Posts Tagged ‘Agressions’

Canada: Six personnes allèguent avoir été agressées sexuellement par un ancien agent de la GRC

juillet 4, 2022
Graeme Willson et Bon Callan, adolescents, dans deux photos côte à côte.

Graeme Willson, à gauche, et Bon Callan, à droite, lorsqu’ils étaient adolescents. Tous deux allèguent avoir été agressés sexuellement, à l’époque, par l’ancien agent de la GRC Don Cooke. Photo : Famille de Graeme Willson/Famille de Bob Callan

Quatre hommes et deux femmes allèguent qu’un ancien agent de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), Don Cooke, les a agressés sexuellement lorsqu’ils étaient adolescents, en Colombie-Britannique et à Terre-Neuve. Don Cooke, aujourd’hui âgé de 64 ans, nie ces allégations. Il a fait l’objet d’une enquête criminelle concernant certaines d’entre elles, mais n’a fait face à aucune accusation. Trois poursuites civiles sont toujours en cours contre Don Cooke et la GRC.

Avertissement : Des détails et témoignages contenus dans ce texte peuvent être éprouvants pour certains lecteurs.

Les allégations s’échelonnent sur plusieurs années. Sur une période d’environ 15 ans, plusieurs victimes alléguées se sont manifestées auprès de CBC/Radio-Canada pour s’exprimer à ce sujet.

Graeme Willson a été le premier à raconter son histoire en 2007. Même si certaines de ses pensées étaient alors confuses, son souvenir central semblait net : il a affirmé avoir été agressé sexuellement à plusieurs reprises par un agent de la GRC en service alors qu’il était adolescent à Abbotsford, en Colombie-Britannique, en 1982.

J’ai été agressé, victimisé et harcelé à plusieurs reprises par l’agent Don Cooke, avait-il alors déclaré.

Il décrivait l’agent de la GRC comme un policier qui utilise son autorité pour manipuler […] et détruire les gens.

Graeme Willson avait souligné que sa famille et lui avaient signalé les agressions alléguées à la GRC en 1982, mais qu’ils avaient eu l’impression de ne pas avoir été crus. Depuis lors, sa vie était un véritable gâchis, avait-il dénoncé.

Graeme Willson s'exprime lors d'une entrevue.

Graeme Willson lors de son entrevue avec CBC, en 2007. Photo : Radio-Canada

Lors de son entrevue avec CBC, Graeme Willson a aussi rapporté que le service de police d’Abbotsford lui avait confié qu’il enquêtait sur des allégations similaires faites contre Don Cooke par plusieurs autres hommes.

Quand j’ai entendu [qu’il pouvait y en avoir d’autres], ça m’a fait pleurer, avait révélé Graeme Willson.

Selon lui, ce service de police lui a indiqué que les autres victimes présumées étaient des adolescents qui faisaient partie d’une équipe de hockey mineur locale dont Don Cooke était l’entraîneur, à peu près à la même époque que lors de ses propres allégations.

Les allégations de Graeme Willson n’ont jamais été prouvées.

Ni la police d’Abbotsford ni la GRC n’ont répondu aux demandes de commentaires de CBC/Radio-Canada au sujet de ces allégations.

Don Cooke a poursuivi la GRC

Don Cooke, à présent à la retraite, a fait l’objet d’une enquête criminelle sur les allégations d’agression sexuelle des membres de l’équipe de hockey qu’il entraînait. En 2009, le procureur de la Couronne de la Colombie-Britannique a toutefois décidé de ne pas porter d’accusations. Les raisons qui ont motivé sa décision n’ont pas été rendues publiques.

La police d’Abbotsford n’a pas, non plus, rendu publics les détails de son enquête.

Don Cooke a décliné la demande d’entrevue de CBC/Radio-Canada.

Dans un courriel, son avocat avance qu’une enquête approfondie des allégations a été menée par la police et que le procureur de la Couronne a confirmé par écrit qu’aucune accusation ne serait portée et que la police et le procureur de la Couronne fermaient leur dossier.

En 2010, Don Cooke a intenté une poursuite contre la GRC au sujet de l’enquête sur les plaintes déposées contre lui. Il y attestait que les allégations n’étaient pas fondées et que l’enquête elle-même avait révélé son homosexualité au sein de la GRC, qu’il a qualifiée d’ homophobe. Par conséquent, il ne pouvait plus travailler en tant qu’agent de la GRC, avait-il déclaré. Don Cooke avait affirmé qu’il avait souffert de dépression et de crises de panique, à la suite de cet épisode.

Un agent de la GRC ouvre une cellule de prison.

L’agent de la GRC d’Abbotsford Don Cooke visite les nouvelles installations de la police sur le chemin Marshall en 1984. Photo : Dave Paller/Abbotsford News/The Reach

Dans sa déclaration, il a également maintenu que l’un des joueurs de hockey était amer et en colère parce qu’il l’avait suspendu de l’équipe. Quant à Graeme Willson, il était peu fiable, selon Don Cooke, parce qu’il avait déjà échoué à un test au détecteur de mensonges.

La poursuite a été réglée de façon privée.

Par ailleurs, la police d’Abbotsford a déclaré qu’elle n’avait aucune trace de la plainte déposée par la famille de Graeme Willson en 1982.

En 2005, Graeme Willson a même intenté une poursuite contre Don Cooke, mais l’a abandonnée lorsque ce dernier n’a pas été inculpé. Aigri par le fait que ses allégations ne semblaient pas être crues, Graeme Willson s’est éloigné de ses amis et de sa famille et a rompu le contact avec son avocat.

Il a été retrouvé mort en 2017 dans un campement de sans-abri de la Colombie-Britannique. Il a été déterminé qu’il avait fait une surdose au fentanyl.

Trois poursuites civiles contre Don Cooke et la GRC toujours en cours

En 2012, l’un des anciens joueurs de hockey, Bob Callan, a intenté une poursuite au civil contre Don Cooke et la GRC.

Bob Callan, aujourd’hui âgé de 53 ans, allègue que des agressions sexuelles se sont produites à l’aréna d’Abbotsford, dans les douches de l’équipe, dans le véhicule privé de Don Cooke et dans le sous-sol de la maison qu’il partageait avec un autre membre de la GRC.

C’est un prédateur, il profite des gens, il utilise son pouvoir en tant que roi de la montagne, selon Bob Callan.

Il raconte qu’il ne s’est jamais plaint à l’époque parce que Don Cooke l’a menacé. On m’a dit qu’en raison de sa position, de ses connaissances des méthodes de la police, je serais tué, je disparaîtrais, a-t-il expliqué.

Bon Callan dans un aréna à Abbotsford, en Colombie-Britannique.

Bob Callan, maintenant âgé de 53 ans, allègue qu’il a été agressé sexuellement à l’adolescence par Don Cooke, qui était son entraîneur de hockey mineur à l’époque. Photo : Radio-Canada/Dave Rae

Peu après le dépôt de la poursuite de Bob Callan, un autre homme d’Abbotsford, Tom Thiessen, a déposé sa propre plainte au civil contre Don Cooke et la GRC.

Maintenant âgé de 55 ans, Tom Thiessen allègue qu’à l’âge de 14 ans, il a été maintenu au sol et essentiellement violé.

C’est très écoeurant, a-t-il lancé.

Tom Thiessen raconte qu’il a rencontré l’agent Don Cooke lors d’un contrôle routier, alors qu’il se promenait avec son nouveau vélo.

J’en étais si fier, et il m’a dit la même chose, qu’il venait d’avoir un nouveau vélo et que peut-être, un jour, nous pourrions faire une promenade, a-t-il affirmé.

De multiples balades dans la voiture de patrouille de la GRC de Don Cooke et des visites au domicile de ce dernier ont suivi, selon Tom Thiessen. Ensuite, les visites ont débouché sur des combats de lutte impromptus, puis sur des attouchements occasionnels et enfin, sur une agression sexuelle, d’après lui.

J’étais juste effrayé par tout ce qui se passait , a-t-il déclaré.

Tom Thiessen allègue que Don Cooke l’a agressé à plusieurs reprises alors qu’il était en service, notamment dans le champ d’un fermier près de la maison familiale, toujours dans sa voiture de police.

En 2019, dans la foulée des poursuites intentées par Bob Callan et Tom Thiessen, un autre ancien joueur de hockey, coéquipier de Bob Callan, s’est joint à eux.

Travis Piers a déposé une poursuite distincte contre Don Cooke et la GRC, alléguant que de 1982 à 1985, il a été agressé sexuellement à de nombreuses occasions par Donald Cooke.

La GRC est en pourparlers avec les parties civiles

Cette année, deux femmes de Terre-Neuve allèguent que Don Cooke a entretenu des relations sexuelles malveillantes avec chacune d’entre elles lorsqu’elles étaient adolescentes, à partir de 1986. Ce dernier y avait été transféré après son séjour en Colombie-Britannique.

CBC/Radio-Canada a accepté de ne pas identifier les deux femmes, car elles craignaient d’être stigmatisées dans la petite communauté où elles ont vécu.

L’une d’entre elles a affirmé avoir été terrifiée par Don Cooke, qui l’aurait, selon elle, enfermée dans une cellule de détention de la GRC.

Les deux femmes ont appris l’existence des poursuites civiles en cours contre Don Cooke et la GRC en Colombie-Britannique par hasard, lors d’une recherche sur le Web, et ont communiqué avec les hommes qui les ont intentées. Elles ont, depuis, fourni des déclarations destinées à appuyer les allégations des hommes.

Toutes deux ont affirmé qu’elles avaient gardé le silence pendant des décennies parce qu’elles avaient honte de ce qui s’était passé et parce qu’elles pensaient être les seules.

La GRC et les trois hommes responsables des poursuites ont entamé des pourparlers qui pourraient mener à un règlement. S’ils parviennent à un accord, les détails seront probablement gardés privés en vertu d’une entente de non-divulgation, une pratique courante dans de tels cas.

Tom Thiessen se dit enragé de la façon dont tout s’est déroulé.

Ça me met très en colère que personne n’ait écouté, qu’il soit toujours [libre]. […] Tout le monde doit payer et le système ne l’a pas arrêté quand il aurait dû le faire, déplore-t-il.

Bob Callan est également en colère, mais il est aussi déterminé à poursuivre le processus civil. Il admet cependant avoir de la difficulté, parfois, à se détacher de ces souvenirs.

On pense tellement à la façon dont on aurait dû s’en sortir, ou à ce qu’on aurait pu faire différemment. Pourquoi on s’est retrouvé dans cette position, vous savez, pour être si vulnérable, témoigne-t-il.

Il s’exprime maintenant pour que d’autres puissent connaître cette histoire et, espère-t-il, en tirer des leçons.

Radio-Canada d’après un reportage de Paul Hunter

Sexisme, menaces, agressions… La dure vie politique des députés africaines

décembre 5, 2021
Manifestation contre les violences faites aux femmes à Johannesburg, en septembre 2019 © REUTERS/Marius Bosch

Sur le continent, de plus en plus de femmes parviennent à se faire une place sur la scène politique. Mais elles y sont la cible de nombreuses discriminations et même de violences.

« Au moment de l’attribution des postes de responsabilité à l’Assemblée, témoigne une élue, un collègue de mon parti m’a bousculée et a menacé de me frapper. » « On a essayé de m’enlever, des coups de feu ont visé ma voiture. Il y a eu un mort », affirme une candidate à propos de sa campagne électorale. D’autres encore évoquent des menaces via les réseaux sociaux – « On m’a menacée en disant qu’on avait une sextape de moi » – ou par des biais plus traditionnels – « J’ai reçu un message d’un marabout à qui l’on avait demandé de m’éliminer ».

Scènes de violence ordinaire d’une vie politique africaine trop souvent marquée par la brutalité ? Possible. Mais ce qui ressort des témoignages, c’est aussi que les agressions, qu’elles soient physiques ou verbales, directes ou plus insidieuses, touchent particulièrement les femmes engagées dans la vie politique.

« Au lit et à la cuisine »

« Pendant longtemps, les hommes du parti ont essayé d’imposer le fait qu’une femme doive coucher avec eux pour pouvoir être candidate », résume l’une d’elles. « J’ai été attaquée à mon domicile. Je suis allée voir un officier de police. Il m’a promis son aide en échange de faveurs sexuelles », poursuit une deuxième tandis qu’une autre indique que « [son] mari est devenu violent et [elle] a commencé à [la] frapper lorsque [elle a] été élue à l’Assemblée. »

MON ADVERSAIRE ME TRAITE DE PROSTITUÉE, IL RACONTE QUE JE COUCHE AVEC N’IMPORTE QUI

« On m’attaque parce que je suis célibataire, mon adversaire me traite de prostituée, il raconte que je couche avec n’importe qui », renchérit une autre élue, alors qu’une collègue résume le discours tenu par nombre de ses voisins de banc à l’Assemblée : « Vous les femmes, votre place est au lit et à la cuisine. »

En matière de représentation politique des femmes, l’Afrique n’est pourtant pas la plus mal lotie. Le pourcentage d’élues siégeant dans les parlements du continent est passé, depuis le début du siècle, d’un peu moins de 10 % à plus de 20 %, grâce parfois à des lois introduisant des quotas obligatoires. L’exemple le plus connu reste le Rwanda, où plus de 60 % des députés sont des femmes, mais quelques autres pays approchent progressivement de la parité et on recense aussi des présidentes de parlements, des ministres en nombre croissant et occupant de plus en plus de postes régaliens ainsi que des dirigeantes de gouvernement.

C’est un progrès, mais est-ce assez ? L’accession équitable de personnes des deux sexes aux fonctions politiques règle-t-elle l’ensemble des problèmes, compense-t-elle toutes les discriminations que les femmes peuvent encore subir ?

Violences physiques et économiques

Pas si l’on en croit l’étude publiée récemment par l’Union interparlementaire (UIP), institution basée en Suisse et qui réunit des représentant de 179 parlements nationaux. De juin 2020 à juin 2021, elle a interrogé, avec l’appui de l’Union parlementaire africaine, 137 femmes siégeant dans les parlements de 50 pays africains et 87 y travaillant comme fonctionnaires, afin de dresser un état des lieux des formes de discrimination qu’elles rencontrent dans leur activité, d’en mesurer la fréquence et d’élaborer des solutions.

CELA VA DES PROPOS SEXISTES JUSQU’À DES AFFAIRES DE HARCÈLEMENT ET DE VIOL, DES MENACES DE MORT

La palette des problèmes rencontrés est large, explique Martin Chungong, le secrétaire général de l’UIP : « Cela va commencer par des propos sexistes relativement anodins que la plupart des hommes vont juger tout à fait normaux, mais ça va aussi jusqu’à des affaires de harcèlement et de viol. Des menaces de mort. » Quant à la proportion de femmes se disant victime de telles pratiques, elle n’a rien d’anecdotique : 80 % assurent avoir subi des violences psychologiques, 67 % des remarques ou comportements sexistes, 46 % ont été victimes d’attaques en ligne.

42 % ont en outre fait l’objet de menaces de mort, de viol, ou d’enlèvement les visant elles-mêmes ou leurs proches. 39 % évoquent intimidations ou harcèlement. Enfin, 39 % affirment avoir subi des violences sexuelles, 23 % des violences physiques et 29 % des violences économiques, c’est-à-dire des pressions les empêchant d’exercer leur mandat ou de mener leur campagne en les privant d’aides financières auxquelles elles avaient droit.

Des formes de violences très variées, qui s’exercent à n’importe quel moment de la vie politique des élues interrogées, et en n’importe quel lieu. « Les agressions peuvent venir des membres du parlement, survenir lors des meetings, quand les femmes viennent d’être élues… », égrène Nkhensani Kate Bilankulu, députée sud-africaine issue des rangs de l’ANC, qui dirige le Multi-Party Women’s Caucus, au Cap.

Un problème mondial

« Dans les réunions ou dans l’hémicycle, on a en théorie le même temps de parole que les hommes. Mais si on ne se lève pas pour demander la parole, personne ne nous la donne, complète la députée béninoise Mariama Baba Moussa Soumanou. Parfois aussi, les journalistes se retirent avant qu’on parle. Pendant la campagne, l’équipe d’un candidat est venue au dernier moment tenir une réunion exactement à l’endroit où mes partisans avaient préparé un meeting. On a préféré aller ailleurs… Les hommes ne tolèrent pas qu’on soit en concurrence avec eux. »

À discuter avec les femmes élues, d’un bout à l’autre du continent, on se fait vite l’image d’une vie politique africaine particulièrement violente, d’une corporation excessivement misogyne où rôdent machos décomplexés et prédateurs sexuels à l’affût. Erreur d’analyse, corrigent les témoins interrogés : l’UIP a mené le même type d’enquêtes au niveau mondial, puis européen, en 2016 et 2018, posant les mêmes questions aux élues et obtenant des résultats extrêmement comparables. Les parlementaires européennes sont même plus nombreuses que leurs consœurs africaines à se dire victimes de violences psychologiques (85 %) et 25 % d’entre elles évoquent des violences physiques.

La patronne des députées sud-africaines ne se dit « pas surprise » par la similarité des chiffres observés d’un continent à l’autre : « Nos sœurs ont des problèmes dans le monde entier. D’ailleurs, je pense que les chiffres réels sont encore plus élevés car beaucoup n’osent pas se signaler. » Le sujet des violences que subissent les femmes engagées en politique a d’ailleurs fait l’objet, en 2018, d’une étude de la Rapporteuse spéciale des Nations unies en charge de ces questions, l’universitaire croate Dubravka Šimonović.

« En Afrique les femmes sont victimes de discrimination dans la société en général. Elles n’ont pas le droit de prendre la parole en public, surtout devant des hommes, souligne  Oumo Sanogo, membre du parlement malien. Mais les chiffres sont presque les mêmes partout dans le monde donc ce n’est pas qu’une question de culture locale. »

39 % de victimes de violences sexuelles

« Dans l’ensemble, les niveaux sont les mêmes, confirme Martin Chungong. La principale spécificité africaine, c’est l’ampleur des violences physiques – 40 % des femmes interrogées en ont été victimes, contre 17 % en Europe – mais je pense que c’est lié au fait que plusieurs pays sont en situation de crise, de conflit… Vous retrouvez alors au parlement des représentants de groupes qui étaient en conflit sur le terrain et ces oppositions se transportent dans l’hémicycle. Sans compter les raisons religieuses, culturelles… »

BEAUCOUP DISENT : LES FEMMES, IL FAUT QU’ON LES VOIT MAIS QU’ELLES NE S’EXPRIMENT PAS

Selon les femmes ayant témoigné, les violences sexuelles sont sensiblement plus fréquentes en Afrique (39 %) qu’en Europe (25 %) et au dessus de la moyenne mondiale (22 %). Martin Chungong tente prudemment d’analyser le phénomène : « Souvent, et sans vouloir sombrer dans le cliché ou être condescendant, les hommes africains veulent renvoyer une image de force et ça doit se traduire à tous les niveaux. Tous les moyens sont bons. Beaucoup disent : les femmes, il faut qu’on les voit mais qu’elles ne s’expriment pas. »

Le sujet est d’autant plus délicat que beaucoup de victimes d’agression sexuelle préfèrent ne pas se manifester. La honte, comme souvent, les pousse à rester muettes, confirme la Béninoise Mariama Baba Moussa Soumanou : « Quand une femme dit qu’un homme l’a attaquée, on va lui dire qu’elle l’a provoqué. Quant à parler de viol… c’est très difficile, socialement. Une femme qui dit “on m’a violée” peut en pâtir toute sa vie. » Le problème est même décuplé dans le milieu politique, où une femme qui déclare avoir été agressée va souvent se voir répondre que « de toute façon », elle est arrivée au poste qu’elle occupe en jouant de ses charmes voire, plus crûment, en couchant avec le chef de son parti…

« Elle n’a pas le niveau »

À ce préjugé vient fréquemment s’en ajouter un autre, présent chez beaucoup d’hommes mais aussi chez certaines femmes : celui d’être illégitime, de ne pas posséder les compétences requises pour occuper des fonctions politiques et, donc, de « voler » les postes aux hommes, qui à l’inverse sont a priori supposés compétents et « naturellement supérieurs ».

« Ce sont des choses qu’on entend lors de réunions et qui nous visent mais sans avoir l’air de nous être destinées directement : “vous n’avez pas le niveau”, “vous réagissez avec vos émotions”…, confirme Mariama Baba Moussa Soumanou. La question du niveau intellectuel revient toujours quand il faut nommer une femme à un poste, mais jamais à propos des hommes ! Quand il y a des postes à pourvoir aussi c’est difficile, il y a lutte pour le pouvoir et pour beaucoup, la lutte c’est pour les hommes. Intellectuellement, on est pourtant aussi bien pourvues qu’eux, mais ces arguments reviennent toujours et créent un malaise. La politique reste considérée comme un milieu d’hommes. On entend : elle n’a pas le niveau, ou c’est une femme légère… »

CERTAINES DISENT “ON VA SE BATTRE”, MAIS C’EST UNE MINORITÉ. LA PLUPART TROUVENT ÇA INVIVABLE

« Les femmes sont aussi considérées comme insuffisamment productives, ajoute Oumo Sanogo. Si leur enfant tombe malade elles ne vont pas travailler, même chose si elles tombent enceintes… » « Tout ça est fait avant tout pour les décourager, soupire le secrétaire général de l’UIP. Certaines disent “on va se battre”, mais c’est une minorité. La plupart trouvent ça invivable. »

Les attaques sont souvent encore plus marquées lorsque les élues sont célibataires ou veuves, défenseuses des droits des minorités, membres de l’opposition, ce qui amène l’UIP à évoquer des « discriminations croisées » rendant le quotidien de certaines représentantes parfois insupportable. La question de l’incompétence supposée des femmes est d’ailleurs instrumentalisée à tous les niveaux, souligne Martin Chungong : « Parfois nous interpellons les autorités de certains pays sur le manque de parité et on nous répond : “qu’est-ce qu’on peut faire, il y a trop peu de femmes à qui on peut confier des responsabilités ?” »

Quotas et lieux d’écoute

Le plus triste, témoignent certaines élues, c’est que les agressions viennent souvent de collègues parlementaires que les victimes côtoient au quotidien (dans 49 % des cas), et même de camarades du même mouvement politique (41 %). « On a pourtant milité ensemble, mené les mêmes campagnes, on est tous là par la volonté du peuple », souligne avec amertume Oumo Sanogo.

LA TUNISIE, LA SIERRA LEONE, L’OUGANDA, LE BURKINA FASO, LE RWANDA, L’AFRIQUE DU SUD ET LA ZAMBIE S’ATTAQUENT AU PROBLÈME

Une part croissante des hommes occupant des fonctions politiques semble toutefois avoir identifié le problème et, dans plusieurs pays, la législation évolue, des mesures sont prises. Réservation d’une proportion de sièges ou de circonscriptions aux femmes, lutte plus active contre les discriminations ou les actes et propos sexistes, mise en place d’instances permettant aux victimes d’être entendues, parfois de façon anonyme… La situation évolue. La Tunisie, la Sierra Leone, l’Ouganda, le Burkina Faso, le Rwanda, l’Afrique du Sud et la Zambie ont ainsi choisi de s’attaquer au problème et adopté des règles protégeant mieux les femmes victimes de violences sexistes, qu’elles soient ou non des responsables politiques.

Pour Oumo Sanogo, la création de lieux permettant de déposer plainte est sans doute la première priorité mais il y en a d’autres : « Il faut des lieux d’écoute. Les quotas sont aussi une bonne chose : au Mali, les femmes sont plus nombreuses que les hommes donc il faut les encourager à intégrer les instances de décision. Après tout, ce sont elles qui subissent les conséquences des décisions que les hommes prennent à leur place ! »

Mais le problème des violences et du harcèlement que subissent les femmes politiques du continent ne se résoudra qu’avec une évolution des mentalités. Chantier long et ambitieux, conclut la Sud-Africaine Nkhensani Kate Bilankulu : « Il faut éduquer les gens, ça prendra du temps. Il faut expliquer l’impact négatif que ces violences ont sur nos enfants, sur nos sociétés, sur nos pays… Dans beaucoup de familles, les enfants grandissent dans une atmosphère de domination des hommes qui peut être abusive, brutale… Ce sera difficile de changer ça. Et ce sera long. Mais c’est impératif. »

Avec Jeune Afrique par Olivier Marbot

Inde: des victimes d’attaques à l’acide à un défilé de haute couture

novembre 25, 2017

Reshma Bano Qureshi, 20 ans, survivante indienne d’une attaque à l’acide et modèle lors d’un défilé à New Delhi, le 25 novembre 2017. / © AFP / DOMINIQUE FAGET

Neuf femmes défigurées par de l’acide ont défilé samedi soir lors du premier événement de haute couture réservé aux survivantes du fléau que représente ce type d’agressions en Inde.

Ces femmes, presque toutes victimes de leurs maris ou d’un parent proche, ont défilé dans des robes réalisées par les meilleurs designers indiens, comme Rohit Bal, Ranna Gill et Archana Kochhar. Aucune n’a couvert son visage.

« J’étais très nerveuse », a déclaré Meena Khatoon après son aventure sur le podium. Mais cette mère d’un jeune fils, originaire de New Delhi, qui a été attaquée par son ex-mari, a insisté sur le fait qu’elle avait quelque chose à prouver.

« Les gens détournaient souvent le regard quand je sortais dans la rue. Ils changeaient de direction quand ils me voyaient. Je devais faire face à beaucoup de problèmes », a-t-elle reconnu à l’AFP.

« Mais un jour je me suis dit, si c’est comme ça que tu vois les choses, ainsi soit-il. Je dois construire ma vie, je veux que mon fils fasse des études et je dois le soutenir ». Meena Khatoon dirige maintenant sa propre petite entreprise de réparation de téléphones portables.

Elle a été aidée par Make Love Not Scars, qui organisait le défilé samedi. L’ONG aide les survivantes à reconstruire leur vie et, dans de nombreux cas, leur visage.

– des milliers de cas –

L’ONG a notamment aidé Reshma Bano Qureshi, 20 ans, qui est apparue l’année dernière à la fashion week de New York et qui est en train d’écrire un livre.

La jeune femme, agressée il y a trois ans par son beau-frère, qui pensait jeter de l’acide sur sa femme, craignait également de quitter sa maison pour affronter les regards.

« J’avais peur que ça se reproduise. J’étais mal à l’aise avec la réaction des gens dans la rue ».

« Les gens diraient ‘qu’est-ce qu’il t’est arrivé?’, ‘personne ne t’épousera’ ou ‘avec un visage déformé tu n’es pas belle’, mais je suis fière de moi et j’ai confiance en ce que je suis. Je veux que les gens sachent que le visage n’est pas ce qui te rend beau, c’est ton coeur ».

Des centaines d’attaques à l’acide sont signalées chaque année en Inde, mais Tania Singh, vice-présidente de Make Love Not Scars, croit qu’il s’agit plutôt de milliers d’attaques.

Selon elle, les gouvernements locaux ne rapportent pas tous les cas. De plus, certaines femmes meurent avant qu’une enquête criminelle ne soit lancée et certaines choisissent de rester avec des familles violentes.

« Nous avons eu un cas où une femme a été attaquée trois fois par son mari mais continue à vivre avec lui ».

L’hôtel Lalit, où le défilé de mode se tenait, a fourni une chambre à une femme attaquée il y a deux semaines et qui attend de l’aide.

Pour Tania Singh, le défilé était un très bon moyen pour que les survivantes reprennent confiance en elles.

Au début, beaucoup de femmes refusent d’enlever leur voile quand elles vont à Make Love Not Scars.

« Elles disent ‘nous ne pouvons pas le faire, nous sommes vraiment laides’ et nous leur disons que ce n’est pas vrai, vous n’êtes pas laides, c’est la société qui est laide. »

Le défilé de mode est « l’occasion de réaliser qu’elles méritent la reconnaissance, l’amour et leur place dans la société. Maintenant, elles peuvent retourner dans la rue et dire au monde qu’elles n’ont pas à cacher leur visage et leurs cicatrices. C’est au monde de changer sa façon de penser.  »

Romandie.com avec(©AFP / 25 novembre 2017 21h18)                

Agressions au couteau en Allemagne: l’auteur présumé interpellé

octobre 21, 2017

Des policiers près du site où un homme a blessé huit personnes à coups de couteau, le 21 octobre 2017 à Munich en Allemagne / © AFP / Andreas Gebert

Un homme a blessé légèrement 8 personnes à coups de couteau samedi à Munich en Allemagne en les attaquant au hasard dans la rue avant d’être interpellé, a indiqué la police, qui exclut toute piste terroriste.

L’auteur présumé, âgé de 33 ans et déjà connu des forces de l’ordre pour des faits de violence et de vol, semble souffrir de « troubles psychiques », a indiqué lors d’une conférence de presse le directeur de la police de Munich, Hubertus Andrä, ajoutant que tout danger était désormais écarté.

« Il n’y a plus de doute que la personne interpellée » en fin de matinée, environ trois heures après les agressions, « est bien l’auteur des faits », a-t-il ajouté.

L’homme est resté jusqu’ici muet devant les policiers et son mobile reste inconnu.

Mais en l’état actuel de l’enquête, l’affaire semble relever du droit commun. « Absolument aucun élément » ne plaide en faveur d’un acte terroriste, politique ou religieux, a insisté le chef de la police.

Au total, l’homme a blessé avec son couteau huit personnes frappées au hasard dans la rue et qui présentent de « légères blessures » : un enfant de 12 ans, six hommes et une femme, a précisé M. Andrä.

Six des victimes sont de nationalité allemande, une autre est italienne et la dernière roumaine.

Elles ont pour la plupart subi des coupures superficielles et une d’elles a été frappée, selon la police.

Décrit comme corpulent, le suspect a agressé ses victimes en six endroits distincts dans un secteur situé à l’est du centre-ville de Munich. Il roulait alors à vélo, portant un sac à dos avec à l’intérieur un tapis de sol isolant pour le camping.

Repéré finalement après une opération de police de grande ampleur par les forces de l’ordre à quelques kilomètres des lieux des attaques, il a d’abord tenté de fuir, avant de se laisser interpeller sans opposer de résistance.

Les agressions ont eu lieu vers 06H30 GMT dans les environs de la Rosenheimer Platz.

Pendant quelques heures, avant l’arrestation, un vent de panique a commencé à souffler à Munich et la police a appelé les habitants à rester chez eux.

La capitale de Bavière, dans le sud du pays, a été le théâtre en juillet 2016 d’une tuerie provoquée par un adolescent germano-iranien déséquilibré qui avait tué neuf personnes dans un centre commercial avant de se suicider.

Romandie.com avec(©AFP / 21 octobre 2017 15h42)