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Vanessa Nakate : « Qui écoute les activistes africains pour le climat ? »

novembre 1, 2021
Vanessa Nakate, militante écologiste ougandaise, à Paris, le 22 octobre 2021. © Sydonie Ghayeb pour JA

Près de deux ans après avoir été éclipsée d’une photo où elle posait avec Greta Thunberg, et en pleine COP26, cette militante ougandaise de 24 ans sort un livre-manifeste pour alerter sur l’urgence climatique… Et faire entendre la voix de l’Afrique.

Cyclones au Mozambique, au Malawi et au Zimbabweinondations en RDC, au Maroc et en Mauritanie, invasions de criquets de l’Éthiopie à l’Ouganda, crue du fleuve Niger et glissements de terrain au Kenya… Alors que Vanessa Nakate, 24 ans, entrainait les écoliers et étudiants ougandais dans le mouvement de grève international pour le climat  »Fridays For Future » et créait son propre mouvement écologiste, Rise Up, en 2019, le rythme des catastrophes naturelles n’a laissé que peu de répit à l’Afrique. « La Terre a la fièvre, mais les gens ont chacun une température différente selon leur statut social et l’endroit où ils vivent », souligne la militante.

Dans Une écologie sans frontières, son premier livre-manifeste, elle détaille tous les symptômes du réchauffement climatique sur le continent. Si les pays du Sud sont les plus touchés, leurs voix portent peu dans le concert des grands sommets mondiaux autour de l’environnement – au Forum économique de Davos, en janvier 2020, la jeune activiste a elle-même été littéralement « coupée » d’une photo où elle posait au côté de Greta Thunberg. « Les pays du Nord doivent nous entendre, pas seulement nous inviter à des conférences pour se donner bonne conscience », répète-t-elle. À quelques jours de la COP26, qui se tient à Glasgow, en Écosse, du 31 octobre au 12 novembre, rencontre avec une activiste éloquente et solaire, dont la détermination n’a rien à envier à celle de sa camarade de lutte suédoise.

Jeune Afrique : Il y a trois ans, vous étiez encore une étudiante ougandaise avec quelques lacunes sur les questions environnementales. Aujourd’hui, vous êtes une des figures africaines de la lutte pour le climat. Comment en êtes-vous arrivée là ? 

Vanessa Nakate : En 2018, j’ai commencé à faire des recherches pour comprendre les défis auxquels faisaient face les gens de ma communauté et de mon pays. C’est alors que j’ai compris que la crise du climat était la plus grande des menaces pour eux. Je finissais mes études et je pensais organiser des événements, mobiliser, sensibiliser les gens pendant juste quelques mois et ensuite poursuivre mes études ou chercher un travail. Je n’ai jamais pensé devenir une militante à plein temps. Je n’avais pas de plan, c’est juste arrivé.

CE N’ÉTAIT PAS JUSTE MON IMAGE QUI ÉTAIT EFFACÉE, C’ÉTAIT MON HISTOIRE, MON MESSAGE, ET TOUS LES ACTIVISTES AFRICAINS

Beaucoup d’Africains savent que des incendies ravagent la Californie ou l’Amazonie, mais peu connaissent l’ampleur de la déforestation dans le bassin du Congo. Comment y remédier ? 

Non seulement beaucoup d’Africains ne savent pas qu’on détruit la forêt du bassin du Congo, mais certains ne savent même pas qu’elle existe ! Ainsi, tout un écosystème peut être effacé de l’esprit et du regard des gens. Il faut plus d’inclusion dans la façon dont les médias couvrent le mouvement pour le climat. Les journalistes ont la responsabilité de dire ce qu’il se passe, mais aussi de relayer le parcours des activistes qui viennent des régions du monde les plus touchées. Les jeunes militants africains ne restent pas silencieux face à ces souffrances, ils s’expriment. Mais qui les écoute ? Qui va amplifier leur voix ? Chacun a un problème à exposer, chaque problème a une solution, et chaque solution peut changer une vie.

En janvier 2020, lors du Forum économique de Davos, l’agence Associated Press vous a « coupée » d’une photo où posait Greta Thunberg et d’autres militants occidentaux. Vous avez déclaré que l’agence de presse a, ce jour-là, « effacé un continent »… 

Lorsque la photo a été prise, nous sortions d’une conférence de presse. En réalisant que j’étais la seule personne noire à y participer, je me suis permis d’insister devant tous ces journalistes sur le fait qu’il était important de donner la parole aux militants du monde entier. Et quelques heures plus tard, je me suis rendu compte que je ne figurais pas dans la dépêche d’Associated Press. J’étais très surprise parce que je venais précisément de souligner ce problème. Ce n’était pas juste mon image qui était effacée, c’était mon histoire, mon message, l’expérience des gens de mon pays. M’effacer moi, une Ougandaise et la seule personne issue du continent africain sur cette plateforme, c’était comme effacer tous les activistes africains.

Vous avez dénoncé publiquement le comportement d’Associated Press. Les militants africains sont-ils plus écoutés depuis ? 

Parfois on a l’impression que ça avance, et d’autres fois, on revient en arrière. Tout à coup, on parle d’inclusion et de diversité dans les médias donc tout le monde veut inviter des activistes des pays du Sud. Mais souvent, ils veulent une personnalité en particulier. Après l’incident de la photo, j’ai été très sollicitée, mais quand je suggère aux organisateurs de ces sommets de convier d’autres militants du continent, ils veulent d’abord savoir quel est leur parcours, s’ils savent bien s’exprimer… On souligne même le coût écologique de les faire venir ! Mais ils ne me parlent jamais d’empreinte carbone quand ils veulent que, moi, je vienne !

BEAUCOUP DE MILITANTS AFRICAINS NE POURRONT PAS SE RENDRE À LA COP26 PARCE QU’ILS NE SERONT PAS VACCINÉS À TEMPS

Il faut aussi savoir que les activistes africains sont bien moins représentés dans ce genre d’événements parce qu’ils rencontrent toujours plus de problèmes que les autres pour obtenir une accréditation, des financements… et une vaccination anti-Covid.

Vous êtes très active sur les réseaux sociaux, où les femmes, et plus encore les femmes noires, sont très ciblées par le harcèlement. Comment vous protégez-vous ? 

J’ai en effet reçu beaucoup de soutien mais aussi beaucoup de haine après l’incident de la photo et quand j’ai envoyé une lettre au président américain Joe Biden et à la vice-présidente Kamala Harris pour leur demander de tenir leurs promesses. Apparemment, les gens – même dans mon propre pays – estimaient que je n’étais pas digne de leur écrire.

Tous ces messages terribles et blessants ne peuvent pas vous atteindre physiquement, mais ils vous font beaucoup de mal émotionnellement. J’essaye de ne pas lire les commentaires, même si on est toujours tenté d’aller voir… Et je bloque beaucoup de gens. Parfois je me demande comment ils peuvent écrire de telles choses sans se préoccuper de l’effet que ça peut avoir sur les autres.

Selon vous, la lutte pour la justice climatique doit comprendre les luttes anti-raciste et sociales. En quoi ces causes sont-elles liées ? 

Il y a une intersection entre les problèmes environnementaux et sociaux, parce que les effets du changement climatique poussent les populations dans l’extrême pauvreté, détruisent les moyens de subsistance des familles et contraignent les enfants à quitter l’école. Il y a une intersection avec les questions raciales puisque les Noirs et les gens de couleur sont plus exposés à la pollution de l’air et de l’eau, et les communautés indigènes sont victimes de l’avidité de grandes compagnies. Il y a une intersection avec les inégalités de genre, puisque les femmes et les filles sont les premières victimes du changement climatique et des inégalités dans le monde en général : alors que la COP26 bat son plein, beaucoup de militants africains n’ont pas pu s’y rendre par exemple, parce qu’ils n’ont pas été vaccinés à temps.

Il n’y aura pas de justice climatique si les communautés indigènes ou noires ne sont pas protégées. Il n’y aura pas de justice climatique sans justice sociale, sans justice raciale et sans égalité des genres.

Vous démontrez en effet dans Une écologie sans frontières que les femmes sont les premières victimes du changement climatique, mais aussi qu’elles ont un rôle important à jouer dans la lutte… 

Je crois en effet qu’elles ont un grand rôle à jouer dans le leadership climatique. Mais pour qu’elles puissent arriver à des postes de décision, il faut encourager l’éducation des filles et l’émancipation de plus de femmes. Elles représentent la moitié de l’humanité, et une équipe ne peut pas gagner sans la moitié de ses effectifs.

J’APPELLE TOUS LES JEUNES AFRICAINS QUI NE L’ONT PAS ENCORE FAIT À REJOINDRE NOTRE MOUVEMENT

Vous êtes souvent qualifiée de « voix de l’Afrique » dans la lutte pour le climat. Comment porter une telle responsabilité ? 

Les gens me donnent cette responsabilité, et je la leur rends ! C’est trop lourd à porter. Je ne veux pas empêcher les autres activistes de prendre leur place. Dans toutes les parties du continent, les jeunes s’expriment et ils ont besoin qu’on les écoute et qu’on relaie leur message : Elizabeth Wathuti du Kenya, Adenike Titilope Oladosu du Nigeria, Roseline Isata Mansaray de la Sierra Leone, Veronica Mulenga de la Zambie, Kaossara Sani du Togo, et tant d’autres… Les jeunes Africains font déjà assez, ils se mobilisent. Et j’appelle tous ceux qui ne l’ont pas encore fait à nous rejoindre.

Lors d’un sommet onusien à Milan, le 28 septembre, vous avez pointé que les 100 milliards de dollars d’aide climatique annuelle promis par les pays développés aux pays vulnérables à partir de 2020 n’ont pas été versés. Vous arrive-t-il de vous sentir découragée face à l’ampleur de la tâche ? 

À un moment, j’ai arrêté de participer aux grèves, parce que je me sentais vraiment triste. Ça me brisait le cœur de voir que les désastres se succédaient et que les leaders continuaient à ne rien faire. Mais je viens d’un endroit où l’on est déjà témoin des conséquences du changement climatique, où l’on voit comment il affecte la vie des gens, alors même si il y a des moments de découragement, je choisis de garder espoir. De croire que le futur durable et équitable que nous voulons est nécessaire et possible.

Avec Jeune Afrique par Julie Gonnet

Algérie : des opposants arrêtés à la veille des législatives

juin 11, 2021

Deux journalistes et un opposant politique ont été gardés à vue dans un centre de la sécurité intérieur. D’autres arrestations sont notamment signalées.

Karim Tabbou est un visage tres populaire de la contestation antiregime, Hirak, declenchee en fevrier 2019. Il a ete arrete avec trois autres voix critiques, la veille des legislatives.
Karim Tabbou est un visage très populaire de la contestation antirégime, Hirak, déclenchée en février 2019. Il a été arrêté avec trois autres voix critiques, la veille des législatives. © RYAD KRAMDI / AFP

Jeudi en fin de journée, plusieurs arrestations ont ciblé journalistes et activistes à Alger et dans d’autres villes à deux jours de la tenue des législatives anticipées du samedi 12 juin.

Selon Radio M, « le journaliste et directeur des deux médias Radio M et Maghreb émergent, Ihsane El Kadi a été interpellé par des services de sécurité à sa sortie de son bureau à Alger centre ce jeudi 10 juin 2021 en fin d’après-midi ».

Ihsane El Kadi avait été placé sous contrôle judiciaire le 18 mai à la suite d’une plainte déposée par le ministère de la Communication pour « atteinte à la sécurité et l’intégrité de l’unité nationale », et « publications qui nuisent à l’intérêt national ».

Khaled Drareni interpellé

Le ministère de la Communication reproche au journaliste la publication d’un article, le 23 mars, où le patron de médias plaidait contre la « diabolisation » du mouvement Rachad, organisation d’opposants en exil formée notamment d’anciens cadres du Front islamique du salut (FIS), dissous en 1992, et classée « terroriste » par les autorités.

L’autre journaliste interpellé hier en fin de journée à Alger est Khaled Drareni, fondateur du site d’information Casbah Tribune, et correspondant en Algérie pour TV5 Monde et pour Reporters sans frontières (RSF). Interpellé à plusieurs reprises en 2019 et en 2020 lors des manifestations du hirak, il est finalement placé sous mandat de dépôt le 29 mars 2020 et condamné, le 15 septembre, à deux ans de prison ferme pour « incitation à attroupement non armé et d’atteinte à l’intégrité du territoire national ».

Drareni a été libéré de prison le 19 février 2021 – avec une trentaine de détenus – dans le cadre d’une grâce présidentielle.

La troisième personnalité interpellée hier est Karim Tabbou, dirigeant de l’Union démocratique et sociale (UDS, parti non agréé). Tabbou a été condamné d’abord pour « atteinte au moral de l’armée » puis pour « incitation à la violence » et a passé plusieurs mois en prison avant sa libération le 2 juillet 2020.

Il a été placé en garde à vue, avant d’être libéré et mis sous contrôle judiciaire, fin avril dernier, à la suite d’une plainte du président du Conseil national des droits de l’homme (CNDH, officiel), avec lequel il a eu une altercation durant l’enterrement du fondateur de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme, Ali Yahia Abdennour.

Ihsane El Kadi, Khaled Drareni et Karim Tabbou auraient été, selon des avocats et leurs proches, interrogés et gardés à vue dans un des centres de la sécurité intérieure sur les hauteurs d’Alger. Ils ont pu contacter par téléphone leurs proches tard dans la nuit pour les informer de leur lieu de détention.

222 arrestations

Selon le Comité national pour la libération des détenus (CNLD), d’autres activistes ont été interpellés jeudi ailleurs qu’à Alger, alors que le jour même, le procureur du tribunal d’Alger a annoncé l’arrestation de dix personnes qui seraient membres d’une « cellule qui incitait aux rassemblements et à l’atteinte à la sécurité nationale ». Douze autres personnes sont en fuite, dont une partie à l’étranger, selon le procureur, qui a mentionné la France et les États-Unis.

Au moins 222 personnes sont actuellement incarcérées pour des faits en lien avec le hirak et/ou les libertés individuelles, selon le CNLD, alors que les manifestations hebdomadaires sont interdites depuis fin mai.

Ces arrestations interviennent au moment où les autorités ont procédé, ce jeudi, à une modification du Code pénal, en créant une « liste nationale des personnes et des entités terroristes », selon le communiqué du conseil des ministres et en élargissant la définition de l’acte terroriste ou le sabotage à « tout acte visant la sûreté de l’État, l’unité nationale et la stabilité et le fonctionnement normal des institutions par toute action ayant pour objet ».

Terrorisme : élargissement de la définition

La nouvelle définition englobe aussi toute action visant à « œuvrer ou inciter, par quelque moyen que ce soit, à accéder au pouvoir ou à changer le système de gouvernance par des moyens non constitutionnels », ou « porter atteinte à l’intégrité du territoire national ou d’inciter à le faire, par quelque moyen que ce soit ».

Les mouvements Rachad et le MAK (Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie) ont été classés par les autorités, le 18 mai, comme « organisations terroristes ». Ces deux mouvements ont été souvent accusés par les autorités de pousser à la violence, profitant des marches du hirak. Les deux mouvements réfutent ces accusations.

Par ailleurs, des collectifs, des associations, des partis et des personnalités ont publié une déclaration rejetant les législatives : « L’Algérie est enfermée dans une politique d’état d’urgence non déclarée : fermeture de toutes les places publiques, empêchement des manifestations et de toute expression pacifique appelant à un changement démocratique. Tandis que des salles et des canaux médiatiques sont ouverts pour promouvoir l’échéance du 12 juin. »

Par Le Point avec Adlène Meddi

Côte d’Ivoire : des arrestations qui inquiètent à quinze mois de la présidentielle

juillet 26, 2019

L’activiste ivoirien David Samba (à droite), le 23 juillet à Abidjan. © DR / Copie d’écran Facebook – David Samba

 

L’interpellation et le placement en garde à vue de cinq activistes et d’un journaliste, en début de semaine, inquiète au sein des organisations de la société civile. Celles-ci pointent notamment les effets du nouveau code pénal, accusé d’être « restrictif sur les libertés individuelles ».

Mardi 23 juillet six personnes – cinq activistes et un journaliste – ont été arrêtées à quelques encablures de la Commission électorale nationale indépendante (CEI) à Cocody, à Abidjan, alors qu’ils se rendaient dans cette institution pour répondre à un rendez-vous officiel. Placés en garde à vue à la préfecture de police, ils ont été libérés vingt-quatre heures plus tard, sans qu’aucun motif précis ne leur soit signifié, ont-ils affirmé.

Samba David, président de la Coalition nationale pour le changement (CNC), qui conduisait la délégation, avait auparavant appelé à un sit-in devant le siège de la CEI, avant de faire machine arrière après avoir été invité pour « une séance de travail avec les responsables de la CEI ». Ce rendez-vous, et le report de la manifestation devant la CEI, avait été obtenu grâce à l’intervention de la magistrate Aimée Zebeyoux, secrétaire d’État aux droits de l’homme, particulièrement active lors des pourparlers autour de la CEI entre le gouvernement, la société civile et les partis politiques.

Le nouveau code pénal indexé

À quinze mois de la présidentielle d’octobre 2020, ces gardes à vue inquiètent, aussi bien au sein de la société civile que parmi les ONG internationales de défense des droits de l’homme. L’interpellation du journaliste Marcel Louoba Dézogno, du quotidien Le Temps – un journal réputé proche de Laurent Gbagbo -, a notamment été beaucoup critiquée. « Nous suivons de très près cette affaire pour que ses droits soient respectés en la matière, si tant est qu’il était dans l’exercice de ses fonctions », avait assuré mercredi le ministre Sidi Touré, porte-parole du gouvernement, affirmant par ailleurs que les procédures avaient été conformes aux textes et que les droits des personnes interpellées avaient été garantis.

« Plus tôt nous réaliserons que nous sommes sous une dictature, plus vite nous saurons comment réagir », vitupère de son côté Pulchérie Edith Gbalet, qui était au nombre de ceux qui voulaient organiser un sit-in devant le siège de la CEI. La présidente de l’Alternative citoyenne ivoirienne (ACI), particulièrement active depuis sa tentative ratée de faire naître un mouvement de « Gilets Oranges » ivoiriens en décembre 2018, était au nombre de ceux qui voulaient organiser le sit-in devant la CEI. Mais mardi, elle n’état pas présente dans la délégation.

Plus nuancé, Hervé Delmas Kokou, directeur exécutif d’Amnesty Côte d’Ivoire, ne s’en montre pas moins critique. « Nous assistons de façon récurrente à l’interpellation d’acteurs de l’opposition et de la société civile, suite à des actes relevant de leur statut. Ces arrestations sans motifs valables sont des prétextes qui portent atteinte aux droits et libertés défendus par la Constitution ivoirienne », estime le directeur de l’ONG, avant de citer « l’article 20 de la Constitution de 2016, qui dispose que “Les libertés d’association, de réunion et de manifestation pacifiques sont garanties par la loi” ».

Vers un recours devant le Conseil constitutionnel

Christophe Kouamé, président de Citoyens et participation (CIVIS Côte d’Ivoire), une association d’éducation citoyenne, appelle de son côté à une mobilisation contre le nouveau code pénal, adopté le 19 juin dernier, responsable à ses yeux des interpellations visant de ceux qu’il qualifie de « dissidents ».

« La société civile, les syndicats, les partis politiques de l’opposition doivent lire – ou relire – le nouveau code pénal ivoirien et l’intégrer dans toutes leurs actions futures, en raison de son caractère restrictif sur les libertés individuelles », assure-t-il.

Parmi les points que l’activiste soulève, il y a notamment l’obligation désormais faite à toute personne souhaitant organiser une manifestation d’obtenir au préalable une autorisation des autorités. Jusque-là, les manifestations étaient soumises au régime de la simple déclaration. Une disposition que le CIVIS  envisage de porter devant le Conseil constitutionnel pour obtenir son annulation. « Si nous n’obtenons pas gain de cause, nous irons sûrement encore devant la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples », prévient-il.

Jeuneafrique.com par André Sylver Konan – à Abidjan

Congo: Arrestation de cinq activistes à Brazzaville

octobre 13, 2016

 


Andréa Papus Ngombet, coordinateur du Collectif Sassoufit

Andréa Papus Ngombet, coordinateur du Collectif Sassoufit

Ces personnes ont été arrêtés le 11 octobre dans le nord de la capitale congolaise, alors qu’ils prenaient part à l’organisation d’une activité pacifique prévue pour le 14 octobre.

Selon Andréa Papus Ngombet, coordinateur du Collectif Sassoufit, les cinq activistes, dont une femme et un bébé, sont venus de Bacongo (au Sud de Brazzaville) pour prêter main forte à une équipe qui préparait une réunion pour le 14 Octobre [dans un quartier au nord de la capitale]. Ils étaient censés à mettre des affiches et dans des besoins petits logistiques.

« Il leur est reproché d’être des ninjas. Dans l’imaginaire de ce régime [de Brazzaville], dès qu’on est ressortissant du sud de Brazzaville et spécifiquement lari, on est ninja », déplore-t-il explique à VOA Afrique.

La manifestation programmée s’inscrit dans le cadre de la lutte pour la démocratie et la vérité des urnes car « nous estimons que l’élection a été volée en mars dernier », affirme à VOA Afrique le coordinateur du Collectif Sassoufit.

Pour Andréa Ngombet, ce genre d’arrestations ne semble être qu’une facette d’une certaine politique dont le département du Pool serait victime.

« En regardant les rapports [sur les droits humains] et les témoignages du terrain, depuis toujours, les personnes visées sont en majorité [celles qui vivent] dans les zones de peuplement de l’ethnie larie. Donc par déduction absolument logique, nous insistons que, comme en 1998, il s’agit d’une épuration ciblant le peuple Bakongo », accuse encore Andréa Ngombet Malewa.

Il dénonce aussi les menaces dont seraient victimes les proches des activistes. Son père, Emmanuel Ngombet, a été interpellé le 7 octobre 2016. Il aurait été somme de faire pression sur son fils pour qu’il cesse son activisme contre le pouvoir en place.

Le coordinateur du Collectif Sassoufit estime que le drame du Pool, est le drame du Congo tout entier.

Voa.com