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Gabon : André Mba Obame, le « frère jumeau » d’Ali Bongo qui se rêvait président

avril 13, 2015

André Mba Obame, le 25 janvier 2011.
André Mba Obame, le 25 janvier 2011. © Joel Bouopda Tatou/AP/SIPA

André Mba Obame n’est plus. Décédé dimanche 12 avril à 27 ans, il était l’un des personnages centraux de la scène politique gabonaise, marquée par les turbulences des relations de l’ancien ministre de l’Intérieur avec la famille Bongo.

De cet homme au visage rond et au teint clair, décédé dimanche à l’âge de 57 ans, difficile de savoir ce que les Gabonais retiendront. Du jeune prodige formé à l’étranger, protégé d’Omar Bongo Ondimba et ami de son fils Ali, à l’opposant malade de ces dernières années, en passant par sa revendication de la victoire à la présidentielle de 2009, André Mba Obame (AMO) aura porté de multiples casquettes et fortement marqué les trente dernières années de la politique gabonaise.

AMO, le « frère jumeau » d’ABO

Titulaire d’un doctorat en sciences politiques, formé en France et au Canada, le natif de la province de Woleu-Ntem, un fief fang du nord du pays, fait ses armes à l’étranger. Il y milite dans l’opposition en exil, prêchant le retour au multipartisme au sein du Mouvement de redressement national (Morena) de Paul Mba Abessole, réfugié à Paris.

AMO est repéré à 27 ans par Omar Bongo, en 1984. De retour au Gabon, il intègre le cabinet de la présidence de la République. Bongo apprécie alors ce jeune homme ambitieux au point de le recommander à son fils. Le début d’une collaboration de plus de deux décennies. Au cabinet du chef de l’État, au secrétariat général de la présidence, puis d’un ministère à l’autre, Ali Bongo Ondimba et André Mba Obame travaillent de concert. Ils vont notamment négocier, en 1989, le retour puis le ralliement de Paul Mba Abessole.

Pour ses détracteurs, il est le « Prince des ténèbres », l’exécuteur des basses-œuvres du régime.

À l’époque, les deux futurs adversaires sont comme des « frères jumeaux », au point que de nombreux observateurs iront jusqu’à comparer André Mba Obame à Moïse. Bénéficiant de l’affection d’Omar Bongo, qui lui offre notamment des voitures de luxe en cadeaux, comme cette Jaguar de collection pour son quarantième anniversaire, AMO devient également le témoin de mariage du fils, Ali, en 2000. Il partage en outre avec lui la même loge maçonnique, la Grande loge du Gabon.

Pour ses détracteurs, il est le « Prince des ténèbres », l’exécuteur des basses-œuvres du régime, notamment lors de son passage à l’Intérieur. AMO est celui qui embastille les trublions de la société civile, retient les passeports des hommes politiques en disgrâce, multiplie les voyages en Falcon 50 entre Libreville et Paris pour négocier le retrait des plaintes dans l’affaire des biens mal acquis… Pour ses fidèles, il est un politique bourré de talents, un « animal » intelligent au cerveau un brin manipulateur.

Président auto-proclamé

André Mba Obame est surtout un homme ambitieux. Et, alors qu’Omar Bongo est au crépuscule de sa vie, la belle unité des « frères jumeaux », Ali et André, va s’étioler. L’un se considère comme l’héritier légitime. L’autre comme le « fils spirituel ». « Pendant 25 ans, j’étais à côté (de Omar Bongo), de jour comme de nuit. Pendant ce temps-là, certains étaient dans les grands avions pour aller dans les grands pays jouer aux princes, aux fils du président. Mais moi, j’étais là ! », lançait ainsi AMO lors d’un meeting en 2009.

Comme Moïse, élevé à la cour du pharaon avant de se retourner contre lui, André Mba Obame prend les choses en main, en 2009. Depuis quelques temps, sa relation avec Ali Bongo Ondimba est tendue et les deux hommes ne se parlent quasiment plus. AMO est convaincu que Bongo père n’a jamais souhaité une succession « dynastique » à la tête du Gabon. Alors que le président décède en juin, il décide de se présenter pour prendre sa suite. « Je n’ai pas pu être prêtre, je vais être président », déclare-t-il alors régulièrement autour de lui.

« Je n’ai pas pu être prêtre, je vais être président ».

Il entame une campagne électorale, contre Ali Bongo Ondimba, déboulant de son Hummer ou de son avion loué en Afrique du Sud et peint aux couleurs d’ »AMO président », demande à genoux l’absolution pour les fautes commises quand il était aux affaires… Mais, le 30 août 2009, il est battu et ne réunit officiellement que 25,33 % des suffrages, derrière son grand rival mais également derrière le leader de l’Union du peuple gabonais, Pierre Mamboundou (22,64 %). Résultat qu’il conteste.

Un an et demi plus tard, le 25 janvier 2011, réfugié dans les locaux du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), il se proclame ainsi président de la République. Son parti, l’Union nationale, créée en 2010 avec Zacharie Myboto, Casimir Oyé Mba et Jean Eyéghé Ndong, est dissous dès le lendemain. Les autorités gabonaises souhaitent le poursuivre pour haute trahison. Quant à la communauté internationale, elle ne souhaite pas le soutenir. C’est le début de la fin.

Terrassé par la maladie

S’il affirme ne pas vouloir rendre les armes, Mba Obame ne pourra rien faire contre une santé défaillante. On lui diagnostique en 2012, le 13 mai, une « hernie discale postéro-latérale ayant entraîné une sciatique paralysante et hyperalgique ». Opéré en Afrique du Sud, il entame alors une convalescence dont il ne sortira jamais vraiment. Convaincu d’avoir été victime d’un mauvais sort vaudou ou d' »attaques mystiques », André Mba Obame court les guérisseurs traditionnels.

André Mba Obame était convaincu d’avoir été victime d' »attaques mystiques ».

Alors qu’il annonce à plusieurs reprises préparer son retour en politique, il est contraint de se faire soigner à Lomé, au Togo, puis à Niamey, au Niger, ou encore en Tunisie, avant d’élire domicile à Yaoundé ces dernières semaines. Laissant son parti, l’Union nationale, dans la désunion, tandis que Jean Ping prenait progressivement la place d’opposant numéro un en vue de la présidentielle de 2016, il ne recevait quasiment plus depuis des mois. Seuls des membres de sa famille et quelques proches de passage au Niger étant autorisés à lui rendre visite, sous l’œil vigilant de son chauffeur et garde du corps.

Sa dernière apparition publique remonte à fin avril 2014. AMO avait alors effectué le voyage à Rome pour assister à la canonisation des papes Jean XXIII et Jean-Paul II à la basilique Saint-Pierre. Prise par un évêque gabonais, une photo le montre sur une chaise roulante, extrêmement amaigri, le visage émacié, à peine reconnaissable. Un choc pour ses anciennes troupes et pour les Gabonais qui découvrent le cliché dans un quotidien privé du nord du pays. La dernière – et triste – image d’un diaporama politique de plus de trois décennies.

Jeuneafrique.com par Mathieu Olivier

Des proches de Gbagbo confirment le récit de Bourgi

septembre 12, 2011

Une source anonyme proche de l’ancien président ivoirien «s’étonne» que l’affaire ne sorte que maintenant. Le Sénégal dément lui totalement les accusations.

Après avoir été mis en cause par l’avocat Robert Bourgi, les pays africains commencent à réagir au récit de livraisons à l’exécutif français de mallettes pleines d’argent venues d’Afrique. Si cette affaire est qualifiée de mystification par l’ancien chiraquien Jean-François Probst, il est confirmé par un proche de Laurent Gbagbo, président déchu de Côte d’Ivoire. Mamadou Koulibaly, actuel président de l’Assemblée nationale à Abidjan et numéro deux de l’ancien régime, a confirmé la version de l’avocat français : «Robert Bourgi a parfaitement raison il y a eu un transfert d’argent entre Laurent Gbagbo et Jacques Chirac, en 2002», a déclaré l’homme politique, faisant état «d’environ deux milliards de francs CFA (environ trois millions d’euros) transportés d’Abidjan vers Paris par valise».

Ancien proche de Gbagbo, Koulibaly précise avoir rencontré en 2002 Bourgi. Ce dernier lui aurait réclamé de l’argent pour la campagne présidentielle française. Koulibaly avait refusé dans un premier temps, mais l’argent aurait finalement été livré. Une source anonyme proche de l’ancien président ivoirien, interrogée par l’Agence France presse, a dit s’étonner des réactions en France aux révélations de Bourgi : «Cela devait éclater un jour ou l’autre. Nous nous étonnons juste que ce ne soit que maintenant que l’opinion publique française semble découvrir tout ça. Et on s’étonne aussi que cela s’arrête à Dominique de Villepin». Joint par leFigaro.fr, Alain Toussaint, le porte-parole de Gbagbo en France, n’était pas disponible pour commenter l’affaire.

Cinq pays africains seraient concernés

Ces déclarations rejoignent le récit de Robert Bourgi, qui a expliqué dans les médias dimanche avoir «participé à plusieurs remises de mallettes à Jacques Chirac» ainsi qu’à Dominique de Villepin. L’ancien président de la République a annoncé dimanche soir vouloir déposer plainte pour diffamation à l’encontre de Robert Bourgi.

Le Sénégal a lui démenti formellement les accusations de l’avocat Bourgi: «Tout ce qu’il a dit, en tout cas en ce qui concerne le Sénégal, c’est faux, archi-faux, totalement faux, dénué de tout fondement», a réagi Serigne Mbacké Ndiaye porte parole de la présidence sénégalaise. Il a mis en doute la parole de cet avocat franco-libanais, réputé «pilier de la Françafrique».«Comme toute l’opinion, je me demande ce que vaut maintenant la parole de Robert Bourgi. Et deuxièmement, je me demande qu’est-ce qui le fait courir», a conclu le porte-parole. Robert Bourgi est en mauvais terme avec le président Abdoulaye Wade depuis juillet dernier. Il raconte que le fils Wade, Karim, voulait qu’il serve d’intermédiare pour requérir une aide de l’armée française au Sénégal.

Également dénoncée par Robert Bourgi, la présidence gabonaise a fait savoir «ne pas être concernée» par les déclarations de l’avocat français. «Notre présidence date de 2009, on répond des faits à partir de là», a dit un proche d’Ali Bongo, l’actuel président du Gabon et successeur de son père Omar Bongo, décédé en 2009. Selon Bourgi, les livraisons d’argent à Jacques Chirac ont eu lieu à partir de 1997 jusqu’en 2005, quand le premier ministre de Villepin y a mis un terme. L’argent provenait des régimes de Côte d’Ivoire, du Gabon, du Congo-Brazzaville, du Burkina-Faso et du Sénégal.

Homme de l’ombre ayant travaillé au côté de Jacques Foccart, l’ancien «Monsieur Afrique» du Général De Gaulle, Robert Bourgi a décidé de dévoiler le système mis en place parce qu’ «il avait honte» : «Je veux tourner la page du passé, un passé dont je ne suis pas très fier», a t-il déclaré dans Le Journal du dimanche.

lefigaro.fr par Caroline Bruneau