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Élection présidentielle Congo 2021 : Alain Mabankou appelle à un scrutin apaisé

mars 18, 2021

À quelques jours du 1er tour de l’élection présidentielle au Congo, l’écrivain congolais, Alain Mabankou, appelle ses compatriotes au calme et les invite à aller voter le 21 mars.

Capture d'écran, Alain Mabanckou à l'adresse de ses compatriotes à propos de l'élection présidentielle 2021 au Congo

Photo : Capture d’écran, Alain Mabanckou à l’adresse de ses compatriotes à propos de l’élection présidentielle 2021 au Congo

Par un message relayé par Ziana TV, Alain Mabankou, depuis l’étranger, s’est adressé aux Congolais. Contrairement à ses précédentes habilités rhétoriques contre le pouvoir en place, l’auteur de Black Bazar a tenu plutôt des paroles apaisantes à propos de l’élection présidentielle du 21 mars.

En substance, lélection présidentielle est un moment essentiel dans la vie d’une Nation. Il faudrait choisir un des candidats en son âme et conscience. Que ses compatriotes regardent tout autour d’eux. Ils pourront se dire qu’ils n’ont pas le choix face à des candidats tous pareils.

« Vous n’avez pas tort.  Mais il suffit de faire le jeu de la démocratie. Il faut aller voter. Il faut aller dire par l’expression de votre voix ce que vous ressentez« ,exhorte-t-il.

« En ce qui me concerne, j’ai toujours gardé une certaine indépendance et c’est peut-être cela qui pourrait faire notre attraction réciproque« ,confie l’écrivain.

« Je dirai que le constat que j’ai fait de la politique de mon pays est un constat malheureusement triste. Les mêmes personnes et les mêmes histoires qui tournent. La jeunesse qui est verrouillée. La liberté de presse qui n’existe pas. Tout cela constitue de vrais chantiers qui n’ont jamais été entamés. Mais de grâce, si vous allez voter, puisqu’il faut aller voter, faites-le dans le calme, faites-le dans la dignité; parce que le Congo est plus fort que les personnes qui  ne recherchent que le pouvoir. Le Congo restera. Les hommes passeront.« 

Et de conclure : « Merci chers compatriotes, de vous dire, que tout, mais tout sera toujours inférieur par rapport à l’honneur et à la valeur du Congo-Brazzaville.

Avec Adiac-Congo par Marie Alfred Ngoma

 

« Monsieur Mabanckou, vous détournez l’objet de la francophonie pour un combat personnel »

février 4, 2018

 

Le doctorant Bertrand Ollivier déplore le refus de l’écrivain de participer aux travaux sur la langue française

L’écrivain franco-congolais Alain Mabanckou, à Paris, le 6 juillet 2015. Crédits : JOËL SAGET/AFP

Tribune. Cher Monsieur Mabanckou, vous détournez l’objet de la francophonie pour un combat personnel. En amoureux des mots, d’où qu’ils viennent, et en admirateur de votre prose, j’ai sincèrement regretté que vous refusiez de participer aux travaux de réflexion sur la langue française auxquels le président Macron vous avait invité. Je l’ai d’autant plus regretté que je vous suis un fidèle lecteur et que je partage un grand nombre de vos opinions.

Alors, certes, c’est votre droit le plus entier. Mais laissez-moi déplorer que vous n’ayez pas daigné quitter votre soleil californien pour faire valoir vos pensées et vos réflexions de manière plus étayée, en terre francophone, au service du riche et fort estimable débat que vous auriez pu initier à cette occasion.

Pour justifier votre décision, dans la lettre ouverte à Emmanuel Macron publiée le 15 janvier sur le site de L’Obs, vous accusez insidieusement le président français d’observer un silence complice vis-à-vis des manquements aux rappels démocratiques que se devrait de formuler l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) à l’encontre de quelques pays africains. Vous reprochez en quelque sorte à un jeune président élu de ne pas s’immiscer dans la conduite des décisions d’une organisation internationale indépendante forte de 84 Etats membres. N’est-ce pas, pourtant, ce que les farouches dénonciateurs de la Françafrique attendent ? Vous-même indiquez que « la Francophonie est malheureusement encore perçue comme la continuation de la politique étrangère de la France dans ses anciennes colonies ».

Trouver un consensus

Vos propos sont la dernière preuve, s’il en était besoin, que le président français – qu’il s’exprime dans un cadre bilatéral ou sous couvert du multilatéralisme de la francophonie – ne dispose que d’une très faible marge de critique avant de se voir affublé d’une étiquette néocoloniale qui nuirait à l’ensemble de ses rapports avec les pays d’Afrique et, par ricochet, à la langue française, celle-là même que vous portez si haut. Vous mettez également en cause les accointances de la Francophonie institutionnelle avec quelques despotes africains.

De la sorte, vous mésestimez les avancées en matière de démocratisation des régimes depuis la signature des déclarations de Bamako (2000) et de Saint-Boniface (2006). Certes, les progrès sont lents, trop lents, comme toujours avec les organisations intergouvernementales. Mais comment ne pourraient-ils pas l’être lorsqu’il s’agit de trouver un consensus commun en matière démocratique entre le Canada, la République démocratique du Congo, le Cambodge et des dizaines d’Etat aux cultures antagonistes dans le respect de leurs souverainetés propres ?

Paradoxalement, vos propos prêtent à l’OIF des pouvoirs et une influence dont, par nature, elle ne dispose pas. En revanche, ils soulèvent bien la question lancinante des limites de l’universalité pour une telle organisation. Au nom de la langue française, vous appelez le président Macron à lancer des appels à la liberté aux jeunes Africains. Mais la France, éprise de son universalisme, drapée dans le linceul de sa liberté, forte de son arrogance, n’a que trop cherché à diffuser ses valeurs au sein de pays n’ayant ni son histoire, ni sa culture, ni ses ressources, au nom de principes moraux qu’elle qualifiait d’intangibles.

A l’heure où des exemples récents nous montrent que de simples changements de dirigeants ne constituent en rien la garantie d’une démocratisation des régimes, comment le président Macron pourrait-il se hasarder à lancer des appels aveugles au changement de régime qui pourrait avoir un arrière-goût d’anarchie, ou pire, comme en Libye ? Ces changements de régime, qui s’imposent de toute évidence dans certains pays, doivent résulter de mouvements populaires et massifs, à l’instar de celui qui a chassé Blaise Compaoré du pouvoir burkinabé en 2014, et en aucun cas d’appels extérieurs.

Un levier du multilinguisme

Mais vous me conduisez, Monsieur Mabanckou, sur des terrains glissants j’en conviens. Je voulais simplement vous parler de la langue française. En usant d’un prétexte politique pour refuser de contribuer aux réflexions engagées, vous détournez l’objet même de la francophonie – celui de notre langue dont il nous faut repenser le lien – pour un combat personnel à l’égard de quelques potentats que le temps et les sociétés civiles se chargeront de remplacer bien plus vite que ne pourraient le faire quelques valeureux communiqués de la Francophonie ou de l’Elysée.

Pourquoi ne pas tenter de dépassionner les débats politiques autour de cette langue. Certes, j’entends Alexandre Najjar lorsqu’il dit que « le culturel devient fatalement politique », mais tâchons collectivement de faire du français l’arène d’un dialogue interculturel apaisé, un contrepoids face à la globalisation dévorante, un levier du multilinguisme, un outil de compréhension des cultures africaines, arabes, berbères, nord-américaines, océaniques et européennes. Etendons l’art de la palabre en Europe et développons la parenté à plaisanterie dans le Maghreb. Comme le dit Leïla Sebbar, « une famille politique, c’est quoi, lorsque la famille naturelle, côté père, côté mère, est à ce point oubliée dans la parole quotidienne ? ». Le quotidien francophone, ses usages et ses expressions, ses pratiques et ses évolutions à travers les cinq continents, voilà la source d’un projet francophone porteur auquel vous pourriez insuffler mille idées.

Il est certes fort louable que votre décision s’inscrive en solidarité avec les jeunesses de pays africains en mal d’élections. Mais, malheureusement, en agissant ainsi, c’est l’ensemble de la communauté francophone mondiale que vous privez de vos lumières. C’est la place du précieux fil noir qui relie le roman francophone à ses histoires et racines multiples que vous amenuisez. C’est la parole de tous ces formidables auteurs nés hors de France, injustement méconnus, que vous n’amplifiez pas. C’est, finalement, cet imaginaire monde dont vous parlez, si vaste, si riche, fertile terrain de la nécessaire fusion des univers littéraires francophone et français, que vous refusez de partager. Indubitablement, vous manquerez à ces réflexions. Je vous prie de croire, cher Monsieur Mabanckou, en mes considérations les plus respectueuses.

Lemonde.fr par Bertrand Ollivier est doctorant au Centre Thucydide de l’université Paris-II Panthéon-Assas

Francophonie, langue française: lettre ouverte à Emmanuel Macron

janvier 15, 2018

Mabanck

Le président de la République a proposé à Alain Mabanckou de contribuer aux « travaux de réflexion » qu’il souhaite « engager autour de la langue française et de la Francophonie ». L’auteur de « Verre cassé » lui répond.

Monsieur le Président,

Dans votre discours du 28 novembre à l’université de Ouagadougou, puis dans un courrier officiel que vous m’avez adressé le 13 décembre, vous m’avez proposé de «contribuer aux travaux de réflexion que vous souhaitez engager autour de la langue française et de la Francophonie.»

Au XIXème siècle, lorsque le mot «francophonie» avait été conçu par le géographe Onésime Reclus, il s’agissait alors, dans son esprit, de créer un ensemble plus vaste, pour ne pas dire de se lancer dans une véritable expansion coloniale. D’ailleurs, dans son ouvrage «Lâchons l’Asie, prenons l’Afrique» (1904), dans le dessein de «pérenniser» la grandeur de la France il se posait deux questions fondamentales: «Où renaître ? Comment durer ?»

Qu’est-ce qui a changé de nos jours ? La Francophonie est malheureusement encore perçue comme la continuation de la politique étrangère de la France dans ses anciennes colonies. Repenser la Francophonie ce n’est pas seulement «protéger» la langue française qui, du reste n’est pas du tout menacée comme on a tendance à le proclamer dans un élan d’auto-flagellation propre à la France. La culture et la langue françaises gardent leur prestige sur le plan mondial.

Les meilleurs spécialistes de la littérature française du Moyen-Âge sont américains. Les étudiants d’Amérique du Nord sont plus sensibilisés aux lettres francophones que leurs camarades français. La plupart des universités américaines créent et financent sans l’aide de la France des départements de littérature française et d’études francophones. Les écrivains qui ne sont pas nés en France et qui écrivent en français sont pour la plupart traduits en anglais: Ahmadou Kourouma, Anna Moï, Boualem Sansal, Tierno Monénembo, Abdourahman Waberi, Ken Bugul, Véronique Tadjo, Tahar Ben Jelloun, Aminata Sow Fall, Mariama Bâ, etc. La littérature française ne peut plus se contenter de la définition étriquée qui, à la longue, a fini par la marginaliser alors même que ses tentacules ne cessent de croître grâce à l’émergence d’un imaginaire-monde en français.

Tous les deux, nous avions eu à cet effet un échange à la Foire du livre de Francfort en octobre dernier, et je vous avais signifié publiquement mon désaccord quant à votre discours d’ouverture dans lequel vous n’aviez cité aucun auteur d’expression française venu d’ailleurs, vous contentant de porter au pinacle Goethe et Gérard de Nerval et d’affirmer que «l’Allemagne accueillait la France et la Francophonie», comme si la France n’était pas un pays francophone!

Dois-je rappeler aussi que le grand reproche qu’on adresse à la Francophonie «institutionnelle» est qu’elle n’a jamais pointé du doigt en Afrique les régimes autocratiques, les élections truquées, le manque de liberté d’expression, tout cela orchestré par des monarques qui s’expriment et assujettissent leurs populations en français? Ces despotes s’accrochent au pouvoir en bidouillant les constitutions (rédigées en français) sans pour autant susciter l’indignation de tous les gouvernements qui ont précédé votre arrivée à la tête de l’Etat.

Il est certes louable de faire un discours à Ouagadougou à la jeunesse africaine, mais il serait utile, Monsieur le Président, que vous prouviez à ces jeunes gens que vous êtes d’une autre génération, que vous avez tourné la page et qu’ils ont droit, ici et maintenant, à ce que la langue française couve de plus beau, de plus noble et d’inaliénable: la liberté.

Par conséquent, et en raison de ces tares que charrie la Francophonie actuelle – en particulier les accointances avec les dirigeants des républiques bananières qui décapitent les rêves de la jeunesse africaine –, j’ai le regret, tout en vous priant d’agréer l’expression de ma haute considération, de vous signifier, Monsieur le Président, que je ne participerai pas à ce projet.

Bibliobs.nouvelobs.com par Alain Mabanckou
Santa Monica, le 15 janvier 2018

Alain Mabanckou rend hommage aux lecteurs Londoniens

juillet 4, 2017

MERCI !!! Hommage aux lecteurs de Londres.

Londres: Alain Mabanckou en Conversation ce 2 juillet 2017

juillet 1, 2017

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Knowledge Centre – The British Library
96 Euston Road – London
 

Date/Time
Date(s) – 02 Juil 2017
5:00 – 6:30

Location
Knowledge Centre – The British Library

 

Mabanckou © Hermance Triay c

Alain Mabanckou en Conversation

Le prolifique poète et romancier congolais francophone discute du langage, du style et de la politique. Auteur de six volumes de poésie et de six romans, dont African Psycho, Verre cassé et Mémoires de porcépic, l’écriture de Mabanckou est riche en jeux de mots, en questions philosophiques et en humour. Rejoignez-le alors qu’il explore la langue, le style et la politique, et son parcours en tant qu’écrivain à Pointe-Noire.

Plein prix: £10.00
Membre: £10.00
Senior 60+: £8.00
Étudiant: £7.00
Chômeur/se: £7.00
Moins de 18 ans: £7.00

Évènement organisé par Africa Writes.

Plus d’info et réservation ici

France: Alain Mabanckou vous invite ce samedi 1er juillet en région parisienne

juin 30, 2017

Pour introniser sa nouvelle nationalité RDC, Alain Mabanckou vous invite ce samedi 1er juillet 2017, à 17h00, en région parisienne à Enghien-Les-Bains.

Bernard NKOUNKOU

Quand Alain Mabanckou devient par erreur écrivain de la RDC pour une conférence de l’Unesco

juin 30, 2017

Le 30 juin, jour historique de l’indépendance de la RDC, Alain Mabanckou est devenu écrivain de ce pays avec un badge portant son identité.

Invité pour participer à la Conférence-dédicace de l’Unesco, à Enghien-Les-Bains, il a accepté l’erreur commise sur une partie de son identité même s’il est devenu persona non grata dans son pays d’origine.

 

 

Bernard NKOUNKOU

Alain Mabanckou explore la diversité dans « Penser et écrire l’Afrique aujourd’hui »

avril 5, 2017

 

 

Avec La Grande Librairie

Lumière sur des artisans de la déstabilisation politique au Congo Brazzaville

octobre 26, 2016

 

Ces dernières années la paix, la sécurité et la stabilité politique sont régulièrement mises à l’épreuve en République du Congo. Aujourd’hui, les autorités du pays ont réussi à identifier un réseau des principaux artisans de cette déstabilisation qui opèrent depuis l’étranger, de connivence avec des acteurs politiques locaux, membres de l’opposition.

 

Emeutes sociales
Emeutes sociales

A la tête du réseau mis à nu par le gouvernement congolais se trouveraient un ancien gendarme français dénommé Robert Montoya, et le franco-mauritanien Ibrahima Diawadoh N’Jim, conseiller à Matignon. Les deux hommes agiraient en qualité de « cerveaux » dans diverses opérations à l’origine des troubles sociaux sur le territoire congolais.

Un bon nombre d’autres individus, subalternes au sein de ce réseau, jouent en grande partie des rôles d’exécutants, en menant des agitations et des violences sociales de toutes sortes, ainsi que des campagnes de dénigrement médiatiques sur l’Internet et les réseaux sociaux.

Il s’agit essentiellement des hommes de main tels que : Jean De Dieu Mossigué, Edo Nganga, L.M. Akagnaki, Alain Mabanckou, Albert Mbela, Bienvenu Mabilemono, le Colonel Moussounda, etc.

Il est pathétique de voir ici, des personnalités telles que le sieur Ibrahima Diawadoh, s’ingénier à monter des cabbales destinées à troubler l’ordre public sur le sol africain, en usant de leurs privilèges en Occident, alors qu’elles pourraient servir des causes plus justes.

Ainsi, Ibrahima Diawadoh pourrait très utilement, eu égard à sa position politique en France, œuvrer et plaider auprès des instances étrangères, la cause de ses confrères noirs mauritaniens, marginalisés dans leur propre pays et tenus à l’écart de toutes responsabilités à l’échelon national.

M. Diawadoh pourrait en outre, jouer un rôle tout à fait noble dans la lutte contre la montée des djihadistes dans le Sahel.

SOURCE : https://blogs.mediapart.fr

 

J-23 : «Le centre de gravité de la littérature française s’est déplacé»

août 19, 2016

Pour Alain Mabanckou qui publie chez Grasset « Le monde est mon langage », la vitalité de nos lettres ne se juge pas à Saint-Germain-des-Prés mais chez les écrivains des marges, de l’Afrique aux Antilles.

« Le Congo est le lieu du cordon ombilical, la France la patrie d’adoption de mes rêves, et l’Amérique un coin depuis lequel je regarde les empreintes de mon errance ». Ainsi s’exprime Alain Mabanckou, l’écrivain franco-congolais de « Verre cassé », prix Renaudot avec « Mémoires de porc-épic », dans les premières pages de son nouveau livre en librairie à la fin du mois : « Le monde est mon langage » (Grasset). Professeur de littérature francophone à l’Université de Californie à Los Angeles, il a inauguré cette année un cycle d’enseignement au Collège de France. Pour son tour de la planète, il nous emmène chez son ami Dany Laferrière à Montréal, à Pointe-Noire où il est né, en Martinique chez Edouard Glissant, au Cameroun, à Madagascar, au Caire, à Marrakech où il salue Douglas Kennedy, à Paris où JMG Le Clézio le fascine, en Suisse, au Sénégal et même à Château-Rouge chez son styliste, le Bachelor, qui le sape comme personne.

-Vous qualifiez « Le monde est mon langage » d’autobiographie capricieuse ? Pourquoi « capricieuse » ?
– Je l’ai écrite au gré de mes goûts, elle exprime mes choix, ce que j’estime être essentiel et précieux pour moi. Elle n’est pas traditionnelle, ni linéaire. Elle est très aléatoire. En regardant l’ensemble des textes que j’ai l’habitude de rédiger lorsque je me déplace, je me suis dit qu’ils formaient un livre cohérent. Malgré leurs différences géographiques, ils partagent le même esprit : c’est le monde qui vous façonne, c’est le monde qui m’a façonné : il faut chercher dans leur disparité, leur complémentarité, et même leur fraternité.

– Vous faites aussi la preuve par A plus B que la littérature française n’est pas que française !
– Le centre de gravité de la littérature française s’est déplacé. Une littérature n’est riche que si elle est portée par les marges. Il est important de dire que de grands poètes comme le Malgache Jacques Rabemananjara, de grands romanciers, de grands théoriciens comme Edouard Glissant magnifient la langue française même s’ils ne sont pas au programme en France. La France nous donne à voir les marges de la littérature d’expression anglaise. Elle est très heureuse de découvrir des écrivains de Trinité et Tobago, du Nigeria, des îles Vierges, que sais-je encore, mais elle n’est pas apte à chercher des écrivains du côté des Comores, de Madagascar, de Kinshasa. On dit que les cordonniers sont les plus mal chaussés… Si l’on veut juger de la vitalité de la littérature française, il ne faut pas la juger uniquement sur des textes qui paraissent sur les bords de la Seine, ou qui se discutent au café Lipp ou à la Coupole…

– Vous avez rédigé au printemps une lettre ouverte à François Hollande, pour qu’il dénonce la dernière élection « frappée de petite vérole », écrivez-vous, de Denis Sassou Nguesso, à la présidence du Congo-Brazzaville. Quelles en ont été les retombées ?
-J’ai été reçu par le président en personne, puis par le ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault. Hélas, les enjeux sont plus économiques que politiques. Est-ce que les nations européennes sacrifieront un jour leurs intérêts au profit de la démocratie ? Je ne le pense pas. Ma seule consolation, c’est que la France n’a toujours pas reconnu le nouveau gouvernement congolais. L’année prochaine, pour les élections en France, je compte reposer le problème du Congo. Si la gauche actuelle reste complaisante avec Sassou Nguesso, je n’exclus pas, moi qui suis pourtant de gauche, de tout faire pour que la droite l’emporte.

– Pensez-vous pouvoir être entendu ?
– Je le suis déjà sinon le gouvernement congolais n’aurait pas les boutons qu’il a aujourd’hui. Je suis interdit de séjour au Congo-Brazzaville ! On veut me condamner par contumace et le plus incroyable, c’est que le ministre de la Justice est un ancien copain de classe. C’était le dernier de la promotion ! Le peuple congolais, sa jeunesse, me soutiennent. La seule arme dont je dispose est l’arme de la dénonciation et je l’utiliserai autant que faire se peut.

« A Nancy, évitez les académiciens Goncourt ! »

– Vous vivez en Amérique. Barack Obama achève son deuxième mandat. Quel bilan en tirez-vous ?
– Il quitte le pouvoir avec une cote de popularité de plus de 50 %, ce qui est rare. Il a gouverné lors d’une des périodes les plus tumultueuses de l’histoire américaine. Il a jeté un certain nombre de grands principes, même si dans la pratique tout n’a pas été suivi d’effet. Il a instauré une couverture sociale universelle. Il a fait de grands discours, initié une politique de la négociation, dans une Amérique qui était plutôt portée à l’interventionnisme et aux démarches punitives.

– Craignez-vous l’élection de novembre ?
– J’avais prédit l’élection de Barack Obama, à une époque où personne n’y croyait. Je suis convaincu que Donald Trump ne passera pas, même si ses idées se sont disséminées à travers le pays. En novembre, il n’y a pas photo pour moi : Hillary Clinton sera élue présidente.

– Dans votre géographie, si vous deviez inscrire Nancy, que mettriez-vous ?
– Le Livre sur la Place est l’une des manifestations les plus captivantes du paysage littéraire français. J’y ai fait la rencontre d’un écrivain qui ne fait pas beaucoup parler de lui mais dont l’univers m’intéresse, Gérard Oberlé, qui n’est pas mis à l’honneur comme il devrait l’être. Nancy, c’est aussi le coup d’envoi de la rentrée littéraire. Les pauvres écrivains qui en sont peuvent, au détour d’une allée du chapiteau ou d’un couloir d’hôtel, tomber nez à nez avec des membres de l’Académie Goncourt. Mon conseil : évitez-les ! Moins ils vous verront, mieux ce sera pour vous.

Grand Entretien du Magazine Le Point conduit par Christophe Ono-dit-Biot, directeur adjoint de la rédaction du magazine, samedi 10 septembre à 16h30 à l’Hôtel de Ville.

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