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Afrique du Sud: les funérailles de Kathrada virent au meeting anti-Zuma

mars 29, 2017

 

Le corps d’Ahmed Kathrada, héros anti-apartheid, est mis en terre dans le cimetière de Westpark, le 29 mars 2017 à Johannesburg / © AFP / MUJAHID SAFODIEN

Les funérailles du héros de la lutte anti-apartheid Ahmed Kathrada ont tourné mercredi en manifestation de défiance envers le président sud-africain Jacob Zuma, nouvel épisode des tensions qui déchirent le Congrès national africain (ANC) au pouvoir.

Chargé de prononcer l’éloge funèbre, l’ancien chef de l’Etat Kgalema Motlanthe, qui a assuré quelques mois en 2009 l’intérim entre Thabo Mbeki et Jacob Zuma, a profité de l’occasion pour livrer une charge aussi sévère qu’inattendue pour l’occasion contre son successeur, interdit de cérémonie par la famille du défunt.

 Compagnon de cellule, ami et confident de Nelson Mandela, figure historique de l’ANC, Ahmed Kathrada, décédé mardi à l’âge de 87 ans, avait publiquement pris la plume l’an dernier pour réclamer la démission de Jacob Zuma, mis en cause dans une litanie de scandales de corruption.

« Il serait déloyal de rendre hommage à la vie du camarade Kathrada et de prétendre qu’il n’était pas profondément perturbé par la faillite politique actuelle », a déclaré M. Motlanthe devant la foule réunie dans le cimetière de Westpark à Johannesburg.

Il a ensuite lu des morceaux choisis d’une lettre ouverte à M. Zuma, publiée par le défunt.

« Face à des critiques, condamnations et exigences aussi larges et persistantes, serait-ce trop que d’exprimer l’espoir que vous preniez la bonne décision en envisageant de démissionner ? », s’est plu à lire l’ancien président.

Le vétéran de la lutte anti-apartheid Ahmed Kathrada pose à côté d’une photo de lui avec Nelson Mandela, le 16 juillet 2012 chez lui à Johannesburg, en Afrique du Sud / © AFP/Archives / STEPHANE DE SAKUTIN

La lecture de ce passage a suscité une longue salve d’applaudissements de l’assistance, debout. « Dégage Zuma », a alors hurlé un homme, aussitôt repris par d’autres.

Dès l’annonce de sa mort tôt mardi matin, toute l’Afrique du Sud a rendu un hommage ému, unanime et dithyrambique à celui que l’on surnommait « Oncle Kathy », emprisonné avec Nelson Mandela à la prison de Robben Island.

Au pouvoir depuis 1994, l’ANC a déploré la disparition d’un « chef dont le service à son pays restera gravé à tout jamais » et souligné qu’il n’avait « jamais abandonné ou tourné le dos à l’ANC ».

M. Zuma s’est contenté plus sobrement de présenter ses condoléances à la famille et de dire sa « profonde tristesse ».

– Privé d’obsèques –

Le cercueil d’Ahmed Kathrada, héros anti-apartheid et compagnon de cellule de Nelson Mandela, lors de ses funérailles, le 29 mars 2017 à Houghton, en Afrique du Sud / © AFP / MUJAHID SAFODIEN

Et mercredi matin, ses services ont confirmé qu’il « ne participera pas aux funérailles et à l’hommage (national), conformément aux souhaits de la famille » Kathrada.

Emmené par le vice-président Cyril Ramaphosa, la quasi-totalité du gouvernement a assisté aux obsèques de « Oncle Kathy ».

Humiliation suprême pour le chef de l’Etat, son ministre des Finances et principal rival au sein du gouvernement, Pravin Gordhan, a été acclamé par les parents et amis de M. Kathrada.

« Que vous soyez encore ou plus ministre dans les jours et semaines qui viennent, vous restez fidèle à des valeurs et des principes dont Ahmed Kathrada serait fier », lui a lancé le patron de la fondation du défunt, Neeshan Balton.

En tournée de promotion au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, M. Gordhan a été sommé lundi par M. Zuma de rentrer toutes affaires cessantes en Afrique du Sud, sans autre explication.

Le président sud-africain Jacob Zumaavant un discours au Parlement sur l’Etat de la Nation, le 9 février 2017 au Cap / © POOL/AFP/Archives / RODGER BOSCH

Ce rappel a été interprété comme le prélude à un remaniement ministériel imminent et à un limogeage du ministre.

Depuis des semaines, les partisans du président au sein de l’ANC exigent le renvoi de Pravin Gordhan, qui s’oppose publiquement à M. Zuma sur la bonne gestion des deniers publics.

La perspective d’un départ de M. Gordhan inquiète les investisseurs. Depuis lundi, le rand sud-africain a perdu près de 6% de sa valeur par rapport au dollar et à l’euro.

Déjà ministre des Finances entre 2009 et 2014, Pravin Gordhan avait été rappelé en urgence à ce poste en décembre 2015 pour calmer la panique qui s’était emparée des marchés financiers à la nomination d’un inconnu à la tête du Trésor.

Au pouvoir depuis la fin officielle de l’apartheid en 1994, l’ANC de feu Nelson Mandela se déchire depuis des mois autour de la succession de M. Zuma, qui doit quitter la présidence à la fin de son second mandat après les élections générales de 2019.

Romandie.com avec(©AFP / 29 mars 2017 16h57

Afrique du Sud: Ahmed Kathrada, héros de la lutte contre l’apartheid, est mort

mars 28, 2017

Ahmed Kathrada et Nelson Mandela, le 2 mars 1999 au Parlement sud-africain, au cap.

Ahmed Kathrada et Nelson Mandela, le 2 mars 1999 au Parlement sud-africain, au cap. Crédits photo : © Mike Hutchings / Reuters/REUTERS

L’une des figures de la lutte anti-apartheid en Afrique du Sud, compagnon de lutte de Nelson Mandela, est décédée mardi à 87 ans.

Il est parti comme il avait vécu, dans une digne discrétion. Ahmed Kathrada, vétéran de la lutte contre l’apartheid et compagnon de route de Nelson Mandela, est mort, mardi à 87 ans. Cette disparition, qui tourne un peu plus les pages de l’histoire de l’Afrique du Sud, a suscité un flot d’hommages pour un homme qui semble ne s’être jamais trompé de combat.

«C’était un révolutionnaire déterminé qui a voué sa vie entière au combat pour la liberté dans notre pays», a réagi un camarade d’armes, Derek Hanekom. L’ex-archevêque du Cap, Desmond Tutu, l’un des dernières figures de cette période historique, a salué la mémoire «d’un homme d’une gentillesse, d’une modestie et d’une ténacité remarquables». «Il a un jour écrit au président Mandela pour lui dire qu’il ne se considérait pas assez important pour mériter un honneur important». Effectivement, Ahmed Kathrada n’a jamais fait une carrière politique comme la plupart de ses amis, comme si l’effondrement du régime raciste avait été le seul but de sa vie. «Oncle Khaty» n’aura été que député de l’ANC, pour un unique mandat, en même temps qu’un conseiller, de l’ombre, de Nelson Mandela.

Emprisonné pendant 26 ans

Son passé aurait pourtant ouvert toutes les portes à ce fils de migrants indiens, né en 1929 dans le Transvaal. Il ne devra pas attendre pour se confronter à l’autoritarisme inique de l’apartheid: Indien, il ne peut ni fréquenter les écoles pour «Européens» ni celles pour «Africains», ce qui le conduit à partir à Johannesburg pour étudier. Dès 12 ans, il se politise, rejoint le mouvement de lutte indien ainsi que la Ligue de la jeunesse communiste, un ancrage très à gauche qu’il ne reniera jamais. À 17 ans, son militantisme se renforce. Il le mène vers les pays de l’est de l’Europe et vers de premiers séjours en prison.

Au milieu des années 50, le rapprochement entre les mouvements indiens et l’ANC le conduit à fréquenter Nelson Mandela et Walter Sisulu. Ensemble, ils plongeront dans la clandestinité avant d’être arrêtés ensemble, en juillet 1963, à Rivonia dans le QG de la branche militaire de l’ANC. Un an plus tard, ils seront tous condamnés à la perpétuité. Ahmed Kathrada passera vingt-six ans en prison, pour l’essentiel à Robben Island. «Il a été ma force en prison, mon guide dans la vie politique et le pilier de ma force dans les moments difficiles de ma vie», a déclaré un de ces codétenus à Robben Island, Laloo Isu Chiba.

Il critiquait Zuma

La détention n’a en rien amoindri les convictions d’Ahmed Kathrada. A la fin des années 80, et plus encore après sa libération en 1989, il participe activement aux négociations entre l’ANC et le régime blanc qui aboutissent à la chute de l’apartheid puis, en 1994, aux premières élections libres du pays. Il accompagne durant cinq ans les premiers pas de la nouvelle Afrique du Sud, avant de se retirer de la vie publique en 1999.

Il ne fera qu’une entorse à cette réserve politique, en 2016, pour, dans une lettre ouverte remarquablement ciselée, regretter les dérives de l’ANC et du président Jacob Zuma englué dans des affaires de corruption. «Cher camarade président, ne pensez-vous que rester président ne va que contribuer à aggraver la crise de confiance dans le gouvernement du pays?», écrivait-il. Ces mots, que beaucoup partagent au sein de l’ANC, n’ont fait qu’augmenter l’aura d’un homme qui passait déjà pour la force morale du pays.