus, affirme M. Lamarre, il est difficile de savoir avec certitude quelle proportion de la population a été immunisée après une infection, car on ne teste pas suffisamment, et de nombreuses personnes sont asymptomatiques. De plus, l’immunité post-infection diminue rapidement et varie de personne en personne ainsi que de souche en souche. Donc, comment déterminer si la proportion de personnes immunisées est suffisante?

Vaccins et transmission

Au début de la campagne de vaccination, on espérait que la pandémie serait contrôlée si 75 % de la population était vaccinée.

Cependant, si les vaccins protègent bien contre les symptômes graves de la maladie, ils ne peuvent pas prévenir toute transmission, surtout avec Omicron, qui est hautement contagieux.

Le Dr Luc Boileau précise que de 10 % à 15 % des personnes adéquatement vaccinées peuvent contracter le virus et donc le transmettre.

« Le concept [d’immunité collective] fonctionne seulement si on est protégé contre la transmission. Ce n’est pas le cas. »— Une citation de  Alain Lamarre, de l’INRS

De plus, si l’immunité conférée par un vaccin dure plus longtemps que celle acquise après une infection, elle ne dure pas toute la vie, comme c’est le cas pour la rougeole, par exemple.

Pour faire face aux futures surprises que nous réserve le SRAS-CoV-2, il faut absolument concevoir des vaccins efficaces contre une multitude de variants, dit Mme Heffernan.

M. Lamarre abonde dans ce sens. On ne va pas éradiquer le virus : ce n’est pas réaliste comme objectif. Par contre, si on met au point un vaccin qui maîtrise mieux la transmission, il sera possible de ralentir la propagation et de diminuer les pics d’infections.

Une stratégie discréditée par des études

Même si tous les signes indiquent que l’immunité collective ne sera pas atteinte dans le cas de la COVID-19, cette idée a rebondi dans les débats publics à plusieurs reprises pendant la pandémie. Elle a aussi été discréditée de nombreuses fois.

En octobre 2020, la déclaration de Great Barrington préconisait de laisser la majorité de la population s’infecter tout en protégeant les plus vulnérables. Cette proposition a été vivement critiquée, notamment pour des raisons morales. Est-ce éthique de mettre à l’écart les plus vulnérables pour que le reste des gens puissent vaquer à leurs occupations?, demandaient les opposants(Nouvelle fenêtre).

Une récente analyse publiée dans la revue Nature(Nouvelle fenêtre) a pour sa part constaté l’échec subi par la Suède en adoptant cette stratégie. Les auteurs affirment que la transmission non contrôlée a causé de nombreux décès qui auraient pu être évités.

En mai 2020, un haut responsable de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a d’ailleurs rappelé qu’on ne devrait pas appliquer la définition d’immunité collective aux infections naturelles. L’immunité collective atteinte grâce aux infections ne place pas les personnes, la vie et la souffrance au centre de cette équation, a affirmé Mike Ryan, directeur des urgences de l’OMS.

Même avant l’arrivée des vaccins, plusieurs scientifiques avaient affirmé dans The Lancet(Nouvelle fenêtre) que toute stratégie de gestion de la pandémie reposant sur l’immunité conférée par les infections naturelles est imparfaite.

« Essayer d’arriver à une immunité collective par l’infection est une erreur dangereuse non appuyée par des preuves scientifiques. »— Une citation de  Une étude parue dans The Lancet

Dans une autre étude publiée cette semaine(Nouvelle fenêtre), des chercheurs du Royaume-Uni ont modélisé l’impact d’une stratégie dans laquelle on aurait permis des taux élevés d’infection parmi la population moins à risque dans l’espoir de protéger les personnes vulnérables. On a donc vérifié s’il était approprié d’adopter une protection ciblée pour réduire les mesures sanitaires dans la population générale.

Les auteurs sont catégoriques : cette approche est fortement biaisée et aurait été dévastatrice pour les personnes âgées et celles qui ont des antécédents médicaux.

En fait, le Royaume-Uni aurait connu plus de 50 000 décès supplémentaires, en grande majorité des personnes vulnérables. Il s’agit probablement d’une estimation prudente, précisent les auteurs, car les hôpitaux et les unités de soins intensifs auraient été rapidement débordés [par une hausse importante du nombre de cas].

Ils expliquent que cette stratégie a trois défauts. Premièrement, il est impossible de protéger parfaitement toutes les personnes les plus vulnérables. Par exemple, les résidents des établissements de soins de longue durée ont nécessairement des contacts avec le personnel, et de nombreuses personnes à haut risque vivent dans la communauté avec des personnes à faible risque.

La deuxième faiblesse est qu’en cas de résurgence importante du nombre de cas, de nombreuses personnes auraient fort probablement changé leurs comportements pour éviter l’infection. Cela aurait provoqué des vagues plus petites et plus longues, avec moins d’infections totales. Ainsi, les niveaux nécessaires pour obtenir l’immunité collective n’auraient jamais été atteints.

La troisième faiblesse évoquée est que l’immunité collective ne confère qu’une protection indirecte et n’est que temporaire. Aussitôt que les mesures de protection pour les personnes vulnérables auraient été levées, celles-ci auraient été de nouveau à risque d’être infectées par la transmission résiduelle dans la communauté. Par exemple, les résidents des établissements de soins de longue durée seraient demeurés indéfiniment à risque.

Pour toutes ces raisons, ces trois experts affirment que les gouvernements ne peuvent pas se fier aux infections précédentes pour éviter de nouvelles vagues. La vaccination reste le meilleur outil, disent-ils, et les vaccins devront être améliorés en attendant que le virus devienne endémique.

avec Radio-Canada par Mélanie Meloche-Holubowski

La guerre en Ukraine fait bondir la demande pour des mères porteuses canadiennes

avril 9, 2022

La procréation assistée au Canada coûte plus cher qu’en Ukraine mais beaucoup moins cher qu’aux États-Unis. Photo : Istock

L’Ukraine est un des seuls pays au monde à autoriser la gestation pour autrui commerciale pour les étrangers. Chaque année, des milliers de couples de partout dans le monde s’y rendent pour obtenir les services d’une mère porteuse. Mais depuis le début de la guerre, c’est la course contre la montre pour sauver le matériel génétique des futurs parents, lesquels sont de plus en plus nombreux à se tourner vers le Canada, un pays plus stable que l’Ukraine et plus abordable que les États-Unis.

On est très occupés, lance Sally Rhoads-Heinrich, propriétaire de Surrogacy in Canada Online, une agence ontarienne spécialisée dans l’accompagnement des couples tout au long du processus de gestation pour autrui.

Depuis le début du conflit, le 24 février, l’agence est submergée de demandes de couples étrangers qui cherchent une mère porteuse canadienne.

« Le nombre de demandes a triplé. »— Une citation de  Sally Rhoads-Heinrich, propriétaire de Surrogacy in Canada Online

Actuellement, nous avons plus d’une soixantaine de dossiers de couples et seulement une mère porteuse disponible, dit-elle.

Certains des couples qui la contactent viennent d’aussi loin que de l’Australie ou encore de l’Irlande, comme Mark et Suzanne Sheerin, dont les huit embryons ont été créés dans une clinique de fertilité de Kiev.

Sauver les embryons des bombes

Lorsque les bombes ont commencé à s’abattre sur Kiev, en février, les deux Irlandais ont cru voir leur rêve d’avoir un enfant issu de leur ADN partir en fumée.

Mark et Suzanne Sheerin étaient sur le point d’être jumelés à une mère porteuse ukrainienne lorsque la guerre a éclaté. Photo : Fournie par Mark et Suzanne Sheerin

Tous les gens en Ukraine essayaient de sauver leur vie et leur famille. On s’est donc dit qu’il y avait peu de chances de pouvoir faire sortir nos embryons du pays. […] On était en train de faire notre deuil et de se faire à l’idée que nous allions devoir recommencer tout le processus, raconte ce couple, qui vit au sud de Dublin.

Environ deux semaines plus tard, les deux trentenaires ont donc eu la surprise de leur vie en apprenant que leurs embryons se trouvaient maintenant en Slovaquie.

Celui qui les a sauvés s’appelle Birol Aydin. Lorsqu’il s’est réveillé au son des explosions, le 24 février, cet embryologiste turc n’a eu qu’un seul réflexe : prendre son passeport et aller récupérer en vitesse les quelque 50 000 embryons et 10 000 ovocytes stockés dans son laboratoire de la clinique de fertilité IV MED, à Kiev.

Les gens paniquaient et il y avait beaucoup d’accidents sur les routes. […] Quand je suis arrivé, la clinique était vide. Je me suis mis à congeler tous les embryons, raconte l’embryologiste.

Sa collègue Uliana Dorofeyeva et lui-même ont ensuite rempli le coffre de leurs deux voitures de réservoirs d’azote liquide et transporté tout le matériel génétique des patients, y compris les embryons de Mark et Suzanne Sheerin, vers Bratislava, la capitale slovaque.

Birol Aydin et sa collègue Uliana Dorofeyeva ont transporté des milliers d’embryons et d’ovocytes de Kiev jusqu’à Bratislava, en Slovaquie, dans le coffre de leur voiture. Photo : Fournie par Birol Aydin

Nous avons d’abord tenté de traverser la frontière polonaise, mais nous avons dû attendre en file pendant 30 heures. Nous avons donc décidé de faire demi-tour, parce que pendant tout ce temps, nous ne pouvions pas dormir. Nous devions aussi arrêter la voiture pour économiser l’essence, mais il faisait très froid, raconte Birol Aydin, qui a réussi à traverser la frontière slovaque au bout du troisième jour de ce périple.

L’embryologiste a dû faire trois voyages et parcourir près de 5000 km pour mettre à l’abri tous les embryons et tous les ovocytes de la clinique.

Je n’avais pas le consentement de la clinique ni celui des patients pour transporter le matériel. Sur la route, j’ai longtemps pensé au risque que je prenais d’un point de vue juridique, par exemple si j’avais un accident. Mais je savais que je faisais la bonne chose, raconte-t-il.

Un long voyage vers le Canada

Aujourd’hui établi à Bratislava, Birol Aydin continue de veiller sur ses embryons. C’est de là que Mark et Suzanne Sheerin tentent maintenant de faire expédier leurs embryons au Canada.

Le problème, c’est qu’au Canada, la procréation assistée peut coûter plus de 100 000 $, soit plus du double qu’en Ukraine.

Quand on s’est rendu compte qu’on devait se tourner vers le Canada, il a fallu revoir tous nos projets. Nous sommes en train de réhypothéquer notre maison, explique Suzanne Sheerin.

De plus, contrairement à l’Ukraine, le Canada n’autorise que la gestation pour autrui dite altruiste. Une femme porteuse ne peut donc pas être payée pour ses services, ce qui réduit énormément le nombre de femmes porteuses disponibles.

Nous n’avons pas assez de femmes porteuses […]. Habituellement, en Ukraine, trouver une femme porteuse prend trois mois, tandis qu’au Canada, cela peut prendre des années, explique Sally Rhoads-Heinrich.

À l’autre bout du pays, en Colombie-Britannique, la propriétaire et fondatrice de l’agence ANU Fertility Consultants Ltd, Lorraine Smith, observe le même phénomène.

Le problème, c’est qu’il y a trop de gens qui ont besoin de notre aide. Et quand on perd un pays comme l’Ukraine et qu’on doit réorienter les gens vers un système qui est déjà surchargé, ça devient encore plus compliqué, explique-t-elle.

L’avocate Cindy Wasser, de la firme torontoise Hope Springs Fertility Law, précise que faire venir du matériel génétique comme des embryons peut imposer certains contraintes.

Les embryons doivent avoir été créés dans une clinique qui respecte les règles canadiennes en matière de santé et de sécurité, explique-t-elle.

L’avocate souligne également que les embryons doivent être accompagnés de la bonne documentation pour être utilisés au Canada.

Mark et Suzanne Sheerin ne perdent toutefois pas espoir, même si l’attente est difficile.

Nous savons [que nos embryons] sont en sécurité, mais nous ne voulons pas nous y attacher. La route sera longue avant que nous ayons un bébé dans nos bras, dit Suzanne Sheerin.

Avec Radio-Canada par Andréane Williams

Documentaire: « Femmes et science en Afrique : une révolution silencieuse » projeté à Brazzaville

mars 31, 2022

Dans le cadre de la clôture des activités du mois dédié à la lutte pour les droits de femme, la Fondation congolaise pour la recherche médicale (FCRM) a projeté, le 30 mars à l’Institut français du Congo, le documentaire « Femmes et science en Afrique, une révolution silencieuse ».

1- Une capture du film « Femmes et science en Afrique : une révolution silencieuse » lors de sa projection à l’IFC/Adiac

C’est en présence de Kate Thompson-Gorry, Michel Welterlin et de la Pre Francine Ntoumi, respectivement réalisatrice, producteur et l’une des héroïnes du film, que s’est faite la projection du documentaire « Femmes et science en Afrique : une révolution silencieuse ». Cette cérémonie s’inscrit dans la vision du programme « Femmes & Sciences » de la Fondation congolaise pour la recherche médicale dont les actions incluent des campagnes de sensibilisation en milieu scolaire, l’encouragement des femmes engagées dans les sciences par l’attribution du prix d’encouragement scientifique et des bourses aux étudiantes.

« Femmes et science en Afrique : une révolution silencieuse » est un documentaire inédit au cœur d’une communauté bouillonnante de femmes du continent, réservoir unique de talents pour la science et l’innovation. Des femmes qui, par leur dynamisme, leur travail acharné et leur implication pour l’égalité des droits, ont réussi à briser les stéréotypes dans le milieu de la recherche, tout en participant aujourd’hui au développement de l’Afrique.

Pre Tebello Nyokong (Chimiste) de l’Afrique du Sud, Pre Francine Ntoumi (Biologiste moléculaire) de la République du Congo et enfin, Zara Randriamanakoto (Astrophysicienne) de Madagascar, sont les trois protagonistes du film. En 51 min, l’œuvre les met en lumière et apporte des réponses aux questions ayant un lien direct avec leurs parcours et leurs exploits : qui sont ces femmes ? Quels obstacles ont-elles dû surmonter pour arriver au sommet de leur art ? Quel impact ont-elles sur leur communauté ? Sauront-elles trouver des solutions concrètes aux défis majeurs du XXIe siècle ? Et si le Einstein de demain était une femme africaine ?

2- Une vue des panélistes durant les échanges/DR

La projection du film s’est suivie d’une causerie-débat avec l’assistance composée, entre autres, des cadres ministériels, scientifiques, enseignants et chercheurs, étudiants, élèves, communicants, cinéastes, etc. « Mon métier de réalisatrice est avant tout de raconter des histoires qui peuvent porter, inspirer et faire découvrir des choses et des personnes qu’on ne connaît pas forcément. En étudiant le sujet de la science, j’ai découvert ces trois femmes exceptionnelles que je ne connaissais pas. Et d’ailleurs, le titre révolution silencieuse, c’est parce qu’il y a des femmes scientifiques en Afrique, mais peu d’entre elles sont connues. A travers ce film, j’ai voulu donner une voix à ces femmes et faire connaître cette révolution », a fait savoir Kate Thompson-Gorry, réalisatrice du documentaire sorti en 2019.

A ce propos, la Pre Francine Ntoumi, engagée dans la lutte contre le paludisme et présidente de la FCRM, a remercié toute l’équipe de production du film d’avoir bien voulu mettre sous les projecteurs les efforts des femmes africaines afin de porter haut cette science qui est importante pour l’avenir du continent. Aux jeunes filles intéressées par les métiers scientifiques, elle les a exhortées à se projeter à grande échelle en vue d’aller le plus loin possible. Ce, en s’appuyant sur la formation comme participation à la construction de ce rêve. « La femme ne doit pas limiter ses ambitions. Ce film est un outil formidable de plaidoyer, d’éducation et d’encouragement pour les filles et les femmes de science en Afrique », a-t-elle indiqué.

De ce temps de partage, Channie Rhonda Kono, étudiante en troisième année de biologie à l’Université Marien-Ngouabi, a exprimé sa satisfaction qu’aujourd’hui la société comprend de plus en plus que la femme est indispensable et qu’elle a beaucoup apporté dans le développement. « C’est juste magnifique de voir toutes ces femmes scientifiques rayonner, elles qui n’ont pas abandonné et qui pour nous jeunes sont de véritables modèles et sources d’inspiration », a-t-elle confié.

Notons que « Femmes et science en Afrique : une révolution silencieuse » a été produit par Michel Welterlin et la compagnie Taxi-Brousse, avec le soutien de Canal + international et de la fondation L’Oréal.

Lien pour suivre gratuitement le film en ligne : https://vimeo.com/418381005.

Avec Adiac-Congo par Merveille Atipo

Hong Kong et la Chine au cœur d’une nouvelle vague de COVID-19

mars 18, 2022

Le nombre de cas de COVID-19 a explosé à Hong Kong. Photo : Reuters/Tyrone Siu

La situation sanitaire continue de se dégrader dans plusieurs coins du monde, notamment en Chine et à Hong Kong, à cause de la propagation du sous-variant d’Omicron, le BA.2, encore plus contagieux que le BA.1 qui a frappé en décembre et janvier. De nombreux pays européens sont sur le qui-vive, alors qu’une nouvelle vague semble se profiler à l’horizon.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 40 000 décès ont été recensés à travers le monde dans la dernière semaine, soit une baisse de 17 %. Cependant, le nombre de cas est en hausse pour cette même période de 8 %, ce qui laisse présager un effet sur le nombre futur de décès. Les autorités font ainsi état de quelque 11 millions de nouveaux cas en une semaine, et ce, malgré une baisse significative du nombre de tests de dépistage effectués dans de nombreux pays.

« Cette augmentation de cas se produit malgré le nombre réduit des tests de dépistage dans certains pays, ce qui signifie que les cas que nous constatons ne sont que la pointe de l’iceberg. »— Une citation de  Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’OMS

Les infections ont notamment augmenté de 29 % dans la zone dite du Pacifique Ouest (qui comprend la Chine) et de 12 % en Afrique.

La responsable de la gestion de la pandémie à l’OMS, la Dre Maria Van Kerkhove, a affirmé mercredi qu’au cours des 30 derniers jours, 75 % des infections étaient le fait du BA.2, et 25 %, du BA.1. Toutefois, elle a souligné que sa capacité à suivre l’évolution du variant BA.2 est compromise par la diminution substantielle des campagnes de dépistage.

La situation est particulièrement préoccupante à Hong Kong.

Officiellement, il y a eu plus de 740 000 cas depuis le début de cette vague sur quelque 7,4 millions d’habitants. Mais des chercheurs de l’Université de Hong Kong estiment que 3,6 millions de personnes, soit près de la moitié de la population, ont contracté le virus lors de l’épidémie actuelle, et que le total sera de 4,5 millions.

Au cours des trois derniers mois, Hong Kong a par ailleurs confirmé plus de 4600 décès, un choc, alors qu’à compter du début de la pandémie elle n’avait jamais enregistré plus d’une poignée de décès par jour. Depuis une semaine, on en compte près de 300 par jour.

La plupart des décès surviennent parmi les personnes âgées. Rappelons que seulement 35 % des aînés de 80 ans et plus y ont reçu deux doses du vaccin contre la COVID-19. Pourtant, environ 70 % de la population est adéquatement vaccinée.

À Hong Kong, le nombre de morts est en fait tellement élevé que les corps des victimes du coronavirus ont été placés dans des conteneurs réfrigérés. Les morgues sont remplies et on constate une pénurie de cercueils. La Ville a par ailleurs commencé à construire des établissements d’isolation qui pourront accueillir jusqu’à 90 000 personnes infectées pour tenter de juguler la crise.

Une stratégie mise en échec par le BA.2

Hong Kong connaît une vague particulièrement meurtrière de COVID-19. Photo : Reuters/Lam Yik

Cette vague est un choc pour Hong Kong, qui avait adopté depuis le début de la pandémie une stratégie COVID zéro. Du dépistage de masse, un système de traçage de contacts extrêmement efficace, de strictes mesures de quarantaine et la fermeture des frontières ont permis à ce pays de maintenir le nombre de cas et de décès extrêmement bas.

Mais lorsque le variant Omicron, qui est environ quatre fois plus contagieux que le variant Delta, est apparu, les autorités n’ont pas réussi à endiguer les cas, exponentiels.

Depuis janvier, les rassemblements de plus de deux personnes sont interdits dans les lieux publics, les bars et les restaurants doivent fermer à 18 h et les écoles ont repris l’enseignement à distance.

Malgré cette hausse fulgurante, la cheffe de l’exécutif de Hong Kong, Carrie Lam, a annoncé jeudi que le moment est venu de revoir les restrictions. Non pas parce que le nombre de cas a diminué, mais, a-t-elle admis, j’ai le sentiment très fort que les gens en ont marre.

Construction de centres d’isolement et de traitements à Hong Kong pour les personnes infectées par la COVID-19. Photo : Reuters/Alexander Solum

La Chine, qui a elle aussi adopté la stratégie de COVID zéro, fait face pour sa part, depuis quelques jours, à son pire regain épidémique depuis la première vague de 2020. Le président chinois Xi Jinping a ordonné de juguler au plus vite l’épidémie.

Depuis une semaine, la Chine a fait état de plus de 11 000 nouveaux cas de COVID-19, soit plus de 1600 par jour en moyenne. En comparaison, au début de mars, la Chine observait environ 200 nouveaux cas par jour. Il s’agit de l’un des bilans quotidiens les plus élevés depuis février 2020 et la mise sous quarantaine de Wuhan, la ville où le coronavirus a été dépisté pour la première fois.

Comme elle le fait depuis le début de la pandémie, la Chine confine de larges secteurs aussitôt qu’il y a quelques cas dans une région.

Ainsi, cette semaine, plus de 30 millions de Chinois ont été confinés; des villes entières ont été placées en confinement, dont la ville de Shenzhen, une mégalopole de 17 millions d’habitants, aux portes de Hong Kong. Plus de 2200 cas ont été enregistrés depuis le début de mars.

De plus, les 24 millions d’habitants de la province de Jilin ne peuvent se rendre dans les provinces voisines et doivent avertir les autorités s’ils veulent se déplacer à l’intérieur de la province. Les autorités continuent de procéder à un dépistage massif de la population. Jilin compte la moitié des nouveaux cas en Chine. Depuis près d’une semaine, on dénombre plus de 1000 infections par jour.

À Shanghai, les écoles sont fermées et certains complexes résidentiels où des cas sont suspectés ont été mis en quarantaine. Shanghai a recensé un peu plus de 400 cas depuis le début de mars; Pékin en compte un peu moins de 200.

Lundi, Zhang Wenhong, un expert en maladies infectieuses dans un hôpital affilié à l’Université Fudan de Shanghai, a averti dans un texte publié par le groupe média chinois, Caixin, que les chiffres sont encore aux premiers stades d’une augmentation exponentielle.

La Chine a par ailleurs commencé à construire des hôpitaux temporaires pour faire face à l’afflux de patients, comme cela a été le cas au début de la pandémie. Un total de 6000 chambres d’hôpital préfabriquées ont déjà été installées dans les villes de Changchun et de Jilin.

Pour l’instant, le nombre de nouveaux décès demeure presque nul. Les autorités espèrent que, grâce à un taux de vaccination élevé, cette hausse des cas ne mènera pas nécessairement à une hausse des décès aussi élevée qu’à Hong Kong.

Environ 85 % de la population en Chine a reçu au moins deux doses du vaccin, contrairement à 71 % à Hong Kong.

La situation demeure fragile à travers le monde

Plusieurs pays en Europe surveillent la situation de très près, puisque le nombre de cas semble remonter encore une fois.

Par exemple, le nombre de contaminations a bondi à plus de 116 000 cas en France, selon les données de Santé publique France publiées mardi, au lendemain de la levée de l’essentiel des restrictions sanitaires. Les hospitalisations et les décès n’ont pas encore augmenté.

Le Royaume-Uni connaît une recrudescence des cas depuis le début de mars; malgré le nombre limité de tests de dépistages faits, le pays recense plus de 100 000 nouveaux cas par jour en moyenne. Le nombre d’hospitalisations est aussi en hausse. Il y a plus de 14 000 personnes hospitalisées; comparativement au plus fort de la dernière vague, on comptait plus de 20 000 hospitalisations liées à la COVID-19.

Les cas sont également en hausse en Grèce, en Finlande et en Italie. Les cas étaient aussi en augmentation en Ukraine, mais les données ne sont plus disponibles depuis le début de la guerre.

Dans plusieurs États américains, notamment à New York, au Connecticut, en Pennsylvanie et en Ohio, les analyses des eaux usées montrent que le nombre d’infections est de nouveau en hausse.

La Corée du Sud a quant à elle signalé plus de 620 000 nouveaux cas de coronavirus jeudi, un nouveau record, alors que le pays continue d’assouplir les restrictions.

La Dre Maria Van Kerkhove a indiqué mercredi que la présence du variant Omicron, combiné à la levée des mesures, le retrait du port du masque et le faible taux de vaccination sont les facteurs qui contribuent à cette nouvelle recrudescence.

Si le variant Omicron n’est pas plus sévère que le variant Delta, précise-t-elle, le nombre très élevé d’infections causées par Omicron continuent de provoquer des hausses substantielles des hospitalisations et des décès.

Elle a ajouté que l’immense quantité de désinformation qui circule complique aussi la situation. On a de la désinformation qui prétend qu’Omicron est bénin; on affirme que la pandémie est finie et qu’Omicron sera le dernier variant. Cette désinformation cause beaucoup de confusion…, a-t-elle déploré.

Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a d’ailleurs averti que la pandémie n’est pas terminée et que les endroits qui ont levé toutes les mesures sanitaires doivent s’attendre à voir de nouvelles flambées de cas.

Je pense que nous verrons ce virus continuer de se déplacer facilement d’un endroit à l’autre, a complété le chef des urgences de l’OMS, Michael Ryan. Et dans le contexte de l’immunité décroissante, il est très probable que le virus continuera de faire écho à travers le monde; il se déplacera vers les régions où l’immunité est en déclin, il détectera les endroits où il y a le plus de personnes susceptibles et là où les populations ne sont pas protégées.

Avec Radio-Canada par Mélanie Meloche-Holubowski