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Ukraine : les chefs d’État français, italien et allemand en route vers Kiev

juin 16, 2022
Emmanuel Macron, Olaf Schotlz et Mario Draghi discutent autour d'une table.

L’ambassadeur français en Ukraine, Etienne de Poncins, a partagé sur Twitter cette image d’Emmanuel Macron, Olaf Schotlz et Mario Draghi à bord d’un train vers Kiev d’abord publiée par le journal italien « La Repubblica ». Photo : La Republica via @Edeponcins (TWITTER)

Le président français Emmanuel Macron et ses homologues allemand et italien, Olaf Scholz et Mario Draghi, se dirigent vers Kiev, où ils devraient dire le soutien de l’Europe à l’Ukraine en guerre, après une aide militaire d’un milliard de dollars annoncée par les États-Unis.

Les trois hommes ont pris place ensemble à bord d’un train spécial à destination de Kiev, indiquent des médias italien et allemand.

Je pense que nous sommes à un moment où nous avons besoin d’envoyer des signaux politiques clairs, nous Union européenne, à l’égard de l’Ukraine et du peuple ukrainien dans un contexte où il résiste de manière héroïque depuis plusieurs mois, a déclaré le président français, interrogé sur un éventuel déplacement à Kiev la veille.

Ce déplacement est une première pour les dirigeants des trois principaux pays de l’Union européenne, depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine le 24 février.

Les trois hommes devraient rencontrer le président ukrainien Volodymyr Zelensky pour évoquer, outre le soutien militaire, la demande de l’Ukraine de rejoindre l’Union européenne. La France, l’Allemagne et l’Italie y sont favorables, mais dans une perspective plus ou moins lointaine.

L’Ukraine n’en attend pas moins du sommet européen des 23-24 juin la décision des Vingt-Sept sur sa demande officielle d’adhésion, début d’un processus de négociations qui peut durer plusieurs années.

Demande d’armes supplémentaires

Des soldats ukrainiens ave des pièces d'artillerie.

L’Ukraine presse depuis plusieurs jours l’Occident de lui fournir plus d’artillerie lourde. Photo : Radio-Canada/Jean-François Bélanger

Son président devrait également réitérer sa demande de nouvelles livraisons d’armes lourdes, indispensables, assure-t-il, pour contrer la puissance de feu russe.

Nous sommes avec vous, soyez avec nous, a déclaré M. Zelensky aux députés tchèques à Prague lors d’une téléconférence, citant un appel lancé par un présentateur de la radio tchécoslovaque en 1968 alors que les occupants soviétiques tentaient de couper la radio.

Aujourd’hui, alors que le peuple ukrainien lutte pour sa liberté contre l’invasion cruelle de la Russie, nous utilisons ces mots pour nous adresser à toutes les nations d’Europe et du monde démocratique, a-t-il ajouté. L’Ukraine doit obtenir tout ce qui est nécessaire pour remporter la victoire, a-t-il martelé.

Mercredi soir, M. Zelensky a dit sa gratitude à l’égard des États-Unis pour la nouvelle tranche d’aide militaire que son homologue américain Joe Biden lui a annoncé dans la soirée au téléphone.

Les États-Unis ont annoncé un nouveau renforcement de notre défense, une nouvelle tranche d’aide d’un milliard de dollars, a confirmé mercredi soir M. Zelensky dans son message vidéo quotidien.

Je veux dire ma gratitude pour ce soutien, il est particulièrement important pour notre défense dans le Donbass , la région de l’est de l’Ukraine épicentre des attaques russes actuelles.

Lloyd Austin en conférence de presse.

Le secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin Photo : Getty Images/AFP/Alex Wong

L’aide américaine comprend notamment des pièces d’artillerie et des obus supplémentaires.

Mercredi, le chef du Pentagone Lloyd Austin a appelé ses alliés à intensifier les livraisons d’armes aux Ukrainiens.

L’Ukraine est confrontée à un moment charnière sur le champ de bataille, a déclaré le secrétaire américain à la Défense, lors d’une réunion au siège de l’OTAN à Bruxelles des pays du groupe de contact créé par les États-Unis pour aider l’Ukraine. Nous devons donc intensifier notre engagement commun et redoubler d’efforts pour qu’elle puisse se défendre, a-t-il ajouté.

M. Zelensky a indiqué s’être également entretenu avec le premier ministre britannique Boris Johnson, lequel a assuré sur Twitter soutenir l’Ukraine jusqu’à la victoire finale.

La bataille du Donbass

Et celle-ci passe par le Donbass, dans l’est de l’Ukraine, enjeu depuis des jours d’une bataille acharnée entre forces russes et ukrainiennes.

Depuis leur offensive avortée sur Kiev en mars, les forces russes et séparatistes prorusses, qui contrôlent partiellement cette région industrielle depuis 2014, se sont donné pour objectif d’en prendre le contrôle total.

L’ennemi a concentré ses forces de frappe principales dans le nord de la région [de Lougansk] et tente d’attaquer dans neuf directions simultanément, a déclaré mercredi soir le commandement en chef des forces armées ukrainiennes.

Un soldat prend position près d'une fenêtre.

Un soldat de l’armée ukrainienne pendant des combats sur le front à Sievierodonetsk, le 8 juin 2022 Photo : AP/ Oleksandr Rathushniak

Les combats se concentrent depuis plusieurs jours à Lyssychantsk et Sievierodonetsk, deux villes clés du Donbass. Les autorités ukrainiennes ont reconnu ces derniers jours que leurs troupes avaient été chassées du centre-ville de Sievierodonetsk, et ne plus disposer que de voies de communication compliquées avec elles après la destruction de tous les ponts vers Lyssytchansk.

Sievierodonetsk est un élément stratégique dans notre système de défense de la région de Lougansk. La ville ne peut pas être considérée autrement, a rappelé mercredi soir le commandement en chef ukrainien.

Les forces ukrainiennes sont notamment retranchées dans l’usine chimique Azot, emblématique de cette ville comptant avant la guerre quelque 100 000 habitants, avec plus de 500 civils à l’intérieur, selon le maire de Sievierodonetsk, Oleksandre Striouk.

Moscou a proposé mardi un couloir humanitaire qui permettrait d’évacuer ces civils vers des territoires contrôlés par les Russes, mais Kiev ne l’a pas confirmé.

Sur le front diplomatique, au moment où États-Unis et Europe se rassemblent autour de l’Ukraine, le président chinois Xi Jinping a réaffirmé mercredi sa proximité avec son vieil ami Vladimir Poutine, au risque de crisper les relations entre Pékin et les Occidentaux.

Radio-Canada avec Agence France-Presse

Un média allemand recrute la journaliste russe qui a dénoncé la guerre en Ukraine

avril 11, 2022

Marina Ovsiannikova, journaliste russe ayant ouvertement critiqué l’invasion de l’Ukraine, à sa sortie du palais de justice du district Ostankinsky à Moscou, au lendemain de son irruption sur un plateau de télévision à une heure de grande écoute. Photo: Getty Images/-AFP

La journaliste russe Marina Ovsiannikova, qui a fait irruption dans un studio de la télévision d’État russe avec une pancarte antiguerre il y a un mois, a été recrutée par la chaîne d’information allemande Welt.

La journaliste, qui avait fait les manchettes des médias internationaux en défiant le pouvoir russe en plein journal télévisé, agira comme correspondante pour l’entreprise propriétaire de Die Welt, l’un des grands quotidiens allemands, et comme contributrice à son réseau télévisé d’information.

Elle couvrira notamment l’Ukraine et la Russie, a précisé le média.

Welt défend ce qui est défendu avec tant de véhémence par les personnes courageuses sur le terrain en Ukraine en ce moment : la liberté, a déclaré Mme Ovsiannikova, citée par plusieurs médias.

Je considère qu’il est de mon devoir, en tant que journaliste, de défendre cette liberté. Et je suis ravie de pouvoir le faire maintenant pour Welt, ajoute-t-elle, alors que le Kremlin a radicalement resserré l’étau sur l’information.

« Ma vie est divisée en un avant et un après. Les principes moraux ont fini par prendre le pas sur le bien-être, la tranquillité d’esprit et une vie bien réglée. La guerre en Ukraine a été le point de non-retour et le moment où il n’était plus possible de se taire. »— Une citation de  Traduction du début du premier texte de Marina Ovsiannikova publié sur le site de Welt

Dans un communiqué, le rédacteur en chef du groupe Welt, Ulf Porschardt, s’est dit enthousiaste à l’idée de travailler avec elle, estimant qu’elle avait défendu l’éthique journalistique la plus importante, malgré la menace de répression de l’État russe.

Le chef de la Douma évoque la déchéance de la nationalité russe

Le président de la chambre basse du Parlement russe, Viatcheslav Volodine, a dénoncé l’embauche de Marina Ovsiannikova par un quotidien occidental.

Maintenant, elle va travailler pour un pays de l’OTAN, justifier les livraisons d’armes aux néonazis ukrainiens, l’envoi de mercenaires étrangers pour combattre nos soldats et défendre les sanctions contre la Russie, a-t-il déclaré sur la plateforme de discussion en ligne cryptée Telegram.

Il l’a citée en exemple en proposant de déchoir de leur nationalité les traîtres opposés à l’offensive en Ukraine.

« La vaste majorité de nos concitoyens soutient l’opération militaire spéciale en Ukraine, ils comprennent sa nécessité pour la sécurité de notre pays et de notre nation. Mais il y a aussi ceux qui se comportent avec lâcheté, avec traîtrise. »— Une citation de  Viatcheslav Volodine, président de la chambre basse du Parlement russe

Hélas, pour de tels [individus], il n’existe pas de procédure de déchéance de la citoyenneté et d’interdiction d’entrer dans notre pays. Mais peut-être que ce serait bien, a poursuivi le chef de la Douma.

Le pouvoir russe a fait taire les médias indépendants et renforcé la répression au cours des dernières semaines. Il a par exemple adopté une loi qui réprime, selon les prétentions du Kremlin, toute fausse information sur l’armée russe.

La loi, qui interdit entre autres de qualifier l’invasion russe de guerre, prévoit des peines pouvant aller jusqu’à 15 ans de prison pour la diffusion d’informations mensongères.

Les autorités russes ont aussi interdit Facebook et Instagram en plus de restreindre l’accès à Twitter et de réprimer les manifestations antiguerre.

Selon l’organisation OVD-Info, qui recense les arrestations politiques et fournit de l’aide juridique aux détenus en Russie, plus de 15 400 manifestants antiguerre, en date du 11 avril, ont été détenus depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, le 24 février dernier.

Même des Russes armés d’une seule feuille blanche ont été arrêtés.

Un coup d’éclat

À la mi-mars, Maria Ovsiannikova, alors productrice de Pervy Kanal, la plus puissante chaîne télévisée de Russie, avait profité du principal programme dit d’informations, diffusé en direct à heure de grande écoute, pour exprimer son opposition à la guerre : elle avait surgi derrière la présentatrice munie d’une pancarte sur laquelle on pouvait lire : Arrêtez la guerre. Ne croyez pas la propagande. Ils vous mentent ici.

Choisissant une heure de grande écoute, Marina Ovsiannikova a exprimé son message le mois dernier devant des millions de Russes. Photo : Twitter/@KIRA_YARMYSH

Avant son coup d’éclat, la femme de 43 ans, née d’un père ukrainien et d’une mère russe, avait enregistré une vidéo dans laquelle elle disait regretter d’avoir véhiculé la propagande du Kremlin et d’avoir ainsi permis que le peuple russe soit  »zombifié ». Dans cette vidéo, publiée par OVD-Info, elle appelait également les Russes à se lever contre la guerre.

Rapidement arrêtée pour son geste et interrogée pendant plusieurs heures, elle avait été reconnue coupable d’avoir commis une infraction administrative et condamnée à payer une amende de 30 000 roubles (un peu moins de 350 $ CA).

Outre cette sentence clémente, elle risque toujours des poursuites pénales passibles de lourdes peines de prison, en vertu de la nouvelle loi interdisant toute fausse information sur l’armée russe.

Dans une entrevue accordée à l’agence Reuters le mois dernier, Mme Ovsiannikova indiquait ne pas avoir l’intention de quitter son pays, même si elle s’avouait inquiète pour sa sécurité. Elle disait espérer que son geste ouvrirait les yeux des Russes sur la propagande du pouvoir.

Il y a trois semaines, une journaliste russe d’une grande chaîne de télévision qui était en poste à l’étranger a également dénoncé la guerre en Ukraine et la propagande du Kremlin. Au cours d’une conférence de presse organisée par l’organisation de défense des journalistes Reporters sans frontières (RSF) à Paris, Zhanna Agalakova, qui a démissionné de son poste, a elle aussi déploré que ses concitoyens soient zombifiés.

Le climat qui règne en Russie semble de plus en plus hostile à toute voix qui s’élève contre l’offensive militaire, et la délation de citoyens envers les opposants à la guerre s’ajoute à la censure des autorités.

Ce week-end, le New York Times faisait état de cas de délation, notamment à l’encontre d’enseignantes, vraisemblablement dénoncées par leurs élèves adolescents.

Radio-Canada par Sophie-Hélène Lebeuf avec les informations de Reuters et AFP

Allemagne: vaste coup de filet contre le « terrorisme d’extrême droite »

avril 6, 2022
Allemagne: vaste coup de filet contre le « terrorisme d’extrême droite »© AFP/Archives/INA FASSBENDER

Ils « endoctrinaient » des jeunes et les entraînaient « au combat »: quatre membres d’une cellule « terroriste » d’extrême droite ont été arrêtés mercredi en Allemagne lors d’une vaste opération visant la mouvance néonazie qui inquiète les autorités.

Il s’agit, selon le magazine Spiegel, du « plus grand coup » porté récemment contre ces réseaux extrémistes.

L’opération a été lancée à l’aube dans 11 régions du pays: plus de mille agents ont perquisitionné une soixantaine de lieux dans le cadre d’une enquête visant 46 personnes.

Les enquêteurs ont notamment ciblé un groupuscule baptisé « Knockout 51 », implanté à Eisenach, dans le centre de l’Allemagne.

Son chef Leon R. ainsi que trois autres membres ont été arrêtés pour appartenance à une « organisation terroriste d’extrême droite ».

Leur cellule organisait des « entraînements au combat de rue de jeunes sympathisants d’idées nationalistes » qu’ils « endoctrinaient » pour former un « groupe de combat extrémiste », affirme le parquet.

Les autorités allemandes ont érigé la violence d’extrême droite au premier rang des menaces pour l’ordre public, avant le risque jihadiste.

Le meurtre en juin 2019 par un militant néonazi de Walter Lübcke, élu du parti conservateur qui défendait la politique d’accueil des migrants de l’ancienne chancelière, avait profondément secoué le pays.

Le gouvernement allemand de centre-gauche dirigé par le chancelier Olaf Scholz a pris ses fonctions en décembre en s’engageant à mener une lutte déterminée contre la violence néonazie, alors que les gouvernements d’Angela Merkel avaient tardé à réagir, selon l’opposition.

« Notre attitude nettement plus ferme à l’égard des extrémistes de droite violents porte ses fruits », a réagi mercredi la ministre de l’Intérieur Nancy Faeser, décrivant l’opération comme « un coup dur » pour cette mouvance.

« Nous devons assécher ce dangereux terreau de violence », a-t-elle ajouté. « Nous voulons les priver de leurs sources de financement. Nous voulons les désarmer et nous voulons mettre un terme à leur propagande, notamment sur la toile ».

Les perquisitions de mercredi interviennent dans le cadre d’une enquête plus large, associant police et services de renseignement militaire depuis 2019.

« Vision du monde raciste »

Ces investigations visent le groupe d’extrême droite « Atomwaffen Division Deutschland » (division de l’arme nucléaire), branche allemande d’un groupe néonazi américain du même nom qui « aspire à une guerre des races », ainsi que des membres du groupuscule « Sonderkommando 1418 » (commando spécial 1418).

Un ancien militaire compte parmi les disciples de ces groupes visés par l’enquête, affirme le Spiegel.

En réseau avec cette nébuleuse neonazie, Leon R. et son groupe « Knowckout 51 » se sont concentrés « à partir de mars 2020 au plus tard sur la commission de crimes graves », selon le parquet.

Il s’agit notamment d’attaques contre des militants de gauche, la police et « d’autres personnes qui, selon la vision du monde raciste et d’extrême droite du groupe, peuvent être combattues ».

Selon le ministère public, Knockout 51 a tenté d’établir un « quartier nazi » sous son contrôle à Eisenach et a commencé l’année dernière à effectuer des « patrouilles » au cours desquelles il tentait de provoquer les victimes pour qu’elles les combattent.

Les suspects arrêtés ont blessé plusieurs personnes, dont certaines gravement, lors de ces affrontements.

Les entraînements avaient lieu dans les locaux du parti d’extrême droite NPD à Eisenach, localité médiévale connue pour avoir accueilli Martin Luther lorsqu’il a traduit la Bible en allemand.

En 1817, la forteresse d’Eisenach avait aussi été le lieu d’un rassemblement fondateur du mouvement étudiant nationaliste et libertaire opposée à la restauration.

Le groupe entretenait aussi des liens avec d’autres organisations néonazies du pays, notamment en Rhénanie-du-Nord-Westphalie et en Bade-Wurtemberg.

Lors de manifestations contre les mesures sanitaires anti-Covid entre août 2020 et mars 2021, des membres de « Knockout 51 » ont affronté les forces de l’ordre et des contre manifestants, précise encore le parquet.

Au-delà de groupes néonazis, dans le contexte de la pandémie, les propos haineux allant jusqu’aux menaces de mort à l’égard de personnalités politiques sont devenus de plus en plus virulents en Allemagne, où une frange minoritaire d’opposants aux restrictions sanitaires tend à se radicaliser.

Par Le Point avec AFP

Canada: Au revoir les camionneurs, bonjour l’Europe

mars 6, 2022

Justin Trudeau entame dimanche un voyage de six jours au Royaume-Uni, en Lettonie, en Allemagne et en Pologne. Au cœur des discussions, bien sûr, la guerre en Ukraine — un conflit qui, malgré toutes ses horreurs, a permis au premier ministre canadien de tourner la page sur une crise domestique qui lui collait à la peau.

Justin Trudeau.

Le gouvernement Trudeau a multiplié les sanctions depuis l’invasion russe en Ukraine. Photo: La Presse Canadienne/Sean Kilpatrick

À 16 h 40, le mercredi 23 février, Justin Trudeau terminait un dernier point de presse sur la controversée Loi sur les mesures d’urgenceIl venait d’annoncer qu’il mettait fin à cette législation extraordinaire qui avait permis, disait-il, de chasser les camionneurs du centre-ville d’Ottawa.

L’invocation de la loi a encouragé certaines personnes à quitter [les lieux] et a permis aux forces de l’ordre de pouvoir en finir avec ces occupations, expliquait alors le premier ministre.

Cinq heures plus tard, une autre occupation débutait, celle-là beaucoup plus sanglante : Vladimir Poutine lançait ses troupes à l’assaut de l’Ukraine. La guerre était de retour en Europe.

En coulisses, plusieurs libéraux pensent que l’invasion russe et, surtout, la réponse canadienne coordonnée avec celle des alliés ont permis à Justin Trudeau de retrouver sa stature d’homme d’État.

L’enjeu des camionneurs, c’est complètement disparu des écrans radars, confie une source libérale, qui croit que pour beaucoup de gens, la guerre en Ukraine a mis les choses en perspective, entre autres sur ce que ça voulait dire, défendre la liberté.

Un sondage réalisé par la firme Research Co. à la fin de février montre que 52 % des Canadiens interrogés approuvent la réponse du premier ministre dans le dossier ukrainien.Trudeau entouré des ministres Mélanie Joly, Anita Anand  et Chrystia Freeland.

Justin Trudeau, entouré des ministres Mélanie Joly, Anita Anand et Chrystia Freeland, lors d’une annonce sur de nouvelles sanctions imposées à la Russie. Photo: The Canadian Press/Adrian Wyld

Même des personnes généralement critiques quant à la politique étrangère de Justin Trudeau reconnaissent que son gouvernement a bien agi jusqu’à maintenant.

Je pense que le gouvernement canadien a été à la hauteur de ce qui était demandé par les alliés, lance Jocelyn Coulon, au bout du fil. L’ancien conseiller de l’ex-ministre des Affaires étrangères Stéphane Dion avait publié en 2018 Un selfie avec Justin Trudeau, un ouvrage dans lequel il reprochait au premier ministre son manque d’ambition sur le front diplomatique.

M. Coulon complimente aussi la nouvelle ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, qui a eu le ton juste dans les dernières semaines : On voit qu’elle a pris de l’assurance dans les dossiers de politique étrangère.

Le travail de la vice-première ministre a également été remarqué. Une source gouvernementale confirme d’ailleurs que Chrystia Freeland a joué un rôle clé dans les discussions auprès des alliés occidentaux, qui ont permis d’aboutir à l’imposition de sanctions contre la Banque centrale russe.

Dialoguer avec ses adversaires

Toutefois, si le Canada a commis un sans faute jusqu’à maintenant, sa réponse n’est pas pour autant suffisante, croit Jocelyn Coulon. Comme il le faisait déjà dans son livre, l’ex-conseiller reproche au gouvernement Trudeau de ne pas avoir entamé de dialogue direct avec la Russie.Vladimir Poutine.

Le président russe Vladimir Poutine reste intransigeant dans sa volonté de continuer la guerre en Ukraine. Photo : Getty Images/MikhaiI Klimentyev

Il n’y a eu, par exemple, aucune rencontre bilatérale entre Vladimir Poutine et Justin Trudeau depuis l’élection de celui-ci, en 2015. Or, dans les dernières années, tous les autres leaders du G7 se sont entretenus avec le président russe, souvent à plusieurs reprises, malgré leur désapprobation de l’invasion de la Crimée en 2014.

Il faut toujours parler non seulement à nos amis, mais aussi à nos adversaires, ajoute Jocelyn Coulon. C’est là que la diplomatie prend son sens.

Le professeur Justin Massie, expert en sécurité internationale à l’Université du Québec à Montréal, abonde dans le même sens : C’est important de dialoguer même avec ses ennemis, même quand on est en conflit. Il cite en exemple la démarche de la France dans les derniers jours, qui s’est démarquée par sa diplomatie pour tenter d’organiser un corridor humanitaire afin de sortir les personnes de Kiev.

Bien sûr, reconnaît M. Massie, la diplomatie a ses limites. Vladimir Poutine, malgré toutes les pressions des alliés, n’a montré aucun signe de retrait et poursuit sans vergogne ses bombardements contre les villes ukrainiennes. Il est cependant nécessaire, d’après le politologue, de garder le dialogue ouvert, ne serait-ce que pour tenter d’alléger la situation pour les populations civiles.Le président français Emmanuel Macron s'entretient avec le président russe Vladimir Poutine.

Le président français Emmanuel Macron a eu plusieurs entretiens avec le président russe Vladimir Poutine. Photo : Getty Images/Michel Euler

Or, au Canada, ajoute-t-il, on n’aime pas beaucoup avoir l’air de discuter avec [nos] rivaux parce qu’on se fait accuser de complaisance par nos adversaires politiques, qui utilisent la politique étrangère à des fins partisanes. Et c’est malheureux.

Justin Massie déplore entre autres le fait que les conservateurs aient demandé d’expulser l’ambassadeur russe qui se trouve à Ottawa — une très mauvaise idée, selon lui : Même les États-Unis ont des relations directes et privilégiées avec la Russie pour éviter des interprétations ou des mauvais calculs qui pourraient, peut-être, mener à une escalade militaire.

La présence d’une large communauté ukrainienne au Canada – la troisième au monde – et ce que Jocelyn Coulon appelle l’influence très importante du lobby ukrainien au sein du gouvernement Trudeau ont aussi contribué, d’après l’ex-conseiller, à une absence de communication avec le géant russe.Le contrôle de l’Arctique constitue un enjeu sur lequel la Russie et le Canada devront inévitablement dialoguer dans les années à venir, selon Jocelyn Coulon.

La mainmise sur l’Arctique constitue un enjeu à propos duquel la Russie et le Canada, qui contrôlent environ 75 % du territoire, devront inévitablement dialoguer dans les années à venir. Or, Jocelyn Coulon estime qu’en « ayant une relation très mauvaise avec les Russes », le Canada « se positionne mal pour défendre ses intérêts dans l’Arctique ». Photo: East2West

Peu de succès en affaires étrangères

Même si Justin Trudeau ne va rencontrer que des alliés au cours de ce voyage en Europe, Justin Massie reconnaît que le gouvernement fédéral a bien géré jusqu’à maintenant le dossier ukrainien, surtout par comparaison avec certains ratés commis en matière de politique étrangère.

Le politologue cite en exemple le voyage en Inde, mais aussi les 200 Casques bleus que le Canada n’a jamais déployés comme prévu, le retrait de ses troupes du Mali avant la date demandée par l’Organisation des Nations uniesONU, ou encore l’échec du gouvernement libéral à obtenir un siège au Conseil de sécurité des Nations unies.

La politique étrangère de Justin Trudeau n’a pas eu beaucoup de succès, mis à part la négociation de l’Accord de libre-échange nord-américainALENA 2.0, le nouvel accord commercial avec les États-Unis signé sous Donald Trump, affirme M. Massie.

Les attentes dans ce conflit étaient donc assez basses d’après l’expert en sécurité internationale, encore plus après la crise des camionneurs qui a paralysé le centre-ville d’Ottawa, où on a vu un premier ministre plutôt absent dans les premières semaines du conflit.

Là, conclut-il, on sent que Justin Trudeau est plus présent et que son gouvernement multiplie les annonces. L’image d’inaction qui colle parfois à la peau du premier ministre semble donc plus difficile, jusqu’à maintenant, à apposer à sa réponse au conflit ukrainien.

Avec Radio-Canada par Laurence Martin

Le Canada et plusieurs pays européens ferment leur espace aérien à la Russie

février 27, 2022

Le Canada, l’Allemagne, la Belgique, la Finlande et le Danemark ferment leur espace aérien aux avions russes. Photo : Reuters/Maxim Shemetov

Le ciel se rétrécit pour la Russie. Le Canada, l’Allemagne, l’Espagne, la Belgique, la Finlande et le Danemark ont annoncé dimanche la fermeture de leur espace aérien aux compagnies russes en représailles à l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

En vigueur immédiatement, l’espace aérien canadien est fermé à tous les exploitants d’aéronefs russes, a indiqué à 9 h (HNE) sur Twitter le ministre canadien des Transports, Omar Alghabra. Nous tiendrons la Russie responsable de ses attaques non provoquées contre l’Ukraine.

Cette interdiction vise les avions et les exploitants d’avions russes pour trois mois, mais ne concerne pas d’éventuels vols humanitaires, a précisé le ministère des Transports, qui emboîte le pas à d’autres pays européens, dont la Finlande, qui a une frontière de plus de 1300 kilomètres avec la Russie.

Avec les nombreux pays ayant déjà fermé ou annoncé la fermeture de leur espace aérien comme la Pologne, la République tchèque et la Bulgarie, la Russie se retrouve avec une importante zone de non-survol en Europe, qui l’obligera à effectuer d’importants détours.

L’interdiction d’accès à l’espace aérien canadien ajoute son lot de complications. La principale compagnie aérienne russe, Aeroflot, franchit plusieurs fois par jour le ciel au-dessus du Canada pour ses vols aux États-Unis.

En revanche, Moscou a commencé à interdire le survol de son territoire à plusieurs pays.

Ces mesures viennent s’ajouter aux sanctions entreprises contre Moscou, dont l’exclusion de nombreuses banques russes de la plateforme interbancaire SWIFT.

Ce réseau interbancaire SWIFT a annoncé tard samedi se préparer à mettre en œuvre dans les prochains jours les nouvelles mesures décidées par les puissances occidentales.

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters et La Presse canadienne

Les pays occidentaux durcissent leurs sanctions contre des banques russes

février 26, 2022

Ces nouvelles mesures financières contre Moscou ciblent notamment la plateforme SWIFT. Elles ont été adoptées par le Canada, les États-Unis, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie et la Commission européenne.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, entourée des premiers ministres danois, grec et portugais. Photo: AP/Olivier Hoslet

La violence de l’intervention russe en Ukraine a mené samedi les Occidentaux à s’entendre sur un nouveau train de sanctions contre Moscou, visant entre autres à exclure de nombreuses banques russes de la plateforme interbancaire SWIFT, rouage essentiel de la finance mondiale, a annoncé le gouvernement allemand, qui préside actuellement le forum du G7.

Le communiqué dévoilant ces nouvelles sanctions a été endossé par les États-Unis, le Canada, la Commission européenne, la France, le Royaume-Uni, l’Italie et l’Allemagne. Ces deux derniers pays dépendants du gaz russe étaient jusque-là réticents à de telles représailles financières.

Nous remercions nos amis pour leur engagement à exclure certaines banques russes du réseau interbancaire SWIFT, a salué sur Twitter le premier ministre ukrainien, Denys Shmygal.

Les sanctions seront appliquées dans les prochains jours, ont déclaré les signataires. Elles prévoient également la fin des passeports dorés délivrés aux riches ressortissants russes et à leurs familles.

Les partenaires occidentaux ont décidé de restreindre encore davantage l’accès de la banque centrale russe aux marchés des capitaux, afin rendre plus difficiles ses tentatives pour soutenir le cours du rouble, en recul suite à la guerre en Ukraine.

L’objectif est de geler les transactions financières de l’institution et donc de rendre impossible la liquidation de ses actifs, a expliqué la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, dans une allocution vidéo après une réunion avec les dirigeants américains, français, allemands et italiens.

Concrètement, ces mesures visent à empêcher Vladimir Poutine d’utiliser les 630 milliards de dollars (environ 800 milliards de dollars canadiens) de réserves en devises de la banque centrale pour envahir l’Ukraine et défendre le rouble.Ursula von der Leyen parle en conférence de presse.

«Cela entraînera leur déconnexion du système financier international. Leur capacité d’agir globalement s’en trouvera affaiblie», a expliqué la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Photo : Reuters/Johanna Geron

Selon l’Union européenne, environ 70 % du secteur bancaire russe est actuellement concerné par les sanctions.

Les Occidentaux veulent également lancer la semaine prochaine un groupe de travail transatlantique pour s’assurer de la mise en œuvre effective des sanctions financières décidées par les Occidentaux en identifiant et en gelant les actifs des personnes et entités visées.

Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne se réuniront dimanche soir pour discuter de sanctions supplémentaires.

La Russie est devenue un paria économique et financier mondial, a résumé un haut responsable américain.

Une source américaine a également déclaré que les Etats-Unis et leurs alliés achevaient la liste des banques qui seraient retirées du réseau SWIFT, ajoutant que les banques qui seraient envisagées en premier étaient celles se trouvant déjà sous le coup de sanctions américaines et européennes.

Au Canada, la vice-première ministre et ministre des Finances, Chrystia Freeland, a exprimé sur Twitter l’implication de son gouvernement dans le retrait des banques russes de SWIFT. L’invasion du président Poutine ne doit pas réussir. Nous sommes debout aux côtés du courageux peuple ukrainien, a-t-elle réitéré.

L’Occident s’engage à livrer des armes à l’Ukraine

Missiles, lance-roquettes, mitrailleuses : les pays occidentaux ont également pris de nouveaux engagements en matière de livraison d’armements et de munitions en Ukraine.

Armes et équipements de nos partenaires sont en route pour l’Ukraine, s’est réjoui le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, samedi.

Des soutiens financiers et matériels ont notamment été annoncés de la part des États-Unis, de l’Allemagne, de la République tchèque, des Pays-Bas et de la Belgique.

Les Américains ont annoncé samedi une nouvelle aide militaire à l’Ukraine de 350 millions de dollars américains (445 millions de dollars canadiens). Cette aide comprendra de nouveaux moyens militaires défensifs qui permettront à l’Ukraine de combattre les menaces blindées, aéroportées et autres auxquelles elle fait face aujourd’hui, a déclaré le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, par voie de communiqué.Des membres de l’armée ukrainienne à bord de véhicules blindés à Kiev.

Des membres de l’armée ukrainienne à bord de véhicules blindés à Kiev Photo : Reuters/Valentyn Ogirenko

Selon un spécialiste de l’armée interrogé par l’Agence France-PresseAFP, les États-Unis sont les mieux équipés militairement pour offrir une assistance à l’Ukraine, puisque les armées européennes disposent d’un stock limité.

Quand vous envoyez 2000 mitrailleuses, vous les prenez sur votre propre stock […] Les armées européennes sont des armées pauvres. On n’a pas de matériel, pas d’argent, a déclaré le général Vincent Desportes, ex-directeur de l’École de guerre française.

La République tchèque a tout de même annoncé qu’elle allait faire don à l’Ukraine de mitrailleuses, de fusils automatiques et de précision, de pistolets et de munitions, pour une valeur de 7,6 millions d’euros (10,8 millions de dollars canadiens).

Les Pays-Bas, eux, ont indiqué qu’ils allaient fournir 200 missiles antiaériens Stinger et des équipements militaires destinés à l’autodéfense ukrainienne contre Moscou. Le ministère de la Défense des Pays-Bas a déclaré avoir expédié samedi une partie des marchandises déjà promises.

La Belgique fournira pour sa part 2000 mitrailleuses et 3800 tonnes de carburant à l’armée ukrainienne.Des soldats armés de lance-roquettes antichar.

Des lance-roquettes antichar déployées lors d’un entraînement militaire par l’armée allemande. Photo : Getty Images/Sean Gallup

Enfin, le gouvernement allemand a annoncé la livraison à l’Ukraine de 400 lance-roquettes antichars, rompant ainsi avec sa politique suivie ces dernières années d’interdiction de toute exportation d’armes létales en zone de conflit, a indiqué à l’AFP samedi une source gouvernementale.

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a réagi en appelant le chancelier Olaf Scholz à continuer comme çaLa coalition antiguerre fonctionne, s’est réjoui samedi M. Zelensky, longtemps critique de l’attentisme des pays occidentaux, qui avaient jusqu’ici misé sur des sanctions économiques contre la Russie.

Contrairement à ses alliés, le Canada n’a pas annoncé de nouvelle assistance à l’Ukraine, mais il a rappelé, par voie de communiqué, qu’il répondait aux actes irresponsables et dangereux de la Russie au moyen de sanctions sévères, de contributions militaires supplémentaires à l’Organisation du traité de l’Atlantique nordOTAN, d’une aide humanitaire, de matériel létal et non létal et de munitions.

Première application visible des sanctions occidentales

Les sanctions occidentales contre la Russie ont mené à l’interception d’un navire de commerce soupçonné d’appartenir à une entreprise russe, dans la Manche, ont annoncé samedi les autorités françaises. Cet imposant bateau de 127 mètres transportait des véhicules vers Saint-Pétersbourg, en Russie.

Il s’agit de la première application visible des mesures de rétorsion après l’invasion de l’Ukraine.Le navire commercial qui a été intercepté dans la Manche.

Ce bateau battant pavillon russe, le Baltic Leader, un cargo roulier construit spécialement pour le transport de véhicules, menait sa cargaison vers Saint-Pétersbourg (Russie). Photo: Reuters/Pascal Rossignol

Riposte de la Russie

La Russie a répliqué samedi aux sanctions occidentales en annonçant le gel des avoirs et la nationalisation des actifs d’entreprises de pays hostiles. La Russie répondra […] en saisissant les fonds d’étrangers et d’entreprises étrangères en Russie, a déclaré l’agence de presse RIA, citant Dmitri Medvedev, chef adjoint du Conseil de sécurité.

Moscou a aussi suspendu les lancements depuis la base spatiale de Kourou, en Guyane française, et rappelé son personnel technique en réaction aux sanctions de l’Union européenne (UE), a annoncé l’Agence spatiale russe, Roscosmos.

Un total de 87 personnes se trouvant actuellement en Guyane française sont ainsi appelées à rentrer en Russie. Le secteur aéronautique et spatial européen compte plusieurs partenariats avec la Russie.

Roscosmos dispose avec Arianespace d’une coentreprise, Starsem, pour exploiter la fusée Soyouz. Elle doit en principe lancer en 2022 huit fusées Soyouz : trois depuis Kourou (dont le satellite-espion français CSO-3) et cinq depuis le cosmodrome russe de Baïkonour, au Kazakhstan.

En l’absence de fusées Soyouz, l’Europe n’aurait pas de capacité propre de lancement de certains satellites avant la mise en œuvre d’Ariane 6, dont le premier vol est attendu en fin d’année.

Cette riposte de Moscou constitue une réponse au Conseil européen, qui a décidé jeudi soir d’interdire l’exportation vers la Russie des avions, pièces et équipements de l’industrie aéronautique et spatiale. Un homme passe devant un camion militaire détruit par le feu après des combats.

Un militaire ukrainien marche près d’un véhicule endommagé, après des combats avec des soldats russes. Photo : Reuters/Valentyn Ogirenko

La Russie n’a plus besoin de liens diplomatiques avec l’Occident, a déclaré l’ancien président et haut responsable de la sécurité, Dmitri Medvedev.

S’exprimant sur les médias sociaux, il écrit qu’il était temps de cadenasser les ambassades. Il a ajouté que Moscou poursuivrait son opération en Ukraine jusqu’à l’atteinte des objectifs définis par le président Vladimir Poutine.

Blocages ciblés des espaces aériens

Si plusieurs pays européens ont fermé leur espace aérien aux compagnies russes à la suite de l’invasion de l’Ukraine, le Canada n’a toujours pas pris de décision à ce sujet.

La Russie a annoncé samedi la fermeture de son espace aérien aux avions venant de la Bulgarie, de la Pologne et de la République tchèque, en représailles à une décision semblable prise par ces pays.

KLM, branche néerlandaise du groupe Air France-KLM, et la compagnie allemande Lufthansa ont annoncé l’annulation de tous leurs vols vers la Russie pour la semaine à venir en conséquence des sanctions infligées par l’Union européenne à Moscou après l’invasion de l’Ukraine.

La raison immédiate en est qu’en raison du paquet de sanctions qui a été convenu dans un contexte européen, les pièces détachées d’avions ne peuvent plus être envoyées en Russie, a expliqué Air France-KLM.

L’Allemagne aussi indique avoir pris des dispositions pour fermer son espace aérien aux avions russes, en représailles à l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

La compagnie nationale polonaise LOT a par ailleurs annoncé la suspension dès vendredi après-midi de ses vols à destination de Moscou et de Saint-Pétersbourg. Ces annonces faisaient suite à une décision similaire du Royaume-Uni frappant la compagnie nationale russe Aeroflot.

La Russie a pour sa part réagi en interdisant le survol de son territoire à tous les avions liés au Royaume-Uni, y compris aux vols en transit. La Moldavie avait fermé dès jeudi son espace aérien.

La principale compagnie aérienne russe, Aeroflot, traverse plusieurs fois par jour l’espace aérien canadien pour ses vols aux États-Unis. Selon Ross Aimer, un expert des questions aériennes, l’espace canadien est crucial pour la compagnie. Il craint des représailles russes si le Canada bannit Aeroflot.

Radio-Canada avec les informations de Agence France-Presse, Reuters et La Presse canadienne

L’Allemagne brise un tabou en livrant des armes à l’Ukraine

février 26, 2022

Dos au mur face aux critiques, l’Allemagne a durci samedi sa position face à la Russie en acceptant de livrer des armes à l’Ukraine en guerre, et d’exclure partiellement Moscou de la plateforme interbancaire Swift.

La décision sur les armes constitue un revirement politique de taille pour ce pays, dont la position officielle, depuis la Deuxième Guerre mondiale, est de ne pas livrer des armes « létales » dans les zones de conflit. Il y a eu néanmoins des exceptions, génératrices de polémiques.

Berlin a autorisé la livraison à Kiev de 1.000 lance-roquettes antichar, de 500 missiles sol-air Stinger et de « plusieurs » obusiers, a annoncé le gouvernement.

« L’agression russe contre l’Ukraine marque un changement d’époque, elle menace l’ordre établi depuis l’après-guerre », a justifié le chancelier Olaf Scholz dans un communiqué.

« Dans cette situation il est de notre devoir d’aider l’Ukraine autant que nous pouvons à se défendre contre l’armée d’invasion de Vladimir Poutine« .

Concrètement, ces livraisons de lance-roquettes vont être effectuées par les Pays-Bas, et les obusiers par l’Estonie. Ces deux pays avaient à l’origine acquis ces équipements auprès de l’Allemagne et avaient besoin d’un feu vert de Berlin pour pouvoir les réexporter vers Kiev.

Les obusiers sont anciens, ils appartenaient jadis à l’armée de l’ancienne Allemagne de l’Est communiste.

Critiques

Berlin répond ainsi aux critiques véhémentes dont il a fait l’objet depuis plusieurs semaines pour son refus d’exporter de telles armes, venant à la fois des les autorités ukrainiennes mais aussi de partenaires de l’UE comme les Etats baltes ou la Pologne.

La politique restrictive suivie par la première économie européenne depuis l’après-guerre en matière d’exportations d’armes prend sa source dans les horreurs du nazisme qui ont donné le jour à un pacifisme profondément ancré dans l’opinion.

Cette position était toutefois de moins en moins tenable sur le plan politique depuis le déclenchement de l’invasion du pays par l’armée russe.

En parallèle, le gouvernement allemand a annoncé l’envoi à l’Ukraine de 14 véhicules blindés ainsi que de 10.000 tonnes de carburant « via la Pologne ». « D’autres mesures de soutien sont actuellement à l’étude », a souligné la source gouvernementale.

« Après l’attaque honteuse de la Russie, l’Ukraine doit se défendre », a indiqué à ce sujet la ministre des Affaires étrangères, Annalena Baerbock.

Autre tabou brisé samedi: le gouvernement a commencé à céder sur Swift, après avoir longtemps refusé d’envisager une exclusion de Moscou de ce rouage clé de la finance mondiale, par crainte d’être pénalisée en retour pour ses livraisons de gaz, pétrole et charbon russes.

Limitation ciblée

Annalena Baerbock et son homologue de l’Economie, Robert Habeck, ont indiqué dans un communiqué commun travailler à « une limitation ciblée et fonctionnelle » de Swift pour les établissements financiers russes.

« Nous travaillons à la manière de limiter les dommages collatéraux d’une déconnexion de Swift », ont-ils ajouté.

Dans le détail, l’idée est d’exclure de cette plateforme électronique, par laquelle passent un très grand nombre de transactions internationales, les banques russes déjà visées par des sanctions de l’Union européennes.

Ces dernières représentent 70 % du marché bancaire russe, selon le Conseil de l’Europe.

Samedi, avant l’annonce, le Premier ministre Polonais Mateusz Morawiecki, en visite à Berlin, avait qualifié « d’égoïsme en béton » l’attitude de l’Allemagne concernant Swift.

En pleine bataille pour la prise de contrôle de Kiev, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a lui aussi exhorté samedi Berlin à avoir le « courage » de bloquer l’accès de la Russie à Swift.

Swift permet les règlements interbancaires entre les établissements du monde entier et évite par exemple à l’Allemagne d’avoir à payer son gaz russe en liquide.

Une exclusion est considérée comme une « arme atomique », en matière financière. Car débrancher un Etat de Swift, c’est aussi empêcher ses propres banques de faire des transactions avec les banques du pays puni.

Plusieurs autres pays européens réticents sur le sujet, comme l’Autriche, l’Italie et la Hongrie, ont eux aussi fait savoir qu’ils étaient désormais prêts à accepter la « sanction » Swift, isolant du coup Berlin.

Par Le Point avec AFP

Maroc-Allemagne : fin officielle de la crise diplomatique

février 17, 2022
Annalena Baerbock et Nasser Bourita, le 16 février 2022 © MAP

Après plusieurs signes d’apaisement, le Maroc et l’Allemagne actent officiellement leur réconciliation et la reprise de leurs relations.

Ce 16 février, le chef de la diplomatie marocaine Nasser Bourita s’est entretenu pour la première fois avec son homologue allemande, Annalena Baerbock. Cette réunion par visioconférence, placée sous le signe de la cordialité, a été l’occasion « d’entamer un nouveau dialogue afin de surmonter les malentendus et d’approfondir les relations bilatérales aux multiples facettes », selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères allemand.

Toujours selon ce communiqué « les deux ministres ont convenu de renouer avec la qualité particulière des relations bilatérales dans tous les domaines, dans l’esprit des politiques éprouvées, de cohérence et de respect mutuel ».

Au-delà des mots, deux éléments concrets actent officiellement la réconciliation entre le royaume et l’Allemagne : « La reprise de la coopération, dans tous les domaines et avec tous les acteurs », et le retour « prochain » d’un nouvel ambassadeur de la République fédérale d’Allemagne à Rabat, dont le poste est vacant depuis huit mois. Côté marocain, l’ambassadrice Zohour Alaoui a quant à elle retrouvé son poste à Berlin depuis la fin janvier 2022.

Une opération séduction en deux temps

Quatre mois après son arrivée au pouvoir, l’exécutif allemand dirigé par le social-démocrate Olaf Scholz, aura donc réussi à désamorcer la crise diplomatique entre les deux pays. Pour rappel, en mars 2021, la diplomatie marocaine avait décidé de suspendre tout contact avec l’ambassade allemande à Rabat et, par conséquent, de geler ses relations avec Berlin.

LE MINISTÈRE ALLEMAND DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES A SALUÉ LA « CONTRIBUTION IMPORTANTE » DE RABAT SUR LE DOSSIER DU SAHARA

En cause : la position allemande sur le dossier du Sahara, contrariée par la décision de Donald Trump de reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara en décembre 2020, au point de convoquer une réunion d’urgence au Conseil de Sécurité de l’ONU pour discuter du sujet. Parmi les autres griefs retenus par Rabat contre Berlin, l’absence d’invitation du Maroc à la conférence organisée sur la Libye dans la capitale allemande en janvier 2020, ou encore le cas Mohamed Hajib, un salafiste détenteur de la nationalité allemande, résident en Allemagne, et dont le royaume demande l’extradition après la diffusion de vidéos où il appelle à des attaques contre le Maroc.

Le changement de gouvernement en Allemagne en décembre 2021 aura finalement eu raison de cette brouille. Pour ce faire, Berlin a mis en place une stratégie de réconciliation en deux temps. En décembre, le ministère allemand des Affaires étrangères a publié un communiqué qui déclare que « le Maroc a apporté une contribution importante » concernant la résolution du conflit au Sahara, « à travers un plan d’autonomie au Sahara en 2007 ». Un évolution rhétorique subtile, mais un message reçu 5 sur 5 à Rabat.

Invitation à Berlin

Dans la foulée, le président fédéral allemand, Frank-Walter Steinmeier – qui avait déjà fait part de sa position plutôt favorable au plan d’autonomie marocain lors d’une visite au royaume en 2015 -, a écrit un courrier à l’attention du roi Mohammed VI, pour lui exprimer son souhait de « renforcer leur partenariat stratégique » et l’inviter à effectuer une visite d’État à Berlin.

Des « signaux positifs », selon Rabat, qui avait alors fait part de sa « grande satisfaction ». Et annoncé sa volonté de reprendre une « relation normale ».

Par Jeune Afrique par Nina Kazlowski – à Casablanca

Allemagne: Destruction d’un pont à la dynamite

février 6, 2022

Avec Agences

Allemagne : Olaf Scholz se prépare à gouverner dès décembre

octobre 21, 2021
Allemagne : Olaf Scholz se prepare a gouverner des decembre
Allemagne : Olaf Scholz se prépare à gouverner dès décembre© AFP/INA FASSBENDER

L’Allemagne devrait avoir un nouveau chancelier avant Noël : sociaux-démocrates, écologistes et libéraux ont dévoilé jeudi le calendrier ambitieux de leurs négociations visant à installer Olaf Scholz aux commandes du pays début décembre.

Malgré leurs différences, les trois partis mènent depuis début octobre des discussions à un rythme soutenu, avec la volonté d’envoyer une image d’efficacité et de dynamisme.

Donnant le coup d’envoi jeudi des négociations officielles pour finaliser leur alliance inédite, ils ont annoncé vouloir accoucher d’un contrat de coalition fin novembre, pour que le chef de file des sociaux-démocrates, Olaf Scholz, prenne la succession d’Angela Merkel « dans la semaine du 6 décembre ».

Le calendrier est « ambitieux », a reconnu Volker Wissing, secrétaire-général du parti libéral FDP, alors que les médias allemands qualifient déjà M. Scholz de « chancelier de la Saint-Nicolas », tradition vivace en Allemagne fêtée à la même date.

La première économie européenne sera alors dirigée pour la quatrième fois de son histoire par un chancelier social-démocrate après Willy Brandt (1969-1974), Helmut Schmidt (1974-1982) et Gerhard Schröder (1998-2005).

Divergence sur les finances

Vendredi dernier, les trois partis avaient jeté les bases de leur alliance « feu tricolore », en référence aux couleurs associées à chaque parti, en présentant un pré-accord de gouvernement de 12 pages récapitulant leurs points d’accord et les réformes qu’ils entendent mener dans les quatre années qui viennent.

Parmi les compromis trouvés: pas de hausse d’impôts, le respect des limitations d’endettement, un objectif de sortie du charbon avancé à 2030, l’augmentation du salaire minimum horaire à 12 euros.

De nombreux sujets restent cependant à régler pour définir la feuille de route d’un futur gouvernement notamment sur la façon dont financer les investissements massifs réclamés par les Verts et le SPD tandis que les libéraux se montrent intransigeants sur le respect des contraintes budgétaires.

Pour éviter un bras de fer avec ces derniers opposés à toute hausse de la fiscalité, sociaux-démocrates et écologistes ont déjà appelé à « être créatifs », suggérant de la mise en place d’une structure abondée de fonds publics qui permettrait de contourner partiellement la règle de frein à l’endettement.

Ecologistes et FDP ont d’ailleurs entamé une passe d’arme dans les médias, chacun revendiquant le portefeuille ministériel clé des Finances.

Le chef des libéraux, Christian Lindner, n’a jamais caché son ambition de récupérer ce maroquin ministériel, également convoité par le co-dirigeant des Verts Robert Habeck.

« Nous avons des idées de politique fiscale très différentes. La concurrence est là, sans aucun doute. La confiance dans le fait que cela se passera comme convenu reste à prouver », avait-il estimé dimanche dans une interview à ARD.

Calendrier serré

Jeudi, les trois formations ont détaillé le calendrier des futures réunions, dont le parti d’Angela Merkel, grand perdant des législatives du 26 septembre, n’est que spectateur.

Les experts politiques vont se répartir en 22 groupes de travail pour approfondir le programme gouvernemental puis se réuniront presque quotidiennement pour parvenir à une synthèse d’ici le 10 novembre.

« Nous exigerons beaucoup des groupes de travail, un travail concentré, beaucoup d’engagement et de présence, car nous sommes très ambitieux », a expliqué M. Wissing.

Les principaux responsables des partis prendront ensuite la main pour finaliser le document dans le but de parvenir à un accord final fin novembre.

Chaque formation devra valider celui-ci, lors d’un congrès spécial pour le FDP et un vote en ligne auprès des adhérents pour les écologistes.

Il reviendra au parlement d’élire officiellement Olaf Scholz, un centriste qui occupe le ministère des Finances, pour succéder à Angela Merkel à la chancellerie.

S’ils tiennent leurs délais, les trois partis priveront Mme Merkel, à quelques jours près, du record de longévité politique détenu par son mentor Helmut Kohl resté en poste 5.870 jours.

Les dernières négociations de coalition, il y a quatre ans, avaient traumatisé le pays en se prolongeant plus de cinq mois : les conservateurs avaient tenté dans un premier temps de s’entendre avec les Verts et le FDP mais ce dernier avait finalement décidé de se retirer des discussions, forçant la CDU à s’allier avec le SPD.

Par Le Point avec AFP