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France: Le philosophe Michel Serres est décédé à l’âge de 88 ans

juin 1, 2019

Michel Serre est mort samedi 1er juin à 19h à l'âge de 88 ans.

Michel Serres est mort samedi 1er juin à 19h à l’âge de 88 ans. JOEL SAGET / AFP

Michel Serres était membre de l’Académie française depuis 1990.

Le philosophe Michel Serres, figure intellectuelle familière du grand public, et membre de l’Académie française depuis 1990, est décédé samedi à l’âge de 88 ans, a annoncé à l’AFP sa maison d’édition, Le Pommier. «Il est mort très paisiblement à 19h entouré de sa famille», a déclaré son éditrice Sophie Bancquart.

L’«immortel» comptait parmi les philosophes les plus influents. Auteur de centaines d’ouvrages, Michel Serres était notamment passionné par l’écologie, l’éducation ou encore l’art. L’académicien s’est intéressé à toutes les formes du savoir, anticipant les bouleversements liés aux nouvelles technologies de la communication.

Par Le Figaro.fr avec AFP

France: l’écrivain Jean d’Omersson est mort à l’âge de 92 ans

décembre 5, 2017
Jean d’Omersson

DISPARITION – Le doyen des Immortels nous a quittés dans la nuit de lundi à mardi. Il reste dans nos esprits comme un homme brillant, drôle, cultivé, philosophe et omniprésent dans la vie intellectuelle française. « Jean d’O » laisse derrière lui une œuvre conséquente, preuve de l’étendue de son talent.

L’écrivain et académicien français Jean d’Ormesson est mort dans la nuit de lundi à mardi à l’âge de 92 ans. Le romancier est décédé d’une crise cardiaque à son domicile de Neuilly (Hauts-de-Seine), a indiqué sa fille, l’éditrice Héloïse d’Ormesson. «Il a toujours dit qu’il partirait sans avoir tout dit et c’est aujourd’hui. Il nous laisse de merveilleux livres».

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Pour un cadeau ou pour un investissement, les vins de Bordeaux sont fabuleux pour débuter une collection

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Né en 1925 à Paris, celui qui avait un savoir encyclopédique inimitable vécut entre les voyages de son père ambassadeur, en Bavière, en Roumanie, au Brésil. À Munich, il se souvenait d’une gifle magistrale reçue après avoir applaudi un défilé en 1933. L’écrivain n’était pas avare en souvenirs, il se rappelait aussi sa rencontre avec le futur pape Pie XII, devant qui il avait été effronté, et ce dernier lui avait rappelé avec humour la scène quelques années plus tard. Jean d’Ormesson adorait raconter des anecdotes, et au micro de RTL, il s’était rappelé une histoire peu commune. Après avoir évoqué l’épisode en 1914 dans lequel Mme Caillaux avait tué Calmette, directeur du Figaro, il se souvenait qu’en arrivant en 1974 à la direction du journal, on lui avait annoncé une dame, une certaine Mme Joseph Caillaux. En entrant, il l’avait tout de suite reconnu: c’était l’écrivain Jean Dutourd déguisé en femme et armé d’un pistolet à eau!

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Philosophe avant tout

Bien avant de diriger le Figaro, Jean d’Ormesson, le bac en poche, fait une année d’hypokhâgne, puis intègre l’Ecole normale supérieure. Les deux écrivains qui lui ont insufflé l’envie d’écriture sont Brasillach et Jules Romains, à qui justement il succèdera à l’Académie française. Quand il fait part à Paul Valéry de son désir de passer l’agrégation de philosophie, le poète pousse des cris horrifiés. Mais d’Ormesson veut être philosophe, et publie dans la Revue de métaphysique et de morale un article «Arrivisme, snobisme et dandysme». Jean d’Ormesson restera toujours philosophe, même dans ses fonctions à l’Unesco, position qui lui permettra de rencontrer de grandes figures (Borgès, Caillois, Durrell, Lévi-Strauss, Georges Dumézil). Quand Paul Ricœur lui propose d’enseigner à Nanterre, il refuse: c’est la conversation qu’il aime.

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Écrivain à succès

Le futur académicien devient célèbre au début des années 70 avec La gloire de l’Empire et Au plaisir de Dieu. Après quelques romans légers (L’amour est un plaisir, Un amour pour rien, Les illusions de la mer), Jean d’Ormesson est tenté de jeter l’éponge, mais change d’avis. C’est ainsi qu’il reçoit le prix du roman de l’Académie française en 1971 pour La gloire de l’Empire. Lui qui ne manque pas d’autodérision, il raconte son enfance dans Au plaisir de Dieu, fresque du XXème siècle, inspirée de son enfance passée au château de Saint Fargeau. Adapté pour la télévision, le roman conquiert une audience importante, en offrant une réflexion sur le temps qui passe. Jean d’Ormesson conquiert ainsi la France entière, ce qui fait dire à Morand: «Ce qui m’amuse devant le succès de Jean d’Ormesson, ce ne sont pas ses ennemis (il n’en a pas) mais les méchants: ils n’arrivent pas à le mordre». Écrivain à succès, Jean d’Ormesson est sur tous les fronts: il écrit pour le théâtre, comme il joue la comédie (Les Saveurs du palais), où il joue Mitterrand. En 1973 il entre à l’Académie française. Alors benjamin de la Compagnie à 48 ans, il fait bouger les lignes: il lutte pour mettre fin à 350 ans de non-mixité en proposant Marguerite Yourcenar

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Intellectuel engagé

En 1974, il est nommé directeur du Figaro. Il lui ressemblait par son style élégant, son esprit cultivé, un je-ne-sais-quoi d’irrévérence. D’abord sur la liste noire du journal pour avoir écrit, comme critique littéraire, que Brisson, alors directeur, ne pouvait pas «à la fois être directeur du Figaro et avoir du talent», Jean d’Ormesson le dirigera finalement pendant trois ans. Il quittera, en même temps qu’Aron, mais gardera une chronique au Figaro magazine et une colonne au Figaro littéraire. Avec son collègue et ami, qui ne le juge «pas trop idiot», ils soutiennent Giscard d’Estaing à la présidence. Il est choisi par Mitterrand comme contradicteur du traité de Maastricht, et recueille son dernier entretien à l’Elysée comme président.

Chacun de ses passages à la télévision est un triomphe (Apostrophes). Enfin, il entrera dans la sacro-sainte collection La Pléiade en 2015.

»L’édition de la Pléiade, ainsi qu’un CD d’une interview de Jean d’Ormesson réalisée par Étienne de Montety.

Lefigaro.fr

France/ Mort de Simone Veil : « Puisse son exemple inspirer nos compatriotes »

juin 30, 2017

Les réactions politiques sont unanimes pour saluer la mémoire de l’ancienne ministre qui avait porté la loi légalisant l’avortement en 1974.

A son entrée à l’Académie française.

A son entrée à l’Académie française. Philippe Wojazer / AP
Simone Veil, rescapée des camps de la mort et ancienne ministre qui avait porté la loi légalisant l’avortement en 1974, s’est éteinte, vendredi 30 juin, a annoncé son fils, l’avocat Jean Veil. « Ma mère est morte ce matin à son domicile. Elle allait avoir 90 ans le 13 juillet », a précisé l’avocat.
« Le meilleur de la France », pour Emmanuel Macron

« Très vives condoléances à la famille de Simone Veil. Puisse son exemple inspirer nos compatriotes, qui y trouveront le meilleur de la France », a écrit Emmanuel Macron sur Twitter.

Le premier ministre Edouard Philippe a également rendu hommage à Simone Veil qui « restera le visage d’une République debout, humaine, généreuse ». « La France perd une personnalité comme l’histoire en offre peu. »

Pour l’ancien président François Hollande, Simone Veil « a incarné la dignité, le courage et la droiture ».

Dans un communiqué, Marine Le Pen, la présidente du Front national, évoque « une femme qui aura incontestablement marqué de son empreinte la vie politique française. Je présente à sa famille et à ses proches mes condoléances les plus sincères. J’ai aussi une pensée pour sa famille politique, avec qui Simone Veil a défendu ses convictions avec constance. Je salue, enfin, le combat pour la mémoire qui fut celui de toute sa vie. »

Sur Twitter, Jean-Luc Mélenchon, chef de file de La France insoumise : « Madame Veil appartient au meilleur de notre histoire. Et son nom vivra dans notre gratitude pour toujours. »

Benoît Hamon, ex-candidat à l’élection présidentielle : « Je m’incline à la nouvelle du décès de Simone Veil, survivante de la Shoah, ministre de la loi IVG, inlassable européenne. »

Manuel Valls : « Simone Veil, une belle et grande Française, vient de partir : la mémoire de la Shoah, la liberté des femmes, l’engagement européen une vie unique. »

Dans un communiqué, l’ancien premier ministre Edouard Balladur déclare : « J’avais pour elle infiniment de respect et d’amitié. Sa personne et son histoire faisait honneur à notre pays. Puisse son exemple nous inspirer longtemps. »

Alain Juppé a écrit sur Twitter :  « Simone Veil nous quitte. Tristesse. Profond respect pour la femme politique, son courage, son audace dans le combat pour la condition féminine. »

Jean-Marc Ayrault : « Hommage à Simone Veil qui nous laisse en héritage son esprit de résistance, de liberté, son féminisme, sa leçon de vie et de courage. »

Bernard Accoyer, secrétaire général des Républicains : « Nous perdons une des grandes femmes de notre temps, un modèle de courage et d’humanité. Elle était un exemple, elle laissera un vide immense. »

Najat Valaud-Belkacem, ex-ministre de l’éducation nationale : « De broussailles en ténèbres / Seul résiste / Le feu sacré. » Ces vers d’Andrée Chedid en hommage à une très grande dame, Simone Veil.

« Ses combats et ses épreuves resteront un exemple pour toutes les femmes », a souligné sur Twitter l’ancienne ministre socialiste Ségolène Royal.

« Femme d’exception »

« La France perd une femme d’exception, un grand témoin et une militante de la mémoire de la Shoah », a dit le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), Francis Kalifat.

Sur RTL, Alain Duhamel a réagi : « Ce qui m’a le plus marqué, d’autant plus que j’étais à l’Assemblée à ce moment-là, c’est quand elle avait les yeux embués de larmes sous les insultes d’hommes qui ne comprenaient rien à propos de la loi sur l’avortement. Aujourd’hui, cela paraît fou quand on revit cet épisode et la bêtise des hommes apparaît gigantesque. Elle a été insultée réellement comme personne à ce moment-là. »

Interrogé sur RTL, l’ancien ministre centriste Jean-Louis Borloo a décrit « une bonté combattante » doublée d’un « symbole » pour l’Europe.

Pour Roger-Gérard Schwartzenberg, ancien ministre et président d’honneur du Parti radical de gauche, Simone Veil « entre aujourd’hui dans le panthéon moral de la République ».

 

Le Monde.fr avec AFP et Reuters

France: Mort de l’écrivain et académicien Michel Déon

décembre 28, 2016

L'écrivain Michel Déon en juin 1993.

L’écrivain Michel Déon en juin 1993. Crédits photo : Rue des Archives/mention obligatoire ©Louis Monier

DISPARITION – L’un des doyens de l’Académie française est décédé mercredi 28 décembre, à l’âge de 97 ans. Grand voyageur, l’auteur de plus de 50 livres restera dans les mémoires comme un anticonformiste. On lui doit des romans inoubliables comme Un taxi mauve et Les poneys sauvages.

Décédé ce mercredi 28 décembre à l’âge de 97 ans, Michel Déon, de son vrai nom Édouard Michel, naît à Paris le 4 août 1919 et grandit entre la capitale et la Côte d’Azur, où son père est conseiller du Prince de Monaco. Alors qu’il fait son droit, un auteur le bouleverse: Charles Maurras. Mobilisé en 1939, il part ensuite pour Lyon en 1942 et devient secrétaire de rédaction à L’Action française aux côtés de l’essayiste politique. Il reste droit dans ses bottes: «Lorsqu’on me demande pour qui je vote, je réponds que je suis de toute façon monarchiste depuis ma jeunesse et que je n’en démordrai pas».

Après la libération de la France, Déon voyage: Allemagne, Suisse, Italie, Portugal. En 1947 paraît sa première composition Adieu à Sheila (Robert Laffont), qui deviendra en 1990 Un souvenir. Son ami Antoine Blondin, avec qui il partage ses affinités politiques dans le mouvement littéraire Les Hussards, dit de lui qu’il écrit «pour les gonzesses». Son monde est secret, drôle, délicat, et son analyse psychologique des sentiments marque les lecteurs. Au cours de ses voyages, il découvre une île grecque, Spetsai, qui deviendra son refuge privilégié. Selon lui, «l’islomanie» permet l’immobilité et donc la paix intérieure. Deux romans s’y réfèrent: Le Balcon de Spetsai et Les Rendez-vous de Patmos.

Vient le temps des récompenses. En 1970, Les Poneys sauvages (Gallimard) reçoit le prix Interallié, alors que le livre touche à tous les thèmes brûlants de l’époque: Seconde guerre mondiale, Algérie, Guerre des 6 jours. Un taxi mauve (1973) reçoit le Grand prix du roman de l’Académie française ; puis Le Jeune Homme vert sort en 1975. En 1951 il est boursier de la fondation Rockefeller et part pour les États-Unis, mais n’en oublie pas sa passion pour l’écriture (Les Gens de la nuit en 1958 chez Plon).

En 1978, Déon est élu à l’Académie française en même temps qu’Edgar Faure. Mais il ne laisse pas ses aspirations politiques de côté et garde «un certain anarchisme de droite, un pessimisme qui vise à la lucidité». «Moi qui ai si longtemps cultivé mes différences, je vais enfin tenter de cultiver mes ressemblances avec des gens qui me sont parfois opposés» dit-il à propos de son élection.

Michel Déon touche aussi au théâtre avec Ma vie n’est plus un roman en 1989, Ariane ou l’oubli en 1992, ainsi que des pièces radiophoniques, ou encore un opéra bouffe, Furia Italiana. Il chaperonne de jeunes talents (Emmanuel Carrère, Jean Rolin, Britna Svit) tout en vivant en Irlande avec sa famille.
Mais Déon n’est pas seulement un écrivain nostalgique, capturant la beauté de l’âme humaine et de la nature, il sait aussi prendre position sur le plan politique. En 1967 il publie Mégalonose (La Table Ronde), dans lequel il prend position contre la France du Général de Gaulle. Le livre ne vit pas longtemps, saisi par les services de police.
En 1993 il se livre à travers un entretien avec sa fille Alice, directrice des éditions La Table Ronde (Parlons-en…, chez Gallimard). Et il continue de publier: La Cour des grands en 1996, Madame Rose en 1998, Pages françaises en 1999, jusqu’en 2013 (À la légère). Blondin disait que c’était «la personne la plus intelligente que j’ai rencontrée dans ma vie». «Si j’ai écrit des livres, c’est peut-être pour répondre au besoin de vivre les histoires que d’autres n’ont pas toujours su me raconter», confessait Déon.
Lefigaro.fr par Colombe de Montety

Andreï Makine, élu à l’Académie française, le nouvel immortel

mars 4, 2016

Andreï Makine, ici en février 2003, a été élu à l'Académie française le 3 mars 2016.

Andreï Makine, ici en février 2003, a été élu à l’Académie française le 3 mars 2016. Pierre Verdy

L’écrivain d’origine russe a été élu ce jeudi à une large majorité à l’Académie française. Jeune trentenaire, il était venu de Russie en France. Certains aspects de sa vie sont méconnus.

Andreï Makine avait été lauréat du prix Goncourt et du Médicis en 1995 pour Le Testament français. Ce jeudi, il a été élu à l’Académie française où il remplace Assia Djebar. Trois choses à savoir sur l’écrivain.

Il a triché pour être publié

Le jeune Andreï Makine, 30 ans, débarque clandestinement à Paris en 1987 de sa Sibérie natale. Il vivote dans la capitale française et écrit. Mais ses manuscrits essuient refus sur refus des éditeurs. Pour faire éditer ses deux premiers romans, La fille d’un héros de l’Union soviétique (1990) et Confession d’un porte-drapeau déchu (1992), Andreï Makine fera croire qu’ils ont été traduits du russe en inventant un traducteur imaginaire. Malin.

Une nationalité française difficile à obtenir

Andreï Makine a déposé plusieurs demandes de naturalisation française – la première date de 1991 – qui ont été refusées. « C’était humiliant pour moi, qui suis imprégné de culture française. Mais je ne veux pas me plaindre. Je n’avais pas de domicile ni de travail fixes. Ils avaient sans doute raison », analysera-t-il plus tard. Admiratrice d’Andreï Makine depuis sa lecture d’Au temps du fleuve Amour, la députée Roselyne Bachelot envoie un courrier à un ministre de l’Intérieur, dont elle ne veut pas donner le nom, pour appuyer l’écrivain dans sa démarche de naturalisation. « Mais je me suis fait envoyer sur les roses », confie-t-elle à L’Express.

Finalement, c’est grâce au Testament français, qui lui vaut le Goncourt et le Médicis, qu’Andreï Makine obtient la nationalité française.

Une oeuvre parallèle sous pseudonyme

Andreï Makine a écrit seize livres sous son nom et quatre sous le pseudonyme de Gabriel Osmonde: Le Voyage d’une femme qui n’avait plus peur de vieillir, Les 20 000 Femmes de la vie d’un homme, L’Oeuvre de l’amour, Alternaissance. C’est Le Figaro qui, en 2011, avait révélé qui se cachait derrière le pseudonyme après que Gabriel Osmonde, « contre toute attente », a accepté de recevoir le quotidien pour répondre à ses questions. Il confiait alors qu’ « Osmonde est plus profondément ancré » en lui que Makine. Pourquoi écrire sous pseudo? « Rester dans la posture d’un nanti de la littérature ne m’intéressait pas. J’ai voulu créer quelqu’un qui vive à l’écart du brouhaha du monde », répondait-il. « Osmonde m’a permis d’aller plus loin, d’élargir le champ des questions, jusqu’à l’ineffable. »

Lexpress.fr

L’Académie française contre toute réforme de l’orthographe

février 13, 2016

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Les historiens Pierre Nora et Hélène Carrère d’Encausse, le 28 janvier à l’Académie française. JACQUES DEMARTHON / AFP
La position de l’Académie française est claire : elle s’oppose à toute réforme de l’orthographe. Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuelle de l’institution, est venue le rappeler dans une interview publiée dans Le Figaro samedi 13 février.

« La position de l’Académie n’a jamais varié sur ce point : une opposition à toute réforme de l’orthographe mais un accord conditionnel sur un nombre réduit de simplifications qui ne soient pas imposées par voie autoritaire et qui soient soumises à l’épreuve du temps. »

Et l’historienne spécialiste de la Russie d’enfoncer le clou, insistant sur le fait que l’Académie française n’avait eu « aucune part » dans cette réforme, « à l’inverse de ce que l’on a voulu faire croire ».

En 1990, un travail de révision du français avait en effet été mené par le Conseil supérieur de la langue française, un groupe de travail mis en place par le premier ministre d’alors, Michel Rocard. Ce groupe de travail composé d’« experts de grande valeur, professeurs, grammairiens, linguistes, correcteurs, éditeurs de dictionnaire » avait notamment proposé des harmonisations lexicales (« charriot » avec deux « r » pour être similaire à « charrette »), le regroupement de noms composés (« portemonnaie » plutôt que « porte-monnaie ») et la suppression de certains particularismes, dont l’accent circonflexe.

Maurice Druon, alors secrétaire perpétuel de l’Académie, était certes président du Conseil supérieur de la langue française et rapporteur devant l’Académie de ses propositions, mais c’est bien ce groupe de travail qui les avait formulées, et non l’Académie. Une nuance importante aux yeux de Mme Carrère d’Encausse.

« Un élève sur cinq quitte l’école sans savoir lire »

Reste que les éditeurs de manuels scolaires ont décidé d’appliquer à la rentrée cette réforme élaborée en 1990 et mise en place depuis 2008, provoquant une vive polémique. Ce que l’académicienne a encore plus de mal à comprendre.

« Je n’ai pas compris les raisons qui expliquent l’exhumation d’une réforme de l’orthographe élaborée il y a un quart de siècle », s’étonne ainsi Mme Carrère d’Encausse, pour qui la situation est « radicalement différente » en 2016.

Avec un système éducatif qui « s’est écroulé » au point « qu’un élève sur cinq quitte l’école sans savoir lire », elle estime que « le problème n’est donc plus d’offrir des facilités aux élèves, de conserver ou non l’accent circonflexe, mais de revoir totalement notre système éducatif ».

Lemonde.fr

Orthographe: émotion en France autour du circonflexe

février 4, 2016

L’accent circonflexe bientôt banni de la langue française? Certains médias, relayés par les réseaux sociaux, ont annoncé jeudi sa mort prochaine en vertu d’une nouvelle réforme de l’orthographe, remontant en réalité à 1990.

La réforme, avalisée en son temps par l’Académie française malgré l’indignation des puristes, simplifie aussi l’orthographe de certains mots – comme « nénufar » (nénuphar) ou « ognon » (oignon). Elle allège l’usage des traits d’union.

Mais il a fallu la publication de nouveaux manuels scolaires par l’un des principaux éditeurs spécialisés en prévision de la prochaine rentrée, avec un macaron « orthographe recommandée », pour que le grand public découvre ce que les professeurs pouvaient déjà enseigner à leurs élèves depuis des années.

Quelques articles dans les médias ont aussitôt fait fleurir le hashtag #jesuiscirconflexe. Certains déplorent « le sacrifice de la langue française » par l’Education nationale, ou s’inquiètent de possibles quiproquos entre « les « tâches et les taches ».

Gout et aout sans chapeau
En réalité, selon la réforme, l’accent circonflexe aura toujours droit de cité et sera omis sur les « i » et les « u » dans les seuls cas où cela ne prêtera pas à confusion. Goût pourra s’écrire gout ou août, aout.

La réforme de l’orthographe « est en vigueur depuis 1990 », a souligné le ministère de l’Education nationale. « Le Conseil supérieur de la langue française a adopté en 1990 les nouvelles règles », qui ont été « approuvées par l’Académie française et publiées au Journal officiel ». « Ce n’est pas le ministère de l’Education qui fait l’orthographe en France ».

« C’est l’orthographe officielle de la République depuis plus de 25 ans. Ce qui est surprenant ce que l’on s’en surprenne », indique Michel Lussault, président du Conseil supérieur des programmes (CSP).

« Plutôt du toilettage »
« L’Académie française a fait un travail très précis », estime-t-il. « Il y avait des anomalies orthographiques liées à des évolutions historiques un peu étranges, donc l’Académie avait vraiment veillé à ce que ces modifications soient compréhensibles, ce n’était absolument pas un bouleversement, plutôt du toilettage ».

Une tolérance « permet aux enseignants comme d’ailleurs à tous les fonctionnaires, d’utiliser les deux orthographes, c’est-à-dire avant révision ou après révision », souligne-t-il.

Romandie.com

Alain Finkielkraut à l’Académie française: « C’est à n’y pas croire »

janvier 29, 2016

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Alain Finkielkraut en compagnie d’Hélène Carrère d’Encausse à l’Académie française, le 28 janvier 2016. AFP / JACQUES DEMARTHON

Le philosophe Alain Finkielkraut a fait son entrée, jeudi, à l’Académie française, un moment fort pour ce descendant de juifs polonais dont le père est un rescapé du camp d’Auschwitz.

Une consécration, pour ce chantre de la culture classique. Le philosophe Alain Finkielkraut, connu pour ses emportements et son ardeur à défendre l’identité française ou l’école républicaine, a été reçu ce jeudi à l’Académie française, à l’âge de 66 ans, en présence du Premier ministre Manuel Valls.

« C’est à n’y pas croire » a-t-il témoigné, ému. Dans son discours, il a en effet rappelé qu’il préférait dans sa jeunesse se faire appeler « Fink » ou « Finck », par peur de porter son nom « tout hérissé de consonnes rébarbatives », qui pouvait « faire peur aux bons Français ».

« … astreint à faire l’éloge d’un collabo »

L’auteur de L’identité malheureuse, descendant de juifs polonais dont le père a survécu au camp d’Auschwitz, a fait l’éloge de son prédécesseur sous la Coupole, le dramaturge d’origine belge Félicien Marceau. Ironie du sort, ce dernier fut condamné par contumace à la Libération à 15 ans de prison pour collaboration, car il avait travaillé entre 1940 et 1942 à Radio Bruxelles, alors au service de l’occupant allemand.

« Un défenseur exalté de l’identité nationale, oublieux de ses origines vagabondes et astreint à faire l’éloge d’un collabo: il n’y a pas de hasard, pensent nos vigilants, et ils se frottent les mains, ils se lèchent les babines », a lancé le nouvel habit vert.

« La République […], notre royaume de France »

Ses détracteurs lui reprochent en effet d’être passé d’une critique des idées de mai 1968, inaugurée avec Le Nouveau Désordre amoureux (1977), à un conservatisme sévère en matière d’identité nationale.

Sur son épée d’académicien, le philosophe a demandé que soit gravée: une vache normande, un Aleph, première lettre de l’alphabet hébraïque, et cette phrase de Charles Péguy qui résume son engagement: « La République Une et indivisible, notre royaume de France ».

Par LEXPRESS.fr avec AFP

Frédéric Mitterrand à l’Académie française : le pour et le contre

janvier 17, 2016

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Frédéric Mitterrand postule au fauteuil d’Assia Djebar. L’élection aura lieu le 3 mars. Crédits photo : Rue des Archives/©Imago/Rue des Archives

L’ancien ministre de la Culture postule au fauteuil d’Assia Djebar. L’élection aura lieu le 3 mars. Voici les trois raisons pour lesquelles il pourrait être élu. Et les trois raisons pour lesquelles il pourrait échouer.

Les trois raisons d’une élection possible

1) Bon camarade

On ne le sait pas, mais la Compagnie aime que le candidat ne soit pas un mauvais bougre. Alain Decaux avait brossé le profil idéal et donné l’explication «Pour être accueilli à l’Académie française, il faut démontrer sa notoriété, son talent et sa courtoisie. Les deux premières exigences vont de soi. La troisième ne demande qu’un peu de réflexion: nous allons fréquenter le nouvel élu pendant des années…», avait-il dit, citant son confrère, le diplomate Jacques Chastenet. Erik Orsenna avait résumé tout cela par ces paroles: «L’académie, c’est une compagnie, et, pour l’intégrer, il faut être un bon compagnon. Si c’est le meilleur des scientifiques et qu’il n’est pas d’un commerce agréable, il aura peu de chances d’être accueilli.»

2) Respectueux de l’institution

Ce n’est pas rien. Les immortels apprécient que l’élu joue le jeu de l’institution, notamment en étant présent aux séances du jeudi après-midi et, évidemment, en se rendant aux réceptions des académiciens. Le summum, mais il faut un peu de temps avant d’y accéder, est la participation à la séance de la Commission du dictionnaire qui se tient le jeudi matin. A ce propos, il ne faudrait pas qu’il prenne modèle sur celle qui a occupé le fauteuil auquel il postule: une fois élue, Assia Djebar a brillé par son absence.

3) Son parcours et son expérience

Frédéric Mitterrand a soixante-huit ans. Et un parcours aussi riche que diversifié. Il a été réalisateur, producteur, acteur, enseignant, animateur de télévision, journaliste. Le neveu de François Mitterrand est avant tout un écrivain. Il est connu grâce à ses émissions à la télévision (Étoiles et toiles, Du côté de chez Fred…). Mais le plus important, parmi toutes ces riches expériences, est son passage à la tête du ministère de la Culture durant près de trois années. Auparavant, il avait dirigé la Villa Médicis, une institution d’importance. D’une certaine manière, ce parcours littéraire, politique et institutionnel rappelle celui de Xavier Darcos, élu en juin 2013.

Les trois raisons d’un échec possible

1) Le «rituel» de l’humilité

Il y a, à l’Académie française, une sorte de «rituel» de l’humilité qui n’est pas toujours accepté par des candidats potentiels: ce n’est pas parce qu’on postule que l’on sera élu. Pour bien faire comprendre cette humilité, la Compagnie peut ne pas élire, dès la première présentation, une personnalité si célèbre soit-elle. La plupart des immortels ont eu à postuler plusieurs fois. Il arrive même qu’un homme politique de haute importance et de forte notoriété perde contre un poète anglais peu connu. On se souvient qu’en 2013, Jean-Noël Jeanneney, ancien ministre et ex-président de Radio France et de la BnF, avait été battu par Michaël Edwards (pour la petite histoire, Edwards avait postulé trois fois avant d’occuper le fauteuil de Jean Dutourd). Les immortels rappellent volontiers que le grand Victor Hugo a connu quatre défaites avant de rejoindre la Coupole.

2) Le côté people

Entre la notoriété et le côté people, le cœur de l’Académie française ne balance pas. Les immortels n’aiment les people, c’est-à-dire les personnalités qui font beaucoup de vent sans un véritable bagage culturel derrière. N’oublions pas que la mission première de la Compagnie est de défendre et de porter haut la langue française. Frédéric Mitterrand a été un homme de télévision, sa connaissance et sa culture sont évidemment reconnues

3) La surprise des votes

Il y a une règle intangible à l’Académie: une élection n’est jamais gagnée d’avance. Combien de fois a-t-on vu un candidat être sûr du nombre de voix qu’il allait décrocher pour s’installer au fauteuil d’immortel? Les anecdotes sont aussi nombreuses que savoureuses. À un candidat qui s’étonnait de ne pas être élu, on raconte que l’immortel Edgar Faure répondit: «Je vous ai donné ma parole, vous ne voudriez pas que je vous accorde ma voix.» C’est connu: «Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent.»

Lefigaro.fr par Mohammed Aissaoui

Amin Maalouf, le Liban à l’Académie

juin 24, 2011

L’écrivain franco-libanais est élu au fauteuil de Claude Lévi-Strauss. Il a fait du rapprochement des civilisations et des confessions la pierre angulaire de son œuvre.

La troisième fois aura été la bonne pour l’écrivain franco-libanais Amin Maalouf, élu jeudi haut la main à l’Académie française au fauteuil de l’anthropologue Claude Lévi-Strauss. L’auteur du Rocher de Tanios, prix Goncourt 1993, a été élu au premier tour avec 17 voix sur 24 contre trois voix seulement au philosophe Yves Michaux.

Les immortels montrent une nouvelle fois leur souhait de voir sous la Coupole des écrivains d’origine étrangère après avoir élu en 1996 Hector Bianciotti né en Argentine, en 2002 François Cheng né en Chine, et en 2005 Assia Djebar née en Algérie. Amin Maalouf est le premier Libanais a être élu à l’Académie française.

Une belle revanche pour celui qui n’avait obtenu que dix voix mais surtout seize bulletins marqués d’une croix, signe d’un refus catégorique des votants, lorsqu’il se présenta la première fois en 2004. La seconde fois, il s’était finalement désisté, pensant avoir perdu toutes ses chances après avoir irrité les membres de l’Académie pour avoir signé «un manifeste pour une littérature monde» qui proclamait notamment la fin de la francophonie !

C’est pourtant bien avec le français qu’Amin Maalouf est devenu écrivain. «Le français reste pour moi la langue de l’expression et de l’imaginaire» , nous déclarait-il il y a deux ans à l’occasion de la sortie de son dernier livre, Le Dérèglement du monde , un essai paru chez Grasset. Il doit ses premiers souvenirs émerveillé de lecteur à l’arabe mais dans sa famille libanaise, la tradition voulait plutôt que l’on converse en anglais, une coutume que l’auteur installé à Paris maintient toujours aujourd’hui avec ses proches.

Une profonde nostalgie de son pays
L’homme est né en 1949 à Beyrouth. Dès son enfance, le français impose ses droits par l’entremise de sa mère francophone. Celle-ci, chrétienne d’origine melkite, une communauté orthodoxe minoritaire liée à Rome est d’ascendance stambouliote. Elle obtient de son mari, protestant, la faveur que son fils étudie à l’école primaire des pères jésuites lyonnais. L’éducation la plus ouverte possible est une valeur sérieusement ancrée dans la famille. Le grand-père de Maalouf fonda en 1910 une école universelle ouverte aux filles et aux garçons de toutes confessions.

En tant qu’écrivain, Amin Maalouf a fait du rapprochement des civilisations et des confessions la pierre angulaire de son œuvre. Il sera d’abord journaliste comme son père. Il travaille pour le principal quotidien de Beyrouth lorsqu’il est contraint en 1976 à fuir son pays. La guerre civile ravage alors le Liban. Il s’installe à Paris et ne quittera dès lors plus la France. Il est embauché par le magazine Jeune Afrique et couvre de nombreux conflits dans le monde. Après l’écriture d’un essai, Les Croisades vues par les Arabes, il doit son premier grand succès public en 1986 à son talent romanesque. Il convainc les lecteurs avec Léon l’Africain, biographie écrite à la première personne d’un géographe éclairé. Il décroche, en 1993, le prix Goncourt pour Le Rocher de Tanios, L’action se situe dans ce Liban rêvé dont il garde une profonde nostalgie. En 2004, il raconte l’histoire des siens dans Origines, une vaste fresque familiale centrée sur la personnalité de son grand-père, le directeur d’école.

Son œuvre romanesque empreinte d’humanisme fait écho à son travail d’essayiste. Dans Les Identités meurtrières (1989) et Le Dérèglement du monde (2009) il dénonce le gaspillage de notre intelligence collective, renvoyant Orient et Occident dos à dos, dénonçant l’aveuglement des uns et la tentation de vouloir dominer des seconds. L’humaniste critique a trouvé ces derniers années un certain réconfort dans la musique, écrivant plusieurs livrets d’opéras qui ont également été joués.

Lefigaro.fr par Françoise Dargent