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CoM2022 : trois points saillants de la rencontre des ministres africains des Finances à Dakar

mai 19, 2022

Lors de la 54e session de la Conférence des ministres africains des Finances, de la planification et du développement économique, économistes et dirigeants ont plaidé en faveur d’une refonte complète de l’architecture financière mondiale qui replacerait l’Afrique au cœur des décisions.

Le président du Sénégal, Macky Sall, lors de son discours d’ouverture de la CoM2022, qui s’est tenue à Dakar du 11 au 17 mai. © Présidence de la République du Sénégal

Outre la pandémie, la hausse des prix des denrées alimentaires, du pétrole et des engrais entrave fortement la reprise économique africaine. D’après les dernières données compilées par la Commission économique pour l’Afrique (CEA), 29 pays africains devraient être confrontés à une « grave crise alimentaire », plus de 15 pays font face à un risque élevé d’endettement, et 55 millions d’Africains supplémentaires ont basculé dans la pauvreté.

Dans ce contexte, des experts de haut vol se sont réunis à Dakar du 11 au 17 mai, sous l’égide de la CEA, afin de tenter « d’identifier les politiques et les interventions économiques permettant de garantir une croissance des économies africaines d’au moins 10 % par an », précise le communiqué officiel.

Réformer l’architecture financière mondiale

Pour les panélistes présents lors de la CoM2022, les arrangements économiques mondiaux, censés maintenir la stabilité du système financier international, sont « dépassés et injustes pour de nombreux pays en développement ».

LES TAUX D’INTÉRÊT APPLIQUÉS À NOS PAYS SONT PLUS ÉLEVÉS QUE CEUX APPLIQUÉS À NOS PAIRS EN DEHORS DU CONTINENT

Lors de son discours inaugural, le président Macky Sall a, quant à lui, déclaré que l’Afrique se faisait désormais « dicter sa conduite alors qu’elle avait connu plus d’une décennie de bonne croissance, et qu’elle n’avait subi qu’un revers, comme le reste du monde, à cause de la pandémie de coronavirus ». D’après le président du pays hôte, les fonds sont prêtés aux pays africains à « un taux d’intérêt plus élevé que celui d’autres pays comparables », alors que leur solvabilité dépend des « décisions d’agences de notation opaques ».

« Les taux d’intérêt appliqués à nos pays sont plus élevés que ceux appliqués à nos pairs en dehors de notre continent, dont les fondamentaux économiques sont similaires ou pires », rapporte le communiqué de la CEA. Les banques centrales des économies avancées ayant relevé leurs taux d’intérêt afin de contenir la hausse des anticipations inflationnistes, ces coûts devraient encore augmenter au vu de la conjoncture économique actuelle.

Michel Camdessus, ancien directeur général du Fonds monétaire international (FMI), a, de son côté estimé qu’un changement fondamental de l’architecture financière mondiale est « crucial » pour le continent.

Créer un espace budgétaire pour les dépenses urgentes

Pour répondre à cette problématique, différentes propositions ont été émises. Rebeca Grynspan, secrétaire générale de la Cnuced, a par exemple suggéré – comme plusieurs voix avant elle – que l’Afrique obtienne un siège permanent au G20 pour « mieux se faire entendre ». D’autres experts ont, quant à eux, tablé sur une nouvelle extension de l’initiative de suspension de la dette (DSSI) de la Banque mondiale, afin de contribuer à « créer un espace budgétaire pour les dépenses urgentes ».

Pour rappel, cette initiative de suspension – lancée pour répondre aux conséquences immédiates de la crise de Covid-19 – n’a reporté que les paiements du service de la dette bilatérale des pays à faibles revenus, et les créanciers privés n’ont pas offert de traitement similaire.

Le financement des infrastructures africaines en question

Selon la dernière étude de la CEA, les dépenses annuelles des pays africains pour la seule réalisation des objectifs de développement durable (ODD) devraient augmenter de 154 milliards de dollars, et une somme supplémentaire de 285 milliards de dollars sera nécessaire au cours des cinq prochaines années pour assurer une réponse adéquate aux conséquences économiques du Covid-19. Les ministres participant à la CoM2022 ont souligné que le continent avait également besoin de « 130 à 170 milliards de dollars par an pour les projets d’infrastructure et d’environ 66 milliards de dollars par an pour investir dans les systèmes et les infrastructures de santé ».  

Une autre solution a été évoquée : la rétrocession des Droits de tirage spéciaux (DTS), permettant aux pays qui n’en ont pas besoin de les prêter aux États les plus vulnérables.  « La rétrocession de 100 milliards de dollars [95,15 milliards d’euros] de DTS à l’Afrique serait un moyen rentable de financer la relance du continent », a affirmé un économiste lors de l’évènement.

La Facilité de liquidité et de durabilité (FLS) a aussi été citée comme bonne alternative pour générer des fonds à moindre coût. Cet outil permettrait aux pays africains d’attirer des investissements dans des produits financiers axés sur la durabilité, notamment des obligations vertes. Dans le même contexte, Vincent Mortier, directeur des investissements de la société française de gestion d’actifs Amundi, a souligné que l’émission d’obligations vertes et durables, aujourd’hui presque inexistante en Afrique et ne représentant que 1 % des émissions mondiales actuelles, pourrait être une source de financement fiable. « D’autant plus que ces obligations alignées sur les ODD pourraient contribuer à stabiliser les économies », a-t-il ajouté.

Les ministres ont également indiqué fonder plusieurs espoirs dans la Zone de libre-échange africaine (Zlecaf), qui permettrait d’augmenter le PIB de l’Afrique « d’environ 55 milliards de dollars d’ici à 2045 ».

Enfin, les porte-voix de la CoM2022 ont pointé du doigt les surcharges imposées par le FMI aux pays ayant contracté des emprunts importants. Ces surcharges, payées en plus du versement des intérêts et des frais, sont évaluées à environ 4 milliards de dollars pour les pays africains pour cette seule année. Les ministres ont donc demandé au FMI d’y renoncer pour une période supplémentaire de deux à trois ans, et d’utiliser son fonds fiduciaire d’allègement et de limitation des catastrophes (CCRT) pour offrir un réduction du service de la dette aux pays pauvres.

Mobiliser les ressources et lutter contre les flux financiers illicites

Les ministres africains des Finances se sont engagés à accroître leurs efforts pour mobiliser les ressources nationales et à « mettre en œuvre des politiques qui créent un environnement propice » pour attirer le secteur privé. Les pays africains exportateurs de pétrole ont pour leur part été invités à utiliser la manne provoquée par la crise ukrainienne pour soutenir la reprise économique.

ON ESTIME QUE 83 MILLIARDS DE DOLLARS SONT SIPHONNÉS HORS D’AFRIQUE, PRIVANT LE CONTINENT DE RESSOURCES DONT IL A DÉSESPÉRÉMENT BESOIN

Selon la même logique, les ministres ont également promis de redoubler d’efforts pour mettre en œuvre une « politique fiscale globale et sans ambiguïté » et d’améliorer les capacités de lutte contre les flux financiers illicites (IFF). En effet, les ministres des Finances présents – parmi lesquels les ministres du Nigeria, du Maroc, du Sénégal ou encore de l’Égypte – ont avoué être « profondément préoccupés » par les flux financiers illicites (IFF).

« On estime que 83 milliards de dollars sont siphonnés hors d’Afrique, privant le continent de ressources dont il a désespérément besoin. »  Ces derniers ont également reconnu que l’Afrique avait des marchés de capitaux sous-développés, « en partie à cause d’un secteur informel important, de faibles taux d’épargne et de régimes réglementaires et de gouvernance faibles ». Il a ainsi été demandé à la CEA de continuer à apporter son aide dans la conception des politiques fiscales et dans leur mise en œuvre effective.

Avec Jeune Afrique par Yara Rizk

Diplomatie : quand la France ne fait plus rêver

avril 3, 2022
L’ambassade de France à Abidjan. © ISSOUF SANOGO/AFP

La France a décidé de revoir la composition de son corps diplomatique. Malheureusement, cette réforme ne s’accompagne pas d’une réflexion sur les raisons pour lesquelles la voix de Paris est de moins en moins audible, particulièrement en Afrique.

La démocratie libérale recule dans le monde, et le retour par l’Est du tragique en Europe escamote le débat démocratique français. Il a aussi pour regrettable effet de limiter la confrontation d’idées que le scrutin présidentiel a pourtant vocation à favoriser.

Dans un monde où l’ordre international est bousculé et où l’hégémonie occidentale semble dépassée, l’avenir de notre diplomatie française aurait mérité un vrai débat.

Et ce, d’autant plus qu’une réforme dite de l’encadrement supérieur de la haute fonction publique conduira à la suppression, dans l’Hexagone, dès janvier 2023, de deux corps diplomatiques, au profit d’un corps interministériel unique, celui des administrateurs d’État : en ambassade, à l’exception notable de nos ambassadeurs, il n’y aura donc plus de diplomates de métier. Pour le meilleur ou pour le pire.

Changer de ton

Comment, dans ces circonstances, s’organisera l’action extérieure française dans les prochaines années ? C’est une discussion majeure que nous n’aurons pas. Son importance est pourtant avérée, en particulier pour les Français de l’étranger, dont parfois 80 % s’abstiennent de participer aux scrutins électoraux.

Je pense notamment au continent africain, qui fait beaucoup parler de lui pendant la campagne, parfois avec condescendance, souvent sous le prisme de l’actualité migratoire ou militaire, et alors même que tous les candidats s’accordent par ailleurs à reconnaître qu’Europe et Afrique ont destin lié.

Lors du vote, à l’Assemblée générale des Nations unies, condamnant l’invasion russe en Ukraine, des pays du continent tels que l’Afrique du Sud, le Sénégal et l’Algérie se sont abstenus, comme d’ailleurs la Chine et l’Inde, quand le Maroc et l’Éthiopie n’ont tout simplement pas pris part au scrutin. Et puis il y a les pays que l’on préfère ne pas lister, mais qui ont voté la résolution à contrecœur, cédant à une pression qui provenait parfois de la France.

Nous devons adapter notre action extérieure aux nouveaux défis de l’époque, en commençant par changer de ton avec nos partenaires. Entre le premier suffrage universel en France, le 11 août 1792, et le premier vote des femmes, le 19 avril 1945, il s’est passé plus de cent cinquante ans : à qui souhaitons-nous donner des leçons ?

Changer de ton, c’est aussi cesser les discours grandiloquents. La ritournelle des poncifs humanistes à laquelle on a été habitué pendant les derniers quinquennats peut rendre un discours agréable. Elle ne constitue pas pour autant une modalité efficace de notre action politico-diplomatique.

L’ACTION CULTURELLE DE LA FRANCE EST FRAGILISÉE. SON IMAGINAIRE EST DATÉ

Face au ressentiment antifrançais d’une part, qui croît en Afrique pour des raisons qui ne sauraient tenir qu’aux seules entreprises de manipulation de nos rivaux, et d’autre part aux importants efforts qui sont fournis sur le continent par de puissants adversaires de la démocratie libérale, notamment la Chine, la Russie et la Turquie, quels moyens la France souhaite-t-elle se donner pour accomplir son destin de puissance d’équilibre ?

Les efforts consentis pour apaiser les douleurs mémorielles, par exemple au Rwanda, sont à saluer et participent du nécessaire effort d’adaptation. Ils restent néanmoins insuffisants, quand l’on voit se détourner de la France des pays comme la Centrafrique, le Mali ou, pour des raisons différentes, le Gabon.

Ils sont en revanche plus productifs dans les pays sans legs colonial français, par exemple au Ghana, en Angola, ou en Égypte.

Mais l’action culturelle de la France est fragilisée. Son imaginaire est daté. La vision de nos diplomates est parfois strabique ou dépassée. La souveraineté de nos partenaires n’est pas toujours respectée. Bref, la France ne fait plus rêver.

Et elle n’a plus à faire rêver. Il ne faut pas plus de France. Il en faut mieux.

Tisser de nouveaux fils

En Afrique et au Levant, la « diplomatie parlementaire » doit de ce point de vue être réhabilitée. Soyons clair : il ne s’agit pas pour nos députés ou sénateurs de suppléer la diplomatie française. L’expression, dont il faut reconnaître le caractère commode, doit plutôt renvoyer au rôle que les parlementaires peuvent jouer pour tisser les nouveaux fils de la relation entre nos partenaires africains d’une part, et la France, l’Allemagne et l’Italie d’autre part, cela en complément de nos actions diplomatiques respectives.

Cette conception de la diplomatie parlementaire suppose de s’appuyer sur des élus véritablement représentatifs, en capacité d’enrichir l’analyse de la diplomatie régalienne, notamment du fait de leur ancrage territorial et socioculturel. Ils le feraient avec la liberté de ton et d’appréciation que le suffrage universel confère.

C’est ainsi que des compromis peuvent être construits, des équilibres préservés, des opportunités réciproques saisies, y compris en matière économique, par exemple dans les secteurs de l’énergie, de la santé et de l’éducation.

Dans cette nouvelle entreprise, les Français établis hors de l’Hexagone doivent être au centre de nos attentions, faute de quoi, notre action extérieure en Afrique connaîtra son crépuscule.

Avec Jeune Afrique

Ali Hojeij

Par Ali Hojeij

Avocat au Barreau de Paris, spécialiste du droit public des affaires

Sondage Ifop-JA : que pèsent les électeurs français d’origine africaine ?

mars 28, 2022
Le nombre de Français d’origine africaine est estimé à environ 3 millions de personnes. © Jeune Afrique

Les statistiques dites « ethniques » sont proscrites en France, mais de nombreuses données permettent d’estimer le poids de l’électorat originaire du continent. Et de l’interroger sur ses intentions de vote.

À chaque échéance électorale, le casse-tête est le même. Lorsqu’il s’agit de mesurer les intentions de vote des électeurs français d’origine africaine – ou même étrangère en général – les sondeurs se heurtent à un problème qui semble a priori rédhibitoire : en France, il est interdit d’identifier les citoyens en fonction de leurs origines, de leur religion, de leurs opinions ou de quelque critère touchant à leur vie personnelle que ce soit. Depuis la révolution de 1789, un Français est français, tout simplement, et tous les citoyens sont, sur le papier du moins, égaux. Il en découle qu’il est interdit d’opérer entre eux quelque distinction que ce soit.

Pour nous, ce type de statistiques, basées sur de l’autodéclaration, est pourtant nécessaire. Beaucoup d’ONG, d’associations et de chercheurs le demandent également. Utilisées notamment aux États-Unis, au Canada, au Royaume-Uni, en Suisse ou encore en Hollande, ces statistiques permettent de prendre la juste mesure de l’ampleur des discriminations et, donc, de mieux les combattre.

Question de confiance

Plusieurs difficultés découlent de ce constat lorsqu’on souhaite, néanmoins, savoir comment se positionnent les descendants d’immigrés africains. Les instituts de sondage comme l’Ifop, notre partenaire sur la présente enquête, n’ont pas à leur disposition de panel de Français d’origine africaine prêts à répondre à leurs questions. Ce serait illégal. Il faut donc s’adapter et Frédéric Dabi, le directeur du pôle Opinion de l’Ifop, explique comment : « Les personnes qui ont répondu à ce sondage, au nombre de 1 108, font partie d’un panel plus large de 27 102 personnes auprès duquel nous réalisons nos enquêtes d’opinion. Ce sont des gens de 18 ans et plus déclarant avoir au moins un parent ou un grand-parent africain. »

Bien sûr, admet le sondeur, tout est question de confiance puisque l’identification des répondants repose sur leurs seules déclarations. Il estime toutefois que l’échantillon sondé est fiable. L’institut l’a aussi construit en appliquant des quotas afin de reproduire les équilibres de la société française en termes de sexe, d’âge, de profession ou encore de région et de taille d’agglomération de résidence (agglomération parisienne ou province, zones urbaines ou rurales…). Puis les interviews ont été réalisées sous forme de questionnaires en ligne, du 31 janvier au 10 mars 2022. L’ensemble du panel n’avait donc pas forcément connaissance des développements les plus récents de l’actualité (évolution de la crise Covid et guerre en Ukraine, notamment) mais malgré cela, les sondeurs n’ont pas enregistré de modification significative des réponses lors de la dernière période. Frédéric Dabi précise également que compte tenu de la taille de l’échantillon interrogé, la marge d’erreur se situe entre 1,4 (pour les scores les plus extrêmes) et 3,1 points (pour les scores moyens).

Les plus gros contingents sont issus du Maghreb

Mais les difficultés ne s’arrêtent pas là. Car si l’on connaît les intentions de vote de la population d’origine africaine, il serait également utile de savoir ce que pèse cette population. Et si, par exemple, le fait qu’elle s’apprête à voter pour Jean-Luc Mélenchon dans une proportion de 36 % va réellement peser sur les résultats du scrutin, ou si ces votes seront noyés dans la masse, du fait du faible poids électoral de cette population particulière.

Là encore, l’analyse se heurte à l’interdiction des « statistiques ethniques ». Si le nombre d’étrangers et d’immigrés résidant sur le territoire français est connu avec précision, celui des Français d’origine étrangère – africaine ou autre – ne l’est pas. Néanmoins, certains chiffres existent et permettent d’estimer la part des citoyens du pays descendant d’immigrés africains (un immigré étant, pour les statisticiens, une personne née étrangère à l’étranger mais ayant éventuellement pu, depuis, acquérir la nationalité française). Les démographes assurent ainsi que 8,5 millions de personnes vivant dans le pays (12,7 % de la population) sont nées à l’étranger, mais aussi que 7,5 millions de personnes ont au moins un parent immigré.

Ces descendants d’immigrés n’ont pas tous des origines africaines mais les trois pays du Maghreb fournissent les plus gros contingents. La part des Subsahariens, qui ont émigré plus tardivement en France, tend toutefois à augmenter ces dernières années. En 2020, le palmarès des pays d’origine des personnes obtenant la nationalité française s’établissait ainsi par ordre décroissant : Maroc, Algérie, Tunisie (37,8 % du total à eux trois), Royaume-Uni (effet Brexit oblige), Sénégal et Cameroun.

Se basant sur ces données, certains démographes estiment qu’une personne résidant en France sur dix a une origine africaine plus ou moins lointaine. Les Maghrébins représentant environ les deux tiers de ce total et les Subsahariens le dernier tiers (les nationalités d’origine les plus représentées étant les Sénégalais, les Ivoiriens, les Camerounais, les Congolais (des deux Congo), les Maliens et les Malgaches).

Tous ces éléments permettent d’estimer le nombre de Français d’origine africaine à environ 3 millions de personnes. On ignore combien précisément sont en âge de voter mais ils doivent représenter entre 5 et 6 % du corps électoral total (qui s’établissait en 2021 à 47,9 millions de personnes).

Avec Jeune Afrique par Olivier Marbot

Des étudiants étrangers en Ukraine tentent de poursuivre leurs études au Canada

mars 26, 2022

Des étudiants étrangers en Ukraine qui ont réussi à fuir ce pays vers la Pologne espèrent maintenant pouvoir poursuivre leurs études au Canada. Sur la photo, Junior Nzoghe (en beige) souhaite compléter ses études en médecine à l’Université d’Ottawa. Photo : Mike Sabushimike

Depuis le début du conflit russo-ukrainien, l’Association afro-canadienne d’Ottawa (ACAO) s’est mise à la tête d’une coalition d’organismes internationaux pour faire sortir des étudiants africains qui se sont retrouvés coincés en Ukraine.

Plus de 1200 étudiants sont maintenant en sécurité grâce à ces efforts, estime l’Association des Africains Canadiens d’OttawaACAO. Si certains sont retournés dans leur pays d’origine, de nombreux autres tentent de poursuivre leurs études à l’étranger. Le Canada est une de leurs destinations de prédilection et plusieurs tentent de s’inscrire à l’Université d’Ottawa.

On a tout perdu, en fait. On a tout perdu et on est vraiment dans la merde, déplore Junior Nzoghe, originaire du Gabon, qui a passé près d’un mois caché dans son appartement à Kherson, où il étudiait avant que la guerre n’éclate.

Junior Nzoghe, étudiant étranger en Ukraine (au centre) Photo : Mike Sabushimike

« Toutes les nuits, on était sous les bombardements. »— Une citation de  Junior Nzoghe, étudiant étranger en Ukraine

Gwen Madiba, présidente de l’organisme Equal Chance à Ottawa, est celle qui a accompagné la délégation de la coalition dirigée par l’Association des Africains Canadiens d’OttawaACAO. Elle a pris tous les moyens nécessaires pour les sortir de là, explique Junior.

Mme Madiba a quitté la capitale fédérale il y a quelques jours pour rejoindre la Pologne afin de mieux coordonner l’évacuation d’étudiants étrangers en Ukraine.

On a vraiment travaillé fort ensemble pour trouver des personnes fiables, et même avec ces personnes fiables, les prix sont exorbitants, indique la présidente de l’organisme Equal Chance.

Gwen Madiba, présidente de l’organisme Equal Chance à Ottawa, enlace un étudiant étranger qui vient de fuir l’Ukraine. Photo : Mike Sabushimike

En effet, il a fallu 8000 $ pour évacuer 10 étudiants, dont Junior, avant de franchir les 1000 km qui relient Kherson à la Pologne.

On s’est dit qu’on allait laisser nos vies ici et qu’on allait mourir. Sans elle, on était vraiment à la rue, car on n’avait pas de soutien, témoigne Junior, dont le périple pour sortir de l’Ukraine a duré quatre jours.

Maintenant qu’il est en lieu sûr, le jeune homme souhaite reprendre ses études et réaliser son rêve de devenir médecin. Il a envoyé son dossier à l’Université d’Ottawa, tout comme une quarantaine d’autres étudiants récemment exfiltrés de Kherson.

Ils aimeraient être acceptés dans des universités canadiennes, notamment à l’Université d’Ottawa, qui est une université bilingue, ajoute Gwen Madiba.

Un processus accéléré comme pour les Ukrainiens?

À Ottawa, leurs candidatures sont passées entre les mains de Boulou Ebanda de B’Béri, un professeur et conseiller spécial antiracisme à l’Université d’Ottawa.

Le plus gros défi consiste à les faire accepter par Immigration Canada, mentionne M. Ebanda de B’Béri.

Boulou Ebanda de B’Béri, professeur et conseiller spécial antiracisme à l’Université d’Ottawa Photo : Radio-Canada

Il a écrit au premier ministre Justin Trudeau pour que les étudiants puissent profiter des programmes d’accueil accéléré mis en œuvre pour les Ukrainiens : J’ose croire que les étudiants noirs qui font partie du groupe des réfugiés ukrainiens pourront bénéficier de cette mesure.

Par contre, ce n’est actuellement pas le cas, a confirmé par courriel Immigration Canada, qui assure toutefois examiner des options pour accueillir les personnes qui fuient le conflit mais qui ne sont pas des citoyens ukrainiens.

Par Radio-C anada avec les informations de Nafi Alibert

Guerre en Ukraine : les réfugiés africains discriminés aux frontières

février 28, 2022
Une Africaine dans un camp de réfugiés.

Des réfugiés africains à la frontière entre l’Ukraine et la Pologne Photo : Getty Images/Omar Marques

De nombreux pays africains, dont le Nigeria et l’Afrique du Sud, tentent d’aider leurs ressortissants à fuir l’Ukraine envahie par l’armée russe, sur fond d’accusations croissantes de racisme à l’encontre d’Africains aux frontières ukrainiennes.

Parmi les centaines de milliers de personnes qui tentent de fuir l’Ukraine vers les pays voisins, notamment la Pologne, figurent de nombreux ressortissants africains – pour la plupart étudiants.

Et les accusations de comportements racistes à leur égard se multiplient.

L’Union africaine (UA) s’est dite particulièrement préoccupée par les informations rapportées selon lesquelles les citoyens africains, se trouvant du côté ukrainien de la frontière, se verraient refuser le droit de traverser la frontière pour se mettre en sécurité.

Le chef de l’État sénégalais Macky Sall, président en exercice de l’UA, et le président de la Commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat, rappellent que toute personne a le droit de franchir les frontières internationales pendant un conflit […] quelle que soit sa nationalité ou son identité raciale.

Appliquer un traitement différent inacceptable aux Africains serait choquant et raciste et violerait le droit international, soulignent-ils.

Le Nigeria a ainsi exhorté lundi les autorités frontalières d’Ukraine et des pays voisins à traiter ses citoyens avec dignité.

Des informations regrettables indiquent que la police ukrainienne et le personnel de sécurité refusent de laisser les Nigérians monter dans les bus et les trains vers la Pologne, a déclaré le porte-parole de la présidence nigériane Garba Shehu.

Dans une vidéo qui circule largement sur les réseaux sociaux, une mère nigériane avec son jeune bébé a été filmée en train d’être forcée physiquement de céder son siège, a-t-il poursuivi, et selon d’autres informations, a-t-il ajouté, des fonctionnaires polonais ont refusé l’entrée en Pologne à des Nigérians venant d’Ukraine.

Tous ceux qui fuient une situation de conflit ont le même droit au passage en toute sécurité en vertu de la convention des Nations unies, et la couleur de leur passeport ou de leur peau ne devrait faire aucune différence, a-t-il insisté.

Le porte-parole du ministère sud-africain des Affaires étrangères, Clayson Monyela, a lui aussi affirmé que les Africains étaient victimes de mauvais traitements à la frontière entre l’Ukraine et la Pologne, et que l’ambassadeur d’Afrique du Sud s’y était rendu pour aider un groupe de Sud-Africains, majoritairement des étudiants, coincés, à entrer en Pologne.

Les Nigérians ont 15 jours pour quitter la Pologne

Ces accusations de racisme ont été rejetées, notamment par l’ambassadrice de Pologne au Nigeria, Joanna Tarnawska. Tout le monde reçoit un traitement égal. Je peux vous assurer que, selon les informations dont je dispose, certains ressortissants nigérians ont déjà franchi la frontière avec la Pologne, a-t-elle déclaré à des médias locaux.

Selon Mme Tarnawska, les documents d’identité invalides sont acceptés pour franchir la frontière et les restrictions liées à la COVID-19 ont été levées. Les Nigérians disposent d’un délai de 15 jours pour ensuite quitter le pays, a-t-elle ajouté.

Certains Nigérians qui ont franchi la frontière ont décrit leur voyage dans l’obscurité jusqu’aux frontières bondées où des fonctionnaires donnaient la priorité aux femmes et aux enfants ukrainiens.

Désormais en Pologne, Stéphanie Agekameh, étudiante en médecine, a ainsi affirmé que les responsables du poste-frontière de Medyka s’occupaient d’abord des Ukrainiens : Un des officiers est venu et nous a dit que c’est plus dur pour nous, les étrangers, parce qu’ils doivent contacter notre gouvernement dans différents pays.

Accueillis par leur ambassade

Pour l’heure, plus de 260 Nigérians ont été accueillis par les ambassades, éparpillés entre Roumanie, Hongrie et Pologne. Près de 200 autres sont attendus lundi, d’après le ministère nigérian des Affaires étrangères.

Le ministre des Affaires étrangères de la République démocratique du Congo (RDC), Christophe Lutundula, a de son côté affirmé qu’il recevrait mardi l’ambassadeur de Pologne pour favoriser le passage de quelque 200 ressortissants de RDC actuellement en Ukraine.

Ils sont à la frontière où on n’accepte pas qu’ils accèdent à ces pays voisins, a affirmé le ministre.

Le gouvernement ghanéen a quant à lui déclaré qu’il rencontrerait les parents des étudiants bloqués en Ukraine et a envoyé des fonctionnaires de l’ambassade aux postes frontaliers pour les aider.

La Côte d’Ivoire, qui compte environ 500 ressortissants en Ukraine, d’après les médias locaux, a également indiqué prendre des dispositions pour leur évacuation.

D’après le ministère kényan des Affaires étrangères, 201 Kényans sont en Ukraine, majoritairement des étudiants. Le ministère a récemment indiqué qu’ils étaient tous sains et saufs, même si certains restaient bloqués à la frontière polonaise en raison de restrictions de visa.

Radio-Canada ave Agence France-Presse

Dangote, Sawiris, Masiyiwa… La superbe année des milliardaires africains

janvier 31, 2022
L’Égyptien Nassef Sawiris, le Nigérian Aliko Dangote et le Zimbabwéen Strive Masiyiwa ont vu leur fortune sensiblement augmenter cette année. © Montage JA : ANDREW GOMBERT/EPA/MAXPPP ; ERIC LARRAYADIEU/ACF/JA ; C. BIBBY/Financial Times/REA.

Le patrimoine des 18 africains les plus riches, selon le classement Forbes, a atteint son plus haut niveau depuis 2014. Revue des effectifs.

Cette année encore, ce sont sept pays africains qui sont représentés dans ce classement. L’Afrique du Sud et l’Égypte comptent le plus de milliardaires (cinq chacun), suivis du Nigeria et du Maroc (respectivement trois et deux milliardaires ). Même en pleine pandémie, les plus grandes fortunes africaines ont continué de s’enrichir. En tout, les fortunes accumulées des 18 milliardaires du continent s’élèvent à 84,9 milliards de dollars. Une somme qui a augmenté de 15 %  en douze mois, et qui représente le plus grand total combiné depuis 2014.

Selon le rapport publié par Forbes le 24 janvier, cet enrichissement s’explique par une augmentation de la demande des produits de luxe et des matériaux construction, et par la flambée des cours boursiers, notamment au Nigeria et au Zimbabwe.

Un Top 4 toujours plus riche

Les quatre premiers du classement restent Ali Dangote (13,9 milliards de dollars), Johann Rupert (11 milliards), Nicky Oppenheimer (8,7 milliards) et Nassef Sawiris (8,6 milliards).

En l’espace d’une seule petite année, le tycoon nigérian a vu sa richesse croître de 14,8 %. Un tour de force rendu possible par l’augmentation de 30 % du cours de l’action de Dangote Cement, consécutive à l’essor de la construction de logements au Nigeria et à l’accroissement des dépenses du gouvernement dans les infrastructures. Pour rappel, Dangote Cement est une multinationale nigériane cotée en bourse spécialisée dans la production et la commercialisation de ciment.

Le poids lourd de l’industrie du luxe, Johann Rupert passe de la quatrième place à la deuxième marche du podium. Une meilleure performance qui trouve son origine dans l’augmentation de 60 % du cours de l’action de sa compagnie Richemont. Au total, la fortune du magnat sud-africain a crû de 3,8 milliards de dollars entre 2020 et 2021. L’homme d’affaire enregistre ainsi le gain en dollars le plus remarquable de cette liste. Quant au plus grand gagnant au niveau des pourcentages, c’est le Zimbabwéen Strive Masiyiwa (+ 125 %), qui pèse 1,5 milliard de dollars de plus que l’année dernière. Sa société Econet Wireless Zimbabwe a vu ses actions augmenter de plus de 750 %, ce qui a significativement contribué à l’enrichir.

À la troisième place, on retrouve  Nicky Oppenheimer, le Sud-Africain devenu multimilliardaire après avoir acheté la société d’extraction de diamants DeBeers, revendue ensuite il y a dix ans à la société minière Anglo American. Nassef Sawiris passe de la quatrième à la deuxième place, avec une fortune qui croît à hauteur de 1,17 %, passant de 8,5 à 8,6 milliards de dollars. Une augmentation moins importante que d’autres milliardaires du palmarès, mais une richesse totale qui lui permet toutefois de rester dans le top quatre.

Deux « perdants »

Les deux milliardaires africains à moins valoir que l’année dernière sont le Sud-Africain Koos Bekker, et le Tanzanien Mohammed Dewji.

La richesse du leader des médias est passée de 2,8 à 2,7 milliards de dollars en raison de la chute de plus de 20 % du cours des actions des sociétés Naspers (groupe multimédias) et Prosus (spécialisé dans l’Internet grand public). La fortune de l’ancien membre du parlement tanzanien a quant à elle légèrement baissé – de 1,6 à 1,5 milliard de dollars – à cause de la baisse de la valeur de ses actifs en bourse.

Avec Jeune Afrique par Yara Rizk

Bourse en microfinance pour Africains en Belgique 2022

décembre 16, 2021

Cette bourse d’études est destinée aux étudiants étrangers et africains pour étudier en Belgique.

1. Données sur la bourse 

Année de la bourse : 2022

Pays : Belgique

Organisme : plusieurs universités

Niveau d’étude : master

Spécialité de la bourse : microfinance

Montant de la bourse : 1.200€

Date limite pour postuler : 28 janvier 2022

2. Organisme d’accueil 

Nom de la bourse : bourses ARES

Organisme : plusieurs universités

3. Description de la bourse 

L’objectif du programme est de former des professionnels de la microfinance du Nord comme du Sud et de contribuer au renforcement des institutions de microfinance dans le monde, conformément aux plus hauts standards internationaux.

L’EMP offre une approche multidisciplinaire sur les questions de développement dans le secteur de la microfinance. Le programme combine des bases théoriques solides, des connaissances pratiques et un stage sur le terrain. L’admission est délivrée par le comité de gestion du programme européen de microfinance sur une commission d’évaluation des candidats.

4. Condition d’éligibilité

  • Les candidats au programme d’un an doivent déjà être titulaires d’un master – 300 ECTS – (ou d’un diplôme considéré comme équivalent par le jury) dans l’une des disciplines suivantes : coopération au développement, économie, agronomie, gestion ou finance.
  • Les candidats doivent avoir une expérience de terrain dans les pays en développement.
  • La maîtrise de l’anglais est requise.

5. Comment postuler à la bourse 

L’introduction d’une candidature de bourse doit se faire selon les modalités d’introduction et répondre aux critères de recevabilité. Postuler à une bourse de l’ARES est totalement gratuit. L’ARES ne porte aucun frais en compte à quelque étape du processus de candidature ou de sélection que ce soit. Votre dossier de candidature devra être soumis à l’ARES via la plateforme GIRAF.

Lien : https://bourses-etudes-africains.info/bourse-en-microfinance-pour-africains-en-belgique-2022/

Avec Adiac-Congo par Bourses africaines

Sexisme, menaces, agressions… La dure vie politique des députés africaines

décembre 5, 2021
Manifestation contre les violences faites aux femmes à Johannesburg, en septembre 2019 © REUTERS/Marius Bosch

Sur le continent, de plus en plus de femmes parviennent à se faire une place sur la scène politique. Mais elles y sont la cible de nombreuses discriminations et même de violences.

« Au moment de l’attribution des postes de responsabilité à l’Assemblée, témoigne une élue, un collègue de mon parti m’a bousculée et a menacé de me frapper. » « On a essayé de m’enlever, des coups de feu ont visé ma voiture. Il y a eu un mort », affirme une candidate à propos de sa campagne électorale. D’autres encore évoquent des menaces via les réseaux sociaux – « On m’a menacée en disant qu’on avait une sextape de moi » – ou par des biais plus traditionnels – « J’ai reçu un message d’un marabout à qui l’on avait demandé de m’éliminer ».

Scènes de violence ordinaire d’une vie politique africaine trop souvent marquée par la brutalité ? Possible. Mais ce qui ressort des témoignages, c’est aussi que les agressions, qu’elles soient physiques ou verbales, directes ou plus insidieuses, touchent particulièrement les femmes engagées dans la vie politique.

« Au lit et à la cuisine »

« Pendant longtemps, les hommes du parti ont essayé d’imposer le fait qu’une femme doive coucher avec eux pour pouvoir être candidate », résume l’une d’elles. « J’ai été attaquée à mon domicile. Je suis allée voir un officier de police. Il m’a promis son aide en échange de faveurs sexuelles », poursuit une deuxième tandis qu’une autre indique que « [son] mari est devenu violent et [elle] a commencé à [la] frapper lorsque [elle a] été élue à l’Assemblée. »

MON ADVERSAIRE ME TRAITE DE PROSTITUÉE, IL RACONTE QUE JE COUCHE AVEC N’IMPORTE QUI

« On m’attaque parce que je suis célibataire, mon adversaire me traite de prostituée, il raconte que je couche avec n’importe qui », renchérit une autre élue, alors qu’une collègue résume le discours tenu par nombre de ses voisins de banc à l’Assemblée : « Vous les femmes, votre place est au lit et à la cuisine. »

En matière de représentation politique des femmes, l’Afrique n’est pourtant pas la plus mal lotie. Le pourcentage d’élues siégeant dans les parlements du continent est passé, depuis le début du siècle, d’un peu moins de 10 % à plus de 20 %, grâce parfois à des lois introduisant des quotas obligatoires. L’exemple le plus connu reste le Rwanda, où plus de 60 % des députés sont des femmes, mais quelques autres pays approchent progressivement de la parité et on recense aussi des présidentes de parlements, des ministres en nombre croissant et occupant de plus en plus de postes régaliens ainsi que des dirigeantes de gouvernement.

C’est un progrès, mais est-ce assez ? L’accession équitable de personnes des deux sexes aux fonctions politiques règle-t-elle l’ensemble des problèmes, compense-t-elle toutes les discriminations que les femmes peuvent encore subir ?

Violences physiques et économiques

Pas si l’on en croit l’étude publiée récemment par l’Union interparlementaire (UIP), institution basée en Suisse et qui réunit des représentant de 179 parlements nationaux. De juin 2020 à juin 2021, elle a interrogé, avec l’appui de l’Union parlementaire africaine, 137 femmes siégeant dans les parlements de 50 pays africains et 87 y travaillant comme fonctionnaires, afin de dresser un état des lieux des formes de discrimination qu’elles rencontrent dans leur activité, d’en mesurer la fréquence et d’élaborer des solutions.

CELA VA DES PROPOS SEXISTES JUSQU’À DES AFFAIRES DE HARCÈLEMENT ET DE VIOL, DES MENACES DE MORT

La palette des problèmes rencontrés est large, explique Martin Chungong, le secrétaire général de l’UIP : « Cela va commencer par des propos sexistes relativement anodins que la plupart des hommes vont juger tout à fait normaux, mais ça va aussi jusqu’à des affaires de harcèlement et de viol. Des menaces de mort. » Quant à la proportion de femmes se disant victime de telles pratiques, elle n’a rien d’anecdotique : 80 % assurent avoir subi des violences psychologiques, 67 % des remarques ou comportements sexistes, 46 % ont été victimes d’attaques en ligne.

42 % ont en outre fait l’objet de menaces de mort, de viol, ou d’enlèvement les visant elles-mêmes ou leurs proches. 39 % évoquent intimidations ou harcèlement. Enfin, 39 % affirment avoir subi des violences sexuelles, 23 % des violences physiques et 29 % des violences économiques, c’est-à-dire des pressions les empêchant d’exercer leur mandat ou de mener leur campagne en les privant d’aides financières auxquelles elles avaient droit.

Des formes de violences très variées, qui s’exercent à n’importe quel moment de la vie politique des élues interrogées, et en n’importe quel lieu. « Les agressions peuvent venir des membres du parlement, survenir lors des meetings, quand les femmes viennent d’être élues… », égrène Nkhensani Kate Bilankulu, députée sud-africaine issue des rangs de l’ANC, qui dirige le Multi-Party Women’s Caucus, au Cap.

Un problème mondial

« Dans les réunions ou dans l’hémicycle, on a en théorie le même temps de parole que les hommes. Mais si on ne se lève pas pour demander la parole, personne ne nous la donne, complète la députée béninoise Mariama Baba Moussa Soumanou. Parfois aussi, les journalistes se retirent avant qu’on parle. Pendant la campagne, l’équipe d’un candidat est venue au dernier moment tenir une réunion exactement à l’endroit où mes partisans avaient préparé un meeting. On a préféré aller ailleurs… Les hommes ne tolèrent pas qu’on soit en concurrence avec eux. »

À discuter avec les femmes élues, d’un bout à l’autre du continent, on se fait vite l’image d’une vie politique africaine particulièrement violente, d’une corporation excessivement misogyne où rôdent machos décomplexés et prédateurs sexuels à l’affût. Erreur d’analyse, corrigent les témoins interrogés : l’UIP a mené le même type d’enquêtes au niveau mondial, puis européen, en 2016 et 2018, posant les mêmes questions aux élues et obtenant des résultats extrêmement comparables. Les parlementaires européennes sont même plus nombreuses que leurs consœurs africaines à se dire victimes de violences psychologiques (85 %) et 25 % d’entre elles évoquent des violences physiques.

La patronne des députées sud-africaines ne se dit « pas surprise » par la similarité des chiffres observés d’un continent à l’autre : « Nos sœurs ont des problèmes dans le monde entier. D’ailleurs, je pense que les chiffres réels sont encore plus élevés car beaucoup n’osent pas se signaler. » Le sujet des violences que subissent les femmes engagées en politique a d’ailleurs fait l’objet, en 2018, d’une étude de la Rapporteuse spéciale des Nations unies en charge de ces questions, l’universitaire croate Dubravka Šimonović.

« En Afrique les femmes sont victimes de discrimination dans la société en général. Elles n’ont pas le droit de prendre la parole en public, surtout devant des hommes, souligne  Oumo Sanogo, membre du parlement malien. Mais les chiffres sont presque les mêmes partout dans le monde donc ce n’est pas qu’une question de culture locale. »

39 % de victimes de violences sexuelles

« Dans l’ensemble, les niveaux sont les mêmes, confirme Martin Chungong. La principale spécificité africaine, c’est l’ampleur des violences physiques – 40 % des femmes interrogées en ont été victimes, contre 17 % en Europe – mais je pense que c’est lié au fait que plusieurs pays sont en situation de crise, de conflit… Vous retrouvez alors au parlement des représentants de groupes qui étaient en conflit sur le terrain et ces oppositions se transportent dans l’hémicycle. Sans compter les raisons religieuses, culturelles… »

BEAUCOUP DISENT : LES FEMMES, IL FAUT QU’ON LES VOIT MAIS QU’ELLES NE S’EXPRIMENT PAS

Selon les femmes ayant témoigné, les violences sexuelles sont sensiblement plus fréquentes en Afrique (39 %) qu’en Europe (25 %) et au dessus de la moyenne mondiale (22 %). Martin Chungong tente prudemment d’analyser le phénomène : « Souvent, et sans vouloir sombrer dans le cliché ou être condescendant, les hommes africains veulent renvoyer une image de force et ça doit se traduire à tous les niveaux. Tous les moyens sont bons. Beaucoup disent : les femmes, il faut qu’on les voit mais qu’elles ne s’expriment pas. »

Le sujet est d’autant plus délicat que beaucoup de victimes d’agression sexuelle préfèrent ne pas se manifester. La honte, comme souvent, les pousse à rester muettes, confirme la Béninoise Mariama Baba Moussa Soumanou : « Quand une femme dit qu’un homme l’a attaquée, on va lui dire qu’elle l’a provoqué. Quant à parler de viol… c’est très difficile, socialement. Une femme qui dit “on m’a violée” peut en pâtir toute sa vie. » Le problème est même décuplé dans le milieu politique, où une femme qui déclare avoir été agressée va souvent se voir répondre que « de toute façon », elle est arrivée au poste qu’elle occupe en jouant de ses charmes voire, plus crûment, en couchant avec le chef de son parti…

« Elle n’a pas le niveau »

À ce préjugé vient fréquemment s’en ajouter un autre, présent chez beaucoup d’hommes mais aussi chez certaines femmes : celui d’être illégitime, de ne pas posséder les compétences requises pour occuper des fonctions politiques et, donc, de « voler » les postes aux hommes, qui à l’inverse sont a priori supposés compétents et « naturellement supérieurs ».

« Ce sont des choses qu’on entend lors de réunions et qui nous visent mais sans avoir l’air de nous être destinées directement : “vous n’avez pas le niveau”, “vous réagissez avec vos émotions”…, confirme Mariama Baba Moussa Soumanou. La question du niveau intellectuel revient toujours quand il faut nommer une femme à un poste, mais jamais à propos des hommes ! Quand il y a des postes à pourvoir aussi c’est difficile, il y a lutte pour le pouvoir et pour beaucoup, la lutte c’est pour les hommes. Intellectuellement, on est pourtant aussi bien pourvues qu’eux, mais ces arguments reviennent toujours et créent un malaise. La politique reste considérée comme un milieu d’hommes. On entend : elle n’a pas le niveau, ou c’est une femme légère… »

CERTAINES DISENT “ON VA SE BATTRE”, MAIS C’EST UNE MINORITÉ. LA PLUPART TROUVENT ÇA INVIVABLE

« Les femmes sont aussi considérées comme insuffisamment productives, ajoute Oumo Sanogo. Si leur enfant tombe malade elles ne vont pas travailler, même chose si elles tombent enceintes… » « Tout ça est fait avant tout pour les décourager, soupire le secrétaire général de l’UIP. Certaines disent “on va se battre”, mais c’est une minorité. La plupart trouvent ça invivable. »

Les attaques sont souvent encore plus marquées lorsque les élues sont célibataires ou veuves, défenseuses des droits des minorités, membres de l’opposition, ce qui amène l’UIP à évoquer des « discriminations croisées » rendant le quotidien de certaines représentantes parfois insupportable. La question de l’incompétence supposée des femmes est d’ailleurs instrumentalisée à tous les niveaux, souligne Martin Chungong : « Parfois nous interpellons les autorités de certains pays sur le manque de parité et on nous répond : “qu’est-ce qu’on peut faire, il y a trop peu de femmes à qui on peut confier des responsabilités ?” »

Quotas et lieux d’écoute

Le plus triste, témoignent certaines élues, c’est que les agressions viennent souvent de collègues parlementaires que les victimes côtoient au quotidien (dans 49 % des cas), et même de camarades du même mouvement politique (41 %). « On a pourtant milité ensemble, mené les mêmes campagnes, on est tous là par la volonté du peuple », souligne avec amertume Oumo Sanogo.

LA TUNISIE, LA SIERRA LEONE, L’OUGANDA, LE BURKINA FASO, LE RWANDA, L’AFRIQUE DU SUD ET LA ZAMBIE S’ATTAQUENT AU PROBLÈME

Une part croissante des hommes occupant des fonctions politiques semble toutefois avoir identifié le problème et, dans plusieurs pays, la législation évolue, des mesures sont prises. Réservation d’une proportion de sièges ou de circonscriptions aux femmes, lutte plus active contre les discriminations ou les actes et propos sexistes, mise en place d’instances permettant aux victimes d’être entendues, parfois de façon anonyme… La situation évolue. La Tunisie, la Sierra Leone, l’Ouganda, le Burkina Faso, le Rwanda, l’Afrique du Sud et la Zambie ont ainsi choisi de s’attaquer au problème et adopté des règles protégeant mieux les femmes victimes de violences sexistes, qu’elles soient ou non des responsables politiques.

Pour Oumo Sanogo, la création de lieux permettant de déposer plainte est sans doute la première priorité mais il y en a d’autres : « Il faut des lieux d’écoute. Les quotas sont aussi une bonne chose : au Mali, les femmes sont plus nombreuses que les hommes donc il faut les encourager à intégrer les instances de décision. Après tout, ce sont elles qui subissent les conséquences des décisions que les hommes prennent à leur place ! »

Mais le problème des violences et du harcèlement que subissent les femmes politiques du continent ne se résoudra qu’avec une évolution des mentalités. Chantier long et ambitieux, conclut la Sud-Africaine Nkhensani Kate Bilankulu : « Il faut éduquer les gens, ça prendra du temps. Il faut expliquer l’impact négatif que ces violences ont sur nos enfants, sur nos sociétés, sur nos pays… Dans beaucoup de familles, les enfants grandissent dans une atmosphère de domination des hommes qui peut être abusive, brutale… Ce sera difficile de changer ça. Et ce sera long. Mais c’est impératif. »

Avec Jeune Afrique par Olivier Marbot

[Série]-Afrique-Sauve qui peut : quand les hommes de pouvoir prennent leurs jambes à leur cou !

novembre 29, 2021
« Jeune Afrique » © JA

Bozizé et Patassé, Mobutu, Bédié, Amadou Toumani Touré, Mnangagwa, Atangana Kouna… Tous ces hommes qui ont un jour été puissants, et qui parfois le sont redevenus, ont un point commun : ils ont été contraints de quitter leur pays. Toute la semaine, « Jeune Afrique » vous fait le récit de ces fuite inattendues, et parfois rocambolesques.

Il y a quelque chose de fascinant dans la fragilité du pouvoir. Un jour, on est tout-puissant et le lendemain, on n’est plus rien. Il faut fuir pour sa vie ou pour sa liberté. Le téléphone ne sonne plus, les privilèges se réduisent à peau de chagrin, parfois même on s’ennuie.

À quoi cela tient-il ? Quand des erreurs ont-elles été commises ? À quel moment le rapport de force s’est-il inversé ? Ce sont quelques-unes de ces histoires que Jeune Afrique a décidé de vous raconter tout au long de cette semaine.

Il y a ce jour de 2012 où le président malien Amadou Toumani Touré n’a eu d’autre choix que de dévaler à pied, le genou douloureux, la colline de Koulouba pour échapper aux putschistes qui tiraient sur le palais présidentiel. Preuve, s’il en fallait, que quand il s’agit de sauver sa peau, beaucoup sont prêts à tout et rivalisent d’ingéniosité.

EN 2017, EMMERSON MNANGAGWA REDEVIENT LE JEUNE MAQUISARD QU’IL FUT, MARCHANT ET RAMPANT DANS LES MARAIS

En témoigne l’histoire du Centrafricain Ange-Félix Patassé qui, en 1982, n’hésite pas à enfiler un boubou pour échapper aux hommes de Kolingba, tandis que son complice, François Bozizé, trouve son salut dans un faux plafond. En 2017, Emmerson Mnangagwa, exclu du pouvoir par Robert (et Grace !) Mugabe, redevient le jeune maquisard qu’il fut, marchant et rampant dans les marais pour parvenir à quitter le Zimbabwe. Quant à l’ancien ministre camerounais Basile Atangana Kouna, il fut contraint de fuir en voiture, nuitamment et par la route, pour être finalement rattrapé dans un hôtel au Nigeria. Il croupit depuis en prison.

Symbole

Il y a aussi ces présidents, le Congolais Mobutu Sese Seko en berline, l’Ivoirien Henri Konan Bédié en hélicoptère, devenus aveugles aux signaux et sourds aux alertes, qui durent quitter leur pays en riches et vilipendés fuyards.

Cette série ne prétend absolument pas à l’exhaustivité. Nous aurions pu faire le récit de la fuite en pirogue de l’Ivoirien Guillaume Soro travesti lors du coup d’État manqué de 2002, de celle du président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali, en 2011, ou plus récemment, en juin dernier, de celle du conseiller de Joseph Kabila, Kikaya Bin Karubi, qui se cacha dans un bateau et puis dans un avion pour quitter la RDC.

Mais les récits que nous vous livrerons chaque jour de la semaine ont sans doute valeur de symbole – et peut-être de morale. Certains de nos fugitifs ont mis des années à revenir au pays, d’autres y sont devenus plus puissants encore que quand ils en étaient parti

Avec Jeune Afrique

Bourses John Peters Humphrey pour Africains au Canada

novembre 12, 2021

Les bourses John Peters Humphrey pour Africains au Canada 2022 sont destinées aux étudiants étrangers et africains en vue d’étudier au Canada.

01. Données sur la bourse

  • Année de la bourse : 2022
  • Pays : Canada
  • Organisme : Université de Montréal
  • Niveau d’étude : master, doctorat
  • Spécialités de la bourse : droit, sciences humaines
  • Montant de la bourse : jusqu’à 20 000$ CAD
  • Date limite pour postuler : 15 décembre 2021

02. Organisme d’accueil

  • Nom de la bourse : bourses d’études John Peters Humphrey
  • Organisme : Université de Montréal

03. Description de la bourse

Le Conseil canadien de droit international octroie chaque année des bourses John Peters Humphrey aux étudiants en droit international de droits de l’homme ou l’organisation internationale.

Les bourses sont accordées aux étudiants qui excellent dans leurs études afin de leur permettre de poursuivre des études supérieures à temps plein dans des institutions de renom au Canada et à travers le monde.

Par ailleurs, les étudiants canadiens en droit et en science politique (ou l’équivalent) sont admissibles à la bourse.

En effet, le comité exécutif du CCDI détermine la valeur exacte en dollars de la bourse qui sera accordée en fonction des droits de scolarité et des frais de subsistance annuels et selon l’avis des conseillers financiers du programme de bourse.

Cette bourse est destinée aux étudiants débutant un programme d’études supérieures lié aux droits internationaux de l’homme ou de l’organisation internationale.

En effet, vous devez débuter ou poursuivre un programme d’études supérieures (master ou doctorat) à temps plein dans les domaines du droit international des droits de la personne ou des organisations internationales pour l’année universitaire 2022-2023.

Comment postuler à la bourse

Vous devez préparer un dossier de demande de bourse d’études selon les exigences des bourses John Peters Humphrey.

Ensuite, vous devez suivre le lien ci-dessous pour envoyer votre demande.

Demande d’admission.

Avec Adiac-Congo par Concoursn