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Ethiopie: Des milliers de manifestants à Addis-Abeba en soutien au gouvernement

novembre 7, 2021

ETHIOPIE: DES MILLIERS DE MANIFESTANTS À ADDIS-ABEBA EN SOUTIEN AU GOUVERNEMENT

© Reuters/TIKSA NEGERI 

ADDIS-ABEBA (Reuters) – Des dizaines de milliers d’Ethiopiens ont manifesté dimanche à Addis-Abeba en soutien au gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed, alors que les combats se poursuivent entre l’armée et les rebelles tigréens qui menacent de marcher sur la capitale.

Des manifestants scandaient des slogans hostiles aux Etats-Unis, pays qui a appelé à un cessez-le-feu en Ethiopie, à l’instar du Conseil de sécurité de l’Onu, de l’Union africaine, du Kenya et de l’Ouganda.

L’armée éthiopienne a appelé vendredi ses soldats retraités à revêtir l’uniforme pour participer à la guerre contre les rebelles du Tigré, alors que neuf groupes antigouvernementaux ont annoncé une alliance visant à chasser du pouvoir le Premier ministre.

La nouvelle alliance est constituée autour du Front populaire de libération du Tigré (TPLF), dont le soulèvement contre le gouvernement d’Addis-Abeba a fait des milliers de morts et plus de deux millions de déplacés depuis un an.

Par Reuters avec (Bureaux d’Addis-Abeba et Nairobi, rédigé par Duncan Miriri; version français Sophie Louet)

Éthiopie : quelles sont encore les options d’Abiy Ahmed ?

novembre 7, 2021
Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, en 2018. © ALEX WELSH/The New York Times-REDUX-REA

Alors qu’Addis-Abeba se prépare à un possible assaut des combattants du TPLF alliés à ceux de l’OLA, le Premier ministre éthiopien est au pied du mur. Et les pays voisins s’inquiètent des répercussions de la crise.

Abiy Ahmed peut-il encore renverser la situation à son avantage ? Jamais depuis qu’il est arrivé au pouvoir, en avril 2018, sa situation n’avait paru aussi précaire. La guerre a certes commencé il y a un an, les choses se sont accélérées ces dernières semaines. Fin octobre, le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) a en effet revendiqué la prise de deux villes stratégiques, Dessie et Kombolcha, situées à 400 km au nord d’Addis-Abeba. Le 3 novembre, l’Armée de libération oromo (OLA), qui a fait alliance en août avec le TPLF, a affirmé que l’arrivée de ses combattants dans la capitale était désormais « une question de mois, si ce n’est de semaines ».

En réponse, le gouvernement fédéral a annoncé un couvre-feu et a exhorté les habitants d’Addis-Abeba à se préparer à défendre la ville, qualifiant le conflit de « guerre existentielle ». Mais il est de plus en plus clair que les options d’Abiy Ahmed s’amenuisent rapidement.

Ni vainqueur ni vaincu

Le Premier ministre pourrait se résigner une guerre d’usure, mais l’armée fédérale a subi de multiples défaites, particulièrement au cours des cinq derniers mois, et elle est démoralisée. Malgré ses dernières offensives et les frappes aériennes qui ont visé Mekele, la capitale du Tigré, les forces du TPLF ont encore gagné du terrain dans les régions Afar et Amhara, permettant une expansion géographique du conflit dont les répercussions pourraient se faire sentir pendant des décennies.

L’OLA a également fait des progrès significatifs. Ses annonces – de plans de marche sur Addis-Abeba et de formation d’une alliance politique plus large – suggèrent que les rebelles travaillent déjà à une transition post-Abiy.

Celui-ci pourrait tenter de trouver un accord avec ses adversaires, d’autant qu’il est de plus en plus évident qu’il s’agit d’une guerre qui n’aura ni vainqueur ni vaincu, toutes les parties s’étant rendues coupables de violations des droits de l’homme et de possibles crimes de guerre, selon une récente enquête des Nations unies. Même s’il n’est pas exclu qu’Abiy parvienne à sauver son pouvoir, un accord de paix lui offrirait, le cas échéant, la possibilité de négocier son départ et les contours d’une transition en bonne et due forme.

Les dirigeants du Tigré ont insisté sur le fait que leur objectif immédiat était de lever le blocus imposé à leur région, mais leurs visées à plus long terme ne sont toutefois pas claires. Faut-il y voir un indice ? On connaît le nom de l’alliance rebelle qui sera bientôt formée : le Front uni des forces fédéralistes éthiopiennes.

Inquiétude régionale

Cette escalade du conflit, qui a coûté des milliers de vies et entraîné le déplacement de millions de personnes, a d’ores et déjà ébranlé l’Afrique de l’Est. Elle intervient dans un contexte marqué par un récent coup d’État et des contre-manifestations au Soudan voisin et par la pandémie de Covid-19.

Le 4 novembre, le ministre ougandais des Affaires étrangères a fait savoir que Yoweri Museveni avait convoqué une réunion des dirigeants de la région, le 16 novembre, pour discuter de la crise éthiopienne. En octobre, le président ougandais avait fait d’Amama Mbabazi, ancien Premier ministre et candidat malheureux lors de l’élection présidentielle de 2016, son envoyé spécial au Soudan du Sud et en Éthiopie, mais cela n’a permis aucune avancée.

Le 3 novembre, c’est Uhuru Kenyatta qui avait appelé au dialogue entre les belligérants et a proposé l’aide du Kenya pour « assister le processus de la manière que les Éthiopiens eux-mêmes jugerait appropriée. » « Les hommes et les femmes du gouvernement éthiopien, dirigé par mon cher frère, le Premier ministre, ainsi que les hommes et les femmes qui combattent ce gouvernement doivent cesser immédiatement les combats et dialoguer », a-t-il ajouté dans un communiqué.

Le conflit dure depuis un an maintenant, mais les voisins de l’Éthiopie sont jusqu’à présent restés relativement en retrait, en dépit de l’aggravation rapide de la crise humanitaire et du risque d’une plus grande instabilité dans le pays le plus peuplé de la région.

Multiples répercussions

Mais alors que la plupart des dizaines de milliers de personnes qui ont fui les combats dans le Tigré ont trouvé refuge au Soudan, l’extension du conflit plus au Sud, vers Addis-Abeba, pourrait entraîner un afflux de réfugiés vers d’autres pays. Certains ont d’ores et déjà été signalés jusqu’à Nairobi, la capitale du Kenya qui partage, avec l’Éthiopie, une frontière de 861 km de long.

Dans une déclaration publiée le 3 novembre, le porte-parole de la police kenyane, Bruno Shioso, a d’ailleurs déclaré que le pays avait « renforcé la sécurité et la vigilance le long des frontières kenyanes et dans d’autres zones critiques » et demandé à ses citoyens de signaler « les cas suspects d’étrangers sans papiers ».

LA CHUTE POTENTIELLE D’ABIY SIGNIFIERAIT PROBABLEMENT LA FIN DE L’ACCORD DE PAIX PASSÉ AVEC L’ÉRYTHRÉE

La guerre en Éthiopie pourrait également avoir d’autres répercussions régionales. La chute potentielle d’Abiy signifierait très probablement la fin du jeune accord de paix passé avec l’Érythrée. Il pourrait également modifier les relations avec Mogadiscio, où le président Mohamed Abdullahi Mohamed « Farmaajo » est confronté à de multiples crises. Ces derniers mois, le président somalien a travaillé en étroite collaboration avec Addis-Abeba et Asmara, y compris au Tigré, espérant sans doute diminuer la dépendance de son pays vis-à-vis de Nairobi.

L’administration d’Abiy Ahmed a jusqu’à présent résisté aux pressions de la communauté internationale et aux appels au dialogue. Le Premier ministre éthiopien pourrait-il assouplir ses positions ? L’envoyé spécial des États-Unis pour la Corne de l’Afrique, Jeffrey Feltman, est arrivé à Addis-Abeba, le 4 novembre, pour plaider en faveur d’un cessez-le-feu, mais ses chances de succès sont faibles.

Avec Jeune Afrique par Morris Kiruga – The Africa Report

Ce que la réforme de l’Union africaine va changer

février 6, 2021
Au siège de l’Union africaine, à Addis-Abeba, en 2016.

Le 34ème sommet de l’Union africaine s’ouvre samedi à Addis-Abeba et devrait notamment reconduire Moussa Faki Mahamat à la tête de la Commission. Il s’agira de la première élection depuis le processus de réformes entamé en 2016.

Ce samedi 6 février s’ouvre, à Addis-Abeba, le 34ème sommet des chefs d’État de l’Union africaine (UA). Au cours de ce rendez-vous, qui se déroulera pour l’essentiel en visioconférence, le Congolais Félix Tshisekedi prendra le relais du Sud-Africain Cyril Ramaphosa à la présidence tournante de l’organisation et Moussa Faki Mahamat devrait être reconduit à la tête de la Commission de l’UA.

Si le Tchadien est l’unique candidat à sa propre succession, cette élection n’est pas pour autant dénuée d’enjeux : il s’agira de la première depuis que le processus de réformes confié au Rwandais Paul Kagame et porté par Moussa Faki Mahamat a été lancé. « Nous sommes à la fin d’un processus qui a commencé en juin 2016 », commente Pierre Moukoko Mbonjo, ex-ministre camerounais des Relations extérieures, qui pilote la cellule de mise en œuvre de la réforme institutionnelle de l’UA. Ces changements sont censés rendre l’organisation plus efficace mais aussi la recentrer sur ses missions prioritaires.

Parité et fiches de poste

S’il est réélu, Moussa Faki Mahamat devra nécessairement être secondé par une vice-présidente – c’est désormais la règle. À l’inverse, si une femme devait reprendre les rennes de cette instance, son vice-président serait un homme. Que Moussa Faki Mahamat soit le seul candidat induit que le mandat du Ghanéen Kwesi Quartey à la vice-présidence ne sera pas reconduit. Kigali, qui vise le poste, a présenté la candidature de l’économiste Monique Nsanzabaganwa, gouverneure adjointe de la Banque nationale du Rwanda. La même règle s’appliquera désormais pour l’élection des commissaires : une parité parfaite devra être respectée, dans le respect des équilibres régionaux.

Les modalités de présélection ont quant à elles radicalement changé et sont d’ores et déjà en cours d’expérimentation. Pour le renouvellement des membres de la Commission, les chefs d’État ont ainsi élaboré des fiches de poste précises pour chaque département retenu. La réforme ayant réduit à six le nombre de commissaires, huit postes sont à pourvoir, dont la présidence et la vice-présidence.

Fin mai, les fiches ont été adressées au conseiller juridique de la Commission, lequel a publié sur le site internet de l’organisation un appel à candidatures ouvert aux ressortissants des États membres de l’Union. Ceux-ci disposaient alors de trois mois pour déposer leurs dossiers sur le bureau du doyen des ambassadeurs – accrédités auprès de l’UA – de leurs régions respectives. Une étape censée inciter les États à se concerter au préalable au niveau régional.

Ensuite, ledit doyen saisit le Conseiller juridique de la Commission, qui lui-même transmet les dossiers à un panel de « sages » composé de personnalités africaines choisies dans chacune des cinq régions du continent. Si celui-ci est supposé compter cinq membres, on n’en recense pour l’instant que quatre, l’Afrique du Nord n’ayant pas encore pu désigner son représentant : le Camerounais Philémon Yang (Centre), l’Éthiopienne Konjit Sinegiorgis (Est), le Namibien Tuliameni Kalomoh (Sud) et le Gambien Hassan Bubacar Jallow (Ouest).

Pouvoir sur les commissaires

Pour assister le panel dans son travail de présélection des dossiers de candidature, l’Union africaine a recruté le cabinet de conseil et d’audit PwC Afrique. Chaque prétendant, soutenu par son gouvernement, est ainsi évalué. La liste définitive, établie à la suite des entretiens, a été envoyée le 7 octobre aux États-membres et en particulier aux dix-huit pays ayant présenté un ou des candidats.

S’agissant du président et de la vice-présidente, le processus de sélection est plus politique. Il prévoit, entre autres étapes, un débat radiodiffusé opposant les candidats. Moussa Faki Mahamat étant le seul candidat en lice, cette confrontation n’aura pas lieu cette année.

L’ORGANISATION NE TIENDRA DÉSORMAIS QU’UN SEUL GRAND SOMMET ANNUEL, AU LIEU DE DEUX

Jusqu’à présent, les États membres de l’UA élisaient non seulement le président de la Commission mais aussi, directement, son vice-président et chacun des commissaires. Cela avait pour conséquence de saper l’autorité du président de la Commission, qui n’avait pas le pouvoir de nommer ou de révoquer un commissaire. Cette situation avait été identifiée comme problématique dès 2007 dans un rapport signé par le Nigérian Adebayo Adedeji, mais dont les conclusions étaient restées lettre morte. Lors du sommet extraordinaire de juin 2018, le problème avait été de nouveau posé dans la proposition de réforme, mais la majorité des États s’était opposée à l’idée de faire du président de la Commission un « dictateur » ayant pouvoir de nommer et révoquer les commissaires.

Décision a également été prise de ne garder qu’un seul grand sommet annuel de l’organisation au lieu de deux. Le sommet anciennement convoqué en juin est censé ne plus être qu’une réunion de coordination entre les communautés économiques régionales.

Il fallait également recentrer l’UA sur ses missions prioritaires. Quatre domaines ont donc été identifiés et serviront de boussole à la nouvelle commission : les affaires politiques ; la paix et la sécurité ; l’intégration économique (Zlecaf) et la représentation globale du continent.

Avec Jeune Afrique par Georges Dougueli