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Canada: Une 2e vague aussi difficile que la 1re dans les centres de soins de longue durée au pays

mars 30, 2021

Après l’hécatombe de la première vague dans les centres de soins de longue durée (SLD) du Canada, la situation ne s’est guère améliorée cet automne. Il y a eu plus d’éclosions, de cas et de décès dans ces établissements pendant la deuxième vague, selon de récentes données de l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS).

Certains centres de soins de longue durée ont connu plus d'une éclosion depuis le début de la pandémie.

© Ryan Remiorz/La Presse canadienne Certains centres de soins de longue durée ont connu plus d’une éclosion depuis le début de la pandémie.

Depuis le début de la pandémie, les maisons de retraite et les établissements de SLD ont été touchés de façon disproportionnée par la COVID-19.

Selon l’ICIS, entre le 1er mars 2020 et le 15 février 2021, plus de 2500 établissements de soins canadiens ont été touchés par une éclosion de COVID-19, ce qui a causé le décès de plus de 14 000 résidents et de près de 30 membres du personnel.

Si la première vague avait frappé l’imaginaire en raison du nombre élevé de décès, la situation ne s’est pas améliorée dans ces établissements cet automne.

Lors de la deuxième vague, le nombre d’éclosions, ainsi que le nombre de résidents infectés et décédés de la COVID-19 étaient supérieurs à celui de la première vague.

Le nombre de cas de COVID-19 a augmenté de plus de 60 % pendant la deuxième vague; 21 140 aînés ont été infectés au printemps; 34 270 l’ont été cet automne et au début de l’hiver.

On compte par ailleurs plus de 23 000 infections et 28 décès parmi les travailleurs de ces centres de SLD.

Au total, environ 80 000 résidents et membres du personnel des établissements de SLD et des maisons de retraite ont été infectés, ce qui représente 10 % de tous les cas de COVID-19 au Canada.

Davantage d’éclosions cet automne

Le nombre d’établissements ayant eu une éclosion (touchant des résidents ou des travailleurs) est passé de 1171 lors de la première vague à 1389 lors de la deuxième vague, une augmentation de 20 %. Ainsi, durant la deuxième vague, plus de la moitié des établissements de SLD au Canada ont été aux prises avec une éclosion.

Parmi les établissements qui ont connu une éclosion, 20 % en ont eu plus d’une depuis le début de la pandémie.

Le quart des établissements ont signalé des infections seulement parmi les membres de leur personnel. Cela «suggère que les mesures de dépistage et les protocoles de prévention en place étaient suffisants pour prévenir la propagation aux résidents», indique le rapport.

Des éclosions avec plus de 100 cas chez les résidents ont eu lieu dans 30 établissements au pays. Un peu plus de 30 % avaient plus de 25 cas, 20 % avaient de 5 à 25 cas; 49 % avaient moins de 5 cas.

Durant la première vague, 34 % des établissements de SLD en Ontario et 44 % de tous les établissements de SLD au Québec ont connu une éclosion, comparativement à 17 % en Alberta et à 8 % en Colombie-Britannique.

Un lourd bilan des décès

Lors de la deuxième vague, on compte 7479 décès parmi les résidents des SLD, soit environ le même nombre que lors de la première vague (7260).

Toutefois, le pourcentage de résidents infectés par la COVID-19 qui sont morts est passé de 34 % à 22 % à la deuxième vague. «Cette baisse peut être attribuable à des différences dans l’âge et l’état de santé des personnes infectées ou à la disponibilité de meilleurs traitements durant la deuxième vague», peut-on lire dans le rapport.

Durant la première vague de la pandémie, 37 % des résidents en SLD infectés par la COVID-19 au Canada sont décédés du virus, ce qui représente plus de 6000 décès. La majorité de ces décès sont survenus au Québec (3950).

Durant la deuxième vague, le Québec et la Nouvelle-Écosse ont réussi à réduire le nombre de décès dans les établissements de SLD et les maisons de retraite. Plusieurs autres provinces ont vu les décès augmenter.

La proportion de décès liés à la COVID-19 dans les établissements de SLD au Canada (69 %) est beaucoup plus élevée que la moyenne internationale (41 %).

Beaucoup moins de soins, des aînés mal en point

La COVID-19 a frappé durement dans les centres de soins de longue durée partout au Canada.

© Ben Nelms/Radio-Canada La COVID-19 a frappé durement dans les centres de soins de longue durée partout au Canada.

Les aînés ont non seulement été parmi les plus touchés par la COVID-19, mais ils ont aussi souffert d’une réduction des soins médicaux offerts, rapporte l’ICIS.

Les résidents en Ontario, au Manitoba, en Colombie-Britannique, en Alberta, à Terre-Neuve-Labrador et au Yukon ont bénéficié de moins de visites de médecins et ont été moins souvent transférés à l’hôpital pour le traitement d’états et d’infections chroniques.

Dans ces provinces, la proportion de résidents en SLD qui ont reçu la visite d’un médecin a baissé de 16 % entre le 1er mars et le 31 août 2020 par rapport à la même période en 2019. Les plus fortes baisses ont été enregistrées en avril (24 %) et en mai (20 %).

Selon l’ICIS, le nombre d’ordonnances délivrées a également baissé, ce qui laisse croire que ces visites n’ont pas été remplacées par des consultations virtuelles.

Pendant la première vague, le nombre de résidents transférés à l’hôpital pour y recevoir des soins a baissé de 27 %. Les diminutions les plus marquées ont été observées au Nouveau-Brunswick et en Ontario (30 %), tandis que les diminutions les plus faibles ont été enregistrées à Terre-Neuve-et-Labrador et en Alberta (13 %).

De plus, l’ICIS note qu’après la première vague, les transferts à l’hôpital des aînés en SLD ne sont pas revenus à leurs niveaux précédents, contrairement aux activités hospitalières dans la population générale. «Cette différence pourrait en partie s’expliquer par la baisse du nombre de résidents dans les établissements de SLD à la suite des décès et de la diminution des nouvelles admissions», écrivent les auteurs du rapport. Ils ajoutent que certaines provinces ont aussi formulé des recommandations pour privilégier les soins sur place.

De plus, les raisons pour les hospitalisations des aînés ont changé. En 2020, la COVID-19 a été la deuxième cause en importance des hospitalisations des résidents en SLD, après les fractures de la hanche.

Le nombre de résidents transférés en raison d’une infection des voies urinaires, une affection chronique, une pneumonie ou un delirium a diminué de plus de 30 %. Les hospitalisations pour l’insuffisance cardiaque et la maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC) ont quant à elles diminué de près de 60 %.

De plus, en raison des mesures sanitaires, entre le 1er mars et le 31 août 2020, 11 % des résidents disent ne pas avoir eu de contacts personnels avec des membres de leur famille ou des amis au cours de la dernière semaine — y compris les contacts virtuels ou téléphoniques. C’est trois fois plus que ce qu’on signalait en 2019.

Cette diminution de soins et de visites n’est pas sans conséquence. Ainsi, les symptômes de dépression modérés à graves touchent plus de résidents et le nombre d’ordonnances d’antipsychotiques augmente légèrement pendant la première vague, soit un taux de 34,5 % à 36,4 %. Les augmentations les plus élevées ont été observées en Ontario (de 32,5 % à 34,5 %) et en Colombie-Britannique (de 42,0 % à 44,4 %).

L’ICIS note également que le nombre de nouvelles admissions dans les établissements de SLD a baissé de 40 % pendant la première vague par rapport à la même période en 2019. La plus forte baisse (58 %) a été observée relativement aux admissions de personnes venant de leur résidence personnelle.

Au début de la pandémie, les transferts d’aînés hospitalisés dans un établissement de SLD a toutefois augmenté de 20 %, une conséquence du fait que les hôpitaux essayaient de libérer les lits en prévision de l’afflux des patients atteints de la COVID-19.

Avec Radio-Canada par Mélanie Meloche-Holubowski