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Afrique du Sud: l’ANC se réunit lundi pour évoquer l’avenir du président

décembre 3, 2022
Afrique du Sud: l'ANC se reunit lundi pour evoquer l'avenir du president
Afrique du Sud: l’ANC se réunit lundi pour évoquer l’avenir du président© AFP/Archives/Phill Magakoe, Phill MAGAKOE

Le Congrès national africain (ANC), au pouvoir en Afrique du Sud depuis la fin de l’apartheid, prévoit de se réunir une nouvelle fois lundi matin pour discuter de l’avenir du président Cyril Ramaphosa, entaché par un scandale.

Le tout-puissant Comité exécutif national (NEC) à la tête du parti s’était déjà très brièvement retrouvé vendredi à Johannesburg, avant d’expliquer à la presse vouloir d’abord examiner de plus près les faits dans l’affaire visant le président.

Il devait se réunir de nouveau dimanche à la mi-journée, avait annoncé le parti dans un communiqué matinal. Cette réunion a finalement été repoussée à lundi matin, ont confirmé à l’AFP plusieurs sources politiques.

Depuis juin, M. Ramaphosa est gêné par le dévoilement d’un cambriolage en février 2020 dans l’une de ses luxueuses propriétés, qui a révélé la présence de 580.000 dollars en liquide camouflés sous les coussins d’un canapé.

Le président, qui a amassé une immense fortune avant de revenir à la politique et qui se passionne pour le bétail, prétend que ces sommes sont liées à la vente de vingt buffles à un homme d’affaire soudanais.

La plainte déposée en juin par un opposant politique n’a pas donné lieu à ce jour à des poursuites, l’enquête de police se poursuit.

Mais une commission parlementaire a estimé mercredi qu’il « a pu commettre » des actes contraires à la loi et la Constitution, ouvrant la voie à une procédure de destitution qui pourrait être votée mardi au Parlement.

Majoritaire au Parlement depuis 1994, l’ANC, un parti plombé par la corruption et une guerre de factions, choisit le chef de l’Etat depuis l’avènement de la démocratie sud-africaine.

Par Le Point avec AFP

Afrique du Sud : l’assassin du militant Chris Hani poignardé, deux jours avant sa libération

novembre 30, 2022

Dans un état « stable », Janusz Walus est détenu depuis 1993 à Pretoria, mais doit bénéficier avant le 1er décembre d’une remise en liberté conditionnelle. Une décision de justice qui a provoqué un tollé.

Chris Hani, leader communiste d’Afrique du Sud assassiné. © PETERS MARK/SIPA.

Il devait être libéré dans les tout prochains jours : l’assassin de la figure de la lutte anti-apartheid Chris Hani, tué en 1993 lors des délicates négociations pour les premières élections démocratiques en Afrique du Sud, a été poignardé en prison ce mardi 29 novembre. « Janusz Walus a été poignardé » au cours de l’après-midi dans la prison de la capitale Pretoria où il était détenu, a déclaré un porte-parole des services pénitentiaires. Dans un état « stable », il reçoit actuellement « les soins nécessaires », a précisé l’administration dans un communiqué. Selon les premières constatations, Janusz Walus a été poignardé par un autre détenu. Une enquête doit être ouverte.

Aujourd’hui âgé de 69 ans, l’immigré polonais lié à l’extrême-droite blanche afrikaner devait être libéré au plus tard jeudi 1er décembre, après avoir passé une trentaine d’années derrière les barreaux. Après plusieurs refus, la Cour constitutionnelle lui a accordé la semaine dernière la liberté conditionnelle.

Plusieurs dizaines de personnes scandalisées par cette décision de justice avaient manifesté le 26 novembre à Johannesburg. Des responsables du Congrès national africain (ANC, au pouvoir) et du Parti communiste sud-africain (SACP), qui avaient appelé au rassemblement, ont clamé devant les médias : « Il a assassiné notre héros. » Une nouvelle manifestation était prévue le 30 novembre.

« Meurtrier non repenti »

Les parlementaires de l’ANC ont promis ce mardi « de renforcer la loi sur la liberté conditionnelle ». « Nous sommes attristés de voir que le meurtrier non repenti du héros de notre lutte va être libéré », a écrit le groupe dans un communiqué.

Des soutiens du South African Communist Party (SACP), lors du 20e anniversaire de l'assassinat de Chris Hani, en 2013. © STEPHANE DE SAKUTIN/AFP.
Des soutiens du South African Communist Party (SACP), lors du 20e anniversaire de l’assassinat de Chris Hani, en 2013. © STEPHANE DE SAKUTIN/AFP.

Leader communiste noir et haut responsable de la branche armée de l’ANC, Chris Hani avait été tué de quatre balles à bout portant dans l’allée de son garage, le 10 avril 1993. Il avait 50 ans. Quelques minutes après les coups de feu à Boksburg, à l’est de Johannesburg, un suspect avait été arrêté : Janusz Walus. Dans sa voiture, la police avait découvert l’arme du crime et sur sa chemise, des traces de sang. Son complice qui a fourni l’arme, Clive Derby-Lewis, avait été arrêté peu après.

À l’époque, de délicates négociations avec le pouvoir blanc en vue des premières élections démocratiques dans le pays étaient en cours. L’assassinat avait exacerbé les tensions raciales et provoqué de violentes émeutes dans les townships d’une Afrique du Sud secouée par les derniers soubresauts du régime raciste. Dans un vibrant discours télévisé, Nelson Mandela avait appelé au calme.

Janusz Walus, silhouette élancée et yeux clairs, avait par la suite été condamné à mort. À l’abolition de la peine capitale, avec l’avènement de la démocratie en 1994, sa peine avait été commuée en réclusion à perpétuité. Il était éligible à la liberté conditionnelle depuis une vingtaine d’années, mais toutes ses demandes avaient été rejetées.

Un « jugement diabolique »

Dans la nuit du 26 au 27 novembre, le mémorial érigé en l’honneur de Chris Hani dans le cimetière de Boksburg, où il est enterré, a par ailleurs été vandalisé. « Un des piliers est gravement endommagé. Un côté s’est effondré et le système d’éclairage a été dérobé », a fait savoir Zweli Dlamini, porte-parole de la ville. Le monument est constitué de quatre colonnes symbolisant les piliers de la lutte contre le pouvoir blanc menée par l’ANC. Le parti s’est dit « profondément attristé par le vandalisme et la profanation » du monument. Une enquête a été ouverte pour vol et vandalisme.

La mort de Chris Hani, au Panthéon des héros de la lutte anti-apartheid, est commémorée chaque année en Afrique du Sud. Sa famille s’est toujours opposée avec véhémence à la remise en liberté de son assassin. Après l’annonce de la libération anticipée de Janusz Walus, la veuve de Chris Hani a dénoncé un « jugement diabolique ».

Le ministère de l’Intérieur a précisé lundi que Janusz Walus a l’obligation de rester sur le territoire sud-africain dans le cadre de sa liberté conditionnelle et n’est pas autorisé à retourner en Pologne compte tenu du « crime odieux commis ».

Par Jeune Afrique (Avec AFP)

Afrique du Sud : la justice veut renvoyer Jacob Zuma en prison

novembre 21, 2022

La libération conditionnelle de l’ex-président sud-africain l’an dernier pour raison de santé est contraire à la loi, a estimé lundi 21 novembre une cour d’appel.

L’ancien président sud-africain Jacob Zuma, le 10 octobre 2022. © JANTILAL / AFP

Jacob Zuma, 80 ans, avait été condamné en juin 2021 pour avoir obstinément refusé de témoigner devant une commission chargée d’enquêter sur la corruption sous sa présidence (2009-2018).

Son incarcération le mois suivant avait déclenché une vague sans précédent de violences et pillages, dans un contexte socio-économique tendu, faisant 350 morts. Deux mois après, il avait été libéré pour raisons de santé et placé sous contrôle judiciaire.

Mais la Cour suprême d’appel « estime que la libération conditionnelle pour raison médicale de M. Zuma était contraire à la loi », dans une décision dont l’AFP a obtenu copie.

Opacité

Le responsable des services pénitentiaires avait accordé la liberté conditionnelle contre l’avis du comité médical de l’institution. Les experts médicaux avaient estimé que Jacob Zuma « ne remplit pas les conditions requises ».

L’état de santé de l’ex-président reste opaque. Selon les multiples rapports médicaux cités dans la décision de la cour d’appel, il souffre de problèmes liés à la pression artérielle, un taux élevé de glycémie ainsi que de lésions graves au côlon.

Le responsable des services pénitentiaires n’était pas fondé à aller à l’encontre de l’avis du comité de médecins, selon la cour d’appel. En conséquence, « M. Zuma, selon la loi, n’a pas fini de purger sa peine. Il doit retourner au centre correctionnel d’Escourt » (KwaZulu-Natal, sud-est).

Conférence de l’ANC

Cette décision intervient alors que les autorités pénitentiaires ont annoncé le mois dernier la fin de peine de Jacob Zuma, qui est apparu en public plusieurs fois, dansant et chantant devant ses partisans.À LIREAfrique du Sud : Jacob Zuma, son livre, son business

Il reste perçu, malgré les scandales, comme le plus grand rival politique de l’actuel président Cyril Ramaphosa. À moins d’un mois de la conférence de l’ANC, échéance cruciale pour l’avenir de Cyril Ramaphosa à la tête du pays, Jacob Zuma a plusieurs fois tenté de le déstabiliser en mettant en doute sa probité.

L’ANC se réunit à partir du 16 décembre pour choisir ou non d’investir Cyril Ramaphosa à un second mandat en 2024. Élu sur la promesse d’éradiquer la corruption, il est gêné par un scandale autour de mystérieuses liasses de billets découvertes lors d’un cambriolage dans l’une de ses propriétés.

Par Jeune Afrique (Avec AFP)

Afrique du Sud : Jacob Zuma accuse Cyril Ramaphosa de trahison et de corruption

octobre 23, 2022

«Trahison », «corrompu » : à l’approche d’un congrès de l’ANC crucial pour la présidentielle de 2024, l’ex-président Jacob Zuma a sévèrement attaqué son successeur Cyril Ramaphosa.

L’ancien président Jacob Zuma, le 4 juin 2021. © Shiraaz Mohamed/AP/SIPA

« Le président est corrompu », « il a commis une trahison », a accusé l’ancien chef de l’État Jacob Zuma samedi 22 octobre dans sa première réaction à des allégations selon lesquelles le président Cyril Ramaphosa serait impliqué dans une obscure affaire de cambriolage.

« Aucun président ne devrait gérer des affaires privées quand il est en fonctions », a poursuivi, lors d’une conférence de presse à Johannesburg, celui qui fut lui-même contraint à la démission en 2018 tant il était englué dans des scandales et accusations de corruption.

Une commission indépendante a été constituée en septembre par le Parlement sud-africain pour enquêter sur cette affaire de cambriolage qui gêne depuis plusieurs mois le président Ramaphosa, accusé de blanchiment et corruption. Les résultats de l’enquête pourraient conduire à un éventuel vote au Parlement pour sa destitution.

Quatre millions de dollars

Cyril Ramaphosa est accusé d’avoir dissimulé à la police et au fisc un cambriolage datant de 2020 dans une de ses propriétés, au cours duquel d’importantes sommes en espèces ont été trouvées, cachées dans du mobilier.

Une enquête a été ouverte après une plainte déposée en juin par l’ancien chef du renseignement sud-africain, Arthur Fraser. Selon ce dernier, des cambrioleurs se sont introduits dans une ferme appartenant au président à Phala Phala, dans le Nord-Est du pays, et y ont dérobé quatre millions de dollars (4,08 millions d’euros) en numéraire.

La plainte accuse Cyril Ramaphosa d’avoir dissimulé à la police le cambriolage et au fisc l’argent trouvé sur place, ainsi que d’avoir organisé l’enlèvement et l’interrogatoire des voleurs, puis de les avoir soudoyés pour qu’ils gardent le silence.

Pression à l’approche du congrès de l’ANC

Cyril Ramaphosa dénonce une manœuvre politique, nie les allégations d’enlèvement et de corruption, remet en cause le montant du vol évoqué et soutient que l’argent provenait de la vente de bétail.

Mais l’affaire met le président dans la tourmente, alors que l’ANC doit prochainement décider de le présenter ou non comme candidat pour un second mandat à la présidentielle de 2024.

Jacob Zuma a déclaré que la conférence de l’ANC en décembre « va devoir traiter de ce cas » et décider si le président peut rester ou pas. « Beaucoup disent que le président a échoué », a-t-il poursuivi.

Un autre ancien chef de l’État, Thabo Mbeki, a aussi déploré la situation de l’ANC avant le congrès de décembre. « Notre président est sous forte pression (…) à propos de l’affaire de la ferme de Phala Phala », a-t-il dit lors d’une réunion distincte à Johannesburg.

L’ancien président Zuma, condamné à quinze mois de prison ferme pour avoir obstinément refusé de répondre à une commission enquêtant sur la corruption, a quant à lui fini de purger sa peine au début du mois. Il a été libéré pour raisons de santé et placé sous contrôle judiciaire.

Samedi, il a qualifié son incarcération « d’illégale » et a fustigé les magistrats. « Le fait est que la plus haute juridiction de ce pays a violé la loi, a-t-il dit. Il faut nous assurer que les juges ne se transforment pas en politiciens. »

L’ancien président, qui doit encore répondre devant la justice d’une affaire de pots-de-vin datant de plus de vingt ans, avait annoncé fin septembre des velléités de retour en politique.

Par Jeune Afrique (Avec AFP)

Elizabeth II : sa complicité avec Mandela révélée

septembre 9, 2022

C’est la Fondation même de Madiba qui l’assure. La reine Elizabeth II et Nelson Mandela s’appelaient par leurs prénoms.

La fondation Mandela a revele a travers des anecdotes la complicite entre le heros de la lutte contre l'apartheid et Elizabeth II. Ici, on les voit en mars 1995 quittant la Cathedrale St-Georges apres un office marquant le Jour des droits de l'homme.
La fondation Mandela a révélé à travers des anecdotes la complicité entre le héros de la lutte contre l’apartheid et Elizabeth II. Ici, on les voit en mars 1995 quittant la Cathedrale St-Georges après un office marquant le Jour des droits de l’homme. © MARTIN KEENE / POOL / AFP

Du vivant de Nelson Mandela, qui avait passé 27 ans en prison avant de devenir le premier président de la jeune démocratie sud-africaine libérée de ses lois racistes, ses échanges avec la reine Elizabeth II étaient empreints de beaucoup de chaleur. C’est ce qui ressort du communiqué, cité par l’AFP, de la Fondation Mandela réagissant à la disparition à 96 ans de celle qui a été le souverain du Royaume-Uni pendant 70 ans. Et de décrire une proximité à travers un privilège rare qui apparaissait lors de leurs échanges.

De savoureuses anecdotes mises au jour…

La Fondation a ainsi indiqué que le héros de la lutte contre l’apartheid et la reine Elizabeth II « se parlaient fréquemment au téléphone, s’appelant par leurs prénoms respectifs en signe de respect mutuel et d’affection ». Et d’ajouter : « De son propre aveu, Nelson Mandela était un anglophile et dans les années qui ont suivi sa libération de prison, il a cultivé un lien proche avec la reine. Lui l’a reçue en Afrique du Sud et lui a rendu visite en Angleterre, ne boudant pas son plaisir à explorer le palais de Buckingham. »

Signe d’une grande complicité selon la Fondation : Madiba avait aussi affublé la reine du surnom « Motlalepula », qui signifie « venue avec la pluie ». Une manière de figer dans le temps et le fait que lors d’une visite d’État en 1995, « Elizabeth était arrivée avec des pluies torrentielles comme on n’en avait pas vu depuis longtemps dans l’ancienne colonie britannique ». Ce fait avait été raconté par Mandela deux ans plus tard lors d’un banquet pour le prince Charles, devenu aujourd’hui roi.

… avec un Mandela plein d’humour

Pendant les dernières années de sa vie, Madiba, nom clanique de Mandela, décédé en 2013 à l’âge de 95 ans, prenait un malin plaisir à « rappeler à ses interlocuteurs britanniques que l’Afrique du Sud s’était débarrassée du joug colonial ». De la même façon, l’ancien président sud-africain, saisissant toute opportunité de joie au soir d’une vie de combats, demandait avec malice à « chaque Britannique ou chaque personne s’étant rendue en Grande-Bretagne : « Et avez-vous pu rencontrer la reine ? » Avant de leur raconter ses propres anecdotes avec elle.

En conclusion de son communiqué, la Fondation Mandela a déclaré se joindre à la multitude de personnes à travers le monde touchées par la disparition de la reine pour dire à celle-ci « hamba kahle », c’est-à-dire « Partez en paix ».

Avec Jeune Afrique

Congo-Incendie de l’avion d’ECAir : les premiers résultats de l’enquête attendus avant le week-end

septembre 7, 2022

Des enquêteurs congolais et sud-africains sont mobilisés pour tenter d’élucider les causes de l’incendie survenu le 5 septembre à l’aéroport de Johannesburg (Afrique du Sud). Le rapport d’enquête devra déterminer le niveau du dégât sur l’aéronef de la compagnie aérienne congolaise et certainement situer les responsabilités.     

L’aéronef d’ECAir en flamme à l’aéroport O.R Tambo(Afrique du Sud)/DR

Selon un communiqué de la compagnie aérienne congolaise, Equatorial Congo Airlines (ECAir), l’appareil endommagé par les flammes est de type B737-300, immatriculé TN-AJX, stationné à l’aéroport O.R Tambo de Johannesburg. En effet, deux aéronefs de la même compagnie sont stationnés en Afrique du Sud depuis plusieurs années officiellement pour des travaux de maintenance.

L’incendie a contraint les autorités sud-africaines à fermer une des pistes de l’aéroport O.R Tambo. Au même moment, une équipe d’incendie et de sauvetage a réussi à maîtriser les flammes. Deux avions non opérationnels, dont celui d’ECAir, ont été touchés, comme l’on peut le voir dans une vidéo qui circule sur les réseaux sociaux.

« L’incendie s’est déclaré à l’aéroport international O.R Tambo de Johannesburg en Afrique du Sud le lundi 5 septembre 2022. Un aéronef appartenant à ECAir, (…), a été touché par les flammes et a subi des dommages matériels. Un rapport d’expert sera commandité dans les tout prochains jours pour déterminer l’étendue des dommages », précise le même communiqué.

Les avions d’ECAir sont cloués au sol depuis le 10 octobre 2016, soit cinq ans après le lancement de la compagnie aérienne. Les quatre aéronefs d’ECAir sont stationnés, dont un à l’aéroport Maya-Maya de Brazzaville, un en Ethiopie et deux autres en Afrique du Sud. De multiples tentatives et annonces du gouvernement n’ont pas permis de faire redécoller les avions d’ECAir. L’Etat congolais a préconisé de coopérer avec de nouveaux partenaires, tel que l’investisseur sud-africain Allegiance capital, afin de pouvoir relancer la compagnie aérienne.  

Lancée en août 2012, avec l’inauguration de son premier vol entre Paris et Brazzaville, la compagnie ECAir faisait la fierté nationale du pays en matière de transport aérien. En février 2014, la compagnie inaugurait une liaison entre Brazzaville et Dubaï. Mais, en raison de ses nombreuses dettes, elle a été contrainte en octobre 2016 de cesser ses activités par l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar.  

Avec Adiac-Congo par Fiacre Kombo

Afrique du Sud : Thabo Mbeki, le tonton flingueur de l’ANC

septembre 1, 2022

L’ancien chef de l’État a passé les derniers mois à critiquer sa famille politique ainsi que le président sud-africain Cyril Ramaphosa.

L’ancien président sud-africain Thabo Mbeki. © Michel Spartari/AFP.

Il est de tous les événements : meetings, conférences, enterrements… L’ancien président Thabo Mbeki, au pouvoir de 1999 à 2008, ne lâche plus le Congrès national africain (ANC). À 80 ans, il n’est pas de ces retraités qui répondent aux invitations pour s’asseoir sur une chaise au dernier rang et piquer du nez en toute discrétion. S’il se déplace, c’est pour délivrer une parole corrosive à l’encontre de son propre parti.

Ainsi, lors des funérailles de Jessie Duarte, secrétaire générale par intérim de l’ANC décédée le 17 juillet dernier, Thabo Mbeki a profité des hommages pour refaire le portrait du parti. Une formation politique qu’il ne s’est pas privé de décrire comme rétive au renouvellement, composée de membres avides de pouvoir et d’enrichissement. Les applaudissements ont été nourris.

Ramaphosa dans le viseur

Qui dit parti présidentiel mal structuré dit pays mal gouverné. « Il n’existe aucun plan national pour résoudre les problèmes de pauvreté, de chômage et d’inégalités. Cela n’existe pas. Si on veut servir le peuple, il faut résoudre ces problèmes », a tancé Thabo Mbeki. À force de remonter la pyramide des responsabilités, son exposé a fini par titiller le chef de l’État. « Quand le camarade Cyril Ramaphosa a prononcé son discours sur l’état de la nation en février, il a dit : “Dans les cent prochains jours, nous devons nous mettre d’accord sur un pacte social pour résoudre ces problèmes.” Mais rien n’a été fait, rien ! » a poursuivi Thabo Mbeki, encouragé par de nouveaux applaudissements.

S’il n’est pas le premier à transgresser la règle tacite qui veut qu’un ancien président ne critique pas son parti, Thabo Mbeki semble aller plus loin. « D’habitude, les gens de l’ANC se gardent bien de livrer des noms, il suffit de deviner, observe William Gumede, président du think tank Democracy Works Foundation (DWF). Ce qui est surprenant, c’est que Mbeki critique nommément Cyril Ramaphosa. Nelson Mandela critiquait lui aussi, mais de manière beaucoup plus large. »

Mbeki et Ramaphosa sont connus pour entretenir une relation cordiale mais distante. Rien à voir avec la rivalité qui les a tous deux opposés à Jacob Zuma. Ce dernier fut le tombeur de Mbeki en 2008, avant d’être lui-même poussé vers la sortie par Ramaphosa en 2018. Thabo Mbeki veut-il à son tour déloger Ramaphosa du sommet de l’État ? C’est la théorie farfelue énoncée par Julius Malema.

Inquiétudes pour les élections de 2024

Le chef du parti des Combattants pour la liberté économique (EFF) adore déstabiliser l’ANC en se mêlant de ce qui ne le regarde pas. « Le président Mbeki ne digère pas d’avoir été forcé à quitter la présidence avant la fin de son mandat, a ainsi affirmé Julis Malema lors d’une conférence de presse. Il y a des soupçons selon lesquels Arthur Fraser coopère avec Mbeki. »

Proche de Jacob Zuma, dont il fut  le responsable des services de renseignement, Arthur Fraser est surtout à l’origine des révélations sur l’affaire Phala Phala, qui fragilise Ramaphosa depuis juin : 600 000 dollars non déclarés (la somme est celle que donne News24) ont été retrouvés dans la ferme du président lors d’un cambriolage. Une enquête est ouverte. Thabo Mbeki, un conspirateur ? L’ancien président rejette « les ragots » qui visent à « aggraver les divisions » au sein de l’ANC.

« Si Mbeki se permet de tels commentaires, cela veut dire que l’ANC fait face à de gros problèmes », analyse William Gumede, de DWF, également auteur de Thabo Mbeki and the Battle for the Soul of the ANC (Zed Books, 2007). La chute sous les 50 % de voix recueillies lors des scrutins locaux de novembre 2021 et les mauvais sondages pour les élections générales de 2024 inquiètent l’ancien président.

Le vieil homme à la barbichette grise détourne alors les éloges funèbres et multiplie les diatribes. Un décès dans les rangs de l’ANC, et l’on craint une nouvelle sortie. Pour l’enterrement de la militante Rita Ndzanga, le 25 août, les ligues féminines l’avaient prié de ne pas s’en prendre au parti. Las, Thabo Mbeki a réitéré ses remontrances tout en ouvrant de nouveaux tiroirs : corruption au sein de l’ANC, ambition aveugle de ses militants et piteux résultats du parti aux dernières élections.

Un technocrate « compétent et non corrompu »

La presse n’a pas manqué de commenter le réveil du vieux sage. « Depuis quelques mois, Mbeki est devenu le visage et la voix la plus importante de l’ANC » (Sunday Times) ; « les vérités prononcées par Mbeki forment le seul matériau viable pour reconstruire l’ANC » (News24) ; « Mbeki est le premier leader à reconnaître les dangers de mort de l’ANC » (The Citizen).

Le parti va si mal que l’on réhabilite un ancien président déchu. « Ils l’associent à l’époque de la croissance économique, quand le président était un technocrate compétent, raisonnable et non corrompu », constate le politologue Daryl Glaser, éditeur de Thabo Mbeki And After, Reflections on the Legacy of Thabo Mbeki (Wits University Press, 2010). Les années Zuma, qui ont suivi, ont été marquées par la corruption de tout l’appareil étatique, de l’administration aux entreprises publiques. Les dégâts provoqués par ces « neuf années gâchées », comme les appelle Cyril Ramaphosa, se font toujours ressentir.

Quant à Ramaphosa, il renvoie l’image d’un président « sans cap, lent et bavard mais qui n’avance pas », déplore William Gumede. « Les gens n’étaient peut-être pas d’accord avec Thabo Mbeki, poursuit-il, mais ils pouvaient compter sur une vraie gouvernance, les choses allaient de l’avant. »

Le spectre des milliers de morts du sida

Mais c’est oublier que l’ancien président n’est pas exempt de tout reproche.  « Il a sa part de responsabilité dans la décrépitude du parti : la politisation des agences de renseignement, la protection des membres du parti ou ses alliés malgré les soupçons de corruption. Une partie de tout cela a eu cours sous son mandat », rappelle Daryl Glaser.

Sans oublier les conséquences de la politique sanitaire de l’ex-chef de l’État en pleine épidémie du sida : Thabo Mbeki niait le lien entre le virus du VIH et la maladie du sida. Il entravait le recours aux traitements antirétroviraux pour soigner les malades. Un chercheur de l’université de Harvard, aux États-Unis, a estimé que 330 000 personnes étaient prématurément mortes du sida en Afrique du Sud entre 2000 et 2005 à cause de la politique de Thabo Mbeki.

Quand il ne critique pas son parti, l’intéressé se consacre à sa fondation et à son projet de librairie présidentielle. Un petit bijou d’architecture, qui doit accueillir à Johannesburg des expositions et des collections, notamment liées à d’anciens leaders du continent. Celui que l’on appelle toujours « Monsieur le président » refuse les sollicitations médiatiques mais cultive son image d’intellectuel panafricain, ouvert sur le monde et au-dessus de la mêlée. Donneur de leçons, aussi.

Avec Jeune Afrique par Romain Chanson – à Johannesburg

Afrique du Sud: une foule immense célèbre le nouveau roi zoulou

août 20, 2022
Afrique du Sud: une foule immense celebre le nouveau roi zoulou
Afrique du Sud: une foule immense célèbre le nouveau roi zoulou© AFP/Rajesh JANTILAL

Une foule immense s’est rendue samedi sur les terres royales en pays zoulou, pour célébrer le couronnement de Misuzulu Zulu, le nouveau roi du « peuple du ciel », souverain traditionnel le plus puissant d’Afrique du Sud mais contesté dans une longue querelle de palais autour du trône.

Dans le pays d’Afrique australe, les souverains et chefs traditionnels sont reconnus par la Constitution. Rois sans pouvoir exécutif, ils exercent une profonde autorité morale et sont respectés de leur peuple.

Misuzulu Zulu, 47 ans, aussi appelé Misuzulu kaZwelithini et dont le prénom signifie « renforcer le peuple zoulou », succède à son père Goodwill Zwelithini, mort l’année dernière après 50 ans de règne. Il a deux épouses et au moins quatre enfants.

Depuis le matin, des guerriers « amaButho », rangés en impressionnantes colonnes hérissées de sagaies et boucliers, ont afflué vers le coquet palais en marbre de KwaKhangelamankengane, à Nongoma, petite ville de la province du KwaZulu-Natal (KZN, sud-est) et berceau de la Nation zouloue.

« C’est un grand jour, nous faisons l’histoire », a dit à l’AFP Bongani Khumalo, 80 ans, qui fait partie des régiments de guerriers chargés de la protection du roi.

Sous un soleil cuisant, ils ont dansé et mimé la guerre durant des heures, arborant des peaux de bêtes, dans l’attente de voir apparaître le roi. L’Afrique du Sud compte 11 millions de Zoulous, soit quasiment un Sud-Africain sur cinq, la plus grande ethnie du pays.

Les femmes sont venues en tenues traditionnelles, des jupes plissées et des ceintures en perles pour certaines. D’autres se sont drapées de tissus à l’effigie du souverain avec l’inscription « Bayede », « Saluez le roi » en langue zouloue.

Peuple légendaire

Des jeunes filles dansent les seins nus. Chacune à leur tour, elles entrent dans le cercle au rythme de chants de célébration, lèvent la jambe haut avant de faire résonner leurs semelles dans la poussière.

Des poètes du roi déambulent dans la foule, contant la légende du peuple guerrier et les qualités du nouveau souverain.

Le couronnement traditionnel a eu lieu la nuit dernière, dans le plus grand secret. Juste après minuit, le souverain est entré dans « l’enclos à bétail » du palais, sorte de temple de la Nation zouloue où les hommes, en cercle restreint, communiquent avec les ancêtres. Seule une poignée de personne sait ce qu’il s’y est alors passé.

« Aujourd’hui le roi sera reconnu par toute la Nation zouloue », a martelé à l’AFP sa soeur, la princesse Ntandoyesizwe Zulu, 46 ans, feignant d’ignorer la dispute qui empoisonne le palais depuis plus d’un an.

La première épouse du défunt roi et son clan contestent la légitimité de Misuzulu Zulu, né de la favorite du roi et troisième femme. Un recours de dernière minute samedi, pour tenter d’empêcher le couronnement, a échoué.

Soudain, dans un bruissement, le souverain apparaît enfin: vêtu d’un spectaculaire costume de plumes noires serré à la taille par une ceinture, une lance et un bouclier à la main, Misuzulu Zulu rejoint les guerriers. Dans des chants lancinants entonnés à voix basse, ceux-ci lui promettent protection et loyauté.

« Nous avons notre roi ! », a lancé Sinenhlanhla Msweli, 29 ans, dans la foule.

Plus tard, le souverain a déclaré devant son peuple réuni: « La Nation zouloue entame aujourd’hui un nouveau chapitre. Je promets de travailler à l’unir ».

Le roi, qui doit être formellement reconnu par le président Cyril Ramaphosa lors d’une cérémonie dans les prochains mois, hérite du trône mais aussi de terres. Il jouit de près de 30.000 km2, environ la superficie de la Belgique, gérées par un trust dont il est le seul administrateur.

Connu pour mener un train de vie fastueux, son père recevait également environ 75.000 euros annuels de l’Etat pour son usage personnel et un budget de 4,2 millions d’euros par an pour le fonctionnement du royaume, selon un barème du gouvernement.

Afrique du Sud : le massacre de Marikana, une tache indélébile pour Cyril Ramaphosa

août 16, 2022

Le meurtre de 34 grévistes par la police nationale, le 16 août 2012, continue de poursuivre le président sud-africain, qui siégeait à l’époque au conseil d’administration de Lonmin, l’entreprise propriétaire de la mine.

Des policiers sud-africains autour des corps de mineurs tués lors de la grève, le 16 août 2012 à Marikana. © AP/SIPA

« Cyril Ramaphosa le sanguinaire. » Le parti des Combattants pour la liberté économique (EFF) ne fait pas dans la dentelle quand il s’agit d’impliquer le chef de l’État dans le massacre de Marikana. Le deuxième parti d’opposition sud-africain l’accuse d’être responsable de la mort des 34 mineurs qui faisaient grève pour demander une augmentation de salaire le 16 août 2012. Celui qui n’était alors qu’un homme d’affaires occupait le poste de directeur non-exécutif de l’entreprise Lonmin (devenue Sibanye-Stillwater), l’une des plus grosses mines de platine au monde, dans la province du North West. Au total, 44 personnes ont perdu la vie lors de ce mouvement social.

Odieux criminels

La commission d’enquête Farlam n’a pas inquiété Cyril Ramaphosa. En revanche, elle a révélé comment il aurait usé de sa position au sein du Comité national exécutif (NEC) du parti au pouvoir, le Congrès national africain (ANC), pour influer sur le cours de la grève. Dans un e-mail envoyé au responsable commercial de la mine, la veille de la tuerie, Cyril Ramaphosa qualifiait les grévistes « d’odieux criminels » devant être traités comme tels. Il demandait que des actions soient menées et expliquait en avoir parlé aux ministres de la Police et des Ressources minérales.

Depuis ces révélations, et malgré les excuses de Ramaphosa concédant avoir utilisé un langage inapproprié, les EFF ne lâchent plus le président. La formation politique, qui vient de fêter ses 9 ans, avait été lancée par Julius Malema en 2013 à Marikana. Deux ans plus tard, Malema déposait plainte dans un commissariat de Marikana contre Cyril Ramaphosa, contre l’ancien ministre de la Police, Nathi Mthethwa, et contre les chefs de la police sud-africaine pour leur rôle supposé dans le massacre. Les EFF alimentent également un fonds de soutien aux veuves des mineurs.À LIREAfrique du Sud : Julius Malema, en guerre et contre tous

Ces femmes, Cyril Ramaphosa ne les a jamais rencontrées malgré sa promesse. « Les précédentes tentatives ont échoué à cause de problèmes logistiques – certaines familles de victimes ayant déménagé – et à cause du manque de soutien de certains acteurs clés », fait savoir Vincent Magwenya, le porte-parole de la présidence. Ce dixième anniversaire ne sera donc pas l’occasion d’un retour à Marikana. Cyril Ramaphosa se déplace au sommet de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) en RDC. Son absence ne surprend pas Joseph Mathunjwa, à la tête du syndicat des mineurs et des ouvriers de la construction (AMCU), majoritaire dans les mines de platine. « Sa conscience lui pèse », pense-t-il.

Loin des yeux mais près du cœur, rebondit la présidence. « Le président se souviendra toujours de ces événements tragiques […] comme l’un des moments les plus tristes de l’ère post-démocratique et comme une malédiction pour l’histoire contemporaine de l’Afrique du Sud », relaie Vincent Magwenya. Le massacre de Marikana est souvent comparé à celui de Sharpeville, le 21 mars 1960, quand la police du régime raciste de l’apartheid tirait sur la foule et tuait 69 personnes. Une mise en parallèle destinée à souligner les échecs de l’avènement de la démocratie en 1994.

« C’est malheureux qu’un tel événement ait pu se produire sous le gouvernement démocratique d’un ancien mouvement de libération », abonde Nono Maloyi, fraîchement élu président de l’ANC dans la province du North West. Pour autant, il ne prendra part à aucune commémoration aujourd’hui. Nono Maloyi explique que le week-end électoral a été éreintant et que le nouveau bureau n’est pas encore entré en fonction. « À l’époque, l’actuel secrétaire provincial de l’ANC était très impliqué […]. Il a rencontré les familles, les veuves, ce que nous continuerons à faire », insiste Nono Maloyi pour dissiper tout soupçon d’indifférence.

Impunité

Malgré la réticence de Cyril Ramaphosa à rencontrer les veuves, malgré la révélation d’e-mails le dépeignant en homme d’affaires antisocial ou son rôle présumé dans la réponse policière conduisant au massacre des mineurs, la tragédie de Marikana n’a pas eu de conséquences sur sa carrière politique. Au contraire, puisque quatre mois après la tragédie, Cyril Ramaphosa était élu vice-président de l’ANC en décembre 2012, puis vice-président de la République en 2014 avant de prendre la tête du pays en 2018.

Le sentiment d’impunité qui entoure les cadres de l’ANC ne sera pas démenti par Marikana. L’impopulaire Nathi Mthethwa est désormais ministre de la Culture et des Sports. Il avait pourtant accepté d’être tenu pour responsable devant la commission d’enquête. Susan Shabangu, ancienne ministre des Ressources minérales, deviendra ministre du Développement social sous Ramaphosa.

L’ANC A PROFITÉ DU SANG DES MINEURS

« Ceux qui sont au pouvoir, au gouvernement et à l’ANC ont profité du sang des mineurs », condamne le sociologue Luke Sinwell. Il pointe ainsi le poids du secteur minier dans l’enrichissement personnel de Cyril Ramaphosa et le soutien de certains syndicats pour faire élire les représentants de l’ANC. « L’ANC a joué un rôle dans le meurtre de mineurs, qui les ont pourtant aidés à prendre le pouvoir. Le tout, sans en subir les conséquences », dénonce le coauteur de Marikana : A View from the Mountain and a Case to Answer, publié en 2012.

Double jeu

Dans ce livre collectif, les chercheurs mettent en évidence le double jeu du Syndicat national des mineurs (NUM). Avant de passer de l’autre côté de la barrière et de faire fortune grâce à ses investissements dans les mines, Cyril Ramaphosa fut le premier secrétaire national du NUM en 1982. Allié de l’ANC, négociateur privilégié par les dirigeants de Lonmin, le NUM suscitait la colère des mineurs de Marikana. Lors d’une marche de milliers de grévistes vers les bureaux du NUM, cinq jours avant le massacre, des syndicalistes ont tiré sur les manifestants. Cet accès de violence aurait poussé les mineurs à se défendre et à défiler armés, notamment de machettes, engendrant une réponse policière plus violente. Les forces de l’ordre étaient équipées d’armes automatiques pour contenir un mouvement social.

À la suite du drame de Marikana, l’influence du NUM a fondu au profit du syndicat adverse et non affilié au gouvernement, l’AMCU. C’est peut-être la seule conséquence politique notable du massacre. « Ce qui s’est passé en août 2012 a été instrumentalisé par des politiciens mécontents pour exister politiquement au détriment des 44 mineurs tués et de leurs familles, nous écrit Luphert Chilwane, porte-parole du NUM. En tant que syndicat responsable, nous décourageons quiconque veut politiser cet événement malheureux. »

« Rôle toxique »

Ses camarades ne l’entendent pas de la même oreille. En 2015, 349 mineurs ont porté plainte contre Cyril Ramaphosa, Sibanye-Stillwater (ex-Lonmin) et le gouvernement pour essayer d’obtenir 600 millions d’euros de dédommagement. Ils sont représentés par Dali Mpofu, avocat et membre des EFF. Dans un jugement rendu au début du mois de juillet, la Haute Cour de Johannesburg a rejeté les soupçons de collusion entre Ramaphosa, le gouvernement et la police. En revanche, la Cour n’a pas écarté les soupçons d’influence exercée par Ramaphosa sur l’autorité policière. Les plaignants pourraient vouloir s’engouffrer dans la brèche. Les EFF se sont félicités d’un « petit mais significatif pas dans la bonne direction » pour dévoiler  « le rôle toxique » joué par le président dans la mort des mineurs.

Avec Jeune Afrique par Romain Chanson – à Johannesburg

Blinken en Afrique du Sud, en RDC et au Rwanda pour contrecarrer l’influence russe

août 7, 2022

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken a atterri ce dimanche 7 août à Johannesburg, avant de se rendre à Kinshasa et à Kigali, selon le ministère sud-africain des Affaires étrangères.

Le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, à l’ambassade américaine de Nairobi, au Kenya, le 18 novembre 2021. © Andrew Harnik/AP/SIPA

La visite du secrétaire d’État américain intervient peu après la tournée africaine du ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, en juillet. Depuis le début de l’invasion russe en Ukraine le 24 février, l’Afrique du Sud a adopté une position neutre dans le conflit, refusant de se joindre aux appels occidentaux à condamner Moscou.

Ce lundi 8 août, Antony Blinken doit s’entretenir avec la cheffe de la diplomatie sud-africaine, Naledi Pandor, et faire des annonces concernant la nouvelle stratégie africaine du gouvernement américain. Les discussions « aborderont les développements récents et en cours concernant la situation géopolitique mondiale », a précisé Pretoria dans un communiqué.

Antony Blinken aura pour but de montrer « aux pays africains qu’ils ont un rôle géostratégique essentiel et sont des alliés cruciaux sur les questions les plus brûlantes de notre époque, de la promotion d’un système international ouvert et stable à la lutte contre les effets du changement climatique, l’insécurité alimentaire et les pandémies mondiales », avait indiqué fin juillet le département d’État américain.

Tournée africaine diplomatique

Après Johannesburg, Antony Blinken doit se rendre en République démocratique du Congo, puis au Rwanda, qui connaît un regain de tensions avec son voisin congolais qui l’accuse de soutenir les rebelles du « Mouvement du 23 mars » (M23), ce que Kigali dément.

Il s’agit du deuxième déplacement du secrétaire d’État américain en Afrique subsaharienne depuis sa prise de fonctions. L’année dernière, il s’était rendu au Kenya, au Nigeria et au Sénégal.

Avant l’invasion russe de l’Ukraine, la diplomatie américaine en Afrique se concentrait surtout sur la compétition avec la Chine, qui a fait d’importants investissements dans les infrastructures sur le continent africain et qui, à l’inverse des États-Unis, l’a fait sans demander de contrepartie aux États sur la démocratie ou les droits humains.

Jeune Afrique avec AFP