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Algérie : le trafic de migrants vers l’Espagne a généré près de 60 millions d’euros en 2021

novembre 4, 2021
Deux clandestins algériens conduits par un policier espagnol à un Centre d’assistance temporaire pour étrangers, à Almeria, le 16 octobre 2021. © JORGE GUERRERO/AFP

Une véritable industrie. Depuis plusieurs mois, les arrivées d’embarcations de migrants algériens en Espagne se multiplient. Un trafic qui s’est professionnalisé, générant des millions d’euros de bénéfices sur le dos des candidats au départ.

Tolérance zéro. C’est la politique que les autorités espagnoles ont décidé d’adopter à l’égard des migrants clandestins pour tenter d’endiguer les vagues successives de harragas qui arrivent en provenance des côtes ouest de l’Algérie depuis plusieurs mois.

Mardi soir, un navire de la compagnie Trasmediterránea a quitté le port d’Almeria en direction d’Oran avec à son bord une centaine de migrants qui avaient été détenus pendant plus d’un mois dans des centres de rétention à Madrid, Valence et Barcelone. D’autres expulsions devraient suivre dans les prochaines semaines.

PRÈS DE 10 000 ALGÉRIENS SONT ENTRÉS CLANDESTINEMENT SUR LE TERRITOIRE ESPAGNOL EN 2021

Face à un phénomène qui a pris une ampleur inédite depuis le début de l’été, le gouvernement espagnol a donc décidé d’agir. Il s’active pour le rapatriement des migrants récemment arrêtés ou interceptés, et le transfert des clandestins dans des centres de rétention répartis à travers le territoire espagnol. La tâche se révèle ardue dans la mesure où la quasi-majorité des clandestins arrivant des côtes algériennes ne possèdent pas de pièce d’identité, ce qui complique leur expulsion vers leur pays d’origine.

Un autre front a été ouvert par les autorités, celui-là contre les réseaux criminels opérant sur l’axe Dellys-Mostaganem-Oran avec des complicités dans le sud de l’Espagne. Selon un document interne des autorités espagnoles que l’AFP a consulté, près de 10 000 Algériens sont entrés clandestinement sur le territoire espagnol depuis le début de l’année.

Navires plus performants

Ce chiffre ne tient pas compte des personnes qui ont pu échapper aux autorités portuaires. Au cours des mois de septembre et d’octobre, les services de sécurité algériens ont intercepté 1 793 harragas alors qu’ils tentaient de rejoindre les côtes espagnoles. En 2020, le bilan des entrées de clandestins en provenance d’Algérie dans les ports d’Almeria, Murcie et Alicante s’était établi à 11 500 personnes.

En raison des conditions climatiques clémentes, des dizaines de bateaux, de plus en plus performants, partent quotidiennement des plages de l’ouest algérien. L’époque où les harragas embarquaient sur des rafiots, des chalutiers, des bateaux pneumatiques ou de vieux esquifs semble révolue, laissant ainsi place à une industrie de la migration dirigée et contrôlée par des réseaux trans-méditerranéens.

Une récente enquête de l’Unité contre l’immigration irrégulière (UCRIF) de la police espagnole révèle que ces vagues successives de clandestins visent la saturation, le débordement et l’effondrement des services publics de sauvetage, d’interception, d’assistance humanitaire et sanitaire ainsi que d’accueil des migrants.

Car le dérèglement de ses structures permettrait à ces organisations criminelles d’acheminer un nombre croissant de migrants et de générer de plus en plus de revenus. L’enquête a également établi que ces réseaux disposent aujourd’hui d’une flotte de « bateaux-taxis », des embarcations dotées de puissants moteurs de 200 à 300 chevaux permettant de gagner rapidement les côtes espagnoles et d’effectuer plusieurs rotations par semaine.

CERTAINS VOYAGEURS VONT JUSQU’À DÉBOURSER 1 MILLION DE DINARS POUR LA TRAVERSÉE

Des écoutes effectuées par la police espagnole sur les téléphones portables de plusieurs trafiquants ont mis en lumière l’existence d’un réseau algéro-espagnol spécialisé dans l’achat et la livraison en Algérie de bateaux achetés auprès de fournisseurs espagnols.

Au cours des dernières semaines du mois d’octobre, la police espagnole a effectué des descentes dans les structures d’accueil de l’îlot d’Escombreras, dans la baie de Carthagène, pour enquêter auprès des migrants sur ce vaste réseau.

Renchérissement

Six personnes, âgées de 18 à 35 ans, ont été arrêtées et inculpées pour crimes liés à l’immigration clandestine. Les prévenus ont accepté de coopérer avec la justice pour identifier les passeurs et leurs acolytes qui opèrent entre les deux rives.

L’acquisition de ces vedettes rapides et modernes a induit une hausse du prix de la traversée. Le coût d’une place sur un bateau s’élève aujourd’hui à plus de 800 000 dinars (environ 5 000 euros). Établi en fonction du poids et de la taille du voyageur clandestin, ainsi que des conditions météo, ce tarif peut être revu à la hausse. Certains voyageurs vont jusqu’à débourser 1 million de dinars (6 300 euros).

La réussite de la traversée de milliers de migrants agit comme un appel d’air pour les candidats qui souhaitent partir… et provoque le renchérissement du prix du voyage. Le trafic génère des fortunes qui permettent aux membres du réseau d’investir davantage dans ces bateaux et de verser des commissions substantielles aux complices.

Selon les estimations effectuées par JA, le commerce de la migration clandestine a généré plus de 60 millions d’euros au profit des réseaux de passeurs depuis le début de l’année 2021.

Avec Jeune Afrique par Farid Alilat

Algérie-France : y avait-il une nation algérienne avant la colonisation française ?

octobre 9, 2021
Le président français Emmanuel Macron à l’Hôtel des Invalides, à Paris, le 29 septembre 2021. © Eliot Blondet/POOL/REA

Les propos d’Emmanuel Macron sur l’existence d’une « nation algérienne » avant la colonisation française ont ravivé les tensions entre Alger et Paris. Éléments de réponse à une question sensible avec l’historien Tramor Quemeneur.

Le torchon brûle entre Alger et Paris. La décision française de réduire de moitié le nombre de visas accordés aux ressortissants du Maghreb a mis le feu aux poudres, avant que les propos d’Emmanuel Macron sur l’histoire de l’Algérie n’aggravent un peu plus la brouille.

Après un discours dans lequel il « demande pardon » aux harkis et annonce une loi de « reconnaissance et de réparations », Emmanuel Macron a reçu, le 30 septembre, dix-huit jeunes issus de familles qui ont vécu dans leur chair la guerre d’Algérie (harkis, pieds noirs, appelés et même militants du FLN).

Lors d’un échange avec l’un d’entre eux, le président Macron s’est interrogé, rapporte le journal Le Monde, sur l’existence d’une « nation algérienne avant la colonisation française ». Fureur d’Alger, qui a rappelé son ambassadeur et interdit le survol de son territoire par des avions militaires français dans le cadre des opérations antiterroristes dans le Sahel.

Sujet sensible s’il en est, l’existence d’une nation algérienne avant 1830 est aujourd’hui une question débattue par les historiens. Jeune Afrique est donc allé à la rencontre de Tramor Quemeneur, historien de la guerre d’Algérie et membre du conseil d’orientation du Musée national de l’histoire de l’immigration (MNHI), à Paris.

Jeune Afrique : « Est-ce qu’il y avait une nation algérienne avant la colonisation française ? » s’est interrogé Emmanuel Macron, qui a également évoqué les « précédentes colonisations », notamment ottomane. Que dit l’histoire à ce sujet ?

Tramor Quemeneur : Lors de la période ottomane de l’Algérie, on pouvait déjà observer une sorte d’autonomie, ou plutôt plusieurs territoires autonomes, le pays étant fragmenté.

La conquête de l’Algérie par les frères Barberousse avait donné lieu à une organisation politique très différente de celle mise en place par la colonisation française.

LA PARTICULARITÉ DE LA CONCEPTION OTTOMANE DE LA CONQUÊTE S’EST TRADUITE PAR LA GRANDE AUTONOMIE ACCORDÉE À LA RÉGENCE D’ALGER ET À SON CHEF, LE DEY

La particularité de la conception ottomane de la conquête s’est traduite par la grande autonomie accordée à la Régence d’Alger et à son chef, le dey, ainsi qu’aux beylicats, provinces constituées autour de ce qui correspond aujourd’hui à de grandes villes, comme Alger ou Constantine.

L’armée ottomane est restée sur place et exerçait un pouvoir autoritaire, tout en entretenant des relations étroites avec les peuples autonomes. Des mariages mixtes est née la caste des Kouloughlis, qui représentaient cette population métisse algéro-ottomane, laquelle restait néanmoins méprisée.

La présence ottomane reposait en fait sur une sorte d’accord précaire entre les deux parties. L’empire ottoman prélevait un impôt en échange duquel il assurait la sécurité de la zone.

C’est d’ailleurs la population vivant sur le territoire constituant l’Algérie actuelle qui avait appelé à la rescousse les frères Barberousse, au moment où les forces espagnoles commençaient à prendre possession des zones côtières.

Cette autonomie, relativement importante, a permis à la Régence d’Alger d’avoir une diplomatie et d’entretenir des liens directs avec d’autres puissances, dont la France, qui avait donc des relations bilatérales avec Alger.

Les travaux sur l’histoire de l’Algérie avant la colonisation française sont relativement peu nombreux. Comment l’expliquez-vous ?

Ce n’est pas encore un terrain de recherche très fouillé. Il existe bien des travaux classiques, comme ceux de Charles-André Julien par exemple. Gilbert Meynier est, lui, revenu sur l’histoire de l’Algérie sur la longue durée, mais il n’a pas pu aller jusqu’au bout de ses recherches et n’a pu étudier que la partie la plus ancienne de l’histoire de l’Afrique du Nord. Il n’a donc pas abordé la période ottomane. C’est une histoire que l’on découvre, que l’on redécouvre. Il faut bien prendre en compte cette dimension longue.

Il y a relativement peu de recherches sur l’avant 1830 comparé aux nombreux travaux sur la guerre d’Algérie. On commence aujourd’hui à revenir sur la période de la colonisation, nécessaire pour comprendre la guerre d’indépendance.

Je fais partie de cette génération d’historiens qui a commencé par étudier la guerre d’Algérie et qui observe maintenant l’avancée des travaux historiques sur le pays

Que révèlent les tensions actuelles entre la France et l’Algérie sur cette question d’ordre historique ?

Le moindre propos sur l’Algérie peut encore aujourd’hui susciter des levées de bouclier. Ce que l’on peut tirer de cette affaire, c’est qu’elle soulève une question extrêmement sensible.

IL FAUT SE MÉFIER DE LA SUSCEPTIBILITÉ FEINTE DE CEUX QUI, DES DEUX CÔTÉS DE LA MÉDITERRANÉE, REFUSENT DE VOIR ABOUTIR LE PROCESSUS DE RAPPROCHEMENT ENTRE LA FRANCE ET L’ALGÉRIE

Mais il faut se méfier de la susceptibilité feinte de ceux qui refusent de voir aboutir le processus de rapprochement entre la France et l’Algérie. Un refus teinté de nationalisme exacerbé que l’on retrouve d’ailleurs des deux côtés de la Méditerranée.

Aujourd’hui, il est nécessaire de faire bouger les choses et de sortir de ce blocage mortifère dont pâtissent en premier lieu les peuples. Il y a des relations fortes entre les deux pays. Des familles sont touchées par ces tensions diplomatiques, essentiellement des familles algériennes ou d’origine algérienne.

Mais l’aspect historique est intrinsèquement lié à la visée politique. Le travail historique algérien aurait tendance à mettre aujourd’hui en avant l’impact ottoman pour renforcer la volonté politique des autorités de se rapprocher de la Turquie d’Erdogan.

Avec Jeune Afrique par Sofiane Orus-Boudjema

L’Algérie ferme son espace aérien au Maroc

septembre 24, 2021

Avec TV5/Afrique

Algérie : l’ex-président Bouteflika inhumé avec moins d’honneurs que ses prédécesseurs

septembre 19, 2021
Le convoi transportant la dépouille de l’ex-président algérien Abdelaziz Bouteflika, dimanche 19 septembre 2021.

L’ex-président algérien Abdelaziz Bouteflika a été inhumé dimanche au carré des martyrs du cimetière d’El Alia à Alger, réservé aux héros de la guerre d’indépendance, mais il a eu droit à bien moins d’honneurs que ses prédécesseurs.

Chassé du pouvoir en 2019 après 20 ans à la tête de l’Algérie, Abdelaziz Bouteflika s’est éteint vendredi à l’âge de 84 ans dans sa résidence médicalisée de Zeralda dans l’ouest d’Alger.

Le cortège funèbre est arrivé au cimetière d’El Alia, après avoir parcouru une trentaine de km depuis Zeralda. La dépouille a été portée sur un affût de canon tiré par un véhicule blindé couvert de fleurs.

Aux côtés de membres de la famille, le président Abdelmadjid Tebboune, qui fut Premier ministre sous Bouteflika, les ministres et des diplomates étrangers étaient présents au cimetière, selon les médias.

Signe d’un certain embarras officiel, l’exposition de la dépouille initialement prévue pour un hommage des dignitaires et du grand public au Palais du peuple d’Alger, a été annulée, selon des sources concordantes.

Les corps des prédécesseurs de Bouteflika et même son ex-chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah ont tous été exposés dans ce bâtiment d’apparat avant d’être enterrés.

Le ministre des Moudjahidine (les anciens combattants), Laïd Rebigua, a prononcé l’oraison funèbre de celui qui fut aussi, dans les années 1970, un flamboyant chef de la diplomatie algérienne pendant 14 ans.

La dépouille d’Abdelaziz Bouteflika a ensuite été mise en terre au carré des Martyrs où reposent ses prédécesseurs, aux côtés des figures de la guerre d’indépendance (1954-1962).

« La mort d’un simple quidam » ?

Affaibli et aphasique depuis son AVC en 2013, l’ex-président avait été contraint à la démission le 2 avril 2019, sous la pression des manifestations massives du mouvement pro-démocratie Hirak contre son intention de briguer un 5e mandat consécutif.

Au terme de plusieurs heures de flottement sans réaction officielle, M. Tebboune, au pouvoir depuis fin 2019, avait fini par décréter samedi la mise en berne du drapeau national et un deuil de trois jours pour honorer « le moudjahid Abdelaziz Bouteflika ».

Ces atermoiements illustrent, selon les observateurs, des craintes de manifestations hostiles contre un ex-président à l’image ternie.

« Franchement, j’ai mieux à faire que de m’intéresser aux obsèques d’un président qui a laissé le pays dans un état lamentable. Je préfère m’occuper de mes oiseaux », a déclaré dimanche Farès, 62 ans, un retraité des finances qui habite à Alger.

Pour Islam, 45 ans, postier dans la capitale, « cet enterrement est un non-événement. Autour de moi, personne n’en parle en tout cas. C’est comme s’il s’agissait de la mort d’un simple quidam, qui n’a jamais été président. Les Algériens donnent l’impression d’avoir oublié Bouteflika, d’avoir tourné la page de son règne ».

« Enormément de haine »

« Il y a énormément de haine autour de la figure de Bouteflika sur les réseaux sociaux », a indiqué Isabelle Werenfels, chercheuse suisse spécialiste du Maghreb à l’institut allemand SWP.

Cela a rendu les décideurs actuels « nerveux » sur l’organisation des obsèques, selon elle, car « parmi les élites politiques, économiques et administratives, il y a un nombre assez important de personnes qui sont des produits ou des profiteurs de l’ère Bouteflika ».

Tous les anciens chefs d’État ont eu droit à des funérailles solennelles et huit jours de deuil national, à l’instar du premier président de l’Algérie indépendante Ahmed Ben Bella (1963-1965) et du troisième chef d’Etat Chadli Bendjedid (1979-1992), tous deux décédés en 2012.

Sans parler des funérailles grandioses du mentor de Bouteflika, l’ex-président Houari Boumedienne (1965-1978), marquées en 1978 par le tir de cent coups de canon et qui rassemblèrent des centaines de milliers de personnes.

Après l’annonce du décès du président déchu vendredi par une simple brève lue à la télévision nationale, les médias officiels lui ont réservé un traitement minimaliste.

Le puissant chef de la diplomatie algérienne, Ramtane Lamamra, un ancien ministre sous Bouteflika, a lui attendu jusqu’à dimanche pour transmettre ses condoléances à la famille.

À l’étranger, le roi du Maroc Mohammed VI a adressé un message de « compassion » à M. Tebboune, en dépit de fortes tensions entre les deux pays.

Par Jeune Afrique avec AFP

Abdelaziz Bouteflika, un destin algérien contrasté

septembre 17, 2021

NÉCROLOGIE. De l’ex-président, on retiendra un parcours contrasté à l’image d’un destin personnel et politique marqué par une quête perpétuelle de pouvoir absolu. 

La quete du mandat de trop, le 5e, a precipite la fin de la presidence d'Abdelaziz Bouteflika dans le chaos.
La quête du mandat de trop, le 5e, a précipité la fin de la présidence d’Abdelaziz Bouteflika dans le chaos.© DR

Fortement poussé à la démission par la rue algérienne déterminée à en finir avec un « système » qui a étouffé le pays durant la majeure partie des années qui ont suivi l’indépendance en 1962, Abdelaziz Bouteflika pourra difficilement se départir dans la postérité de l’image d’un homme accroché au pouvoir jusqu’à la caricature. Son image d’homme au regard hagard, sur un fauteuil roulant, pouvant à peine articuler des mots audibles pour ses interlocuteurs ne manquera pas de marquer les esprits de ceux qui visiteront l’histoire de l’Algérie de ce début de XXIe siècle, dont il faudra retenir une gouvernance marquée au fer rouge par un système politico-militaro-affairiste qui a tenaillé le pays dans une étreinte de corruption et de fuite en avant économique. Pourtant, tout aurait pu être différent pour ce jeune Algérien né le 2 mars 1937 à Oujda, dans l’Oriental marocain frontalier de l’Algérie.

Un premier pied dans l’histoire de l’Algérie auprès de Boumédiène 

C’est quand il est encore étudiant qu’en 1956, à 19 ans, il s’engage dans les rangs de l’ALN (Armée de libération nationale). C’est là qu’il rencontre Houari Boumédiène, alors responsable de l’armée des frontières côté marocain. Il devient son secrétaire particulier et son bras droit. Il ne le quittera plus jamais. Après l’indépendance, il est nommé ministre de la Jeunesse et du Tourisme d’Ahmed Ben Bella en 1962 avant de prendre le portefeuille des Affaires étrangères en 1964. Boumédiène le confirme dans sa fonction en s’installant au pouvoir en juin 1965. Car Bouteflika, membre important du « groupe d’Oujda », comme on appelait les proches de Boumédiène, a participé au putsch du ministre de la Défense contre le premier président algérien Ahmed Ben Bella. À la tête de la diplomatie algérienne, Bouteflika brille et hisse l’Algérie au firmament des pays du tiers monde qui comptent lorsque l’Algérie prend la présidence du groupe des Non-Alignés en 1973. À la mort de Boumédiène, en décembre 1978, il s’estime, en fils putatif, son successeur légitime. Erreur. L’armée lui préfère le colonel Chadli Bendjedid qu’elle considère comme plus malléable.

La traversée du désert 

Voilà qui ne va pas faciliter la suite du parcours du flamboyant ex-chef de la diplomatie algérienne, d’autant qu’il est rattrapé par l’affaire de détournement des reliquats budgétaires des ambassades. De quoi le faire tomber en disgrâce et d’être obligé de s’exiler dès 1981 à Paris, puis à Genève et aux Émirats arabes unis. C’est le début de sa traversée du désert. Elle sera longue et, selon ses détracteurs, Bouteflika ne le pardonnera jamais, ni aux décideurs de l’époque ni au pays. 1989 : retour au pays. Bouteflika entre au comité central du FLN et ne rate aucune des réunions de cette instance du parti unique. C’est un moment compliqué pour lui. Selon des témoignages, « il est alors perçu comme un personnage peu fréquentable. On l’évite ». Ceci expliquera que les rares Algériens, dans les sphères politique et économique, qui auront reconnu en lui un fin politicien bénéficieront plus tard de ses largesses.

Le retrait volontaire

En 1994, à la fin du mandat du Haut Comité d’État, mis en place après l’assassinat de Mohamed Boudiaf, l’armée lui offre enfin le poste de président de la République. L’ex-ministre des Affaires étrangères connaît l’influence des militaires à l’époque. Il sait aussi les difficultés que traverse son pays en proie à une guerre civile et dont la situation politique, économique et sécuritaire est catastrophique. Il demande à ses interlocuteurs de réfléchir. Le voilà reparti en Suisse d’où il décline l’offre qui lui a été faite.

Le tournant de 1998

Même hors d’Algérie, Bouteflika garde l’œil sur le pays qui est en plein dans sa décennie noire, qui a déjà fait 200 000 morts. En 1998, le président Liamine Zéroualdémissionne. Bouteflika est de nouveau sollicité. Face à des militaires politiquement aux abois, il est cette fois-ci plus rassuré, et ce, d’autant que la situation économique a des chances de s’améliorer parallèlement à la vie politique qui ouvre une séquence « élection ». Le voilà donc qui accepte l’offre qui lui est faite et entre en campagne. Fait important : les six candidats, dont Hocine Aït Ahmed et Louisa Hanoune, se retirent de la course pour protester contre la fraude durant les premières opérations de vote. Interrogé par la télévision française sur le sujet, Bouteflika évoque une décision « inexplicable ». « Par rapport aux enjeux de la République, c’est une absence totale de maturité », ajoute-t-il. Il n’exclut alors pas son retrait s’il n’a pas un soutien « franc et massif » du peuple algérien. « Si je n’ai pas un soutien franc et massif du peuple algérien, je considère qu’il doit être heureux dans sa médiocrité et après tout je ne suis pas chargé de faire son bonheur bien malgré lui », lâche-t-il.

1999 : le premier mandat 

« Bouteflika a une personnalité complexe et compliquée. L’homme est éminemment narcissique et revanchard. Il se voyait comme le président élu au sens religieux du terme [qui devait succéder naturellement à Houari Boumédiène, NDLR] », pense le sociologue Zoubir Arous. Quoiqu’il en soit, Bouteflika va jusqu’au bout et est élu à la tête du pays le 15 avril 1999 avec 73,8 % des voix. Fraîchement élu, il doit assumer les conséquences politiques du printemps noir de la Kabylie et ses 126 morts qui ne manquent pas d’écorner l’image qu’il a mise en avant de président venu réconcilier les Algériens.

Ce second mandat que l’on n’attendait pas

Arrive 2003. Une partie des personnalités influentes s’oppose à sa volonté de briguer un second mandat. Le général Mohamed Lamari, tout puissant chef d’état-major depuis 1993, s’exprime pour le changement. Il soutient discrètement le chef de gouvernement et ancien directeur de campagne de Bouteflika, Ali Benflis, qui se présente aux élections. « Pour cette partie [des décideurs, NDLR], Bouteflika devait être juste une parenthèse », indique le sociologue Nacer Djabi. Le fin manœuvrier qu’était Bouteflika ne l’a pas entendu de cette oreille et s’est fait réélire pour un second mandat, notamment grâce au soutien du patron de la Direction de renseignement et de sécurité (DRS), le général Mohamed Médiène, dit Toufik. Il rafle près de 85 % des suffrages. Conséquence : le général Mohamed Lamari démissionne quelques mois après la réélection d’Abdelaziz Bouteflika et est remplacé par le général Ahmed Gaïd-Salah. C’est le moment choisi pour proposer son projet de charte pour la réconciliation nationale. Le texte qu’il propose passe mal auprès d’une partie de l’opinion algérienne, qui voit d’un très mauvais œil que des islamistes, auteurs d’exactions pendant la Décennie noire, soient amnistiés. C’est le moment où l’odeur du Nobel de la paix rôde autour de lui. C’était sans compter avec la nature qui est venue se rappeler au président, qui doit de plus en plus se préoccuper de sa santé. 

2005 : les problèmes de santé s’en mêlent

À la suite d’un ulcère à l’estomac, Bouteflika est transféré à l’hôpital du Val-de-Grâce à Paris, en novembre 2005. Officiellement, il doit se faire opérer. Plus tard, par le biais des télégrammes de la diplomatie américaine diffusés par WikiLeaks, on apprendra qu’il s’agissait en fait d’un cancer de l’estomac. De retour en Algérie en décembre, il poursuit normalement son mandat. En 2007, il échappe de justesse à un attentat terroriste à Batna. Le voilà qui diminue ses sorties sur le terrain ainsi que les bains de foule qu’il apprécie pourtant particulièrement. Parallèlement, les mesures de sécurité sont renforcées autour de lui. La question de la suite est néanmoins posée, car il en est quand même à deux mandats, le maximum prévu par la Constitution à ce moment-là.

Révision constitutionnelle et manne pétrolière : les astuces pour durer

C’est le moment où l’obsession du pouvoir de Bouteflika s’affiche au grand jour. En 2008, il impose une révision de la Constitution, sans passer par un référendum. L’article de loi qui ne prévoit que deux mandats consécutifs à la tête de l’État doit être supprimé. L’opposition dénonce une violation de la constitution, mais le président peut toujours compter sur le soutien du général Toufik. La révision de la Constitution est validée par le Parlement. Conséquence : Bouteflika peut ainsi se faire réélire pour un troisième mandat en avril 2009.

Près de deux ans plus tard, il doit faire face à des manifestations sans précédent depuis son retour au pays en 1999. C’est le début du printemps arabe. Pour tenir face à ce puissant vent de contestation, il choisit de jouer à fond la carte de la manne pétrolière. Des fonctionnaires dans plusieurs secteurs bénéficient d’augmentations conséquentes tout au long de l’année. De quoi tenir jusqu’au discours de Sétif prononcé en mai 2012, dans lequel il assure que sa génération « a fait son temps ». Les « jeunes doivent prendre le témoin », dit-il. « Les gens qui ont libéré le pays vous disent que nous n’avons plus la force de continuer », poursuit-il. Le voilà donc qui envoie au pays le signal d’un départ prochain…

Avant le 4e mandat, une manœuvre de plus

La voie serait donc ouverte pour un changement à la tête de l’État ? En apparence seulement, car la suite va révéler qu’il s’agissait là d’une manœuvre de plus. La soif de pouvoir encore. L’objectif était ici, au-delà de neutraliser les opposants au troisième mandat, de repérer ceux qui seraient contre le quatrième. Le message était donc surtout à l’endroit des décideurs qui auraient pu lui mettre des bâtons dans les roues. « Il voulait mourir président. Il est convaincu que l’Algérie, c’est lui. Souvenez-vous de ce qu’il disait il y a quelques années », rappelle Zoubir Arous. C’était au moment de la tenue du Forum de Crans Montana dans son intervention sur une télévision suisse : « Je suis le président du peuple algérien et aucune institution de la République, fut-elle l’armée nationale populaire, ne peut faire une bouchée de moi. Je suis l’Algérie tout entière. Je suis l’incarnation du peuple algérien. Alors dites aux généraux de me bouffer s’ils peuvent le faire », a-t-il lâché devant la caméra. Une parole à usage interne prononcée sur un média étranger car, faut-il le rappeler, l’ex-président algérien n’aura accordé aucun entretien à une télévision (même publique) ou un journal algérien durant ces quatre mandats. L’illustration dans le meilleur des cas d’une mésestime profonde. 

On le voit, pour se maintenir au pouvoir, Abdelaziz Bouteflika a pensé à tout, mais il ne pouvait évidemment pas prévoir son AVC, qui change sa donne présidentielle. En avril 2013, c’est encore au Val-de-Grâce qu’il est amené d’urgence. Un séjour prolongé par quatre mois de convalescence à l’hôpital des Invalides. Il ne s’en remettra jamais complètement. Il est donné pour mort à plusieurs reprises avant de rentrer au pays sur un fauteuil roulant. On le croit prêt à quitter le pouvoir, mais la suite va montrer combien l’homme s’accroche au pouvoir.

2014 : le ménage dans les services de renseignements…

Bouteflika entame une vaste opération de restructuration des services de renseignements, dont le patron, le général Toufik, serait contre un éventuel quatrième mandat. Ce sont aussi ces services qui ont lancé dès 2010 plusieurs enquêtes sur la corruption, notamment au sein de la Sonatrach. Des figures du clan présidentiel sont concernées, comme Chakib Khelil. En août 2013, l’ancien ministre de l’Énergie et des membres de sa famille ont même fait l’objet de mandats d’arrêt internationaux lancés par le parquet d’Alger dans le cadre de l’affaire dite de Sonatrach 2. Jusqu’au début 2014, la candidature de M. Bouteflika à un quatrième mandat n’était pas encore une certitude. Les interrogations tournaient autour du successeur qu’il aurait choisi.

… pour préparer le 4e mandat

Il met fin au suspense en février quand il demande à son Premier ministre, Abdelmalek Sellal, qui se voyait sans doute comme potentiel successeur, d’annoncer la nouvelle de sa candidature depuis Oran. Il n’animera aucun meeting. Pour sa campagne, il peut compter sur les chefs des partis de l’alliance présidentielle et ses anciens Premiers ministres. Des manifestations contre ce quatrième mandat sont organisées. Celles-ci ne sont pas imposantes. Mais pour les Algériens, c’était déjà le mandat de trop. Sans aucune surprise, Abdelaziz Bouteflika est réélu pour un quatrième mandat avec 81,53 % des voix. Il arrive péniblement à prêter serment et prononce une brève allocution qu’il n’achève pas. Durant ce mandat, les apparitions du président deviennent extrêmement rares.https://www.youtube.com/embed/PKYTSpCe198

Doute, affairistes, crise : l’incertitude s’installe

Conséquences : ses longs discours après le JT de 20 heures à la télévision nationale et ses visites de travail et d’inspection au cours desquelles des ministres et des responsables locaux étaient sermonnés, voire humiliés, font désormais partie du passé. Des personnalités politiques, dont certaines étaient alors proches du chef de l’État, commencent à s’interroger. Est-ce lui qui prend les décisions ? Est-ce lui qui nomme et dégomme ? Est-il conscient ? Sait-il ce qui se passe dans le pays ? Des doutes autour de la paternité des décisions prises commencent à voir le jour. M. Bouteflika pouvait encore prendre les grandes décisions, mais il devenait évident qu’il était dans l’incapacité d’arbitrer, dans le détail, les choix sectoriels de mise en œuvre de son programme. Le quatrième mandat est aussi celui de l’émergence d’une caste d’hommes d’affaires ultra-puissants. Proche du clan présidentiel, ils sont craints et très influents. L’arrestation de certains d’entre eux après le départ de Bouteflika montre que la corruption avait bien gangréné ce milieu. La chute des cours du baril de pétrole, au début du mandat, a compliqué la situation dans un pays où les hydrocarbures représentent 98 % des recettes extérieures. Faisant le dos rond, le gouvernement a choisi d’ignorer la crise avant de lancer des réformes en urgence, mais sans succès, critiquant les « alarmistes » et tentant d’imputer la crise à des facteurs extérieurs. De quoi illustrer une navigation à vue et une irresponsabilité à bien des égards.

Un épilogue politique chaotique

Parallèlement, il y a lieu de noter que durant ces cinq dernières années, Bouteflika s’est déplacé à l’étranger à plusieurs reprises pour se faire soigner en secret, car les Algériens ont presque tout ignoré de l’évolution de son état de santé. Seules des images lors des cérémonies officielles les ont renseignés sur sa détérioration. Celles du 1er novembre 2018 étaient particulièrement frappantes. En effet, les Algériens ont découvert abasourdis un président toujours sur un fauteuil roulant mais auquel il est, cette fois-ci, attaché à l’aide d’une ceinture de sécurité. Ces images comme celles du « cadre » de M. Bouteflika honoré par ses laudateurs ont fait mal, et ce, d’autant qu’elles ont fait le tour des médias nationaux et internationaux. « Ces images, dont certaines sont reprises par des émissions françaises [dont le Quotidien de TMC avec Yann Barthes, NDLR] ont fait mal aux Algériens. Ils ont exacerbé le sentiment d’humiliation », souligne Nacer Djabi. À ce moment, beaucoup doutent, jusqu’à la dernière minute, que Bouteflika ose présenter sa candidature. Pas ses partisans, qui se préparaient depuis plusieurs mois à cette échéance.

22 février : le début de la descente aux enfers

L’annonce faite le 10 février d’une nouvelle candidature a alors provoqué une onde de choc sans pareil dans la société algérienne. Du coup, des appels anonymes ont été diffusés sur les réseaux sociaux pour une marche le 22 février. L’ampleur des manifestations surprend le monde entier. Un mouvement populaire sans précédent voit le jour dans le pays. Abdelaziz Bouteflika et ses partisans vont tenter plusieurs manœuvres. Le clan résiste un peu plus d’un mois avant d’abdiquer. Le 2 avril, le président démissionne.

« Cette décision que je prends en mon âme et conscience est destinée à contribuer à l’apaisement des cœurs et des esprits de mes compatriotes pour leur permettre de projeter ensemble l’Algérie vers l’avenir meilleur auquel ils aspirent légitimement », assure-t-il. Il publie une lettre le lendemain, dans laquelle il demande pardon aux Algériens. Elle passe pour un non-événement. Trois jours plus tard, les Algériens sont redescendus manifester pour exiger le départ des autres figures du système. À ce moment-là, Abdelaziz Bouteflika n’imaginait sans doute pas que son frère cadet, Saïd, allait aussi être placé sous mandat de dépôt pour « complot contre l’autorité de l’État et de l’armée » pour avoir usurpé la fonction de président et le sceau de la République.

Après son départ sous la pression de la rue algérienne, la disparition d’Abdelaziz Bouteflika ouvre une nouvelle page de l’histoire algérienne : celle où le pays va devoir compter avec la volonté de la population de tourner définitivement le dos à une partie du « système » qui s’est servi de l’Indépendance pour se servir et pas pour la servir.

Avec Le Point/Afrique

Algérie: l’ex-président Abdelaziz Bouteflika est mort

septembre 17, 2021

Algerie: l'ex-president Abdelaziz Bouteflika est mort
Algérie: l’ex-président Abdelaziz Bouteflika est mort© AFP/Archives/RYAD KRAMDI

L’ancien président Algérien Abdelaziz Bouteflika, chassé du pouvoir en 2019 après des manifestations massives contre sa volonté de briguer un nouveau mandat, est décédé vendredi à l’âge de 84 ans, a annoncé la télévision publique.

« Décès de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika », a indiqué un bandeau déroulant à la télévision nationale, qui cite un communiqué de la présidence de la République.

Depuis sa chute spectaculaire en avril 2019 sous la pression de l’armée et de la rue, M. Bouteflika était resté retranché dans la solitude dans sa résidence médicalisée de Zeralda, à l’ouest d’Alger.

Sa chute était devenue inéluctable après des semaines de manifestations massives contre sa volonté de briguer un cinquième quinquennat, après 20 ans au pouvoir, malgré sa maladie.

M. Bouteflika est décédé à « 22H00 (21H00 GMT) à son lieu de résidence », selon la chaîne privée El Hayet TV.

Omniprésent dans la vie politique algérienne durant des décennies, mais devenu quasi-invisible depuis un accident vasculaire cérébral (AVC) en 2013, M. Bouteflika n’avait donné aucun signe de vie depuis que le mouvement de contestation populaire du « Hirak » et l’armée l’ont contraint à la démission.

Ce jour-là, il était apparu pour la dernière fois à la télévision pour annoncer qu’il jetait l’éponge. Il avait fait officiellement parler de lui pour la dernière fois lorsque son frère Nacer avait voté par procuration en son nom pour la présidentielle du 12 décembre 2019 qui avait permis l’élection de son successeur, le président Abdelamadjid Tebboune.

Par Le Point avec AFP

L’Algérie rompt ses relations diplomatiques avec le Maroc

août 24, 2021
Ramtane Lamamra, le ministre des Affaires étrangères algérien.

C’est au cours d’une conférence de presse organisée en fin d’après-midi ce mardi 24 août que le ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, a officiellement annoncé la rupture des relations diplomatiques avec le voisin marocain, accusé « d’actions hostiles ».

Le 20 août dernier déjà, la présidence algérienne indiquait son intention de « revoir ses relations » avec Rabat. En cause : la responsabilité présumée dans les incendies qui ravagent une partie du pays du Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie (MAK), qu’Alger juge soutenu par « le Maroc et l’entité sioniste ».

Cette dernière allusion renvoie à la normalisation récente des relations diplomatiques entre Rabat et Tel Aviv, que Ramtane Lamamra a citée au nombre des griefs lors de sa conférence. Le chef de la diplomatie algérienne, qui s’exprimait au Club des Pins, à Alger, et lisait une déclaration émanant du président Tebboune, a estimé que son pays avait « été patient concernant les actions du Maroc », déplorant au passage le soutien du Royaume à l’admission d’Israël comme membre observateur de l’Union africaine, alors que « tous les États nord-africains […] se sont opposés à la décision ».

Le ministre a également dénoncé ce qu’il qualifie de « dualité du discours marocain », faisant clairement allusion à la passe d’armes qui l’a opposé, en juillet, à l’ambassadeur marocain aux Nations unies, Omar Hilale. « Est-ce que les propos de l’ambassadeur marocain à l’ONU engageaient sa personne ou l’État marocain ?, s’est interrogé Lamamra. Dans son discours du 31 juillet, le roi n’a pas répondu à notre question. »

« Je ne peux pas prédire ce qui va se passer à l’avenir, mais j’espère que les raisons se réveilleront », a poursuivi le chef de la diplomatie algérienne, en ajoutant néanmoins que « les consulats vont poursuivre leur travail [et que] la rupture des relations ne va pas affecter les Algériens résidents au Maroc ni les Marocains résidents en Algérie. »

Dans les faits, il est d’ailleurs permis de se demander ce que cette fracassante annonce de rupture va réellement changer. La situation était déjà des plus tendues entre Alger et Rabat depuis plusieurs années, et singulièrement depuis que le Front polisario, basé en territoire algérien, a annoncé en novembre 2020 la rupture du cessez-le-feu et la reprise des hostilités contre le Maroc.

En dehors des échanges commerciaux qui, eux, se poursuivaient, les relations politiques, diplomatiques ou sécuritaires entre les deux voisins étaient depuis longtemps déjà en état de quasi mort cérébrale. Quant aux frontières terrestres, elles sont fermées depuis 27 ans.

Par Jeune Afrique

Algérie: plus de 40 morts dans les incendies qui ravagent le nord

août 10, 2021
Algerie: plus de 40 morts dans les incendies qui ravagent le nord
Algérie: plus de 40 morts dans les incendies qui ravagent le nord© AFP/Ryad KRAMDI

Au moins 42 personnes, dont 17 civils et 25 militaires, ont perdu la vie dans les incendies qui ravagent le nord de l’Algérie, notamment en Kabylie, ont indiqué mardi les autorités, évoquant des feux « d’origine criminelle » attisés par un épisode de canicule.

Les incendies, qui ont débuté lundi soir, ont tué 17 civils à Tizi-Ouzou et Sétif, selon un nouveau bilan annoncé par le Premier ministre, Aïmène Benabderahmane, dans la soirée.

Le président Abdelmadjid Tebboune a lui déploré sur Twitter la mort de 25 militaires qui tentaient d’éteindre les incendies, présentant ses condoléances aux familles des victimes.

« C’est avec une grande tristesse que j’ai appris la mort en martyrs de 25 militaires après qu’ils aient réussi à secourir plus d’une centaine de citoyens des flammes, dans les montagnes de Bejaïa et Tizi-Ouzou », a écrit le président.

Le ministère de la Défense nationale a précisé que 14 autres militaires souffraient de brûlures à différents degrés.

Leur intervention a « permis de sauver des flammes 110 citoyens: hommes, femmes et enfants », ajoute le ministère dans un communiqué.

Appels à l’aide internationale

Des images impressionnantes des incendies circulent sur les réseaux sociaux, avec des troncs calcinés, du bétail agonisant, asphyxié, et des villages encerclés par la fumée tandis que les collines alentours rougeoient.

Près de Tizi-Ouzou, un homme blessé, bardé de bandages, marche dans une rue le crâne couvert de cendres, d’autres sont portés sur des brancards, a constaté un photographe de l’AFP.

Des appels circulent sur les réseaux sociaux comme Instagram pour fournir des bandages, du tulle gras ou encore de la crème pour les brûlures à des hôpitaux ou centres de crise à court de matériel.

D’autres appels ont été lancés sur les réseaux sociaux exhortant les autorités à solliciter une assistance internationale afin de venir à bout de ces incendies.

Dans un communiqué reçu par l’AFP, un groupe de « militants démocrates en Algérie et à l’étranger » a enjoint les autorités « de prendre toutes leurs responsabilités et d’appeler à une aide internationale, dans les meilleurs délais, afin d’éviter une catastrophe tant humaine qu’écologique ».

« Seule la voie aérienne usant de matériels lourds, tels que les Canadairs entre autres, est en mesure de circonscrire les feux et les incendies », plaident ces Algériens des deux rives de la Méditerranée.

De son côté, le Premier ministre a affirmé à la télévision qu’Alger est « à un stade avancé de discussions avec des partenaires européens pour louer des avions anti-incendie », sans citer les pays contactés.

Des vents propagent les feux et compliquent la tâche des secouristes, a précisé Youcef Ould Mohamed, le conservateur local des forêts, cité par l’agence APS.

« Origine criminelle »

Une cinquantaine d’incendies « d’origine criminelle » et attisés par un épisode de canicule ont débuté lundi soir dans le nord de l’Algérie, notamment en Kabylie, selon le ministre de l’Intérieur Kamel Beldjoud, qui s’est rendu accompagné d’une délégation ministérielle à Tizi-Ouzou, l’une des villes les plus peuplées de la région.

« Cinquante départs de feu en même temps, c’est impossible. Ces incendies sont d’origine criminelle », a affirmé M. Beldjoud.

Selon le Premier ministre, plus de 70 incendies ont éclaté dans 18 wilayas (préfectures) du nord du pays. La protection civile a elle fait état d’une centaine de feux dans 16 wilayas.

Les villes de Bouira, Sétif, Khenchela, Guelma, Bejaïa, Bordj Bou Arreridj, Boumerdès, Tiaret, Médéa, Tébessa, Blida et Skikda sont touchées, a indiqué sur Twitter la direction générale de la protection civile.

La radio publique algérienne a annoncé l’arrestation de trois « pyromanes » à Médéa (nord) où un incendie s’est aussi déclaré. Un quatrième a été arrêté à Annaba, selon l’APS.

L’Algérie connaît un été caniculaire marqué par une raréfaction de l’eau dans le pays. Les services météorologiques prévoient des températures allant jusqu’à 47 degrés.

Lors d’un Conseil des ministres tenu le 25 juillet, le président Tebboune a ordonné l’élaboration d’un projet de loi punissant sévèrement les auteurs d’incendies criminels de forêts, avec des peines allant jusqu’à 30 ans de prison ferme, voire la perpétuité si l’incendie a causé la mort d’individus.

Début juillet, trois personnes soupçonnées d’être impliquées dans des incendies ayant ravagé 1.500 hectares de forêts dans le massif des Aurès (nord-est de l’Algérie) avaient été arrêtées.

La catastrophe n’a pas empêché la JSK (Jeunesse Sportive de Kabylie), le club de football phare de la région, de jouer et remporter la Coupe d’Algérie mercredi soir à Alger, en présence de hauts responsables, suscitant certaines réactions outrées sur les réseaux sociaux.

Pays le plus étendu d’Afrique, l’Algérie ne compte que 4,1 millions d’hectares de forêts, avec un maigre taux de reboisement de 1,76 %.

Chaque année, le pays est touché par des feux de forêt. En 2020, près de 44.000 hectares de taillis sont partis en fumée. Les autorités avaient annoncé avoir arrêté plusieurs auteurs d’incendies criminels.

Les incendies qui se multiplient à travers le globe sont associés à divers phénomènes anticipés par les scientifiques en raison du réchauffement de la planète.

L’augmentation de la température, la multiplication des canicules et la baisse des précipitations par endroit est une combinaison idéale pour le développement des feux.

Par Le Point avec AFP

Algérie : des opposants arrêtés à la veille des législatives

juin 11, 2021

Deux journalistes et un opposant politique ont été gardés à vue dans un centre de la sécurité intérieur. D’autres arrestations sont notamment signalées.

Karim Tabbou est un visage tres populaire de la contestation antiregime, Hirak, declenchee en fevrier 2019. Il a ete arrete avec trois autres voix critiques, la veille des legislatives.
Karim Tabbou est un visage très populaire de la contestation antirégime, Hirak, déclenchée en février 2019. Il a été arrêté avec trois autres voix critiques, la veille des législatives. © RYAD KRAMDI / AFP

Jeudi en fin de journée, plusieurs arrestations ont ciblé journalistes et activistes à Alger et dans d’autres villes à deux jours de la tenue des législatives anticipées du samedi 12 juin.

Selon Radio M, « le journaliste et directeur des deux médias Radio M et Maghreb émergent, Ihsane El Kadi a été interpellé par des services de sécurité à sa sortie de son bureau à Alger centre ce jeudi 10 juin 2021 en fin d’après-midi ».

Ihsane El Kadi avait été placé sous contrôle judiciaire le 18 mai à la suite d’une plainte déposée par le ministère de la Communication pour « atteinte à la sécurité et l’intégrité de l’unité nationale », et « publications qui nuisent à l’intérêt national ».

Khaled Drareni interpellé

Le ministère de la Communication reproche au journaliste la publication d’un article, le 23 mars, où le patron de médias plaidait contre la « diabolisation » du mouvement Rachad, organisation d’opposants en exil formée notamment d’anciens cadres du Front islamique du salut (FIS), dissous en 1992, et classée « terroriste » par les autorités.

L’autre journaliste interpellé hier en fin de journée à Alger est Khaled Drareni, fondateur du site d’information Casbah Tribune, et correspondant en Algérie pour TV5 Monde et pour Reporters sans frontières (RSF). Interpellé à plusieurs reprises en 2019 et en 2020 lors des manifestations du hirak, il est finalement placé sous mandat de dépôt le 29 mars 2020 et condamné, le 15 septembre, à deux ans de prison ferme pour « incitation à attroupement non armé et d’atteinte à l’intégrité du territoire national ».

Drareni a été libéré de prison le 19 février 2021 – avec une trentaine de détenus – dans le cadre d’une grâce présidentielle.

La troisième personnalité interpellée hier est Karim Tabbou, dirigeant de l’Union démocratique et sociale (UDS, parti non agréé). Tabbou a été condamné d’abord pour « atteinte au moral de l’armée » puis pour « incitation à la violence » et a passé plusieurs mois en prison avant sa libération le 2 juillet 2020.

Il a été placé en garde à vue, avant d’être libéré et mis sous contrôle judiciaire, fin avril dernier, à la suite d’une plainte du président du Conseil national des droits de l’homme (CNDH, officiel), avec lequel il a eu une altercation durant l’enterrement du fondateur de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme, Ali Yahia Abdennour.

Ihsane El Kadi, Khaled Drareni et Karim Tabbou auraient été, selon des avocats et leurs proches, interrogés et gardés à vue dans un des centres de la sécurité intérieure sur les hauteurs d’Alger. Ils ont pu contacter par téléphone leurs proches tard dans la nuit pour les informer de leur lieu de détention.

222 arrestations

Selon le Comité national pour la libération des détenus (CNLD), d’autres activistes ont été interpellés jeudi ailleurs qu’à Alger, alors que le jour même, le procureur du tribunal d’Alger a annoncé l’arrestation de dix personnes qui seraient membres d’une « cellule qui incitait aux rassemblements et à l’atteinte à la sécurité nationale ». Douze autres personnes sont en fuite, dont une partie à l’étranger, selon le procureur, qui a mentionné la France et les États-Unis.

Au moins 222 personnes sont actuellement incarcérées pour des faits en lien avec le hirak et/ou les libertés individuelles, selon le CNLD, alors que les manifestations hebdomadaires sont interdites depuis fin mai.

Ces arrestations interviennent au moment où les autorités ont procédé, ce jeudi, à une modification du Code pénal, en créant une « liste nationale des personnes et des entités terroristes », selon le communiqué du conseil des ministres et en élargissant la définition de l’acte terroriste ou le sabotage à « tout acte visant la sûreté de l’État, l’unité nationale et la stabilité et le fonctionnement normal des institutions par toute action ayant pour objet ».

Terrorisme : élargissement de la définition

La nouvelle définition englobe aussi toute action visant à « œuvrer ou inciter, par quelque moyen que ce soit, à accéder au pouvoir ou à changer le système de gouvernance par des moyens non constitutionnels », ou « porter atteinte à l’intégrité du territoire national ou d’inciter à le faire, par quelque moyen que ce soit ».

Les mouvements Rachad et le MAK (Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie) ont été classés par les autorités, le 18 mai, comme « organisations terroristes ». Ces deux mouvements ont été souvent accusés par les autorités de pousser à la violence, profitant des marches du hirak. Les deux mouvements réfutent ces accusations.

Par ailleurs, des collectifs, des associations, des partis et des personnalités ont publié une déclaration rejetant les législatives : « L’Algérie est enfermée dans une politique d’état d’urgence non déclarée : fermeture de toutes les places publiques, empêchement des manifestations et de toute expression pacifique appelant à un changement démocratique. Tandis que des salles et des canaux médiatiques sont ouverts pour promouvoir l’échéance du 12 juin. »

Par Le Point avec Adlène Meddi

Coronavirus : l’Algérie accuse Pfizer de chantage

mai 13, 2021
Abderrahmane Benbouzid, le ministre de la Santé algérien, s’explique sur l’absence du vaccin Pfizer dans son pays.

Alors que le pays connaît un léger rebond des contaminations au Covid-19 depuis quelques jours, le ministre de la Santé Abderrahmane Benbouzid a déclaré que le géant pharmaceutique aurait imposé des conditions préalables à la fourniture de vaccins « inacceptables » pour l’Algérie.

Interrogé, jeudi 13 mai 2021, sur la campagne de vaccination qui tourne au ralenti en Algérie, le professeur Abderrahmane Benbouzid révèle que Pfizer a posé des conditions pour la livraison des doses de vaccin : « En novembre [2020], nous avons convenu [un accord] avec Pfizer, mais il nous a mis dans une situation que nous ne pouvions pas accepter dans la mesure où il nous a demandé d’acheter un certain nombre de vaccins, de payer en avance et d’exonérer totalement Pfizer de toutes poursuites dans le cas où le vaccin aurait des travers. Nous ne l’avons pas accepté, nous ne l’acceptons toujours pas. »

C’est la première fois qu’un responsable algérien donne des précisions sur l’absence en Algérie de ce vaccin produit par ce laboratoire américain. Contacté par Jeune Afrique, Pfizer France indique qu’elle n’est pas concernée par les propos du ministre algérien.

Sinopharm et Sputnik V

Le ministre de la Santé défend la démarche des autorités dans l’acquisition des vaccins. « Nous avons, dès début août [2020], engagé les prospections en invitant les ambassadeurs d’Angleterre, de Russie, de Chine, ainsi que tous les laboratoires, en signant des mémorandums, ajoute Benbouzid. Pour le reste, nous avons commencé le 20 décembre. M. le président de la République nous a demandé de ramener le vaccin pour janvier. « Nous avons engagé très intensément des discussions avec la Chine pour Sinopharm, avec AstraZeneca, Gamaleya ou le fonds d’investissement direct russe qui fait le vaccin Sputnik V. » L’Algérie a finalement opté pour les fabricants chinois et russes.

Par ailleurs, le pays a reçu un don de 200 000 doses des Chinois (Sinopharm) ainsi que son quota de plus de 300 000 vaccins dans le cadre du système Covax (AstraZeneca).

Par Jeune Afrique