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Cameroun : que veulent (vraiment) les Bamilékés ?

avril 12, 2017

Funérailles d’un notable bamiléké le 25 mars à Baham. © Max Mbakop POUR JA

Alors que le monde des affaires est depuis longtemps le terrain de jeu favori de nombre d’entre eux, la sphère politique leur résiste encore. À moins qu’elle ne les intéresse pas vraiment…

Meubles et accessoires scintillants, imposantes colonnes avec des moulures en or 24 carats… La pièce rappelle le penthouse new-yorkais de Donald Trump. Nous sommes au siège social du groupe Congelcam, dans la salle d’attente de son président, Sylvestre Ngouchinghé…

Au téléphone, on imagine un milliardaire distant. On découvre en fait un homme chaleureux, rieur, qui assure n’avoir rien à nous dire, rien à cacher non plus. Il vient du monde rude des vendeurs de poissons à l’étal, mais accapare désormais 80 % du marché des produits de la mer au Cameroun et déclare un chiffre d’affaires annuel de 150 milliards de F CFA (environ 2,3 millions d’euros).

Lors des sénatoriales de 2013, ce natif de Bamougoum aurait aimé être l’un des candidats du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir), dans la région de l’Ouest, « parce que c’était nouveau ». Le parti n’en a pas voulu, lui proposant de se présenter aux législatives, offre qu’il a déclinée, la jugeant trop chronophage.

Surnommé « Congelcam », l’industriel a finalement été désigné par Paul Biya pour suppléer Marcel Niat Njifenji, sénateur de la région de l’Ouest, par ailleurs président du Sénat. De quoi faire grimper l’estime de l’entrepreneur pour le régime Biya, qui lui a permis de se bâtir un destin de milliardaire.

Riches ? Nombreux ? Nul ne peut l’affirmer.

Sylvestre Ngouchinghé fait pourtant partie de ces Bamilékés qu’on dit trop riches, trop nombreux, et qui nourriraient des ambitions hégémoniques. Riches ? Si les grands groupes privés locaux appartiennent en majorité à des entrepreneurs originaires de l’Ouest, l’économie camerounaise est dominée par les entreprises étrangères.

Nombreux ? Nul ne peut l’affirmer : le dernier recensement date, et la mention « race bamilékée » ne figure plus sur les registres d’état civil depuis 1987. Mais les Bamilékés restent le groupe ethnique le plus disséminé sur l’ensemble du territoire camerounais, où, souvent commerçants, ils tentent de prospérer, passant aux yeux de certains pour des envahisseurs. Dans un article du Monde diplomatique d’août 1965, ils sont décrits comme « une communauté intelligente, industrieuse, orgueilleuse […], remuante et progressiste ».

Unité

PDG du groupe Afriland (une trentaine d’entreprises dans une vingtaine de pays), Paul Fokam Kammogne est, aux yeux des Camerounais – et à son corps défendant –, l’emblématique Bamiléké déterminé à conquérir le pouvoir. Il refuse d’obéir à une quelconque injonction de se déclarer pour l’aventure présidentielle, en particulier en tant que « personnalité bamilékée nantie », lui qui revendique un profil international. « C’est un cliché qui alimente les fantasmes et met à mal l’unité nationale », plaide l’industriel.

Pour André Siaka, autre candidat idéal identifié par l’opinion, « voir dans les réalisations et les actions d’opérateurs économiques une stratégie pour accéder au pouvoir est dangereusement réducteur. La politique relève d’abord d’une aventure individuelle, et [il n’est] pas intéressé ».

Vous ne pouvez pas développer les entreprises du pays si vous n’êtes pas allié au pouvoir.

À la tête de Routd’Af, un groupe de travaux publics qui s’est imposé, en moins de trois ans, dans un secteur jusqu’ici dominé par les entreprises étrangères, l’ancien directeur général des Brasseries du Cameroun estime que politique et entrepreneuriat sont incompatibles. Membre du RDPC, il se déclare pourtant apolitique. « Vous ne pouvez pas développer les entreprises du pays si vous n’êtes pas allié au pouvoir. Si j’avais été dans l’opposition, je n’aurais pas hissé l’organisation patronale à son niveau actuel », confie encore cet ex-président du Groupement interpatronal du Cameroun (Gicam).

Secrétaire national aux droits de l’hHomme au sein du Social Democratic Front (SDF, le principal parti d’opposition), Célestin Djamen juge délétère le climat autour de ces industriels. « Notre système de gouvernance ne favorise pas l’identification de profils méritants. Désigner une tête qui dépasse, c’est la jeter en pâture. » De bonnes âmes leur recommandent de ne pas descendre dans l’arène – ils auraient trop à perdre –, mais de se poser en faiseurs de rois. « Afriland est dans le viseur de l’État depuis que les spéculations donnent Fokam Kammogne candidat », affirme l’un de ses proches, qui lui conseille de « discuter les yeux dans les yeux avec le président Paul Biya ».

À chacun  « son » Bamiléké

Pourtant, tous les régimes ont gouverné en s’appuyant sur les Bamilékés. Un ex-conseiller juridique à la présidence de la République sous Ahmadou Ahidjo, puis sous Biya, rappelle que les deux présidents ont eu chacun « leurs » Bamilékés, qui ont toujours fait partie de la crème de l’élite et du premier cercle du pouvoir.

Il se souvient ainsi de l’inamovible ministre de l’Intérieur d’Ahmadou Ahidjo, Enock Kwayep, aux affaires sans discontinuer pendant plusieurs décennies. Ou encore de son très proche conseiller de l’ombre Samuel Kame. Réputé rude et connu pour ses outrances verbales, il était si dévoué à Ahidjo qu’après le départ de ce dernier il n’avait pas souhaité se mettre au service de Paul Biya.

Pour notre conseiller, le casting était plus prestigieux sous Ahidjo, avec des personnalités fortes comme Victor Kamga, ministre de la Justice du premier gouvernement postindépendance, en 1960, qui sera démis de ses fonctions de ministre de l’Information en 1966, puis jeté en prison.

En comparaison, les Bamilékés de Paul Biya semblent bien pâlots. Certes, on a connu la bouillonnante Françoise Foning, femme d’affaires et maire de Douala IV, Tchouta Moussa, ex-directeur général de l’Office national des ports du Cameroun, et Augustin Kontchou Kouomegni, ex-ministre de la Communication, ardents défenseurs du régime. Les deux premiers sont décédés, le troisième ne fait plus guère parler de lui.

procès. Si les partisans de Marcel Niat Njifenji, deuxième personnalité de l’État, veulent bien croire qu’il tire les ficelles en coulisses, ses détracteurs, eux, le disent « inoffensif et inaudible » à cause de son passé de directeur général de la société d’électricité Sonel, rebaptisée Eneo (son immense fortune viendrait de la fourniture à ladite Sonel, via sa propre société, d’eucalyptus utilisés comme poteaux électriques). L’homme passe l’essentiel de son temps dans son ranch de Nkafeng, à une vingtaine de kilomètres de Bangangté, à régler les litiges dans les chefferies voisines.

Tant qu’il vit, le président national du parti reste le candidat naturel à l’élection présidentielle.

Secrétaire général national du RDPC, Jean Nkueté non plus n’est pas épargné, ni par « ses frères » ni par des personnes de l’ethnie du président, qui lui font régulièrement des procès en incompétence. « Pourtant, relève le politologue Manassé Aboya Endong, excepté le défunt Charles Doumba, il est le plus influent des secrétaires généraux que le parti ait connus. Discret, il reste un conseiller très écouté. » Biya et Nkueté cheminent ensemble depuis quatre décennies.

De tous les collaborateurs du président à la primature, il est l’un des rares encore à ses côtés. « Niat et Nkueté considèrent Biya comme un frère et ne le trahiraient pas pour suivre un son de cloche tribal, ajoute Aboya Endong. Tant qu’il vit, le président national du parti reste le candidat naturel à l’élection présidentielle. Une révolution de palais n’est pas envisageable. Si des prétentions devaient se manifester, ce serait forcément en dehors du parti. »

Au Cameroun, il suffit parfois de se rêver un destin présidentiel pour trouver « ses Bamis ». C’est le cas de Joseph Owona, chancelier de l’université de Yaoundé au milieu des années 1980. Lui se tourne vers Bernard Fokou, propriétaire de la célèbre boucherie Ben le boucher. Il lui obtient l’exclusivité de l’approvisionnement du restaurant universitaire en produits frais.

Fokou se lance, par la suite, dans la quincaillerie. Encarté au RDPC, ce dernier détient aujourd’hui la plus grosse entreprise à capitaux camerounais. Son nom apparaît souvent dans la bien connue sous-commission de l’intendance et de la logistique, qui réunit les militants les plus fortunés et se charge du financement des événements d’envergure organisés par cette formation politique.

Représailles

Les hommes d’affaires bamilékés financent rarement un candidat non issu du parti au pouvoir, par crainte de représailles. Ex-militant du RDPC, deux fois candidat à l’élection présidentielle sous la bannière de son propre parti (Dynamique pour la renaissance nationale), Albert Dzongang raconte à l’envi cet épisode rocambolesque de sa campagne de 1997 : il avait reçu 10 millions de F CFA des mains d’un homme d’affaires, lequel ne s’était pas gêné pour les lui reprendre en découvrant qu’il se présentait contre Biya. L’argument du mécène : « Le président a les yeux et les oreilles partout. »

Pour s’investir, s’afficher et affirmer ses positions envers un candidat, mieux vaut être sûr de miser sur le bon cheval. Dans les années 1990, Joseph Kadji Defosso avait payé cher son soutien au SDF et avait dû rectifier le tir après la défaite de cette formation. Penaud, il était revenu au RDPC. Célestin Djamen (SDF) déplore « les intimidations systématiques, qui se traduisent par des redressements fiscaux fantaisistes et punitifs » et le fait que tout opérateur économique de poids soit obligé d’adhérer au parti au pouvoir.

Le militant du SDF ne s’explique d’ailleurs pas pourquoi, en hommes d’affaires aguerris, ces entrepreneurs ne créent pas des sociétés anonymes ni pourquoi ceux qui ont investi ailleurs qu’au Cameroun ne décident pas de délocaliser leurs activités s’ils se sentent menacés. L’État en pâtirait, et cela pourrait servir de leçon.

Ainsi, pas un seul industriel de l’Ouest ne serait prêt à soutenir ouvertement un candidat autre que celui du RDPC. Ce qui n’empêche pas certains journaux de faire état de notes secrètes des services de renseignements camerounais sur des patrons pro-RDPC le jour, pro-MRC (Mouvement pour la renaissance du Cameroun) la nuit, lesquels s’apprêteraient à financer la campagne de Maurice Kamto, en 2018, par des entreprises du Gicam, à la demande de Siaka.

La solidarité bamilékée, un leurre ?

Mais « c’est oublier qu’un microtribalisme prévaut entre Bamilékés. Victor Fotso ne pourrait pas financer Kamto : l’un est bandjoun, l’autre baham », soutient l’universitaire Ambroise Kom en pointant la concurrence que se livrent parfois des personnes d’un même village.

Si Albert Dzongang reconnaît que la solidarité bamilékée, tant vantée, est un leurre, hormis lors de funérailles, il est reconnaissant à Kadji Defosso de l’avoir toujours soutenu. Notamment lorsqu’il s’était lancé à la conquête du secrétariat de la section du RDPC du Littoral, à Douala, au début des années 1990.

Le milliardaire avait alors réuni les dignitaires bamilékés pour leur rappeler que c’était l’unique chance pour l’un des leurs de jouer un rôle majeur dans le département, le délégué du gouvernement et le gouverneur étant nommés par le président de la République. Au sortir de la réunion, cinq des participants s’étaient dépêchés de vendre la mèche, en dépit d’un pacte qu’ils avaient conclu par un rite.

De même, pendant les séries de grèves baptisées « villes mortes », en 1990, lors de la création du Laakam (un think tank censé défendre les intérêts et penser l’avenir des Bamilékés au sein de la République), la trahison était venue de l’intérieur. Non seulement très peu d’entre eux s’y étaient associés, mais certains avaient même dévoilé le projet au gouvernement.

En réaction au Laakam, les Bétis-Bulus (l’ethnie du président Paul Biya) avaient créé le groupe Essingan, qui reste opérationnel. « Parce qu’ils mettaient au point de véritables stratégies de conservation de pouvoir. Ils réfléchissaient et écoutaient leurs intellectuels. Les Bamilékés, eux, sont des féodaux qui attachent trop d’importance à l’argent. Seule la parole de celui qui a le plus gros portefeuille compte », regrette Ambroise Kom. « Le parti au pouvoir exploite les divisions de cette société atomisée, analyse Manassé Aboya Endong. Il a des relais locaux, dont les chefs traditionnels, prêts à suivre les pontes de Yaoundé plutôt que les leurs. »

Les Bamilékés, champions des intrigues, ne font pas de la politique : ils se contentent de plaire au chef afin d’assurer leurs arrières.

Albert Dzongang jure que « les Bamilékés, champions des intrigues, ne font pas de la politique : ils se contentent de plaire au chef afin d’assurer leurs arrières ». Cet ancien directeur de campagne de Paul Biya, connu pour son franc-parler, se remémore, amusé, les obsèques en 2014 de l’ex-édile de Bangou, Rosette Mboutchouang, la mère de la première dame (Chantal Biya).

À cet effet, le président du Sénat avait lancé un appel à cotisations. Non pas que la famille fût dans le besoin, mais il s’agissait surtout de repérer les pingres, forcément « opposants ». « C’était amusant de les voir s’agglutiner pour se faire tirer le portrait, comme preuve ultime de leur présence, donc de leur loyauté. »

Vice-président de l’Assemblée nationale et membre du comité central du RDPC, le député Théodore Datouo, qui se vante d’être à l’origine de l’installation de Rosette Mboutchouang à l’Ouest, regrette lui aussi que les Bamilékés ne s’intéressent pas vraiment à la politique, même au sein de l’hémicycle.

Il se souvient qu’ils avaient tous été « sonnés » par l’arrestation d’Yves Michel Fotso. Une humiliation pour son père, Victor, capitaine d’industrie, très proche du pouvoir. « Nos autres collègues avaient parié sur notre mobilisation. Elle n’est jamais venue… » Détenu depuis 2010, l’homme d’affaires compte désormais sur le seul soutien de Shanda Tonmé, l’un des derniers gardiens du Laakam.

Audace

Selon Célestin Djamen, qui se dit contre l’avènement d’une « République ethnique », cela traduit un manque d’audace. André Siaka s’agace de l’idée selon laquelle les Bamilékés auraient peur d’aller à la conquête du pouvoir. « C’est un a priori qui éloigne du cœur du problème. Aujourd’hui, les règles du jeu permettent-elles à tout citoyen qui le souhaite d’accéder au pouvoir correctement ? Le courage, c’est d’agir en conformité avec des valeurs qui fédèrent. »

S’il admet que, comme dans d’autres tribus, peu de Bamilékés sont disponibles pour l’aventure politique, Manassé Aboya assure qu’ils ne pourront pas remporter seuls l’élection présidentielle. Les Bétis-Bulus non plus, si les Bamilékés et les Nordistes se soutiennent. Loin de souhaiter l’arrivée d’une tribu ou d’une ethnie au pouvoir – « un pays ne se résume pas à ses tribus » – ou une quelconque rotation du pouvoir, Manassé Aboya estime qu’il faut ériger des ponts, créer des alliances entre différents groupes ethniques. « Les Bamilékés ne sont pas coupés des autres groupes ethniques. Ouverts car disséminés sur l’ensemble du territoire, ils n’ont aucun intérêt à exclure les autres. »

L’idée séduit Théophile Datouo, qui suggère un lobbying non pas en faveur d’un homme politique quelconque, mais autour d’idées et d’objectifs bien définis. Et, pour Célestin Djamen, « on pourrait commencer par une réforme du régionalisme, qui implique le retour à la méritocratie. Nul besoin d’être bamiléké pour faire cela. Tous les Camerounais sont concernés ».

Jeuneafrique.com par

France: Les trois affaires qui menacent Marine Le Pen et le Front national

février 2, 2017

La présidente du Front national est citée dans trois affaires politico-financières distinctes : les assistants européens, le financement des campagnes et la sous-évaluation de son patrimoine.

La présidente du Front national au Parlement européen, le 15 décembre 2015.

La présidente du Front national au Parlement européen, le 15 décembre 2015. FREDERICK FLORIN / AFP
Les affaires Fillon aurait pu être une occasion rêvée pour Marine Le Pen de brocarder le « système », pour jouer sur la corde du « tous pourris » et de se présenter comme la candidate irréprochable. Le silence de la présidente du Front national a donc peut-être à voir avec les trois fronts judiciaires auquels elle doit faire face à moins de trois mois de l’élection présidentielle.

Le dernier en date est l’affaire des assistants parlementaires supposés fictifs, dans laquelle Mme Le Pen a engagé un bras de fer avec le Parlement européen : faute d’avoir remboursé en janvier les 300 000 euros que lui réclamait l’assemblée (pour les salaires de deux de ses assistants qui ne l’étaient visiblement pas vraiment), la députée européenne va se voir ponctionner une grande partie de ses indemnités parlementaires. Mais ses ennuis pourraient ne pas s’arrêter là.

  1. Les assistants parlementaires européens
  2. Le financement des campagnes
  3. Le patrimoine sous-évalué de Marine et Jean-Marie Le Pen

1. Les assistants parlementaires européens

Marine Le Pen inquiétée

  • De quoi s’agit-il ?

Les vingt-trois députés européens Front national emploient, comme le leur permettent les règles européennes, une soixantaine d’assistants parlementaires pour les aider dans leur mandat depuis leur élection en 2014. Ceux-ci sont directement payés par le Parlement, dans la limite d’une enveloppe globale d’environ 24 000 euros par député.

En 2015, les instances dirigeantes du Parlement ont émis des doutes sur la réalité du travail de 29 de ces assistants parlementaires : occupant par ailleurs des postes stratégiques au sein du FN ou directement auprès de Marine Le Pen, ceux-ci ne seraient embauchés à l’Assemblée européenne que pour en percevoir les indemnités, en travaillant pour le FN plutôt que sur les dossiers européens. Certains assistants « accrédités », contractuellement tenus de vivre à Bruxelles, mettraient même très rarement les pieds dans la capitale belge.

Pourtant, les règles européennes sont claires : « Seuls peuvent être pris en charge les frais correspondant à l’assistance nécessaire et directement liée à l’exercice du mandat parlementaire des députés (…) Ces dépenses ne peuvent en aucun cas couvrir des frais liés à la sphère privée des députés. »

Si les allégations étaient confirmées, il s’agirait donc d’emplois fictifs financés par le contribuable européen – pour un préjudice évalué à 7,5 millions d’euros, étalé sur plusieurs années (2010-2016).

  • Où en est l’affaire ?

Saisi par les instances du Parlement en mars 2015, l’Office européen de lutte anti-fraude (OLAF) a mené l’enquête pendant plusieurs mois, en interrogeant les assistants soupçonnés et en examinant leurs agendas. Il a ainsi établi que l’une de ses assistantes bruxelloises de Marine Le Pen, Catherine Griset, n’avait jamais eu de bail à Bruxelles en cinq ans et que ses apparitions au Parlement étaient rarissimes ; ou qu’un autre de ses assistants, Thierry Légier, occupait en parallèle la fonction de garde du corps.

Depuis juin 2016, l’OLAF a déjà demandé à six députés frontistes de rembourser les salaires de leurs « assistants fictifs » (Marine et Jean-Marie Le Pen, Bruno Gollnisch, Mylène Troszczynski, Sophie Montel et Dominique Bilde).

Faute de s’être acquittée avant le 31 janvier 2017 des 300 000 euros qui lui étaient réclamés, Mme Le Pen va voir ses prochaines indemnités d’eurodéputée largement ponctionnées pour rembourser la somme (à laquelle s’ajouteront 40 000 euros supplémentaires en février pour Thierry Légier). La même sanction avait été appliquée à son père à l’été 2016.

Une enquête judiciaire est également en cours côté français : saisi en mars 2015 par le Parlement européen, le parquet de Paris a ouvert une instruction judiciaire en décembre 2016. Il soupçonne une « escroquerie en bande organisée » pouvant s’assimiler à du financement illégal de parti politique.

Marine Le Pen a dénoncé une persécution politique orchestrée par l’ancien président (social-démocrate) du Parlement européen Martin Schulz, avec la complicité de Manuel Valls, qui était encore premier ministre.

Elle a contre-attaqué en déposant en janvier 2017 une plainte pour « faux intellectuel » pour dénoncer une supposée collusion entre l’OLAF et le secrétaire général du Parlement européen, auteur du signalement.

Son avocat a également sous-entendu que le fait d’employer des assistants parlementaires pour effectuer un travail partisan était monnaie courante au Parlement européen, en citant les cas des socialistes espagnols ou des conservateurs polonais.

Plus globalement, l’ensemble des députés FN incriminés dénoncent le fait de devoir rembourser une somme sur la seule base d’une enquête administrative de l’OLAF, sans même avoir été jugés par la justice. C’est pourtant une procédure tout à fait classique : l’utilisation indue des indemnités fait partie du domaine de compétence de l’OLAF, qui a le pouvoir de recouvrer les sommes indues.

L’une des manières de « judiciariser » de telles enquêtes serait de substituer à l’OLAF un « parquet européen » doté de pouvoirs d’enquête et de poursuite. Problème : ce projet, dans les tuyaux européens depuis 2013, est vivement combattu par les eurodéputés FN.

2. Le financement des campagnes

Marine Le Pen pas inquiétée pour l’heure

  • De quoi s’agit-il ?

Le Front national est soupçonné d’avoir mis en place un système de financement frauduleux pour toutes ses campagnes électorales depuis l’arrivée de Marine Le Pen à sa présidence : cantonales 2011, présidentielle et législatives 2012, municipales, européennes et sénatoriales 2014, départementales et régionales 2015.

Si les personnes et les structures suspectées varient d’une élection sur l’autre, le mécanisme serait toujours le même :

  • Pour imprimer leurs tracts ou construire leurs sites web de campagne, les candidats frontistes font appel à des prestataires proches du FN (Riwal et Les Presses de France, les sociétés de Frédéric Chatillon et Axel Loustau, deux proches de Marine Le Pen).
  • Ces prestations seraient largement surfacturées aux candidats – ce qui permettrait à ces prestataires d’empocher de fortes marges (et d’en détourner une partie vers des paradis fiscaux).
  • Cela ne coûte rien aux candidats, puisque l’Etat rembourse les frais de campagne à condition de réaliser un score convenable.

Outre l’escroquerie, ces montages supposés pourraient poser trois problèmes supplémentaires :

  • Le FN aurait imposé à ses candidats de faire appel à ces prestataires en contrepartie de leur investiture, ce qui est interdit par le code électoral.
  • Le micro-parti Jeanne, utilisé comme intermédiaire dans certains cas, aurait empoché de fortes sommes en consentant des prêts très onéreux aux candidats frontistes pour financer leur campagne avant le remboursement par l’Etat.
  • Des conventions de prêt auraient été antidatées pour être éligibles au remboursement public.
  • Où en est l’affaire ?

Une première enquête judiciaire, ouverte en 2013, portait sur les campagnes présidentielle et législative de 2012. Elle a donné lieu, en octobre 2016, au renvoi en correctionnelle du FN, du parti Jeanne, de la société Riwal, de deux dirigeants du FN (le trésorier Wallerand de Saint-Just et l’un de ses vice-présidents Jean-François Jalkh) et de cinq proches de Marine Le Pen (Frédéric Chatillon, Axel Loustau, Olivier Duguet, Sighild Blanc, Nicolas Crochet). Tous devront répondre à la barre de chefs d’accusation allant de l’escroquerie au recel d’abus de biens sociaux, en passant par le faux et usage de faux.

Marine Le Pen n’a pas été inquiétée : entendue comme témoin assistée, elle a réussi à convaincre les enquêteurs qu’elle n’avait pas participé à l’organisation des législatives.

La deuxième enquête, ouverte sur la base de la cellule anti-blanchiment Tracfin, vise les quatre élections suivantes (municipales, européennes, sénatoriales et départementales). L’information judiciaire ouverte en octobre 2016 doit permettre de faire la lumière sur d’éventuelles irrégularités impliquant les mêmes prestataires du FN (Chatillon, Loustau, Duguet et Blanc).

Enfin, une troisième enquête, encore à l’étape préliminaire, a été ouverte en décembre 2016 sur la campagne pour les élections régionales. La justice s’intéresse encore une fois aux sociétés d’Axel Loustau.

  • La défense de Marine Le Pen

Elle tient en trois points :

  • Il s’agit d’un acharnement politique instruit par une justice hostile au FN.
  • Elle ne s’est jamais occupée personnellement de l’organisation des campagnes.
  • La Commission des comptes de campagne (CNCCFP) a toujours validé les comptes des campagnes du FN.

C’est oublier que c’est la CNCCFP qui a alerté la première la justice sur les soupçons pesant sur le financement des législatives, en 2013. N’ayant pas elle-même les moyens de mener ce genre d’enquête, il est classique que des enquêteurs judiciaires prennent le relai.

Mme Le Pen n’a en tout cas pas coupé les ponts avec Axel Loustau, qu’elle a chargé de gérer les finances de sa campagne présidentielle en 2017.

3. Le patrimoine sous-évalué de Marine et Jean-Marie Le Pen

Marine Le Pen suspectée

  • De quoi s’agit-il ?

Dans leurs déclarations de patrimoine de députés européens, remises en 2014, Marine Le Pen et son père Jean-Marie auraient minoré la valeur de plusieurs bien immobiliers. Ils auraient notamment sous-estimé de deux tiers la valeur de leurs parts dans la SCI détenant le célèbre manoir familial de Montretout, à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine). Cela représenterait plus de un million d’euros pour Jean-Marie Le Pen et plusieurs centaines de milliers d’euros pour sa fille.

  • Où en est l’affaire ?

Saisie par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), qui s’occupe de vérifier les déclarations de patrimoine, le parquet national financier a ouvert en janvier 2016 une enquête préliminaire visant les Le Pen.

S’il était prouvé qu’elle a omis de déclarer « une partie substantielle de son patrimoine » ou qu’elle en a fourni « une évaluation mensongère », la présidente du FN risquerait trois ans de prison, 45 000 euros d’amende et dix ans d’inéligibilité.

Son père risque plus gros, car il aurait aussi omis de déclarer un compte en Suisse et des lingots d’or repérés par la cellule anti-blanchiment Tracfin. Il fait également l’objet d’une plainte du fisc pour fraude fiscale aggravée.

La HATVP le soupçonne enfin d’avoir utilisé l’argent de son micro-parti Cotelec pour financer l’achat de la villa de La Bonbonnière, à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), en 2013. Une opération du relèverait du détournement de fonds public et pourrait retomber sur Marine Le Pen, qui a participé à l’opération immobilière grâce à un prêt de son père et siégait au conseil d’administration de Cotelec.

  • La défense de Marine Le Pen

Comme à son habitude, Marine Le Pen a dénoncé « une volonté de nuire désormais systématique et outrancière » de la HATVP et de la justice.

Sur le fond, la dirigeante du FN a estimé que « l’évaluation de parts minoritaires de SCI » du manoir Montretout effectuée par la HATVP « est totalement contradictoire et gravement surévaluée avec celle opérée, depuis de nombreuses années, par l’administration fiscale » – ce que le parquet financier pourra rapidement vérifier.

Quelques jours plus tard, le trésorier du FN Wallerand de Saint-Just avait indiqué à Mediapart que la bonne foi de Marine Le Pen était « totale », car elle avait « repris ce que déclarait son père » sur le manoir.

Lemonde.fr par  Maxime Vaudano, Journaliste au Monde.fr

Canada: l’ex-Premier ministre Harper quitte la politique pour les affaires

août 26, 2016

Ottawa – L’ancien Premier ministre conservateur Stephen Harper, chassé du pouvoir en octobre dernier après une décennie à la tête du Canada, a quitté vendredi la vie politique pour se lancer dans les affaires.

M. Harper, 57 ans, marié et père de deux enfants, a annoncé sa démission du poste de député de Calgary (ouest) qu’il occupait depuis 18 ans dans une déclaration diffusée sur YouTube et par communiqué.

Je quitte la vie politique fier de ce que notre équipe a accompli, a déclaré cet homme froid au regard bleu arctique.

Economiste de formation, né à Toronto, M. Harper va désormais proposer ses services de consultant aux entreprises souhaitant se développer à l’étranger, via une entreprise créée en décembre dernier à Ottawa, Harper & Associates Consulting Inc.

M. Harper est président du conseil d’administration et directeur-général et a formé une équipe d’experts dans la politique, la communication et les affaires, a indiqué à l’AFP sa porte-parole, Anna Tomala.

La société va travailler dans la technologie, la finance, l’énergie, les infrastructures et l’industrie, entre autres, aux Etats-Unis, en Europe, au Moyen-Orient et en Asie, a-t-elle précisé.

Chassé du pouvoir en octobre dernier par les libéraux de Justin Trudeau, M. Harper avait immédiatement démissionné de son poste de chef du parti conservateur.

La députée d’Edmonton (ouest) Rona Ambrose, 46 ans, assure depuis l’intérim jusqu’à l’élection d’un successeur, prévue en mai 2017.

– Défenseur des sables bitumineux –

Pendant ses années en politique, Stephen Harper a fait renaître l’ancien parti conservateur en le fusionnant en 2003 avec des factions de la droite moraliste.

En 2006, il met fin à treize ans de règne libéral et devient Premier ministre, formant trois gouvernements successifs jusqu’à sa sévère défaite l’an dernier aux mains des libéraux de Justin Trudeau.

Sous sa gouverne, le Canada s’est retiré du protocole de Kyoto, a multiplié les accords de libre-échange, y compris avec l’Union européenne, et a contré avec succès la crise financière de 2008 mais en enregistrant le plus important déficit budgétaire de son histoire.

En politique étrangère, son gouvernement a rompu avec la traditionnelle approche multilatérale du Canada, exhibant un soutien sans faille pour Israël et prônant la ligne dure face à la Russie après son annexion de la Crimée en 2014.

Partisan d’un Etat a minima, Stephen Harper s’est aussi fait l’ardent défenseur des sables bitumineux de l’Alberta, mais a été incapable de faire aboutir des projets clés de l’industrie comme les oléoducs, notamment le Keystone XL vers les Etats-Unis.

Il a également essuyé plusieurs camouflets de la Cour suprême du Canada dans ses efforts pour durcir les lois pénales, notamment en matière de peine minimale pour les contrevenants.

Stephen Harper laisse derrière lui un parti en porte-à-faux avec l’opinion d’une majorité de Canadiens sur plusieurs enjeux sociaux et environnementaux, comme le suicide médicalement assisté ou le réchauffement climatique.

La formation devra se donner un nouveau visage inspirant et vraisemblablement recentrer des aspects de son programme si elle espère battre les libéraux de Justin Trudeau aux législatives de 2019.

Romandie.com avec(©AFP / 26 août 2016 17h30)

Les femmes africaines, une chance inexplorée

février 22, 2016

Mariama Morou en classe de CE2,  village de Kosseye, près de Niamey, Niger.
Mariama Morou en classe de CE2, village de Kosseye, près de Niamey, Niger. Crédits : Stéphan Gladieu
Tous les bailleurs de fonds, les agences de développement, les ONG et même les sociétés d’audit le disent  : l’amélio­ration de la condition des femmes est indissociable de la croissance africaine.

Il y a d’abord ces chiffres, égrenés au fil des rapports. Les femmes produisent 80 % des ressources alimentaires du continent, mais n’y possèdent que 15 % des terres.

Tout aussi frappant  : la production agricole du Burkina Faso, selon la Banque mondiale, augmenterait de 20 % si l’on procédait à un échange des terres cultivées entre mari et femme. Autrement dit  : les hommes se gardent les meilleures terres, mais travaillent moins que leur épouse – 96 minutes de moins chaque jour, rapporte Makhtar Diop, vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique.

De fait, les Africaines sont plus fiables que les hommes pour rembourser leur microcrédit, créent plus d’entreprises, sont moins concernées par les affaires de corruption et consacrent une plus grande part de leurs revenus au bien-être de leurs enfants et de leur communauté.

Pourtant, elles continuent de subir une discrimination juridique et sociale en matière de propriété foncière, de succession, d’instruction, d’accès au crédit ou aux technologies, sans parler des violences dont elles sont les premières victimes, en particulier sexuelles.

Des personnalités exceptionnelles

Malgré la chute des cours des matières premières, des économies du continent continuent de croître, et les pays qui ont fait une place aux femmes s’en sortent mieux. Au Rwanda, elles occupent 51 des 80 sièges de l’Assemblée nationale. En Côte d’Ivoire, elles dirigent 60 % des entreprises. Au ­Sénégal, la loi sur la parité déploie ses effets.

Florence Nabukenya, 21 ans, et Diana Lalule, 26 ans, au club de filles du quartier de Kikaaya, à Kampala, Ouganda
Florence Nabukenya, 21 ans, et Diana Lalule, 26 ans, au club de filles du quartier de Kikaaya, à Kampala, Ouganda Crédits : Stéphan Gladieu

Mais la pleine expression des ressources de l’Afrique dépendra du développement de l’enseignement, de la liberté et des possibilités d’emploi en faveur des femmes. Comme le rappelle Joaquim Chissano, ancien président du Mozambique, elles doivent pouvoir choisir si et avec qui elles se marieront et déterminer elles-mêmes l’opportunité et le moment de leurs grossesses.

Pour montrer ce que vivent les Africaines et de quoi elles sont capables, Le Monde donne la parole à des personnalités exceptionnelles et inspirantes lors d’une journée de conversations et de débats, le 23 février.

Nos publications prolongeront les échanges et viendront confirmer que les femmes, davantage que le pétrole ou les diamants, représentent le potentiel le plus prometteur sur lequel le continent peut bâtir son avenir, l’investissement le plus décisif qu’il pourrait réaliser dans sa quête d’une croissance inclusive et équitable.

Amy Winehouse: son père distribue ses affaires à ses fans

juillet 30, 2011

 » C’est ce qu’Amy aurait voulu » elle.

Voilà une action qui va faire monter certaines enchères sur Ebay. Mitch Winehouse, le père d’Amy Winehouse décédée samedi dernier, a eu une bien curieuse initiative qui a dû ravir les fans. Alors qu’il était venu débarrasser la maison de Camden où vivait sa fille, il a tenu à remercier les fans massés devant la résidence. Pour lui, il était important qu’ils sachent combien sa famille avait apprécié leurs marques d’affection.

Il a donc vidé l’armoire de sa fille et est sorti de la maison, une pile de tee-shirts à la main. Des vêtements qu’il a distribués aux fans. Un élan de générosité peu commun. « C’est ce qu’elle aurait voulu » a déclaré Mitch Winehouse aux fans éplorés.

Janis, la mère d’Amy, Alex, son frère reparti avec un tableau appartenant à sa sœur, son grand-père, son manager et Reg Traviss étaient venus prêter main forte à Mich Winehouse. Ensemble, ils ont emballé les affaires d’Amy, notamment sa guitare et ses carnets. Les fameuses ballerines qu’elle ne quittait que très rarement ont quant à elles trouvé leur place chez son père.

Celles-ci, il ne les aurait données pour rien au monde.

Voici.fr par A.M