Posts Tagged ‘Afrique du sud’

21 jeunes meurent mystérieusement dans un bar de fortune en Afrique du Sud

juin 26, 2022
Des enquêteurs, en habits de protection, devant le bar de fortune.

Les policiers étaient nombreux dimanche pour enquêter sur ces morts mystérieuses dans un bar d’Afrique du Sud. Photo : Reuters

Les cadavres de 17 jeunes, sans blessures apparentes, ont été découverts dimanche dans un bar de fortune d’un township d’East London, en Afrique du Sud, a annoncé la police locale qui enquête sur la cause de ces décès de masse.

Quatre autres jeunes qui se trouvaient dans cet établissement sont ensuite décédés à l’hôpital, selon des autorités locales. Le bilan total est de 21 morts.

Une foule de personnes, incluant des parents dont les enfants sont portés disparus, s’est rassemblée devant le bar situé dans un quartier résidentiel pendant que des véhicules mortuaires emmenaient les victimes, selon un journaliste de l’AFP.

De hauts responsables du gouvernement se sont rapidement rendus sur les lieux, dont le ministre de la Police nationale, Bheki Cele, qui a fondu en larmes en sortant de la morgue où les corps ont été déposés.

« C’est une scène terrible à regarder. Ils sont assez jeunes. Quand on vous dit qu’ils ont 13 ans, 14 ans et que vous allez [à la morgue] et que vous les voyez. Ça brise le cœur. »— Une citation de  Bheki Cele, ministre de la Police nationale

Les victimes sont 13 garçons et 8 filles.

Près de la morgue, un couple qui a perdu son fils de 17 ansconfie sa détresse.

Notre fils était là, il est décédé là. Cet enfant, nous ne pensions pas qu’il allait mourir de cette façon, c’était un enfant humble, respectueux, dit sa mère, Ntombizonke Mgangala, à côté de son mari.

Le président Cyril Ramaphosa, qui se trouve en Allemagne pour assister au sommet du G7, a présenté ses condoléances aux familles endeuillées. Il s’est dit préoccupé par les circonstances dans lesquelles ces jeunes se sont réunis dans un lieu qui, à première vue, n’aurait pas dû être accessible à des mineurs.

C’est incroyable, c’est incompréhensible, perdre ainsi 20 jeunes gens, a lâché sous le choc le chef du gouvernement de la province du Cap oriental, Oscar Mabuyane, venu dans la matinée sur les lieux de la tragédie, un simple bâtiment entouré de maisons individuelles.

Des bouteilles d’alcool vides, des perruques et même un ruban violet pastel où est écrit Joyeux anniversaire jonchaient la rue poussiéreuse à l’extérieur de la taverne à deux étages Enyobeni, selon Unathi Binqose, un responsable du gouvernement chargé de la sécurité qui est arrivé sur les lieux à l’aube.

Un père de famille avec un policier.

Plusieurs parents dont les enfants se sont absentés durant la nuit cherchent à savoir s’ils font partie des victimes. Photo : Reuters

Des circonstances mystérieuses

Les victimes ont été découvertes aux premières heures du jour dans un bar de fortune du township de Scenery Park, à East London.

Nous continuons d’enquêter sur les circonstances de ces décès, s’est contenté d’affirmer à l’AFP un porte-parole de la police provinciale, le général Thembinkosi Kinana, sans se risquer à exprimer une hypothèse sur les causes de leur décès.

Un responsable des services de santé provinciaux, Unathi Binqose, a écarté la possibilité d’une bousculade ou d’un mouvement de foule.

Les victimes, a-t-il estimé, étaient vraisemblablement des élèves qui célébraient la fin des examens et de l’année scolaire.

Selon le journal local DispatchLiveles corps sont éparpillés, en travers des tables, sur des chaises et au sol, sans aucun signe apparent de blessure.

Sur les réseaux sociaux, certains évoquaient la possibilité d’une intoxication au gaz ou d’un empoisonnement collectif. Des images non authentifiées montraient des corps allongés sur le sol, sans aucune trace de blessure.

Des dizaines de personnes et des ambulances devant la scène.

Les curieux se sont rapidement rassemblés en grand nombre sur la scène. Photo : Reuters

Les télévisions locales diffusaient en boucle des images de la foule des familles et des badauds rassemblés aux alentours de ce bar d’East London, une ville d’un million d’habitants située sur l’océan Indien, à quelque 700 km au sud de Johannesburg.

De nombreux débits de boissons de fortune – surnommés shebeens ou taverns – sont autorisés ou tolérés dans les townships des grandes villes sud-africaines, ces quartiers défavorisés réservés aux non-Blancs pendant l’apartheid. La réglementation sur l’âge légal pour la consommation d’alcool n’y est pas toujours appliquée.

Les autorités envisagent désormais de revoir la réglementation sur les licences d’alcool dans un pays qui compte parmi les plus grands consommateurs d’alcool du continent.

Par Radio-Canada avec AFP

Afrique du Sud : quel poids politique pour le nouveau roi zoulou ?

juin 12, 2022

Un demi-siècle après son père, c’est au tour de Misuzulu kaZwelithini d’être couronné roi des Zoulous. Sans pouvoir exécutif, le monarque aura-t-il la même influence politique que son prédécesseur ?

Misuzulu Zulu, le 7 mai 2021, lors d’un des derniers hommages à sa mère, la reine Shiyiwe Mantfombi Dlamini Zulu. © AFP

« Les leaders politiques, de toutes sensibilités confondues, sollicitaient régulièrement ses conseils, y compris moi. » Cette confidence, le président Cyril Ramaphosa l’a prononcée lors de l’éloge funèbre de Goodwill Zwelithini. Après cinquante ans de règne, le roi zoulou est mort du Covid-19 le 12 mars 2021, à l’âge de 72 ans. « Sa Majesté était l’un de nos chefs traditionnels les plus vénérés », reprend Ramaphosa.

La Constitution sud-africaine reconnaît le rôle et le statut des chefs traditionnels, mais c’est le régime républicain qui prévaut sur tout le territoire. Le roi zoulou jouit d’abord d’une autorité culturelle. Il est le gardien des coutumes. Goodwill Zwelithini a notamment réintroduit la danse des roseaux, une célébration controversée de la virginité des jeunes femmes, que l’on retrouve également en Eswatini. Les adolescentes paradent en tenue traditionnelle, les seins nus, avant d’offrir un roseau au roi. Le souverain exerce également une autorité morale sur ses sujets. En promouvant la virginité des femmes, la danse des roseaux permet de lutter contre le VIH, arguait Goodwill Zwelithini.

Utilisés comme relais de l’État, les chefs traditionnels peuvent jouer un rôle dans le déploiement de pratiques sanitaires et éducatives. En 2020, Cyril Ramaphosa les appelaient à prendre part au plan national de lutte contre les violences sexistes, et Goodwill Zwelithini s’était fait remarquer pour avoir dénoncé les nombreux viols perpétrés dans sa province.

Une voix qui compte

La voix du roi zoulou compte, pour le meilleur comme pour le pire. Car l’ancien roi faisait aussi preuve d’homophobie et de xénophobie. En avril 2015, des émeutes avaient éclaté après qu’il avait demandé aux étrangers de faire leurs valises et de quitter le pays. À l’issue d’une enquête, la Commission sud-africaine des droits de l’homme avait épinglé des propos « blessants » et « nuisibles », mais ne l’avait pas rendu responsable des émeutes meurtrières. Goodwill Zwelithini avait prétendu que ses propos avaient été mal traduits et déformés dans les médias. « Si j’avais lancé la guerre dans ce pays, il serait déjà en cendres », plastronnait-il.

Goodwill Zwelithini prenait parfois des accents belliqueux pour faire pression sur les autorités. Mais ce descendant du célèbre guerrier Shaka Zulu avait aussi œuvré à la pacification du KwaZulu-Natal au début des années 1990. Le régime ségrégationniste de l’apartheid touchait à sa fin et la guerre faisait rage entre les militants du parti zoulou Inkatha Freedom Party (IFP) et ceux du Congrès national africain (ANC). « Alors que le pays se dirigeait vers la démocratie, il a appelé à la fin des assassinats politiques », saluait Cyril Ramaphosa lors de ses obsèques.

IL A CHANGÉ DE CAMP EN FONCTION DE QUI LE FINANCERAIT

À ce moment crucial de l’histoire sud-africaine, la domination du parti de Nelson Mandela, aux portes du pouvoir, a forcé le monarque à revoir ses alliances. Le souverain a su prendre ses distances avec son cousin, le prince Mangosuthu Buthelezi, fondateur de l’IFP. « Il a changé de camp en fonction de qui allait pouvoir le financer », résume le sociologue Gerhard Maré, professeur émérite à l’université du KwaZulu-Natal et spécialiste des questions ethniques.

De fait, les gouvernements successifs de l’ANC ont veillé sur le palais royal. En 2022, la province du KwaZulu-Natal a versé quatre millions d’euros en guise de budget de fonctionnement. À cela s’ajoutent 74 000 euros de salaire versé annuellement au roi et à la reine. De l’argent de poche pour le roi zoulou, qui est d’abord un riche propriétaire terrien.

Reliquat de l’apartheid

Le souverain dirige l’Ingonyama Trust, une structure qui possède un tiers des terres de la province du KwaZulu-Natal, soit 3 millions d’hectares. Ce trust avait été obtenu de haute lutte par le prince Mangosuthu Buthelezi juste avant les élections d’avril 1994. Il gère une partie des terres de l’ancien bantoustan du Zululand, autrefois réservé aux Noirs dans la logique du « développement séparé » voulu par la minorité blanche au pouvoir. L’Ingonyama Trust est donc un reliquat de l’apartheid.

Cette structure permet au roi d’exercer un pouvoir économique sur ses sujets. Il perçoit des loyers sur ses terres et octroie des concessions au secteur privé (mines, agriculture, centre commerciaux, etc). Les habitants doivent signer un bail avec le Trust et lui versent eux aussi un loyer – un privilège controversé dans un pays qui se bat contre la dépossession des terres. « Il est urgent de changer cette relation, comme le prévoit la Constitution. C’est le peuple qui possède la terre, pas les chefs », dénonce l’avocat Tembeka Ngcukaitobi dans son livre Land Matters, sorti en 2021.

De fait, l’Ingonyama Trust pourrait être menacé. Le gouvernement sud-africain travaille à une loi d’expropriation sans compensation. Conséquence des lois ségrégationnistes du début du 20ème siècle, 72% des terres agricoles sont aujourd’hui détenues par des Blancs. L’accaparement des terres par le roi zoulou entre donc en contradiction avec l’esprit de la réforme en cours.

Menace de sécession

Ce projet avait déjà provoqué la colère du défunt Goodwill Zwelithini. « [Le président Ramaphosa] doit nous dire que la terre des Zoulous sera préservée, puis signer un accord », déclarait-il devant ses soutiens à Durban, en 2018. L’année suivante, il comparait ce projet à de la « zoulouphobie » et menaçait de faire sécession en cas d’application.

La réforme pourrait bientôt revenir sur le bureau du nouveau souverain, Misuzulu kaZwelithini, 47 ans. « Le plus important, c’est de voir s’il va permettre à l’Ingonyama Trust de continuer ainsi », anticipe le sociologue Gerhard Maré. La reprise en main de ce dossier pourrait permettre au souverain d’asseoir son autorité sur les 11 millions de Zoulous qui vivent en Afrique du Sud.

LE ROI EST FAIBLE OU FORT SELON QUI TIRE LES FICELLES

Car c’est un homme sans bilan qui prend la tête de la plus importante des huit royautés reconnues dans le pays. Saura-t-il s’imposer ? « Le roi est faible ou fort selon qui tire les ficelles et selon quel comportement politique il adopte lors des élections », analyse Gerhard Maré, par ailleurs auteur de Ethnic Continuities And A State Of Exception. Ce livre, sorti en 2020, raconte comment l’identité zouloue est devenue politique à travers trois leaders : le roi Goodwill Zwelithini, le prince Mangosuthu Buthelezi et Jacob Zuma.

L’ethnie a joué un grand rôle dans la carrière politique de l’ancien chef de l’État. « 100% Zulu Boy », l’appelaient ses soutiens pour le défendre lorsqu’il était poursuivi pour viol. « Depuis les années 1990, le rôle de Jacob Zuma a été central pour la survie du roi. Il a mis l’ethnie au centre de sa politique dans la province du KwaZulu-Natal ainsi que dans tout le pays », écrit Gerhard Maré. Une relation gagnant-gagnant, qui a favorisé son accession au pouvoir en 2009. L’ancien président pouvait compter sur une large base de fidèles. Les adhésions à l’ANC dans la région ont triplé entre 2007 et 2012.

Le KwaZulu-Natal sera aussi le théâtre de sa chute. D’abord avec Nkandla, vaste domaine niché dans les collines et en partie financé par des détournements d’argent public. La révélation de ce scandale a contribué à affaiblir son dernier mandat. Puis avec cette visite de la dernière chance : cerné par les affaires de corruption, poussé vers la sortie par les ténors de l’ANC, Jacob Zuma se rend chez le roi Goodwill Zwelithini au début de février 2018. Dix jours plus tard, il démissionne. Était-il venu demander conseil ou chercher un soutien ? Le contenu de l’entretien est resté secret. Goodwill Zwelithini qualifiera le retrait de Zuma de « courageux ».

C’est avec Cyril Ramaphosa qu’il faut désormais traiter. Le président sud-africain est – littéralement – un faiseur de rois. C’est lui qui a officiellement reconnu Misuzulu kaZwelithini comme le nouveau souverain zoulou. Le communiqué du 16 mars 2022 est venu apposer le sceau de légitimité qui manquait au « roi-élu », simplement désigné par un testament contesté par une partie de la famille royale. « Je me joins à tout le peuple d’Afrique du Sud pour souhaiter à Sa Majesté le Roi Misuzulu Zulu un règne long et prospère », a félicité Cyril Ramaphosa. Fumée blanche.

Un ami du défunt roi émet toutefois un souhait pour son successeur. « Je serais heureux s’il restait éloigné de la politique, lâche Bantu Holomisa, député et fondateur du Mouvement démocratique uni. Sa priorité est d’unir la famille royale. Il devra ensuite s’imposer et obtenir le soutien des Zoulous. » L’Inkatha appelle également à la neutralité. « Nous pensons qu’une institution traditionnelle est au-dessus de la politique. Elle n’a pas besoin d’appartenir à une organisation politique », prévient Velenkosini Hlabisa, président de l’IFP, deuxième parti dans le KwaZulu-Natal lors des élections locales de 2021.

Nation zouloue

À l’approche des élections internes de l’ANC, programmées en décembre prochain, la tentation sera grande pour les candidats de mobiliser la « nation zouloue » . Le province, avec ses nombreux délégués, est essentielle pour remporter le scrutin, et des prétendants au fauteuil présidentiel y ont déjà été aperçus. Zweli Mkhize, l’ancien ministre de la Santé écarté pour des soupçons de corruption, a ainsi profité du mariage de son fils pour mettre en scène ses soutiens. Lors d’une cérémonie zouloue, des chefs traditionnels ont rallié ce cadre de l’ANC, habillé en peaux de léopards et armé d’un bouclier.

Ces manœuvres sont d’abord destinées à séduire la base plutôt qu’à attirer l’attention du nouveau roi. Sur les réseaux sociaux, celui-ci s’est récemment affiché avec le Premier ministre de la province, avec le président de la CAF, Patrice Motsepe, et avec Jacob Zuma. Misuzulu Zulu a beau pour l’instant être discret, il aura retenu la leçon de son père : en politique, c’est du gagnant que vient l’argent.

Avec Jeune Afrique par Romain Chanson – à Johannesburg

La journaliste gabonaise Pamela Koumba s’adresse aux femmes africaines depuis l’Afrique du Sud

juin 7, 2022

Avec Zoom

Affaire Jacob Zuma : deux des frères Gupta bientôt extradés vers l’Afrique du Sud

juin 7, 2022

Atul et Rajesh Gupta ont été arrêtés à Dubaï et sont en voie d’extradition vers l’Afrique du Sud, où ils sont accusés de corruption dans un vaste scandale d’État impliquant l’ex-président, Jacob Zuma.

Atul Gupta et Jacob Zuma, en mars 2012. © Creative Commons / Flickr / Gouvernement sud-africain

L’Afrique du Sud, qui cherche à amener Atul et Rajesh Gupta devant la justice depuis des années, avait annoncé, dès le lundi 7 juin, avoir reçu des informations des autorités des Émirats arabes unis, dont Dubaï fait partie, sur l’arrestation des deux frères fugitifs. « La police de Dubaï a arrêté Atul et Rajesh Gupta, parmi les suspects les plus recherchés d’Afrique du Sud, en lien avec des accusations criminelles et de blanchiment d’argent », a précisé le ministère sud-africain de la Justice dans un communiqué, avant d’annoncer, dans la nuit, la « confirmation de l’arrestation des Gupta ».

L’interpellation des deux frères a eu lieu à la suite d’un avis de recherche d’Interpol, une organisation internationale facilitant la coopération policière, actuellement dirigée par un responsable émirati.

Une audience le 6 septembre

Les autorités des deux pays sont en train de finaliser la procédure « concernant l’extradition » des frères Gupta, a précisé la police de Dubaï. Cette dernière a mis en avant la détermination des autorités à lutter contre le blanchiment d’argent, alors que l’émirat du Golfe a longtemps été accusé d’être un refuge pour les délinquants financiers du monde entier.

Ajay, Atul et Rajesh Gupta, trois frères d’origine indienne et sulfureux hommes d’affaires, sont accusés d’avoir pillé les caisses de l’État avec la complicité de Jacob Zuma, pendant ses neuf ans au pouvoir, de 2009 à 2018. Interpol a lancé, en juillet dernier, un avis de recherche contre Atul et Rajesh, au sujet d’un contrat douteux de 1,5 million d’euros impliquant une entreprise liée à la famille. Le procès en Afrique du Sud, en juillet, avait été reporté en l’absence des accusés et une nouvelle audience avait alors été fixée au 6 septembre.

Par Jeune Afrique avec AFP 

Inondations en Afrique du Sud: près de 260 morts, une « catastrophe aux proportions énormes »

avril 13, 2022
Inondations en Afrique du Sud: pres de 260 morts, une "catastrophe aux proportions enormes"
Inondations en Afrique du Sud: près de 260 morts, une « catastrophe aux proportions énormes »© AFP/RAJESH JANTILAL

Les inondations dévastatrices en Afrique du Sud, les pires de l’histoire du pays, ont fait près de 260 morts et constituent une « catastrophe aux proportions énormes », selon le président Cyril Ramaphosa en déplacement mercredi à Durban (est), épicentre des intempéries.

Quelque 259 personnes ont été tuées, selon un dernier bilan du bureau de gestion des catastrophes de la province du Kwazulu-Natal (KZN). Les autorités locales ont déclaré faire face à un afflux de corps dans les morgues.

« Le nombre confirmé de personnes ayant péri dans cette catastrophe est de 259 à travers la province », a déclaré à l’AFP Nonala Ndlovu, porte-parole du bureau.

Les précipitations record, qui ont atteint depuis le week-end dernier un niveau jamais enregistré depuis plus de 60 ans dans cette région ouverte sur l’océan Indien, ont laissé derrière elles des paysages dévastés.

« Les ponts se sont effondrés. Les routes se sont effondrées. Des gens sont morts. Notre peuple est blessé. C’est une catastrophe aux proportions énormes », a déclaré le chef de l’Etat.

A certains endroits autour de Durban, les glissements de terrain ont laissé des brèches géantes dans la terre comme fendue par les torrents d’eau. Des dizaines de personnes sont portées disparues, les secouristes ont décrit « un cauchemar ».

Les autorités locales réclament que l’état de catastrophe naturel soit déclaré.

Lors de sa visite, M. Ramaphosa s’est rendu auprès de familles endeuillées. A Clermont, une banlieue pauvre de Durban, il a promis l’aide du gouvernement à un père de famille qui a perdu ses quatre enfants, ensevelis dans l’effondrement d’un pan de leur maison.

Les mains jointes, l’homme a raconté au chef de l’Etat l’eau qui monte au milieu de la nuit, l’électricité coupée, ses enfants endormis dans une autre pièce et qu’il n’a pas réussi à sauver.

Les pluies devraient lentement diminuer dans la soirée, selon les météorologues. Cette région, qui a connu des destructions massives lors d’une vague sans précédent d’émeutes et de pillages en juillet, enregistrait déjà moins de précipitations.

Dans une chaleur humide, certains déblayaient autour de bâtiment effondrés. Sur des routes jonchées de débris, d’autres dispersaient du sable pour combler des trous béants, a constaté un journaliste de l’AFP.

Ecoles dépeuplées

Certaines écoles ont ouvert leur portes mais les bancs sont majoritairement restés vides. A l’école primaire de la banlieue noire d’Inanda, seuls deux élèves sur 48 se sont présentés.

« En 48 heures, il est tombé plus de 450 mm d’eau dans certaines zones », a déclaré à l’AFP Dipuo Tawana, prévisionniste à l’institut météorologique national. Les spécialistes ont comparé le niveau des précipitations à celui « normalement associé aux cyclones ».

L’armée a été mobilisée pour apporter un soutien aérien pendant les évacuations. Des milliers de maisons ont été détruites, au moins 140 écoles ont été touchées, selon les autorités locales.

Depuis plusieurs jours, les principaux axes routiers sont submergés par une mélasse brunâtre, sur laquelle flottent les panneaux et les feux de signalisation.

Des montagnes de branches, bouteilles et déchets ont été charriées sur les plages de Durban habituellement prisées des touristes et des familles.

L’activité portuaire a été suspendue, des conteneurs ont été emportés par les eaux. Des pillages ont été signalés.

Les fortes précipitations ont aussi entraîné des coupures d’électricité et perturbé l’approvisionnement en eau. Les liaisons ferroviaires ont été suspendues et les habitants appelés à éviter tout déplacement.

« Nous savons que c’est le changement climatique qui s’aggrave, on est passé de tempêtes extrêmes en 2017, à des inondations supposées record en 2019 mais clairement dépassées aujourd’hui en 2022 », a mis en garde Mary Galvin, professeur d’études du développement à l’université de Johannesburg.

En 2019, des inondations dans la région et la province voisine du Cap-Oriental avaient déjà fait 70 morts et dévasté plusieurs villages côtiers dans des coulées de boue.

Par Le Point avec AFP

Guerre en Ukraine : en Afrique du Sud, le parti de Malema joue les porte-voix de la Russie

mars 19, 2022
L’opposant sud-africain. Julius Malema, chef des Combattants pour la liberté économique, s’adresse à ses partisans, Johannesburg, 20 novembre 2018. © Wikus de Wet / AFP

Alors que la classe politique sud-africaine se divise sur l’attitude à adopter face à l’invasion russe de l’Ukraine, le parti des Combattants pour la liberté économique (EFF) soutient Vladimir Poutine et relaie la propagande du Kremlin. 

Ne parlez pas de « guerre en Ukraine ». Parlez plutôt d’une « opération spéciale militaire nécessaire », comme vous y invite Floyd Shivambu, vice-président du parti des Combattants pour la liberté économique (EFF).  « Il n’y a rien de mal à ce que la Russie empêche l’expansion impérialiste de l’Otan [Organisation du traité de l’Atlantique nord] », a-t-il soutenu lors d’un débat sur l’invasion russe au Parlement. À l’en croire, Moscou n’aurait rien à se reprocher. Floyd Shivambu loue même le « degré de respect et d’honneur » des Russes, « qui ne ciblent ni les civils ni les infrastructures civiles ». Bons baisers d’Afrique du Sud.

Artillerie lourde

Troisième force politique du pays, les EFF viennent de conclure une opération médiatique en forme de lettre d’amour à la Russie de Vladimir Poutine. Débat au Parlement, réception à l’ambassade puis interview télévisée… Les « Bérets rouges » se démarquent du Congrès national africain (ANC, au pouvoir), qui continue à jouer les équilibristes, entre neutralité et loyauté envers l’ancien allié soviétique. Si le gouvernement fait preuve de camaraderie en pesant chaque mot portant sur Moscou, l’EFF sort l’artillerie lourde et défend le Kremlin à coups de déclarations chocs.

L’Otan serait dirigée par des néo-nazis, Kiev mènerait un génocide dans le Donbass et les Américains disposeraient en Ukraine de laboratoires où seraient fabriquées des armes chimiques pour attaquer la population russe. Un seul autre petit parti sud-africain semble partager cette rhétorique complotiste et anti-américaine : le Parti national de la liberté (NFP) – deux sièges au Parlement – dénonce « l’agenda caché de l’Occident », qui veut « effacer la Russie de la carte ».

Comme pour l’ANC, les raisons du soutien des EFF à la Russie sont à chercher du côté de l’Histoire. Les deux formations gardent en mémoire l’appui logistique, financier et intellectuel apporté par l’URSS dans la lutte contre le régime ségrégationniste. C’est à ce titre que les EFF appellent « les Sud-Africains et tout le continent à ne pas tourner le dos à la Russie », laquelle n’aurait « jamais utilisé et n’utilisera jamais sa force et sa capacité militaire pour coloniser le continent ou d’autres pays ». Il faut aussi voir dans ce soutien un rejet viscéral des États-Unis, de l’Otan et de l’Occident, accusés d’être des va-t-en guerre, des colonisateurs, des impérialistes et des pilleurs auxquels l’assassinat du « frère » Mouammar Kadhafi en Libye « ne sera jamais pardonné ».

LES EFF SE SONT AUSSI INDIGNÉS QUAND LA CHAÎNE DE TÉLÉVISION RUSSIA TODAY A ÉTÉ SUPPRIMÉE DU BOUQUET PROPOSÉ PAR LE DISTRIBUTEUR SUD-AFRICAIN

Chine, Cuba, Russie sont considérés par les EFF comme des forces progressives qu’il faut défendre. La pandémie avait déjà été l’occasion pour le parti de Julius Malema de voler à leur secours. En juin, les EFF ont rassemblé plusieurs milliers de personnes devant les locaux de l’autorité sud-africaine du médicament (SAHPRA) pour l’obliger à autoriser le vaccin russe Sputnik-V, aux côtés d’autres vaccins chinois et cubains.

Les EFF se sont aussi indignés quand la chaîne de télévision Russia Today (RT) a été supprimée du bouquet proposé par le distributeur sud-africain, un ricochet involontaire des sanctions européennes. « Un grand classique des partis alignés et impérialistes qui veulent avoir le monopole sur ce que les gens pensent », condamnait la formation politique dans un communiqué. Les EFF ont d’ailleurs toujours accès à RT via Twitter et ne se privent pas de relayer ses vidéos. Comme cette interview de Sergueï Lavrov. Le ministre russe des Affaires étrangères dit observer que les Américains veulent faire du monde « leur village », voire « leur saloon ». « C’est vrai, et ça ne doit pas être permis », a réagi Floyd Shivambu, désormais d’accord sur tout avec son lointain camarade russe.

Avec Jeune Afrique par Romain Chanson

Afrique du Sud : d’un Z qui veut dire Zondo

mars 11, 2022
Raymond Zondo à Johannesburg, le 15 février 2021. © Siphiwe Sibeko/REUTERS

En choisissant le juge Zondo pour présider la Cour constitutionnelle, Cyril Ramaphosa s’attire les foudres d’une partie de l’opposition et du clan Zuma.

« Je ne suis ni pro ni anti qui que ce soit », s’est défendu Raymond Zondo devant le panel qui l’interrogeait au sujet du poste de président de la Cour constitutionnelle. Le juge, qui aura 62 ans en mai et en aura consacré 25 à servir la justice, est accusé par ses détracteurs d’être un animal politique à la solde de Cyril Ramaphosa. Des soupçons qui n’ont pas empêché le chef de l’État de le nommer contre l’avis d’un comité consultatif.

Après audition des quatre candidats en février, la Commission des services judiciaires et les chefs des partis représentés à l’Assemblée nationale ont préféré désigner Mandisa Maya, actuelle patronne de la Cour suprême d’appel. Mais rien n’obligeait Cyril Ramaphosa à suivre leur recommandation. Mandisa Maya devient donc vice-présidente de la Cour constitutionnelle en remplacement de Raymond Zondo, qui gravit la dernière marche pour en être désormais le président, dix ans après avoir intégré la cour. Il assurait déjà l’intérim depuis que la vacance du poste avait été constatée, en octobre dernier.

Accès privilégié

Raymond Zondo n’est pas qu’un simple juge, c’est une personnalité publique. C’est lui qui, depuis quatre ans, dirige la Commission d’enquête sur des soupçons de capture d’État, dite commission Zondo. Une instance chargée de faire la lumière sur la corruption qui a gangréné l’État sud-africain sous la présidence de Jacob Zuma, de 2009 à 2018. La retransmission télévisée des auditions de la commission a permis à Raymond Zondo de devenir une figure du petit écran. Son visage bonhomme, barré de lunettes rectangulaires aux montures fines, a trusté les journaux pendant trois ans. Tout le monde reconnaît désormais le timbre de sa voix, un murmure aux basses profondes vibrant dans un corps XXL.

La commission a introduit Raymond Zondo auprès de l’opinion publique et lui a ouvert les portes du palais présidentiel. Il lui est arrivé d’informer directement Cyril Ramaphosa de l’avancée des enquêtes. Un accès privilégié qui n’a pas manqué de faire tiquer Julius Malema, leader du parti des Combattants pour la liberté économique (EFF). « Cela peut être perçu comme une façon de compromettre l’indépendance de la commission alors que le président lui-même est impliqué », s’est inquiété le tribun. Rien de compromettant, assure Raymond Zondo, qui souligne que c’est la présidence qui est à l’origine de cette commission et que c’est donc au chef de l’État qu’il lui revient de faire son rapport.

ZONDO SE VOIT « RÉCOMPENSÉ POUR AVOIR PRIS DES GANTS AVEC RAMAPHOSA », DÉNONCE L’EFF

C’est lors de ces réunions avec Cyril Ramaphosa que Zondo lui a proposé de venir témoigner devant sa commission. Le chef de l’État est venu s’expliquer en sa qualité d’ancien vice-président du Congrès national africain (ANC, au pouvoir) mais aussi parce qu’il a été le numéro deux de Jacob Zuma. Des auditions menées tout en douceur par les juges, le chef de l’État n’ayant jamais été mis en difficulté. Zondo se voit « récompensé pour avoir pris des gants avec Ramaphosa », dénonce aujourd’hui l’EFF dans un communiqué. Le parti remarque que ni le président ni son fils ne sont inquiétés dans les trois premiers rapports de la commission Zondo. « Le judiciaire a été dépouillé de son indépendance, de son intégrité et de son objectivité », déplore encore le parti radical.

« Un signal fort »

S’il est récompensé, c’est pour avoir travaillé inlassablement à mettre en évidence la mécanique de la corruption au sein du parti au pouvoir, contredit Karyn Maughan, chroniqueuse judiciaire pour News24 : « Ne pas le nommer serait revenu à dire aux juges qui enquêtent sur la corruption au sein de l’ANC et de l’État qu’ils risquent de fragiliser leur carrière. En le choisissant, Ramaphosa envoie un signal fort sur le rôle du système judiciaire comme outil de lutte contre la corruption. Il montre aussi qu’il ne se laisse pas intimider par les critiques. »

Ces derniers mois ont été marqués par des attaques répétées contre le système judiciaire. Un climat de défiance évoqué par Raymond Zondo lors de son audition. « Toutes sortes de menaces ont été proférées contre moi et ma famille par rapport à mon travail à la commission, mais l’État a offert sa protection », a dévoilé ce père de huit enfants. Pis, c’est toute la profession qui a été visée lors des émeutes de juillet 2021, rappelle-t-il.

L’emprisonnement de Jacob Zuma avait en effet déclenché une vague de pillages sur près d’une semaine dans les provinces du Gauteng et du KwaZulu-Natal. Sa condamnation à quinze mois de prison pour outrage à la justice a été prononcée par la Cour constitutionnelle après que la commission Zondo l’avait saisie. Raymond Zondo avait requis deux ans de prison ferme contre Jacob Zuma, qui refusait de venir témoigner. Les partisans de l’ancien président y ont vu une alliance du système judiciaire contre leur chef.

Zuma vs Zondo

L’année 2021 a été rythmée par la confrontation entre les deux Z. Zuma n’a eu de cesse d’exiger que Raymond Zondo se retire de la commission d’enquête anti-corruption, condition sine qua non à sa participation. Il a souvent accusé Zondo de partialité à son encontre. L’ancien président a aussi prétendu que Zondo et lui étaient des amis de trente ans dont les liens familiaux et professionnels le disqualifiaient pour la présidence de la commission anti-corruption. Liens familiaux ? Le juge a été obligé d’admettre qu’il avait eu un enfant avec l’une des sœurs d’une ex-épouse de Jacob Zuma. Pas de quoi former une famille, a insisté Zondo. Si le juge a reconnu avoir entretenu une relation cordiale avec Zuma, il a réfuté l’idée d’une amitié.

ZONDO DEVRA PRENDRE SA RETRAITE DANS DEUX ANS ET DEMI

Il leur serait de toute façon bien compliqué de recoller les morceaux aujourd’hui. La nomination de Raymond Zondo comme Chief Justice a été accueillie par des sarcasmes dans le clan Zuma. « Zondo, président de la Cour constitutionnelle ? Les blagues continuent de s’écrire toutes seules », a réagi sur Twitter Thuthukile Zuma, l’une des filles de l’ancien chef de l’État. Qu’ils se rassurent, Zondo ne gardera pas le marteau longtemps. Il devra prendre sa retraite dans deux ans et demi.

Si Ramaphosa venait à être réélu à la tête de l’Afrique du Sud en 2024, il faudrait lui trouver un successeur. Mandisa Maya serait alors en bonne position. « En la choisissant pour seconder Zondo, Ramaphosa montre qu’il veut la mettre sur la bonne voie », observe Karyn Maughan. Mandisa Maya deviendrait la première femme à présider la Cour constitutionnelle. Et cela, personne ne semble s’y opposer.

Avec Jeune Afrique par Romain Chanson

Afrique du Sud : Ramaphosa peut-il perdre la présidence de l’ANC ?

février 28, 2022
Cyril Ramaphosa à la tribune du meeting d’anniversaire de l’ANC, au stade de Polokwane, le 8 janvier 2022 © PHILL MAGAKOE/AFP

Le chef de l’État et président du Congrès national africain (ANC) devrait être candidat à sa réélection à la tête du parti en décembre prochain. Mais en coulisses, plusieurs rivaux aiguisent armes et arguments.

Cyril Ramaphosa a-t-il visionné Le Parrain ? « Garde tes amis près de toi et tes ennemis encore plus près », recommande Michael Corleone dans la célèbre trilogie consacrée à la mafia new-yorkaise. Le président sud-africain semble avoir suivi le conseil à la lettre, plaçant ses concurrents dans nombre de ministères. Mais leur proximité ne garantit pas leur loyauté et plusieurs d’entre eux peuvent aujourd’hui lui contester la direction du Congrès national africain (ANC).

Lindiwe Sisulu à l’offensive

Signe que l’année sera électrique, elle a commencé par une passe d’armes entre le président et sa ministre du Tourisme, Lindiwe Sisulu. Dans une tribune sortie de nulle part, celle-ci s’en est prise aux « hautes sphères du système judiciaire » où se trouveraient « ces Africains dont la mentalité a été colonisée ». Elle désigne ainsi les juges de la Cour constitutionnelle qui se sont attiré les foudres d’une partie de la classe politique en condamnant Jacob Zuma à 15 mois de prison pour outrage à la justice. « Quand vous les mettez au pouvoir ou qu’ils sont les interprètes de la loi, alors ils sont pires que votre oppresseur », écrit encore cette proche de l’ancien président.

Après deux semaines de polémique, Cyril Ramaphosa s’est résolu à convoquer sa ministre. Il l’a réprimandée et a même obtenu des excuses, selon un communiqué de la présidence. Une version rapidement contestée par l’intéressée, qui accuse le chef de l’État d’avoir déformé ses propos. Ces affronts répétés auraient pu suffire à justifier son limogeage. Mais l’ANC sait ménager ses caciques pour ne pas s’aliéner leurs familles politiques. Or Lindiwe Sisulu est une figure du parti, ses parents, Walter et Albertina, sont des héros du mouvement de libération.

SON ATTAQUE CONTRE LE SYSTÈME JUDICIAIRE RESSEMBLE À UN APPEL DU PIED À DESTINATION DES PARTISANS DE JACOB ZUMA

En engageant ce bras de fer, la ministre a donné le coup d’envoi de sa campagne pour la présidence de l’ANC, observe la politologue Susan Booysen, auteure de plusieurs livres sur le parti. « Elle a dû s’y prendre tôt, sans attendre de voir si les branches [sections locales de l’ANC] voudraient bien la nommer. Elle devait leur montrer qu’elle est disponible », analyse cette professeure de l’université de Witwatersrand, à Johannesburg. Lindiwe Sisulu a appris de ses erreurs : en 2017, elle s’était lancée tardivement dans la campagne pour la présidence de l’ANC et avait dû abandonner faute de soutiens.

Son attaque contre le système judiciaire ressemble fortement à un appel du pied à destination des partisans de Jacob Zuma. Regroupés sous la bannière officieuse de la Radical Economic Transformation (RET), ceux-ci reprochent à Ramaphosa de ne pas mener les réformes les plus radicales de l’ANC, comme l’expropriation sans compensation des terres pour les redistribuer à la population noire. Mais cette faction, très active en 2017, a perdu en influence ces dernières années.

Il semble en effet loin le temps où Nkosazana Dlamini-Zuma, leur porte-drapeau, avait récolté 48,10 % des voix face à Cyril Ramaphosa dans la course à l’ANC. L’actuelle ministre des Affaires traditionnelles – et ex-épouse de Jacob Zuma – reste aujourd’hui en retrait des combats menés par la branche qu’elle représentait. Malgré sa popularité, il est peu probable qu’elle se présente, selon Susan Booysen : « Pour le moment, je ne ressens pas chez elle d’enthousiasme ni de passion pour la politique ».

Duduzane Zuma, adoubé par Jacob

Mais un Zuma peut en cacher un autre. L’étoile montante s’appelle Duduzane, l’un des fils de l’ancien président. Trentenaire au visage juvénile, plutôt bel homme, il veut incarner la relève. Quand il s’affiche en public, des gens l’appellent « président ». Un compte Twitter – « Duduzane Zuma For ANC President » – a été créé en septembre 2021. Quelques mois plus tard, il était élu à la tête d’une branche locale de l’ANC, près de Durban. Cette petite victoire a donné lieu à une vidéo dans laquelle Jacob Zuma reçoit son fils et le félicite. Les deux hommes mettent en scène une forme de passation de pouvoir. « On a tous commencé comme ça », se réjouit le père. « Je suis content de savoir que tu penses que je suis sur le bon chemin […]. Nous partageons le même objectif final », lui répond son fils.

Musclé, tatoué et portant une chemise de marque, Duduzane Zuma a plus le profil d’un jet-setteur que celui d’un chef de parti. « Je ne pense pas que les gens le prennent au sérieux au sein de l’ANC, cela ne fonctionne pas comme ça, ironise Susan Booysen. L’ANC, ce sont des gens qui ont une stature, qui ont une réputation pour avoir fait des choses. Conduire des voitures de sport ne suffit pas pour en devenir le président. »

LE FILS DE L’ANCIEN PRÉSIDENT EST PLUS CONNU POUR SES MAUVAISES RELATIONS QUE POUR SON BAGAGE POLITIQUE

L’aspirant chef de parti est plus connu pour ses mauvaises relations que pour son bagage politique. Associé aux frères Gupta, il formait avec eux le quatuor le plus sulfureux d’Afrique du Sud. Ils sont aujourd’hui dans le viseur de la commission anti-corruption, qui enquête sur les liens qu’ils entretenaient avec Jacob Zuma quand il était président. Dans le deuxième rapport de la commission Zondo, remis fin janvier, Duduzane Zuma apparaît comme un figurant présent chez les Gupta lors de rencontres entre hommes d’affaires corrompus. Mais son rôle n’a pas encore été clairement établi.

Ace Magashule et Zweli Mkhize en embuscade

Dans la course à la présidence de l’ANC, l’ancien secrétaire général du parti Ace Magashule pourrait aussi inquiéter Cyril Ramaphosa s’il continue à tirer les ficelles dans le Free State, la province qu’il a dirigée et arrosée de pots-de-vin pendant plusieurs années. Sous son influence, les délégués de cette petite province peuvent faire basculer une élection serrée. Reste que celui qui faisait figure de premier opposant à Ramaphosa n’est aujourd’hui plus que l’ombre de lui-même. Son procès pour corruption dans une affaire de contrats de désamiantage l’a mis sur la touche, l’ANC exigeant désormais que les personnes inculpées pour de tels faits se mettent en retrait.

Un autre nom refait aussi surface, après une traversée du désert de quelques mois : celui de Zweli Mkhize. Au début du mois, l’ancien ministre de la Santé a ainsi mobilisé le soutien d’une centaine de leaders traditionnels et religieux. Quelques semaines plus tard, l’une des plus grosses branches de l’ANC, dans le KwaZulu-Natal annoçait soutenir sa propable candidature. Mais que pèse politiquement celui qui a été écarté du gouvernement pour des soupçons de corruption en pleine pandémie ? Candidat à la présidence de 2017, il est peu probable qu’il ait les moyens de remonter en selle.

S’IL ÉTAIT RÉÉLU, RAMAPHOSA SERAIT LE CANDIDAT DU PARTI POUR LES ÉLECTIONS GÉNÉRALES DE 2024

À dix mois du congrès, tous les voyants semblent donc au vert pour Cyril Ramaphosa. Sans être encore candidat, il a reçu le soutien de la province du Limpopo, d’où est originaire sa famille. C’est la deuxième région en matière de délégués ANC – et donc d’électeurs – après le KwaZulu-Natal, pro-Zuma. Quelques poids lourds du parti, comme le trésorier général Paul Mashatile, ou le ministre de la Justice, Ronald Lamola, plaident déjà pour qu’il effectue un second mandat.

S’il venait à être réélu à la tête de l’ANC, Cyril Ramaphosa serait alors le candidat du parti pour les élections générales de 2024. Il lui resterait deux ans pour redresser une formation politique qui perd dangereusement du terrain dans les urnes. Pour la première fois depuis 1994, celle-ci a plongé sous la barre des 50 % de suffrages lors des scrutins locaux de novembre 2021. Si Ramaphosa a bien une personne à craindre, c’est l’électeur.

Avec Jeune Afrique par Romain Chanson

Expatriés : que reproche l’Afrique du Sud à Huawei ?

février 14, 2022
Stand de Huawei au Mobile World Congress 2015 de Barcelone. © Kārlis Dambrāns/Flickr/Licence CC

Malgré les discussions entre les deux parties, aucun compromis n’a été trouvé concernant la part de salariés étrangers dans les effectifs (environ 90 % selon le gouvernement sud-africain). L’affaire est désormais devant la justice.

« En raison du non-respect de la politique d’équité en matière d’emploi, le ministère de l’Emploi et du Travail a entamé une procédure au tribunal aujourd’hui, le 11 février 2022, contre Huawei Technologies South Africa », a indiqué dans un communiqué le gouvernement sud-africain.

Selon ce dernier, la législation locale impose un maximum de 40 % de salariés étrangers dans les équipes. Une proportion que la filiale locale du géant chinois de la technologie n’a pas respectée. Dans le détail, les services du ministère de l’Emploi ont recensé de multiples violations de ces règles à plusieurs niveaux du management.

Majorité de non-ressortissants du sommet au bas de la pyramide

Selon son audit des effectifs mené il y a deux ans : 100 % des cinq plus hauts gradés de Huawei Technologies South Africa sont des ressortissants étrangers. Au total, 38 % des membres de la « haute direction » sont également des non-nationaux, soit 27 cadres sur 71.

Au niveau inférieur, celui des « professionnels qualifiés », 87 % des employés sont également étrangers, soit 378 salariés non-nationaux sur 435. Toujours plus bas dans l’échelle, 76 % des 181 employés « ayant des compétences techniques » proviennent de l’extérieur du pays. Et si seulement 1 employé parmi des salariés « semi-qualifiés du point de vue technique » est étranger – le gouvernement ne précise par les effectifs à ce niveau hiérarchique –  « , Huawei prévoit une augmentation à 11 [de ces salariés étrangers] dans les deux prochaines années ».

HUAWEI S’ENGAGE À SE CONFORMER AUX LOIS ET RÉGLEMENTATIONS LOCALES

De fait, pour l’exécutif sud-africain, le non-respect des règles par le groupe chinois, à l’heure actuelle, est aggravé par diverss projets d’augmentation du nombre de salariés étrangers au cours des prochains mois. Ainsi, selon le ministère sud-africain, Huawei prévoit d’accroître de 378 à 405 le nombre de « professionnels qualifiés » venus de l’étrangers dans ses effectifs « au cours des deux prochaines années sans aucune projection d’augmentation pour les groupes désignés [employés sud-africains, ndlr] ».

L’Afrique du Sud fait face à un fort taux de chômage endémique. Ici une vue de Soweto. © Media Club South Africa/Flickr/Licence CC
L’Afrique du Sud fait face à un fort taux de chômage endémique. Ici une vue de Soweto. © Media Club South Africa/Flickr/Licence CC

Recherche d’une solution à l’amiable

À la suite de l’audit de 2020, note l’exécutif sud-africain, « le service juridique de Huawei a contacté le ministère pour tenter de trouver une solution à l’amiable ». La filiale du géant chinois a argué de  l’obtention d’une « autorisation du ministère de l’Intérieur » afin « d’employer le nombre de ressortissants étrangers qu’il emploie ». Pour le ministère du Travail, qui indique avoir collaboré avec celui de l’Intérieur sur ce sujet, Huawei « avait obtenu un permis conformément aux dispositions du règlement sur l’immigration qui exigeait qu’elle emploie 60 % de Sud-Africains et 40 % de ressortissants étrangers ». Par conséquent, le ministère « a décidé de porter cette affaire devant les tribunaux sans plus tarder ».

De son côté, la filiale de Huawei en Afrique du Sud a indiqué, dans un message à l’agence Reuters, qu’elle « s’engageait à poursuivre le dialogue avec le ministère sur notre plan d’équité [dans l’accès au travail]. « Huawei s’engage à se conformer aux lois et réglementations locales », a ajouté le groupe technologique.

L’Afrique du Sud fait face à un taux de chômage endémique particulièrement élevé. Selon les données de l’Organisation mondiale du Travail, il n’a jamais été en-dessous de 20 % de la population active depuis la fin de l’Apartheid en 1994. Entre 2008 et 2020, le taux de chômage dans l’économie la plus industrialisée d’Afrique a grimpé de 22,4 % à 28,74 % de la population. Une situation rendue encore plus difficile par les profondes inégalités économiques comme raciales qui frappent le pays, et qu’a exacerbées la crise du Covid-19.

« Les défis structurels et la faiblesse de la croissance ont sapé les progrès réalisés dans la réduction de la pauvreté, qui a été accentuée par la pandémie de Covid-19. La réalisation de progrès en matière de bien-être des ménages est fortement limitée par la hausse du chômage, qui a atteint un taux sans précédent de 34,4 % au deuxième trimestre de 2021. Le taux de chômage est le plus élevé chez les jeunes âgés de 15 à 24 ans, soit environ 64 % », s’alarmait en octobre dernier la Banque mondiale.

Avec Jeune Afrique par Joël-Lessia Assoko

Afrique du Sud: La famille de Nelson Mandela se déchire à propos d’une vente aux enchères

février 12, 2022

Makaziwe Mandela est accusée d’avoir dérobé plusieurs objets personnels appartenant à son paternel, sans l’autorisation des autres héritiers. La justice est saisie.

Nelson Mandela, ici a Johannesburg en novembre 2000. (Photo d'illustration)
Nelson Mandela, ici à Johannesburg en novembre 2000. (Photo d’illustration)© YOAV LEMMER / AFP

Qu’aurait pensé Madiba de cette division au sein même de son clan ? Après des discordes notamment liées à son testament ou son lieu d’enterrement, un nouveau conflit sème le trouble au sein de la famille de Nelson Mandela. Plusieurs des petits-enfants de l’ancien président sud-africain accusent la fille aînée de ce dernier d’avoir substitué des objets destinés à une vente aux enchères, rapporte Courrier International samedi 12 février. Initialement entreposés au domicile du Prix Nobel de la Paix à Johannesburg, les biens évoqués devaient être confiés à la maison de vente Guernsey’s, afin de lever des fonds pour construire un jardin en la mémoire du défunt. Entretemps, ils auraient été « volés » par Makaziwe Mandela qui les aurait proposés sur le marché sans l’accord des autres héritiers.

L’un des descendants de l’homme politique, Ndaba Mandela, a raconté au Sunday Times que sa tante aurait emporté « le lit, les peintures, les tapis… » dans le courant du mois de mars 2021. Selon ses dires, la suspecte aurait voulu conserver les recettes pour son profit personnel : « Si c’était honnête et désintéressé, pourquoi ne nous en a-t-elle pas parlé  ? Si c’était le cas, nous aurions peut-être voté en famille pour mettre certains objets de mon grand-père en vente. » Une plainte pour des faits de vol a été déposée. Initialement prévue pour le 28 janvier, la vente aux enchères a été annulée.

Une tactique du trust familial ?

Dès novembre 2021, dans un communiqué, l’un des avocats des onze petits-enfants avait averti la maison new-yorkaise Guernsey’s de ces disparitions : « Les membres de la famille affirment que la vente aux enchères propose au moins onze objets de grande valeur, dix sont des chemises iconiques du président Mandela, et son passeport, qui ont été extraits de la maison de Houghton (un des quartiers de Johannesburg, NDLR) dans des circonstances qui posent beaucoup de questions… sans permission. » Pour cette partie de la lignée, cette affaire serait une manœuvre orchestrée par les légataires de la demeure historique en question, qui envisageraient de la vendre.

Avec Le Point