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Guinée: Alpha Condé parle de référendum, donnant corps au projet de 3e mandat

septembre 24, 2019

 

Le président Alpha Condé a appelé les Guinéens à se préparer à un référendum et à des élections, accréditant encore plus une candidature à sa propre succession malgré l’obstacle constitutionnel, selon une vidéo postée sur les réseaux sociaux.

«Je vous demande de vous organiser et de vous préparer pour le référendum et les élections», dit Alpha Condé (81 ans) dans cette vidéo datée du 22 septembre postée sur Facebook et abondamment reprise mardi par les médias guinéens. Condé rencontrait lundi des membres de la communauté guinéenne à New York, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, selon les médias. La présidence guinéenne n’a pas répondu aux sollicitations qui lui ont été faites. Cette vidéo donne encore davantage de corps au projet attribué à Alpha Condé de briguer à nouveau la présidence. Condé, ancien opposant historique et premier président démocratiquement élu de cette ex-colonie française d’Afrique de l’Ouest, achève son deuxième mandat en octobre 2020.

La constitution actuelle l’empêche d’en assumer un troisième. Alpha Condé, à son poste depuis 2010, a souvent contesté la pertinence de la limitation du nombre de mandats. Il n’est pas allé jusqu’alors jusqu’à lancer une réforme constitutionnelle. Mais il a mandaté début septembre son premier ministre, Ibrahima Kassory Fofana, pour qu’il organise de larges «consultations» portant en particulier sur la constitution. Ces consultations, qui doivent en principe s’achever mercredi, sont boycottées par les principaux partis d’opposition. Le chef de l’Etat a aussi prôné la tenue d’élections législatives avant la fin de 2019. Elles étaient initialement prévues en 2018, mais avaient été reportées sine die. Le chef de la Commission électorale a proposé qu’elles se déroulent le 28 décembre, mais les représentants de l’opposition au sein de la commission ont jugé cette date «irréaliste». Plusieurs membres d’un mouvement créé pour s’opposer à un troisième mandat d’Alpha Condé ont été interpellés en avril et mai lors de manifestations émaillées d’incidents, avant d’être relaxés par la justice.

Lors de son séjour aux Etats-Unis, Alpha Condé a été reçu par le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo, qui a appelé à une «transition du pouvoir démocratique et honnête (en Guinée), ce qui impliquera des institutions plus fortes et moins de corruption», selon le département d’Etat.

Par Le Figaro.fr avec AFP

Guinée: Alpha Condé pointe la « responsabilité » de la France dans le retard du pays

octobre 1, 2018

Alpha Condé, le président guinéen, au palais présidentiel à Conakry en octobre 2016. © Vincent Fournier/JA

 

Le président guinéen Alpha Condé a attribué une part des difficultés traversées par son pays depuis l’indépendance en 1958 à l’attitude de la France de l’époque, dans une interview à Conakry avec des journalistes de TV5 Monde, RFI et Le Monde.

Lors de cette interview, diffusée dimanche, à deux jours du 60e anniversaire de l’indépendance, M. Condé s’est insurgé contre une question sur le fait que le pays « ne décolle pas économiquement ».

Les Français « doivent savoir que si la Guinée a été en retard, il y a la responsabilité des chefs d’État guinéens, mais aussi la responsabilité de la France de l’époque », a-t-il estimé. « Lorsque nous avons pris l’indépendance en 58, du jour au lendemain tous les cadres français sont partis, la Guinée est restée sans cadres », a déclaré M. Condé. « On a voulu anéantir économiquement le peuple de Guinée », a-t-il ajouté.

« Il ne faut pas oublier aussi que la Guinée a été mise en quarantaine (…), il a fallu que l’Union soviétique et la Chine viennent porter secours à la Guinée, tous les Français étaient partis, on n’avait pas de cadres », a insisté le président guinéen.

« L’histoire de la Guinée ne se ramène pas à la violence »,

La Guinée est devenue le premier pays d’Afrique subsaharienne à obtenir sa souveraineté de la France, après avoir voté non le 28 septembre 1958 au référendum instituant une « communauté » franco-africaine, proposée par le général De Gaulle.

De cet épisode, Alpha Condé a indiqué tirer « deux messages » pour la jeunesse guinéenne. En 1958, la Guinée « s’est donné la main comme un seul homme pour appeler à voter non », a-t-il dit. « Si nous voulons, nous pouvons de nouveau être unis pour faire face aux défis de la Guinée, ça c’est le premier message ». « Le deuxième, c’est que le gouvernement français à l’époque n’a pas eu une attitude correcte, ce qui a fait que, pendant longtemps, les rapports avec la France ont été tendus », a-t-il déploré.

« L’histoire de la Guinée ne se ramène pas à la violence », a-t-il par ailleurs souligné, alors qu’à l’occasion de cet anniversaire la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) et RFI ont publié un ouvrage, « Mémoire collective, une histoire plurielle des violences politiques en Guinée », revenant notamment sur le massacre du 28 septembre 2009.

« Je suis choqué ! »

M. Condé, au pouvoir depuis décembre 2010, s’est emporté à plusieurs reprises contre ses intervieweurs, leur reprochant d’être « venus avec des idées arrêtées ». « Je suis choqué de vous entendre dire que la Guinée n’a pas émergé, je suis choqué, franchement. Je suis choqué ! », s’est-il exclamé.

Ancien opposant historique, Alpha Condé est le premier président démocratiquement élu de cette ex-colonie française d’Afrique de l’Ouest, régie jusqu’alors par des pouvoirs autoritaires, voire dictatoriaux.

Malgré la richesse de son sous-sol, plus de la moitié de la population de Guinée vit sous le seuil de pauvreté, avec moins d’un euro par jour, selon l’ONU.

Jeuneafrique.com avec AFP

Port de Conakry: quand l’affaire Bolloré rebondit en Guinée

avril 29, 2018

 

Alpha Condé (Guinée), président de la République à Paris, le 30 juin 2012. © Vincent Fournier/Jeune Afrique

La mise en examen de Vincent Bolloré a relancé la controverse autour de la concession du terminal à conteneurs du port de Conakry. Tandis que l’opposition en fait son miel, l’entourage du président Alpha Condé conteste le scénario privilégié par les juges d’instruction français.

Après plusieurs années de procédures, d’Abidjan à Paris, on pensait l’affaire éteinte. Mais la mise en examen de Vincent Bolloré par les juges français Serge Tournaire et Aude Buresi, au terme de 48 heures de garde à vue, a remis au cœur de l’actualité guinéenne le dossier controversé du terminal à conteneurs du port de Conakry.

À peine l’information connue, Cellou Dalein Diallo, le leader de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG, opposition), s’en emparait : « Beaucoup de personnes émettaient des doutes sur les conditions de l’octroi du terminal à conteneurs de Conakry […]. Mais M. Alpha Condé avait assumé en disant que [Vincent Bolloré est] son ami, et qu’il préférait ses amis. Et malheureusement, c’est la même pratique qui continue depuis qu’il est au pouvoir, avec l’octroi des grands marchés à des amis. Il n’y a jamais d’appels d’offres ! », déclarait-il à RFI le 25 avril.

Déjà, l’opposition guinéenne réclame la mise sur pieds d’une commission d’enquête parlementaire. Du côté gouvernemental, on s’abstient, pour l’heure, de commenter l’affaire publiquement. « Nous collaborerons avec la justice française », se limite à expliquer Cheikh Sakho, le ministre de la Justice, contacté par Jeune Afrique.

Saga judiciaire

Sensible, l’affaire remonte à mars 2011, trois mois à peine après la première élection d’Alpha Condé. Les employés de la société Getma, la filiale du groupe Necotrans (aujourd’hui en liquidation judiciaire) qui avait obtenu trois ans plus tôt la concession du terminal à conteneurs du port de Conakry, sont délogés par l’armée suite à un décret présidentiel. Dans la foulée, les autorités guinéennes accordent la concession du terminal tant convoité à Bolloré, arrivé en deuxième position lors de l’appel d’offres lancé en 2008.

S’ensuivra une saga judiciaire de plusieurs années entre Necotrans, l’État guinéen et le groupe Bolloré qui donnera lieu à des décisions successives de la Cour commune de justice et d’arbitrage (CCJA) de l’Ohada, du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (Cirdi, l’instance arbitrale de la Banque mondiale) mais aussi de la justice française.

À l’arrivée, une victoire en demie teinte pour Necotrans, qui voit partiellement reconnu le caractère « irrégulier » de son éviction mais pas le préjudice financier qu’invoquent ses avocats.

Un bilan mitigé, qui incite Cheikh Sakho à considérer que la victoire est guinéenne. « Nous avons eu gain de cause devant la CCJA [théoriquement seule compétente en matière arbitrale]. Même s’il s’agissait d’une question de forme, il faut savoir qu’en droit, la forme tient le fond. »

Reste que dans sa décision de première instance, la Cour d’Abidjan avait donné gain de cause, sur le fond, à Nécotrans. Le Cirdi et la justice française aussi.

A Conakry , le terminal à conteneurs est géré depuis 2011 par Bolloré Africa Logistics. © Vincent Fournier/JA

En revanche, la plainte introduite par le groupe Necotrans en 2013, dans laquelle celui-ci accusait notamment Vincent Bolloré d’avoir « financé la campagne électorale d’Alpha Condé » via l’agence de communication Euro RSCG, avait été classée sans suite par le Parquet.

Par la suite, le concurrent du groupe Bolloré ira de Charybde en Scylla. En novembre 2016, il préfère jeter l’éponge et mettre un terme à ses revendications judiciaires pour fumer le calumet de la paix avec le rival qui l’a supplanté à Conakry.

Quelques mois plus tard, Necotrans périclite et se retrouve placé en liquidation judiciaire. Une partie de ses actifs seront rachetés – à vil prix, selon certains observateurs – par Bolloré.

Rétif aux communicants

Alors qu’on pensait en avoir atteint l’épilogue, le contentieux vient donc de ressurgir à l’improviste avec la mise en examen de Vincent Bolloré et de deux de ses collaborateurs, Gilles Alix et Jean-Philippe Dorent.

Les magistrats parisiens, si l’on en croit les fuites publiées par le quotidien parisien Le Monde, disposeraient d’un lot de précieux documents dénichés lors d’une perquisition dans les locaux du groupe. Aude Buresi et Serge Tournaire soupçonnent que des prestations fournies au candidat Alpha Condé par Havas Worldwide (ex-Euro RSCG) – une filiale à 60 % de Bolloré – auraient pu être rétribuées en retour, une fois celui-ci élu président, par le sacrifice de Necotrans au profit de Bolloré.

Côté guinéen, si Alpha Condé ne s’est pas encore exprimé officiellement, son entourage n’est pas avare de confidences. Au palais de Sékoutouréya, on se montre catégorique : « Il n’y a jamais eu de contrat de communication entre Havas et Alpha Condé pour la campagne de 2010, ni d’ailleurs pour celle de 2015. Ce dernier avait sa propre équipe de campagne, et il s’est toujours montré rétif aux grandes agences de communication. »

Des documents démontreraient pourtant, dans les comptes du groupe Bolloré, des factures problématiques entre filiales. En l’occurrence, des prestations sous-facturées dont Alpha Condé aurait bénéficié pour sa campagne de 2010.

« Vincent Bolloré, qui connaissait Alpha Condé depuis l’époque où ce dernier travaillait pour Sucden, dans les années 1980, a effectivement voulu placer Jean-Philippe Dorent [responsable du pôle international de Havas] à ses côtés pour la campagne de 2010, explique une source à la présidence. Mais Dorent n’a séjourné à Conakry que pendant 48 heures, pour une session de media training du candidat qui a vite tourné court », affirme-t-on à la présidence guinéenne.

Ce livre d’entretiens a bien été pris en charge par Bolloré, à titre amical

Quant à la facilitation par Dorent d’un livre d’entretiens entre Alpha Condé et le journaliste Jean Bothorel, Un Africain engagé (Editions Jean Picollec), la présidence la confirme : « Ce livre a bien été pris en charge par Bolloré, à titre amical. » Mais selon notre source, « ces deux  »prestations » n’ont eu aucun effet sur la campagne ni sur l’élection d’Alpha Condé ». A Conakry, on affirme d’ailleurs avoir chargé l’avocat sénégalais Boucounta Diallo de préparer une plainte en dénonciation calomnieuse, à la demande d’Alpha Condé.

Selon l’entourage présidentiel, le remplacement de Getma par Bolloré ne doit rien à une quelconque faveur. Le groupe Necotrans, dirigé par Richard Talbot, disposait alors de deux « lobbyistes » de poids, très introduits à Conakry : Pierre-André Wiltzer, ancien ministre français de la Coopération et ex-conseiller de la présidence du groupe, par ailleurs ami d’Alpha Condé depuis leurs études en France ; et l’ex-président burkinabè Blaise Compaoré, lui aussi proche de son homologue guinéen.

À l’origine de la rupture, affirme-t-on à Sékoutoureya, les manquements de Getma. « L’entreprise, qui n’avait ni l’expertise ni l’envergure requises, a obtenu la concession en 2008 dans des conditions discutables. Par la suite, elle n’a procédé à aucun des investissements nécessaires, suscitant la grogne des employés du port. »

Avant Alpha Condé, pour cette raison, l’ex-président Lansana Conté puis l’officier Moussa Dadis Camara auraient, eux aussi, envisagé de rompre unilatéralement le contrat de concession. À la veille de son sacre présidentiel, Alpha Condé aurait d’ailleurs averti Blaise Compaoré de ses intentions : « Si je suis élu, je chasserai Getma. »

Retour d’ascenseur ?

Une version que récuse Pierre-André Wiltzer. Longuement interrogé par RFI le 27 avril, celui-ci allait jusqu’à qualifier l’opération de « hold-up », soutenant n’avoir jamais reçu d’explications convaincantes des autorités guinéennes : « C’est un arrangement qui s’est fait indépendamment de toute règle commerciale et juridique. C’est vraiment le fait du prince absolu, et sans explication », martelait-il.

Selon l’ancien conseiller de Necotrans, le président guinéen aurait en fait renvoyé l’ascenseur à Vincent Bolloré, son ami et… ancien mécène : « Alpha Condé avait été aidé pendant des années et des années, à l’époque où il était un opposant en Guinée », affirmait-il.

Mais Conakry conteste ce scénario : « Le président Condé n’a pas procédé à un nouvel appel d’offres car il y avait urgence à redémarrer les activités du terminal. Il a donc appliqué la règle du deuxième mieux-disant au profit de Bolloré. Si Maersk était arrivé second en 2008, nous aurions pris Maersk. »

De son côté, dans une tribune publiée ce 29 avril dans l’hebdomadaire français Le Journal du dimanche, Vincent Bolloré affirme regretter que le continent africain  soit « appréhendé comme une terre de non-gouvernance, voire de corruption ».

Et de s’interroger : « Comment imaginer que des dépenses de communication de quelques centaines de milliers d’euros, comptabilisées en toute transparence […], aient déterminé des investissements de centaines de millions d’euros pour des opérations portuaires où l’exigence technique est considérable, et obtenus à l’occasion d’appels d’offres internationaux ? »

Jeuneafrique.com par

Alpha Condé: « Les problèmes africains doivent se régler en Afrique »

octobre 31, 2017

 

Alpha Condé, à Conakry lors d’un entretien à JA en octobre 2016. © Vincent Fournier/JA

CPI, RD Congo, droits de l’homme… Le chef de l’État guinéen, président en exercice de l’UA, défend ses choix pour son pays comme pour le continent.

Être le président en exercice de l’Union africaine confère un avantage de taille : celui d’être accueilli, au titre de porte-parole du continent, par les superpuissants de la planète Terre. Alpha Condé l’a bien compris, lui qui, en septembre, a été reçu tour à tour par Xi Jinping, Donald Trump et Vladimir Poutine. Pour parler des rapports entre l’Afrique et le monde bien sûr, mais aussi de la Guinée, que ce chef d’État de 79 ans n’oublie jamais de placer au cours de ses échanges…

On n’est jamais mieux servi que par soi-même. Aussi est-il revenu de Pékin avec un mégaprêt de 20 milliards de dollars sur vingt ans, de Moscou avec l’effacement des intérêts de la dette et des projets de construction d’hôpitaux et de casernes, de New York avec la promesse d’un engagement de l’Eximbank à accompagner les investisseurs américains en Guinée. De quoi fouetter une activité économique qui, portée par un taux de croissance honorable de 6,7 % en 2017, rebondit enfin.

Renaissance programmée

Capitale constamment au bord de l’AVC circulatoire dont l’aménagement a jusqu’ici été négligé, le pouvoir préférant porter ses efforts sur l’intérieur du pays, Conakry devrait profiter de cette manne annoncée au cours des trois dernières années du second mandat d’Alpha Condé.

Les maquettes, impressionnantes, de la renaissance de la presqu’île de Kaloum et des îles de Loos disent l’ampleur colossale d’un chantier sur lequel interviendront des entreprises turques, marocaines, singapouriennes, chinoises et françaises.

« Dans les années 1950, Houphouët-Boigny se disait prêt à échanger la Côte d’Ivoire contre la Guinée : nous allons lui donner raison », dit ce président intarissable sur les « scandaleuses » richesses minières et agricoles de son pays.

Équilibre politique

Le problème, bien sûr, c’est que le temps de la politique n’est pas celui du développement. Pressée d’accéder (ou de ré-accéder) au pouvoir, l’opposition ne ménage guère Alpha Condé, qui, en janvier prochain, transmettra la présidence en exercice de l’UA au Rwandais Paul Kagame.

Sous la houlette de son chef de file, Cellou Dalein Diallo, lequel fut pendant une décennie de régime militaire ministre puis Premier ministre, elle organise des manifestations de rue parfois imposantes qui se heurtent presque systématiquement aux forces de l’ordre. Au sein d’une classe politique où la nuance et le sens de l’équilibre n’ont jamais eu droit de cité, propos et slogans sont souvent violents, les invectives fusent, et les nerfs sont à fleur de peau.

Cellou Dalein Diallo (à g.) et Papa Koly Kourouma, au milieu d’opposants à un troisième mandat du président. Conakry, le 2 août. © CELLOU BINANI/AFP

 

Dans la ligne de mire : les élections locales et législatives de 2018 et, au-delà, la présidentielle de 2020, à laquelle l’opposition soupçonne Alpha Condé de vouloir se présenter, même si, dans son état actuel, la Constitution le lui interdit. « Ce débat ne me concerne pas, répond invariablement l’intéressé. Ni moi ni les Guinéens, qui m’ont élu pour réformer et transformer la Guinée. » Dont acte, pour l’instant.

Jeune Afrique : Votre mandat à la tête de l’Union africaine s’achève dans un peu plus de deux mois. En quoi cet exercice aura-t-il bénéficié aux Guinéens ?

Alpha Condé : Sur le plan symbolique, cela aura été une sorte de retour aux sources. Souvenez-vous du rôle majeur que la Guinée de Sékou Touré a joué dans la libération du continent. Le MPLA [Mouvement populaire de libération de l’Angola] a été fondé en partie à Conakry avec Mário de Andrade. Des cadres de l’ANC, dont Nelson Mandela et Thabo Mbeki, ont suivi une formation militaire à Kindia. Et la Guinée a été l’un des principaux artisans de la création de l’OUA [Organisation de l’unité africaine], à qui elle a donné son premier secrétaire général, Diallo Telli.

Les mots d’ordre de l’époque, unité et souveraineté africaines, sont plus que jamais d’actualité : ce n’est pas un hasard s’il m’est revenu de les réaffirmer cette année à la face du monde. Pour les Guinéens, cette présidence en exercice est un motif de fierté et la preuve que leur pays est désormais incontournable sur la scène panafricaine.

Vous vous êtes beaucoup investi dans la résolution de la crise gambienne, fin janvier. Êtes-vous satisfait du résultat ?

Évidemment. C’est la preuve que les Africains peuvent régler leurs problèmes sans l’intervention de quiconque. Et cela offre un modèle à suivre pour résoudre d’autres crises en cours.

Celle que traverse la RD Congo par exemple ?

Oui. Nous tentons de la circonscrire entre Africains. Le président de la Commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat, était à Kinshasa il y a peu. Moi-même, j’ai eu à New York un long entretien avec le président Kabila et j’ai reçu ses principaux opposants.

Les métastases de la crise libyenne nous touchent, nous Africains, plus que quiconque

Nous avons, je crois, convaincu ces derniers de se concentrer sur la tenue des élections, plutôt que de se focaliser sur la contestation du gouvernement. Bien sûr, l’appui des Européens, des Américains et de l’ONU est le bienvenu pour aider les Congolais à organiser et financer les scrutins. Mais c’est aux Africains de proposer les solutions et aux autres de nous accompagner, pas l’inverse.

Même schéma en ce qui concerne la crise libyenne ?

Absolument. D’abord pour une raison de principe : les problèmes européens se règlent en Europe, dans le cadre de l’Union européenne, les problèmes asiatiques en Asie, les problèmes américains en Amérique, les problèmes africains doivent se régler en Afrique.

Ensuite parce que la destruction de la Libye et l’élimination de Kadhafi ont fait de ce pays un cancer, dont les métastases nous touchent, nous Africains, plus que quiconque. Là encore, l’aide de l’ONU, de la France ou de l’Italie est utile. Mais c’est à l’UA que toutes les tendances libyennes font aujourd’hui confiance pour trouver une solution, quoi qu’en disent certains.

Si nous voulons faire taire les armes, l’Afrique doit parler d’une seule voix

Le président du Congo, Denis Sassou Nguesso, qui préside le Comité des chefs d’État sur la Libye, a établi une feuille de route qui doit déboucher sur un gouvernement d’union nationale chargé d’organiser des élections. Un grand sommet est prévu en décembre. La seule voie à suivre est donc africaine.

Tous les dirigeants libyens que j’ai rencontrés me l’ont répété : les pyromanes ne peuvent pas être les pompiers. Je suis d’ailleurs heureux de constater que, dans cette affaire, les Africains parlent d’une seule et même voix. Si nous voulons réussir notre pari de faire taire les armes sur le continent à l’horizon 2020, c’est indispensable.

Vous avez été élu à la présidence de l’UA dans un contexte particulier : celui des réformes de fond proposées par le Rwandais Paul Kagame et avalisées par le sommet d’Addis-Abeba. Où en est leur application ?

Nous progressons sur la voie de l’autonomie financière et de la rationalisation de notre fonctionnement. Depuis la création de l’UA, 1 500 résolutions ont été prises – pour la plupart sans suite. Il fallait que cela change.

Notre absence au Conseil de sécurité est plus qu’une anomalie

Désormais, le sommet de janvier se concentre sur un ou deux sujets majeurs, et celui de juillet examine la mise en œuvre des décisions adoptées. C’est ce qui a été fait cette année concernant le thème de la jeunesse et de l’atout démographique, confié au président tchadien, Idriss Déby Itno.

Autre thème fort, porté par vous-même lors de l’Assemblée générale de l’ONU en septembre : la revendication de deux sièges pour l’Afrique au Conseil de sécurité. Avez-vous une chance d’être écouté ?

Je l’espère. Le monde de 2017 n’est plus celui de 1945, et 70 % des problèmes traités par le Conseil de sécurité, tout comme la majorité des opérations de maintien de la paix de l’ONU, concernent l’Afrique. Notre absence est plus qu’une anomalie, c’est une injustice. La Chine, la Russie et la France soutiennent cette revendication. Il nous reste deux pays à convaincre : les États-Unis et la Grande-Bretagne. Nous y parviendrons. C’est dans leur intérêt.

Le président américain, Donald Trump, lors de l’Assemblée générale des Nations unies, le 20 septembre. © Evan Vucci/AP/SIPA

 

Entre l’UA et la Cour pénale internationale, le divorce est-il prononcé ?

La question ne se pose pas. Une résolution a été prise en janvier lors du sommet d’Addis, demandant aux États africains de quitter la CPI. Non pas parce que nous sommes en faveur de l’impunité et contre les droits de l’homme, mais parce qu’il faut que les Africains soient jugés en Afrique par notre propre cour pénale, dont les statuts doivent être ratifiés par les membres de l’UA.

Nous devons rendre opérationnelle la Cour africaine de justice

C’est une question de logique : si nous sommes opposés aux ingérences étrangères, nous devons rendre opérationnelle la Cour africaine de justice. Pour le reste, le procès du deux poids et deux mesures intenté à une CPI qui ne juge que des Africains et dont s’exonèrent quelques grandes puissances est largement instruit. Je ne vais pas le refaire ici.

Votre opposition estime que vous voyagez trop, au détriment des problèmes domestiques. Que répondez-vous ?

C’est un jugement stupide. J’ai certes voyagé en tant que président de l’UA, mais aussi et toujours comme chef de l’État guinéen. Mes déplacements en Chine, en Russie, en Turquie, en Arabie saoudite, à Abou Dhabi, au Soudan ou ailleurs ont tous eu des retombées concrètes pour la Guinée. Ceux-là mêmes qui me critiquent étaient aux affaires sous le régime de Lansana Conté, dont on sait qu’il se contentait de régner sans gouverner.

Aujourd’hui, la Guinée existe à nouveau sur la carte du monde

Qu’ont-ils fait de la Guinée ? Que diront-ils quand il leur faudra rendre des comptes ? Lorsque j’ai été élu en 2010, on confondait la Guinée avec la Guinée-Bissau et la Guinée équatoriale, et seules trois compagnies aériennes d’envergure internationale desservaient Conakry. Aujourd’hui, elles sont six, bientôt huit. Et mon pays existe à nouveau sur la carte du monde.

Vous venez de conclure avec la Chine un prêt de 20 milliards de dollars sur vingt ans. C’est considérable. En 2009, un accord du même type avait été signé, sans aucun résultat. En quoi celui-là est-il différent ?

L’accord de 2009 n’avait pas été passé avec l’État chinois, mais avec une société chinoise basée à Hong Kong et à Luanda. C’était un accord léonin que j’ai refusé d’appliquer dès mon accession au pouvoir, parce qu’il revenait à offrir à cette société la quasi-totalité de nos ressources minières et énergétiques en échange d’un investissement de 7 à 10 milliards de dollars. Celui-ci n’a rien à voir.

Avec le président chinois Xi Jinping, lors du sommet des Brics, le 4 septembre à Xiamen, en Chine. © CHINE NOUVELLE/SIPA

 

Ce n’est pas un accord de troc, et rien n’est hypothéqué. Les entreprises intéressées par l’exploitation de nos ressources opéreront avec la garantie de l’Eximbank chinoise. Une partie des royalties qu’elles nous paieront servira à rembourser le prêt qui nous a été accordé, lequel sera dépensé en fonction de projets ponctuels.

Dès 2018, seront entrepris de grands travaux : la route nationale 1, la voirie de Conakry, une ligne à haute tension, une nouvelle université, des logements sociaux, sans oublier l’agriculture…

N’est-ce pas risquer de dépendre fortement de la Chine ?

Non. La Guinée n’est la chasse gardée de personne, et notre potentiel est tel qu’il y a de la place pour tout le monde. Rien que dans la bauxite, Américains, Russes, Émiratis, Indiens et Français sont présents. Je l’ai dit à Donald Trump et à Angela Merkel : accompagnez vos entreprises comme le font les Chinois. La Guinée est un pays ouvert.

Des enquêtes sont en cours en Australie et en Grande-Bretagne à propos de faits de corruption dont se serait rendue coupable la société minière Rio Tinto en Guinée. Qu’avez-vous à en dire ?

Que cela n’a aucun rapport avec l’accord que j’ai conclu avec Rio Tinto après mon arrivée au pouvoir – un accord entièrement bénéfique pour la Guinée puisqu’il a débouché sur le versement d’une pénalité de 700 millions de dollars au Trésor guinéen et sur la rétrocession de 15 % d’actions. Maintenant, si ces gens ont des comptes à régler entre eux sur la base de commissions dont j’ignore tout, cela ne me concerne pas.

Je vous rappelle que j’ai imposé un nouveau code minier transparent, qui a été salué par le G20 comme un modèle en la matière. Cela nous a permis de récupérer 800 concessions minières bradées par les précédentes administrations. Si je voulais gagner de l’argent de façon illicite, j’aurais négocié avec Beny Steinmetz et sa société BSGR !

Je ne compte plus le nombre d’intermédiaires qui m’ont proposé un arrangement assorti de dizaines de millions de dollars. J’ai refusé, quitte à ce que l’on dise : « Alpha est un ancien communiste, il mourra pauvre. »

Entre le pouvoir et l’opposition guinéenne, une sorte de gentlemen’s agreement semblait avoir été conclu en 2016, dans un souci d’apaisement. Mais depuis quelques mois, si l’on en juge par les déclarations de vos adversaires, les couteaux sont à nouveau tirés. Pourquoi ?

L’accord portait sur trois objets. Premièrement : organiser des élections locales. La commission électorale a proposé la date du 4 février 2018. Deuxièmement : indemniser les victimes des manifestations. Troisièmement : donner un statut dont des émoluments au chef de file de l’opposition.

Il faudra bien que l’on s’explique avec l’opposition, bilan contre bilan

Tout cela a été respecté, même si certains aspects ont pris du retard. Il y a des gens, au sein de l’opposition comme de la mouvance présidentielle, que la tranquillité n’arrange pas. Mon rôle est d’être le garant des accords conclus entre les uns et les autres. Ce qui me gêne dans le fond, c’est de voir les dirigeants de l’opposition, leur leader en tête, se comporter comme s’ils étaient aussi vierges que moi quand j’ai accédé au pouvoir il y a sept ans. Mais ils ont géré ce pays !

Il faudra bien que l’on s’explique, bilan contre bilan. Il est temps que tombent les masques. Trop de mensonges, trop d’intoxications… L’heure est venue d’ouvrir les dossiers.

L’opposition avance le chiffre de 83 morts lors de la répression de diverses manifestations depuis 2010. Que répondez-vous ?

Ce chiffre ne tient compte ni du nombre de policiers décédés ni du nombre de civils abattus par armes de chasse ou autres – des armes dont ne sont pas dotées les forces de l’ordre. J’ai demandé aux services français spécialisés de nous aider à expertiser les balles, et nous saurons bientôt la vérité. Combien de mes militants ont-ils été tués quand les chefs de l’opposition étaient aux affaire ?

Par ailleurs, j’ai été dans l’opposition pendant quarante ans, j’ai organisé beaucoup de manifestations. Jamais mes militants n’ont agressé des gendarmes ou brûlé des voitures. Ceux que nous voyons aujourd’hui dans les rues ont des frondes, des machettes et des cocktails Molotov. C’est moi qui ai fait rentrer l’armée dans les casernes, moi aussi qui ai entrepris d’inculquer aux gendarmes et aux policiers issus de l’ancien régime les notions de maintien démocratique de l’ordre, tâche ardue s’il en est tant les mauvaises habitudes étaient ancrées.

Ce n’est pas à mon âge que je vais entamer une carrière de dictateur, comme disait de Gaulle. Ni me livrer à une comptabilité malsaine : combien de mes militants ont-ils été tués par les militaires quand les chefs de l’opposition actuelle étaient aux affaires ? Veulent-ils vraiment qu’on ouvre ce débat ?

Autre thème récurrent : le troisième mandat. Beaucoup pensent que vous vous préparez à faire modifier la Constitution pour vous présenter à nouveau devant les électeurs en 2020. Est-ce exact ?

Nous sommes en octobre 2017. J’en suis à la deuxième année de mon second quinquennat. La seule chose qui m’importe, c’est de tenir les engagements que j’ai pris devant le peuple de Guinée lors de ma réélection. Si certains veulent discuter à l’infini du sexe des anges, c’est leur problème.

La limitation des mandats, c’est un débat qu’on nous a imposé, avez-vous dit…

C’est un débat qu’on veut nous imposer et qu’on ne nous imposera pas, surtout pas de l’extérieur. Ce ne sont ni les médias étrangers, ni les ONG, ni les chancelleries qui font l’opinion africaine. Encore moins l’opinion guinéenne.

Que s’est-il réellement passé à Boké, ville minière secouée par de violentes émeutes en septembre ?

Au départ, une maladresse : procéder à un délestage électrique un soir de Ligue des champions, il ne fallait évidemment pas le faire. Puis l’expression d’un malaise. Dans le code minier que j’ai fait adopter, il est spécifiquement prévu que les compagnies doivent employer en priorité des sociétés et des nationaux guinéens issus de la région où ces compagnies exercent, sauf si ni les uns ni les autres ne répondent aux critères de qualification exigés. C’est ce qu’on appelle le contenu local. Or ce contenu local n’est pas toujours respecté, et je le leur ai clairement signifié.

Enfin, il y a le problème de la pollution générée par les camions qui traversent la ville en attendant que soit achevée la route de contournement. Reste que ces revendications légitimes ne justifient pas les violences : des maisons ont été détruites, des rails démontés. Ce dernier point relève de la récupération et de la manipulation. Des gangs de voyous ont été envoyés depuis certains quartiers de Conakry pour semer des troubles. Des enquêtes sont en cours.

Huit ans après le massacre du 28 septembre 2009, le procès tarde à venir. Quand aura-t-il lieu ?

Le pôle judiciaire chargé de l’instruction avance, comme l’a souligné le procureur de la CPI, Fatou Bensouda. Je n’étais évidemment pas président quand ce massacre a eu lieu, mais j’en assume la responsabilité en tant que chef de l’État. Tout comme j’assume la responsabilité des massacres du camp Boiro en 1985, en 2007 et en 2009, dont mes militants ont été victimes et dont personne ne parle.

Ce qui préoccupe les Guinéens, ce n’est pas le 28 septembre, c’est l’eau, l’électricité, les transports…

Sur les quatorze personnes inculpées, trois sont encore en fonction à vos côtés. N’est-ce pas gênant ?

En quoi est-ce gênant ? Être inculpé ne veut pas dire être coupable. Certains d’entre eux n’étaient même pas à Conakry quand le massacre s’est produit ! Soyons clairs : il n’y aura pas d’impunité, mais je refuse qu’on instrumentalise ce drame à des fins politiques. Ce qui préoccupe les Guinéens qui m’ont élu, ce n’est pas le 28 septembre, c’est l’eau, l’électricité, les transports et le panier de la ménagère.

Vos relations avec le président français Emmanuel Macron sont-elles aussi fluides qu’avec votre camarade socialiste François Hollande ?

Mon amitié avec François Hollande était antérieure à son accession à l’Élysée. Ma relation avec lui n’est donc pas duplicable. Quant à mes rapports avec le président Macron, que j’ai rencontré lorsqu’il était ministre, puis candidat, et que j’ai revu depuis son élection lors de différents sommets, ils sont sereins. Nous communiquons régulièrement, de personne à personne et d’État à État.

Je tranche les problèmes, je me fiche parfois du protocole

Mais il ne vous a toujours pas reçu à l’Élysée…

Ne cherchez pas de problème là où il n’y en a pas. J’ai transité deux fois par Paris depuis mai 2017. La première fois, Emmanuel Macron était à Bruxelles, et la deuxième, à Saint-Martin, aux Antilles. Pour le reste, tout va bien, ne vous inquiétez pas.

Pourtant, vous ne paraissez pas être sur la même longueur d’onde en ce qui concerne la démographie africaine. Il a d’abord parlé de « défi civilisationnel », puis vous de « chance pour l’Afrique ». Divergence de fond ?

Votre chronologie est inexacte. J’ai parlé de « chance » à N’Djamena en juin et Emmanuel Macron de « défi » à Hambourg en juillet. Je ne lui ai donc pas répondu. C’est vrai que notre appréciation de tel ou tel sujet peut être différente. Cela n’a rien d’anormal et nous en discutons.

Sept ans après votre arrivée au pouvoir, en quoi avez-vous changé ?

Vous m’avez connu bien avant mon élection. À vous de me le dire.

Il y a deux mois, vous avez limogé cinq ministres en l’espace de vingt-quatre heures, et les intéressés ont appris leur infortune par la radio. Quand je vois cela, je me dis que l’Alpha Condé de 2017 est le même qu’en 2010 : président de tout et de partout.

Et alors ? Qu’aurais-je dû faire ? Les maintenir à leur poste alors que je juge en toute objectivité qu’ils ont failli ? C’est vrai que sur beaucoup d’aspects je n’ai pas changé : je tranche les problèmes, je me fiche parfois du protocole quitte à étonner certains de mes pairs, je reste fidèle à mes amis. Eh bien, je m’en félicite.

Pour le reste, rassurez-vous : au fur et à mesure que croît le nombre de cadres guinéens honnêtes, patriotes et compétents, je sais prendre de la distance, déléguer et faire confiance.

Vous avez 79 ans et une résistance physique étonnante, au point que l’on se demande si vous n’avez pas décidé d’arrêter de vieillir. Comment faites-vous ?

Posez la question au Bon Dieu.

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Pour Alpha Condé, l’invalidation de la présidentielle au Kenya « honore l’Afrique »

septembre 4, 2017

Alpha Condé, à Conakry lors d’un entretien à JA en octobre 2016. © Vincent Fournier/JA

Le président guinéen et président en exercice de l’Union africaine a salué la décision de la Cour suprême du Kenya d’invalider les élections présidentielles du 8 août dernier. Alpha Condé applaudit « un comportement qui honore l’Afrique et prouve que désormais la démocratie s’installe sur le continent ».

Quatre jours après la décision rendue par les sept juges de la Cour suprême du Kenya, le président en exercice de l’Union africaine a salué ce lundi une décision « qui honore l’Afrique ». Le président guinéen ajoute, au nom de l’Union africaine, qu’il « apprécie l’esprit de maturité et de responsabilité de tous les acteurs du processus qui ont préféré les voies légales à la violence ».

« L’Afrique sera ce que nous voudrions qu’elle soit et la preuve est aujourd’hui faite que les Africains peuvent se comprendre pour préserver l’essentiel : la paix et la quiétude des citoyens », ajoute Alpha Condé. Le chef de l’Union africaine dit également son « intérêt particulier pour le déroulement de la situation au Kenya » et « appelle à nouveau le peuple kényan et les acteurs politiques, à la retenue et au sens de la responsabilité » dans l’organisation du scrutin à venir.

Kenyatta « déclaré président de manière invalide »

Dans sa décision du 1er septembre – qui a surpris la majeure partie des observateurs -, la Cour suprême a invalidé la réélection de Uhuru Kenyatta face à Raila Odinga, à l’issue du scrutin du 8 août. Uhuru Kenyatta avait été déclaré vainqueur avec 54,27% des voix, selon un décompte que les partisans de Raila Odinga avaient dénoncé devant la Cour suprême.

Uhuru Kenyatta « n’a pas été élu et déclaré président de manière valide », a déclaré le juge président de la Cour suprême, David Maraga, réclamant de ce fait l’organisation de nouvelles élections dans un délai de 60 jours. Le jugement complet de la Cour doit être publié d’ici au 22 septembre.

Uhuru Kenyatta, s’il a affirmé se conformer à la décision de la plus haute instance judiciaire du pays, a vivement critiqué les sept juges de la Cour suprême. Raila Odinga a, de son côté, réclamé le départ des dirigeants de la Commission électorale indépendante (IEBC). « Ceux qui ont planifié le vol de notre victoire doivent s’en aller », a-t-il exigé.

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Guinée: Alpha Condé débarque cinq ministres en l’espace de vingt-quatre heures

août 24, 2017

Alpha Condé, président de la Guinée et de l’Union Africaine au G20 le 8 juillet 2017. © Michael Sohn/AP/SIPA

En l’espace de vingt-quatre heures, cinq ministres du gouvernement de Mamady Youla ont appris leur débarquement… par la télévision.

C’est un rituel en Guinée. Dès 20h30, tout le monde allume le poste pour regarder le journal télévisé. Pas tant pour prendre des nouvelles du pays et du reste du monde que pour entendre les décrets présidentiels qui font et défont les gouvernements, toujours annoncés avec une touche de suspense, et parfois sans la moindre élégance. Ces mardi et mercredi 22 et 23 août, cinq ministres en ont fait les frais.

Ce sont d’abord Makalé Camara, ministre des Affaires étrangères et des Guinéens de l’étranger, et André Loua, aux Pêches, à l’Aquaculture et à l’Économie maritime, qui ont respectivement été remplacés par Mamady Touré, ambassadeur de la Guinée auprès des Nations unies, et Frédéric Loua, directeur général de la Caisse nationale de prévoyance sociale.

Makalé Camara tombée de haut

D’après le journal en ligne Guinéematin.com, la désormais ex-chef de la diplomatie Makalé Camara a appris son éviction du gouvernement dans l’avion la convoyant à Maputo, au Mozambique, où elle devait assister à la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique.

Vingt-quatre heures plus tard, le même présentateur lit un nouveau décret du président Alpha Condé. Sont nommés Ibrahima Kourouma, proche du chef de l’État, Diaby Mariama Sylla, secrétaire générale du ministère de l’Action sociale, de la Promotion féminine et de l’Enfance, et Sanoussy Bantama Sow, conseiller du président et figure du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), le parti au pouvoir.

Les internautes disent au revoir à Siaka Barry

Ils remplacent, dans l’ordre, Louceny Camara, ministre de la Ville et de l’aménagement du territoire, Sanaba Kaba du ministère de l’Action sociale, et Siaka Barry, le très populaire ministre de la Culture, des Sports et du Patrimoine historique.

Ces deux derniers, là aussi, ont appris la nouvelle par les médias. Sur sa page Facebook, Siaka Barry précise qu’il apprend son limogeage alors qu’il passe ses congés hors du pays, rend hommage au président et félicite son successeur. Appartenant au club très restreint des membres du gouvernement apprécié des Guinéens, son message a été partagé 760 fois sur le réseau social, et « aimé » par 2 300 de ses supporters, qui n’ont pas hésité à laisser plus de 2 200 commentaires de remerciements à l’ex-ministre.

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L’Afrique, si proche et si loin des préoccupations du G7

mai 27, 2017

Donald Trump pose avec le président du Kenya Uhuru Kenyatta (g), le président guinéen Alpha Conde (2e g), le vice-président nigérian Yemi Osinbajo (2e d) et le Premier ministre Ethiopien Hailemariam Desalegn, le 27 mai 2017 à Taormina, en Sicile / © AFP / Tiziana FABI

Sept pays parmi les plus riches du monde réunis en Sicile, l’île où s’échouent quotidiennement des centaines de migrants: le symbole est criant. Mais l’Afrique restera reléguée à quelques paragraphes dans le communiqué final du G7.

Pendant que les grands de la planète discutent dans le cadre somptueux de Taormina, les migrants continuent à traverser la Méditerranée. Plus de 1.500 d’entre eux ont ainsi été secourus pour la seule journée de vendredi. Et, sommet du G7 oblige, les débarquements ont été interdits cette semaine en Sicile.

« Jamais un G7 ne s’est tenu aussi proche de l’Afrique, mais jamais l’Afrique n’a été aussi loin des préoccupations du G7 », se désole Friederike Röder, responsable de l’ONG One, qui suit les réunions des sept grands (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Italie, Allemagne, Japon et Canada) depuis des années.

Et pourtant, l’Italie, pays hôte du sommet, a fait de l’Afrique une de ses priorités et avait choisi à dessein la Sicile, « au coeur de la Méditerranée » et « pont entre l’Europe et l’Afrique », selon les mots du président du Conseil Paolo Gentiloni.

En première ligne face à la crise migratoire, l’Italie, qui a vu débarquer plus de 50.000 personnes sur ses côtes depuis le début de l’année, comptait faire adopter une déclaration ambitieuse par le G7 de Taormina, et poser les prémisses d’une vision à long terme des rapports avec l’Afrique.

Selon des sources diplomatiques italiennes, une déclaration séparée sur l’Afrique et la « mobilité humaine », une façon positive d’envisager les migrations, était en projet.

– Le niet des Américains –

« Les Américains ont tué le projet et ont fait savoir fin avril qu’ils refusaient toute déclaration séparée », selon Friederike Röder, déplorant que la vision sécuritaire constitue l’alpha et l’omega de la relation avec l’Afrique.

« Nous devons être durs et vigilants » sur l’immigration, a lancé cette semaine le président américain Donald Trump en tournée européenne, liant une nouvelle fois immigration et terrorisme: « des milliers et des milliers de personnes se répandent dans nos différents pays et se dispersent, et dans de nombreux cas, nous ne savons pas qui ils sont », a-t-il déclaré à Bruxelles.

« Le problème n’est pas tant Trump que les autres pays, qui n’ont rien fait pour sauver le projet italien et qui se laissent faire », déplore la responsable de One.

Résultat, la question des migrations et de l’Afrique en général devrait faire l’objet d’un ou deux paragraphes dans le communiqué final du G7, selon des sources italiennes.

Pourtant, cinq chefs d’Etat et de gouvernement africains étaient invités à Taormina. Le Niger, l’Ethiopie, le Kenya, la Tunisie et le Nigeria -d’où vient le plus gros contingent de migrants en Italie- ont participé samedi matin à une réunion avec les membres du G7.

L’occasion pour le président nigérien Mahamadou Issoufou de rappeler que les flux migratoires résultaient de « la combinaison du terrorisme, de la pauvreté, des effets du changement climatique, et de la pression démographique ».

Et d’appeler ses pairs occidentaux à envisager une approche globale mêlant « des mesures sécuritaires, et des mesures en matière de développement économique et social ».

« Le Niger est bien placé pour comprendre les enjeux liés au terrorisme et au réchauffement climatique. Ce sont des questions que nous vivons au quotidien », insiste une source de l’entourage du président Issoufou. « Nous attendons plus de solidarité sur les questions essentielles, il faut trouver une solution en Libye, il faut des engagements précis en matière alimentaire, et il faut que les Européens convainquent le président Trump de rester dans l’accord de Paris » sur le climat, selon cette source.

Rencontrant M. Issoufou en bilatérale vendredi, le chef d’Etat français Emmanuel Macron, qui a fait de la lutte contre le terrorisme une de ses priorités à l’international, a toutefois promis « une politique exigeante en matière d’aide publique au développement » afin « d’installer durablement la paix et la stabilité démocratique et économique » en Afrique.

Mais les engagements pris en 2015 lors d’un précédent G7 en Allemagne restent à tenir. Les pays riches avaient alors promis d’allouer 0,7% de la richesse nationale à l’aide publique au développement, et s’étaient engagés à oeuvrer pour sortir 500 millions de personnes de la faim et de la malnutrition d’ici à 2030.

Romandie.com avec(©AFP / 27 mai 2017 13h06)                

Guinée : Alpha Condé limoge trois ministres

février 28, 2017

Alpha Condé (Guinée), président de la République à Paris, le 30 juin 2012. © Vincent Fournier/Jeune Afrique

Le président guinéen Alpha Condé a limogé trois ministres dont celui de l’Enseignement pré-universitaire et de l’Alphabétisation, après de violentes manifestations d’élèves et plusieurs jours de grève d’enseignants.

Première victime donc : Ibrahima Kourouma, qui est remplacé par Ibrahima Konaté, enseignant et ancien syndicaliste, qui avant de devenir ministre était directeur de l’Éducation pour une commune de la banlieue de Conakry, poste qu’il occupait depuis l’arrivée au pouvoir d’Alpha Condé, fin 2010.

Le chef de l’État a aussi limogé le ministre de la Fonction publique, de la Réforme de l’État et de la Modernisation de l’Administration, Sékou Kourouma. Ce dernier cède son portefeuille à Billy Nankouma Doumbouya, qui était conseiller dans son ministère.

La ministre de l’Environnement, des Eaux et Forêts, Christine Sagno, a également été remerciée et remplacée par Aïssatou Baldé, une économiste qui était sa chef de cabinet.

Manifestations violentes

Les écoles ont rouvert partiellement en Guinée le 22 février, après trois semaines de fermetures due aux mouvements sociaux et aux violences. Des élèves avaient violemment manifesté pour soutenir des enseignants vacataires en grève pour obtenir leur intégration dans la fonction publique. Le mouvement était appuyé par les syndicats d’enseignants qui réclamaient aussi une hausse de salaires et de meilleures conditions de travail.

Le 20 février, un accord avait été signé entre l’intersyndicale et le gouvernement, signature suivie de l’annonce de la suspension du mot d’ordre de grève et de la décision de rouvrir les écoles.

En dépit de cet accord, de nouvelles manifestations violentes avaient eu lieu à Conakry les 20 et 21 février, faisant sept morts sur les deux jours, selon le gouvernement, et au moins une trentaine de blessés parmi les civils et les forces de l’ordre.

Jeuneafrique.com avec AFP

Éventualité d’un troisième mandat en Guinée: Alpha Condé franchira-t-il la ligne rouge ?

février 11, 2017

EVENTUALITE D’UN TROISIEME MANDAT EN GUINEE : Alpha Condé franchira-t-il la ligne rouge ?

En Guinée, il est de plus en plus question d’un troisième mandat pour le président Alpha Condé, et cela commence à faire des vagues.

En effet, l’opposition réunie autour de son chef de file, Cellou Dalein Diallo, a lancé cette semaine un front contre une telle éventualité que des proches plus ou moins haut placés du chef de l’Etat, ne se gênent plus d’évoquer publiquement. C’est le cas du directeur général de la police, Bangaly Kourouma, qui s’est prononcé en faveur d’une nouvelle candidature d’Alpha Condé, ou encore de Nantou Chérif Konaté, coordonnatrice nationale du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), le parti au pouvoir, qui a assuré que le peuple demanderait un troisième mandat à l’enfant de Kankan, en 2020. Il s’agit donc, pour l’opposition guinéenne, de demander au chef de l’Etat de clarifier sa position dans un premier temps et, le cas échéant, de s’organiser pour refuser tout tripatouillage de la Constitution actuelle qui limite à deux, le nombre de mandats présidentiels. Toute chose qui met de facto Alpha Condé hors course, à l’issue de son second mandat. Mais la question que l’on se pose est de savoir si le professeur franchira la ligne rouge. D’autant plus que sur le sujet, il continue d’entretenir le flou sur ses intentions. Comme quand il lance, au passage et presqu’à la cantonade, en réponse à la question, un inquiétant « ce sera aux Guinéens de décider », qui n’est pas sans rappeler la stratégie bien connue des satrapes du continent.

Selon cette stratégie maintenant bien connue, ces derniers commencent toujours par lancer des ballons de sonde et avancent cagoulés, pour ne tomber le masque qu’au dernier moment en comptant sur l’effet de surprise pour couper l’herbe sous les pieds de leurs contempteurs. Et tout porte à croire que le président guinéen est actuellement dans ce schéma, et que c’est ce que l’opposition guinéenne a compris en prenant les devants, pour ne pas se laisser surprendre.

Alpha Condé devrait éviter d’être le mouton noir de la démocratie en Afrique de l’Ouest

Cela dit, si les intentions du locataire du palais Sékoutouréya se précisaient dans ce sens, on pourrait dire que les chefs d’Etat africains ne tirent pas leçon des mésaventures de certains de leurs pairs.

Dans le cas d’Alpha Condé, la situation serait d’autant plus déplorable que non content d’être le président en exercice de l’Union africaine, titre au nom duquel il devrait donner l’exemple, il est aussi le médiateur de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) en Guinée-Bissau et sort fraichement d’une médiation en Gambie, qui s’est achevée dans les conditions que l’on sait. Tout cela devrait l’amener à ne pas succomber à la dangereuse tentation d’un troisième mandat et à clarifier au plus tôt sa position, pour ne pas en rajouter à la pesanteur de l’atmosphère sociopolitique dans son pays. Mais l’homme est ce qu’il est. Et l’éventualité qu’il marche sur les principes de la démocratie pour briguer un troisième mandat n’est pas à écarter. Et elle ne devrait pas étonner outre mesure, tant l’homme s’est quelquefois montré à cheval sur certaines questions de démocratie, et intraitable avec son opposition, là où on attendait de lui plutôt de la compréhension. C’est peut-être tout cela qui lui vaut aujourd’hui la brouille et les récriminations du Premier ministre bissau-guinéen qui le récuse en tant que médiateur dans son pays. Mais Alpha Condé aurait tort de croire qu’il peut tout se permettre en Guinée. Car, s’il venait à trop tirer sur la corde, elle pourrait se casser. Et il est bien placé pour savoir que lorsque l’équilibre de la stabilité nationale est en jeu et au bord de la rupture, la Grande muette n’est jamais vraiment loin et peut, à tout moment, s’inviter dans le débat en troisième larron.

En tout état de cause, au regard de l’avancée de la démocratie en Afrique de l’Ouest, Alpha Condé devrait éviter d’être le mouton noir qui viendrait la ramener en arrière, dans cette partie du continent qui a pratiquement réussi, à l’exception togolaise près, à se débarrasser d’une race de dictateurs accros du pouvoir, qui se croient indispensables au point de caresser des rêves de règne à vie.

Lepays.bf par Outélé KEITA

Union africaine : la bourde diplomatique de la vice-présidente de Gambie à l’encontre d’Alpha Condé

février 8, 2017

La vice-présidente de Gambie, Fatumata Jallow Tambajang, à la réunion de l’Union africaine, le 30 janvier 2017. © African Union Commission

Une petite phrase prononcée par la vice-présidente de Gambie lors d’une réunion à huis clos ne va pas faciliter ses relations avec le président guinéen Alpha Condé.

Incident lors du huis clos du 31 janvier, vers 11 h 30. Ignorant les règles de fonctionnement, Fatumata Jallow Tambajang veut intervenir sur un rapport adopté un peu plus tôt. Le nouveau président en exercice, Alpha Condé, lui refuse la parole, en lui rappelant qu’on ne peut débattre à nouveau d’un texte déjà approuvé.

Oubliant de fermer son micro, la vice-présidente gambienne lance alors un « He is crazy ! » que tous les chefs d’État ont entendu, y compris l’intéressé. Se rendant compte de sa gaffe, Mme Jallow Tambajang a d’abord tenté d´expliquer qu’elle avait voulu dire « it’s crazy », avant d’exprimer le souhait de rencontrer le président guinéen pour lui présenter ses excuses.

Alpha Condé a décliné l’offre : « Qu’elle ne s’avise surtout pas de venir me voir ! »

Jeuneafrique.com