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Guerre en Ukraine : les réfugiés africains discriminés aux frontières

février 28, 2022
Une Africaine dans un camp de réfugiés.

Des réfugiés africains à la frontière entre l’Ukraine et la Pologne Photo : Getty Images/Omar Marques

De nombreux pays africains, dont le Nigeria et l’Afrique du Sud, tentent d’aider leurs ressortissants à fuir l’Ukraine envahie par l’armée russe, sur fond d’accusations croissantes de racisme à l’encontre d’Africains aux frontières ukrainiennes.

Parmi les centaines de milliers de personnes qui tentent de fuir l’Ukraine vers les pays voisins, notamment la Pologne, figurent de nombreux ressortissants africains – pour la plupart étudiants.

Et les accusations de comportements racistes à leur égard se multiplient.

L’Union africaine (UA) s’est dite particulièrement préoccupée par les informations rapportées selon lesquelles les citoyens africains, se trouvant du côté ukrainien de la frontière, se verraient refuser le droit de traverser la frontière pour se mettre en sécurité.

Le chef de l’État sénégalais Macky Sall, président en exercice de l’UA, et le président de la Commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat, rappellent que toute personne a le droit de franchir les frontières internationales pendant un conflit […] quelle que soit sa nationalité ou son identité raciale.

Appliquer un traitement différent inacceptable aux Africains serait choquant et raciste et violerait le droit international, soulignent-ils.

Le Nigeria a ainsi exhorté lundi les autorités frontalières d’Ukraine et des pays voisins à traiter ses citoyens avec dignité.

Des informations regrettables indiquent que la police ukrainienne et le personnel de sécurité refusent de laisser les Nigérians monter dans les bus et les trains vers la Pologne, a déclaré le porte-parole de la présidence nigériane Garba Shehu.

Dans une vidéo qui circule largement sur les réseaux sociaux, une mère nigériane avec son jeune bébé a été filmée en train d’être forcée physiquement de céder son siège, a-t-il poursuivi, et selon d’autres informations, a-t-il ajouté, des fonctionnaires polonais ont refusé l’entrée en Pologne à des Nigérians venant d’Ukraine.

Tous ceux qui fuient une situation de conflit ont le même droit au passage en toute sécurité en vertu de la convention des Nations unies, et la couleur de leur passeport ou de leur peau ne devrait faire aucune différence, a-t-il insisté.

Le porte-parole du ministère sud-africain des Affaires étrangères, Clayson Monyela, a lui aussi affirmé que les Africains étaient victimes de mauvais traitements à la frontière entre l’Ukraine et la Pologne, et que l’ambassadeur d’Afrique du Sud s’y était rendu pour aider un groupe de Sud-Africains, majoritairement des étudiants, coincés, à entrer en Pologne.

Les Nigérians ont 15 jours pour quitter la Pologne

Ces accusations de racisme ont été rejetées, notamment par l’ambassadrice de Pologne au Nigeria, Joanna Tarnawska. Tout le monde reçoit un traitement égal. Je peux vous assurer que, selon les informations dont je dispose, certains ressortissants nigérians ont déjà franchi la frontière avec la Pologne, a-t-elle déclaré à des médias locaux.

Selon Mme Tarnawska, les documents d’identité invalides sont acceptés pour franchir la frontière et les restrictions liées à la COVID-19 ont été levées. Les Nigérians disposent d’un délai de 15 jours pour ensuite quitter le pays, a-t-elle ajouté.

Certains Nigérians qui ont franchi la frontière ont décrit leur voyage dans l’obscurité jusqu’aux frontières bondées où des fonctionnaires donnaient la priorité aux femmes et aux enfants ukrainiens.

Désormais en Pologne, Stéphanie Agekameh, étudiante en médecine, a ainsi affirmé que les responsables du poste-frontière de Medyka s’occupaient d’abord des Ukrainiens : Un des officiers est venu et nous a dit que c’est plus dur pour nous, les étrangers, parce qu’ils doivent contacter notre gouvernement dans différents pays.

Accueillis par leur ambassade

Pour l’heure, plus de 260 Nigérians ont été accueillis par les ambassades, éparpillés entre Roumanie, Hongrie et Pologne. Près de 200 autres sont attendus lundi, d’après le ministère nigérian des Affaires étrangères.

Le ministre des Affaires étrangères de la République démocratique du Congo (RDC), Christophe Lutundula, a de son côté affirmé qu’il recevrait mardi l’ambassadeur de Pologne pour favoriser le passage de quelque 200 ressortissants de RDC actuellement en Ukraine.

Ils sont à la frontière où on n’accepte pas qu’ils accèdent à ces pays voisins, a affirmé le ministre.

Le gouvernement ghanéen a quant à lui déclaré qu’il rencontrerait les parents des étudiants bloqués en Ukraine et a envoyé des fonctionnaires de l’ambassade aux postes frontaliers pour les aider.

La Côte d’Ivoire, qui compte environ 500 ressortissants en Ukraine, d’après les médias locaux, a également indiqué prendre des dispositions pour leur évacuation.

D’après le ministère kényan des Affaires étrangères, 201 Kényans sont en Ukraine, majoritairement des étudiants. Le ministère a récemment indiqué qu’ils étaient tous sains et saufs, même si certains restaient bloqués à la frontière polonaise en raison de restrictions de visa.

Radio-Canada ave Agence France-Presse

Dangote, Sawiris, Masiyiwa… La superbe année des milliardaires africains

janvier 31, 2022
L’Égyptien Nassef Sawiris, le Nigérian Aliko Dangote et le Zimbabwéen Strive Masiyiwa ont vu leur fortune sensiblement augmenter cette année. © Montage JA : ANDREW GOMBERT/EPA/MAXPPP ; ERIC LARRAYADIEU/ACF/JA ; C. BIBBY/Financial Times/REA.

Le patrimoine des 18 africains les plus riches, selon le classement Forbes, a atteint son plus haut niveau depuis 2014. Revue des effectifs.

Cette année encore, ce sont sept pays africains qui sont représentés dans ce classement. L’Afrique du Sud et l’Égypte comptent le plus de milliardaires (cinq chacun), suivis du Nigeria et du Maroc (respectivement trois et deux milliardaires ). Même en pleine pandémie, les plus grandes fortunes africaines ont continué de s’enrichir. En tout, les fortunes accumulées des 18 milliardaires du continent s’élèvent à 84,9 milliards de dollars. Une somme qui a augmenté de 15 %  en douze mois, et qui représente le plus grand total combiné depuis 2014.

Selon le rapport publié par Forbes le 24 janvier, cet enrichissement s’explique par une augmentation de la demande des produits de luxe et des matériaux construction, et par la flambée des cours boursiers, notamment au Nigeria et au Zimbabwe.

Un Top 4 toujours plus riche

Les quatre premiers du classement restent Ali Dangote (13,9 milliards de dollars), Johann Rupert (11 milliards), Nicky Oppenheimer (8,7 milliards) et Nassef Sawiris (8,6 milliards).

En l’espace d’une seule petite année, le tycoon nigérian a vu sa richesse croître de 14,8 %. Un tour de force rendu possible par l’augmentation de 30 % du cours de l’action de Dangote Cement, consécutive à l’essor de la construction de logements au Nigeria et à l’accroissement des dépenses du gouvernement dans les infrastructures. Pour rappel, Dangote Cement est une multinationale nigériane cotée en bourse spécialisée dans la production et la commercialisation de ciment.

Le poids lourd de l’industrie du luxe, Johann Rupert passe de la quatrième place à la deuxième marche du podium. Une meilleure performance qui trouve son origine dans l’augmentation de 60 % du cours de l’action de sa compagnie Richemont. Au total, la fortune du magnat sud-africain a crû de 3,8 milliards de dollars entre 2020 et 2021. L’homme d’affaire enregistre ainsi le gain en dollars le plus remarquable de cette liste. Quant au plus grand gagnant au niveau des pourcentages, c’est le Zimbabwéen Strive Masiyiwa (+ 125 %), qui pèse 1,5 milliard de dollars de plus que l’année dernière. Sa société Econet Wireless Zimbabwe a vu ses actions augmenter de plus de 750 %, ce qui a significativement contribué à l’enrichir.

À la troisième place, on retrouve  Nicky Oppenheimer, le Sud-Africain devenu multimilliardaire après avoir acheté la société d’extraction de diamants DeBeers, revendue ensuite il y a dix ans à la société minière Anglo American. Nassef Sawiris passe de la quatrième à la deuxième place, avec une fortune qui croît à hauteur de 1,17 %, passant de 8,5 à 8,6 milliards de dollars. Une augmentation moins importante que d’autres milliardaires du palmarès, mais une richesse totale qui lui permet toutefois de rester dans le top quatre.

Deux « perdants »

Les deux milliardaires africains à moins valoir que l’année dernière sont le Sud-Africain Koos Bekker, et le Tanzanien Mohammed Dewji.

La richesse du leader des médias est passée de 2,8 à 2,7 milliards de dollars en raison de la chute de plus de 20 % du cours des actions des sociétés Naspers (groupe multimédias) et Prosus (spécialisé dans l’Internet grand public). La fortune de l’ancien membre du parlement tanzanien a quant à elle légèrement baissé – de 1,6 à 1,5 milliard de dollars – à cause de la baisse de la valeur de ses actifs en bourse.

Avec Jeune Afrique par Yara Rizk

Bourse en microfinance pour Africains en Belgique 2022

décembre 16, 2021

Cette bourse d’études est destinée aux étudiants étrangers et africains pour étudier en Belgique.

1. Données sur la bourse 

Année de la bourse : 2022

Pays : Belgique

Organisme : plusieurs universités

Niveau d’étude : master

Spécialité de la bourse : microfinance

Montant de la bourse : 1.200€

Date limite pour postuler : 28 janvier 2022

2. Organisme d’accueil 

Nom de la bourse : bourses ARES

Organisme : plusieurs universités

3. Description de la bourse 

L’objectif du programme est de former des professionnels de la microfinance du Nord comme du Sud et de contribuer au renforcement des institutions de microfinance dans le monde, conformément aux plus hauts standards internationaux.

L’EMP offre une approche multidisciplinaire sur les questions de développement dans le secteur de la microfinance. Le programme combine des bases théoriques solides, des connaissances pratiques et un stage sur le terrain. L’admission est délivrée par le comité de gestion du programme européen de microfinance sur une commission d’évaluation des candidats.

4. Condition d’éligibilité

  • Les candidats au programme d’un an doivent déjà être titulaires d’un master – 300 ECTS – (ou d’un diplôme considéré comme équivalent par le jury) dans l’une des disciplines suivantes : coopération au développement, économie, agronomie, gestion ou finance.
  • Les candidats doivent avoir une expérience de terrain dans les pays en développement.
  • La maîtrise de l’anglais est requise.

5. Comment postuler à la bourse 

L’introduction d’une candidature de bourse doit se faire selon les modalités d’introduction et répondre aux critères de recevabilité. Postuler à une bourse de l’ARES est totalement gratuit. L’ARES ne porte aucun frais en compte à quelque étape du processus de candidature ou de sélection que ce soit. Votre dossier de candidature devra être soumis à l’ARES via la plateforme GIRAF.

Lien : https://bourses-etudes-africains.info/bourse-en-microfinance-pour-africains-en-belgique-2022/

Avec Adiac-Congo par Bourses africaines

Sexisme, menaces, agressions… La dure vie politique des députés africaines

décembre 5, 2021
Manifestation contre les violences faites aux femmes à Johannesburg, en septembre 2019 © REUTERS/Marius Bosch

Sur le continent, de plus en plus de femmes parviennent à se faire une place sur la scène politique. Mais elles y sont la cible de nombreuses discriminations et même de violences.

« Au moment de l’attribution des postes de responsabilité à l’Assemblée, témoigne une élue, un collègue de mon parti m’a bousculée et a menacé de me frapper. » « On a essayé de m’enlever, des coups de feu ont visé ma voiture. Il y a eu un mort », affirme une candidate à propos de sa campagne électorale. D’autres encore évoquent des menaces via les réseaux sociaux – « On m’a menacée en disant qu’on avait une sextape de moi » – ou par des biais plus traditionnels – « J’ai reçu un message d’un marabout à qui l’on avait demandé de m’éliminer ».

Scènes de violence ordinaire d’une vie politique africaine trop souvent marquée par la brutalité ? Possible. Mais ce qui ressort des témoignages, c’est aussi que les agressions, qu’elles soient physiques ou verbales, directes ou plus insidieuses, touchent particulièrement les femmes engagées dans la vie politique.

« Au lit et à la cuisine »

« Pendant longtemps, les hommes du parti ont essayé d’imposer le fait qu’une femme doive coucher avec eux pour pouvoir être candidate », résume l’une d’elles. « J’ai été attaquée à mon domicile. Je suis allée voir un officier de police. Il m’a promis son aide en échange de faveurs sexuelles », poursuit une deuxième tandis qu’une autre indique que « [son] mari est devenu violent et [elle] a commencé à [la] frapper lorsque [elle a] été élue à l’Assemblée. »

MON ADVERSAIRE ME TRAITE DE PROSTITUÉE, IL RACONTE QUE JE COUCHE AVEC N’IMPORTE QUI

« On m’attaque parce que je suis célibataire, mon adversaire me traite de prostituée, il raconte que je couche avec n’importe qui », renchérit une autre élue, alors qu’une collègue résume le discours tenu par nombre de ses voisins de banc à l’Assemblée : « Vous les femmes, votre place est au lit et à la cuisine. »

En matière de représentation politique des femmes, l’Afrique n’est pourtant pas la plus mal lotie. Le pourcentage d’élues siégeant dans les parlements du continent est passé, depuis le début du siècle, d’un peu moins de 10 % à plus de 20 %, grâce parfois à des lois introduisant des quotas obligatoires. L’exemple le plus connu reste le Rwanda, où plus de 60 % des députés sont des femmes, mais quelques autres pays approchent progressivement de la parité et on recense aussi des présidentes de parlements, des ministres en nombre croissant et occupant de plus en plus de postes régaliens ainsi que des dirigeantes de gouvernement.

C’est un progrès, mais est-ce assez ? L’accession équitable de personnes des deux sexes aux fonctions politiques règle-t-elle l’ensemble des problèmes, compense-t-elle toutes les discriminations que les femmes peuvent encore subir ?

Violences physiques et économiques

Pas si l’on en croit l’étude publiée récemment par l’Union interparlementaire (UIP), institution basée en Suisse et qui réunit des représentant de 179 parlements nationaux. De juin 2020 à juin 2021, elle a interrogé, avec l’appui de l’Union parlementaire africaine, 137 femmes siégeant dans les parlements de 50 pays africains et 87 y travaillant comme fonctionnaires, afin de dresser un état des lieux des formes de discrimination qu’elles rencontrent dans leur activité, d’en mesurer la fréquence et d’élaborer des solutions.

CELA VA DES PROPOS SEXISTES JUSQU’À DES AFFAIRES DE HARCÈLEMENT ET DE VIOL, DES MENACES DE MORT

La palette des problèmes rencontrés est large, explique Martin Chungong, le secrétaire général de l’UIP : « Cela va commencer par des propos sexistes relativement anodins que la plupart des hommes vont juger tout à fait normaux, mais ça va aussi jusqu’à des affaires de harcèlement et de viol. Des menaces de mort. » Quant à la proportion de femmes se disant victime de telles pratiques, elle n’a rien d’anecdotique : 80 % assurent avoir subi des violences psychologiques, 67 % des remarques ou comportements sexistes, 46 % ont été victimes d’attaques en ligne.

42 % ont en outre fait l’objet de menaces de mort, de viol, ou d’enlèvement les visant elles-mêmes ou leurs proches. 39 % évoquent intimidations ou harcèlement. Enfin, 39 % affirment avoir subi des violences sexuelles, 23 % des violences physiques et 29 % des violences économiques, c’est-à-dire des pressions les empêchant d’exercer leur mandat ou de mener leur campagne en les privant d’aides financières auxquelles elles avaient droit.

Des formes de violences très variées, qui s’exercent à n’importe quel moment de la vie politique des élues interrogées, et en n’importe quel lieu. « Les agressions peuvent venir des membres du parlement, survenir lors des meetings, quand les femmes viennent d’être élues… », égrène Nkhensani Kate Bilankulu, députée sud-africaine issue des rangs de l’ANC, qui dirige le Multi-Party Women’s Caucus, au Cap.

Un problème mondial

« Dans les réunions ou dans l’hémicycle, on a en théorie le même temps de parole que les hommes. Mais si on ne se lève pas pour demander la parole, personne ne nous la donne, complète la députée béninoise Mariama Baba Moussa Soumanou. Parfois aussi, les journalistes se retirent avant qu’on parle. Pendant la campagne, l’équipe d’un candidat est venue au dernier moment tenir une réunion exactement à l’endroit où mes partisans avaient préparé un meeting. On a préféré aller ailleurs… Les hommes ne tolèrent pas qu’on soit en concurrence avec eux. »

À discuter avec les femmes élues, d’un bout à l’autre du continent, on se fait vite l’image d’une vie politique africaine particulièrement violente, d’une corporation excessivement misogyne où rôdent machos décomplexés et prédateurs sexuels à l’affût. Erreur d’analyse, corrigent les témoins interrogés : l’UIP a mené le même type d’enquêtes au niveau mondial, puis européen, en 2016 et 2018, posant les mêmes questions aux élues et obtenant des résultats extrêmement comparables. Les parlementaires européennes sont même plus nombreuses que leurs consœurs africaines à se dire victimes de violences psychologiques (85 %) et 25 % d’entre elles évoquent des violences physiques.

La patronne des députées sud-africaines ne se dit « pas surprise » par la similarité des chiffres observés d’un continent à l’autre : « Nos sœurs ont des problèmes dans le monde entier. D’ailleurs, je pense que les chiffres réels sont encore plus élevés car beaucoup n’osent pas se signaler. » Le sujet des violences que subissent les femmes engagées en politique a d’ailleurs fait l’objet, en 2018, d’une étude de la Rapporteuse spéciale des Nations unies en charge de ces questions, l’universitaire croate Dubravka Šimonović.

« En Afrique les femmes sont victimes de discrimination dans la société en général. Elles n’ont pas le droit de prendre la parole en public, surtout devant des hommes, souligne  Oumo Sanogo, membre du parlement malien. Mais les chiffres sont presque les mêmes partout dans le monde donc ce n’est pas qu’une question de culture locale. »

39 % de victimes de violences sexuelles

« Dans l’ensemble, les niveaux sont les mêmes, confirme Martin Chungong. La principale spécificité africaine, c’est l’ampleur des violences physiques – 40 % des femmes interrogées en ont été victimes, contre 17 % en Europe – mais je pense que c’est lié au fait que plusieurs pays sont en situation de crise, de conflit… Vous retrouvez alors au parlement des représentants de groupes qui étaient en conflit sur le terrain et ces oppositions se transportent dans l’hémicycle. Sans compter les raisons religieuses, culturelles… »

BEAUCOUP DISENT : LES FEMMES, IL FAUT QU’ON LES VOIT MAIS QU’ELLES NE S’EXPRIMENT PAS

Selon les femmes ayant témoigné, les violences sexuelles sont sensiblement plus fréquentes en Afrique (39 %) qu’en Europe (25 %) et au dessus de la moyenne mondiale (22 %). Martin Chungong tente prudemment d’analyser le phénomène : « Souvent, et sans vouloir sombrer dans le cliché ou être condescendant, les hommes africains veulent renvoyer une image de force et ça doit se traduire à tous les niveaux. Tous les moyens sont bons. Beaucoup disent : les femmes, il faut qu’on les voit mais qu’elles ne s’expriment pas. »

Le sujet est d’autant plus délicat que beaucoup de victimes d’agression sexuelle préfèrent ne pas se manifester. La honte, comme souvent, les pousse à rester muettes, confirme la Béninoise Mariama Baba Moussa Soumanou : « Quand une femme dit qu’un homme l’a attaquée, on va lui dire qu’elle l’a provoqué. Quant à parler de viol… c’est très difficile, socialement. Une femme qui dit “on m’a violée” peut en pâtir toute sa vie. » Le problème est même décuplé dans le milieu politique, où une femme qui déclare avoir été agressée va souvent se voir répondre que « de toute façon », elle est arrivée au poste qu’elle occupe en jouant de ses charmes voire, plus crûment, en couchant avec le chef de son parti…

« Elle n’a pas le niveau »

À ce préjugé vient fréquemment s’en ajouter un autre, présent chez beaucoup d’hommes mais aussi chez certaines femmes : celui d’être illégitime, de ne pas posséder les compétences requises pour occuper des fonctions politiques et, donc, de « voler » les postes aux hommes, qui à l’inverse sont a priori supposés compétents et « naturellement supérieurs ».

« Ce sont des choses qu’on entend lors de réunions et qui nous visent mais sans avoir l’air de nous être destinées directement : “vous n’avez pas le niveau”, “vous réagissez avec vos émotions”…, confirme Mariama Baba Moussa Soumanou. La question du niveau intellectuel revient toujours quand il faut nommer une femme à un poste, mais jamais à propos des hommes ! Quand il y a des postes à pourvoir aussi c’est difficile, il y a lutte pour le pouvoir et pour beaucoup, la lutte c’est pour les hommes. Intellectuellement, on est pourtant aussi bien pourvues qu’eux, mais ces arguments reviennent toujours et créent un malaise. La politique reste considérée comme un milieu d’hommes. On entend : elle n’a pas le niveau, ou c’est une femme légère… »

CERTAINES DISENT “ON VA SE BATTRE”, MAIS C’EST UNE MINORITÉ. LA PLUPART TROUVENT ÇA INVIVABLE

« Les femmes sont aussi considérées comme insuffisamment productives, ajoute Oumo Sanogo. Si leur enfant tombe malade elles ne vont pas travailler, même chose si elles tombent enceintes… » « Tout ça est fait avant tout pour les décourager, soupire le secrétaire général de l’UIP. Certaines disent “on va se battre”, mais c’est une minorité. La plupart trouvent ça invivable. »

Les attaques sont souvent encore plus marquées lorsque les élues sont célibataires ou veuves, défenseuses des droits des minorités, membres de l’opposition, ce qui amène l’UIP à évoquer des « discriminations croisées » rendant le quotidien de certaines représentantes parfois insupportable. La question de l’incompétence supposée des femmes est d’ailleurs instrumentalisée à tous les niveaux, souligne Martin Chungong : « Parfois nous interpellons les autorités de certains pays sur le manque de parité et on nous répond : “qu’est-ce qu’on peut faire, il y a trop peu de femmes à qui on peut confier des responsabilités ?” »

Quotas et lieux d’écoute

Le plus triste, témoignent certaines élues, c’est que les agressions viennent souvent de collègues parlementaires que les victimes côtoient au quotidien (dans 49 % des cas), et même de camarades du même mouvement politique (41 %). « On a pourtant milité ensemble, mené les mêmes campagnes, on est tous là par la volonté du peuple », souligne avec amertume Oumo Sanogo.

LA TUNISIE, LA SIERRA LEONE, L’OUGANDA, LE BURKINA FASO, LE RWANDA, L’AFRIQUE DU SUD ET LA ZAMBIE S’ATTAQUENT AU PROBLÈME

Une part croissante des hommes occupant des fonctions politiques semble toutefois avoir identifié le problème et, dans plusieurs pays, la législation évolue, des mesures sont prises. Réservation d’une proportion de sièges ou de circonscriptions aux femmes, lutte plus active contre les discriminations ou les actes et propos sexistes, mise en place d’instances permettant aux victimes d’être entendues, parfois de façon anonyme… La situation évolue. La Tunisie, la Sierra Leone, l’Ouganda, le Burkina Faso, le Rwanda, l’Afrique du Sud et la Zambie ont ainsi choisi de s’attaquer au problème et adopté des règles protégeant mieux les femmes victimes de violences sexistes, qu’elles soient ou non des responsables politiques.

Pour Oumo Sanogo, la création de lieux permettant de déposer plainte est sans doute la première priorité mais il y en a d’autres : « Il faut des lieux d’écoute. Les quotas sont aussi une bonne chose : au Mali, les femmes sont plus nombreuses que les hommes donc il faut les encourager à intégrer les instances de décision. Après tout, ce sont elles qui subissent les conséquences des décisions que les hommes prennent à leur place ! »

Mais le problème des violences et du harcèlement que subissent les femmes politiques du continent ne se résoudra qu’avec une évolution des mentalités. Chantier long et ambitieux, conclut la Sud-Africaine Nkhensani Kate Bilankulu : « Il faut éduquer les gens, ça prendra du temps. Il faut expliquer l’impact négatif que ces violences ont sur nos enfants, sur nos sociétés, sur nos pays… Dans beaucoup de familles, les enfants grandissent dans une atmosphère de domination des hommes qui peut être abusive, brutale… Ce sera difficile de changer ça. Et ce sera long. Mais c’est impératif. »

Avec Jeune Afrique par Olivier Marbot

[Série]-Afrique-Sauve qui peut : quand les hommes de pouvoir prennent leurs jambes à leur cou !

novembre 29, 2021
« Jeune Afrique » © JA

Bozizé et Patassé, Mobutu, Bédié, Amadou Toumani Touré, Mnangagwa, Atangana Kouna… Tous ces hommes qui ont un jour été puissants, et qui parfois le sont redevenus, ont un point commun : ils ont été contraints de quitter leur pays. Toute la semaine, « Jeune Afrique » vous fait le récit de ces fuite inattendues, et parfois rocambolesques.

Il y a quelque chose de fascinant dans la fragilité du pouvoir. Un jour, on est tout-puissant et le lendemain, on n’est plus rien. Il faut fuir pour sa vie ou pour sa liberté. Le téléphone ne sonne plus, les privilèges se réduisent à peau de chagrin, parfois même on s’ennuie.

À quoi cela tient-il ? Quand des erreurs ont-elles été commises ? À quel moment le rapport de force s’est-il inversé ? Ce sont quelques-unes de ces histoires que Jeune Afrique a décidé de vous raconter tout au long de cette semaine.

Il y a ce jour de 2012 où le président malien Amadou Toumani Touré n’a eu d’autre choix que de dévaler à pied, le genou douloureux, la colline de Koulouba pour échapper aux putschistes qui tiraient sur le palais présidentiel. Preuve, s’il en fallait, que quand il s’agit de sauver sa peau, beaucoup sont prêts à tout et rivalisent d’ingéniosité.

EN 2017, EMMERSON MNANGAGWA REDEVIENT LE JEUNE MAQUISARD QU’IL FUT, MARCHANT ET RAMPANT DANS LES MARAIS

En témoigne l’histoire du Centrafricain Ange-Félix Patassé qui, en 1982, n’hésite pas à enfiler un boubou pour échapper aux hommes de Kolingba, tandis que son complice, François Bozizé, trouve son salut dans un faux plafond. En 2017, Emmerson Mnangagwa, exclu du pouvoir par Robert (et Grace !) Mugabe, redevient le jeune maquisard qu’il fut, marchant et rampant dans les marais pour parvenir à quitter le Zimbabwe. Quant à l’ancien ministre camerounais Basile Atangana Kouna, il fut contraint de fuir en voiture, nuitamment et par la route, pour être finalement rattrapé dans un hôtel au Nigeria. Il croupit depuis en prison.

Symbole

Il y a aussi ces présidents, le Congolais Mobutu Sese Seko en berline, l’Ivoirien Henri Konan Bédié en hélicoptère, devenus aveugles aux signaux et sourds aux alertes, qui durent quitter leur pays en riches et vilipendés fuyards.

Cette série ne prétend absolument pas à l’exhaustivité. Nous aurions pu faire le récit de la fuite en pirogue de l’Ivoirien Guillaume Soro travesti lors du coup d’État manqué de 2002, de celle du président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali, en 2011, ou plus récemment, en juin dernier, de celle du conseiller de Joseph Kabila, Kikaya Bin Karubi, qui se cacha dans un bateau et puis dans un avion pour quitter la RDC.

Mais les récits que nous vous livrerons chaque jour de la semaine ont sans doute valeur de symbole – et peut-être de morale. Certains de nos fugitifs ont mis des années à revenir au pays, d’autres y sont devenus plus puissants encore que quand ils en étaient parti

Avec Jeune Afrique

Bourses John Peters Humphrey pour Africains au Canada

novembre 12, 2021

Les bourses John Peters Humphrey pour Africains au Canada 2022 sont destinées aux étudiants étrangers et africains en vue d’étudier au Canada.

01. Données sur la bourse

  • Année de la bourse : 2022
  • Pays : Canada
  • Organisme : Université de Montréal
  • Niveau d’étude : master, doctorat
  • Spécialités de la bourse : droit, sciences humaines
  • Montant de la bourse : jusqu’à 20 000$ CAD
  • Date limite pour postuler : 15 décembre 2021

02. Organisme d’accueil

  • Nom de la bourse : bourses d’études John Peters Humphrey
  • Organisme : Université de Montréal

03. Description de la bourse

Le Conseil canadien de droit international octroie chaque année des bourses John Peters Humphrey aux étudiants en droit international de droits de l’homme ou l’organisation internationale.

Les bourses sont accordées aux étudiants qui excellent dans leurs études afin de leur permettre de poursuivre des études supérieures à temps plein dans des institutions de renom au Canada et à travers le monde.

Par ailleurs, les étudiants canadiens en droit et en science politique (ou l’équivalent) sont admissibles à la bourse.

En effet, le comité exécutif du CCDI détermine la valeur exacte en dollars de la bourse qui sera accordée en fonction des droits de scolarité et des frais de subsistance annuels et selon l’avis des conseillers financiers du programme de bourse.

Cette bourse est destinée aux étudiants débutant un programme d’études supérieures lié aux droits internationaux de l’homme ou de l’organisation internationale.

En effet, vous devez débuter ou poursuivre un programme d’études supérieures (master ou doctorat) à temps plein dans les domaines du droit international des droits de la personne ou des organisations internationales pour l’année universitaire 2022-2023.

Comment postuler à la bourse

Vous devez préparer un dossier de demande de bourse d’études selon les exigences des bourses John Peters Humphrey.

Ensuite, vous devez suivre le lien ci-dessous pour envoyer votre demande.

Demande d’admission.

Avec Adiac-Congo par Concoursn

COP26 : plus de cent millions d’Africains exposés aux aléas climatiques d’ici à 2030

novembre 4, 2021

Jusqu’à 118 millions de personnes seront, d’ici à 2030, « exposées à la sécheresse, aux inondations et aux chaleurs extrêmes en Afrique, si des mesures adéquates ne sont pas prises », selon l’Organisation météorologique mondiale. Cette situation a d’énormes répercussions sur la sécurité de l’eau à l’avenir, compte tenu de l’augmentation de la population et de la dégradation de l’environnement. 

L’alerte est lancée par l’Organisation météorologique mondiale (OMM), à l’occasion de la publication d’un rapport sur l’état du climat en Afrique (2020). « L’Afrique connaît une augmentation de la variabilité météorologique et climatique, qui entraîne des catastrophes écologiques et sociales. D’ici à 2030, on estime que jusqu’à 118 millions de personnes extrêmement pauvres seront exposées à la sécheresse, aux inondations et aux chaleurs extrêmes en Afrique si des mesures adéquates ne sont pas prises », a déclaré la commissaire à l’Economie rurale et à l’Agriculture de la commission de l’Union africaine à l’OMM, Josefa Leonel Correia Sacko. Selon les indicateurs climatiques donnés par le secrétaire général de l’OMM, Petteri Taalas, au cours de l’année 2020,  l’Afrique a connu une augmentation continue des températures, une accélération de l’élévation du niveau de la mer, des phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes, tels que les inondations, les glissements de terrain et les sécheresses, et les impacts dévastateurs associés.

« La fonte rapide des derniers glaciers d’Afrique de l’est, dont on s’attend à ce qu’elle soit totale dans un avenir proche, nous alerte d’un changement imminent et irréversible du système terre », a déclaré Petteri Taalas. L’autre inquiétude soulignée par l’OMM c’est l’élévation du niveau de la mer et la fonte des glaciers emblématiques du continent. Ce qui met en évidence « la vulnérabilité disproportionnée de l’Afrique et montre comment les avantages potentiels des investissements dans l’adaptation au climat, les services météorologiques et climatologiques et les systèmes d’alerte précoce l’emportent largement sur les coûts ». Ce rapport de l’OMM est publié dans la perspective des négociations des Nations unions sur le changement climatique qui se déroulent dans le cadre de la COP26, à Glasglow, en Ecosse. Il vient s’ajouter aux éléments scientifiques qui prouvent l’urgence de réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre, de renforcer les ambitions en matière de climat et d’allouer davantage de financements à l’adaptation.

L’eau, une priorité en matière d’adaptation climatique

L’eau est en première ligne du changement climatique et constitue une priorité absolue en matière d’adaptation. Les dirigeants de la coalition Eau et  Climat, présents à Glasgow, ont lancé un appel urgent et uni en faveur d’une action intégrée pour l’eau et le climat, afin de remplacer l’approche actuelle, fragmentée et axée sur la crise. Ils ont souligné la nécessité d’une gestion intégrée d’eau et du climat, fondée sur un partage accru des données et des informations. Seulement 0,5 % de l’eau sur terre est utilisable et disponible sous forme d’eau douce. Mais au cours des vingt dernières années, le stockage de l’eau terrestre a diminué de 1 cm par an. Cette situation a d’énormes répercussions sur la sécurité de l’eau à l’avenir, compte tenu de l’augmentation de la population et de la dégradation de l’environnement. Le changement climatique exacerbe à la fois la pénurie d’eau et les risques liés à l’eau, car la hausse des températures perturbe le régime des précipitations et l’ensemble du cycle de l’eau. Actuellement, 3,6 milliards de personnes n’ont pas accès à l’eau au moins un mois par an, et ce chiffre devrait passer à plus de 5 milliards d’ici à 2050.

Avec Adiac-Congo par Noël Ndong

COP26 : pourquoi il faut aider les agriculteurs africains à s’adapter au changement climatique

novembre 4, 2021
Irrigation des champs à Karsome, au Togo. © GODONG/BSIP via AFP

Les décisions prises lors de la COP26 seront d’une importance capitale pour la sécurité alimentaire en Afrique. Elles doivent en priorité financer des solutions pour ses exploitants agricoles et ses éleveurs.

Avec ses 1,2 milliard d’habitants, l’Afrique subsaharienne est une région dont la rapide croissance démographique impose de relever nombre de défis pour parvenir à une certaine sécurité alimentaire. Une vraie gageure, car ces défis ont été considérablement complexifiés par la pandémie de Covid-19. À long terme cependant, le dérèglement climatique devrait devenir le plus grand obstacle en la matière. Et les mesures qui seront prises lors de la Conférence sur les changements climatiques de Glasgow (COP26) seront décisives : elles détermineront la capacité du continent à s’adapter.

Concrètement, les dirigeants mondiaux doivent adopter un plan de financement de la lutte contre le dérèglement climatique prévoyant d’importants investissements destinés à aider les petits exploitants agricoles et les éleveurs africains. En effet, les systèmes alimentaires du continent reposent sur de petits producteurs, qui génèrent des emplois et des revenus pour la majorité des Africains. Cependant, un nombre croissant de fléaux comme la sécheresse et les invasions de criquets pèlerins qui menacent actuellement de famine 2,1 millions de Kenyans les ont particulièrement affecté. Au cours des soixante dernières années, le dérèglement climatique a réduit la production agricole mondiale de 21 %. Dans de vastes régions d’Afrique, les pertes dépassent 40 %. Et selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la pandémie de Covid-19 aggrave la situation.

LA RÉDUCTION DES ÉMISSIONS DE GAZ À EFFET DE SERRE N’AIDERA PAS LES AGRICULTEURS AFRICAINS

Innovations agricoles

Au début de l’année, les dirigeants africains ont approuvé une stratégie de relance en cas de pandémie fondée sur la mobilisation de 25 milliards de dollars sur cinq ans et mettant surtout l’accent sur l’amélioration de la résilience des petits producteurs agricoles et éleveurs. Un objectif soutenu à la fois par Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies, et Janet Yellen, secrétaire américaine au Trésor. Mais les pays africains ne peuvent et ne devraient pas relever seuls les défis climatiques. Comme le rappelle Janet Yellen, « l’Afrique  [est la région qui ] a le moins contribué au dérèglement climatique, mais elle en subit les pires effets ». Exemple concret : l’Afrique ne représente qu’environ 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Aujourd’hui, au moins trois quarts des financements environnementaux sont consacrés à des mesures de réduction de ces émissions. Mais, même mises en œuvre immédiatement, celles-ci ne stopperont pas la plupart des changements qui affectent déjà les agriculteurs africains et qui devraient s’intensifier au cours des prochaines décennies. Le secrétaire général de l’ONU a donc appelé les pays du G7, ainsi que les institutions comme la Banque mondiale, à augmenter de 20 à 50 %  la part allouée à l’adaptation au changement climatique et à la résilience.

Les investissements devraient en priorité être affectés aux innovations agricoles pour les communautés de petits exploitants. Les avancées scientifiques et technologiques doivent ainsi permettre de fournir aux agriculteurs des prévisions climatiques saisonnières ainsi que des conseils techniques et d’effectuer un suivi des maladies qui affectent les cultures et sont susceptibles d’être aggravées par le dérèglement climatique, comme celles qui menacent le manioc en Afrique de l’Ouest et la production de blé en Éthiopie. Les données démontrent que de tels services peuvent aider les agriculteurs à augmenter durablement leur productivité de 30 % et les revenus des ménages de 25 %.

LES COMMUNAUTÉS VULNÉRABLES DEVRAIENT AVOIR VOIX AU CHAPITRE LORS DE L’ÉLABORATION DES SOLUTIONS

Impliquer les acteurs locaux

Le Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (GCRAI) est un acteur essentiel dans ce domaine. Ces dernières décennies, il a développé des partenariats solides avec des agriculteurs et des centres nationaux de recherche agricole à travers l’Afrique. Grâce à ses avancées pratiques en Afrique – développement de centaines de variétés améliorées de haricots, soutien à une production alimentaire écologique et durable –, chaque dollar investi dans le GCRAI a généré 10 dollars de bénéfices pour les pays à faible revenu.

Ce partenaire sera particulièrement précieux pour la mise en œuvre globale de l’Initiative d’adaptation africaine. C’est pourquoi la Commission mondiale sur l’adaptation a appelé à doubler le budget du GCRAI dans le cadre d’un plan à plus large portée visant à soutenir ce processus auprès des communautés vulnérables à travers le monde. Des éleveurs pastoraux vivant sur les terres arides de la Corne de l’Afrique depuis des milliers d’années aux agriculteurs du Sahel collaborant avec des chercheurs pour créer leurs propres villages intelligents, les acteurs et dirigeants locaux ont l’expérience et les connaissances nécessaires pour développer des stratégies efficaces. Celles-ci devraient avoir voix au chapitre lors de l’élaboration des solutions d’adaptation aux nouvelles donnes environnementales.

Le dérèglement climatique exerce une pression énorme sur les agriculteurs africains. Pourtant, il existe de nombreuses façons de les aider à s’adapter et de s’assurer qu’ils demeurent des partenaires solides dans la mise en œuvre de l’agenda du Sommet des Nations unies sur les systèmes alimentaires en Afrique. C’est pourquoi les décisions prises lors de cette COP26 seront d’une importance capitale. Seules des mesures permettant de rééquilibrer les priorités financières mondiales sont de nature à favoriser l’adaptation des agriculteurs africains au changement climatique avant qu’il ne soit trop tard.

Rodger Voorhies

Avec Jeune Afrique par Rodger Voorhies

Président de la Global Growth & Opportunity à la Fondation Bill & Melinda Gates

Wanjira Mathai

Avec Jeune Afrique par Wanjira Mathai

Vice-président et directeur régional pour l’Afrique au World Resources Institute

Ces Africains qui resteront dans l’histoire des Jeux olympiques

septembre 3, 2021
L’athlète éthiopien Abebe Bikila dépasse le Marocain Abdeslam Radi aux JO de Rome en 1960

Des plus beaux exploits aux chutes mémorables en passant par un 100 m interminable, Jeune Afrique revient sur les grands moments de l’histoire africaine des JO.

Dans Les histoires insolites des Jeux olympiques de l’Antiquité aux Jeux de Rio 2016, paru en 2020 aux Éditions Amphora, Luciano Wernicke raconte plus de 400 histoires olympiques. On se souvient notamment de celle de l’athlète noir américain Cornelius Johnson, champion du saut en hauteur (2,03m), qu’Hitler refusa de saluer aux Jeux de Berlin en 1936 et à celle du boxeur Mohammed Ali, victime de racisme même après avoir gagné une médaille d’or lors des Jeux de Rome en 1960. Mais nombre d’athlètes africains ont aussi été les héros de grands moments des Olympiades. Histoires marquantes, tragiques, hilarantes ou ridicules, bruit de couloirs ou indiscrétions jamais révélées… En voici une sélectio

Guinée équatoriale : Eric Moussambani, un nageur hors du temps

Surnommé ironiquement « l’anguille » par ses collègues, le nageur équato-guinéen Eric Moussambani est devenu célèbre en réalisant le 100m nage libre le plus lent de l’histoire olympique (une minute et 52 secondes), finissant bon dernier, aux JO de Sidney, en 2000. D’autres nageurs ont même hésité à plonger pour le secourir. Le sportif n’a pas eu l’occasion de retenter sa chance quatre ans plus tard, puisqu’il a commis une erreur d’accréditation. « Je ne sais pas quoi faire. Je suis très déçu et j’envisage de prendre ma retraite » avait-il alors déclaré.

Éthiopie : la revanche de Miruts Yifter

Toujours à Munich, en 1972, les JO de Miruts Yifter commence de manière malheureuse… dans les toilettes. Quatre jours après avoir obtenu le bronze au 10 000m, l’Éthiopien est frappé d’une diarrhée carabinée lors des éliminatoires du 5 000m. « Le sportif de 28 ans passa la moitié de la journée dans ses WC, et l’autre dans son lit, épuisé », confie Luciano Wernicke.

Il ne put pas prendre sa revanche lors de l’édition suivante, à Montréal, puisque nombre de pays africains, dont l’Éthiopie, avaient refusé de participer aux Jeux pour lutter contre l’apartheid en Afrique du Sud. Mais aux Jeux de Moscou, en 1980, il décrochera deux fois l’or, au 5 000m et au 10 000m.À LIRE Cameroun, RDC, Congo, Érythrée : ces réfugiés qui ont participé aux JO de Tokyo

Abebe Bikila, champion aux pieds nus

Aux Jeux olympiques (JO) de Rome en 1960, le marathonien éthiopien Abebe Bikila qui remplace un coureur blessé, ne trouve pas chaussure à son pied, littéralement. La marque Adidas, qui fournit des baskets aux athlètes n’ayant pas l’équipement nécessaire, lui a procuré une paire qui lui cause des ampoules. Lui dont les « voutes plantaires étaient habituées à sillonner les routes africaines rugueuses et arides » prend donc la décision de courir les 42 195 m sans chaussures. Non seulement il remporte l’épreuve, devant le Marocain Abdeslam Radi, mais il établit également un nouveau record.

Alors que l’Éthiopie avait gagné son indépendance face à l’occupant italien à la fin de la Seconde Guerre mondiale, « les maîtres des lieux eurent leur “revanche”, raconte Luciano Wernicke. Pendant la remise des prix, les musiciens de l’orchestre officiel, qui ne connaissaient pas l’hymne éthiopien, jouèrent celui de l’Italie ». Mais en 1964, lorsque Abebe Bikila inscrit un nouveau record – cette fois-ci avec des chaussures – aux Jeux de Tokyo, c’est bien l’hymne de son pays qui retentit.

LE MÉDECIN LE PRÉVIENT QU’IL RISQUE LA MORT. MAIS L’ATHLÈTE RETOURNE SUR LA PISTE

Etenesh Dirola, jusqu’au bout

Si nombre d’athlètes ont couru pieds nus aux Jeux olympiques, cela n’a pas toujours été volontaire. Lors de l’édition de 2016 à Rio, Etenesh Dirola est en tête de sa série du 3 000m steeple quand une altercation éclate entre les coureuses. L’Éthopienne perd une chaussure dans la cohue, ce qui la pénalise pour le reste de la course. Elle franchira ainsi la ligne d’arrivée bien après la Bahreïnienne, la Kenyane et l’Américaine… mais recevra quand même l’ovation du public.

« Les histoires insolites des Jeux Olympiques d’été – De l’Antiquité aux Jeux de Rio » de Luciano Wernicke (éditions Amphora)

Mali : le combat manqué de Moussa Sangare

À Moscou, le boxeur malien Moussa Sangare, seul représentant de son pays dans cette discipline, est victime de deux coups du sort. Arrivé en retard à la pesée, il est d’abord disqualifié. Mais son pays fait appel de cette décision, et il est finalement acté que ce contretemps n’était pas de son fait. Mais sur le ring, Sangare s’effondre face au Zambien Lucky Mutale. « S’il avait su qu’il subirait une défaite aussi cuisante, il se serait abstenu de faire appel de sa disqualification et ne serait même pas monté dans l’avion pour Moscou ! », commente Luciano Wernicke.

Kenya : l’increvable Kipchoge Kieno

Aux Jeux de Mexico, en 1968, le Kenyan Kipchoge Kieno dit « Kip », dut abandonner le 10 000m à cause d’une « infection inattendue de la vésicule biliaire qui, moins d’un kilomètre avant l’arrivée, commença à lui provoquer une douleur aiguë insupportable à l’estomac ». Le médecin lui conseille alors vivement d’abandonner et de se retirer, le prévenant qu’il risque la mort s’il retourne sur la piste. Mais l’athlète se présente tout de même au 5000 m et remporte la médaille d’argent, malgré la douleur.À LIRE Jeux olympiques : Clarisse Agbegnenou, descendante de roi togolais et « bulldozer des tapis »

Et ses malheurs ne s’arrêtent pas là : alors qu’il se rend à la finale du 1 500m, il se retrouve bloqué dans les bouchons sur le trajet et décide de courir les 3km qui le séparent du stade. Il arrive à destination à quelques secondes du top départ et son acharnement est récompensé par la médaille d’or et un nouveau record. Quatre ans plus tard, à Munich, il devra se contenter de l’argent au 1 500m, mais décrochera une nouvelle fois l’or au 3 000m steeple.

L’ÉQUIPE FÉMININE N’A ENCORE JAMAIS JOUÉ HORS DE SES FRONTIÈRES. MAIS ELLE REMPORTE LE TOURNOI

Zimbabwe : l’exploit des hockeyeuses

En plein boycott occidental des JO de Moscou, les Russes sont contraints, pour éviter l’annulation du tournoi de hockey sur gazon, d’inviter l’Autriche, la Pologne, la Tchécoslovaquie et le Zimbabwe à participer. À la surprise générale, l’équipe féminine zimbabwéenne, qui n’a alors jamais joué hors de ses frontières et n’est pas encore membre de la fédération, remporte le tournoi. Les joueuses offrent ainsi une première médaille à leur pays, qui avait été exclu des Jeux de Munich et de Montréal en raison du soutien de son gouvernement à la politique de l’apartheid. En revanche, les hommes finiront bons derniers du tournoi.

Afrique du Sud : Zola Budd-Pieterse, tombeuse de Nike

Lors des Jeux de Los Angeles, en 1984, la coureuse de fond américaine Mary Decker, favorite de la discipline et égérie de la marque Nike, s’élance sur la piste pour la finale du 3 000m. À mi-parcours, alors qu’elle est en tête, sa rivale sud-africaine Zola Budd-Pieterse, qui représente la Grande Bretagne – son pays étant exclu de la compétition – prend l’avantage. Decker tente de la doubler par le couloir intérieur mais trébuche sur les pieds – nus – de Budd, se foulant la cheville. Alors que l’Américaine pleure à chaudes larmes sur la piste, la Sud-Africaine finit sa course sous les huées du public et arrive septième. « Budd n’a commis aucune action antiréglementaire, Decker est victime d’elle-même », tranchera néanmoins John Holt, le secrétaire de la fédération sportive internationale.

Après l’incident, la cote de popularité de Nike n’est plus au beau fixe. « Ce fut un véritable paradoxe que la plus grande star de la marque de chaussures échoue en se tordant la cheville suite à un accrochage avec une Africaine qui, comme Abebe Bikila à Rome, courait pieds nus », souligne Luciano Wernicke.

Josia Thugwane, de rescapé à médaillé

« Ce pygmée de presque 1,58m dut franchir de gigantesques obstacles pour assouvir sa passion de la course », souligne Luciano Wernicke, narrant l’incroyable trajectoire du fondeur sud-africain Josia Thugwane. Originaire d’une région rurale marquée par la misère et les inégalités, celui-ci a tout de même réussi à monter les échelons du marathon, jusqu’à être sélectionné pour les JO d’Atlanta, en 1996. Cinq mois avant la compétition, il est victime d’une tentative de vol de voiture et de kidnapping alors qu’il est sur l’autoroute. Il résiste et saute de la voiture en marche, ce qui lui vaut une balle dans le menton et une chute brutale sur le béton.

Après une hospitalisation de plusieurs semaines, Thugwane se présente au départ du marathon olympique, qu’il remporte avec trois secondes d’avance sur le deuxième. « Trois secondes pendant lesquelles il mesura sa force de caractère et son courage », commente Wernicke.

Avec Jeune Afrique par Hanna Pasquier

France-Paris: Un cortège présidentiel bloqué par les manifestants africains à L’Arc de Triomphe

mai 18, 2021

Avec La Radio de la Communauté Africaine LLC