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Cannes 2022 : décès de l’acteur Ahmed Benaissa, « monument » culturel en Algérie

mai 22, 2022

L’acteur et metteur en scène Ahmed Benaissa, considéré comme une grande figure du théâtre et du cinéma algérien, était à l’affiche du film « Goutte d’Or ».

Ahmed Benaïssa lors d’une répétition de la pièce « Meursault » , le 20 juillet 2015 à Avignon. © AFP ARCHIVES

Dans un message à la famille du défunt publié le 20 mai sur Facebook, la ministre de la Culture et des Arts, Soraya Mouloudji, a regretté la perte d’un « monument » de la culture algérienne qui laissera « une empreinte indélébile dans le monde du cinéma et du théâtre algérien ».

Il est décédé vendredi à Cannes, avant la projection du film « Goutte d’or » de Clément Cogitore, dans le cadre de la semaine de la critique. « Foudroyé par un malaise », il sera rapatrié et inhumé en Algérie, selon son fils, a indiqué l’agence officielle algérienne APS.

Le célèbre écrivain algérien Kamel Daoud lui a rendu un hommage appuyé sur Twitter : « Une belle âme, un grand acteur, un homme sans haine et au talent immense », en soulignant qu’Ahmed Benaissa participait au « tournage du film Meursault contre enquête (inspiré du roman éponyme de M. Daoud, ndlr) pour l’un des deux rôles principaux ».

Riche carrière

Né en 1944 à Alger, Ahmed Benaïssa a eu une des carrières les plus riches du théâtre et du cinéma algériens, collaborant avec de nombreux réalisateurs comme Merzak Allouache ou encore Rachid Bouchareb. Comédien reconnu pour son talent exceptionnel, il avait mené de nombreux projets sur les planches du théâtre à Alger et à Oran.

Ahmed Benaissa avait dirigé le théâtre régional de Sidi Bel Abbes, non loin d’Oran, pendant la décennie noire qu’a subie le pays entre 1992 et 2002.

Par Jeune Afrique avec AFP

Algérie : mourir en prison pour un post sur Facebook

avril 28, 2022

Que s’est-il passé dimanche 24 avril à la prison de Koléa ? C’est la question qui agite la toile après la mort soudaine – et pour l’instant inexpliquée – de Hakim Debbazi, un détenu d’opinion.

Hakim Debbazi. © DR

Dans la soirée du 24 avril, de nombreuses publications sur les réseaux sociaux ont annoncé la nouvelle. À 22h44, l’information est confirmée par l’avocat Tarek Merah : le détenu d’opinion Hakim Debbazi, 55 ans, sous mandat de dépôt depuis le 22 février pour des publications sur sa page Facebook jugées nuisibles à l’intérêt national, est décédé dans la prison de Koléa. 

Avant son arrestation, ce père de trois enfants qui résidait à Hadjout, une ville côtière de la wilaya de Tipaza, à l’ouest d’Alger, comptabilisait à peine 121 abonnés pour les vidéos pro-Hirak qu’il relayait. Quatre jours après son décès, son compte comptait à peine une quarantaine de « like » supplémentaires. Pas de quoi menacer le pouvoir. 

Demande de « liberté provisoire » rejetée

Aussitôt après l’annonce du décès, la Ligue algérienne des droits de l’homme a exhorté les autorités judiciaires à communiquer « sur les circonstances de cette tragique disparition », partant du principe que le sort d’un prisonnier relève de la responsabilité des autorités carcérales. Ce qui rend l’ouverture d’une enquête inévitable.

Mais ni le ministère de la Justice, ni le parquet n’ont encore réagi, entretenant ainsi les suspicions sur la cause du décès. D’autant que le détenu ne souffrait, d’après son entourage présent à son enterrement, d’aucune pathologie avant son incarcération. Mais lors du dernier parloir, le 2 avril, il s’est plaint à sa famille de douleurs thoraciques. Sa demande de « liberté provisoire » avait été rejetée.

Avant son décès, ni les membres du Collectif de défense des détenus d’opinion, ni les militants des droits de l’homme ne suivaient le dossier de ce détenu. Et il n’est pas le seul. De nombreuses familles, attestent des militants des droits humains, préfèrent ne pas médiatiser les poursuites qui touchent leurs proches pour ne pas les lier au mouvement du Hirak, durement réprimé depuis l’arrivée au pouvoir d’Abdelmadjid Tebboune.

NI LE COLLECTIF DE DÉFENSE DES DÉTENUS D’OPINION, NI LES MILITANTS DES DROITS DE L’HOMME NE SUIVAIENT SON DOSSIER

En contrepartie de cette discrétion, les proches espèrent la clémence des juges. Une douzaine de familles qui comptent l’un de leurs membres en prison ont catégoriquement refusé toute forme d’aide, selon un militant qui suit de près le dossier des détenus d’opinion. Au moins 150 prisonniers poursuivis pour des publications sur les réseaux sociaux sont en attente de leurs procès depuis plusieurs mois.

Les tribunaux répondent rarement favorablement aux requêtes de liberté provisoire. Ces derniers jours, des membres de la défense ont alerté sur le cas de deux détenus souffrant de troubles psychologiques. Plusieurs demandes de liberté provisoire, appuyées par deux expertises judiciaires introduites par leurs avocats, ont été déboutées.

Conséquence ou non du décès de Hakim Debbazi, Ibrahim Khelil Adel, un jeune de 22 ans originaire de Laghouat, incarcéré à la prison d’El Harrach, a été libéré le 27 avril. En revanche, Ibrahim Tolmit, détenu depuis onze mois au centre pénitentiaire Tazoult, à Batna, en dépit d’un diagnostic de schizophrénie par un collège d’experts, n’a pas bénéficié de cette procédure.

Extension de la détention préventive

Ces cas ont remis au centre du débat la détention préventive, censée constituer une exception quand l’accusé ne présente pas assez de garanties pour se présenter à son procès ou lorsqu’il est poursuivi pour des faits graves.

Les organisations de défense des droits de l’homme comme la Ligue algérienne des droits de l’homme ou Amnesty International ont été les premières à monter au créneau pour réclamer la mise en place d’une commission d’enquête, dénoncer le recours abusif à la détention préventive et réclamer la création d’une commission de visite pour s’enquérir des conditions de détention.

LE POUVOIR DEMEURE ET DEMEURERA LE SEUL ET UNIQUE RESPONSABLE DE SA MORT »

Des personnalités politiques, comme le président du Mouvement pour la société et la paix (MSP), Abderrazak Makri, le vice-président de Jil Jadid, Zoheir Rouis, l’avocate Zoubida Assoul, présidente de l’Union pour le changement et le progrès, ou encore Karim Tabbou, coordinateur de l’Union démocratique et sociale ont tous exprimé leur colère et appelé les autorités à faire la lumière sur les circonstances de la mort de Hakim Debbazi.

Karim Tabbou révèle ainsi que « les autorités ont annoncé à sa famille que Hakim est décédé des suites d’un arrêt cardiaque dû à une grave déficience respiratoire ». Pour lui, le « pouvoir demeure et demeurera le seul et unique responsable de sa mort ».

« Offense au président et aux institutions »

Des citoyens également indignés ont lancé une pétition sur les réseaux sociaux, dénonçant la mort de Hakim Debbazi. Un texte signé par des figures connues du Hirak, comme l’avocat et militant des droits de l’homme Mustapha Bouchachi et le vice-président de la Ligue algérienne des droits de l’homme Said Salhi.

L’affaire Hakim Debbazi a ravivé le souvenir de la mort, en 2019, de Kameleddine Fekhar, un fervent défenseur des droits des Mozabites, ou encore de celle, en 2016, du journaliste et cybermilitant Mohamed Talmat.

Fekhar était poursuivi pour « offense au président et aux institutions ». Ce médecin qui, pour dénoncer sa détention préventive, a rapidement entamé une grève de la faim, a rendu son dernier souffle le 28 mai 2019 à l’hôpital Frantz-Fanon de Blida. Sa famille réclamait régulièrement sa libération après la dégradation de son état de santé.

Mohamed Talmat, condamné à deux ans de prison ferme également pour « offense aux institutions et au président », est décédé en prison le 11 décembre 2016 à l’âge de 42 ans, après trois mois de grève de la faim. Les enquêtes ouvertes sur les circonstances de ces décès n’ont jamais rendu publiques leurs conclusions.

Avec Jeune Afrique par Rania Hamdi – à Alger

Algérie : nous sommes tous épris de « Liberté »

avril 7, 2022

La procédure de dépôt de bilan du quotidien a été lancée le 6 avril. Les intellectuels dénoncent la fin de l’un des derniers médias critiques du pouvoir.

Le quotidien a été créé en 1992 à Alger par trois journalistes. © YAD KRAMDI/AFP

Depuis plusieurs années, des mouvements populaires et citoyens tentent de faire bouger l’Algérie. Le départ du président Bouteflika n’y a rien fait, pas plus, bien sûr, que les premières années mortifères du règne d’Abdelmadjid Tebboune. L’Algérie ne va nulle part et, pour éviter que cela ne se voie trop, elle se mure dans le silence. Pourtant, on l’observe, et on ne peut que désespérer de ce beau pays.

Pour étouffer les voix dissonantes, le pouvoir coupe les dernières sources d’information qui essayent d’offrir un son de cloche différent, de réveiller les consciences et de ressusciter un chouïa d’espoir dans le plus grand pays d’Afrique.

La disparition programmée du quotidien Liberté en est le nouvel exemple, peut-être le dernier. Le Hirak mort et enterré par la pandémie et la répression, ce média était l’un des derniers à témoigner d’un espoir de changement.

Contre l’intégrisme et la corruption

Voir un journal qui est une référence en matière de combat pour la liberté d’expression délibérément sabordé tant par l’actionnaire que par le pouvoir est inadmissible. Nous sommes tous épris de Liberté : dénonçons sa fermeture !

Quotidien créé en 1992 à Alger par trois journalistes, Liberté tire à près de 115 000 exemplaires chaque jour dans tout le pays. Journal généraliste de langue française, il est connu à l’international pour la publication des caricatures d’Ali Dilem.

APRÈS LA GUERRE CIVILE, LE JOURNAL SERA TOUJOURS UNE ÉPINE DANS LE PIED DU POUVOIR

Liberté se confond avec l’histoire de l’Algérie contemporaine : dans un contexte de libération de la parole et d’espoir démocratique face à la montée des islamistes en 1988, le titre apporte du sang neuf, une autre façon de lutter contre l’intégrisme.

Au point d’en payer le prix pendant la décennie noire avec l’assassinat de quatre employés, dont deux membres de la rédaction : Hamid Mahiout et Zineddine Aliou Salah. Après la guerre civile, le journal sera toujours une épine dans le pied du pouvoir car l’islamisme n’est pas le seul adversaire du quotidien, il y a aussi la corruption. En août 2003, il est suspendu avec cinq autres journaux.

Depuis, Liberté dénonce l’immutabilité des dirigeants algériens tout comme le mur dans lequel ils conduisent l’Algérie depuis trop d’années. Le 6 avril, la procédure de dépôt de bilan a débuté. Une pétition a été mise en ligne sur le site du journal.

« Nous, intellectuels, universitaires, chercheurs et artistes algériens, profondément attachés au pluralisme médiatique, ne pouvons rester insensibles au risque de la disparition d’un titre qui porte la voix plurielle de l’Algérie. C’est parce qu’un journal est un espace d’échange et de transmission des idées, des valeurs et d’expression citoyenne nécessaire à la vitalité démocratique d’un pays, qu’il faut le préserver, le défendre et le faire vivre. »

« Il faut se battre ! »

Des écrivains – parmi lesquels Yasmina Khadra, Boualem Sansal, Kamel Daoud –, des sociologues, des acteurs, des comédiens comme Fellag, des universitaires, d’anciens ambassadeurs, le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems-eddine Hafiz, des journalistes, des artistes, des économistes, des scientifiques : tout ce que le pays compte d’intellectuels dénonce ce scandale qui renforce un peu plus encore le repli de l’Algérie sur elle-même.

Plus de voix dissidentes, plus d’autre option politique, plus d’espoir démocratique pour 44 millions d’Algériens : pour que Liberté résiste, pour que Liberté demeure, il faut se battre ! On ne noircit pas un pays avec du pétrole, on le noircit avec de l’encre pour l’embellir et le faire vivre.

Avec Jeune Afrique par Sébastien Boussois

Maroc-Algérie : à quelques jours du ramadan, la guerre de la datte est déclarée

mars 23, 2022
Marchand de dattes et de fruits secs, à Marrakech, au Maroc. © Lutz Jaekel/LAIF-REA

L’antagonisme entre les deux voisins a trouvé un nouveau terrain d’expression : la datte, fruit emblématique s’il en est de la période de ramadan.

Depuis quelques mois, plusieurs internautes marocains mènent sur Twitter une campagne de boycott des dattes algériennes. L’année dernière à la même période, une campagne identique avait été lancée dans un contexte similairement tendu entre les deux pays. Mais cette fois, il est également question de la potentielle cancérogénicité, voire radioactivité des dattes algériennes.

Tout est parti d’un premier tweet datant du 8 janvier dernier. Un compte anonyme – @Amal1999777 – évoque les essais nucléaires français réalisés en Algérie pendant les années 1970. « Ces expérimentations ont pollué le sable et les oasis. Malheureusement, à ce jour, l’Algérie vend des dattes issues de cette région et les exporte vers la plupart des pays arabes », avançait, sans aucune preuve ni indice, le tweet, illustré de photomontages dont les métadonnées ont été supprimées.

Solidarité avec les agriculteurs expulsés

Mais le tweet qui a réellement lancé la campagne de boycott a été publié le 14 janvier dernier. Il a été l’instigateur de plusieurs tweets reprenant le hashtag #boycott _ dattes_ algériennes en français et en arabe.

Derrière cette déferlante, le compte de Ali Terrass (@1Terrass), suivi par près de 23 000 abonnés, dont le compte officiel de la Délégation permanente du Maroc auprès de l’Unesco. Le compte, particulièrement actif depuis 2015, communique sur les actualités géopolitiques du Maroc, en particulier celles concernant le Sahara.

LE MAROC PRODUIT LOCALEMENT PRÈS DE 160 000 TONNES DE DATTES PAR AN

« Les exportations algériennes de dattes ont atteint le Maroc via la France. Le premier lot est arrivé et distribué dans certaines villes. C’est pourquoi je renouvelle ma solidarité avec les agriculteurs d’El Arja, dans l’oasis de Figuig, et je déclare mon boycott des dattes algériennes de manière permanente », peut-on lire dans le tweet à l’origine du phénomène.

En mars 2021, l’Algérie avait expulsé une trentaine de familles d’agriculteurs marocains de l’oasis d’El Arja, situé sur le territoire algérien. Dans cette région, la culture des palmiers est souvent le seul moyen de subsistance des familles.

Le gouvernement algérien avait justifié sa décision par la volonté de faire cesser les trafics illégaux persistants malgré la fermeture des frontières terrestres. Plusieurs milliers de manifestants avaient alors défilé à Figuig pour protester contre ces mesures d’expulsion.

70 000 tonnes importées

Dans plusieurs autres tweets et vidéos qui circulent également sur les réseaux sociaux, des internautes affirment même que les dattes algériennes seraient de mauvaise qualité. Certains vont jusqu’à prétendre qu’elles seraient frelatées et artificiellement colorées pour tromper les consommateurs.

Pour contrer ces accusations, ​​l’Organisation algérienne de protection et d’orientation du consommateur et son environnement (APOCE) a assuré dans un communiqué de presse que la qualité des dattes algériennes était garantie par l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Ainsi, l’appellation de la variété « Deglet Nour » serait protégée depuis moins d’un an à l’échelle internationale.

Le Maroc produit localement près de 160 000 tonnes de dattes par an. Mais à l’approche du mois de ramadan, face à la hausse de la demande, le pays en importe 70 000 tonnes supplémentaires. Il peut ainsi assurer à la fois l’approvisionnement et la stabilité des prix.

Le royaume n’étant pas autosuffisant, réduire la consommation de dattes algériennes ou interdire leur importation pourrait entraîner un problème d’approvisionnement au niveau du marché national.

Avec Jeune Afrique par Rym Bousmid

Algérie : avec la flambée du pétrole, le retour de la paix sociale ?

mars 22, 2022
Le gisement pétrolier de Hassi Messaoud (centre de l’Algérie), exploité par la Sonatrach. © J-F ROLLINGER/ONLY WORLD via AFP.

Pendant que l’inflation sur les produits alimentaires de base reste forte, la manne pétrolière offre, de nouveau, une bouffée d’oxygène à l’exécutif algérien.

L’Algérie n’avait pas connu telle manne depuis le troisième mandat de Abdelaziz Bouteflika. En 2008, le prix moyen du baril avait atteint le record de 147 dollars, porté par plusieurs facteurs, notamment des tensions au Moyen-Orient, une baisse de la valeur du dollar et les taux de croissance inédits de la Chine. Pendant de longues années, cet afflux de liquidités a permis au pouvoir alors en place d’absorber les tensions sociales comme une éponge.

Conséquence directe de la guerre menée par la Russie en Ukraine, le baril de pétrole a de nouveau franchi la barre des 100 dollars courant mars. Après un pic à 123,7 dollars le 8 mars, l’or noir s’échangeait à 110 dollars le baril ce 22 mars, de quoi permettre à l’Algérie de reprendre une politique sociale plus généreuse ?

Marge de manœuvre

« Cette hausse aura certainement des retombées positives sur les finances publiques. Si cela venait à perdurer, la hausse de la fiscalité pétrolière entraînera une croissance des recettes budgétaires. Ces dernières sont normalement suffisantes pour s’ajuster à l’actuel niveau des dépenses publiques, qui comprennent près de 20 % du budget de fonctionnement de transferts sociaux », analyse pour Jeune Afrique le professeur d’économie Brahim Guendouzi. Aussi faut-il s’attendre, selon lui, au maintien de l’effort financier consacré par l’État en faveur des couches sociales fragiles que moyennes. « Cette conjoncture favorable aux exportations d’hydrocarbures, tant en quantité que par rapport aux cours, donne une marge de manœuvre à l’exécutif en vue de garder intact les équilibres économiques et sociaux, fragilisés par la tension inflationniste en 2021. »

PLUSIEURS MESURES ONT D’ORES ET DÉJÀ ÉTÉ ARRÊTÉES PAR LES POUVOIRS PUBLICS POUR APAISER LE FRONT SOCIAL

Après que le pays a entamé l’année avec une augmentation vertigineuse des prix à la consommation qui a contraint, à la mi-février, le président Abdelmadjid Tebboune à suspendre l’application de nouvelles taxes et impôts prévus par la loi de finances, la hausse du prix du baril représente une planche de salut. D’autant que dans le même temps, les salaires ont été revus à la hausse – compris entre 14 % et 16 % – à la faveur de la réduction de l’impôt sur le revenu (IRG), appliquée dès le début de l’année.

Les efforts du gouvernement se sont poursuivis avec le versement, à partir de ce mois mars, d’une allocation chômage de 13 000 dinars (près de 82 euros) destinée aux primo-demandeurs d’emploi de 19 à 40 ans, qui ouvre également droit à une couverture sociale – 800 000 personnes sont concernées par cette allocation, selon le directeur général de l’Agence nationale de l’emploi Abdelkader Djaber.

Ces dépenses sont prévues par la loi de finances 2022, a assuré Abdelmadjid Tebboune, alors que plusieurs mesures ont d’ores et déjà été arrêtées par les pouvoirs publics pour apaiser le front social. Mais le montant global de cette politique destinée à relancer le pouvoir d’achat n’a pas encore été chiffré.

Bien cibler les plus démunis

Faut-il s’attendre à d’autres mesures au cours de cette année ? Les arbitrages sociaux à venir toucheront davantage « le système des subventions, qui risque d’évoluer dans sa forme, le logement social et la création de nouveaux emplois en faveur des jeunes », prédit Brahim Guendouzi. D’autres actions sont susceptibles d’être lancées dans le cadre de la loi de finance complémentaire 2022, attendue à la fin de ce semestre ». Le financement de cette politique sociale soulève, toutefois, la question des capacités de l’Algérie à l’inscrire dans la durée.

ESPÉRONS QU’AVEC L’ACCROISSEMENT DES RECETTES EN HYDROCARBURES, L’ALGÉRIE NE RENOUVELLERA PAS LES ERREURS DU PASSÉ

« Tant qu’il y a la rente pétrolière, les tensions sociales à court terme sont atténuées artificiellement grâce aux recettes des hydrocarbures. Celles-ci permettent des subventions et transferts sociaux représentant 23,7 % du budget général de l’État et 9,4 % du PIB déjà pour l’année 2021. Mais mal gérées et mal ciblées, ces mesures ne profitent pas toujours aux plus démunis » tempère l’économiste Abderrahmane Mebtoul.

« Espérons qu’avec l’accroissement des recettes en hydrocarbures, l’Algérie ne renouvellera pas les erreurs du passé. Ces recettes doivent être consacrées aux secteurs dynamisant directement le développement et indirectement les secteurs de l’éducation et de la santé » prévient le spécialiste.

Effondrement de la valeur des salaires

Pour l’heure, le pays fait néanmoins face à des urgences auxquelles il doit parer, estime une source au sein de l’exécutif. À commencer par l’inflation qui pèse lourdement sur les ménages, particulièrement les petites et moyennes bourses, alors que la tendance haussière, constatée dès le début du premier trimestre 2021, n’a pas freiné sa courbe. Le prix de certaines denrées alimentaires a parfois plus que doublé, à l’exemple des pâtes, du lait, de l’huile, des légumes, des fruits et des viandes, avec des pénuries récurrentes de l’huile de table et de semoule, qui constituent la base de l’alimentation locale. Une étude comparative de l’Association des consommateurs entre les prix moyens en 2010 et ceux actuels démontre que le salaire des Algériens a perdu 50 % de sa valeur du fait de la hausse des prix.

C’EST AUSSI DU MALAISE SOCIAL ET DE LA FRUSTRATION DE LA JEUNESSE QU’EST NÉE, EN MARS 2019, LA COLÈRE CONTRE LE SYSTÈME POLITIQUE

« Si les moyens financiers le permettent, soutient notre source au sein de l’exécutif, le gouvernement poursuivra sa politique de soutien social. » La sociologie du Hirak était largement marquée par la présence des étudiants, des chômeurs et des familles à petits revenus. C’est aussi du malaise social et de la frustration de la jeunesse qu’est née, en mars 2019, la colère contre le système politique.

Avec Jeune Afrique par Rania Hamdi – à Alger

Algérie : Salah Goudjil, 91 ans, deuxième personnage de l’État

mars 14, 2022
Salah Goudjil, président du Conseil de la nation. © Louiza Ammi/ABACAPRESS.COM

À la tête du Sénat depuis la chute de Bouteflika, ce vieux routier du FLN s’est fait le fidèle porte-voix du président Abdelmadjid Tebboune. Itinéraire.

En franchissant le seuil du Sénat, le 24 février 2022, Salah Goudjil, 91 ans, est certain d’être réélu quelque heures plus tard à la présidence de la chambre haute du Parlement. C’est que, lors de cette plénière également consacrée à la validation du mandat des nouveaux sénateurs du quota présidentiel, aucun concurrent n’a présenté sa candidature.

Même dans un pays où la moyenne d’âge élevée des hauts responsables n’est plus un sujet d’étonnement, l’événement n’est pas anodin. Le vieux routier du FLN a été maintenu, le 15 février, par le chef de l’État Abdelmadjid Tebboune dans le tiers présidentiel et a reçu l’assurance, selon son entourage, de demeurer à la tête du Sénat.

La veille du scrutin, les secrétaires généraux du FLN, Abou el-Fadl Baadji, et du RND, Tayeb Zitouni, ainsi que le chef du groupe parlementaire du tiers présidentiel, Saad Arous, ont transmis à leurs troupes une consigne claire. Voilà donc Salah Goudjil reparti pour un mandat de trois ans au terme duquel il aura 94 ans. En cas de vacance du pouvoir présidentiel, c’est lui qui serait amené à assurer l’intérim.

« Pérennité et stabilité »

Doyen des sénateurs, Salah Goudjil est, en réalité, à la tête du Conseil de la nation depuis avril 2019, lorsque son prédécesseur, Abdelkader Bensalah, décédé depuis, a dû assurer l’intérim de la présidence de la République après la démission d’Abdelaziz Bouteflika.

Après l’élection à la présidence d’Abdelmadjid Tebboune, en décembre 2019, Abdelkader Bensalah, souffrant d’un cancer au stade terminal, renonce à reprendre la tête du Sénat. De toute façon, Salah Goudjil n’entend pas céder sa place d’intérimaire.

« J’y suis, j’y reste », martèle-t-il fin janvier 2020 devant les sénateurs frondeurs qui le pressent de respecter le règlement intérieur du Sénat, lequel prévoit la convocation d’une séance plénière dans un délai de quinze jours après la constatation de la vacance du poste afin d’élire un nouveau président. Abdelkader Bensalah a démissionné le 4 janvier 2020, mais le bureau du Conseil ne s’est pas réuni pour entériner cette vacance.

J’AI COMPRIS QUE L’IDÉE D’UN DEUXIÈME PERSONNAGE DE L’ÉTAT JEUNE N’AVAIT PAS ENCORE MÛRI… »

Pour ce qui reste, malgré tout, un tour de force, Salah Goudjil a pu compter sur les alliés de poids que sont les sénateurs FLN et RND. Leurs arguments ? « Assurer la pérennité et la stabilité du Sénat. » Le flou juridique durera un an. Précisément jusqu’au 24 février 2021, quand, par 126 votes favorables sur 127, il est officiellement désigné président du Conseil de la nation.

Les sénateurs Mustapha Djeghdali (RND) et Mahmoud Kessari (FLN) ont retiré leurs candidatures quelques minutes avant le vote. « Quand j’ai appris que le président de la République portait son choix sur Salah Goudjil, j’ai compris que l’idée d’un deuxième personnage de l’État jeune n’avait pas encore mûri… », tance Mahmoud Kessari.

Absences fréquentes

Au milieu des applaudissements, Goudjil rejoint péniblement le perchoir en s’appuyant sur son chargé de protocole. Membre influent du FLN, le voila propulsé, cette fois très officiellement, deuxième personnage de l’État.

Il est donc réélu le 24 février 2022 sans aucune résistance. Ces derniers mois pourtant, ses absences fréquentes à l’hémicycle sont remarquées et commentées. Même à ses plus proches collaborateurs, Salah Goudjil évite d’évoquer les raisons de ce problème d’assiduité.

Natif de Batna, il est décrit par ses proches collaborateurs comme un homme têtu goûtant peu la contradiction. Invariablement vêtu de costumes sombres et d’une chemise blanche, Goudjil a une forte tendance à éviter le contact avec des journalistes.

Ses interventions publiques se limitent à ses prises de parole lors de la réunion du bureau du Sénat, ou lors des séances plénières consacrées aux projets de loi, ou encore à l’ouverture et à la clôture des sessions parlementaires.

Sans talent oratoire particulier, trébuchant même sur certains mots, l’ancien ministre des Transports (de 1979 à 1985) défend systématiquement le programme du président de la République et l’agenda du pouvoir.

Durant son parcours au sein du FLN, le nonagénaire a eu « peu de contacts avec les jeunes militants », confie un ancien mouhafedh (responsable du FLN au niveau d’une wilaya). Il a été ancien chef de daira (arrondissement), membre du comité central, puis inspecteur général du parti et membre du bureau politique.

Sa bête noire ? L’ancien secrétaire général du FLN Abdelaziz Belkhadem, qu’il accuse en 2011 d’avoir « ouvert la voie au sein du parti aux détenteurs de fortunes et autres responsables cooptés par effraction » au détriment des militants historiques du FLN. Goudjil ne ménage pas ses efforts pour faire invalider le congrès de 2005 qui a porté Belkhadem à la tête du parti.

Rencontre avec Saddam Hussein

Goudjil prend même la tête du mouvement dit « de redressement » du vieux parti. Des militants séduits par son discours de rupture se sont ralliés à lui en signant des pétitions et en participant à des rassemblements devant les locaux du FLN à travers le territoire national. Mais en 2011, l’ex-président Bouteflika siffle la fin du match et exhorte Belkhadem et Goudjil à enterrer la hache de guerre.

LE VIEUX ROUTIER DU FLN RACONTE SOUVENT LES DÉTAILS DE SA VISITE À L’EX-PRÉSIDENT IRAKIEN, NON SANS UNE POINTE DE FIERTÉ

« Les militants se sont sentis alors trahis par Goudjil, qui a rendu le tablier après avoir passé trois ans à chauffer les esprits », regrette un membre du comité central. Maquisard de la première heure, Goudjil était chargé pendant la guerre d’indépendance de l’achat des tenues militaires américaines issues des surplus pour équiper les moudjahidine.

Plus tard, il sera désigné président de la commission d’enquête sur le crash de l’avion de Mohammed Seddik Benyahia, ministre des Affaires étrangères, près de la frontière irano-turque, en 1982.

C’est dans ce cadre qu’il est envoyé par le président Chadli Bendjedid rencontrer Saddam Hussein pour tenter de déterminer les circonstances qui ont conduit les Irakiens à abattre l’avion algérien. Le vieux routier du FLN raconte souvent les détails de cette mission à ses visiteurs au Sénat, non sans une pointe de fierté.

Très imprégné de l’histoire de l’Algérie, le désormais président du Conseil de la nation jusqu’à 2024 estime que le règlement du contentieux mémoriel entre la France et l’Algérie « ne saurait être compartimenté en des périodes, pas plus que ne pourrait l’être la période d’occupation coloniale de l’Algérie de 1830 à 1962 ».

Avec Jeune Afrique par Rania Hamdi – à Alger

Algérie : Haddad, Bouchouareb, Kouninef… Près de 4 milliards d’euros de biens mal acquis saisis en un mois

mars 8, 2022
Ali Haddad, ex-PDG du groupe ETRHB et ancien patron des patrons. © Romain Laurendeau pour JA

La justice accélère la cadence. En un mois, ce sont près de 4 milliards d’euros de biens appartenant à d’ex-responsables de l’ère Bouteflika qui ont été saisis.

L’horizon s’assombrit un peu plus pour d’anciens hauts responsables et hommes d’affaires du régime de Bouteflika, déjà condamnés à de lourdes peines de prison dans le cadre des affaires de corruption. La justice a en effet délivré une série d’ordonnances de saisies de biens, exécutées progressivement depuis le 15 février.

Parmi les biens à récupérer sur le territoire national, une source judiciaire cite des usines, des villas, des bateaux de plaisance, des appartements, des lots de terrains, des immeubles, des voitures, des bijoux et des avoirs bancaires.

La valeur des propriétés confisquées s’élève à 600 milliards de dinars (3,8 milliards d’euros), qui seront versés dans un fonds spécial créé en vertu de l’article 43 de la loi de finances complémentaire 2021.

Ce fonds réunit les sommes récupérées à l’étranger, ainsi que le produit de la vente des biens saisis après décision judiciaire définitive.

Ce compte sera également affecté au règlement des frais liés à l’exécution des procédures de confiscation, de récupération et de vente, ainsi qu’à l’apurement des dettes grevant les biens saisis.

L’exécution des perquisitions, mises sous scellés et saisies ordonnées par la justice ont déjà concerné quinze personnalités ces trois dernières semaines.

Énorme préjudice pour le Trésor public

La tentative de vente de deux luxueux appartements à Paris d’une valeur supérieure à 450 millions de dinars (2,8 millions d’euros) appartenant à l’ancien ministre de l’Industrie Abdeslam Bouchouareb, condamné par contumace par quatre décisions de justice à 80 ans de prison, a, semble-t-il, été l’élément déclencheur de l’accélération des procédures.

Pourtant, tous ses avoirs bancaires et ses biens, en Algérie et à l’étranger, font l’objet de décisions de saisie rendues par les tribunaux algériens dans les affaires de corruption.

Le 21 février, la justice a ainsi décidé de récupérer dix propriétés immobilières et industrielles, deux voitures de luxe de marque allemande, ainsi que divers objets de valeur lui appartenant. Seule sa villa de Chéraga, inscrite au nom de sa mère, a échappé aux filets de la police judiciaire.

Versée au dossier judiciaire, la liste des biens de Ali Haddad, patron du groupe ETRHB, détenu à la prison de Tazoult, dépasse, elle, les dix feuillets : plusieurs logements à Alger, 57 lots de terrains et 452 crédits auprès des banques publiques qui ont coûté au Trésor public 110 milliards de dinars (706 millions d’euros), ajoutés aux 275 projets octroyés de manière irrégulière au groupe ETRHB, causant à la même institution une perte de 1 000 milliards de dinars (6,5 milliards d’euros).

Toutefois, seules ses villas d’El-Biar et de Delly Brahim, à Alger, ont été placées sous scellés. Ali Haddad a été condamné définitivement en mai 2021 pour « trafic d’influence, blanchiment d’argent, perception d’indus avantages et financement occulte de la campagne électorale » pour un cinquième mandat de l’ancien président déchu Abdelaziz Bouteflika.

LES BIENS IMMOBILIERS QUE LES PERSONNALITÉS VISÉES POSSÈDENT SUR LE TERRITOIRE NATIONAL SE TROUVENT ESSENTIELLEMENT DANS LA CAPITALE

Les policiers, sous la supervision du juge et du procureur, ont procédé également en février à la saisie, à Bouzaréah, sur les hauteurs d’Alger, de la maison de l’homme d’affaires Noah Kouninef, à la confiscation de la maison de Rouiba du patron du groupe Cima Motors, Mahieddine Tahkout, condamné pour « trafic d’influence et perception d’indus avantages », ainsi que les biens immobiliers à Oran du minotier Hocine Metidjii, PDG du groupe éponyme.

Les biens immobiliers algérois des deux ex-Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, des anciens ministres des Travaux publics Amar Ghoul et Abdelkader Kadi, du chef de cabinet de Sellal, Mustapha Rahiel, ainsi que ceux de Mokhtar Reguieg, ancien chef du protocole à la présidence de la République, ont été, en outre, mis sous scellés.

Comme les maisons qui sont aux noms des enfants du général-major Abdelghani Hamel, au titre de sa condamnation à dix ans de prison ferme et à la saisie de ses biens dans le cadre de l’affaire de la fille présumée de l’ancien président Bouteflika.

Les biens immobiliers que possèdent les personnalités visées sur le territoire national se trouvent essentiellement dans la capitale. Les usines et certains lots de terrains sont en revanche disséminés dans le pays.

Giron de l’État

Les opérations devraient s’étendre au tissu industriel appartenant aux hommes d’affaires détenus. Début janvier, le chef de l’État, Abdelmadjid Tebboune, a ordonné, lors d’un conseil des ministres, d’achever l’opération de transfert des biens confisqués au secteur public marchand avant la fin du premier trimestre 2022.

À charge désormais pour le gouvernement d’achever le recensement des usines dont le statut juridique a été régularisé en vue de leur transfert dans le giron de l’État. L’une des entreprises concernées, implantée dans la wilaya de Jijel, produit de l’huile de table.

L’usine appartient aux frères Kouninef, propriétaires du groupe KouGC et condamnés en mai 2021 par la cour d’Alger à de la prison ferme, à de fortes amendes et à la saisie de leurs biens. Ils étaient poursuivis pour « trafic d’influence, blanchiment d’argent, financement occulte de la campagne électorale du président Bouteflika et perception d’indus avantages ».

Parmi les nombreux biens de l’homme d’affaires Mahieddine Tahkout, l’entreprise de transport des étudiants Mahieddine Tahkout Transport sera la première à être transférée à l’État, au ministère des Transports. La procédure touchera aussi les entreprises du groupe Mazouz composé de plusieurs filiales et la société de travaux publics ETRHB de l’homme d’affaires Ali Haddad. Les emplois, ainsi que les patrimoines de ces entités seront préservés.

Avec Jeune Afrique par Rania Hamdi – à Alger

Pétrole : l’Algérie de retour à un million de barils par jour

mars 7, 2022
Une raffinerie de pétrole. (Photo d’illustration) © Anis Belghoul/AP/SIPA

Avec l’accord des pays de l’Opep+, Alger veut enfin retrouver ses niveaux de production d’avant la crise. Et cela alors que les cours explosent avec la guerre en Ukraine.

Début mars à Alger, le ministre de l’Énergie et des Mines, Mohamed Arkab, a annoncé que la production pétrolière de l’Algérie dépassera le million de barils par jour (1 002 000 mb/j précisément) au mois d’avril. La hausse sera équivalente à 10 000 barils par jour supplémentaires par rapport au mois de mars. Cette déclaration à la presse se tenait dans le cadre de la 26e réunion ministérielle de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep+), consacrée notamment à l’examen de la situation du marché pétrolier mondial et ses perspectives d’évolution à court terme.

“Les pays signataires de la déclaration de coopération de l’Opep+ ont décidé de poursuivre la hausse globale en injectant 400 000 b/j supplémentaires sur le marché au mois d’avril prochain”, a indiqué Mohamed Arkab, rappelle l’agence officielle APS.

Depuis le mois d’août 2021, les pays membres de l’Opep, et d’autres gros producteurs comme la Russie coordonnant leur production au sein du dénommé Opep+, se sont engagés à augmenter la production de pétrole à hauteur de 400 000 barils par jour, et ce, jusqu’à rattraper la réduction de la production de 5,6 mb/j qui a eu lieu en 2020. Sur l’année 2021, la production des pays membres de l’Opep se chiffrait à 26 millions de barils par jour. En janvier 2022, elle a atteint 28 millions de b/j.

Une réduction de la production concertée

Particulièrement instable depuis la crise sanitaire, le prix du baril a connu une forte chute avec la crise du Covid-19 en passant de 64 dollars en moyenne en 2019 à 42 dollars en 2020 avant de remonter à 71 dollars en 2021, selon les dernières estimations de l’Agence d’information sur l’énergie aux États-Unis (EIA). Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les prix ont encore grimpé nettement. Le 4 mars à la clôture des Bourses, le baril de brent s’échangeait à 118 dollars, en hausse de 6,93 % par rapport à la veille.

Les taux de vaccination en hausse, l’assouplissement des restrictions liées à la pandémie et la croissance économique ont entraîné une augmentation de la demande mondiale de pétrole en 2021. Cela alors qu’en décembre 2020, les pays membres de l’Opep+ annonçaient lors de la 12e réunion ministérielle qu’ils continueraient à limiter les augmentations de production tout au long de 2021 afin de favoriser des prix du pétrole brut plus élevés.

En Algérie, après une production moyenne de 897 000 barils par jour en 2020 et 908 000 barils par jours en 2021, le passage au million de barils en avril permettra ainsi au pays de retrouver un rythme de production se rapprochant de son niveau avant la crise sanitaire, se chiffrant à 1 023 000 b/j en 2019 selon le rapport annuel 2020 de l’Opep+. À son niveau le plus haut ces cinq dernières années en 2016 avec 1 146 000 b/j, ce chiffre n’a fait que décroître avec le temps, passant ainsi à 1 059 000 b/j en 2017 puis 1 040 000 b/j en 2018. En janvier 2021, une note du ministère Algérien de l’Énergie indiquait qu’un total de « 1 853 milliards de dinars [11,4 milliards d’euros] de fiscalité pétrolière a été versé au trésor public, durant l’année 2020, en baisse de 31 % rapport au montant de 2019 ».

Avec Jeune Afrique par Maureen Sogne

Mali-Algérie : qui est Yahia Djouadi, chef d’AQMI tué par la France ?

mars 7, 2022
Patrouille du PRI (peloton de reconnaissance et d’intervention) dans la région de Tombouctou. © Etat-major des armées/France

Une opération des soldats français de Barkhane a mené à la neutralisation fin février de Yahia Djouadi. Surnommé « l’émir du Sahara », cet Algérien était un haut cadre d’Al-Qaïda au Maghreb islamique.

L’opération, menée par les forces spéciales françaises à une centaine de kilomètres au nord de Tombouctou, dans le septentrion malien, a conduit à la « neutralisation de Yahia Djouadi, alias Abou Ammar al Jazairi, haut cadre historique d’AQMI […] dans la nuit du 25 au 26 février », a annoncé l’état-major des armées françaises par voie de communiqué ce lundi 7 mars.

La mort du chef jihadiste, qui fut le conseiller militaire d’Abdelmalek Droukdel, le chef d’Al-Qaïda au Maghreb islamique tué en juin 2020 par l’armée française, a été rendue possible « par une intervention au sol, appuyée par un hélicoptère d’attaque et de reconnaissance Tigre et deux drones », précise Paris. Le lieu de l’opération qui a mené à son élimination correspond à la zone de repli de la Katiba el Foqane, antenne d’AQMI dans le Sahel.

Présenté comme « un relais majeur » du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), branche sahélienne d’Al-Qaïda dans le nord du Mali et particulièrement dans la région de Tombouctou, ce jihadiste d’une cinquantaine d’années était originaire d’Algérie.

Du GIA à AQMI

Natif de Sidi Belabbès (ouest), il rejoint le Groupe islamique armé (GIA) en 1994, qu’il quitte entre 1997 et 1998 lors de la période des grands massacres de la décennie noire. Il créé alors sa propre organisation armée, le Groupe salafiste combattant (Al Jamaa al Salafiya al Qitaliya). Sans y adhérer, il soutient la création du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) de Hassan Hattab, en 1998.

IL COORDONN[AIT] L’APPROVISIONNEMENT DE MATÉRIELS AU PROFIT DU HAUT COMMANDEMENT DU GSIM ET D’AQMI

Il finit toutefois par rallier le GSPC en 2002 et devient très proche d’Abdelmalek Droukdel. Une amitié qui perdurera jusqu’à l’élimination de ce dernier en juin 2020. Nommé émir du Sahara au mitan des années 2000, Djaouadi a d’abord été envoyée comme médiateur du conflit entre Abdelhamid Abou Zeid et Mokhtar Belmokhtar.

Djouadi a ensuite été remplacé par Nabil Abou Alqama en 2011. Après la révolution libyenne, Droukdel charge Djouadi d’implanter solidement AQMI en Libye, où il a assumé un rôle de supervision plus discret au cours de la dernière décennie, notamment la gestion du financement, de la logistique et de la formation des combattants. Il y restera au moins jusqu’à 2019, puis rejoint le Mali.

Depuis la région de Tombouctou, « il coordonn[ait] l’approvisionnement de matériels au profit du haut commandement du GSIM et d’AQMI [ainsi que la coordination] logistique et financière du groupe », affirme l’armée française.

Installé dans le nord du Mali, il avait pris la tête de la « 9e région militaire » d’AQMI, qui couvre le sud de l’Algérie et le Sahel. « L’organisation d’Al-Qaida au Maghreb islamique a commis plusieurs actes de terrorisme dans la région et a revendiqué la responsabilité de l’enlèvement de deux touristes autrichiens dans le sud de la Tunisie le 22 février 2008. Les deux touristes autrichiens ont été emmenés au nord du Mali, où [sévissait] Yahia Djouadi », expliquent quant à elles les Nations unies, qui l’avaient placé sous sanctions. Également à son actif, un attentat contre des militaires mauritaniens en 2008 à Tourine et une embuscade ratée contre des soldats algériens en octobre 2009, entre Ghardaïa et Béchar.

« Succès tactique »

L’armée française, qui a annoncé son départ du Mali mi-février après neuf ans d’intervention, salue un « succès tactique significatif » qui permet « une nouvelle fois d’affaiblir la gouvernance qaïdiste ». Sa neutralisation « marque l’isolement de l’émir du GSIM, Iyad Ag Ghali, qui voit la disparition de toutes les figures expérimentées de son entourage », se félicite-t-elle.

Entre 2021 et 2022, plusieurs cadres de la nébuleuse jihadiste ont été arrêtés ou neutralisés. C’est le cas notamment d’Abdel Nasser, dit Baye Ag Bakabo, principal suspect dans l’enlèvement et l’assassinat des journalistes de RFI Ghislaine Dupont et Claude Verlon en 2013 – il a été tué en juin dernier par une frappe française. Ou encore d’Abou Nasser, alias Nasser al Tergui, chef de la Katiba Gourma, tué en octobre 2021 dans la région de Gossi.

Avec Jeune Afrique

Maroc, Algérie, Tunisie : comment les États s’organisent face à l’offensive russe en Ukraine

février 24, 2022
Gare centrale de Kiev, le 24 février 2022. © REUTERS/Volodymyr Petrov

Pour la plupart étudiants, les ressortissants des pays du Maghreb vivant en Ukraine se retrouvent pris au piège d’un conflit qui ne les concernent pas. Quels sont les dispositifs mis en place par leurs États pour les assister ou les rapatrier ?

Le 22 février, alors que l’escalade des tensions entre la Russie et l’Ukraine fait craindre au monde un embrasement militaire imminent, le ministère tunisien des Affaires étrangères estimait que la situation était sous contrôle, tout en invitant ses ressortissants en Ukraine a demeurer en contact avec la chancellerie tunisienne à Moscou.

Moins de 48 heures après cet avis, les premiers tirs provoquent la panique au sein de la communauté tunisienne. Ils sont 1 500, principalement des étudiants, à se sentir livrés à eux-mêmes, au cœur d’une guerre qui ne les concernent pas.

Acheminement depuis la Roumanie

Certains ont été rapatriés par précaution par leurs familles, mais la plupart sont restés chez eux à Odessa et Kharkiv, deux villes ciblées par les premiers tirs russes, selon Tarek Aloui, président de l’Association des Tunisiens d’Ukraine, qui insiste sur la nécessité d’un rapatriement rapide vers la Tunisie.

En attendant, il invite les Tunisiens présents en Ukraine à rester chez eux, à se faire connaître auprès de l’ambassade à Moscou – la Tunisie ne dispose pas d’ambassade à Kiev –, à rester en contact via les réseaux sociaux et à avoir toujours sur eux leurs documents d’identité.

AVEC 10 000 RESSORTISSANTS, LES MAROCAINS REPRÉSENTENT LA DEUXIÈME COMMUNAUTÉ ESTUDIANTINE EN UKRAINE

Des consignes qui permettraient de faciliter l’organisation d’un départ collectif en dépit de la fermeture de l’espace aérien ukrainien. Le gouvernement tunisien négocie actuellement avec la Roumanie l’autorisation d’acheminer les ressortissants tunisiens par bus depuis la frontière ukrainienne jusqu’à un aéroport roumain d’où ils pourraient décoller pour Tunis.

À plus long terme, les étudiants tunisiens pourraient voir leur avenir compromis, les autorités ukrainiennes ayant déjà fait savoir aux étudiants étrangers qui quittent le territoire qu’ils ne seront pas autorisés à revenir et à se réinscrire dans les facultés.

Quand, le 12 février, Vladimir Poutine dénonce « l’hystérie américaine » à propos d’une potentielle invasion russe en Ukraine, le Maroc n’en prend pas moins la situation au sérieux. Avec 10 000 ressortissants, les Marocains représentent la deuxième communauté estudiantine en Ukraine.

Dans un communiqué, l’ambassade du Maroc à Kiev a donc appelé les ressortissants marocains à quitter le pays « pour leur sécurité » et les citoyens marocains souhaitant se rendre en Ukraine à reporter leur voyage.

Vols spéciaux

Les services consulaires marocains ont également mis en place trois numéros de téléphone à destination des ressortissants ayant besoin d’assistance, sans toutefois prévoir d’opération d’évacuation spécifique.

Pour rappel, dès la fin du mois de janvier, de nombreux étudiants ont manifesté leur volonté de rentrer au royaume face à l’éventualité d’une attaque russe. L’ambassade du Maroc à Kiev leur avait rétorqué que leur rapatriement était tributaire de la réouverture des frontières marocaines – à nouveau ouvertes depuis le 7 février.

La Royal Air Maroc (RAM) et Air Arabia ont mis en place des vols spéciaux (Casablanca-Kiev et Tanger-Kiev) dès le 15 février pour pallier l’absence de vols commerciaux directs entre le Maroc et l’Ukraine.

UN DÉPART D’UKRAINE IMPLIQUE, POUR LES ÉTUDIANTS MAROCAINS, ALGÉRIENS ET TUNISIENS, UNE EXPULSION PURE ET SIMPLE DE LEUR UNIVERSITÉ

Les Marocains désireux de rentrer devront débourser 4 700 dirhams (443 euros) pour la RAM et 4 100 dirhams (387 euros) pour Air Arabia. Le 16 février, Valerian Shuvaev, ambassadeur de la Fédération de Russie à Rabat, a commenté ces mesures admettant que « la décision marocaine est souveraine », mais que « l’appel au retrait collectif est d’une logique incompréhensible, politiquement et humainement ».

Limiter les déplacements

Depuis, plusieurs centaines d’étudiants sont rentrés au bercail, soulagés mais très inquiets pour leur avenir. En effet, un départ d’Ukraine implique, pour les étudiants marocains, algériens et tunisiens, une expulsion pure et simple de leur université, sans espoir de s’y réinscrire.

L’ambassade d’Algérie en Ukraine a de son côté appelé ses ressortissants, au nombre de 10 000, à « faire preuve de vigilance, en respectant les instructions données par les autorités ukrainiennes, notamment celles liées à la nécessité de rester chez soi et de se déplacer uniquement en cas de nécessité absolue ».

Le 12 février, l’ambassade d’Algérie à Kiev a informé les ressortissants algériens de la mise en place d’un numéro vert et leur a recommandé de prendre des mesures de protection et de quitter le pays si nécessaire.

L’ambassade n’a pas été évacuée et les Algériens qui l’ont jointe aujourd’hui ont reçu pour consigne de limiter leurs déplacements et de se protéger.

Par Jeune Afrique