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La clé de la cellule de Mandela bientôt restituée à l’Afrique du Sud ?

janvier 14, 2022
Damien Glez © Damien Glez

Pause ou conclusion dans la polémique qui a suivi la programmation de la vente aux enchères de la clé de la prison de Madiba ? La séance new-yorkaise prévue le 28 janvier est ajournée…

Peut-on faire feu de tout bois ? Peut-on de feu Madiba faire objet de tout marchandage ? À l’heure où son Congrès national africain (ANC) préparait un 110e anniversaire aux flagrances de corruption, de dissidence et d’échec électoral, les Sud-Africains se désolaient que la clé de sa cellule à la prison de Robben Island soit programmée à la vente, le 28 janvier prochain, à New York. Dans le même lot aux enchères, figuraient une chemise ayant appartenu à Nelson Mandela, des lunettes de soleil, des stylos protocolaires, un vélo d’appartement et une copie de la Constitution signée par l’ancien président sud-africain.

C’est le tabloïd britannique The Daily Mail qui avait annoncé, dès la semaine de Noël, que la clé aurait été cédée par Christo Brand, un ancien gardien du prisonnier politique devenu son ami. Sans se poser plus de questions, la salle des ventes Guernsey’s avait annoncé un prix de réserve de 250 000 dollars et son président, Arlan Ettinger, avait anticipé une liquidation potentielle à plus d’un million de dollars…

Indignation populaire

Le scoop britannique avait provoqué une indignation populaire en Afrique du Sud, la condamnation du gouvernement et la menace d’une plainte contre Christo Brand par l’association sud-africaine des anciens prisonniers politiques. Ironiquement, pour le secrétaire adjoint de l’association, Mpho Masemola, l’objet qui servait à séquestrer est devenu « le symbole de la liberté », associé qu’il est à la libération des détenus politiques de Robben Island, l’île prison où vécut Mandela durant 18 de ses 27 ans d’incarcération par le régime d’apartheid. Un communiqué du gouvernement explique, lui, que « la clé (…) représente le triomphe de l’esprit humain sur le mal ».

L’événement du 28 janvier s’inscrivait-il dans une saine « mandelamania » ou dans une dérive mercantile si souvent redoutée, au regard du merchandising parfois macabre et incongru élaboré depuis la mort du premier président noir d’Afrique du Sud ? Selon la salle des ventes, l’ancien geôlier aurait accepté de renoncer à la quasi-relique – que les autorités lui avaient cédée il y a 30 ans – pour permettre à l’une des filles de Mandela de financer, avec le fruit de la vente, un jardin commémoratif consacré à Mandela, dans son village natal, non loin de sa sépulture.

Le 7 janvier, Guernsey’s annonçait que la vente était « ajournée sine die », « en attendant des vérifications » de l’Agence du patrimoine d’Afrique du Sud (Sahra) quant aux autorisations nécessaires à la sortie de la clé du pays. Le même jour, plus catégorique, le ministre sud-africain de la Culture Nathi Mthethwa affirmait que le passe-partout carcéral serait restitué au pays de Madiba. Un front commun autour d’une vieille clé serait-il la clé d’une réconciliation nationale enfin aboutie ?

Damien Glez

Avec Jeune Afrique par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Afrique du Sud : la commission Zondo aura-t-elle la tête de Jacob Zuma ?

janvier 6, 2022
Le président sud-africain Cyril Ramaphosa devant la commission d’enquête Zondo sur la capture d’État à Johannesburg, le 12 août 2021. © Sumaya HISHAM / POOL / AFP

Quatre ans après sa création, la commission Zondo a remis son premier rapport au président Ramaphosa. Elle conclut à une capture d’État dont Jacob Zuma et ses proches ont été les artisans. Des révélations qui, pour l’ANC, font figure de cadeau empoisonné.

« Nous y voilà enfin. » Cyril Ramaphosa ne cache pas son soulagement. Voilà quatre ans qu’il attendait les conclusions de la Commission d’enquête sur les soupçons de capture d’État, dite commission Zondo, en référence au juge qui la préside, Raymond Zondo. Une institution judiciaire, sans pouvoir de poursuites, qui a remis son premier rapport le 4 janvier dernier lors d’une cérémonie officielle. « Un moment crucial parmi les efforts de notre pays pour mettre définitivement fin à l’ère de la capture d’État », selon le chef de l’État sud-africain.

La commission Zondo est née le 9 janvier 2018, mais elle trouve en réalité son origine dans des faits survenus en 2016. Cette année-là, le Défenseur public, Thuli Madonsela, publie un premier rapport sur « la capture de l’État ». Son enquête met en lumière les nombreux soupçons de corruption qui entachent la présidence de Jacob Zuma en lien avec la famille Gupta.

Retour de flammes

Face à la gravité des témoignages, Thuli Madonsela demande la création d’une commission d’enquête judiciaire. Jacob Zuma tente de faire écarter le rapport, échoue, puis subit un retour de flammes quand la haute cour de Pretoria le contraint à mettre en place la commission réclamée par Madonsela. Et, comme un châtiment, c’est à lui de nommer celui qui deviendra sa bête noire : Raymond Zondo.

NOMMER UN PROCHE À LA TÊTE D’UNE ENTREPRISE OU D’UNE INSTITUTION PUBLIQUE, MALGRÉ SON INCOMPÉTENCE

Dans ce premier rapport, la commission Zondo n’émet pas de recommandations à l’encontre de Jacob Zuma. En revanche, elle fait porter à l’ancien président, au pouvoir de 2009 à 2018, la responsabilité de nombreuses dérives et esquisse les grandes lignes d’un système bien rodé, qui consistait à faire à chaque fois fi des candidats potentiels et à nommer un proche à la tête d’une entreprise ou d’une institution publique, malgré son incompétence ; à lui permettre ensuite de « purger » l’institution de ses cadres pour y placer des alliés ; à restructurer l’entité quitte à la fragiliser, tout en instaurant un climat de peur. Le tout grâce au soutien d’entreprises privées et de médias « amis ».

Le « système Zuma » est décrit dans la partie consacrée au South African Revenue Service (SARS), l’administration fiscale. « C’est la démonstration limpide d’une collusion entre le secteur privé et l’exécutif, y compris le président Zuma, pour mettre la main sur une institution qui était internationalement respectée et la rendre inefficace, écrivent les auteurs du rapport. Le président Zuma et M. Moyane [ancien patron du SARS] ont joué un rôle fondamental dans la prise de contrôle [de l’administration fiscale]. »

Les mêmes techniques sont décrites dans le volume qui s’intéresse au démantèlement de la compagnie aérienne nationale. La South African Airways (SAA) était alors sous la direction de Duduzile Myeni, une proche de Jacob Zuma. Autrefois seconde plus grosse compagnie aérienne du continent, la SAA n’est plus que l’ombre d’elle-même et s’apprête à être privatisée. « Sous la direction de Mme Myeni, SAA a décliné pour se transformer en une entité en proie à la fraude et à la corruption, résume le rapport. Malgré ça, elle est restée à sa tête. »

Pourquoi l’avoir maintenue en poste ? La commission n’a jamais pu poser la question au principal intéressé. « Le président Zuma a fui la commission car il savait qu’il s’exposait à des questions qui l’auraient mis dans une situation où il n’aurait pas pu répondre, taclent les rapporteurs. Il n’aurait pas pu justifier son insistance à maintenir Mme Myeni à la tête de la SAA. »

La South African Airways victime du « système Zuma »

Ils n’ont pas oublié ce 19 novembre 2020 : ce jour-là, auditionné depuis quelques heures, Jacob Zuma profite de la pause café… pour prendre la tangente ! On ne l’y reverra plus. L’ancien président refuse depuis de témoigner devant une institution qu’il a rebaptisée « commission Zuma » pour signifier sa partialité.

Ses multiples attaques contre le juge Zondo et son refus réitéré de répondre aux questions lui ont valu d’être condamné par la Cour constitutionnelle à quinze mois de prison. Une peine qu’il purge hors les murs, en liberté conditionnelle. Début décembre, il présentait un livre, Jacob Zuma parle, écrit par ses porte-flingues, pour défendre son mandat injustement comparé selon eux à « neuf années gâchées ».

Jacob Zuma a toujours eu à cœur de défendre sa gouvernance. En 2010, quand les frères Gupta lancent le journal The New Age, c’est sur une idée originale… de Jacob Zuma. Le président aurait même trouvé le nom de ce quotidien conçu comme un instrument de propagande pour soutenir son action. Chacun y trouve son compte puisque The New Age va permettre aux Gupta de siphonner les budgets publicitaires des agences gouvernementales et des entreprises publiques.

EN PLUS DE SERVIR LES INTÉRÊTS POLITIQUES DU CHEF DE L’ÉTAT, LA DIFFUSION D’UNE PRESSE PRO-ZUMA ENRICHIT SES AMIS

Via le groupe TNA, les Gupta vendent des abonnements, des espaces publicitaires et des contenus éditoriaux à l’ensemble du secteur public. Eskom, la compagnie d’électricité, achète 2 000 exemplaires par jour de The New Age. En plus de servir les intérêts politiques du chef de l’État, la diffusion d’une presse pro-Zuma enrichit ses amis, dont la cupidité n’a aucune limite. Devant la commission, l’ancien directeur de la communication gouvernementale, Themba Maseko, affirme avoir été licencié après avoir refusé une proposition d’Ajay Gupta. En 2010, l’homme d’affaires lui aurait demandé de verser l’intégralité du budget publicitaire gouvernemental à The New Age.

Monsieur Propre

Aujourd’hui, c’est une presse plus indépendante qui épluche les 854 pages du premier rapport Zondo. Un deuxième document sera remis fin janvier et un troisième, à la toute fin du mois de février. D’ici là, le gouvernement se refuse à tout commentaire. Ramaphosa présentera la totalité des travaux de la commission devant le Parlement d’ici au 30 juin et dira ce qu’il compte faire de ses recommandations. « Peu importe qui est mis en cause, nous ferons appliquer les recommandations, a prévenu le chef de l’État. Nous prenons le travail de la commission Zondo très au sérieux car nous voulons un gouvernement propre. »

UNE AUDITION PUBLIQUE MAÎTRISÉE PAR UN RAMAPHOSA TOUJOURS AIMABLE ET PEU DÉCONTENANCÉ

Élu en 2018 sur la promesse d’une nouvelle aube débarrassée de la corruption, Cyril Ramaphosa profite de la commission Zondo pour peaufiner son image de Monsieur Propre au sein du Congrès national africain (ANC, au pouvoir). Contrairement à Jacob Zuma, le chef de l’État a honoré les invitations de la commission Zondo. Il a passé quatre jours sur le fauteuil de témoin en sa qualité d’ancien vice-président (2014-2018). Une audition publique maîtrisée par un homme d’État toujours aimable et peu décontenancé.

Grand déballage

S’il devait être cité dans le rapport, Ramaphosa assure qu’il prendrait ses responsabilités : « Quand je suis mis en cause, je suis suffisamment intègre pour être capable de me mettre en retrait. » Encore faut-il qu’il parvienne à convaincre sa famille politique que ce grand déballage est un mal pour un bien. Dans son rapport, la Commission relève que l’ANC a elle aussi profité des « produits de la corruption ».

Au sein du parti, certains ont voulu repousser la publication du rapport, a dévoilé Ramaphosa.« Je les exhorte à ne pas le faire et à se ranger parmi ceux qui protègent ce pays et font de l’ANC une entité à laquelle les masses font de nouveau confiance », a-t-il ajouté devant des militants. Ce weekend, le parti fête ses 110 ans, et ce rapport pourrait bien être un cadeau empoisonné.

Avec Jeune Afrique par Romain Chanson – à Johannesbourg

Afrique du Sud: le Parlement en partie détruit par un incendie, un suspect arrêté

janvier 2, 2022
Afrique du Sud: le Parlement en partie detruit par un incendie, un suspect arrete
Afrique du Sud: le Parlement en partie détruit par un incendie, un suspect arrêté© AFP/Obed Zilwa

Un violent incendie continuait de ravager dimanche soir le parlement sud-africain au Cap, et la police, qui privilégie la piste criminelle, a arrêté un homme de 51 ans qui va être présenté à la justice.

Depuis de longues heures, les pompiers luttent contre le feu qui ravage le vaste bâtiment victorien à la façade victorienne blanche et en briques rouges.

« Un homme a été arrêté à l’intérieur du Parlement, il est toujours interrogé dans le cadre d’une enquête criminelle. Il comparaîtra devant la justice mardi », a déclaré à l’AFP Thandi Mbambo, porte-parole de l’unité d’élite de la police sud-africaine, les Hawks.

Aucune victime n’a été signalée, mais l’enceinte de l’Assemblée nationale dans l’aile la plus récente de l’édifice, a été entièrement détruite. « La chambre où les membres siègent a entièrement brûlé », a déclaré à l’AFP son porte-parole, Moloto Mothapo, précisant que selon les premières constations, « le feu s’est déclenché dans deux foyers de deux parties distinctes du Parlement ».

« Il semblerait que le système d’extinction automatique n’ait pas fonctionné comme il est censé le faire », a également déclaré à la presse le président Cyril Ramaphosa qui s’est rendu sur place. « Le travail du Parlement se poursuivra », a toutefois martelé le chef de l’Etat qui devait prononcer dans son enceinte un discours à la Nation en février.

Le feu a démarré vers 05H00 (03H00 GMT) dans l’aile la plus ancienne de l’édifice achevée en 1884, aux salles recouvertes de bois précieux et où siégeaient auparavant les parlementaires. Dans cette partie historique, le toit s’est effondré, « il n’en reste rien », a constaté le responsable des services de sécurité et de secours de la Ville, Jean-Pierre Smith.

Le feu est ensuite allé dévorer les parties plus récentes aujourd’hui en service. Des images aériennes diffusées sur les chaînes de télévision ont montré d’immenses flammes s’échappant des toits.

L’étendue complète des dégâts dans le bâtiment qui abrite une précieuse collection de livres et d’art, n’a pas encore été constatée.

Les rues du quartier huppé sont bouclées depuis l’aube. Le cordon de sécurité s’étend jusqu’aux fleurs encore étalées sur le parvis de la cathédrale Saint-Georges voisine, où ont eu lieu la veille les obsèques de Desmond Tutu, dernier héros de la lutte anti-apartheid mort le 26 décembre. Ses cendres ont été inhumées dimanche dans l’église.

Tapis et rideaux

Quelque 70 pompiers, qui ont utilisé une grue, étaient mobilisés.

« Accablant de voir notre Assemblée nationale ainsi », a déploré dans un tweet Brett Herron, un des représentants de la province du Cap-Occidental au Parlement, tandis que l’ex parlementaire Mmusi Maimane déplorait « une tragédie ».

A l’intérieur des salles, une fine pluie de cendres grises tombait des plafonds sur des sols jonchés de débris. Les secours redoutaient que le feu ne continue à se propager dans ces vieilles salles ornées de riches tapis et rideaux.

C’est au Parlement que le dernier président sud-africain blanc mort en novembre, FW de Klerk, avait annoncé en février 1990 la fin du régime raciste d’apartheid.

Le bâtiment avait déjà été victime d’un incendie rapidement circonscrit en mars, parti également de son aile la plus ancienne. Les récentes annexes ont été construites dans les années 1920 et 1980.

Le Cap est depuis 1910 le siège du Parlement composé de l’Assemblée nationale et d’une chambre haute nommée Conseil national des provinces, alors que le gouvernement est installé à Pretoria.

En avril, un feu sur la montagne de la Table surplombant la cité côtière s’était propagé et avait détruit des trésors de la bibliothèque de la prestigieuse Cape Town University, en contrebas.

Par Le Point avec AFP

Afrique du Sud : les cendres de Desmond Tutu inhumées au Cap

janvier 2, 2022
Le cercueil de Mgr Tutu sorti de la cathédrale St-Georges à l’issue de la messe de requiem, au Cap, le 1-er janvier 2022. © AFP/MARCO LONGARI

C’est dans l’intimité familiale que l’inhumation du dernier grand héros de la lutte anti-apartheid a eu lieu dimanche, dans son ancienne paroisse, au lendemain de ses funérailles.

« Les cendres de l’archevêque émérite Desmond Tutu ont été inhumées à la cathédrale Saint-Georges lors d’une célébration familiale privée », a indiqué l’Église anglicane dans un communiqué.

Sa veuve affectueusement appelée « Mama Leah » par les Sud-Africains était présente à la cérémonie organisée à l’aube pour l’homme de foi qui disait se lever chaque jour à 04H00 du matin pour être seul avec Dieu.

Ses cendres reposent désormais à une place dédiée devant le maître-autel, sous une pierre gravée en lettres capitales : « Desmond Mpilo Tutu oct. 1931 – déc. 2021 Archevêque du Cap 1986-1996 ».

Funérailles sans faste

Desmond Tutu est mort paisiblement le 26 décembre à 90 ans. L’Afrique du Sud a salué samedi la figure planétaire lors de funérailles sans faste, comme il l’avait souhaité.

Le corps du prix Nobel de la paix a été réduit en poussière par aquamation, une nouvelle méthode de crémation par l’eau présentée comme une alternative écologique aux modes de sépulture classiques.

« The Arch » s’était fait connaître aux pires heures du régime raciste aboli en 1991. Il a organisé des marches pacifiques contre la ségrégation et plaidé pour des sanctions internationales contre le régime blanc de Pretoria.

Après l’élection de Nelson Mandela en 1994, le prélat avait été chargé de présider la Commission vérité et réconciliation (TRC) dont il espérait, grâce à la confrontation des bourreaux et des victimes, qu’elle permettrait de tourner la page de la haine raciale.

Avec Jeune Afrique

Requiem modeste pour le géant Tutu : l’adieu des Sud-Africains à leur archevêque

janvier 1, 2022
Des hommes portent le cercueil de Desmond Tutu.

Desmond Tutu avait demandé que le cercueil en pin clair dans lequel il a reposé les deux derniers jours dans la cathédrale, pour que des milliers de gens viennent honorer la mémoire de ses combats et de ses enthousiasmes, soit choisi le moins cher possible. Photo: Getty Images/Pool

L’Afrique du Sud a salué samedi au Cap son dernier grand héros de la lutte contre l’apartheid, Desmond Tutu, lors de funérailles sans faste comme il l’avait souhaité, mais chargées d’émotion et de paroles rappelant comment le petit homme à la robe violette a marqué l’histoire.

Sous un ciel lourd et une fine bruine, la famille et les amis, prêtres et dignitaires, ont afflué dans la cathédrale anglicane Saint-Georges pour une messe de requiem dont Mgr Tutu, mort paisiblement le 26 décembre à 90 ans, avait réglé le moindre détail, choisissant lectures et orateurs.

Papa dirait que l’amour que le monde entier nous a montré [cette semaine] réchauffe le cœur, a déclaré sa fille Mpho depuis l’autel. Nous vous remercions de l’avoir tant aimé!

Après l’hymne national, le président Cyril Ramaphosa a prononcé l’éloge funèbre. Si l’archevêque Desmond Tutu était là, il dirait : pourquoi avez-vous l’air si triste, si malheureux?, a-t-il plaisanté.

Madiba [nom de clan de Nelson Mandela] était le père de notre démocratie, l’archevêque Tutu son père spirituel, a déclaré le chef de l’État avant de remettre solennellement le drapeau national à la veuve du disparu, tendrement appelée Mama Leah dans le pays.

Tutu avait demandé que le cercueil en pin clair dans lequel il a reposé les deux derniers jours dans la cathédrale, pour que des milliers de gens viennent honorer la mémoire de ses combats et de ses enthousiasmes, soit choisi le moins cher possible.Un cercueil porté par plusieurs hommes en habits religieux.

La dépouille de Mgr Desmond Tutu a été exposée en chapelle ardente jeudi et vendredi à la cathédrale Saint-Georges du Cap, d’où il a longtemps pourfendu le régime raciste de l’apartheid. Photo : Reuters/ Sumaya Hisham

Pas de poignées en or, de simples bouts de corde pour le transport. Dessus, un simple bouquet de fleurs blanches.

Il avait désigné l’ami de longue date Michael Nuttall, son numéro deux quand il était archevêque, pour prononcer le sermon.

Leur lien, a sans doute touché une corde sensible dans le cœur et l’esprit de beaucoup : un dirigeant noir dynamique et son adjoint blanc dans les dernières années de l’apartheid, ce n’était pas rien. Et le ciel ne s’est pas effondré!, a-t-il raconté. Nous étions un avant-goût de ce que pourrait être notre pays divisé.

Il a rappelé aussi que Mandela qualifiait Tutu de voix des sans-voix, une voix parfois stridente, souvent tendre, jamais effrayée et rarement dénuée d’humour.

Des hommages de partout

L’ancienne présidente d’Irlande Mary Robinson a participé à la lecture de la prière universelle, en présence du Letsie III, le roi du Lesotho voisin, ou encore d’un représentant du dalaï-lama, avec qui Tutu a échangé des fous rires mémorables.Deux hommes se serrent la main en souriant.

Le dalaï-lama et Desmond Tutu, sur scène à Vancouver, le 18 avril 2004. Photo: La Presse Canadienne/Richard Lam

Leur amitié était singulière, a déclaré à l’Agence France-PresseAFP Ngodup Dorjee. Dès qu’ils se rencontraient, ils riaient. La seule explication à cela est une connexion karmique dans le passé, a-t-il ajouté très sérieusement.

La semaine a été émaillée par des hommages à Mgr Tutu dans tout le pays et au-delà. Les Sud-Africains se sont souvenus de sa ténacité et de sa grâce face au régime oppresseur de Pretoria.

À Soweto, où il a longtemps prêché, il avait dénoncé la violence contre les lycéens lors des émeutes de juin 1976, réprimées dans le sang. Peu à peu, il devient la voix de Mandela, enfermé sur Robben Island et dont les plus jeunes ne connaissent pas encore le visage. La police et l’armée le menacent. Seule sa robe lui évite alors la prison.

Dans les manifestations pacifistes qu’il a organisées contre le régime, il nous servait de bouclier, s’est souvenu Panyaza Lesufi, aujourd’hui cadre de l’ANC, l’historique parti de Mandela, toujours au pouvoir.

La veuve de Mandela, Graça Machel, a rappelé cette semaine le courage indescriptible qu’il fallait alors pour s’opposer au régime de l’apartheid : Tutu se tenait résolu et sans peur, à l’avant des manifestations, sa robe cléricale flottant au vent, sa croix comme bouclier.

Par Radio-Canada avec AFP

Afrique du Sud: Larmes et souvenir d’un « héros » devant la cathédrale de Desmond Tutu

décembre 26, 2021
Larmes et souvenir d'un "heros" devant la cathedrale de Desmond Tutu
Larmes et souvenir d’un « héros » devant la cathédrale de Desmond Tutu© AFP/RODGER BOSCH

En route vers la plage ou avant un traditionnel barbecue en ce dimanche d’été austral au Cap, des Sud-Africains émus s’arrêtent devant la cathédrale Saint-Georges, paroisse de l’ex-archevêque Desmond Tutu, dernière grande figure de la lutte contre l’apartheid, décédé dimanche.

« Il a tellement compté dans la lutte contre l’apartheid. Pour nous, les noirs… », confie à l’AFP Brent Goliath, 44 ans, avant d’éclater en sanglots.

Prix Nobel de la paix en 1984, Mgr Tutu s’est éteint peu après l’aube dans une maison de repos. Affaibli par un cancer, il avait 90 ans.

Sur toutes les chaînes de télévision du pays, des images du petit homme à la robe violette, dansant au côté du dalaï lama ou, hilare, en compagnie de son ami Nelson Mandela, tournent en boucle.

Tenant sa petite-fille par la main, Miriam Mokwadi, 67 ans, s’est rendue à la cathédrale du Cap: « C’est la vérité, Tutu était un héros. Il s’est battu pour nous. Nous sommes libres grâce à lui. Sans lui, notre pays aurait été perdu ».

La nouvelle du décès de celui qui était considéré comme la conscience de l’Afrique du Sud est tombée juste avant la messe. L’annonce a été faite pendant la célébration.

Rapidement, la police a bouclé le quartier. Un livre de condoléances a été disposé à l’extérieur de l’édifice, pour les derniers messages adressés à « The Arch », comme il est affectueusement surnommé dans le pays.

« Aussi triste que cela puisse être, cela apporte sans doute un certain soulagement à la famille, car le père Desmond a beaucoup souffert ces dernières semaines », a déclaré en chaire le père Michael Weeder.

Lumière violette

Une photo en noir et blanc sur laquelle Tutu apparaît souriant, les mains jointes, a été accrochée sur un grillage. Des bouquets de fleurs ont commencé à y être suspendus par des fidèles ou des touristes de passage.

« Je suis née quasiment à la fin de l’apartheid mais toute ma famille parlait de Tutu et il faisait partie du programme d’histoire au lycée », raconte Amanda Xalabile, 30 ans, qui s’est arrêtée sur le chemin du parc, accompagnée de ses deux enfants.

Aucune cérémonie officielle n’est prévue dimanche. Mais la célèbre Montagne de la Table, qui domine la ville, devait être illuminée en violet à partir de 20H00 jusqu’aux funérailles dont la date doit être fixée.

S’enlaçant longuement les uns les autres, les membres de la famille de Tutu se sont petit à petit rassemblés dans sa maison au Cap, sous surveillance policière.

Derrière un cordon de sécurité, une femme en short et débardeur, accompagnée de sa fille, tend un bouquet de fleurs. « Pour la famille », glisse-t-elle aux policiers.

Dans l’autre maison de Desmond Tutu à Soweto, les rideaux sont tirés. Devant cette demeure, à quelques dizaines de mètres de la célèbre maison – transformée en musée – de Nelson Mandela, de jeunes gens branchés viennent prendre des selfies.

« On le voyait passer autrefois quand il faisait son jogging du matin donc bien sûr (…) nous les voisins, on est vraiment émus », se souvient Lerato, un peu plus âgée, dans la rue Vilakazi.

« Quand je buvais un coup, par ici, il était au milieu de tout le monde. Je n’oublierai pas ce monsieur », confie en français Samba, d’origine congolaise.

Desmond Tutu s’était fait connaître aux pires heures du régime raciste de l’apartheid. Il a organisé des marches pacifiques contre la ségrégation et plaidé pour des sanctions internationales contre le régime blanc de Pretoria.

Pour Stephen Moreo, l’archevêque anglican de Johannesburg, « son héritage est celui de son amour pour tous (…) Il disait toujours que Dieu n’est pas le Dieu des chrétiens, mais le Dieu de tout le monde ».

Par Jeune Afrique avec AFP

Afrique du Sud : Desmond Tutu, icône de la lutte anti-apartheid, est décédé

décembre 26, 2021
L’archevêque anglican sud-africain Desmond Tutu, en 2007. © Pete Marovich/AP/SIPA

L’archevêque anglican sud-africain Desmond Tutu, icône de la lutte contre l’apartheid et prix Nobel de la Paix, est décédé dimanche à l’âge de 90 ans, a annoncé le président Cyril Ramaphosa.

Le président exprime « au nom de tous les Sud-Africains, sa profonde tristesse suite au décès, ce dimanche » de cette figure essentielle de l’histoire sud-africaine, dans un communiqué. « Le décès de l’archevêque émérite Desmond Tutu est un nouveau chapitre de deuil dans l’adieu de notre nation à une génération de Sud-Africains exceptionnels qui nous ont légué une Afrique du Sud libérée », a ajouté le président.

« Un homme d’une intelligence extraordinaire, intègre et invincible contre les forces de l’apartheid, il était aussi tendre et vulnérable dans sa compassion pour ceux qui avaient souffert de l’oppression, de l’injustice et de la violence sous l’apartheid, et pour les opprimés et pour les oppresseurs du monde entier », a ajouté Cyril RamaphosaThe Arch, comme il était surnommé par les Sud-Africains était affaibli depuis plusieurs mois. Il ne parlait plus en public mais saluait toujours les caméras présentes à chacun de ses déplacements, sourire ou regard malicieux, lors de son vaccin contre le Covid dans un hôpital ou lors de l’office au Cap pour célébrer ses 90 ans en octobre.

Par Jeune Afrique avec AFP

Afrique du Sud: Mpho Phalatse, première femme noire à la tête de Johannesburg

décembre 15, 2021

Mpho Phalatse a été médecin urgentiste avant de faire de la politique. © Mpho Phalatse © Democratic Alliance/Creative Commons

C’est à la surprise générale que cette femme de 44 ans, encartée à l’Alliance démocratique, a été élue maire de Johannesburg, fin novembre. Un poste difficile, dont elle compte bien tirer profit pour gravir les échelons du pouvoir.

La politique vous joue parfois de drôles de tours. « On a été surpris, comme tout le monde », admet Mpho Phalatse lors d’une interview télévisée diffusée au lendemain de sa victoire. La veille, tard dans la soirée du 22 novembre, alors qu’aucune coalition ne parvient à se former pour gouverner Johannesburg, les partis s’accordent au moins sur une chose : tout sauf le candidat du Congrès national africain (ANC). Et sans avoir à quémander le moindre soutien, Mpho Phalatse est élue grâce aux votes d’ActionSA et du Parti des combattants pour la liberté économique (EFF). Ce dernier, classé à l’extrême gauche, n’a pourtant aucun atome crochu avec l’Alliance démocratique (DA) qu’elle représente. Mais la fronde anti ANC a pris le pas sur les querelles idéologiques. Ce ralliement inespéré fait le bonheur de Mpho Phalatse, pourtant peu connue.À LIREAfrique du Sud : cinglant désaveu pour l’ANC

« Ce n’est pas une débutante, recadre Mike Moriarty, son directeur de campagne. Elle a un pedigree très solide. » Mpho Phalatse rejoint la DA en 2016 et est élue la même année. Le parti dame le pion à l’ANC dans plusieurs métropoles lors des élections locales et s’empare de Johannesburg, la capitale économique d’Afrique du Sud. Mpho Phalatse devient conseillère municipale exécutive pour la santé et le développement social. Une ascension rapide pour celle qui s’est installée à Johannesburg cinq ans auparavant.

Car Mpho Phalaste est d’abord une fille de Pretoria et de sa campagne environnante. Cette bonne élève a vécu avec sa grand-mère dans le village rural d’Hebron (province du Nord-Ouest) avant de rejoindre ses parents dans un township, puis dans une banlieue, suivant l’ascension sociale de ces derniers. Un milieu familial ouvert qui a influencé la carrière de la nouvelle édile.

Blessures par balles et coups de couteau

Lors d’une interview sur la chaîne eNCA, elle raconte son passé de médecin urgentiste dans une clinique du township d’Alexandra, au nord de Johannesburg. « C’était déprimant d’être [là] et d’entendre les histoires des patients », se remémore-t-elle. Elle est bouleversée par les blessures par balles et les coups de couteau portés aux victimes dépouillées de leur téléphone. De cette détresse naît son engagement politique. « J’ai toujours eu envie de servir l’humanité », affirme la nouvelle maire de Johannesburg dans un média local.

Un discours de campagne qui a déjà du plomb dans l’aile. À peine élue, elle doit gérer la colère des habitants de Diepkloof, à Soweto. Le quartier est plongé dans le noir depuis plusieurs semaines. Vols de câbles, détournement d’électricité et impayés nuisent au réseau dans le township. Eskom, l’entreprise publique, refuse de rétablir le courant tant que les amendes infligées ne sont pas réglées. Plutôt que de prendre le parti de ses administrés, Mpho Phalatse défend la très impopulaire Eskom et demande aux habitants de s’acquitter de leur dette. « Ce n’est pas une question humanitaire, c’est une question de viabilité », répond Mpho Phalatse à une journaliste.

JE SUIS UNE AMIE D’ISRAËL, ET LA VILLE DE JOHANNESBURG EST UNE AMIE D’ISRAËL

« Elle parle comme si elle était la porte-parole d’Eskom et non au service du public », dénonce Funzani Mutsila, économiste et ancienne figure du mouvement pour l’abolition des frais de scolarité (#FeesMustFall) qui a secoué Johannesburg en 2015. « Sa façon de parler et ses principes sont très anti-pauvres », poursuit-elle. Une accusation également reprise par l’ANC à l’encontre de la DA, dépeint comme un parti bourgeois et blanc.

Funzani Mutsila lui reproche également de soutenir Israël. En 2018, celle qui est alors simple conseillère municipale, déclare lors d’une réunion publique : « Je suis une amie d’Israël, et la ville de Johannesburg est une amie d’Israël. » Cette prise de position, dans un pays qui soutient la cause palestinienne, lui vaut d’être suspendue temporairement par le maire de l’époque, Herman Mashaba. Trois ans plus tard, les mots de Mpho Phalatse sont des cartouches pour des militants ANC en quête de revanche.

Le 2 décembre dernier, lors de son discours inaugural, les conseillers municipaux de l’ANC débarquent coiffés de keffiehs et lui intiment de retirer ses propos tenus en 2018. « Assez d’une maire pro-apartheid », « Libérez la Palestine », proclament les pancartes. Mpho Phalatse ne se démonte pas. Sur Twitter par exemple, elle n’hésite pas à encourager Lalela Mswane, la Miss Afrique du Sud 2021. Contre l’avis du gouvernement sud-africain, la reine de beauté s’est rendue en Israël pour le concours de Miss Univers organisé, le 12 décembre. Habillée d’un costume en plumes blanches, gracieuse comme un cygne, la candidate est qualifiée « d’ange » et « d’ambassadeur de la paix » par Mpho Phalatse.

Coalition fragile

Madame le maire devra avoir le cuir épais pour diriger Joburg. Dix-huit partis sont représentés au conseil municipal, contre onze lors de la précédente mandature. Le conseil municipal exécutif, annoncé le 13 décembre, est le fruit d’une coalition à dix partis. « Dans cet environnement où aucun parti n’a de majorité, vous luttez pour obtenir une configuration où vos partenaires vous garantissent de la stabilité pour cinq ans », admet Mike Moriarty, son directeur de campagne.

« Le mot “fragile” est faible pour qualifier ce type de coalition. Vous avez besoin d’un mandat solide pour obtenir des résultats », analyse le politologue Ralph Mathekga. Les chantiers ne manquent pas dans une ville qui est « dans un mauvais état », selon lui. « Le crime est élevé, les gens se font braquer en ville, des immeubles sont détournés [par des mafias qui perçoivent les loyers]. Certains quartiers ont été abandonnés, si vous prenez le secteur d’Hillbrow, c’est juste horrible », poursuit-il. La criminalité représente le principal problème de Johannesburg, selon 33 % des personnes interrogées pour une étude sur la qualité de vie (2017/2018).

RESTAURER L’ORDRE EST L’UNE DE SES PRIORITÉS BIEN QU’EN LA MATIÈRE, LES COMPÉTENCES D’UNE MUNICIPALITÉ SOIENT LIMITÉES

Restaurer l’ordre est l’une des priorités de Mpho Phalatse bien qu’en la matière, les compétences d’une municipalité soient limitées. Elle a tenté d’envoyer un signal en nommant David Tembe au poste de conseiller chargé de la sécurité. « J’ai confiance en sa capacité à renforcer la lutte contre la criminalité, David Tembe est l’ancien chef de la police de Johannesburg, c’est une homme d’expérience et d’expertise » réagit Yusuf Abramjee, militant anti-criminalité.

Appétit de loup

Faire de Johannesburg une vitrine de son succès et un marche-pied pour ses ambitions. Voilà le programme de Mpho Phalatse. « Jozi, are you ready ? » [Johannesburg, es-tu prête ?] titre le magazine people You dans son édition du 9 décembre. La toujours élégante Mpho Phalatse, habillée d’une chemise blanche brodée, les cheveux tirés en arrière dans un chignon, sourit chaleureusement au lecteur. Sur deux pages, elle se dévoile, évoque son statut de mère célibataire, ses trois enfants, et ses parents revenus vivre avec elle pour surmonter la maladie de son père atteint d’un cancer.

Elle glisse aussi cette petite phrase : « Mon but est de devenir le ministre de la Santé. » Mpho Phalatse prend goût à la politique et affiche un appétit de loup. Un ancien collègue au conseil municipal lui promet un bel avenir. « J’ose dire qu’elle dirigera l’Alliance démocratique d’ici les cinq prochaines années », anticipe cet ami qui préfère rester anonyme. « Des gens m’appellent Madame la maire, Doc, Docteur, ma sœur Mpho, Maman, Maire docteur, tout me va », confie Mpho Phalatse dans You. « Madame la présidente » ne la dérangerait pas non plus.

Avec Jeune Afrique par Romain Chanson- à Johannesbourg

Le Canada devrait travailler à l’équité vaccinale, et non à des restrictions inutiles

décembre 3, 2021
Des personnes attendent, assises sur des chaises de plastique, sous un soleil de plomb.

Des Sud-Africains attendent de recevoir une dose de vaccin contre la COVID-19, à Lawley, vendredi. Photo : Associated Press/Jerome Delay

Devant l’émergence et la propagation rapide du nouveau variant Omicron, de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer l’inutilité des mesures de restriction imposées aux frontières par Ottawa et demander que le Canada travaille plus activement à augmenter la couverture vaccinale dans le monde.

Docteurs, spécialistes en maladies infectieuses et experts sur la question des droits de la personne sont unanimes : le gouvernement fédéral a la capacité d’augmenter et d’accélérer ses envois de doses de vaccins aux pays les moins nantis et il devrait le faire, tout comme il devrait encourager les compagnies pharmaceutiques à lever temporairement les brevets qui protègent les recettes de vaccins afin d’en accroître la production dans le monde.

Selon eux, il en va de l’intérêt du Canada lui-même

« Si vous n’en avez rien à faire de l’altruisme et que vous n’en avez que pour vos propres intérêts… Eh bien, il est dans votre intérêt que tout le monde soit vacciné le plus tôt possible sur cette planète. »— Une citation de  Dr Ross Upshur, professeur à l’École de santé publique Dalla Lana, à l’Université de Toronto

Peu après que l’Afrique du Sud eut annoncé avoir découvert l’existence d’un nouveau variant, le Canada a fermé ses frontières aux pays d’Afrique australe, où des cas avaient été détectés. Depuis, des États comme le Nigeria ou les Pays-Bas ont détecté des cas sur leur territoire qui sont antérieurs à la découverte d’Omicron par des scientifiques sud-africains, suggérant qu’il circule déjà à travers le monde, y compris au Canada.

Tous les jours depuis la détection d’Omicron, l’Afrique du Sud a d’ailleurs vivement dénoncé les restrictions la visant comme étant injustes et caduques. L’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui a qualifié Omicron de préoccupant, a fait de même, mettant en garde contre les faibles taux de vaccination et de dépistage dans de nombreux pays.

L’OMSOrganisation mondiale de la santé a un objectif très clair : 70 % de la population mondiale devrait avoir reçu deux doses de vaccin d’ici la moitié de l’année 2022. Mais le monde est loin de cette cible, une quarantaine de pays – majoritairement en Afrique – présentant un taux de vaccination de moins de 10 % actuellement.

Vous avez raison de vouloir protéger les habitants de votre pays, mais je vous mets en garde : personne ne pourra dormir sur ses deux oreilles tant que l’Afrique ne sera pas vaccinée, a déclaré plus tôt cette semaine la Dre Angelique Coetzee, une des premières à avoir détecté Omicron chez des patients sud-africains.

Prendre des engagements, et les respecter

Pour atteindre son objectif, l’OMSOrganisation mondiale de la santé a mis sur pied le mécanisme COVAX, qui devait permettre de livrer 2 milliards de doses de vaccins contre la COVID-19 avant la fin de l’année, majoritairement à des pays à faible revenu. Or, à un mois de l’échéance, seulement le tiers de ces doses ont été distribuées.

L’OMSOrganisation mondiale de la santé est dans l’impossibilité de respecter ses engagements notamment parce que les pays les plus riches ont choisi de conclure de coûteuses ententes avec les manufacturiers de vaccins pour obtenir leurs doses de manière prioritaire, plutôt que de respecter le mécanisme de distribution.

Jusqu’à ce que COVAX ait accès aux doses dont ils ont besoin, nous continuerons de voir cet énorme écart dans la couverture vaccinale, a résumé Ian Thomson, de l’agence de développement internationale Oxfam Canada.

Le Canada s’est engagé à donner ou à financer l’achat de 200 millions de doses de vaccins d’ici la fin de 2022 via le mécanisme COVAX. Jusqu’à présent, il a fait don de 8,3 millions de doses et ses contributions financières ont permis d’en acheter environ 87 millions, selon Affaires mondiales Canada.

Ian Thomson estime que le Canada a répondu présent en offrant un soutien financier considérable à COVAX. En fait, ce qu’il n’a pas fait, c’est de respecter ces engagements, a-t-il toutefois déploré.

Le Canada fait don de doses de vaccins sur une base continue, à mesure qu’elles sont livrées par les manufacturiers, a expliqué Geneviève Tremblay, porte-parole pour Affaires mondiales Canada, dans un courriel envoyé à CBC.

Selon l’Agence de la santé publique du Canada, près de 6 millions de doses dorment toutefois dans des frigos à travers le pays, et un million de doses ont dû être jetées pour différentes raisons depuis le début de la campagne de vaccination.

La constitution d’un stock de vaccins ne fait rien d’autre que de créer un risque lié aux dates de péremption et à leur détérioration, ce qui est une tragédie compte tenu de cette situation mondiale, a dénoncé le Dr Zain Chagla, médecin spécialisé dans les maladies infectieuses au St. Joseph’s Healthcare de Hamilton et professeur agrégé à l’Université McMaster.

« Nous devons être très conscients du fait que les doses qui arrivent en sol canadien doivent répondre à une demande, sans quoi, elles ne devraient pas se retrouver ici. »— Une citation de  Dr Zain Chagla, médecin spécialisé dans les maladies infectieuses

Le Dr Chagla estime aussi que le Canada pourrait en faire plus pour la levée des brevets qui protégeant les vaccins contre la COVID-19.

Sur cette question, Ian Thomson, d’Oxfam Canada, est du même avis. Nous faisons pression depuis déjà plusieurs mois auprès de l’Organisation mondiale du commerce pour assouplir les règles afin que davantage de fabricants puissent fabriquer des vaccins contre la COVID-19, en particulier dans les pays en développement, a-t-il indiqué.

Ces pays ont la capacité de produire des vaccins, qui pourraient être distribués plus rapidement à leur population, a-t-il ajouté.

Encore là, le premier ministre Justin Trudeau s’est montré en faveur de la levée des brevets canadiens, mais aucune action concrète n’a encore été entreprise en ce sens. Le gouvernement fédéral participe aux discussions à ce sujet, a indiqué Geneviève Tremblay, porte-parole d’Affaires mondiales Canada.

Avec Radio-Canada d’après un texte de Stephanie Dubois, de CBC

Ce que nous savons du nouveau variant Omicron

novembre 27, 2021

Bien que seulement quelques centaines de cas aient été identifiés jusqu’à présent, l’annonce de la détection d’un nouveau variant en Afrique du Sud préoccupe la communauté scientifique.

Illustration représentant le corps d'un homme mettant en évidence des poumons infectés par le SRAS-CoV-2, le virus qui cause la COVID-19.

© angelhell/iStock Illustration représentant le corps d’un homme mettant en évidence des poumons infectés par le SRAS-CoV-2, le virus qui cause la COVID-19.

Où a-t-il été détecté pour la première fois?

Le variant Omicron (B.1.1.529) a été détecté pour la première fois le 9 novembre dans la province de Gauteng, la plus urbanisée d’Afrique du Sud, qui comprend les villes de Pretoria et Johannesburg. Il a été signalé officiellement» à l’OMS le 24 novembre. Il a ensuite été détecté chez des voyageurs en Belgique, à Hong Kong et au Botswana.

Comment le nouveau variant a-t-il été détecté?

Les autorités de santé publique d’Afrique du Sud l’ont détecté dans des échantillons de virus alors qu’elles tentaient d’expliquer une hausse soudaine du nombre de cas dans le pays, qui sont passés d’environ 200 nouveaux cas confirmés par jour la semaine dernière à 2465 jeudi.

D’où vient-il?

Si la première infection confirmée par Omicron provient d’Afrique du Sud, le variant ne trouve pas nécessairement sa source dans ce pays. Des informations publiées dans le journal The Guardian montrent qu’un échantillon du variant a été collecté au Botswana le 11 novembre. Il était donc présent dans les deux pays à la même période. L’analyse des données récoltées dans les dernières semaines permettra peut-être d’établir l’origine du variant d’ici les prochaines semaines.

Pourquoi ce variant inquiète-t-il autant?

Le variant Omicron est jugé préoccupant parce qu’il présente une trentaine de mutations sur sa protéine S, ce qui est environ le double des mutations observées sur la protéine S du variant Delta. Il faut savoir que cette protéine facilite l’infection des cellules du corps par le virus.

Si les anticorps d’une personne provenant d’infections ou de vaccinations antérieures ne reconnaissent pas le nouveau variant du virus, celui-ci pourrait réussir à infecter, ou à réinfecter, les personnes déjà immunisées contre les variants antérieurs.

Si c’est le cas, cela pourrait avoir un impact sur la transmission du virus entre humains, mais aussi sur la gravité de la maladie qu’il cause.

Est-ce qu’il est plus transmissible que les autres variants?

Ce n’est pas clair pour le moment, mais les données préliminaires en provenance d’Afrique du Sud semblent l’indiquer. Selon les informations disponibles, le taux de reproduction du variant (le nombre moyen de personnes infectées par une personne infectée) est estimé à 1,93 à Gauteng, alors qu’il est à 1,47 pour l’ensemble de l’Afrique du Sud.

Les vaccins actuels vont-ils être efficaces?

C’est la grande question. Si les scientifiques sont préoccupés par le nombre de mutations que le variant a subies, il ne devrait pas échapper complètement aux anticorps développés à la suite d’une vaccination ou d’une autre infection. Toutefois, sa protection pourrait s’en trouver diminuée.

Et les médicaments antiviraux?

Les médicaments oraux conçus par Merck et Pfizer, actuellement en cours d’approbation par les agences nationales de santé publique, seront aussi efficaces contre le variant Omicron parce qu’ils ne ciblent pas la protéine S. Ils empêchent plutôt le virus de se répliquer.

Que font les autorités sanitaires internationales?

L’Organisation mondiale de la santé, qui qualifie le variant de préoccupant», a créé un groupe d’experts pour analyser la situation. Des équipes sont déjà en train de tester l’efficacité des vaccins actuels contre le nouveau variant.

L’apparition de ce nouveau variant rappelle, selon l’OMS, toute l’importance de rendre la vaccination accessible aux pays pauvres. Car plus le virus circule, plus il a d’occasions d’évoluer et plus on verra de mutations», a prévenu l’une des responsables de l’OMS, Maria Van Kerkhove.

Repères

  • Ce n’est pas la première fois que le SRAS-CoV-2 responsable de la COVID-19 change au fil du temps. À ce jour, des centaines de variants du coronavirus ont été identifiés et répertoriés dans le monde depuis janvier 2020, dont le Delta.
  • Un variant apparaît lorsque le matériel génétique d’un virus se réplique et qu’il subit de petites modifications appelées mutations». Ce sont ces mutations qui donnent naissance aux nouveaux variants» du virus initial.
  • Plusieurs de ces variants n’ont que peu ou pas d’incidence sur les propriétés du virus.

Avec CBC/Radio-Canada