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Algérie : des opposants arrêtés à la veille des législatives

juin 11, 2021

Deux journalistes et un opposant politique ont été gardés à vue dans un centre de la sécurité intérieur. D’autres arrestations sont notamment signalées.

Karim Tabbou est un visage tres populaire de la contestation antiregime, Hirak, declenchee en fevrier 2019. Il a ete arrete avec trois autres voix critiques, la veille des legislatives.
Karim Tabbou est un visage très populaire de la contestation antirégime, Hirak, déclenchée en février 2019. Il a été arrêté avec trois autres voix critiques, la veille des législatives. © RYAD KRAMDI / AFP

Jeudi en fin de journée, plusieurs arrestations ont ciblé journalistes et activistes à Alger et dans d’autres villes à deux jours de la tenue des législatives anticipées du samedi 12 juin.

Selon Radio M, « le journaliste et directeur des deux médias Radio M et Maghreb émergent, Ihsane El Kadi a été interpellé par des services de sécurité à sa sortie de son bureau à Alger centre ce jeudi 10 juin 2021 en fin d’après-midi ».

Ihsane El Kadi avait été placé sous contrôle judiciaire le 18 mai à la suite d’une plainte déposée par le ministère de la Communication pour « atteinte à la sécurité et l’intégrité de l’unité nationale », et « publications qui nuisent à l’intérêt national ».

Khaled Drareni interpellé

Le ministère de la Communication reproche au journaliste la publication d’un article, le 23 mars, où le patron de médias plaidait contre la « diabolisation » du mouvement Rachad, organisation d’opposants en exil formée notamment d’anciens cadres du Front islamique du salut (FIS), dissous en 1992, et classée « terroriste » par les autorités.

L’autre journaliste interpellé hier en fin de journée à Alger est Khaled Drareni, fondateur du site d’information Casbah Tribune, et correspondant en Algérie pour TV5 Monde et pour Reporters sans frontières (RSF). Interpellé à plusieurs reprises en 2019 et en 2020 lors des manifestations du hirak, il est finalement placé sous mandat de dépôt le 29 mars 2020 et condamné, le 15 septembre, à deux ans de prison ferme pour « incitation à attroupement non armé et d’atteinte à l’intégrité du territoire national ».

Drareni a été libéré de prison le 19 février 2021 – avec une trentaine de détenus – dans le cadre d’une grâce présidentielle.

La troisième personnalité interpellée hier est Karim Tabbou, dirigeant de l’Union démocratique et sociale (UDS, parti non agréé). Tabbou a été condamné d’abord pour « atteinte au moral de l’armée » puis pour « incitation à la violence » et a passé plusieurs mois en prison avant sa libération le 2 juillet 2020.

Il a été placé en garde à vue, avant d’être libéré et mis sous contrôle judiciaire, fin avril dernier, à la suite d’une plainte du président du Conseil national des droits de l’homme (CNDH, officiel), avec lequel il a eu une altercation durant l’enterrement du fondateur de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme, Ali Yahia Abdennour.

Ihsane El Kadi, Khaled Drareni et Karim Tabbou auraient été, selon des avocats et leurs proches, interrogés et gardés à vue dans un des centres de la sécurité intérieure sur les hauteurs d’Alger. Ils ont pu contacter par téléphone leurs proches tard dans la nuit pour les informer de leur lieu de détention.

222 arrestations

Selon le Comité national pour la libération des détenus (CNLD), d’autres activistes ont été interpellés jeudi ailleurs qu’à Alger, alors que le jour même, le procureur du tribunal d’Alger a annoncé l’arrestation de dix personnes qui seraient membres d’une « cellule qui incitait aux rassemblements et à l’atteinte à la sécurité nationale ». Douze autres personnes sont en fuite, dont une partie à l’étranger, selon le procureur, qui a mentionné la France et les États-Unis.

Au moins 222 personnes sont actuellement incarcérées pour des faits en lien avec le hirak et/ou les libertés individuelles, selon le CNLD, alors que les manifestations hebdomadaires sont interdites depuis fin mai.

Ces arrestations interviennent au moment où les autorités ont procédé, ce jeudi, à une modification du Code pénal, en créant une « liste nationale des personnes et des entités terroristes », selon le communiqué du conseil des ministres et en élargissant la définition de l’acte terroriste ou le sabotage à « tout acte visant la sûreté de l’État, l’unité nationale et la stabilité et le fonctionnement normal des institutions par toute action ayant pour objet ».

Terrorisme : élargissement de la définition

La nouvelle définition englobe aussi toute action visant à « œuvrer ou inciter, par quelque moyen que ce soit, à accéder au pouvoir ou à changer le système de gouvernance par des moyens non constitutionnels », ou « porter atteinte à l’intégrité du territoire national ou d’inciter à le faire, par quelque moyen que ce soit ».

Les mouvements Rachad et le MAK (Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie) ont été classés par les autorités, le 18 mai, comme « organisations terroristes ». Ces deux mouvements ont été souvent accusés par les autorités de pousser à la violence, profitant des marches du hirak. Les deux mouvements réfutent ces accusations.

Par ailleurs, des collectifs, des associations, des partis et des personnalités ont publié une déclaration rejetant les législatives : « L’Algérie est enfermée dans une politique d’état d’urgence non déclarée : fermeture de toutes les places publiques, empêchement des manifestations et de toute expression pacifique appelant à un changement démocratique. Tandis que des salles et des canaux médiatiques sont ouverts pour promouvoir l’échéance du 12 juin. »

Par Le Point avec Adlène Meddi

Coronavirus : l’Algérie accuse Pfizer de chantage

mai 13, 2021
Abderrahmane Benbouzid, le ministre de la Santé algérien, s’explique sur l’absence du vaccin Pfizer dans son pays.

Alors que le pays connaît un léger rebond des contaminations au Covid-19 depuis quelques jours, le ministre de la Santé Abderrahmane Benbouzid a déclaré que le géant pharmaceutique aurait imposé des conditions préalables à la fourniture de vaccins « inacceptables » pour l’Algérie.

Interrogé, jeudi 13 mai 2021, sur la campagne de vaccination qui tourne au ralenti en Algérie, le professeur Abderrahmane Benbouzid révèle que Pfizer a posé des conditions pour la livraison des doses de vaccin : « En novembre [2020], nous avons convenu [un accord] avec Pfizer, mais il nous a mis dans une situation que nous ne pouvions pas accepter dans la mesure où il nous a demandé d’acheter un certain nombre de vaccins, de payer en avance et d’exonérer totalement Pfizer de toutes poursuites dans le cas où le vaccin aurait des travers. Nous ne l’avons pas accepté, nous ne l’acceptons toujours pas. »

C’est la première fois qu’un responsable algérien donne des précisions sur l’absence en Algérie de ce vaccin produit par ce laboratoire américain. Contacté par Jeune Afrique, Pfizer France indique qu’elle n’est pas concernée par les propos du ministre algérien.

Sinopharm et Sputnik V

Le ministre de la Santé défend la démarche des autorités dans l’acquisition des vaccins. « Nous avons, dès début août [2020], engagé les prospections en invitant les ambassadeurs d’Angleterre, de Russie, de Chine, ainsi que tous les laboratoires, en signant des mémorandums, ajoute Benbouzid. Pour le reste, nous avons commencé le 20 décembre. M. le président de la République nous a demandé de ramener le vaccin pour janvier. « Nous avons engagé très intensément des discussions avec la Chine pour Sinopharm, avec AstraZeneca, Gamaleya ou le fonds d’investissement direct russe qui fait le vaccin Sputnik V. » L’Algérie a finalement opté pour les fabricants chinois et russes.

Par ailleurs, le pays a reçu un don de 200 000 doses des Chinois (Sinopharm) ainsi que son quota de plus de 300 000 vaccins dans le cadre du système Covax (AstraZeneca).

Par Jeune Afrique

Algérie : le journaliste Khaled Drareni libéré

février 20, 2021
Khaled Drareni fait le V de la victoire après avoir été libéré de prison, à Alger, le 19 février 2021.

Khaled Drareni, libéré vendredi après presque un an de détention, a commencé sa carrière comme un présentateur télé vedette avant de devenir un symbole du combat pour la liberté de la presse en Algérie.

Relâché après une longue journée d’attente pour ses proches, les militants et collègues journalistes rassemblés devant le centre pénitencier de Koléa, à l’ouest d’Alger, il est apparu serein, en bonne forme, masque sanitaire sur le visage.

« Je remercie tous ceux qui m’ont soutenu et qui ont soutenu les détenus d’opinion car votre soutien est essentiel pour nous tous et il est la preuve de notre innocence », a-t-il réagi dans une vidéo relayée sur les réseaux sociaux.

À sa sortie de prison, il fait le V de la victoire avec les doigts, un signe qu’il a brandi ces dernières années face aux intimidations des autorités.

Né à Alger le 10 mai 1980 dans une famille aisée, Khaled Drareni, allure athlétique et charismatique, a étudié le droit et les sciences politiques à la faculté de Ben Aknoun à Alger, avant d’entamer une carrière de journaliste.

Professionnalisme et rigueur

Après des débuts dans les médias publics, Khaled Drareni est propulsé comme présentateur vedette sur des chaînes privées à partir de 2013, notamment grâce à ses émissions sur Dzair TV et Echourouk TV.

Respecté par ses collègues pour son professionnalisme et sa rigueur, il crée en 2017 le site d’information Casbah Tribune qui couvre l’actualité algérienne, et bloqué par les autorités depuis décembre 2020. Il travaille en même temps comme correspondant en Algérie de la chaîne francophone TV5 Monde et de l’ONG Reporters sans frontières (RSF).

Le journaliste de 40 ans est condamné mi-septembre à deux ans de prison ferme pour « incitation à attroupement non armé » et « atteinte à l’unité nationale ». Il était apparu amaigri lors de son procès et l’on s’était inquiété sur ses conditions de détention.

JE N’AI FAIT QU’EXERCER MON MÉTIER

Khaled Drareni, célibataire, a été menacé à plusieurs reprises par les services de sécurité qui lui reprochaient sa proximité avec le Hirak, le mouvement de protestation populaire. Il avait été arrêté en mars 2020 à Alger, en marge d’une manifestation.

Mais le journaliste se défend devant le tribunal : « Je n’ai fait qu’exercer mon métier ».

Il couvre les marches du Hirak dès le début du mouvement en février 2019, notamment via son compte Twitter, suivi par des centaines de milliers de personnes, où il partage photos, slogans et déclarations en direct des défilés de la contestation.

« Détention arbitraire »

Tandis que les procédures judiciaires s’enchaînent contre lui, journalistes et militants des droits humains se mobilisent en Algérie, mais aussi à l’étranger pour exiger sa libération immédiate.

Le président Abdelmadjid Tebboune –celui là même qui a permis sa libération en décrétant une grâce présidentielle en faveur de détenus du Hirak-– avait laissé entendre que Khaled Drareni était un espion au service d’ambassades étrangères, sans jamais citer son nom.

« Enfin libre! Après 11 mois de détention arbitraire pour avoir exercé son métier, notre correspondant en Algérie Khaled Drareni retrouve la liberté qu’il n’aurait jamais dû perdre! », a réagi RSF sur Twitter.

Par Jeune Afrique avec AFP

Algérie : 15 ans de prison requis contre « Madame Maya », « fille cachée » de Bouteflika

décembre 28, 2020
Le président algérien Abdelaziz Bouteflika, en Algérie, le 27 mars 2009.

Jugée en appel pour corruption depuis samedi, la richissime femme d’affaires de 66 ans était parvenue à amasser une fortune colossale en se présentant comme la fille illégitime du président déchu.

Le parquet algérien a requis quinze ans de prison ferme contre « Madame Maya », la « fille cachée » du président déchu Abdelaziz Bouteflika, jugée en appel depuis samedi 26 décembre à Tipaza, près d’Alger, selon l’agence de presse officielle APS.

Cette femme d’affaires algérienne, qui se faisait passer pour la fille de l’ex-président et dont personne n’avait entendu parler avant juillet 2019, est jugée pour corruption avec treize autres accusés. Son procès en appel s’est ouvert samedi à Tipaza avec l’audition des accusés et des témoins, et s’est poursuivi dimanche avec les plaidoiries de la défense. Le parquet a requis quinze ans de prison ferme contre elle, et dix ans contre ses deux filles, Imène et Farah.

L’influente « Madame Maya », de son vrai nom Zoulikha-Chafika Nachinache, a été condamnée en première instance, le 14 octobre, à douze ans de prison ferme, une amende de 6 millions de dinars (40 000 euros) et à la saisie de ses biens. Elle avait notamment été reconnue coupable de « blanchiment d’argent », « trafic d’influence », « dilapidation de deniers publics » et « transfert illicite de devises vers l’étranger ». Ses deux filles avaient été condamnées à cinq ans de prison.

Caverne d’Ali Baba

Inconnue du grand public avant cette affaire, « Madame Maya », 66 ans, a bâti une fortune colossale sur une rumeur qui faisait d’elle la « fille cachée » de l’ancien chef d’État. Largement relayée par l’entourage d’Abdelaziz Bouteflika, la rumeur lui a permis de bénéficier de nombreux privilèges et de la protection de hauts responsables comme l’ancien puissant patron de la police, Abdelghani Hamel.

Mais, en juillet 2019, trois mois après la démission d’Abdelaziz Bouteflika, lors d’une perquisition dans sa cossue résidence à Moretti, une station balnéaire chic de la banlieue d’Alger, les services de sécurité ont découvert une véritable caverne d’Ali Baba. Dans l’un des murs de la villa, la propriétaire avait entreposé 9,5 millions de dinars (630 000 euros), 30 000 dollars, 270 000 euros ainsi que 25 kilos d’or d’une valeur de 1,3 million d’euros.

Selon une expertise judiciaire que Jeune Afrique a pu consulter, la femme d’affaires et ses deux filles auraient également transféré illégalement vers l’étranger la bagatelle de 1,5 million d’euros. L’affaire provoque alors un mélange d’incrédulité, de dégoût et de colère au sein de l’opinion.

Implication de hauts responsables

D’autant plus que l’enquête a révélé ses liens avec plusieurs hauts responsables. Deux anciens ministres, Mohamed Ghazi et Abdelghani Zaalane, ainsi que l’ex-chef de la police ont été condamnés à dix ans de prison ferme dans cette affaire. Le parquet a requis en appel quinze ans de prison contre les deux anciens ministres et douze ans contre Abdelghani Hamel, selon l’APS.

Après la chute de l’ex-homme fort, la justice algérienne a lancé une série d’enquêtes pour corruption. Les condamnations en série à de lourdes peines de prison ont dévoilé l’ampleur des fortunes amassées par les hommes du sérail de l’ancien chef d’État.

Par Jeune Afrique avec AFP

Le président algérien apparaît pour la première fois depuis près de deux mois

décembre 13, 2020
Le président algérien Abelmadjid Tebboune est apparu à la télévision publique dimanche après-midi pour la première fois depuis le 15 octobre.

Le président algérien Abelmadjid Tebboune est apparu dimanche à la télévision publique pour la première fois depuis près de deux mois et son hospitalisation en Allemagne pour être soigné du coronavirus.

« Je suis en convalescence. Cela va prendre encore deux ou trois semaines pour que je reprenne mes forces physiques », a déclaré Abelmadjid Tebboune, 75 ans, visiblement amaigri, dans un « discours au peuple » prononcé au lendemain du 1er anniversaire de sa victoire électorale.

Alors que son absence prolongée avait alimenté rumeurs et désinformation, le chef de l’État a promis d’être de retour parmi les Algériens « dans les plus brefs délais », dans ce discours sur son compte Twitter relayé par la télévision publique. La dernière apparition publique d’Abelmadjid Tebboune remontait au 15 octobre lorsqu’il avait rencontré le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian.

Plusieurs fois, les autorités algériennes ont annoncé le retour « prochain » du président au pays depuis son hospitalisation en Allemagne. Dès le 24 octobre, Abelmadjid Tebboune, grand fumeur, s’était mis volontairement à l’isolement après avoir été en contact avec des responsables contaminés par la maladie du Covid-19. Il a ensuite été admis le 28 octobre dans « l’un des plus grands établissements spécialisés » d’Allemagne après avoir contracté le virus.

Humiliation

Arrivé au pouvoir le 12 décembre 2019 avec des velléités réformatrices, Abelmadjid Tebboune incarne aujourd’hui un pays dans l’impasse et des institutions bloquées. Comme un retour vers le passé, après les espoirs du mouvement de contestation (« Hirak »).L’absence du chef de l’État a replongé l’Algérie dans les affres humiliantes de la fin du règne de son prédécesseur Abdelaziz Bouteflika, quand ce dernier, frappé par un AVC en 2013, avait continué, impotent et aphasique, à assumer la charge présidentielle avant d’être chassé du pouvoir en avril 2019 par le Hirak.

L’incertitude politique avait poussé certaines voix à réclamer l’application de l’article 102 de la Constitution, relatif à la vacance du pouvoir, afin d’éviter une crise institutionnelle. En cas de maladie ou de démission du président, il revient au Conseil constitutionnel de constater l’état d’empêchement du chef de l’État. C’est le président par intérim du Sénat, en l’occurrence Salah Goudjil, un ancien combattant de la guerre d’indépendance âgé de 89 ans, qui assure l’intérim pendant une période maximale de 90 jours, en attendant l’élection d’un nouveau président.

L’armée reste la grande muette

Pilier du régime, l’armée reste elle la grande muette. Officiellement, Abelmadjid Tebboune tient toujours les rênes de l’État. Mais ce dernier n’a pu exercer aucune de ses prérogatives depuis près de deux mois : il n’a pas promulgué la nouvelle Constitution -projet phare de son programme électoral-, ni signé la loi de Finances 2021.

LA PRÉSIDENCE D’ABELMADJID TEBBOUNE A PERDU TOUTE CRÉDIBILITÉ

Élu lors d’un scrutin largement boudé par la population et de ce fait souffrant d’un manque de légitimité, il avait d’abord tendu la main au « Hirak béni », mouvement antirégime suspendu en raison de l’épidémie Covid-19. Il avait aussi promis de bâtir une économie « forte et diversifiée », à même de réduire l’hyperdépendance de l’Algérie aux hydrocarbures.

Un handicap pour le pays

« Malgré son handicap de départ, Abelmadjid Tebboune pouvait se créer une légitimité, en lançant de grands projets de renouveau politique, économique et institutionnel. Il n’a pas pu, ou su le faire. Son action n’a pas créé d’adhésion, encore moins d’enthousiasme », constate le journaliste et écrivain Abed Charef. « La présidence d’Abelmadjid Tebboune a perdu toute crédibilité. Elle devient un handicap pour le pays. »

Un an après la présidentielle, force est de constater que des militants du Hirak, des opposants politiques, des journalistes et des blogueurs proches de la contestation sont toujours la cible de poursuites judiciaires, quand ils ne sont pas emprisonnés. Sur le plan marcroéconomique, l’Algérie voit fondre ses réserves de change, les liquidités s’assécher et un marché pétrolier toujours déprimé par la crise sanitaire.

Selon les prévisions du Fonds monétaire international, l’Algérie devrait subir une récession de 5,2% en 2020 ainsi qu’un déficit budgétaire parmi les plus élevés de la région.Pour des économistes, le pays a épuisé toutes les possibilités offertes pour le financement du déficit, y compris la planche à billets, et le recours au financement extérieur sera « inéluctable » dans les prochains mois, malgré les assertions contraires des autorités.

Par Jeune Afrique avec AFP

Décès d’une médecin enceinte en Algérie : le directeur de l’hôpital limogé

mai 19, 2020

Des médecins marchent devant une clinique à Alger, le 26 février 2020.

Des médecins marchent devant une clinique à Alger, le 26 février 2020. © Anis Belghoul/AP/SIPA

 

Le directeur d’un hôpital de Ras el Oued a été démis de ses fonctions après le décès des suites du coronavirus d’une médecin de 28 ans, enceinte de huit mois, à qui il avait refusé un congé.

À la suite du décès de la docteure Wafa Boudissa et de l’enfant qu’elle portait, le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, a mis fin aux fonctions du directeur de l’hôpital de Ras el Oued (est), une sanction administrative, a indiqué à l’AFP une source proche du dossier qui a requis l’anonymat. Le nom du directeur n’a pas été divulgué.

Abderrahmane Benbouzid avait ordonné samedi l’ouverture d’une enquête administrative pour déterminer les circonstances du décès de la médecin, chargeant, de manière exceptionnelle, l’inspecteur général du ministère de la Santé de mener les investigations. À l’issue de l’enquête, le dossier est susceptible d’être transmis à la justice et, si une faute grave est avérée, le ou les responsables risquent d’être poursuivis pour homicide par négligence, a précisé cette source.

Incompréhension

Âgée de 28 ans, cette docteure était employée aux urgences chirurgicales de l’établissement public hospitalier de Ras el Oued, dans la wilaya de Bordj Bou Arreridj, à 170 kilomètres au sud-est d’Alger. Dans un reportage télévisé, le ministre de la Santé, en visite à l’hôpital puis au domicile de la jeune femme, a manifesté son incompréhension devant le fait d’avoir laissé travailler une femme enceinte de huit mois.

Les collègues de la victime ont fustigé, devant les caméras, les responsables de ce décès et exigé leur révocation. Une de ses consœurs a expliqué que la demande de congé de Wafa Boudissa avait reçu l’appui de tous ses collègues qui avaient signé sa requête. Son décès a provoqué un tollé sur les réseaux sociaux, d’autant que la jeune médecin était prioritaire pour bénéficier d’un congé exceptionnel.

Plus de 500 décès

Un décret présidentiel, visant à lutter contre la propagation du Covid-19, stipule que « sont considérées comme prioritaires au titre du congé exceptionnel les femmes enceintes et les femmes élevant des enfants ainsi que les personnes atteintes de maladies chroniques et celles présentant des vulnérabilités médicales ».

Plus de 548 décès ont été recensés en Algérie, selon le Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie, dont 19 parmi le personnel médical et paramédical, selon le ministre de la santé. Plus de 7 000 cas de contamination ont été officiellement déclarés dans le pays.

Par Jeune Afrique avec AFP

Algérie : décès du chanteur Idir, légende de la musique kabyle

mai 3, 2020

Le chanteur algérien Idir en concert en Suisse en 2007.

Le chanteur algérien Idir en concert en Suisse en 2007. © SALVATORE DI NOLFI/AP/SIPA 

Le chanteur algérien Idir, l’un des principaux ambassadeurs de la chanson kabyle à travers le monde et l’interprète du célèbre « A Vava Inouva », est mort samedi soir à Paris à l’âge de 70 ans, a annoncé sa famille.

« Nous avons le regret de vous annoncer le décès de notre père (à tous), Idir, le samedi 2 mai à 21h30. Repose en paix papa », indique un message publié sur la page Facebook officielle du chanteur, installé en France. La famille, contactée, n’a pas souhaité s’exprimer.

« J’ai appris avec une immense tristesse la nouvelle du décès » d’Idir, « une icône de l’art algérien », a salué dans un tweet le président algérien Abdelmadjid Tebboune. « Avec sa disparition, l’Algérie perd un de ses monuments ».

De son vrai nom Hamid Cheriet, Idir était né le 25 octobre 1949 à Aït Lahcène, près de Tizi-Ouzou, capitale de la Grande-Kabylie. Alors qu’il se destinait à être géologue, un passage en 1973 sur Radio Alger change le cours de sa vie : il remplace au pied levé la chanteuse Nouara, et sa chanson en langue berbère « A Vava Inouva », qui évoque les veillées dans les villages kabyles, fait le tour du monde à son insu pendant qu’il fait son service militaire.

Mélange des cultures

« Je suis arrivé au moment où il fallait, avec les chansons qu’il fallait », racontait en 2013 Idir, imprégné dès son enfance par les chants qui rythmaient tous les moments de la vie quotidienne. Il rejoint Paris en 1975 pour produire son premier album, également intitulé « A Vava Inouva ».

Il disparaît de la scène pendant dix ans, de 1981 à 1991, mais sa carrière est ensuite relancée. À l’automne 1999, profitant de l’élan donné par ses compatriotes Cheb Mami et Khaled, il signe son retour discographique avec l’album « Identités », où il propose un mélange de « Chââbi », la musique algéroise, et de rythmes empruntés aux genres occidentaux.

À l’image de son désir du mélange des cultures, il y chante avec des musiciens de différents horizons culturels, musicaux ou géographiques, comme Manu Chao, Dan Ar Braz, Zebda, Maxime Le Forestier ou Gnawa Diffusion, Gilles Servat, Geoffrey Oryema et l’Orchestre national de Barbès.

Reconnaissance de l’identité culturelle de la Kabylie

En 2007, il avait publié l’album « La France des couleurs », en pleine campagne pour l’élection présidentielle française marquée par des débats sur l’immigration et l’identité.

En janvier 2018, le chanteur – qui militait pour la reconnaissance de l’identité culturelle de la Kabylie – était revenu chanter à Alger pour le nouvel an berbère « Yennayer » après une absence de 38 ans.

Dans une interview au Journal du dimanche, en avril 2019, il évoquait les manifestations populaires en Algérie et le départ d’Abdelaziz Bouteflika.

« J’ai tout aimé de ces manifestations : l’intelligence de cette jeunesse, son humour, sa détermination à rester pacifique (…) J’avoue avoir vécu ces instants de grâce depuis le 22 février comme des bouffées d’oxygène. Atteint d’une fibrose pulmonaire, je sais de quoi je parle », disait-il.

« De toute façon, nous sommes condamnés à réussir. Continuons donc à réfléchir en termes de Nation algérienne vers le progrès. Si nous restons unis, rien ni personne ne pourra nous défaire ».

Idir, qui avait été hospitalisé vendredi à Paris, a succombé à une maladie pulmonaire et devrait être enterré en région parisienne, selon son entourage proche.

Par Jeune Afrique avec AFP

Coronavirus : Égypte, Algérie et Afrique du Sud, pays africains les plus exposés

février 10, 2020

Une modélisation détaille l’état de préparation et la vulnérabilité des États du continent face à l’importation du 2019-nCoV par des voyageurs aériens

Un expatrié chinois dans la China Town de Johannesburg, en Afrique du Sud, le 7 février 2020. LUCA SOLA/AFP

Quel sera le premier pays africain touché par le coronavirus ? A la date du dimanche 9 février, 24 pays ont notifié à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) des cas d’infection par le 2019-nCoV importés de Chine mais aucun cas n’a encore été confirmé sur le continent africain. Néanmoins, la Chine étant le premier partenaire commercial de l’Afrique et du fait des nombreuses liaisons aériennes existant entre Pékin et le continent, la préoccupation est grande vis-à-vis d’une possible introduction de ce nouveau coronavirus aisément transmissible.

Il apparaît que le risque d’importation du 2019-nCoV est très hétérogène selon les pays et que les plus susceptibles de découvrir sur leur territoire un cas importé ne disposent pas tous de la même capacité à y répondre. Le spectre d’une épidémie dans un pays au système sanitaire en pleine construction est en effet source d’inquiétude forte.

Or, selon une modélisation, un groupe de trois États se situe dans le trio de tête des pays les plus menacés par une arrivée du virus : l’Égypte, l’Algérie et l’Afrique du Sud. Ils sont suivis d’un second groupe constitué, lui, du Nigeria et de l’Éthiopie.

Trafic aérien Chine-Afrique

C’est une équipe internationale, dirigée par Vittoria Colizza (Institut Pierre-Louis, Inserm – Sorbonne Université) qui a publié ce travail vendredi sur le site medrxiv.org une modélisation du risque pour les pays africains. Pour cela, les auteurs – y compris le chercheur ivoirien Serge Paul Eholié – ont croisé plusieurs paramètres. D’une part, le risque lié à l’ampleur des flux de voyageurs vers l’Afrique au départ des différentes provinces de Chine, à l’exception de celle du Hubei, épicentre de l’épidémie, en raison de l’interdiction des vols aériens que les autorités chinoises lui ont imposée à partir du 23 janvier. D’autre part, la vulnérabilité de chaque État africain face à une urgence épidémique et ses capacités à parer à l’éventualité d’une importation de cas.

Les chercheurs ont estimé ce risque en s’appuyant sur les données du trafic aérien Chine-Afrique au cours de l’année écoulée, sur le nombre de cas confirmés et la taille de la population dans chacune des provinces chinoises. Les auteurs ont pris en compte ces données d’incidence et les trois aéroports ayant le plus gros trafic aérien dans chaque province. Puis ils ont calculé la probabilité pour une ville chinoise d’être le point de départ d’une personne infectée pour chacun des pays africains sachant qu’il existe des relations privilégiées entre certaines provinces chinoises et différents pays d’Afrique. Ce qui a montré que l’Égypte, l’Algérie et l’Afrique du Sud sont les trois pays sont les plus exposés à l’importation du 2019-nCoV par le biais aérien.

Les deux index de capacité et de vulnérabilité sont exprimés sur une échelle allant de 0 à 100. Plus le chiffre est élevé, plus le niveau de capacité est important et moins la vulnérabilité est grande. Chaque pays se voit donc attribuer une probabilité plus ou moins forte pour le risque d’introduction d’un cas importé de Chine, ainsi qu’un score de capacité et une note de vulnérabilité. Bien entendu, une même valeur d’indice peut recouvrir des points forts et des faiblesses différents selon les pays.

Égypte, Algérie et Afrique du Sud présentent des aptitudes de réponse allant de « modéré » à « élevé ». L’Égypte a ainsi un index de capacité à 87 sur 100 et un index de vulnérabilité à 53 ; l’Algérie obtient 76 en capacité et 49 en vulnérabilité et l’Afrique du Sud, elle, possède un index de capacité de 62 et un indice de vulnérabilité de 69.

Pour évaluer les capacités des pays africains, Marius Gilbert (Université libre de Bruxelles), Moritz Kraemer (Harvard University et Boston Children Hospital) et leurs collègues se sont servis de l’outil de l’OMS pour l’autoévaluation des Etats membres à mettre en œuvre les dispositions du règlement sanitaire international (RSI) permettant de gérer les questions de sécurité sanitaire. L’autre dimension, la vulnérabilité, a été évaluée au moyen d’un index rassemblant des données sanitaires, économiques, démographiques, ainsi que des données sur la dynamique de la maladie et le contexte politique national et international.

Dans le classement selon le risque décroissant d’introduction du nouveau coronavirus, deux pays fortement peuplés : le Nigeria et l’Éthiopie, avec des capacités modérées (respectivement 51 et 67) couplées à une vulnérabilité élevée (respectivement 27 et 38). Ce qui les place juste après le trio de tête.

Un troisième groupe comprenant le Maroc, le Soudan, l’Angola, la Tanzanie, le Ghana et le Kenya, ont des populations relativement similaires en nombre et un risque d’importation modéré. Cependant, l’index de capacité varie entre eux de 34 (Kenya) à 75 (Maroc) et ces pays possèdent un indice de vulnérabilité globalement bas (inférieur à 46), reflétant une faiblesse importante, à l’exception du Maroc (vulnérabilité évaluée à 56).

Expatriés africains

Le reste des 54 pays africains présentent un risque d’introduction du virus ainsi qu’une vulnérabilité allant de « bas » à « modéré » et, pour la majorité d’entre eux, un score de capacité relativement bas, à l’exception de la Tunisie et du Rwanda.

Bien sûr, comme dans toute modélisation, des facteurs peuvent modifier les prévisions. C’est le cas de la dynamique de l’épidémie en Chine même. Les auteurs citent par exemple les conséquences d’une éventuelle élévation significative du nombre de nouveaux cas dans la province du Guandong, qui augmenterait plus particulièrement le risque d’introduction du virus dans un groupe de pays composé du Cameroun, de la République démocratique du Congo (RDC), de Madagascar, du Mozambique, du Rwanda, du Sénégal et de la Tunisie. De même des restrictions sur les vols aériens entre la Chine et l’Afrique – le plus gros opérateur aérien africain Ethiopian Airlines représentant à lui seul la moitié de ce trafic – modifieraient ce risque.

« Avec notre travail de modélisation, nous voulons attirer l’attention des pays riches sur le danger que représente cette épidémie pour la santé mondiale. Nous pouvons le faire, car beaucoup de données sont disponibles et cela peut aider à mieux cadrer ce qui se passe », plaide Vittoria Colizza.

D’ores et déjà beaucoup de pays africains ont renforcé leur surveillance dans les aéroports avec des contrôles de température et des entretiens avec les passagers arrivant de Chine, ainsi que leurs campagnes de communication, comme les y encourage l’OMS. Personne n’a oublié que, lors de l’épidémie de Sras en 2002-2003, partie elle aussi de Chine, l’Afrique du Sud avait déclaré des cas d’infection. Il y a beaucoup d’expatriés africains travaillant ou étudiant en Chine et leur pays d’origine n’est souvent pas en capacité de les rapatrier faute de pouvoir les prendre en charge en les isolant à leur retour.

Le Monde.fr par Paul Benkimoun

Algérie : Ahmed Gaïd Salah, le chef d’état-major de l’armée, est décédé

décembre 23, 2019

Le général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah.

Le général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah. © AP/SIPA

 

Le vice-ministre de la Défense et chef d’état-major de l’Armée, Ahmed Gaïd Salah, 79 ans, est décédé ce lundi 23 décembre à Alger, a annoncé ce matin la radio d’État.

La disparition du patron de l’armée intervient quatre jours après l’investiture de Abdelmadjid Tebboune, comme nouveau président de la République.

Selon un communiqué de la présidence, Ahmed Gaïd Salah a fait une crise cardiaque à 6 heures du matin à son domicile avant d’être transporté à l’hôpital militaire de Ain Naadja, sur les hauteurs d’Alger.

Le général-major Saïd Chengriha, commandant des forces terrestres, a été nommé chef d’état-major par intérim de l’Armée nationale populaire (ANP) en remplacement du général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah, annonce la télévision d’État. Chef de la 3ème région militaire depuis août 2004, le général-major Saïd Chengriha a été promu commandant des forces terrestres en août 2018 dans le cadre d’une vaste opération de réorganisation du commandement militaire décidée par Ahmed Gaïd Salah.

Le président Abdelmadjid Tebboune, qui a pris cette décision, a également décrété trois jours de deuil national, selon la même source.

Véritable homme fort du pays après la démission du président Abdelaziz Bouteflika en avril dernier, Ahmed Gaïd Salah a pesé de tout son poids pour la tenue de l’élection présidentielle contestée par une bonne partie des Algériens.

Cassant et impitoyable

Depuis son arrivée à l’état-major en 2004, Ahmed Gaïd Salah aura été d’une fidélité à toutes épreuves pour l’ancien président Bouteflika. Après l’AVC dont ce dernier a été victime en avril 2013, il a joué de son influence pour lui permettre de briguer un quatrième mandat en 2014 en dépit de sa santé chancelante. Toujours fidèle à l’ex-chef de l’État, Gaïd Salah s’est prononcé en faveur d’un cinquième mandat avant de changer de braquet un mois après le début de la révolution de rue du 22 février 2019.

Celui qui a juré allégeance à Bouteflika s’est alors transformé en adversaire en poussant le patient de Zeralda vers la porte de sortie en exigeant dès le 26 mars l’application de l’article 120 de la Constitution qui stipule la démission ou la destitution du président de la République pour des raisons de santé.

Homme de caractère, dur, cassant, impitoyable, Gaïd Salah ne souffrait pas la contradiction. Ses amis, comme ses détracteurs, décrivent un personnage capable de colères homériques. Il était l’artisan de la promulgation en 2016 d’une loi obligeant les officiers à la retraite à un devoir de réserve sous peine de poursuites judiciaires.

Lutte contre la corruption

Depuis la démission forcée de l’ex-président, Ahmed Gaïd Salah a engagé une guerre impitoyable contre les hommes de l’ancien clan présidentiel au motif de faits de la corruption et d’abus de pouvoir. Il a fait de lutte contre la corruption une de ses priorités en martelant semaine après semaine sa détermination à en finir avec ce qui est appelé communément la Issaba (bande mafieuse).

L’omniprésence de Gaïd sur la scène politique ainsi que ses sorties intempestives ont fait de lui la cible de contestation de la rue qui réclamaient son départ.

Chef de l’état-major depuis 2004

Ancien maquisard, Gaïd Salah a dirigé l’état-major de l’armée depuis l’été 2004 au lendemain de la démission du général-major Mohamed Lamari.

Né en 1940 à Aïn Yagout, en pays chaoui, il rejoint le maquis en janvier 1957. À l’indépendance, il suit une formation en artillerie à l’Académie militaire de Vystrel, près de Moscou. Dans sa promotion, le futur général de corps d’armée Ben Ali Ben Ali, qui dirige la garde républicaine depuis 2015.

En 1994, au plus fort de la guerre civile, il est nommé commandant des forces terrestres, engagées dans la lutte antiterroriste. Une promotion qu’il doit à deux généraux, avec qui il se brouillera par la suite : Mohamed Lamari, alors chef d’état-major de l’armée, et Khaled Nezzar, l’ex-ministre de la Défense.

Jeuneafrique.com par Farid Alilat

 

Algérie: Algérie : début du procès de Saïd Bouteflika, des généraux Toufik et Tartag et de Louisa Hanoune

septembre 23, 2019

Saïd Bouteflika en avril 2009 lors de la réélection de son frère à la présidence de l’Algérie (image d’illustration). © AP/SIPA

 

Le procès de Saïd Bouteflika, frère et conseiller du président déchu Abdelaziz Bouteflika, ainsi que de deux anciens chefs du renseignement, les généraux Toufik et Tartag, et de Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs, a débuté lundi à Blida, au sud d’Alger.

La police et les gendarmes ont interdit l’accès aux deux entrées du tribunal militaire à tous les véhicules et piétons, a constaté un photographe de l’AFP sur place. Saïd Bouteflika, Mohamed Mediène – dit « Toufik », directeur des puissants services secrets algériens pendant 25 ans – , son successeur Athmane Tartag et la cheffe du Parti des travailleurs (PT, trotskiste) Louisa Hanoune, comparaissent devant le tribunal.

L’ex-président du Conseil constitutionnel Tayeb Belaïz, fidèle de Bouteflika, est également arrivé à la cour pour témoigner, d’après la même source.

Saïd Bouteflika et les deux ex-patrons du renseignement ont été incarcérés le 5 mai, tandis que Louisa Hanoune a été placée en détention provisoire quatre jours plus tard. La justice militaire les avait inculpés pour « atteinte à l’autorité de l’armée » et « complot contre l’autorité de l’État », des crimes pour lesquels ils encourent de lourdes peines, selon le code de justice militaire et le code pénal.

Réunions pour « comploter » contre Gaïd Salah

Un mouvement de contestation inédit débuté le 22 février a contraint Abdelaziz Bouteflika à renoncer à un 5e mandat puis à démissionner le 2 avril, après deux décennies au pouvoir. Depuis, la justice a ouvert une série d’enquêtes sur des faits présumés de corruption visant des ex-hauts responsables politiques et militaires ainsi que des hommes d’affaires, accusés d’avoir profité de leurs liens privilégiés avec l’entourage de Bouteflika.

Lors de l’instruction, la défense de Louisa Hanoune avait admis qu’elle avait participé à une réunion avec Saïd Bouteflika et « Toufik » le 27 mars, au lendemain d’une déclaration du chef d’état-major de l’armée, le général Ahmed Gaïd Salah, demandant publiquement le départ du pouvoir d’Abdelaziz Bouteflika. Quelques jours plus tard, le général Gaïd Salah avait accusé, sans les nommer, Saïd Bouteflika et les généraux Mediène et Tartag de se réunir pour comploter contre l’armée.

Entendu comme témoin le 14 mai dans l’enquête visant le frère de l’ex-président, le général Khaled Nezzar – ancien homme fort de l’Algérie dans les années 1990 – avait affirmé que Saïd Bouteflika lui avait dit envisager d’instaurer l’état de siège et de démettre le général Gaïd Salah, afin de mettre un terme à la contestation contre son frère. Saïd Bouteflika était considéré comme le véritable homme fort du palais présidentiel, mais il ne disposait d’aucun pouvoir constitutionnel.

Également accusés de « complot », Nezzar et sont fils Lotfi sont depuis le 6 août sous le coup d’un mandat d’arrêt international émis par le tribunal militaire de Blida. Selon des médias algériens, ils ont fui en Espagne au début de l’été.

Par Jeune Afrique avec AFP