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Mali : les troupes françaises atteignent Kidal

janvier 30, 2013
L'aéroport de Kidal, le 7 août 2012. L’aéroport de Kidal, le 7 août 2012. © AFP/Romaric Hien

Les troupes françaises sécurisaient, mercredi 30 janvier au matin, l’aéroport de Kidal. Paris souhaite désormais que les troupes africaines prennent le relais de son action au Nord-Mali.

Quelque 48 heures après les prises de Gao et Tombouctou, c’est au tour de Kidal, la troisième ville du Nord-Mali d’être atteinte par l’armée de reconquête. Des soldats français ont pris position, mercredi 30 janvier au matin, sur l’aéroport du fief de Iyad Ag Ghali, chef d’Ansar Eddine, lequel aurait pris la fuite avec l’émir d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) en direction des montagnes proches de la frontière algérienne.

« Un avion français s’est posé sur la piste de l’aérodrome de Kidal. Les soldats ont pris position sur l’aérodrome », a déclaré un responsable de l’administration locale. Un témoignage confirmé par des notables touaregs de la région et une source de sécurité régionale.

MIA ou MNLA ?

La question est désormais de savoir si des islamistes ou des rebelles touaregs, jusque-là alliés, tenteront de résister – activement ou passivement – à la reprise de la ville par les forces franco-maliennes. Deux entités prétendent contrôler la ville. Un groupe dissident d’Ansar Dine, qui se dit favorable aux négociations avec Bamako, le Mouvement islamique de l’Azawad (MIA). Et le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), par qui la rébellion avait débuté au début de 2012, mais qui avait été chassé du Nord par Ansar Eddine et Aqmi.

L’assemblée malienne adopte une feuille de route

À Bamako, les députés ont voté mardi à l’unanimité la mise en place d’une « feuille de route » politique, qui prévoit une discussion avec certains groupes armés dans le cadre de la « réconciliation nationale ». Elle ne fixe aucune date pour la tenue d’élections, mais le président malien par intérim Dioncounda Traoré a déclaré à Addis Abeba qu’il espérait qu’elles pourraient avoir lieu avant le 31 juillet. Du moins si les militaires putschistes emmenés par Amadou Haya Sanogo restent dans leurs casernes.

Le MNLA, discrédité, n’a cependant pas formellement renoncé à l’indépendance de l’Azawad, ce qui n’est en revanche pas l’objectif du MIA. Son chef, Algabass Ag Intalla, notable touareg de la région de Kidal, a affirmé sa volonté de « dialogue » et serait, si ses intentions sont sincères, un représentant crédible de la communauté touarègue pour discuter avec Bamako.

Craignant des représailles de la part de l’armée malienne, des centaines de personnes ont fui Kidal vers des villages plus au nord, vers l’Algérie, selon le Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU, qui affirme que l’accès à la nourriture et aux biens de première nécessité a été sérieusement affecté par le conflit et la fermeture de la frontière.

Risques d’exactions

Face aux « risque d’exactions », le Premier ministre français Jean-Marc Ayrault a souhaité « le déploiement rapide d’observateurs internationaux » pour veiller « au respect des droits de l’homme ». Human Rights Watch (HRW) avait évoqué dès lundi « des risques élevés de tensions inter-ethniques » dans le Nord, où la rivalité est forte entre les minorités arabes et touareg souvent assimilées à des islamistes, et les Noirs, majoritaires au Mali. Des pillages de boutiques appartenant à des « peaux blanches » ont ainsi été nombreux à Tombouctou, mardi matin.

De son côté, le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, a affirmé au journal Le Parisien que les forces françaises quitteraient « rapidement » le Mali. « Libérer Gao et Tombouctou très rapidement faisait partie du plan », a expliqué le ministre. « Maintenant, c’est aux pays africains de prendre le relais. Nous avons décidé de mettre les moyens en hommes et en matériel pour réussir cette mission et frapper fort. Mais le dispositif français n’a pas vocation à être maintenu. Nous partirons rapidement. »

« Nous en avons tué beaucoup »

Interrogé sur une éventuelle stratégie des jihadistes consistant à se cacher pour mieux contre-attaquer par la suite, Fabius a répondu : « Nous en avons tué beaucoup. (…) Les terroristes sont désorganisés. Très atteints. Ils savent que nous pouvons écouter leurs moyens de communication, ce qui limite leur capacité de réaction ».

Sur le terrain, 3 500 soldats français et 1 400 soldats ouest-africains, ainsi qu’un contingent tchadien, sont déployés au côté de l’armée malienne. Au total, 8 000 soldats africains sont attendus mais leur déploiement est ralenti par des problèmes de financement et de logistique.

Jeuneafrique.com avec AFP