Posts Tagged ‘Abidjan’

Côte d’Ivoire : une centaine de personnalités attendues à Abidjan pour la COP15

mai 7, 2022

Ce 9 mai s’ouvre la 15e Conférence des Nations unies sur la désertification et la sècheresse. Une trentaine de chefs d’État doivent lancer « L’appel d’Abidjan » pour mettre d’urgence en œuvre des solutions concrètes face à ces menaces.

Une vache coincée dans les eaux boueuses du barrage asséché de Mabwematema, à 20 km au nord de Zvishavane, au Zimbabwe, le 25 décembre 2019. © ZINYANGE AUNTONY/AFP

Une centaine de personnes, dont une trentaine de chefs d’État, sont attendues autour d’Alassane Ouattara ce lundi 9 mai à Abidjan pour participer à la COP15. Pendant une dizaine de jours, la quinzième Conférence des Nations unies sur la désertification et la sècheresse va réunir des experts et des hommes politiques issus de 196 pays pour tenter d’élaborer des solutions face à l’appauvrissement des sols cultivables.

Parmi eux, Muhammadu Buhari, le président nigérian, qui s’entretiendra avec son homologue ivoirien. Les deux hommes doivent notamment évoquer les similarités entre la COP15 et le projet de grande muraille verte lancé par la BAD.

Cette initiative soutenue par le président français, Emmanuel Macron, vise à mutualiser les investissements en vue de planter des arbres et différents végétaux sur une bande de 8 000 km à travers le Sahara et le Sahel. Une initiative qui, outre lutter contre la désertification, doit créer 10 millions d’emplois dans la région.

L’impact sur les femmes

Cette COP se penchera sur l’impact des crises des « quatre C » – climatique, Covid-19, conflits et coups d’État – sur l’avancée de la désertification et, surtout, sur leur rôle dans la baisse de la productivité en milieu rural.

Un accent particulier sera mis sur les femmes et les jeunes. Dominique Ouattara, la première dame ivoirienne, présidera un caucus sur le genre et sera entourée de femmes influentes, telle Tarja Halonen, ancienne dirigeante de la Finlande. Selon Abou Bamba, président de la COP15 désertification, les femmes sont en effet particulièrement touchées par la dégradation des sols : « 75 % des productions vivrières sont le fait des femmes. Le but de ce caucus sera de lancer une série de mesures en s’appuyant sur l’expérience de Dominique Ouattara pour relever le niveau de vie des femmes en milieu rural. »

Un « appel d’Abidjan » face à l’urgence

« L’appel d’Abidjan » doit être lancé durant cet événement, qui va faire de la Côte d’Ivoire un laboratoire de solutions au problème de la désertification. « L’idée de l’appel d’Abidjan est de s’inspirer des modèles australien, marocain ou israélien. Ils ont réussi à devenir autosuffisants malgré l’aridité de leur climat grâce à des prouesses technologiques », poursuit Abou Bamba. Un engagement à contrer l’avancement de la désertification d’ici cinq à dix ans doit être pris collectivement par les participants. Le but : parvenir à mobiliser un à deux milliards de dollars.

Il y a urgence : dans le monde, 41 % des terres sont menacées de désertification. Un taux qui atteint environ 45 % en Afrique, particulièrement touchée, dont 55 % présentent un risque très élevé. Le Sahel, le désert du Kalahari, en Afrique australe, et la Corne de l’Afrique sont les premières zones affectées mais tous les États sont concernés. En Côte d’Ivoire, un dixième des terres se sont dégradées entre 2000 et 2011, essentiellement à cause de l’agriculture intensive.

Avec Jeune Afrique par Baudelaire Mieu – à Abidjan

Côte d’Ivoire : décès de Grégoire Touvoly Bi Zogbo, ex-chef d’état-major particulier de Gbagbo

mai 4, 2022

Général de gendarmerie, un temps proche d’Hamed Bakayoko et d’Alain-Richard Donwahi, il avait été l’un des premiers hauts gradés à faire allégeance à Alassane Ouattara en 2011.

Grégoire Touvoly Bi Zogbo, ancien chef d’état-major particulier de Gbagbo © DR

Chef d’état-major particulier de Laurent Gbagbo jusqu’en 2010, le général de gendarmerie Grégoire Touvoly Bi Zogbo, 76 ans, est décédé dans l’après-midi du 2 mai dans une clinique d’Abidjan. « Il se portait bien mais avait subitement commencé à souffrir de difficultés respiratoires fin avril, alors qu’il se trouvait dans sa résidence d’Abidjan. Il s’est éteint quelques jours plus tard, après avoir été transporté dans un établissement hospitalier », a confirmé à Jeune Afrique une source familiale qui a requis l’anonymat.

Nommé au poste de chef d’état-major particulier en octobre 2005, sous la présidence de Laurent Gbagbo, le général Touvoly a occupé cette fonction jusqu’à la chute de celui-ci, début 2011. Cette année-là, il a été parmi les premiers hauts gradés à faire allégeance à Alassane Ouattara – une promptitude qui lui a permis de ne jamais être inquiété.

Respecté par les officiers

Grégoire Touvoly Bi Zogbo était un proche d’Hamed Bakayoko, l’ancien Premier ministre décédé en mars 2021, mais aussi d’Alain-Richard Donwahi, ministre des Eaux et forêts jusqu’au dernier remaniement. Il était apparu en public au côté d’Alassane Ouattara en septembre 2020 lors d’une visite dans sa région de Sinfra, dans le centre du pays. Le président ne tarissait pas d’éloges sur ce général soucieux des valeurs républicaines, qui passait son temps entre sa résidence d’Abidjan et Sinfra depuis qu’il avait fait valoir ses droits à la retraite.

EN 2004, IL A SAUVÉ GUILLAUME SORO LORS D’UNE EMBUSCADE À LA RTI

Affable et discret, cet officier de la maréchaussée a occupé, de 2000 à 2005, en pleine rébellion armée, les fonctions de commandant supérieur de la gendarmerie. Il était considéré comme un homme de dialogue et de consensus, et dénotait dans l’entourage de Laurent Gbagbo. Respecté par ses hommes et par les officiers ivoiriens, il conseillait parfois l’actuel patron de la gendarmerie, Alexandre Apalo Toure.

Lors du putsch manqué de septembre 2002, sa résidence abidjanaise avait été attaquée par les insurgés. Mais cela ne l’a pas empêché, deux ans plus tard, de sauver Guillaume Soro lorsque le chef des rebelles, devenu ministre de la Communication, est tombé dans une embuscade lors d’une visite des locaux de la RTI. Selon plusieurs témoins, c’est Grégoire Touvoly Bi Zogbo qui a alors dépêché une escouade de gendarmerie, appuyée par un char, pour lui porter secours.

Avec Jeune Afrique par Baudelaire Mieu – à Abidjan

Abidjan : les Shawarmamas, ces Sisyphes des tropiques

janvier 9, 2022
Dans les rues d’Abidjan. © Bruno Levy pour JA

En uniforme vert, chapeau de paille et bottes de plastique, ces femmes âgées balaient sans relâche les routes de la ville sous le soleil écrasant.

« La route précède le développement », disait Houphouët-Boigny. « Tout commence par la route », clament les pontes du FMI. Alors, imaginez une ville planifiée par des houphouëtistes passés par le FMI. Abidjan grandit, grossit, s’étire et s’étale en de larges et belles routes. Des balafres noir macadam sillonnent la ville dans tous les sens. Le développement ne doit pas être loin. Alors on chouchoute nos routes. On les confie aux Shawarmamas.

JE LES SURNOMME LES SHAWARMAMAS PARCE QU’ELLES CUISENT, CHAUFFÉES AU-DESSUS PAR LE SOLEIL ET EN DESSOUS PAR LE GOUDRON

Quand on circule en ville, il est impossible de ne pas remarquer cette armée de femmes âgées sur les grands boulevards. Consciencieusement, elles balaient le sable venu des plages où elles ne mettent jamais les pieds. Dans l’étuve tropicale géante, elles sont recouvertes, jusqu’aux phalanges gantées : uniforme vert, chapeau de paille et bottes de plastique. Je les surnomme les Shawarmamas parce qu’elles cuisent, chauffées au-dessus par le soleil et en dessous par le goudron. Sisyphes modernes des tropiques, elles passent et repassent sur le même ouvrage parce que cette ville est pauvre en beaucoup de choses, mais pas en sable.

L’état permanent d’embouteillage obligeant à rouler au pas, les Shawarmamas profitent pleinement des gaz d’échappement. Elles sont gracieusement servies par des camions antédiluviens comme par des berlines dernier cri ou encore des « france-aurevoir », vieilles voitures importées d’Europe qui se refont une vie en voie de développement sur les routes africaines.

AU MOINDRE RALENTISSEMENT, LES ROUTES SE TRANSFORMENT EN MARCHÉS BITUMÉS

Les Shawarmamas sont les témoins silencieux du commerce florissant des embouteilleurs et embouteilleuses. Car à Abidjan, au moindre ralentissement, les routes pour lesquelles le pays s’endette sur les marchés financiers se transforment en marchés bitumés. Vendeurs et vendeuses apparaissent d’on ne sait où et se précipitent entre les voitures. Des légions d’enfants et de très jeunes adultes. Personne ne s’étonne qu’ils ne soient pas en classe, encore moins qu’ils « travaillent » à leur âge.

Du sachet d’eau fraîche à l’électroménager, de l’artisanat local à la chinoiserie bancale, faire ses courses révèle tout son sens en ces lieux et circonstances. Abidjan roads mall ! Mouvement commercial par vitres interposées. L’argent circule au sens propre.

Ruissellement

Alors les Shawarmamas se courbent, passent le balai avec plus de vigueur. Pas seulement parce qu’un superviseur tranquillement assis à l’ombre les observe, mais parce qu’elles sont pleines de l’espoir que la route chérie fasse ruisseler un jour sur elles autre chose que des litres de sueur. L’espoir est tout ce qui reste à qui concède déjà tant en dignité à passer la journée à balayer une route qu’un camion-balai peut nettoyer en quelques minutes. Elles ne sont pas dupes. Elles savent que leur travail permet à quelqu’un d’engranger une meilleure marge bénéficiaire tout en clamant que lui, au moins, « offre » un emploi « à des centaines de nos mères ». Elles ont peu de choix pour éviter que leurs enfants ne finissent comme ceux avec qui elles partagent la chaussée.

Peut-être qu’à force de balayer les routes, c’est l’ensemble du pays qui va devenir propre. Rester digne, s’accrocher à la symbolique. Quand la route aura définitivement mené au bonheur, peut-être se souviendra-t-on qu’un jour, à Abidjan, les camions-balais étaient des Shawarmamas.

Gauz

Avec Jeune Afrique par Gauz

Écrivain ivoirien, auteur de « Debout payé » (2014), « Camarade papa » (2018), et « Black Manoo » (2020).

Le jour où Papa Wemba est mort sur scène, par A’Salfo

décembre 26, 2021
Papa Wemba sur la scène du Femua, à Abidjan, le 24 avril 2016 © AFP

Le 24 avril 2016, l’icône de la musique congolaise s’effondre en plein concert, à Abidjan. Organisateur du festival où il se produisait, Salif Traoré, dit A’Salfo, du groupe Magic System, était aux premières loges.

Quelques heures avant qu’il ne monte sur scène, je suis passé voir Papa Wemba dans sa loge. J’avais l’impression de voir un footballeur qui s’apprêtait à entrer sur le terrain. Il était en train de s’échauffer, alternant les étirements et les mouvements de fitness. Il était en pleine forme et me l’avait dit : il était très heureux d’être à l’affiche du Festival des musiques urbaines d’Anoumabo (Femua). Quand je le lui avais proposé quelques mois plus tôt, il n’avait pas hésité. Il avait même révélé sa présence plus tôt que prévu, alors que nous souhaitions entretenir le suspense. Cela faisait si longtemps qu’il n’avait pas chanté à Abidjan !

Papa, c’était notre idole, la superstar de cette édition. Alors ce 24 avril, il était bien sûr le dernier à monter sur scène. La nuit était avancée quand il a commencé à chanter, avec sa grande veste blanche et noire et son haut chapeau rouge. Un super show avec ses danseuses, comme toujours. Moi, j’étais juste derrière la scène, dans une loge, j’entendais tout. La rumba, sa voix incroyable, la clameur du public. On était heureux.

« Rien, sinon le silence »

Il était près de 5h30 du matin, j’étais en interview avec un journaliste. Je me souviens qu’il venait de me demander quel bilan je tirais de cette édition du Femua. C’était comme prémonitoire, car je lui avais dit : « Je ne peux pas répondre tant que ce n’est pas fini ». Quelques instant plus tard, la musique s’est coupée. Un étrange silence s’est installé. Il y avait 10 000 personnes, des techniciens, des danseurs, un chanteur, mais c’est comme si tout à coup, il n’y avait plus personne. Rien, sinon le silence.

Quelqu’un – je ne sais même plus qui tant ces instants sont confus – m’a dit : « Il y a un problème ». J’ai accouru sur scène. J’ai vu Papa Wemba allongé par terre, avec l’équipe médicale autour de lui. Le médecin m’a dit qu’ils l’évacuaient. Ils l’ont installé dans l’ambulance, que j’ai suivie avec ma voiture jusqu’à l’hôpital de l’Hôtel Dieu de Treichville.

TOUT S’EST EFFONDRÉ AUTOUR DE MOI, J’AI EU L’IMPRESSION DE CHAVIRER

L’attente a débuté. C’était dur, mais je pensais que c’était un petit malaise, un coup de fatigue. Je ne pouvais imaginer que quelque chose de grave était en train de se passer. Dans le hall de l’hôpital, j’étais avec Cornely Malongi, le manager de Papa Wemba, et Bazoumana Coulibaly, collaborateur de Hamed Bakayoko, alors ministre de l’Intérieur, qui était ce soir-là au concert, quand un médecin est arrivé. Il était 6h30 du matin. Il m’a appelé et on s’est tous levés, mais il a insisté : il voulait me voir seul.

La montre de Papa Wemba

On s’est mis à l’écart, il a glissé la main dans la poche de sa tunique blanche et il en a sorti la montre de Papa Wemba. J’entends encore ses mots. Il m’a dit : « C’est fini. Le Vieux a décidé de quitter cette terre à Abidjan. » Tout s’est effondré autour de moi, j’ai eu l’impression de chavirer. La demi-heure qui a suivi a été très longue. Je ne pouvais rien dire à personne, il fallait que je prévienne les autorités et la famille. J’ai essayé d’appeler le ministre de la Culture, Maurice Bandaman, mais il n’a pas répondu. J’ai tenté de joindre Hamed Bakayoko, qui était un fan de musique, il n’a pas décroché. Tout le monde dormait.

« Hamed » a été le premier à me rappeler, quelques minutes plus tard. Il m’a rassuré, m’a dit que le président Ouattara allait prévenir Joseph Kabila, le chef de l’État congolais. On a appelé les proches de Papa Wemba, et puis très vite, il a fallu préparer un communiqué. C’était un dimanche matin, les gens allaient se réveiller et tout le monde allait s’interroger. Avec Aby Raoul, le maire de la commune de Marcory, le journaliste Claudy Siar et Serge Fattoh, l’animateur du Femua, on a pesé chaque mot. À 11 h pile, on l’a annoncé : Papa Wemba, le baobab de la rumba, est mort. À y repenser, j’en ai encore la chair de poule. »

Avec Jeune Afrique par Anna Sylvestre-Treiner

Côte d’Ivoire: Retour de Simone Gbagbo à Abidjan après son séjour à Kinshasa

octobre 24, 2021

Avec ConseilsEdo

De la Nouvelle-Orléans à Abidjan, retour aux origines du twerk

octobre 24, 2021
B’ ATTITUDE – TWERK au FGO BARBARA, à Paris, organisé par Patricia Badin. © François Grivelet pour JA

Popularisée par les clips, parfois jugée pornographique, ce phénomène puise pourtant ses origines dans les danses afro-descendantes ancestrales et prône surtout la libération du corps.

« Faites sauter la fesse comme une crêpe ! Est-ce qu’on est venus là pour s’asseoir et cacher notre postérieur ou pour le montrer ? », encourage l’énergique Patricia Badin, 49 ans, professeure de twerk au Centre FGO Barbara situé dans le cosmopolite quartier parisien de Barbès. Micro-shorts, brassières à paillettes, genouillères glissées sous des chaussettes hautes, baskets aux pieds… L’armada de danseuses a enfilé la tenue de rigueur pour twister et jerker. Le terme « twerk » est en effet une contraction de « twist » et « jerk », deux danses américaines nées dans les années 1960, qui aurait été employé pour la première fois dans le morceau « Do the jibelee all » (1993) signé DJ Jubilee, rappeur originaire de la Nouvelle-Orléans.

S’approprier les clichés

Face au miroir, trois rangées sont formées derrière la Guadeloupéenne d’origine, qui enseigne la discipline depuis 2015. Les premières pulsations d’afrobeats retentissent. Sur le tempo, les popotins vibrent, rebondissent, ondoient, créent des secousses. Le champ des possibles de la danse des fesses semble infini. Une ronde humaine se dessine au beau milieu de la salle. Chaque danseur est alors invité à improviser au centre du cercle, à se laisser porter par les vibrations des percussions dans un freestyle. Les yeux fermés, Patricia Badin ouvre le bal au sol, accroupie, sur le ventre, le dos. Mais seules les fesses tremblent. Le spectacle prend des allures de transe africaine.

« Le twerk est une danse d’isolation. On fait bouger séparément les fesses ou le bassin. Le reste du corps est statique, décortique la danseuse. Ici, il n’y pas de chorégraphies comme dans les clips de musique urbaine que l’on voit sur YouTube, avertit-elle. Le but est de lâcher-prise et de faire circuler l’énergie ». Bientôt, la pro du « booty shake » (tremblement de fesses) – autre appellation du twerk – prend appui sur ses bras et monte en équilibre sur la tête, les hanches toujours actives.

ON A TOUJOURS VU DES FEMMES AFRICAINES SE RÉUNIR DANS LES VILLAGES ET REMUER LES FESSES EN PAGNE

Sourires XXL accrochés aux lèvres des participantes, énergie collective, applaudissements… La bienveillance qui émane de la séance a de quoi stimuler les plus réfractaires. Chacune se lance à son tour dans un enchaînement libre d’acrobaties – semi-grand écart latéral inclus –, au croisement entre la gymnastique et les chorégraphies de pom-pom girls.

La chanteuse américaine Miley Cyrus, à qui on a prêté à tort l’invention du genre depuis sa prestation explicitement lubrique sur la scène des Music Video Awards en 2013, peut aller se rhabiller. « On a toujours vu des femmes africaines se réunir dans les villages et remuer les fesses en pagne, notamment lors de rites de passage pour signifier qu’elles sont fertiles, raconte celle qui a fait des démonstrations de twerk jusqu’à l’École des Sables, à Toubab Dialao, au Sénégal, ou encore dans des institutions comme le Palais de Tokyo.

Jugée indécente et pornographique, la danse twerk véhiculerait une image dégradante de la femme. Pour l’artiste plasticienne Aïda Bruyère, « ces danses sont une manière pour les personnes vivant dans les ghettos de s’approprier les clichés que les Blancs racistes leur attribuaient, comme le fait d’être hypersexualisées, d’être des sauvages », explique-t-elle dans son livre Bootyzine (2018), réunissant des images d’archives de Patricia Badin.

Sororité et acceptation de soi

Si le mot a fait son entrée dans le dictionnaire d’Oxford au mitan des années 2010, la définition peut faire tiquer : « Une danse sexuellement provocante, composée de mouvements de poussée de fesses et de hanches en squats ». Le twerking repose pourtant sur le principe de sororité et d’acceptation de soi. « Ma mère ne dansait pas en poom poom short ni à quatre pattes, rit Patricia. Mais je l’ai toujours vue remuer les hanches et les fesses. Cette manière de bouger fait partie de nos gestes depuis toujours, chez tous les Afro-descendants. »

Même son de cloche du côté de la chanteuse africaine-américaine Lizzo. « Les femmes noires ont porté ces danses à travers la traite négrière transatlantique », a-t-elle soutenu lors d’une conférence TED intitulée L’histoire noire du twerk. Comment cette danse m’a enseigné l’estime de soi en août 2021.

« Du “ring shout” (rituel ecclésiastique) aux hanches de Ma Rainey et Bessie Smith quand elles chantaient le blues, en passant par le “bounce” (danse des fesses à la Nouvelle-Orléans) et la danse de la banane de Josephine Baker (…), les Noirs portent les origines de cette danse dans leur ADN, dans leur sang, dans leurs os. On a fait du twerk le phénomène culturel mondial qu’il est aujourd’hui. »

Les deux femmes sont également d’accord pour affirmer que le twerk puise ses racines en Afrique et serait un dérivé du mapouka, une danse ivoirienne née dans les années 1990 et ayant fait l’objet d’une censure par le Conseil national de la communication audiovisuelle (CNCA). Une interdiction qui a largement participé à la diffusion de la pratique un peu partout sur le continent et ailleurs.

Mais cette paternité africaine reste difficile à prouver, estime le chorégraphe franco-camerounais James Carlès, pour qui le mouvement est né au début des années 2000 à Harlem. « Le twerk est en effet arrivé après le mapouka, mais l’influence de ce style est beaucoup plus visible dans le coupé-décalé, observe-t-il. Ce que l’on peut noter, c’est que les esclaves ont toujours conservé les danses dans leur corps pour sauver leur âme. Donc, dans l’histoire de la danse afro aux États-Unis, il y a toujours eu un retour à l’Afrique. On peut donc voir dans le twerk l’influence de la communauté ivoirienne installée à Harlem ou une mémoire des corps – ou les deux. »

Pour le danseur, il existe un continuum dans toutes les danses afro-descendantes qui s’explique par le fait d’appartenir à une communauté tout en exprimant sa singularité. « En Europe, on ne comprend pas toujours ce rapport à la danse très communautarisant, mais il fascine. On retrouve cette récurrence dans le funk et le blues, et dans le twerk aussi. Ce sont des danses qui ont participé à se réapproprier son corps et sa sexualité ». Ce qui explique le succès du twerk en dehors des frontières de l’Afrique, notamment à l’heure de la troisième génération féministe et du mouvement #MeToo.

En quête de reconnaissance

Le twerk n’est pour le moment reconnu par aucune fédération, à la différence par exemple du pole dance en France. Si la pratique se démocratise un peu partout en Europe à travers des cours et des stages, elle reste encore largement associée au lap dance. On la retrouve néanmoins sous des latitudes incongrues, jusque dans les capitales des pays scandinaves, dans le cadre de formations spécialisées.

Avec jeune Afrique par Eva Sauphie

Côte d’Ivoire : Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo de nouveau réunis

octobre 6, 2021
Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo le 6 octobre 2021 © Aissatou Diallo

Pour la deuxième fois depuis le retour de l’ancien président socialiste, en juin, les deux hommes se sont entretenus ce mercredi à Abidjan, marquant encore leur rapprochement.

« Le président Bédié est en deuil. Nous sommes venus le saluer et lui présenter nos condoléances », a simplement déclaré Laurent Gbagbo au sortir d’un échange d’une demi-heure avec Henri Konan Bédié, à Abidjan. Le patron du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) a récemment subi la disparition de plusieurs membres de son entourage, dont celle de son frère aîné, Marcelin Koffi Bédié, le 27 septembre, et celle de l’ancien Premier ministre Charles Konan Banny, mort des suites du Covid-19 à Paris le 10 septembre, et dont la dépouille a été rapatriée dans la capitale économique le 23 septembre.

« Rencontre fraternelle »

Alors que beaucoup cherchent les marques d’une éventuelle alliance entre les deux hommes, chacune de leur rencontre est scrutée. Mais Laurent Gbagbo a qualifié cette visite à la résidence de Bédié de « non-politique ». « C’est une rencontre fraternelle », a-t-il insisté. Leurs épouses, Henriette Bédié et Nady Bamba, étaient aussi présentes et ont eu un échange en tête-à-tête avant de les rejoindre.

Henri Konan Bédié était notamment entouré de poids lourds du PDCI, dont le secrétaire exécutif du parti, Maurice Kakou Guikahué, et le coordonnateur général du comité politique, Allah Kouadio Rémi. Laurent Gbagbo, quant à lui, a fait le déplacement avec plusieurs fidèles dont Assoa Adou, l’ancien secrétaire général de son parti.

Depuis son retour d’exil le 17 juin, c’est la deuxième fois que l’ancien prisonnier de la Cour pénale internationale rend visite à Henri Konan Bédié. Le 10 juillet dernier, il avait été chaleureusement accueilli à Daoukro, fief du Sphinx, en signe d’un rapprochement entre les deux anciens ennemis.

Futur parti

Quelques jours plus tard, le 27 juillet, il avait été invité par Alassane Ouattara à la présidence. Les deux hommes, qui ne s’étaient pas revus depuis le 25 novembre 2010, à l’occasion d’un débat télévisé avant le second tour de la présidentielle, avaient parlé de réconciliation nationale et évoqué une éventuelle rencontre à trois, avec Bédié.

Rentré d’un voyage privé en Europe le 30 septembre, Laurent Gbagbo s’attèle aux derniers préparatifs du congrès constitutif de son futur parti, qui se tiendra les 16 et 17 octobre à l’hôtel Ivoire. Selon nos informations, plusieurs VIP et responsables politiques y prendront part. Mais aucun des deux présidents n’a dit si Henri Konan Bédié y sera convié.

Avec Jeune Afrique par Aïssatou Diallo

Côte d’Ivoire : le stade d’Ebimpé, gazon maudit

septembre 26, 2021
Devant le stade olympique de 60 000 places récemment inauguré en Côte d’Ivoire, construit avec l’aide de la Chine, à Ebimpé, près d’Abidjan, le 3 octobre 2020.

Il a été inauguré il y a moins d’un an et pourtant, le stade olympique Alassane Ouattara est déjà fermé, à cause de l’état de la pelouse. Que s’est-il passé ?

C’est avec une certaine ironie que le sélectionneur portugais des Lions indomptables du Cameroun, Toni Conceiçao, a résumé le 5 septembre les deux défis auxquels serait confrontée son équipe dès le lendemain : « on va devoir s’adapter à notre adversaire, mais aussi à la pelouse. » Finalement, les Camerounais n’auront réussi à relever ni l’un ni l’autre, puisqu’ils se sont inclinés (1-2) face à la Côte d’Ivoire en match qualificatif pour la Coupe du Monde 2022. Les coaches du Malawi et du Mozambique, les deux prochains adversaires des Éléphants initialement attendus à Abidjan, n’auront pas à se tourmenter avec ce type d’interrogation.

Ces deux matches auront en effet lieu sur terrain neutre : à Cotonou, au Bénin, pour le premier, et dans un lieu qui reste à déterminer pour le second. « Nous avions proposé de jouer à Yamoussoukro, dans un stade qui sera utilisé lors de la CAN 2023, mais la CAF ne l’a pas homologué pour accueillir des matches internationaux », précise Patrice Beaumelle, le sélectionneur français des éléphants. La Fédération ivoirienne de football (FIF) avait étudié plusieurs possibilités (Ghana, Sénégal, Maroc, Togo) pour « recevoir » les Malawites, avant d’obtenir l’accord du Bénin.

« Un risque de blessure évident »

La raison de cette double délocalisation n’est ni la conséquence d’une suspension de terrain ni d’une situation politique tendue interdisant la tenue d’évènements sportifs. Elle est d’ordre purement structurel, puisque le pourtant flambant neuf stade olympique Alassane Ouattara d’Ebimpé (60 000 places), inauguré le 4 octobre 2020, est déjà fermé pour travaux. Si des problèmes ont été constatés dans les vestiaires des joueurs et au niveau de l’électricité, c’est bien la pelouse de l’enceinte qui pose problème.

Dans un état déjà catastrophique avant le match Côte d’Ivoire-Cameroun, elle ne ressemblait plus à grand-chose quelques minutes après le coup d’envoi. « Plus le match avançait, et plus elle se détériorait, c’était très difficile pour les deux sélections, avec un risque de blessure évident pour les joueurs », se souvient Patrice Beaumelle. Face à l’urgence de la situation, le stade a été fermé pour que soient effectués les travaux nécessaires. Et notamment le remplacement de la pelouse, avec l’installation d’une surface hybride.

UNE FOIS QUE LES TRAVAUX SERONT ACHEVÉS, LA CÔTE D’IVOIRE POSSÈDERA UN STADE ULTRA- MODERNE, UN DES PLUS BEAUX D’AFRIQUE

C’est une entreprise française, Sparfel, qui a entamé les travaux de réhabilitation. « Le coût sera à la charge de l’État ivoirien, ainsi que ceux concernant les vestiaires et l’électricité, qui seront mis aux normes européennes », explique Mariam Yoda, directrice de l’Office national des Sports (ONS). « Je peux comprendre la déception des supporters et des joueurs de la sélection nationale, laquelle ne pourra pas jouer dans son stade avant l’année prochaine, le temps que les travaux soient terminés. Mais une fois que ceux-ci seront achevés, la Côte d’Ivoire possèdera un stade ultra-moderne, fonctionnel et en parfait état, un de plus beaux d’Afrique. »

Déception et colère

Le stade olympique, d’un coût total de 133 millions d’euros, avait été offert par la Chine, dans le cadre de la coopération sino-ivoirienne. « Rapidement est apparu un problème de drainage de la pelouse, qui provoque une trop longue stagnation de l’eau quand il pleut. D’où la détérioration de la surface de jeu et les fréquentes glissades des joueurs, explique une source au ministère des Sports. C’est évidemment un fâcheux contretemps, qui pénalise la sélection nationale pour les deux matches importants face au Malawi et au Mozambique. » Mais en Côte d’Ivoire, cette situation est jugée anormale, et pas seulement par les nombreux amateurs de football et supporters de la sélection nationale.

CERTAINS ESTIMENT QUE LE CHEF DE L’ÉTAT DEVRAIT « TAPER DU POING SUR LA TABLE »

« Personne ne comprend comment un stade flambant neuf, inauguré il y a moins d’un an, peut être déjà fermé à cause de travaux mal faits, relate le  journaliste sportif Clément Diakité. Il y a de la déception et un peu de colère. Les Ivoiriens estiment qu’un pays comme le leur ne devrait pas être dans cette situation. » Et d’exiger, pour certains, que le chef de l’État « tape du poing sur la table, qu’il prenne des sanctions contre ceux qui ont une part de responsabilité dans cette affaire, c’est-à-dire les entreprises qui ont fait certains travaux défectueux, le ministère des Sports et l’Office national de Sports », poursuit le journaliste. Pour l’instant, Alassane Ouattara n’a pas publiquement réagi à la fermeture provisoire du stade qui porte son nom.

Par Jeune Afrique par Alexis Billebault

Côte d’Ivoire: cérémonie de levée du corps de Charles Konan Banny, en l’église Saint François-Xavier d’Abidjan

septembre 21, 2021

Avec Ivoire TV5

RDC – Koffi Olomidé : « Je n’adresse d’excuses qu’à mes fans »

septembre 20, 2021
Koffi Olomide au Femua, à Abidjan, le 12 septembre 2021

Après son concert éclair de 18 minutes sur la scène du Femua, le 12 septembre à Abidjan, la star congolaise a choisi de s’expliquer. Jeune Afrique publie son droit de réponse.

« Le Femua est un événement culturel majeur pour l’Afrique et pour la promotion des musiques africaines sur le continent et pour les diasporas. J’ai toujours pris plaisir à y participer et toujours vécu comme un honneur d’y être convié au fil de mes années de carrière. Cependant, cette édition n’a pas eu la même saveur… Dès les prémices, de nombreux problèmes sont apparus. D’abord, d’ordre budgétaire. J’ignore les raisons de ces coupes, mais les conditions de voyage de mon équipe s’en sont ressenties. Puis, d’ordre logistique, ce qui a conduit à cette situation qu’on a choisi d’ériger en polémique. Je tiens toutefois à saluer la détermination des organisateurs qui, en dépit de ces lacunes, ont fait le maximum pour maintenir le festival.

Ce dimanche, le groupe et moi-même étions d’abord programmés à minuit. Je suis un artiste, j’ai l’expérience de la scène et sait que la programmation peut parfois être retardée. Passer une heure plus tard n’aurait pas entraîné de scandale. Mais ce n’est que vers 23 h 45, alors que nous étions prêts à faire le show, que l’on est venu nous prévenir que notre passage avait été décalé à 4 h du matin !

« La déception fut douloureuse »

En 40 années de carrière assidue, rien ne m’a jamais plus meurtri que l’idée de manquer une rencontre avec mon public ; où qu’il se trouve. Nous avons donc pris notre mal en patience et trompé l’attente en profitant de la magie des lieux de fête abidjanaise. De retour sur le festival, en avance pour être à l’heure, comme toujours, on nous annonce encore un report : nous passerons finalement à 6 heures du matin.

IMAGINEZ ENCORE L’ÉTAT DE FATIGUE QU’A DÛ COMBATTRE UN HOMME DE MON ÂGE

Mais à notre arrivée sur scène, alors que nous étions décidés à célébrer cette musique que nous aimons tant, malgré tout, la déception fut douloureuse. Imaginez ce public, mobilisé depuis la veille au soir, épuisé par une succession d’artistes des plus talentueux, qui, au petit matin – et cela est naturel –, commence à ressentir la fatigue et à déserter les lieux. Imaginez l’état de ces jeunes après une soirée enivrée par les basses et les percussions.

Si vous pouvez le ressentir, imaginez encore l’état de fatigue qu’a dû combattre un homme de mon âge après des heures d’attente ; imaginez l’état de lassitude de mes musiciens et danseurs dont on a brutalement fait redescendre l’adrénaline à trois reprises… Imaginez-nous, imaginez-moi, doyen des ambassadeurs de la musique africaine, affronter une poignée d’irréductibles clairsemés dans cet espace. Moi, surplombant l’endroit et capable d’apercevoir le sol et tout cet air rempli par le vide.

« Nous aurons d’autres rendez-vous »

J’ai vécu cet épisode comme un manque de considération envers ma personne, mes musiciens, et en particulier envers mes fans qui en ont fait les frais. Ils sont les seuls à qui j’adresse mes excuses, bien qu’on ait choisi de me jeter en pâture.

Cette affaire n’en n’est pas une mais je vous devais ma version. Abidjan, nous aurons d’autres rendez-vous. Vive la musique et vive l’Afrique. Rendez-vous le 27 novembre à Paris, pour ceux qui pourront y être, afin de partager cette passion que nous avons en commun depuis le début.

Votre Mopao »

Avec Jeune afrique par Koffi Olomidé