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Ouattara, Saïed, Condé, Guelleh, Bongo, Bazoum… Les hommages du continent à BBY

mai 5, 2021
Béchir Ben Yahmed lors d’une soirée de « La Revue » le 6 mai 2010, à Paris

Chefs d’État, intellectuels, lecteurs… Depuis le décès, le 3 mai à Paris, de Béchir Ben Yahmed, fondateur de « Jeune Afrique » et de « La Revue », les messages saluant sa mémoire se multiplient.

Béchir Ben Yahmed, fondateur et patron historique de Jeune Afriques’est éteint lundi à l’âge de 93 ans à l’hôpital parisien Lariboisière. Depuis l’annonce du décès de ce témoin privilégié des soubresauts de l’Afrique et du Moyen-Orient, les hommages affluent. Qu’ils soient chefs d’États, Premiers ministres, journalistes ou lecteurs émus, les témoignages de respect et d’estime se multiplient, publics comme privés.

L’un de ses amis les plus chers et les plus fidèles, Alassane Ouattara – le journaliste considérait être pour l’Ivoirien « une sorte de frère aîné » – a été l’un des premiers à réagir. « C’est avec une immense tristesse que j’apprends le décès de mon aîné Béchir Ben Yahmed, un ami depuis une quarantaine d’années, un grand intellectuel, un excellent journaliste et un infatigable entrepreneur », s’est ainsi ému le président.

Son Premier ministre, Patrick Achi, a évoqué un « homme du dialogue des cultures, des continents et des hommes ». « Créatif, généreux, exigeant, il avait le génie de la presse », a-t-il ajouté.

« C’est une certaine Afrique qui s’en est allée »

Peu après l’annonce du décès de BBY, c’est un autre chef d’État, fraîchement élu, qui a été parmi les premiers à saluer la mémoire du fondateur de JA. « C’est une certaine Afrique qui s’en est ainsi allée, à travers ce grand témoin de notre histoire, a écrit le président du Niger, Mohamed Bazoum. Mes condoléances attristées à l’équipe de Jeune Afrique. Je suis convaincu qu’elle saura porter très haut le flambeau de cette belle aventure. » Son prédécesseur, Mahamadou Issoufou, lui a emboîté le pas, rendant hommage à « un géant ». Un terme également employé par Moussa Faki Mahamat, le président de la Commission de l’Union africaine.

« Je salue la mémoire d’un pionnier qui a mis sa plume au service du continent », a écrit pour sa part le président burkinabè, Roch Marc Christian Kaboré. BBY a été un acteur de la lutte pour la cause du tiers-monde, l’indépendance des pays africains, l’État de droit et la démocratie. » Le président sénégalais, Macky Sall, a quant à lui fait part de sa peine, insistant sur le « parcours exceptionnel » du fondateur de Jeune Afrique. 

Les présidents guinéen Alpha Condégabonais Ali Bongo Ondimbabissau-guinéen Umaro Sissoco Embaló, comorien Azali Assoumani ont fait part de leurs condoléances par le biais de messages personnels adressés à Danielle Ben Yahmed, l’épouse de BBY, et à ses fils, Marwane et Amir Ben Yahmed.

« La disparition de Béchir Ben Yahmed signe indubitablement le départ d’un serviteur passionné qui mit, des décennies entières, des compétences exceptionnelles d’intelligence, de créativité et de plaidoirie en faveur de la dignité et du bien-être de l’Afrique », a quant à lui écrit le président djiboutien Ismaïl Omar Guelleh.

Kaïs Saïed lisant l’un des numéros de sa collection de « Jeune Afrique », en septembre 2019, dans l’entre-deux tours de la présidentielle en Tunisie.

C’est également le cas de Kaïs Saïed, le président tunisien, qui a salué « l’une des figures de proue du mouvement national tunisien qui a contribué, aussi bien par son engagement politique que par sa plume, à l’indépendance de son pays natal ».

« Béchir Ben Yahmed restera à jamais gravé dans la mémoire du monde des médias tunisiens, français et africains », écrit le chef de l’État, grand lecteur de Jeune Afrique, dont il conserve chez lui des dizaines de numéros.

Le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a également rendu hommage « au nom du Royaume du Maroc », à cet homme « d’une grande lucidité et d’une grande constance de conviction, ainsi que le Maroc et les Marocains peuvent en témoigner ».

De son côté, l’ambassadeur d’Algérie à Paris, Mohamed Antar Daoud, a adressé ses condoléances à la famille Ben Yahmed en saluant une figure « connue et appréciée pour ses qualités humaines et professionnelles », qui laissera « le souvenir d’un homme qui a fait siens la cause et le combat du peuple algérien pour le recouvrement de son indépendance ».

Le Premier ministre guinéen, Ibrahima Kassory Fofana, a lui aussi adressé une lettre de condoléances à Danielle Ben Yahmed. Abdoulaye Bio Tchané, ministre d’État du Plan et du Développement et numéro deux du gouvernement béninois, ainsi qu’Olivier Boko, proche conseiller du président Patrice Talon, ont également présenté leurs hommages.

Daniel Ona Ondo, président de la Commission de la Cemac, a lui écrit sa « peine » après la disparition de celui qui a « réussi à faire de Jeune Afrique un puissant outil d’analyses pour la lecture et la compréhension de l’histoire contemporaine africaine ». François Fall, représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour l’Afrique centrale, a pour sa part salué « un baobab qui aura contribué à l’éveil du continent ».

Le Béninois Serge Ékué, président de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), ou encore le Sénégalais Makhtar Diop, à la tête de la Société financière internationale (IFC), ont également fait part de leurs condoléances.

L’Élysée salue « un homme de conviction »

La présidence française a longuement rendu hommage à une « plume alerte, dont la lucidité clinique n’épargnait aucun chef d’État, ni africain, ni français ». Emmanuel Macron a notamment salué « un homme de presse et de conviction qui a accompagné et éclairé les indépendances africaines, qui a insufflé une fraternité d’âme entre les États de ce continent, et qui a incarné la profondeur du lien indéfectible entre la France et l’Afrique ».

Les chefs d’État et ministres n’ont pas été les seuls à réagir. Personnalités politiques et intellectuels, artistes, écrivains, nombreux ont été celles et ceux qui ont adressé leurs condoléances de manière publique ou privée. C’est notamment le cas de Lakhdar Brahimi, ancien ministre algérien des Affaires étrangères, de Tiébilé Dramé, ancien ministre malien des Affaires étrangères, du Sénégalais Karim Wade, ex-ministre et fils de l’ancien président Abdoulaye Wade. « L’Afrique perd son plus grand patron de presse », s’est pour sa part ému le Congolais Moïse Katumbi, rendant hommage aux soixante années que BBY a passées « au service de l’information ».

Écrivains, cinéastes, journalistes…

La Prix Goncourt franco-marocaine Leïla Slimani, ancienne journaliste à Jeune Afrique, le peintre marocain Mehdi Qotbi, le cinéaste tunisien Férid Boughedir et l’ancien ministre français de la Culture Frédéric Mitterrand, qui a collaboré à La Revue, ont également adressé leurs condoléances à la famille du défunt. « C’est grâce à Béchir Ben Yahmed et à Jeune Afrique qu’une très grande partie de ma génération est née au panafricanisme, a quant à lui écrit le philosophe camerounais Achille Mbembe. Il aura eu un impact considérable sur la formation de notre conscience historique. »

Les hommages des professionnels des médias n’ont pas manqué. De l’Ivoirien Venance Konan, directeur général de Fraternité Matin, et son confrère Noël Yao, au Marocain Mohamed Khabbachi. Ce dernier, patron du site Barlamane et ancien directeur général de la MAP, salue « le parcours du combattant » d’un homme dont « le nom résonne dans toute l’Afrique et le monde arabe ».

Les anciens collaborateurs de JA ont également été nombreux à rendre hommage à Béchir Ben Yahmed : Francis Kpatindé, dans Le MondePascal Airault, dans L’OpinionChristophe Boisbouvier et Jean-Baptiste Placca, sur RFI, le Camerounais Célestin Monga, aujourd’hui enseignant à Harvard, sans oublier l’ancien rédacteur en chef de Jeune Afrique Hamid Barrada, l’une des références du journalisme au Maroc, les Sénégalais Cheikh Yérim Sow et Cécile Sow, Mohamed Selhami, fondateur de Maroc HebdoGuy Sitbon, Jean-Claude Hazena, Jean-Pierre Séréni…

Beaucoup de quotidiens et de sites d’information du continent également rendu hommage à Béchir Ben Yahmed, de Walf Quotidien (Sénégal) à Wakat Séra (Burkina Faso), en passant par Le Djely (Guinée) ou encore Les Dépêches de Brazzaville.

Par Jeune Afrique

Présidentielle en Guinée : la victoire d’Alpha Condé confirmée par la Cour constitutionnelle

novembre 7, 2020
Alpha Condé, lors d'un meeting de campagne à Conakry, le 16 octobre 2020, a été déclaré vainqueur de la présidentielle.

La victoire d’Alpha Condé à la présidentielle a été confirmée par la Cour constitutionnelle. Le président sortant, qui a remporté 59,50% des suffrages, entame son troisième mandat à la tête de la Guinée.

Après plusieurs jours d’attente, la victoire d’Alpha Condé à l’élection présidentielle du 18 octobre dès le premier tour a été confirmée ce samedi 7 novembre, aux alentours de 12h30 GMT par la Cour constitutionnelle. Selon les chiffre définitifs, il a remporté 59,50% des suffrages, contre 33,49% pour son rival, Cellou Dalein Diallo.

Les recours déposés par ce dernier et trois autres opposants devant la Cour, dimanche 1er novembre, n’auront donc pas inversé la tendance donnée le 24 octobre par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) chargée de publier les résultats provisoires. La commission avait en effet annoncé la victoire d’Alpha Condé avec 59,49 % des suffrages, et 33,5% pour son rival.

La Cour constitutionnelle a évalué à 79,51% le taux de participation dans le pays, un taux légèrement supérieur à celui dévoilé par la Ceni, qui était de 78,88%. C’est la première fois que cette Cour, créée en 2010, statue sur un contentieux électoral en Guinée.

Recours légaux épuisés pour l’UFDG

Cellou Dalein Diallo, candidat de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), a donc épuisé les recours juridiques possibles. Au lendemain du scrutin, l’ancien Premier ministre de Lansana Conté s’était autoproclamé vainqueur de l’élection, affirmant avoir obtenu 53,8 % des voix, avant même la publication des résultats provisoires par la Ceni. Un chiffre issu d’un décompte des procès-verbaux réalisé par ses équipes.

Des scènes de liesse avaient alors été observées dans plusieurs quartiers de Conakry et de plusieurs villes du pays, ses partisans célébrant cette victoire. Très vite, des heurts avaient éclaté entre manifestants et forces de l’ordre. Les violences qui avaient suivi le scrutin, qui a clos une campagne électorale particulièrement tendue, ont fait plusieurs dizaines de morts dans le pays.

Les urnes et la rue

Une partie de l’opposition avait fait le choix de boycotter cette présidentielle, jugeant que la candidature d’Alpha Condé à un troisième mandat était « illégale », et exprimant sa défiance envers la Ceni. Cellou Dalein Diallo, initialement tenant de la ligne du boycott, avait finalement décidé de rompre avec cette stratégie observée par son parti lors des législatives de mars dernier, à l’issue desquelles l’UFDG a perdu la totalité de ses sièges de députés, déclarant vouloir jouer la contestation au troisième mandat d’Alpha Condé à la fois dans les urnes et dans la rue.

Au lendemain de son autoproclamation, son domicile avait été encerclé par les forces de l’ordre, et le siège de son parti investi par les policiers. L’ensemble du dispositif sécuritaire avait toutefois été allégé le 28 octobre.

Avec Jeune Afrique par Diawo Barry et Marièeme Soumaré

Présidentielle en Guinée : Alpha Condé déclaré vainqueur dès le premier tour

octobre 24, 2020
Alpha Condé, lors d'un meeting de campagne le 10 octobre 2020 à Conakry.

Alpha Condé remporte la présidentielle avec 59,49 % des suffrages, devant Cellou Dalein Diallo, crédité de 33,5 % des voix, selon les résultats globaux provisoires rendus publics par la Commission électorale nationale indépendante.

Alpha Condé, le président sortant, a été élu dès le premier tour pour un troisième mandat. Un « coup KO » qui vient d’être annoncé à l’issue d’une semaine extrêmement tendue en Guinée.

Selon les résultats globaux provisoires délivrés samedi 24 octobre par Kabinet Cissé, le président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), Alpha Condé a remporté 59,49 % des suffrages exprimés, contre 33,5 % pour Cellou Dalein Diallo, son principal rival. Parmi les autres candidats, aucun n’a dépassé la barre fatidique des 5 %, seuil obligatoire pour obtenir le remboursement de sa caution.

Le taux de participation lors de la présidentielle du dimanche 18 octobre a été de 78,88%.

Si le scrutin s’est déroulé dans le calme et sans incident majeur, la tension est très rapidement montée dès le lendemain. Et tandis que la guerre des chiffres faisait rage entre les deux principaux candidats de cette présidentielle aux allures de duel entre Alpha Condé, 82 ans, et Cellou Dalein Diallo, 68 ans, des affrontements ont éclaté à Conakry et dans plusieurs villes du pays entre forces de l’ordre et manifestants de l’opposition.

Cellou Dalein Diallo revendique la victoire

Cellou Dalein Diallo a revendiqué la victoire le 19 octobre, avant la publication des résultats officiels de la présidentielle.

Les violences ont démarré dans l’après-midi du lundi 19 octobre, quelques heures après que Cellou Dalein Diallo a revendiqué la victoire lors d’une conférence de presse organisée au siège de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG). « Mes chers compatriotes, malgré les graves anomalies qui ont entaché le bon déroulement du scrutin du 18 octobre et au vu des résultats sortis des urnes, je sors victorieux de cette élection dès le premier tour », a-t-il lancé devant une foule de partisans.

Les scènes de liesse dans les quartiers de Conakry acquis à l’UFDG, ainsi que dans plusieurs villes du pays, ont rapidement cédé la place à des heurts entre jeunes militants et membres des forces de l’ordre.

Des conflits ont notamment éclaté dans les préfectures de Kissidougou et de Coyah « entre militants de l’UFDG et ceux d’autres formations politiques, notamment du RPG Arc-en-Ciel [au pouvoir]», a fait savoir le ministre de la Sécurité, Albert Damantang Camara, dans un communiqué évoquant également des « attaques ciblées à l’intérieur du pays, dans les quartiers de la haute banlieue de Conakry et contre les sièges des partis de la mouvance présidentielle et les domiciles des militants de ces partis ».

Au moins neuf personnes ont été tuées dans ces affrontements, selon un bilan délivré mercredi par le ministre de la Sécurité. L’UFDG, de son côté, dénombrait vendredi soir au moins 27 personnes tuées.

Alors que la flambée de violences continuait dans la capitale et à l’intérieur du pays, le général Bouréma Condé, ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, a annoncé que l’armée était désormais réquisitionnée pour maintenir l’ordre, les militaires étant déployés aux côtés de la police et de la gendarmerie, selon un communiqué lu à la télévision nationale jeudi soir.

Dans un message publié sur les réseaux sociaux, Alpha Condé a lancé un « appel à tous, au calme et à la sérénité en attendant l’issue du processus électoral en cours dans notre pays ». Il ajoutait alors : « Si la victoire me revient, je reste ouvert au dialogue et disponible pour travailler avec tous les Guinéens. »

La Ceni, qui vient de proclamer la victoire d’Alpha Condé dès le premier tour, avait commencé à rendre publics les résultats, circonscription par circonscription, à partir du 20 octobre au soir. Ces résultats, même partiels, indiquaient déjà clairement une tendance en faveur du président sortant, crédité d’une confortable avance dans les quatre préfectures dont les chiffres avaient été compilés, à savoir Matoto (49,13 %), Matam (51,39 %), Kaloum (51,87 %) et Boffa (56,69 %).

Bataille de chiffres

Des résultats contestés par l’Alliance nationale pour l’alternance démocratique (ANAD), qui soutient la candidature de Cellou Dalein Diallo, qui a publié son propre décompte des votes avant même que la Ceni ne délivre ses premiers chiffres. Selon ces résultats, Cellou Dalein Diallo aurait remporté la présidentielle avec 52 ,57 % des suffrages exprimés, tandis qu’Alpha Condé aurait recueilli 39,24 % des voix.

L’ANAD affirme avoir obtenu ces résultats en compilant des données collectées via un système de messagerie SMS, d’applications sur téléphone portable et par le biais d’un centre d’appel. Ce système aurait permis de collecter 84% des procès-verbaux ( 12 744 ).

Au terme d’une rencontre avec le corps diplomatique accrédité en Guinée, jeudi, le ministre guinéen des Affaires étrangères Mamadi Camara a critiqué ce procédé de compilation, évoquant « un logiciel tombé du ciel qui a la capacité d’avoir accès à tous les bureaux de vote dans les villages les plus reculés ». Jugeant le procédé « très grave et très dangereux », il a estimé que la démarche était « passible de poursuites judiciaires ».

Le gouvernement guinéen a menacé Cellou Dalein Diallo de « poursuites judiciaires » après que celui-ci a proclamé sa victoire. Mercredi soir, le domicile de l’opposant a été encerclé par des forces de l’ordre, et le siège de l’UFDG investi par des policiers. « Cette descente musclée des forces de défense et de sécurité dans nos locaux avait-elle pour objectif de détruire les preuves de la fraude massive organisée pour permettre le passage en force du troisième mandat ? » s’est notamment interrogé Cellou Dalein Diallo.

« Nous avons mis le paquet sur la sécurisation des suffrages exprimés en notre faveur, pour démontrer nos victoires volées en 2010 et 2015, a répondu la directrice de cabinet de Cellou Dalein Diallo, Nadia Nahman, lors d’une conférence de presse virtuelle organisée jeudi. Nous avons tous les résultats enregistrés dans des serveurs à l’étranger ».

Internet coupé

L’annonce des résultats donnant Alpha Condé vainqueur dès le premier tour de la présidentielle est intervenue alors qu’internet et les réseaux sociaux étaient extrêmement perturbés depuis la soirée de jeudi. L’ONG Netblocks a pour sa part mesuré que la connectivité de l’opérateur Orange, leader sur le marché guinéen, était à 9 % de son niveau habituel.

« Orange Guinée constate que son accès à l’internet mondial via le câble ACE a été coupé au niveau de la société Guilab, qui gère les accès du pays à ce câble, confirmait à Jeune Afrique un cadre d’Orange, le 23 octobre. La panne a été signalée à Guilab et Orange Guinée attend des éléments sur les délais de remise en service. »

Avec Jeune Afrique par Diawo Barry – à Conakry

Présidentielle en Guinée : entre bataille de chiffres et violences post-électorales

octobre 22, 2020
A Conakry, des violences ont éclaté entre les partisans de l’opposant Cellou Dalein Diallo et la police, le 21 octobre 2020.

Des violences ont été observées à Conakry et dans plusieurs régions du pays mercredi. La commission électorale pourrait diffuser les résultats complets du scrutin vendredi « au plus tard », tandis que l’opposant Cellou Dalein Diallo se déclare d’ores et déjà victorieux.

Le bras de fer se durcit entre Cellou Dalein Diallo et Alpha Condé. Après avoir proclamé la victoire de son candidat au lendemain du scrutin du 18 octobre, l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG, opposition) a annoncé, ce mercredi, la publication des résultats compilés par ses représentants.

Dans une stratégie prévisible, l’adversaire du président sortant a devancé la Commission électorale nationale indépendante (CENI), seule habilitée à diffuser les résultats du scrutin, proclamant dès lundi sa victoire à l’issue du premier tour, « malgré de graves anomalies » dans la tenue des opérations de vote.

La Ceni a, quant à elle, commencé à publier mardi soir des résultats partiels. Selon les chiffres qu’elle a publiés, le président sortant, Alpha Condé, arrive en tête dans les quatre préfectures dont les chiffres ont déjà été compilés, à savoir Matoto (49,13 %), Matam (51,39 %), Kaloum (51,87 %) et Boffa (56,69 %).

Des chiffres rejetés par le parti de Cellou Dalein Diallo, qui se base sur des résultats compilés par ses propres représentants, déployés dans l’ensemble des 15 000 bureaux de vote. « Et pourquoi pas, c’est une tradition en Guinée ! Alpha Condé avait fait la même chose en 2010 », justifie à JA le directeur de la communication de l’UFDG, Ousmane Gaoual.

« Nos délégués ont pris en photo ou saisi manuellement les résultats des procès-verbaux et les ont fait remonter, a-t-il par ailleurs expliqué lors d’une conférence de presse. C’est sur ces chiffres que nous nous sommes fondés pour annoncer notre victoire, qui ne souffre aucune contestation. »

« La seule région administrative qui a systématiquement refusé de nous remettre les procès-verbaux, c’est Kankan [fief du Rassemblement du peuple de Guinée, le parti d’Alpha Condé] », a-t-il néanmoins précisé, ajoutant que cela n’était pas de nature à remettre en cause la victoire de Cellou Dalein Diallo.

Résultats complets attendus vendredi

Une déclaration unilatérale, jugée « nulle et de nul effet » par la CENI. « Leurs résultats sont basés sur des chiffres envoyés par SMS, souligne le vice-président de l’institution, Bakary Mansaré. Nous ne pouvons pas les certifier. » Il rappelle que le travail de centralisation des résultats est effectué par la commission nationale de totalisation des votes, au sein de laquelle siègent notamment les commissaires de la CENI et un représentant de chaque candidat à l’élection présidentielle.

Selon lui, la commission électorale devrait publier dès ce mercredi soir des résultats concernant « au minimum » dix autres préfectures, sur les 38 que comptent le pays. « Le processus est rapide », assure Bakary Mansaré, qui ajoute que les résultats complets devrait être publiés « au plus tard vendredi ».

« La Ceni doit publier les procès-verbaux des résultats qu’elle annonce, insiste Ousmane Gaoual, afin de rassurer les Guinéens et la communauté internationale ».

Déployée dans 147 bureaux de vote sur l’ensemble du territoire, la mission d’observation électorale de l’Union africaine (UA) affirmait ce mardi que « malgré quelques dysfonctionnements, la clôture et le dépouillement du scrutin se sont déroulés de manière satisfaisante ».

Les 25 observateurs de l’UA ont toutefois relevé la « représentation inégale des candidats en lice » dans les bureaux de vote et souligné que certains membres des bureaux de vote n’avaient pas « scrupuleusement respecté les procédures de dépouillement telles que prévues par la loi ». La mission estime toutefois que le scrutin s’est globalement déroulé dans « la transparence, le calme et la sérénité ».

Violences

L’annonce des résultats partiels par la Ceni a toutefois été suivie d’une crispation du climat à Conakry, ainsi que dans plusieurs villes du pays, où des heurts entre manifestants et forces de l’ordre ont éclaté. L’UFDG estime à seize le nombre de personnes tuées mercredi à Conakry, dont deux membres des forces de l’ordre.

Dans un communiqué publié mercredi, le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) évoque une « situation chaotique ». Il dénonce la mort « par balles » de son coordinateur dans la capitale et annonce des « actions décisives » à venir.

Selon le ministre de la Sécurité, Albert Damantang Camara, des barricades ont été érigées dans plusieurs quartiers de Conakry dans la journée. Des tirs ont été entendus dans plusieurs quartiers de la ville.

Des heurts ont également éclaté dans les préfectures de Kissidougou et de Coyah « entre militants de l’UFDG et ceux d’autres formations politiques, notamment du RPG Arc-en-ciel », a fait savoir le ministre dans un communiqué. Il évoque également des « attaques ciblées à l’intérieur du pays, dans les quartiers de la haute banlieue de Conakry et contre les sièges des partis de la mouvance présidentielle et les domiciles des militants de ces partis. »

Le bilan est de dix morts sur l’ensemble du territoire selon le gouvernement, qui évoque une « stratégie du chaos orchestrée pour remettre en cause le scrutin » et lance un appel « au calme et à la retenue ».

Cellou Dalein Diallo a, quant à lui, affirmé être « séquestré » chez lui, en raison de la présence massive de forces de police devant son domicile. Un déploiement confirmé par Albert Damantang Caamara, qui a évoqué « des raisons de sécurité ». Le candidat de l’opposition a également accusé les forces de l’ordre de « tout détruire » dans ses bureaux, situés dans le quartier d’Hamdallaye.

Discret depuis le scrutin du 18 octobre, Alpha Condé s’est, lui, exprimé sur la situation dans un appel à la nation. « Je réitère mon appel, à tous, au calme et à la sérénité, en attendant l’issue du processus électoral en cours dans notre pays. Bien sûr qu’il y aura un vainqueur, mais, ce n’est pas pour autant que la démocratie sera menacée ou que la paix sociale devient impossible », a déclaré le président sortant.

Avec Jeune Afrique par Marième Soumaré

Guinée – Ousmane Gaoual Diallo (UFDG) : « La candidature de Cellou Dalein Diallo ne légalise pas celle d’Alpha Condé »

octobre 15, 2020
Cellou Dalein Diallo, lors d'un meeting de campagne à Mamou, dans la Fouta-Djalon.

À la veille de son ultime face-à-face avec Alpha Condé, Cellou Dalein Diallo clôt ce jeudi dix jours de campagne présidentielle à travers la Guinée. Et rejette d’ores et déjà les résultats dans le fief de son adversaire, explique à JA son conseiller politique, Ousmane Gaoual Diallo.

« Alpha Condé ne peut pas gagner. » Alors que sa campagne électorale à travers le pays s’achève, Cellou Dalein Diallo veut y croire. Et ce, alors même que le chef de file de l’opposition considère que « les conditions d’un scrutin équitable ne sont pas réunies ».

Depuis dix jours, à chacune des étapes de sa campagne, l’ancien Premier ministre de Lansana Conté fait le même geste : juché sur le 4×4 qui le conduit au milieu de la foule de ses partisans vers le lieu du meeting du jour, il pointe du doigt la montre qu’il porte au poignet gauche. Une manière de dire : « L’heure du changement est venue. »

Des fiefs de son adversaire Alpha Condé, il ressort en s’affirmant « surpris » par le « soutien massif » qu’y a reçu son parti, l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG). Et veut y voir le signe de la désaffection de la jeunesse à l’égard du président sortant, candidat à un troisième mandat controversé.

À Kankan, pourtant, il n’a pas pu tenir son meeting, le 11 octobre. Des jeunes ont bloqué son convoi avant qu’il ne parvienne dans la capitale du pays malinké, et des affrontements ont éclaté entre les partisans de Condé et les siens.

Au sortir d’une campagne électorale tendue, lors de laquelle les deux camps s’accusent mutuellement d’instrumentaliser la question ethnique à des fins électoralistes, Ousmane Gaoual Diallo, conseiller politique de Cellou Dalein Diallo et directeur de la Communication de l’UFDG, répond aux questions de Jeune Afrique.

Ousmane Gaoual Diallo, conseiller politique de Cellou Dalein Diallo, aux côtés du candidat de l'UFDG pendant la campagne présidentielle.

Jeune Afrique : Quel est le principal message de votre candidat, qui termine une tournée au quatre coins de la Guinée ? Quelles seraient ses priorités en cas de victoire ? 

Ousmane Gaoual Diallo : Notre première priorité, c’est de réconcilier et d’unir les Guinéens. Nous allons mettre en œuvre les recommandations de la commission nationale de la réconciliation, afin de solder un passé qui continue de diviser. À ce moment-là seulement, nous nous attèlerons à nos axes prioritaires, qui concernent l’éducation, la santé, les infrastructures routières, la justice, les institutions militaires. Ces secteurs ne peuvent se reconstruire sur les bases d’une société divisée.

L’UFDG s’est joint à l’appel à manifester ce jeudi lancé par le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC). En décidant de se porter candidat, Cellou Dalein Diallo a rompu avec la ligne du boycott, suivie par ce dernier. Quels rapports conservez-vous avec vos alliés d’hier ?

Le FNDC n’est pas notre allié. Nous en sommes membres à part entière, même si nous ne sommes plus présents au sein des organes de décision. Cette structure a été créée par les organisations politiques et de la société civile pour défendre la Constitution de 2010 et s’opposer au troisième mandat. Ces objectifs, nous les poursuivons à travers la candidature de Cellou Dalein Diallo. Ce sont deux démarches complémentaires pour le même objectif.

Plusieurs membres ou ex-membres du FNDC sont aujourd’hui candidats à l’élection. Pourquoi n’êtes-vous pas parvenu à désigner un candidat unique ?

Ce sujet divise la classe politique et n’a jamais été tranché. Mais ceux qui pouvaient se présenter ont décidé de le faire. L’essentiel, c’est qu’ils s’engagent pour l’alternance et s’alignent derrière celui qui, parmi eux, arrivera au second tour.

Avez-vous l’assurance que les onze candidats de l’opposition feront front commun, dans l’hypothèse d’un deuxième tour ?

Un accord en ce sens a déjà été signé dans le cadre de l’Alliance nationale pour l’alternance démocratique. Ils se sont engagés publiquement.

N’est-il pas paradoxal de participer à un scrutin dont, par ailleurs, vous affirmez qu’il est illégitime ?  

Tout d’abord, la candidature de Cellou Dalein Diallo ne légalise pas celle d’Alpha Condé, qui a prêté serment à plusieurs reprises devant une Constitution qui lui interdit d’être candidat à un troisième mandat.

Ensuite, il faut rappeler que nous sommes dans une situation d’imbroglio juridique. La Constitution de 2010 adoptée par consensus est suspendue, une autre a été soumise au peuple par référendum, et une troisième a été promulguée… Ces trois textes sont différents : lequel s’impose aujourd’hui aux Guinéens ?

Enfin, le code électoral, qui fixe les conditions de candidature et les règles de cette élection, est adossé à la Constitution de 2010, qui a été suspendue. C’est ce qui fait que des conditions édictées dans la nouvelle Constitution, comme l’obligation de parrainage pour les candidats, n’ont pas pu être mises en œuvre.

Malgré tout, la candidature de Cellou Dalein Diallo, qui est légale et légitime, ne vient pas effacer ces turpitudes.

Critiquée par votre parti qui lui reproche un manque de transparence dans le processus de décompte des voix, la Commission électorale nationale indépendante [Ceni] a réaffirmé son impartialité. Avez-vous reçu des assurances quant à l’accès aux procès-verbaux des bureaux de vote lors du scrutin ?

La loi dit que chaque candidat doit avoir un représentant dans chaque bureau de vote et doit repartir avec une copie du procès-verbal. Est-ce qu’il appartient à la Ceni de s’interroger sur la nécessité ou non de respecter la loi ?

La Ceni a affirmé avoir des difficultés techniques pour disposer, le jour du scrutin, de suffisamment de copies des procès-verbaux…

Ces dispositions ne sont pas nouvelles et ne peuvent être soumises à discussion. Au moment de réfléchir au budget, il fallait tout mettre en œuvre afin de se conformer au code électoral. La Ceni connaissait le nombre de candidats ; à elle de s’assurer qu’il y aura suffisamment de copies à leur disposition.

Par ailleurs, nous constatons d’autres violations du code électoral, notamment en ce qui concerne l’affichage des listes, qui n’a pas été effectué. Enfin, la sécurité des représentants des différents candidats en Haute-Guinée pose question. Les préfectures de Kankan, de Kouroussa, de Sirigui, de Kerouané, sont devenues des régions de non-droit. Il revient à la Ceni de décider qu’en raison de l’insécurité qui y règne et de l’incapacité de l’État à garantir la sécurité des candidats, des électeurs et des délégués, il n’y aura pas d’élections dans ces régions.

Aucun des douze candidats n’a pu faire campagne là-bas, à part Alpha Condé. S’il y a une partie du territoire qui est exclusivement réservée à Alpha Condé, il y a un problème fondamental. Cela veut dire que l’on n’a pas accès à nos électeurs.

Si on nous prive du droit d’aller nous adresser à nos concitoyens, on ne pourra certainement pas se rendre dans les bureaux de vote. Si l’État est incapable de préserver la sécurité dans cette région, il faut accepter de ne pas l’inclure dans le processus électoral, afin de garantir une élection transparente et crédible.

Vous vous apprêtez donc à concourir à une élection en considérant que les résultats de la région qui réunit 22 % du corps électoral national ne peuvent être pris en compte…

Absolument. Si on ne peut pas permettre aux délégués d’être présents, après avoir empêché les onze candidats de faire campagne, cela veut dire que le RPG est seul dans la région. Ce n’est pas la peine de considérer qu’il y a une élection en Haute-Guinée. Ce n’est pas une volonté, c’est un constat, une situation désagréable qui est en train de prendre une tournure dramatique pour notre pays. Nos militants sur place sont pourchassés, leurs biens saccagés, dans l’indifférence totale de l’État.

Alpha Condé a appelé ses partisans au calme cette semaine…

Est-ce suffisant ? Des individus sont ciblés à cause de leur patronyme. Ils sont parfois attaqués alors même qu’ils ne sont pas des militants de l’UFDG, mais simplement parce qu’ils appartiennent à la communauté peule. C’est quelque chose d’extrêmement dangereux.

Vos adversaires vous reprochent d’instrumentaliser, vous aussi, les questions ethniques à des fins politiques. À Labé, le fief de Cellou Dalein Diallo en Moyenne-Guinée, le convoi du Premier ministre, Ibrahima Kassory Fofana, a été attaqué le 29 septembre par des militants de l’UFDG.

Le préfet de Labé [El hadj Safioulaye Bah] a dit lui-même que le Premier ministre n’était pas visé par les attaques. Si des militants ont attaqué le cortège, ils doivent être jugés et condamnés par l’État. C’est son rôle. Il ne peut pas justifier la violence d’aujourd’hui par celle d’hier, sauf à instrumentaliser cette violence. Nous appelons nous-mêmes nos militants à la retenue, car nous n’avons aucun intérêt à aller dans cette voie.

La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest [Cedeao] est impliquée dans le processus électoral pour cette présidentielle. Qu’en attendez-vous ?

Rien du tout. C’est une institution qui devient une organisation clanique, au service de ceux qui sont au pouvoir, quand bien même elle continue d’être considérée comme une référence par les autres organisations internationales. L’Union européenne et les Nations unies, quant à elles, n’ont pas voulu s’associer à ce processus biaisé.

Quelle sera votre réaction en cas de victoire d’Alpha Condé ?

S’il remporte cette élection de manière transparente et crédible, nous reconnaîtrons le résultat sans difficultés. Mais tout dépend de la qualité du scrutin. On ne peut pas reconnaître quelqu’un qui ne compte que sur la violence, la fraude et la corruption pour s’emparer des leviers du pouvoir. La Constitution a donné aux citoyens la liberté de s’exprimer et de manifester. Dans ces conditions-là, nous prendrons position dans la rue, aussi longtemps qu’il le faudra.

Avec Jeune Afrique par Marième Soumaré

                                                      

Guinée : élection présidentielle le 18 octobre

août 11, 2020

Le président guinéen Alpha Condé a annoncé mardi à la télévision nationale que l'élection présidentielle aura lieu le 18 octobre.

Le président guinéen Alpha Condé a annoncé mardi à la télévision nationale que l’élection présidentielle aura lieu le 18 octobre. CELLOU BINANI / AFP

Le président guinéen Alpha Condé a annoncé mardi à la télévision nationale que l’élection présidentielle, très attendue, aura lieu le 18 octobre.

Le président Condé a fait passer en mars une réforme constitutionnelle qui était, selon l’opposition, un subterfuge pour lui permettre de se présenter une troisième fois à la présidentielle. Son parti politique l’a désigné comme candidat présidentiel la semaine dernière, mais il n’a pas encore indiqué s’il allait ou non se présenter.

Par Le Figaro avec AFP

Présidentielle en Guinée : le RPG vote Alpha Condé

août 7, 2020

  Alpha Condé, lors de la convention du RPG, le 6 août 2020 à Conakry

Alpha Condé, lors de la convention du RPG, le 6 août 2020 à Conakry © Cellou Binani / AFP

 

Alors que son parti le pressait de se présenter une troisième fois lors de la présidentielle d’octobre, le président guinéen a préféré « prendre acte » et réserver sa réponse.

Ce devait être la fin du suspense. Mais finalement, Alpha Condé a réservé sa réponse. « Pour le moment je prends acte », a-t-il répondu aux cadres de son parti qui, à l’issue de deux journées de convention au Palais du Peuple, à Conakry, lui ont demandé d’être le candidat du Rassemblement pour la Guinée (RPG, au pouvoir).

Arrivé en début d’après-midi sous un tonnerre d’applaudissements, le président guinéen a pris place sur un siège installé face à la scène. Le cérémonial avait été scénarisé dans les moindres détails. Hadja Diakhagbè Camara, une militante du parti, a d’abord pris la parole pour présenter le « rapport final de la convention ». « Nous exprimons notre soutien indéfectible au président de la République », a-t-elle assuré, avant de lancer : « Nous vous choisissons comme l’unique candidat du RPG ! ».

« Pour le moment, je prends acte »

Dans la salle, c’est l’explosion. Alpha Condé, lui, reste serein. Hadja Nantou Chérif, coordinatrice nationale du RPG vient lui apporter le texte de la résolution finale en mains propres. Et l’interpelle, à nouveau, dans toutes les langues du pays : « Notre choix s’appelle Alpha Condé : accepte notre choix ! » Le chef de l’État se lève enfin, les bras levés, monte sur l’estrade, avec l’hymne national en fond sonore. Il adresse quelques remerciements aux partis alliés du RPG, au Premier ministre, aux militants « sans lesquels je ne serai pas à cette place ».

Mais bientôt, l’enthousiasme des militants se tempère. Dans son discours, Alpha Condé indexe, sans les nommer, les cadres de son parti. « Il faut que le RPG revienne à sa tradition de solidarité », lance-t-il devant ses partisans. « Les forces intermédiaires entre le peuple et moi ne jouent pas leur rôle », accuse-t-il ensuite, avant de poser une série de conditions.

« Si vous voulez que j’accepte votre proposition, il faudra faire en sorte que le RPG soit comme avant : un parti pour tous », déclare Alpha Condé. « Si vous voulez que je continue, faites en sorte que ceux qui se sont battus pour le parti vivent dignement ». « Pour le moment je prends acte », ajoute-t-il. « Si vous faites tout ce que je viens de dire, je vous donnerai ma réponse. »

« Aucune place pour un dauphin »

Les militants et cadres du RPG avaient pourtant fait les choses en grand, persuadés d’obtenir séance tenante une réponse positive de leur leader.

Dès l’ouverture du congrès, la ligne était toute tracée : « Cette convention se tient à un moment particulier, où le monde est confronté à la pandémie du Covid-19 et où les violences sont récurrentes. L’adversité est menaçante, mais je suis sûr que nous sortirons victorieux sous le leadership du président Alpha Condé », avait ainsi entonné mercredi le Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana, dans un discours où il dressait un bilan élogieux des deux mandats du président guinéen.

Le président de l’Assemblée nationale, Amadou Damaro Camara, ne faisait pas non plus mystère de l’issue espérée. « Le président sera investi, c’est une certitude. Le professeur Alpha Condé est le meilleur de nous tous. Il n’y avait aucune place pour un dauphin », assurait-il le même jour à Jeune Afrique.

Il leur faudra donc s’armer de patience. Alpha Condé a promis, à compter de demain matin, de recevoir les différentes délégations à tour de rôle : Guinée-Forestière, Haute-Guinée, Foutah et Basse-Guinée.

Avec Jeune Afrique par Diawo Barry et Fatoumata Diallo

Guinée: reprise des manifestations anti-Condé, heurts avec la police

juillet 20, 2020

Suspendue depuis des mois en raison de la pandémie de coronavirus, la contestation contre un éventuel troisième mandat du président guinéen Alpha Condé a repris, ce lundi 20 juillet, à Conakry et a été marquée par des heurts entre manifestants et forces de l’ordre. Le gouvernement guinéen a assuré que l’appel à manifester des opposants au chef de l’État n’avait «pratiquement pas été suivi».

En revanche, le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), qui mène la contestation, a «félicité» et «salué le courage des populations de Conakry et de ses alentours qui, malgré» la pluie «et une forte militarisation des villes, ont répondu à l’appel».

«Les forces de défense et de sécurité ont, à nouveau, réprimé les citoyens en faisant usage des armes de guerre», assure le FNDC, qui fait état d’un bilan «d’au moins 20 personnes blessées, dont cinq par balles et deux dans un état très critique».

Un jeune homme de 22 ans a été blessé par balle au visage dans le quartier de Hamdallaye à Conakry, ont affirmé à l’AFP un de ses proches et une source médicale. «Plusieurs dizaines d’arrestations ont également été enregistrées, dont un groupe de femmes à Lansanaya» près de la capitale, selon le FNDC.

Le ministère de la Sécurité et de la Protection civile a de son côté dénoncé «quelques groupes de loubards» qui se sont «livrés à des actes d’incivisme». Selon le ministère, un adjudant de police a été «grièvement blessé par jets de pierres». Mais «aucun cas de blessé civil en lien avec les échauffourées n’a été constaté», a-t-il indiqué dans un communiqué. Une forte pluie a contribué à l’arrêt des manifestations, selon un correspondant de l’AFP.

Une répression sanglante

Avec l’apparition de la pandémie de Covid-19, le FNDC, collectif de partis, syndicats et représentants de la société civile, avait suspendu les manifestations. L’organisation avait régulièrement appelé à manifester depuis octobre pour faire barrage à une nouvelle candidature du président Condé à la présidentielle prévue en octobre. Cette trêve a été levée lundi, bien que les rassemblements restent interdits en raison de l’état d’urgence sanitaire. Ce pays pauvre, régulièrement en proie à des manifestations et une répression sanglante, a officiellement enregistré quelque 6.500 cas de Covid-19 et 39 décès.

Le second mandat de M. Condé, 82 ans, arrive à échéance à la fin de l’année. L’opposition est convaincue qu’il briguera sa propre succession. Celle-ci a vainement tenté de s’opposer à une nouvelle Constitution soumise le 22 mars à référendum, et dénonce un subterfuge de M. Condé pour se représenter. Ancien opposant historique, devenu premier président démocratiquement élu après des décennies de régimes autoritaires, Alpha Condé entretient l’ambiguïté sur ses ambitions.

Par Le Figaro avec AFP

Guinée : Alpha Condé annonce le report des législatives et du référendum constitutionnel

février 28, 2020

Alpha Condé, au palais présidentiel en octobre 2016.

Alpha Condé, au palais présidentiel en octobre 2016. © Vincent Fournier pour Jeune Afrique

 

Le président guinéen Alpha Condé a annoncé ce soir le report du double scrutin – les législatives et le référendum constitutionnel – qui devait se tenir ce dimanche. « Ce n’est ni une capitulation, ni une reculade », a-t-il affirmé lors d’un discours retransmis par la télévision nationale.

« La Guinée a été depuis 1958 le champion du panafricanisme. Nous savons les sacrifices que notre pays a consenti pour soutenir les mouvements de libération. (…) C’est par responsabilité nationale et sous-régionale que nous avons accepté un report léger de la date des élections ». C’est par ces mots que le président guinéen Alpha Condé a annoncé ce vendredi soir le report du double scrutin qui devait se tenir le 1er mars.

Les électeurs étaient appelés aux urnes pour des élections législatives couplées à un référendum sur une nouvelle Constitution, dans un contexte de tensions croissantes entre le pouvoir et l’opposition, dont les principales composantes appelaient au boycott du double scrutin.

« Ce n’est ni une capitulation ni une reculade », a insisté Alpha Condé, qui a par ailleurs précisé que le double scrutin serait reporté de « deux semaines », précisant que la Cour constitutionnelle sera consultée pour valider cette décision. « Je sais que beaucoup d’entre vous seront mécontents, déçus et révoltés. Mais la Guinée, qui était la patrie du panafricanisme, peut-elle s’isoler de ses frères? Nous disons non ! », a ajouté le président guinéen.

« Je persiste encore, et c’est important : ne seront concernés (par le scrutin à venir) que les partis qui sont déjà en compétition, c’est à dire qui sont en règle devant la Ceni, les partis déjà engagés dans la compétition électorale », a précisé le président guinéen.

L’annonce d’Alpha Condé intervient dans un contexte où plusieurs organisations internationales ont émis des doutes sur la possibilité d’organiser le scrutin dans de bonnes conditions. Ces derniers jours, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), la Communauté économique des Etats de l’AFrique de l’Ouest (Cedeao) et l’Union africaine (UA) ont ainsi annoncé leur décision de ne pas déployer de mission d’observation lors de ces élections.

Avec Jeuneafrique par Diawo Barry – à Conakry

 

Guinée : les législatives et le référendum constitutionnel seront couplés

février 5, 2020

Alpha Condé, le président guinéen, au palais présidentiel à Conakry en octobre 2016.

Alpha Condé, le président guinéen, au palais présidentiel à Conakry en octobre 2016. © Vincent Fournier/JA

 

Le référendum constitutionnel se tiendra le 1er mars, et sera couplé avec les législatives. L’annonce a été faite par un communiqué de la présidence guinéenne lu sur les médias nationaux mardi soir.

« J’ai signé le décret convoquant le corps électorale pour le couplage des élections législatives ainsi que le référendum pour la nouvelle Constitution en Guinée pour le 1er mars 2020 ». En un tweet, le président guinéen a confirmé ce à quoi beaucoup s’attendaient, depuis l’annonce du report au 1er mars des législatives initialement prévues le 16 février.

Le décret, signé de la main d’Alpha Condé, a été lu mardi soir sur les antennes de la RTG, la télévision nationale.

Dans une ordonnance prise le 29 janvier dernier, le président guinéen avait fixé les règles de ce scrutin référendaire, sans pour autant préciser la date de sa tenue. Pour être adopté, le texte soumis aux Guinéens devra recueillir plus de 50 % des suffrages exprimés.

L’opposition vent debout contre le couplage

« Le corps électoral est convoqué au moins quinze jours francs avant la date du scrutin par décret du président de la République, sur proposition de la Ceni [Commission électorale nationale indépendante, NDLR] », stipulait l’ordonnance, qui précisait notamment que, pendant la campagne référendaire, « les médias publics sont tenus de présenter les divers points de vues relatifs au projet soumis à référendum de manière équilibrée ».

Le jour du vote, outre les bulletins portant le nom des candidats aux législatives, les électeurs guinéens auront donc le choix entre deux autres bulletins : l’un blanc, pour le Oui à la réforme constitutionnelle, l’autre, rouge, pour le non.

L’opposition, réunie au sein du Front national pour la défense de la Constitution, qui organise depuis des semaines des manifestations contre la réforme constitutionnelle, a d’ores et déjà annoncé son refus de participer aux législatives. Après l’annonce de ce mardi, Abdoulaye Oumou, porte-parole du FNDC, a qualifié ce couplage des deux scrutins de « coup d’État institutionnel » et promis de le « combattre ».

« L’opposition n’a pas le droit d’interdire au président de la République de consulter les Guinéens. Au contraire, elle devrait se féliciter de l’organisation de ce référendum car la Constitution actuellement en vigueur a été écrite par un collège qui ne représentait pas le peuple de Guinée », insistait pour sa part Amadou Damara Camara, président du groupe parlementaire RPG arc-en-ciel (mouvance présidentielle), interrogé le 31 janvier dernier par Jeune Afrique.

Le texte du projet de nouvelle Constitution, rendu public le 19 décembre dernier, après avoir obtenu l’avis favorable de la Cour constitutionnelle et du président de l’Assemblée nationale, comporte 161 articles sur 45 pages. Il fait notamment passer le mandat présidentiel de cinq à six ans, « renouvelable une fois ». Il prévoit en outre que, si le Premier ministre n’est responsable que devant le président de la République, qui le nomme et le démet à sa discrétion, il pourra être contraint à la démission par l’Assemblée nationale si les trois quarts des députés le jugent nécessaire.

Par Jeuneafrique.com