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BAD : un plan à 1 milliard de dollars pour se passer du blé russe

mars 18, 2022

Cette enveloppe permettrait d’éviter des pénuries alimentaires en Afrique, en permettant le développement du secteur agricole, selon la banque panafricaine.

La Banque africaine de développement (BAD) a annoncé une levée de fonds d’1 milliard de dollars pour aider 40 millions d’agriculteurs africains à utiliser des technologies résistantes au climat et à augmenter leur production de variétés de blé tolérantes à la chaleur, a annoncé Akinwumi Adesina, le 15 mars. Plus que le pan technologique, cette nouvelle stratégie visant à développer le secteur agricole africain s’inscrit surtout dans un contexte tendu avec la guerre entre l’Ukraine et la Russie.

100 millions de tonnes d’aliments

Les sanctions imposées à la Russie ont bouleversé les exportations de céréales, augmentant le risque d’une crise alimentaire de grande ampleur, sachant que 30 % du blé consommé en Afrique provient d’Ukraine et Russie. Les exportations de biens de consommation russes vers l’Afrique subsaharienne représentaient 1,75 milliards de dollars en 2019, soit 50% des ventes de la fédération vers la sous-région selon les statistiques de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC).

« Nous allons redoubler nos efforts pour mobiliser cet argent », a affirmé Akinwumi Adesina. « S’il y a un moment où nous devons vraiment augmenter de façon drastique la production alimentaire en Afrique, pour la sécurité alimentaire de l’Afrique et pour atténuer l’impact de cette crise alimentaire découlant de cette guerre, c’est maintenant. »

LES EXPORTATIONS DE BIENS DE CONSOMMATION RUSSES VERS L’AFRIQUE SUBSAHARIENNE REPRÉSENTAIENT 50% DES VENTES DE LA FÉDÉRATION VERS LA SOUS-RÉGION

Dans les grandes lignes, ce plan de la Banque panafricaine vise à augmenter la production de cultures comme le blé, le riz et le soja pour atteindre un objectif de 100 millions de tonnes d’aliments, de quoi nourrir 200 millions d’Africains.

Véritable pilier de l’économie africaine, en contribuant à 23% du PIB et 49% des emplois, le secteur de l’agriculture avait déjà été fortement touché par le Covid-19. Une enquête de Heifer International révélait en août 2021 que 40 % des organisations agricoles ont été contraintes de fermer temporairement leurs portes en raison de la pandémie, que 38 % d’entre elles ont connu une réduction du montant moyen des achats par client et que 36 % ne disposent toujours pas du capital financier nécessaire pour relancer leur activité.

Manque d’accès

L’enquête révèle également l’appétit grandissant des entrepreneurs pour l’agritech. Et cela via l’utilisation de l’intelligence artificielle, la télédétection, les logiciels d’information géographique (SIG), la réalité virtuelle, la technologie des drones, la technologie des interfaces de programmation d’applications (API) et divers outils de précision pour mesurer les précipitations, lutter contre les parasites et analyser les nutriments du sol.

LES JEUNES SONT LA CLÉ DE LA REVITALISATION DU SYSTÈME ALIMENTAIRE AFRICAIN

Un secteur plein essor, avec des startups agritech qui ont levé près de 60 millions de dollars en 2020, un chiffre qui représente 8,6 % des investissements obtenu par les startups du continent l’année dernière, selon le rapport d’Africa Tech Start-up. Mais ces outils ont encore un coût élevé pour les petits exploitants qui manquent encore de moyens financiers et d’accès aux formations.

« En tant que continent dont la population jeune est florissante, le secteur agricole africain doit fournir les investissements dans les innovations agritech qui encourageront les jeunes à se lancer dans des entreprises liées à l’agriculture, car ils sont la clé de la revitalisation du système alimentaire africain », a déclaré Adesuwa Ifedi, vice-présidente senior pour les programmes Afrique chez Heifer International.

Avec Jeune Jeune Afrique

Chlordécone: les cancers de la prostate reconnus comme maladie professionnelle

décembre 22, 2021
Chlordecone: les cancers de la prostate reconnus comme maladie professionnelle
Chlordécone: les cancers de la prostate reconnus comme maladie professionnelle© AFP/Archives/Christophe ARCHAMBAULT

Les cancers de la prostate liés à l’exposition au chlordécone, un pesticide largement utilisé pendant des décennies aux Antilles, sont désormais reconnus comme maladie professionnelle, selon un décret publié mercredi au Journal officiel.

« C’était une décision attendue, particulièrement aux Antilles », a mis en avant le ministère de l’Agriculture, dans un communiqué mercredi matin.

Le chlordécone, pesticide interdit en France en 1990, a continué à être autorisé dans les champs de bananes des Antilles par dérogation ministérielle jusqu’en 1993, infiltrant les sols pour des centaines d’années, alors que sa toxicité et son caractère persistant dans l’environnement étaient connus depuis les années 1960.

Plus de 90 % de la population adulte en Guadeloupe et Martinique est contaminée par le chlordécone, selon Santé publique France, et les populations antillaises présentent un taux d’incidence du cancer de la prostate parmi les plus élevés au monde.

Des élus des Antilles ont qualifié le décret « d’avancée (…) encore incomplète ». « L’empoisonnement à la chlordécone n’est pas seulement le fait des professionnels de la banane, mais de l’ensemble des populations », a déploré auprès de l’AFP le maire écologiste de Pointe-à-Pitre, Harry Durimel.

Olivier Serva, député de la majorité et président de la délégation Outre-mer à l’Assemblée nationale, a qualifié le décret « d’insatisfaisant » au regard des dispositions nécessaires pour bénéficier de l’indemnisation, qui entretiennent selon lui « le flou » sur les personnes éligibles ».

« Il y a une multitude de cancers ?du sang, du côlon – qu’on a découvert chez un bon millier d’ouvriers agricoles et d’ayant droits », a réagi auprès de l’AFP Yvon Sérénus, président du collectif des ouvriers empoisonnés par les pesticides, qui demandent qu’ils soient aussi reconnus « maladies professionnelles ».

Le décret publié permet de créer un « tableau des maladies professionnelles relatif au cancer de la prostate provoqué par les pesticides », déterminant les conditions de prise en charge ainsi que la liste des travaux susceptibles de provoquer cette pathologie en milieu agricole.

« Le terme +pesticides+ se rapporte aux produits à usages agricoles et aux produits destinés à l’entretien des espaces verts (produits phytosanitaires ou produits phytopharmaceutiques) ainsi qu’aux biocides et aux antiparasitaires vétérinaires, qu’ils soient autorisés ou non au moment de la demande », selon le texte.

Les travaux exposant habituellement aux pesticides sont effectués « lors de la manipulation ou l’emploi de ces produits, par contact ou par inhalation », « par contact avec les cultures, les surfaces, les animaux traités ou lors de l’entretien des machines destinées à l’application des pesticides », est-il précisé.

Cette mesure, destinée à faciliter l’indemnisation des victimes, s’inscrit dans une série d’actions menées par l’Etat dans ce dossier extrêmement sensible depuis des années aux Antilles et qualifié de « scandale environnemental » par le président Emmanuel Macron.

1.000 à 19.000 euros par an

La publication de ce décret avait été annoncée à l’automne par le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie. Il ouvre aux agriculteurs concernés l’accès à un fonds créé en 2020 et destiné à indemniser les personnes atteintes de maladies liées aux pesticides.

Dans le détail, tous les exploitants ou salariés agricoles pourront demander ce statut à deux conditions: qu’ils aient travaillé pendant au moins dix ans au contact du chlordécone, et que moins de quarante ans se soient écoulés entre leur dernière exposition et le diagnostic de cancer de la prostate.

Ce sont les « durées généralement admises pour ce type de cancer », avait expliqué récemment le ministère de l’Agriculture. Les personnes exposées moins de dix ans pourront tout de même faire une demande au niveau d’une commission régionale, avait-il précisé.

« Les personnes éligibles peuvent dès à présent se rapprocher de leurs caisses de sécurité sociale (…) pour déposer une demande d’indemnisation », indique mercredi matin le ministère de l’Agriculture.

Il précise qu’aux Antilles, le plan chlordécone IV – quatrième plan destiné à lutter contre les conséquences de cet insecticide, pour la période 2021-2027 – « prévoit un dispositif d’accompagnement spécifique des personnes concernées » qui « s’appuiera sur les associations présentes localement, dont notamment Phyto-Victimes et France Asso Santé Martinique, les centres communaux d’action sociale et les caisses générales de sécurité sociale ».

Le gouvernement s’est abstenu d’estimer combien de personnes pourraient être concernées par ces indemnisations. Il ne s’est pas non plus avancé sur le montant total.

Par Le Point avec AFP

COP26 : pourquoi il faut aider les agriculteurs africains à s’adapter au changement climatique

novembre 4, 2021
Irrigation des champs à Karsome, au Togo. © GODONG/BSIP via AFP

Les décisions prises lors de la COP26 seront d’une importance capitale pour la sécurité alimentaire en Afrique. Elles doivent en priorité financer des solutions pour ses exploitants agricoles et ses éleveurs.

Avec ses 1,2 milliard d’habitants, l’Afrique subsaharienne est une région dont la rapide croissance démographique impose de relever nombre de défis pour parvenir à une certaine sécurité alimentaire. Une vraie gageure, car ces défis ont été considérablement complexifiés par la pandémie de Covid-19. À long terme cependant, le dérèglement climatique devrait devenir le plus grand obstacle en la matière. Et les mesures qui seront prises lors de la Conférence sur les changements climatiques de Glasgow (COP26) seront décisives : elles détermineront la capacité du continent à s’adapter.

Concrètement, les dirigeants mondiaux doivent adopter un plan de financement de la lutte contre le dérèglement climatique prévoyant d’importants investissements destinés à aider les petits exploitants agricoles et les éleveurs africains. En effet, les systèmes alimentaires du continent reposent sur de petits producteurs, qui génèrent des emplois et des revenus pour la majorité des Africains. Cependant, un nombre croissant de fléaux comme la sécheresse et les invasions de criquets pèlerins qui menacent actuellement de famine 2,1 millions de Kenyans les ont particulièrement affecté. Au cours des soixante dernières années, le dérèglement climatique a réduit la production agricole mondiale de 21 %. Dans de vastes régions d’Afrique, les pertes dépassent 40 %. Et selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la pandémie de Covid-19 aggrave la situation.

LA RÉDUCTION DES ÉMISSIONS DE GAZ À EFFET DE SERRE N’AIDERA PAS LES AGRICULTEURS AFRICAINS

Innovations agricoles

Au début de l’année, les dirigeants africains ont approuvé une stratégie de relance en cas de pandémie fondée sur la mobilisation de 25 milliards de dollars sur cinq ans et mettant surtout l’accent sur l’amélioration de la résilience des petits producteurs agricoles et éleveurs. Un objectif soutenu à la fois par Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies, et Janet Yellen, secrétaire américaine au Trésor. Mais les pays africains ne peuvent et ne devraient pas relever seuls les défis climatiques. Comme le rappelle Janet Yellen, « l’Afrique  [est la région qui ] a le moins contribué au dérèglement climatique, mais elle en subit les pires effets ». Exemple concret : l’Afrique ne représente qu’environ 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Aujourd’hui, au moins trois quarts des financements environnementaux sont consacrés à des mesures de réduction de ces émissions. Mais, même mises en œuvre immédiatement, celles-ci ne stopperont pas la plupart des changements qui affectent déjà les agriculteurs africains et qui devraient s’intensifier au cours des prochaines décennies. Le secrétaire général de l’ONU a donc appelé les pays du G7, ainsi que les institutions comme la Banque mondiale, à augmenter de 20 à 50 %  la part allouée à l’adaptation au changement climatique et à la résilience.

Les investissements devraient en priorité être affectés aux innovations agricoles pour les communautés de petits exploitants. Les avancées scientifiques et technologiques doivent ainsi permettre de fournir aux agriculteurs des prévisions climatiques saisonnières ainsi que des conseils techniques et d’effectuer un suivi des maladies qui affectent les cultures et sont susceptibles d’être aggravées par le dérèglement climatique, comme celles qui menacent le manioc en Afrique de l’Ouest et la production de blé en Éthiopie. Les données démontrent que de tels services peuvent aider les agriculteurs à augmenter durablement leur productivité de 30 % et les revenus des ménages de 25 %.

LES COMMUNAUTÉS VULNÉRABLES DEVRAIENT AVOIR VOIX AU CHAPITRE LORS DE L’ÉLABORATION DES SOLUTIONS

Impliquer les acteurs locaux

Le Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (GCRAI) est un acteur essentiel dans ce domaine. Ces dernières décennies, il a développé des partenariats solides avec des agriculteurs et des centres nationaux de recherche agricole à travers l’Afrique. Grâce à ses avancées pratiques en Afrique – développement de centaines de variétés améliorées de haricots, soutien à une production alimentaire écologique et durable –, chaque dollar investi dans le GCRAI a généré 10 dollars de bénéfices pour les pays à faible revenu.

Ce partenaire sera particulièrement précieux pour la mise en œuvre globale de l’Initiative d’adaptation africaine. C’est pourquoi la Commission mondiale sur l’adaptation a appelé à doubler le budget du GCRAI dans le cadre d’un plan à plus large portée visant à soutenir ce processus auprès des communautés vulnérables à travers le monde. Des éleveurs pastoraux vivant sur les terres arides de la Corne de l’Afrique depuis des milliers d’années aux agriculteurs du Sahel collaborant avec des chercheurs pour créer leurs propres villages intelligents, les acteurs et dirigeants locaux ont l’expérience et les connaissances nécessaires pour développer des stratégies efficaces. Celles-ci devraient avoir voix au chapitre lors de l’élaboration des solutions d’adaptation aux nouvelles donnes environnementales.

Le dérèglement climatique exerce une pression énorme sur les agriculteurs africains. Pourtant, il existe de nombreuses façons de les aider à s’adapter et de s’assurer qu’ils demeurent des partenaires solides dans la mise en œuvre de l’agenda du Sommet des Nations unies sur les systèmes alimentaires en Afrique. C’est pourquoi les décisions prises lors de cette COP26 seront d’une importance capitale. Seules des mesures permettant de rééquilibrer les priorités financières mondiales sont de nature à favoriser l’adaptation des agriculteurs africains au changement climatique avant qu’il ne soit trop tard.

Rodger Voorhies

Avec Jeune Afrique par Rodger Voorhies

Président de la Global Growth & Opportunity à la Fondation Bill & Melinda Gates

Wanjira Mathai

Avec Jeune Afrique par Wanjira Mathai

Vice-président et directeur régional pour l’Afrique au World Resources Institute

Canada: Canicule et sécheresse, les agriculteurs de l’Ouest en payent le prix

juin 30, 2021

La canicule qui sévit en ce moment sur une bonne partie de l’Amérique du Nord aura vraisemblablement des conséquences sur les récoltes et le portefeuille des agriculteurs.

Les conditions climatiques actuelles permettent également aux populations d'insectes de croître. (archives)

© Rob Kruk/Radio-Canada Les conditions climatiques actuelles permettent également aux populations d’insectes de croître. (archives)

La chaleur et la sécheresse sont source de danger pour les plants de blé et de canola. Ce qui survivra jusqu’à la récolte vaudra ainsi davantage, poussant même les prix à de nouveaux sommets.

Mardi, les contrats pour le blé printanier (ainsi nommé puisqu’on le plante au printemps et le récolte au cours de l’été) s’échangeaient à 8,34 dollars américains le boisseau à la bourse des grains de Minneapolis. Il s’agit du prix le plus élevé depuis 2013.

La valeur du boisseau de blé printanier a augmenté de 10 % au cours de la semaine.

Les conditions caniculaires que l’on vit actuellement peuvent diminuer la qualité et la quantité des récoltes.

Aux États-Unis, seuls 20 % des récoltes de blé printanier sont actuellement considérées comme étant de bonne ou d’excellente qualité, selon le département américain de l’Agriculture.

À titre comparatif, ce pourcentage s’élevait à 70 % au même moment l’année dernière.

Des récoltes de canola en danger

La situation n’est guère meilleure en ce qui concerne le canola.

Stephen Vandervalk, un agriculteur de la région de Calgary, croit que cette année sera la pire récolte de l’histoire».

Selon lui, la situation du canola est encore pire que celle du blé, surtout en comparaison avec l’année dernière qui fut excellente.

La chaleur et la sécheresse font monter les prix ici aussi : la tonne métrique de canola se vendait 800 dollars lundi, un sommet depuis 1982.

Stephen Vandervalk estime qu’il ne pourra récolter que 70 000 boisseaux cette année alors que ce nombre s’élève habituellement à 300 000.

Malgré tout, il se considère comme étant chanceux : il croit que certains agriculteurs d’autres régions feront face à des récoltes encore pires que la sienne. Ils ne pourront même pas récolter.»

Pour aggraver la situation, la canicule permet aux insectes de prospérer.

Avec une telle chaleur et une telle sécheresse, les insectes sont déchaînés explique Stephen Vandervalk. Avec dame Nature, lorsque ça va mal, ça va vraiment mal.»

Avec CBC/Radio-Canada avec les informations de Pete Evans