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Harcèlement sexuel au Congrès américain: le ménage commence

novembre 27, 2017

Le sénateur Al Franken, lors d’une réunion au Sénat le 13 novembre 2017 / © GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP/Archives / MARK WILSON

Le Congrès américain commence à se réformer pour traiter les affaires de harcèlement sexuel à l’intérieur de l’institution, après de multiples accusations lancées par des femmes contre des parlementaires en exercice.

Les élus reviennent lundi après leurs congés de Thanksgiving et voteront mercredi, à la Chambre des représentants, pour rendre obligatoire une formation anti-harcèlement sexuel pour tous les élus et leurs collaborateurs. Cette formation est aujourd’hui facultative.

Les chefs du Congrès sont sous pression pour réagir, vite, au déballage d’affaires en cours.

Un sénateur démocrate, Al Franken, fait l’objet d’une enquête de la commission éthique du Sénat pour des gestes déplacés et un baiser forcé. Le doyen démocrate de la Chambre, John Conyers, a été accusé de harcèlement mais refuse de démissionner. Et le président Donald Trump soutient coûte que coûte un candidat au Sénat, l’ancien magistrat ultra-conservateur Roy Moore, accusé d’attouchements sur des mineures il y a plusieurs décennies.

Plusieurs élus, emmenés par la démocrate Jackie Speier et la républicaine Barbara Comstock, veulent aller plus loin et réformer une loi de 1995 sur la façon dont les victimes, à l’intérieur du Congrès, peuvent rapporter des faits de harcèlement et obtenir réparation.

Cette loi avait été adoptée en moins de deux semaines en janvier 1995, à une voix de l’unanimité. Mais l’époque a changé et les procédures établies à l’époque sont aujourd’hui dénoncées comme obsolètes et trop en défaveur des plaignants.

Les nouvelles règles proposées permettraient d’accélérer la procédure interne après une plainte, alors qu’aujourd’hui les victimes sont obligées de recourir dans un premier temps à une médiation. Un poste d’avocat des victimes serait créé. La clause de confidentialité ne serait plus obligatoire. Les versements d’indemnités viendraient désormais de la poche de l’élu responsable du harcèlement, alors qu’aujourd’hui c’est le contribuable qui paie.

Et surtout, la liste et le montant des règlements de plaintes devrait être rendue publique annuellement.

– Roy Moore persiste –

« Le système mis en place en 1995 protégeait le harceleur », a dit Jackie Speier sur la chaîne ABC dimanche. « Une victime m’a dit que le processus était presque pire que le harcèlement lui-même ».

Aucun parti n’est épargné par le harcèlement, comme l’affaire John Conyers le montre. L’élu de Detroit, âgé de 88 ans, est une légende au Congrès, héros de la lutte pour les droits civiques des Noirs. Il nie tout harcèlement sexuel mais a reconnu le versement d’indemnités pour régler une affaire avec une ancienne collaboratrice.

Critiquée pour une réaction initiale jugée trop indulgente, la chef des démocrates de la Chambre, Nancy Pelosi, a fini par déclarer que les accomplissements d’un élu, aussi importants fussent-ils, ne donnaient pas « un permis de harceler ».

Mais elle n’a pas appelé à sa démission… et John Conyers est décidé à se battre.

Les chefs démocrates veulent pourtant exploiter l’affaire Roy Moore pour convaincre les électeurs qu’ils sont le véritable parti défenseur des femmes, le parti qui croit les femmes.

Ils pointent du doigt le comportement de Donald Trump qui, en défendant Roy Moore, soutient la ligne de défense du candidat consistant à traiter ses accusatrices de menteuses. Comme le milliardaire l’avait fait concernant la dizaine de femmes l’ayant accusé de harcèlement ou pire, l’an dernier.

Tous les chefs et sénateurs républicains ont coupé les ponts avec Roy Moore, mais ils craignent qu’il ne soit élu le 12 décembre, lors de la sénatoriale partielle de l’Alabama.

Plusieurs membres de la majorité semblent dire qu’ils préféreraient perdre le siège républicain et voir le candidat démocrate, Doug Jones, élu, plutôt que de voir Roy Moore rejoindre leurs rangs.

« Je veux être du bon côté de l’histoire dans cette affaire », a déclaré le sénateur de Caroline du Sud Tim Scott sur ABC.

Le locataire de la Maison Blanche voit les choses à plus court-terme: il a besoin du plus de sénateurs républicains possibles pour faire adopter sa réforme de la fiscalité avant la fin de l’année. La majorité sénatoriale actuelle est de 52 sièges sur 100. Pas question de descendre à 51, dit le président américain.

Romandie.com avec(©AFP / 27 novembre 2017 17h32)

La politique américaine (et Trump) face au fléau du harcèlement sexuel

novembre 17, 2017

Donald Trump, le 16 novembre 2017 à Washington / © AFP / NICHOLAS KAMM

Après Hollywood, le monde de la politique américaine est à son tour ébranlé par le débat sur le harcèlement sexuel, et le président Donald Trump, jusqu’à présent très discret, commence à s’impliquer – malgré les accusations qui pèsent contre lui.

Cette semaine, un sénateur démocrate, Al Franken, s’est excusé pour avoir embrassé une animatrice en 2006 et touché sa poitrine; deux femmes parlementaires ont révélé qu’au moins deux de leurs collègues masculins, non nommés, ont été des harceleurs sexuels; le directeur de cabinet d’une élue, accusé de harcèlement, a démissionné jeudi; et de nouvelles femmes ont accusé un candidat républicain au Sénat, Roy Moore, d’agression sexuelle il y a des décennies.

Le Congrès a connu sa part de scandales sexuels dans son histoire, y compris pour des faits de harcèlement ou d’agression.

L’un des plus connus est Dennis Hastert, ancien président de la Chambre des représentants, qui a admis l’an dernier avoir abusé sexuellement de lycéens alors qu’il était entraîneur de lutte, des décennies auparavant. Ou Clarence Thomas, dont la nomination à la Cour suprême en 1991 a failli être rejetée en raison d’accusations de harcèlement sexuel.

Mais le harcèlement n’était pas vraiment reconnu, dans le monde politique, comme un fléau nécessitant une réponse systémique. La vague de révélations déclenchées par l’affaire Harvey Weinstein, depuis le 5 octobre, a changé la donne.

Désormais, chaque élu et collaborateur de la Chambre devra suivre une formation anti-harcèlement et anti-discrimination, a annoncé cette semaine son président, Paul Ryan. Même mouvement au Sénat, où ces formations étaient facultatives.

La transparence s’améliore. Pour la première fois, l’office spécialisé du Congrès a publié le nombre et le montant des indemnités versées à la suite de plaintes de personnels: 264 règlements de 1997 à 2017, pour un total de 17 millions de dollars. Ces chiffres incluent toutes les plaintes internes, et non les seules affaires de harcèlement.

« Les gens sont nerveux et se demandent: qui sera le prochain? » a dit sur Fox News Kellyanne Conway, conseillère présidentielle, qui en profite pour appeler le parti démocrate à un « examen de conscience ».

– ‘Le couvercle va exploser’ –

Le harcèlement sexuel et la politique forment un mélange hautement combustible, et il était sans doute inévitable que les médias et commentateurs conservateurs ravivent l’affaire Monica Lewinsky, la jeune stagiaire de la Maison Blanche avec qui le président Bill Clinton a eu des relations sexuelles.

Mais il ne s’agit plus que de Fox News. Une sénatrice démocrate, Kirsten Gillibrand, a dit jeudi au New York Times que Bill Clinton aurait dû démissionner. Des journalistes progressistes, comme Matthew Iglesias (Vox.com) et Chris Hayes (MSNBC), ont appelé les démocrates à faire amende honorable, notamment auprès de Juanita Broaddrick, qui accuse Bill Clinton de viol depuis des décennies.

Tout cela conduit naturellement à l’actuel président, accusé par une dizaine de femmes de baisers ou contacts forcés.

« Quand on est une star, elles nous laissent faire, on peut faire ce qu’on veut… Les attraper par la chatte », s’était-il vanté en 2005, selon une vidéo divulguée peu avant l’élection présidentielle.

Donald Trump et ses alliés ont toujours accusé ses accusatrices de faux témoignages… mais le milliardaire a en revanche donné crédit aux accusatrices de Roy Moore, indirectement, et surtout à celles de Bill Clinton, qu’il a publiquement soutenues.

Pourquoi croire certaines femmes et pas d’autres?

« Le président sait évidemment mieux ce qu’il a fait ou n’a pas fait personnellement », a dit sa porte-parole Sarah Sanders jeudi.

En Asie jusqu’à son retour à Washington cette semaine, le dirigeant a évité les questions sur le sujet du harcèlement.

Jusqu’à jeudi soir, peu après 22 heures, quand il a tweeté contre Al Franken. « Et dire que la semaine dernière encore il faisait la leçon sur le harcèlement sexuel et le respect des femmes », a-t-il écrit, à l’offensive.

Un terrain dangereux pour le milliardaire.

Natasha Stoynoff, qui l’a accusé de l’avoir embrassée de force en 2005, a repris la parole jeudi, dans le magazine People. Depuis un an, écrit-elle au magazine, le problème « mijote sur le feu, comme une cocotte-minute. Mais désormais le feu est rallumé, ça va bouillir et le couvercle va exploser ».

Romandie.com avec(©AFP / 17 novembre 2017 19h45)