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Cinéma : ce festival de Cannes aurait pu être celui de l’Afrique

juillet 19, 2021
Le cinéaste Spike Lee, président du jury du festival de Cannes 2021.

Malgré le grand nombre de films africains sélectionnés sur la Croisette, deux seulement ont obtenu des prix. Même si chacun a retenu, à sa façon, l’attention des festivaliers.

De retour sur la Croisette après une année 2020 zappée pour cause de pandémie, le festival de Cannes de ce mois de juillet, disposant de deux années de production pour choisir sa sélection, s’annonçait comme un cru exceptionnel. De l’avis général, ce ne fut pas le cas, du moins pas au niveau espéré. Malgré la qualité ou l’originalité de certaines des œuvres présentées, dont la Palme d’or, qui est allée de façon peu surprenante par les temps qui courent à un film réalisé par une femme mais aussi de façon assez surprenante à un film trash et même gore, le très beau et très dérangeant Titane de la jeune Française Julia Ducournau.

Ce qui était vrai en général l’était aussi pour l’Afrique et l’on s’attendait, au regard de la quantité des œuvres sélectionnées et de la qualité de leurs auteurs, de la présence aussi au sein du jury de la Sénégalaise Mati Diop, à un festival 2021 exceptionnel pour l’Afrique. Là encore, on a quelque peu déchanté.

Deux films africains en compétition

À l’annonce de la sélection officielle du festival début juin, on avait en effet pu se féliciter de voir arriver en compétition pour la Palme d’or deux films africains – une première depuis l’origine de la manifestation -, réalisés de surcroît par deux cinéastes de grand renom : le Tchadien Mahamat-Saleh Haroun pour Lingui-Les liens sacrés et le Marocain Nabil Ayouch pour Haut et fort – Casablanca beats.

Or, si les deux auteurs ont été ovationnés par le public de l’immense salle Lumière après la projection de leurs œuvres, Haroun bénéficiant même d’une accolade peu conventionnelle du président du jury Spike Lee, ils sont repartis bredouille après l’annonce du palmarès. Non pas qu’ils aient démérité, comme le prouvent les critiques souvent favorables que ces deux films ont obtenues dans les médias internationaux présents à Cannes, mais parce qu’il y avait assurément des œuvres plus achevées, plus fortes ou plus originales pour séduire les jurés.

Lot de consolation pour Nabil Ayouch ?

Reste qu’au total, toutes sélections pour Cannes confondues, il y avait, un petit record, six films africains projetés sur la Croisette. Deux ont obtenu des prix, il est vrai moins prestigieux que ceux décernés par le jury officiel mais néanmoins convoités. L’Égyptien Omar El Zohairy, petit barbu un peu timide quand on l’approche, a réussi un coup de maître pour son premier film, Feathers (« Les plumes »). Avec cette histoire très originale, souvent drôle et même déroutante malgré son sujet dramatique – disons, pour ne pas en dire plus, qu’il raconte ce qu’il se passe dans une famille déshéritée d’une banlieue glauque du Caire quand le chef quelque peu tyrannique de la famille se retrouve transformé en poule par un prestidigitateur -, Omar El Zohairy a conquis La Croisette et repart avec à la fois le grand prix de la Semaine de la critique et le prix du premier film du très exigeant jury de la presse internationale.

Quant à Nabil Ayouch, il y a fort à parier qu’il a perçu comme un lot de consolation le prix du « cinéma positif » décerné des mains de Jacques Attali pour Haut et fort. Mais il a du être satisfait des raisons invoquées, à juste titre, pour le couronner : « Un film qui tourne autour de la notion d’éveil des consciences, celles des jeunes Marocains, et qui se veut au service des générations futures ».

L’AFRIQUE ÉTAIT EN TOUT CAS FORT BIEN REPRÉSENTÉE LORS DE CETTE ÉDITION SI PARTICULIÈRE

Les quatre autres films africains présents à Cannes, tous de grande qualité, ont retenu chacun à leur manière l’attention des festivaliers. En raison de leur originalité (en particulier l’ovni Neptune frost, sorte de comédie musicale afrofuturiste truffée de dialogues anti-impérialistes de la Franco-Rwandaise Anisia Uzeyman et de son époux américain Saul Williams, présenté à la sélection de la Quinzaine des réalisateurs), de leur beauté formelle (qu’il est beau le désert du Niger filmé par Aïssa Maïga dans le documentaire sur les effets du réchauffement climatique Marcher sur l’eau, présenté en séance spéciale dans la sélection officielle), de leur interprétation et de leur gravité (tourné à Djibouti, La femme du fossoyeur, premier film du Somalien installé en Finlande Khadar Ayderus Ahmed, traite sans pathos d’un problème terrible, un risque mortel pour la femme en attente d’opération d’un couple très amoureux en raison d’un système de santé défaillant, grâce à une mise en scène très réussie) ou encore de leur approche subtile et courageuse d’une réalité complexe (Une Histoire d’amour et de désir de Leyla Bouzid, son deuxième film qui a eu l’honneur de clôturer la Semaine de la critique).

Si l’on ajoute le succès remporté par des films d’auteurs de la diaspora africaine (par exemple le superbe Freda de Gessica Généus célébrant le courage des femmes d’Haïti et le très énergique Bonne mère de Hafsia Herzi sur une « mère courage » de Marseille), on comprendra que l’Afrique était en tout cas fort bien représentée lors de cette édition si particulière du plus grand festival de cinéma de la planète. D’autant plus, ce qui est prometteur, qu’une bonne partie des œuvres citées ont été tournées par de jeunes cinéastes, souvent auteurs ici de leur premier long-métrage. Ils sont donc loin d’avoir fini de nous épater.

Avec Jeune Afrique par Renaud de Rochebrune

Humour : Apprendre à réfléchir dans notre intérêt et agir en conséquence

septembre 5, 2018

 

Un chinois et un Africain font connaissance en Europe.
CHINOIS : Xhenxhi Honhong est mon nom.
AFRICAIN : Enchanté, moi je me nomme Emmanuel Noël de Souza.
CHINOIS : Vous n’êtes donc pas Africain mais Franco-brésilien ?
AFRICAIN : Si, je suis Africain
CHINOIS : Et vous vous appelez Emmanuel Noël De Souza ?
AFRICAIN : Oui, je dois à mes parents ce joli nom.
CHINOIS : Même des simples noms qui pourtant n’exigent aucune technique, aucune technologie, vous n’arrivez pas à en produire chez vous ? Il faut que vous les importiez ou qu’on vous en fasse don ? Nous allons donc commencer à les fabriquer chez nous en Chine pour venir vous les vendre. Il est hors de question que nous laissions ce vaste et rentable marché de noms aux seuls Européens. Et vous préférerez nos noms à ceux des européens pour une raison bien connue : « Made in China », c’est toujours moins cher !
AFRICAIN : Vous faites aussi des blagues chez vous, c’est bien donc ! Et que faites-vous ici ?
CHINOIS : J’étudie les neurosciences et je m’intéresse aussi beaucoup à la robotique. Je donne aussi des cours sur la civilisation chinoise à l’Université D de Paris, et vous ?
AFRICAIN : Je suis un doctorant-chercheur.
CHINOIS : Chercheur en quoi ?
AFRICAIN : Je suis chercheur en littérature française et spécialiste de Victor Hugo.
CHINOIS: Comment ça?
AFRICAIN : Je lis et commente les œuvres des auteurs français et j’analyse beaucoup Victor Hugo.
CHINOIS : Vous n’êtes pourtant pas un médecin légiste, pourquoi faites-vous des analyses sur un cadavre?
AFRICAIN : Haha, je lis et fais des recherches dans les écrits de Victor Hugo, je ne touche pas à son cadavre. D’ailleurs je ne sais même pas où il est enterré.
CHINOIS : Donc ton boulot est de faire des recherches sur ce que Victor Hugo a écrit, autrement dit tu cherches ce que Victor Hugo a déjà trouvé. Quelle paresse intellectuelle est la tienne ! Faites des études utiles pour sauver vos frères de la famine plutôt que de chercher ce que d’autres ont déjà trouvé depuis la nuit des temps.
AFRICAIN : Vous avez vraiment le sens de l’humour… En fait je vous ai approché pour vous inviter à notre culte.
CHINOIS : Ça tombe très bien ! J’ai déjà assisté par curiosité aux cultes chrétiens, musulmans, bouddhiques, … mais jamais à un culte africain. C’est donc une occasion que je ne raterai pas. Où aura lieu le culte ?
AFRICAIN : À « International Church of the last soldiers of Jesus » dans le neuvième arrondissement…
CHINOIS : Attends, tu es entrain de m’inviter à l’église ?
AFRICAIN : Oui, à l’église du grand prophète américain Weiss White, le prophète des grands miracles, le seul homme au monde…
CHINOIS : Vous n’avez pas aussi une religion propre à vous ? Vos prophètes à vous sont aussi étrangers ? Que vous êtes terribles et misérables vous les Africains ! Je n’aurai plus le temps pour votre culte et je dois vous quitter maintenant… Mais que vous êtes bien habillés !!!
AFRICAIN : Merci, c’est le pagne africain !
Le chinois murmurant seul en partant : Pauvre con, il ne sait pas que ce qu’ils appellent pagne africain et dont ils sont fiers comme des babouins sont fabriqués dans nos usines en Chine.
Congomfoa.com avec R&R

France: le président Macron nomme deux experts pour la restitution du patrimoine africain

mars 6, 2018

L’historienne française Bénédicte Savoy et l’écrivain sénégalais Felwine Sarr examineront les conditions dans lesquelles les œuvres pourront être rapatriées.

Le président français, Emmanuel Macron, a confié à deux experts culturels, lundi 5 mars, la mission d’étudier la restitution à des pays africains d’œuvres d’art actuellement en France, comme il s’y était engagé dans son discours de Ouagadougou fin novembre 2017. Ces deux « personnalités incontestables », l’historienne d’art Bénédicte Savoy, membre du Collège de France, et l’écrivain et universitaire sénégalais Felwine Sarr, devront rendre leur avis d’ici à novembre, a précisé le président à l’issue d’un entretien avec son homologue du Bénin, Patrice Talon, à l’Elysée.

Emmanuel Macron avait créé la surprise lors de sa tournée en Afrique de l’Ouest, en novembre 2017, en déclarant vouloir « un retour du patrimoine africain à l’Afrique ». « Le patrimoine africain […] doit être mis en valeur à Paris, mais aussi à Dakar, Lagos, Cotonou […] Ce sera l’une de mes priorités. D’ici cinq ans, je veux que les conditions soient réunies pour un retour du patrimoine africain à l’Afrique », avait-il dit dans son discours à l’université de Ouagadougou.

Ses propos avaient été particulièrement bien reçus au Bénin, dont le président, Patrice Talon, a fait la demande officielle d’une restitution d’une partie du patrimoine béninois en juillet 2016. « Ce qui nous intéresse, c’est de pouvoir présenter ce patrimoine qui est le nôtre, a expliqué lundi M. Talon. Nous le faisons non pas dans un esprit de conflit, mais de coopération avec la France pour faire du tourisme un pilier majeur de l’économie béninoise. »

Changer la loi

Selon Irénée Zevounou, ambassadeur du Bénin à l’Unesco, « entre 4 500 et 6 000 objets [béninois] sont en France, y compris dans des collections privées ». L’accaparement des trésors du royaume du Dahomey – trônes royaux, récades (sceptres royaux), portes sacrées du palais d’Abomey, statues anthropomorphes… – s’était fait lors des batailles coloniales entre 1892 et 1894, mais aussi par des missionnaires ou des missions culturelles.

Bénédicte Savoy et Felwine Sarr devront notamment examiner les conditions dans lesquelles ces œuvres pourront être rapatriées puis protégées dans leurs pays d’origine. « Nous avons la volonté ferme de bien faire les choses », a assuré M. Macron. Ces restitutions imposeraient de changer la loi française en raison des principes juridiques « d’inaliénabilité et d’imprescriptibilité […] des collections publiques ».

 

Lemonde.fr avec AFP

RDC/Kinshasa: Le Chinois, l’Africain et le voleur

juin 18, 2015

C’est une histoire de… fous ! Je la tiens d’un ami qui la tient lui-même du personnage central. Tout commence par un accident de la circulation dans une artère de Kinshasa. Vous devez sans doute le savoir : dans cette ville les chauffards sont légion.

Bien entendu, les accidents sont monnaie courante. Un monsieur d’un certain âge conduit, avec beaucoup de stress, sa voiture dans une atmosphère quasiment chaotique. Comme d’habitude, il n’a pas jugé bon d’attacher sa ceinture de sécurité. La raison en est simple : il est convaincu que rien, alors rien, ne peut lui arriver au volant. Mais ce jour-là, pas de bol : un conducteur chinois lui rentre dedans. Bilan : perte de conscience parce que sa tête a cogné le pare-brise ; blessures à la tête ; une jambe fracturée… Comme il se doit, les badauds accourent pour assister au spectacle. Le Chinois craignant d’être lynché ou lapidé – quelle mauvaise pensée ! – s’éloigne du lieu du crime. Il stationne non loin de là, après s’être senti en sécurité, et observe la suite des événements.

Le responsable des événements constate que la foule se contente de regarder le pauvre accidenté sans lui apporter la moindre assistance. Pis, certains spectateurs sans foi ni loi lui prennent tout ce qu’il a sur lui, y compris son téléphone portable. Mais ils oublient de fouiller l’une des poches de son pantalon où se trouve la rondelette somme de 200 dollars. Tout un salaire mensuel ! Le Chinois, de son observatoire, n’en croit pas ses yeux. Il note aussi que la voiture de sa victime n’est plus qu’une épave. Sans doute pris de remords, il revient sur les lieux de l’accident. Il soutient le Congolais, qui est en train de retrouver ses esprits, l’installe dans sa voiture et le dépose dans un centre médical. Avant de partir, il griffonne son nom et son numéro de téléphone sur un bout de papier à l’intention de l’accidenté. On ne sait jamais.

C’est alors que le voleur du téléphone portable entre en scène de façon incroyable. Que fait-il ? Il rallume tout simplement l’appareil et va dans la case contacts. Dans quel but ? Lisez plutôt : « Allô ? Connaissez-vous Monsieur Untel ? Il vient d’être victime d’un accident de la circulation. Il est pour le moment dans un centre médical. Vous voulez savoir qui je suis ? Cela n’a aucune importance. Vous êtes sa femme ? D’accord. Moi je suis un voleur et je me suis emparé de son téléphone quelques minutes après l’accident. Et il n’est pas question de le rendre. Je le trouve joli et je le garde. Je voulais simplement vous dire ce qui lui est arrivé. »

Cette histoire vraie contient plusieurs leçons. D’abord, l’impossibilité pour le commun des citoyens de penser un seul instant qu’il faut secourir un accidenté en appelant une ambulance. C’est peine perdue parce que les ambulances sont une denrée rare. Et la solidarité ? C’est une notion à plusieurs variables depuis que l’altruisme a rendu l’âme et que tout est spectacle. La non-assistance à personne en danger ? La police n’arrive pas à faire respecter la loi parce que les citoyens ne respectent pas les policiers. Ensuite, les Chinois ne sont pas tous des profiteurs sans état d’âme. Enfin, un voleur qui ne se prive pas d’informer la famille de sa victime, c’est plutôt, si j’ose dire, une bénédiction. De qui ? Je ne sais pas.

Jeuneafrique.com

par Tshitenge Lubabu M.K. 

Ancien journaliste à Jeune Afrique, spécialiste de la République démocratique du Congo, de l’Afrique centrale et de l’Histoire africaine, Tshitenge Lubabu écrit régulièrement des Post-scriptum depuis son pays natal.