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RDC : Albert Yuma évincé de la présidence de la FEC

décembre 23, 2020
Initialement reconduit pour un sixième mandat le 26 novembre, Albert Yuma avait vu son élection annulée par le conseil d’État le lendemain.

Dieudonné Kasembo Nyembo a été élu président du conseil d’administration de la Fédération des entreprises du Congo (FEC) au terme d’un processus entaché par les polémiques. Pour Albert Yuma, qui occupait le poste depuis quinze ans, une page se tourne.

Dieudonné Kasembo Nyembo a été élu président du conseil d’administration de la Fédération des entreprises du Congo (FEC) pour un mandat de trois ans à l’issue d’un vote où il était le seul candidat en lice. Son élection met fin à quinze années de règne du tout puissant Albert Yuma, très proche de l’ancien président, Joseph Kabila.

Initialement reconduit pour un sixième mandat le 26 novembre, Albert Yuma avait vu son élection annulée par le conseil d’État le lendemain. Saisi par une requête de Dieudonné Kasembo Nyembo, le Conseil d’État avait estimé que le scrutin avait été entaché d’irrégularités, et donc demandé l’organisation d’une nouvelle élection à bulletin secret.

Le vote qui avait permis la réélection d’Albert Yuma avait été organisé par plébiscite, les deux concurrents du « patron des patrons » congolais, Michel Sefu et Dieudonné Kasembo Nyembo, ayant été recalés par la Commission des sages avant le vote en conseil d’administration.

Contestation

Jusqu’à la dernière minute, les équipes d’Albert Yuma ont tout tenté pour bloquer l’organisation du nouveau scrutin. Désinfection des locaux pour faire face à la deuxième vague du Covid-19, irrégularité de la procédure… Aucun recours n’aura fonctionné.

« La FEC déplore que pareil processus intervienne paradoxalement au moment même où elle enregistre des cas d’infection au Covid-19 dans ses rangs, y compris parmi les membres de son personnel », a écrit l’administration Yuma ce mercredi au premier président du Conseil d’État. « Outre l’incompatibilité de la tenue d’une séance électorale avec les normes légales et statutaires pertinentes, la FEC relève que le risque sanitaire requiert obligatoirement la désinfection immédiate de ses locaux et la prise de mesures préventives appropriées », poursuit le même document, auquel JA a eu accès.

NOUS AURIONS AIMÉ QUE ÇA SOIT UN VRAI EXERCICE DÉMOCRATIQUE

Les locaux de la FEC étant fermés, la nouvelle élection s’est déroulée dans la salle de réception de l’organisation. Seulement 14 votants sur 130 membres étaient présents. « Nous aurions aimé qu’il y ait plus de candidats et que ça soit un vrai exercice démocratique. Cela faisait très longtemps que nous n’avions pas organisé un scrutin de cette manière. Nous pensons qu’au prochain mandat, il y aura plus de candidats. Mais il n’y a pas de crise entre le conseil d’État et la FEC. Nous sommes dans un État de droit », nous a confié Dieudonné Kasembo Nyembo.

Contexte politique tendu

D’après nos informations, Félix Tshisekedi ne voulant pas s’impliquer directement dans le dossier, il a chargé Yane Fumuatu, l’un des assistants de François Beya, son conseiller spécial en matière de sécurité, de « tout faire afin de faire passer Dieudonné Kasembo Nyembo ». Albert Yuma s’en était plaint auprès du président par le biais de François Beya mais, selon une source à la présidence, le chef de l’État avait ensuite dépêché Tete Kabwa Kabwe auprès d’Albert Yuma pour lui dire de ne pas interférer dans le dossier FEC.

« Ça fait trente ans que je suis opérateur économique dans ce pays. Le président Tshisekedi est arrivé au pouvoir en 2019, alors comment peut-on dire que je suis le candidat de la présidence ? C’est faux. Je suis un opérateur économique qui a fait ses preuves », a réagi Dieudonné Kasembo Nyembo auprès de Jeune Afrique.

Ce changement de tête au sommet de l’organisation patronale intervient en plein bouleversement politique à Kinshasa. Depuis qu’il a annoncé, le 6 décembre, la fin de la coalition qu’il formait avec Joseph Kabila, Félix Tshisekedi tente de structurer une nouvelle majorité et d’isoler un peu plus son prédécesseur. La mise à l’écart de l’un des piliers de l’entourage de ce dernier, en la personne d’Albert Yuma, s’inscrit dans ce contexte.

Avec Jeune Afrique par Stanis Bujakera Tshiamala

RDC : pourquoi la justice a annulé l’élection d’Albert Yuma à la FEC

décembre 1, 2020
Albert Yuma à Paris, en 2011.

Alors que le bras de fer se durcit entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi, le conseil d’État a estimé que des irrégularités dans l’élection du président de l’organisation patronale justifiaient son annulation.

Un nouveau scrutin « sera régulièrement organisé dans quinze jours à dater de la présente ordonnance », annonce la section du contentieux du conseil d’État, qui précise que l’élection se déroulera cette fois « à bulletin secret ».

Bulletins secrets

Dans sa décision, le conseil d’État ajoute aussi que « le greffe d’exécution du conseil d’État convoquera toutes les parties membres de la FEC concernés pour l’ouverture de dépôt des candidatures, [les] vérifications des conditions d’admission et [la] supervision desdites élections, conformément aux règles statutaires ».

Un processus qui a poussé Dieudonné Kasembo Nyembo à saisir le juge des référés du Conseil d’État. Dans sa plainte, l’associé gérant de la société Gecotrans SARL et président de la commission PME à la FEC demande que la Commission des sages ne puisse pas, préalablement au conseil d’administration, retenir un candidat unique au poste de président, et que le vote soit organisé à bulletins secrets pour garantir aux membres leur liberté de choix.

Une demande « recevable et fondée »

Outre ses protestations quant à la réélection d’Albert Yuma Mulimbi, le demandeur pointait aussi l’irrecevabilité de la candidature de son adversaire malheureux, Michel Tshefu, dont il avance qu’il « ne remplit pas les conditions d’ancienneté de dix ans ininterrompus de qualité de membre de la FEC ».

Des recommandations que le conseil d’État a visiblement suivi à la lettre, la requête de Dieudonné Kasembo étant déclarée recevable et fondée. La décision du conseil d’État a été sans surprise dénoncée par la FEC et plusieurs proches d’Albert Yuma qui ont dénoncé les « dérives d’une justice aux ordres ».

Avec Jeune Afrique par Stanis Bujakera Tshiamala – à Kinshasa

RDC : la Gécamines et son partenaire chinois inaugurent le projet de Deziwa, sans Albert Yuma

janvier 15, 2020

Les installations de Deziwas, dans la province du Lualaba

Les installations de Deziwas, dans la province du Lualaba © Somidez (Twitter)

 

Deziwa, qui représente un investissement de 880 millions de dollars, veut jouer dans la cour des grands pour la production de cuivre et de cobalt en République démocratique du Congo. Son inauguration tombe à pic pour la Gécamines, embourbée dans une complexe affaire de dette.

Joint-venture créée en 2017 et détenue par l’opérateur minier public Gécamines (49 %) et le groupe China Nonferrous Metal Compagny (51 %), la société minière Deziwa SAS (Somidez) a inauguré ce 15 janvier son usine ultramoderne de raffinage de cuivre et cobalt, située dans la province du Lualaba, à environ 35 km à l’est de la ville de Kolwezi.

D’une capacité installée de 80 000 tonnes de cuivre et 8 000 tonnes de cobalt par an – chiffres qui doivent être doublés lors de la phase additionnelle du projet – Deziwa a nécessité un investissement de 880 millions de dollars (790 millions d’euros). Il repose sur des réserves de 4,6 millions de tonnes de cuivre et de 420 000 tonnes de cobalt.

Coopération sino-congolaise

Mais cette inauguration s’est faite en l’absence du président du conseil d’administration de la Gécamines, Albert Yuma Mulimbi, interdit par la justice de quitter Kinshasa suite au litige entre la Gécamines et l’homme d’affaire Dan Getler.

»Notre fierté (…) réside surtout dans ce que, ce projet incarne pour nous la manifestation claire, nette et tangible de la stratégie engagée par la Gécamines pour redevenir un acteur minier de rang international », a-t-il fait dire au membre du conseil d’administration de la Gécamines chargé de le représenter, estimant que les installations replacent  »la RDC sur le chemin de la reconstruction de son potentiel industriel minier ».

Un financement appuyé par Dan Gertler

»Somidez est parmi les premiers projets en RDC en termes d’échelle de production, d’équipements techniques et de niveau d’intelligence. Avec son modèle de coopération le plus récent, son niveau d’automatisation le plus élevé, ses équipements les plus modernes, son traitement de minerais le plus important et son niveau optimal de gestion, Somidez sert d’excellent modèle de coopération sino-congolaise dans le domaine minier », a affirmé Wang Tongzhou, président du conseil d’administration de CNFMC.

L’usine devrait devenir la pleine propriété de la société congolaise – de droit privé mais détenue à 100 % par l’État – « d’ici neuf à onze ans », a fait dire Albert Yuma, qui estime que le niveau de réserves de minerais permettront alors aux installations de fonctionner « encore sept à neuf ans ».

Pour rappel, le projet de Deziwa appartenait initialement à 68 % à la firme canadienne Platmin, qui a souhaité vendre ses parts sur les marchés boursiers avant que le développement du site ne soit lancé. La Gécamines avait alors usé de son droit de préemption, notamment via un prêt de 200 millions de dollars de Fleurette Group, de Dan Gertler, qui lui a permis désintéresser l’entreprise canadienne.

Jeuneafrique.com par Stanis Bujakera Tshiamala – à Kinshasa