Posts Tagged ‘Alpha Condé’

Union africaine : la bourde diplomatique de la vice-présidente de Gambie à l’encontre d’Alpha Condé

février 8, 2017

La vice-présidente de Gambie, Fatumata Jallow Tambajang, à la réunion de l’Union africaine, le 30 janvier 2017. © African Union Commission

Une petite phrase prononcée par la vice-présidente de Gambie lors d’une réunion à huis clos ne va pas faciliter ses relations avec le président guinéen Alpha Condé.

Incident lors du huis clos du 31 janvier, vers 11 h 30. Ignorant les règles de fonctionnement, Fatumata Jallow Tambajang veut intervenir sur un rapport adopté un peu plus tôt. Le nouveau président en exercice, Alpha Condé, lui refuse la parole, en lui rappelant qu’on ne peut débattre à nouveau d’un texte déjà approuvé.

Oubliant de fermer son micro, la vice-présidente gambienne lance alors un « He is crazy ! » que tous les chefs d’État ont entendu, y compris l’intéressé. Se rendant compte de sa gaffe, Mme Jallow Tambajang a d’abord tenté d´expliquer qu’elle avait voulu dire « it’s crazy », avant d’exprimer le souhait de rencontrer le président guinéen pour lui présenter ses excuses.

Alpha Condé a décliné l’offre : « Qu’elle ne s’avise surtout pas de venir me voir ! »

Jeuneafrique.com

Alpha Condé : « Avec le retour du Maroc, l’OUA se retrouve à nouveau »

janvier 31, 2017

Alpha Condé (Guinée), président de la République à Paris, le 30 juin 2012. © Vincent Fournier/Jeune Afrique

Panafricanisme, indépendance, Trump, Maroc… Le président guinéen a clôturé son premier sommet des chefs d’État de l’Union africaine en tant que président, prenant la suite du Tchadien Idriss Déby Itno.

Avant cela, Alpha Condé, élu lundi 30 janvier, s’est adressé à ses homologues, ou plutôt aux délégations puisque, à la suite du discours du Roi du Maroc, de nombreux chefs d’État ont quitté la salle. « Pourquoi lorsque nous assistons à des événements en Chine, ou au Japon, nous restons jusqu’au bout, et pas chez nous? » Et d’ajouter qu’ « ailleurs, nous sommes à l’heure, et pas lors de nos assemblées. Quand on dit qu’on commence à 10h, on commence à 10h ».

Dès ce premier sommet, le Guinéen a ainsi affirmé son style. Il a multiplié les références aux membres fondateurs de l’Organisation de l’Union africaine (OUA), notamment en saluant le retour du Maroc, grâce auquel « l’OUA se retrouve à nouveau ». Il a rappelé l’initiative de Mohammed V, en 1961, de réunir les grands leaders de l’époque (Haïlé Sélassié, Kwame Nkrumah, Sékou Touré, etc…) au sein de ce qui sera ensuite appelé le groupe de Casablanca, et qui donnera naissance, deux ans plus tard, avec le groupe de Monrovia, à l’OUA.

Alpha Condé a par ailleurs remercié le président zimbabwéen Robert Mugabe − « il est notre fierté et le symbole des luttes pour l’indépendance » − , et appelé ses pairs à s’unir pour ne parler que d’une seule voix. « C’est ainsi qu’on nous écoute, on l’a vu à la COP21 », a-t-il rappelé.

Hommage à Idriss Déby Itno

Ces remarques improvisées faites, il s’est attaqué à son discours officiel. « J’éprouve un sentiment de réconfort à la fin de cette 28e session, qui marque un important jalon pour faire de l’Union africaine un organe important. » Puis il s’est adressé à son prédécesseur, son homologue tchadien Idriss Déby Itno − absent de la salle −, dont il a apprécié « la manière africaine » de mener les débats durant cette dernière année.

Le roi du Maroc a parlé avec son cœur

Concernant le retour du Maroc, sa « compétence et son excellence » sont des « atouts pour l’Union africaine ». Pour Alpha Condé, « le roi a parlé avec son cœur. Il s’acquittera de sa part » pour renforcer l’indépendance du continent.

Il a demandé aussi aux membres d’être « solidaires » des pays touchés par les mesures de restriction des visas décidés par le président américain Donald Trump (Libye, Soudan du Sud, et Somalie) car, a-t-il dit, « quand la case de ton voisin brûle, ta case brûle aussi ».

« C’est le prix de l’indépendance africaine tant vantée par notre frère Thabo Mbeki [présent dans la salle] » a-t-il insisté pour saluer la décision prise sur le mode de financement de l’organisation (une taxe de 0,2% sur les importations). Il a par ailleurs appeler à faire « sauter les barrières qui entravent nos échanges ».

« L’Afrique doit prendre son destin en main », il faut d’abord « compter sur nos propres ressources », et que « l’Afrique se fraye un chemin dans la mondialisation », a-t-il conclu sous les applaudissement de l’assemblée.

Jeuneafrique.com par Michael Pauron et Vincent Duhem

Gambie : Yahya Jammeh cède le pouvoir et s’envole pour la Guinée

janvier 22, 2017

À Banjul, un panneau à la gloire du président Yahya Jammeh, qui était au pouvoir depuis 1994. © AP Photo/AP/SIPA

Après la dernière tentative de médiation des présidents mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz et guinéen Alpha Condé, Yahya Jammeh a finalement accepté de céder le pouvoir au président élu Adama Barrow. Il a quitté samedi soir la Gambie pour la Guinée dans le jet d’Alpha Condé.

Il est 21h19, ce samedi 21 janvier, lorsque Yahya Jammeh s’envole dans la nuit de Banjul. Embarqué à bord du jet du président guinéen Alpha Condé, l’ex-autocrate gambien a mis le cap sur Conakry, laissant derrière lui un pays qu’il a dirigé d’une main de fer pendant plus de vingt-deux ans.

Une demi-heure plus tôt, il était arrivé sur le tarmac de l’aéroport avec Alpha Condé à bord d’un imposant convoi. Après avoir écouté les hymnes de leurs deux pays joués par une fanfare, les deux hommes ont remonté le tapis rouge jusqu’à leur avion. Autour d’eux, le dispositif de sécurité était rapidement débordé, alors que les dizaines de journalistes locaux et internationaux, mais aussi certains partisans de Jammeh, tentaient de s’approcher de la passerelle.

Son coran dans la main

Avant de s’engouffrer dans l’appareil, l’ancien homme fort de Banjul se retourne et adresse un dernier au revoir, son inséparable coran dans la main. Sur le tarmac, certains militaires sont en larmes.

Pour eux comme pour des milliers de leurs compatriotes, le doute n’est plus permis : Yahya Jammeh quitte le pouvoir. Il aura fallu pour cela 48h d’une ultime médiation incertaine, tendue, menée à Banjul par Alpha Condé et le président mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz, durant laquelle la Gambie a évité de justesse une intervention militaire de la coalition de la Cedeao.

Jeuneafrique.com par Benjamin Roger

Côte d’Ivoire : un civil tué par des militaires guinéens à Kpéaba dans l’ouest du pays

décembre 23, 2016

Des officiers Guinées en 2011. © Youssouf Bah/AP/SIPA

Dans la nuit de mercredi à jeudi, un civil a été tué et plusieurs autres blessés dans le village de Kpéaba. L’attaque a été menée par des militaires guinéens.

Côte d'Ivoire - Guinée : un arbre à palabres pour KpéabaAlassane et Alpha Condé, face to face?

Le village de Kpéaba, proche de Sipilou à l’ouest du pays, à une quinzaine de kilomètres de la Guinée, a été « attaqué par des militaires accompagnés de civils », a affirmé une source sécuritaire à l’AFP.

« Les assaillants ont incendié des maisons, avant de se retirer en territoire guinéen, laissant sur place des douilles de kalachnikovs », a précisé une autre source sécuritaire. « Le bilan est d’un civil tué et de plusieurs blessés par balles. »

« Conflit frontalier »

En janvier 2013, des militaires guinéens avaient occupé ce village de Kpéaba, où ils avaient retiré le drapeau ivoirien pour hisser celui de la Guinée, provoquant des incidents avec les habitants, qui n’avaient cependant pas fait de victimes.

Fin février 2013, ces soldats s’étaient finalement retirés de ce village de l’ouest ivoirien, à l’issue de discussions de « haut niveau » entre les deux gouvernements qui avaient récusé « tout conflit frontalier » ou « différend territorial » entre la Guinée et la Côte d’Ivoire, bien que le litige remonte à l’époque de l’accession à l’indépendance des deux pays.

Jeuneafrique.com avec AFP

Guinée: Majorité absolue pour Alpha Condé au 1er tour

octobre 17, 2015

Le président guinéen Alpha Condé a été réélu pour un 2e mandat avec un total de 58% des suffrages dès le premier tour de l’élection présidentielle, a annoncé samedi la commission électorale. Selon les résultats définitifs, son principal rival a obtenu 31% des voix.

Selon la somme des résultats bruts annoncés depuis mercredi par la Commission électorale nationale indépendante (Céni), Alpha Condé l’emportait avec près de 2,3 millions de voix, soit environ 57,8 % des suffrages exprimés. Il devance le chef de l’opposition Cellou Dalein Diallo, en tête à Ratoma et New York, crédité de quelque 1,24 million de voix, soit 31,5 % des suffrages. Les six autres candidats, dont une femme, étaient très nettement distancés.

La participation s’établissait à environ 68 % des quelque six millions d’électeurs inscrits, sensiblement moins que l’estimation de 75 % initialement donnée par la Céni.

Fraudes dénoncées
M. Diallo a annoncé qu’il ne reconnaîtrait pas les résultats et a appelé ses partisans à dénoncer des fraudes lors du scrutin de dimanche dernier. Les observateurs électoraux ont estimé que le scrutin était valable malgré quelques problèmes logistiques.

M. Diallo a accusé la commission et le gouvernement de s’être livrés à des abus dont des bourrages d’urnes, des votes de mineurs, un changement de la carte électorale et des intimidations.

« J’invite les autres candidats et les citoyens, qui sont les véritables victimes de ce hold-up électoral, à organiser des manifestations pacifiques dans le respect du droit pour exprimer leur colère », a déclaré Diallo dans un communiqué.

Calme relatif
La commission électorale a diffusé au cours de la semaine des résultats partiels montrant une tendance en faveur du président sortant. Les candidats disposent de huit jours pour contester les résultats avant que ceux-ci soient validés par la Cour constitutionnelle. Alpha Condé est arrivé au pouvoir en 2010, mettant fin à deux années de régime militaire.

Les Guinéens avaient voté dans le calme le 11 octobre, mais sous tension, la campagne de M. Condé visant une réélection au premier tour. Un objectif jugé par ses adversaires irréalisable sans fraude caractérisée, cinq ans après sa victoire sur le fil au second tour sur le chef de l’opposition.

Romandie.com

Guinée : Alpha Condé inaugure le barrage hydroélectrique de Kaléta

septembre 29, 2015

Le barrage de Kaléta a été inauguré lundi par le président Alpha Condé en présence des chefs d’État nigérien et congolais. La Guinée attend beaucoup de cette centrale, qui devrait permettre de combler une partie du déficit électrique du pays.

Le président guinéen, en compagnie de ses homologues nigérien, Mahamadou Issoufou, et congolais, Denis Sassou Nguesso, a inauguré, lundi 28 septembre 2015, le barrage hydroélectrique de Kaléta, sur le fleuve Konkouré, à 150 km au nord-est de Conakry, dans la préfecture de Dubréka.

L’ouvrage d’une capacité de 240 mégawatts (MW) a coûté 446 millions de dollars conjointement financés par l’État guinéen à 25 % et China Exim Bank à 75 %. Cette centrale devrait permettre de résorber une bonne partie du déficit énergétique du pays, estimé à 400 MW.

L’entreprise China International Water and Electric a dû ramener le délai d’exécution des travaux lancés en avril 2012 de quatre à trois ans, à la demande d’Alpha Condé, expliquent les autorités guinéennes. « Jamais un barrage d’une telle capacité n’a été réalisé en un temps pareil », a affirmé le ministre de l’Énergie et de l’hydraulique, Cheick Taliby Sylla, qui précise que « 2 500 jeunes Guinéens et 850 Chinois ont travaillé sur ce chantier ».

Paradoxe guinéen

« On dit que la Guinée est un scandale géologique, agricole, le château d’eau de l’Afrique de l’Ouest. Mais paradoxalement, nous n’avons ni eau ni électricité. Ce paradoxe ne pouvait pas continuer », a constaté le président Condé dans une brève allocution interrompue par une averse.

« L’électricité est très importante pour l’Afrique, a-t-il ajouté. C’est pourquoi nous sommes très heureux du projet de notre ami et frère, Jean-Louis Borloo. […] Je suis certain que tous les chefs d’État ou leurs représentants présents, mon cher Jean-Louis Borloo, vont vous accompagner pour faire de votre projet une réalité », a-t-il déclaré à l’adresse de l’ancien ministre de l’Écologie de Nicolas Sarkozy, porteur de l’initiative « Énergies pour l’Afrique ».

En réponse, le dirigeant français s’est réjoui que la Guinée ait décidé « de doubler l’accès à l’énergie. C’est un événement mondial. Je félicite mon frère et ami, le président Alpha Condé, et lui dis que c’est le projet de la parole tenue, qui change la vie de quatre millions de Guinéens…».

Des localités désenclavées

Au-delà de Conakry et de huit autres préfectures de la basse et moyenne Guinée qui devraient bénéficier du projet, la réalisation du barrage de Kaléta a permis de désenclaver les sous-préfectures riveraines de Badi et de Tondon.

Une route de 72 km qui mène au site a été aménagée et sera bitumée dès octobre, après la période des grandes pluies, a assuré Cheick Taliby Sylla. Un pont d’une centaine de mètres construit sur le fleuve Badi facilite désormais la traversée qui se faisait par pirogue avec des risques de naufrage, s’est réjoui Aboubacar Bamba, maire de la commune rurale de Tondon.

Une odeur de campagne électorale

Le choix de la période (à moins de deux semaines du scrutin présidentiel du 11 octobre) et de la date de l’inauguration de ce projet phare du quinquennat d’Alpha Condé (le 28 septembre marque l’anniversaire du « non » de Sekou Touré au Général de Gaulle, en 1958) ne semblent évidemment pas fortuits. Tôt le matin, les militants du RPG Arc-en-ciel ont pris d’assaut le site, vêtus aux couleurs de leur parti et entonnant des slogans favorables au président sortant.

Le défi pour le candidat du RPG Arc-en-ciel est de convaincre les électeurs réticents que le courant de Kaléta ne désertera pas les foyers pendant la saison sèche.

En 2010, Alpha Condé, alors candidat, avait promis du courant aux Guinéens en trois mois. Dès son investiture, il s’y est attelé sans grand résultat. « Nous avons fait une erreur grave, en achetant les centrales thermiques, avait-il admis devant la presse, le 27 août 2015 au palais présidentiel Sékhoutouréya. Les 120 millions de dollars qui ont été consacrés à l’achat de nouvelles centrales thermiques auraient pu être utilisés par l’État pour améliorer le réseau de transport et de distribution du courant. J’aurais dû laisser les [opérateurs] privés acheter les centrales, pour qu’ils vendent ensuite leurs productions à l’EDG [Électricité de Guinée, NDLR] ».

Défis

Le défi pour le candidat du RPG Arc-en-ciel est de convaincre les électeurs réticents que le courant de Kaléta ne désertera pas les foyers pendant la saison sèche, comme le soutiennent ses opposants qui pointent du doigt Garafiri. L’autre barrage hydroélectrique sur le même fleuve Konkouré, inauguré en grande pompe en 1999 par le défunt président Lansana Conté, en présence de l’ex-président français, Jacques Chirac, n’avait pas tenu toutes ses promesses.

Jeuneafrique.com par Diawo Barry – envoyé spécial à Kaléta

Pour Alpha Condé, Moussa Dadis Camara est « libre de porter plainte » contre la Guinée

août 27, 2015
Le président guinéen, Alpha Condé. © Miguel Medina/AFP

Le président guinéen, Alpha Condé. © Miguel Medina/AFP

Lors d’une conférence de presse au Palais Sékhoutouréya ce jeudi, le président guinéen a estimé que Dadis était libre de porter plainte contre l’État mais a préféré ne pas s’étendre sur la question pour commenter l’accord pour la présidentielle et l’éventuelle homologation du vaccin contre Ebola.

  • Sur Moussa Dadis Camara

Interrogé sur le retour manqué de l’ex-chef de la junte guinéenne, Moussa Dadis Camara, exilé au Burkina Faso depuis décembre 2009, Alpha Condé ne s’est pas étendu. « Je ne suis pas le président de la Côte d’Ivoire qui est un État souverain », a estimé Alpha Condé à propos du refus d’atterrir à Abidjan opposé à l’avion à bord duquel se trouvait Dadis.

L’avocat de Moussa Dadis Camara a annoncé vouloir porter plainte contre les États guinéen et ivoirien. Il accuse ces derniers d’avoir empêché son client de rentrer au bercail et ainsi mis en danger la vie des passagers d’Air Burkina contraint d’atterrir à Accra. « L’avocat est libre de porter plainte », a balayé Alpha condé.

  • Sur l’accord pour la présidentielle

La mouvance présidentielle et le parti au pouvoir sont mécontents de l’accord politique du 20 août 2015 pour l’organisation apaisée de la présidentielle du 11 octobre. Selon Alpha Condé, il y a eu beaucoup de concessions en faveur de l’opposition qui n’a accepté de céder sur rien. « L’opposition demande une chose aujourd’hui, dès que c’est accepté, elle demande une autre le lendemain », accuse-t-il.

Et de justifier que l’opposition a réclamé et obtenu, entre autres, la gestion partagée de 128 communes rurales et urbaines au lieu des 28 délégations spéciales initialement convenues. « Je me suis battu pendant 50 ans pour la démocratie, je veux que les élections en Guinée soient un modèle. J’ai accepté sans consulter la mouvance, parce que c’est moins important d’avoir des maires qu’une élection présidentielle inclusive. »

  • Sur le vaccin contre Ebola

Le vaccin VSV-ZEBOV expérimenté le 31 juillet en Guinée sur un échantillon de 4000 personnes s’est révélé efficace à 100 %. Alpha Condé souhaite son homologation à l’occasion d’un sommet prévu en septembre prochain, pour que le vaccin soit fabriqué en Guinée et accessible au plus grand nombre. Plaidoirie que le président guinéen entend mener auprès de son homologue François Hollande et de l’OMS. La fondation Bill Gates serait prête à financer le projet.

DJeuneafrique.om par iawo Barry

Guinée: le chef de l’opposition « déçu » après sa rencontre avec le président Condé

mai 20, 2015

Guinée: le chef de l'opposition 'déçu' après sa rencontre avec le président Condé
Guinée: le chef de l’opposition « déçu » après sa rencontre avec le président Condé © AFP

Le chef de l’opposition guinéenne Cellou Dalein Diallo s’est dit « déçu » mercredi, à l’issue de sa rencontre avec le président Alpha Condé sur la situation politique du pays, qui a enregistré depuis avril plusieurs morts lors de manifestations contre le calendrier électoral.

La présidence, de son côté, a indiqué dans un communiqué que cette audience au Palais présidentiel de Conakry, qui a duré « presque une heure », s’est déroulée à huis clos, « dans un cadre apaisé ».

C’était le premier tête-à-tête depuis trois ans entre les deux hommes, rivaux du second tour de l’élection présidentielle de 2010, visant à renouer le dialogue après un mois et demi de bras de fer autour du calendrier électoral.

Ce calendrier prévoit un scrutin présidentiel en octobre – avec une premier tour fixé au 11 octobre – et des élections locales en mars 2016, alors que l’opposition réclame la tenue des locales avant la présidentielle.

Depuis début avril, l’opposition a organisé des manifestations contre ce calendrier. Des heurts entre ses partisans et les forces de l’ordre ont fait plusieurs morts et des dizaines de blessés.

La rencontre de mercredi, « basée sur la relance du dialogue politique après les manifestations de ces dernières semaines, a porté sur trois sujets: les échéances électorales, la lutte contre le développement du fondamentalisme religieux en Guinée et la recherche de solutions de paix au Mali » voisin, a expliqué la présidence.

Selon elle, M. Diallo a notamment donné « sa lecture du calendrier électoral » arrêté par la Commission électorale nationale indépendante (Céni), et « à ce titre, il a rappelé les revendications de l’opposition, à savoir l’organisation préalable des élections locales avant la présidentielle ».

Lors de l’audience, « c’est moi seul qui ai parlé. J’ai été déçu qu’on n’ait pas échangé. Je m’attendais à mieux que ça », a affirmé à l’AFP Cellou Dalein Diallo.

« Le président Condé m’a dit: +Je suis là pour t’écouter. Je vais confronter tes propositions et observations à celles de la mouvance (présidentielle) et moi, en tant que président de la République, au-dessus de la mêlée, je prendrai une décision+ », a-t-il ajouté.

– « Trouver un consensus » –

Lors d’un point de presse à son domicile, le chef de l’opposition a indiqué avoir fait remarquer au président Condé que la Céni devait respecter « les accords politiques », faisant référence à un accord de 2013 – non reconnu par Alpha Condé – prévoyant la tenue des élections locales avant la présidentielle.

« Je lui ai dit aussi que la Céni ne peut pas invoquer son indépendance pour violer les accords politiques, (. . . ) et que pour corriger tout cela, il est important que la Céni annule dès maintenant le calendrier électoral, notamment la partie qui reporte les élections communales après la présidentielle », a ajouté M. Diallo.

Cellou Dalein Diallo devait rencontrer avant la fin de la journée les autres responsables de l’opposition pour « ensemble », « prendre une décision ».

« Le président est dans son rôle d’écouter chacune des parties, afin de trouver un consensus », affirme dans le communiqué le porte-parole de la présidence, Naby Youssouf Kiridi Bangoura.

Le texte fait par ailleurs état de « la ferme volonté du chef de l?État guinéen de garantir à ses compatriotes l’organisation d’un scrutin, libre, transparent et apaisé ».

La rencontre entre Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo, à l’initiative du président, était initialement prévue le 8 mai mais avait été reportée à la demande du chef de l’opposition, arguant de la répression de rassemblements de ses partisans.

Les opposants soupçonnent le pouvoir de vouloir utiliser les exécutifs communaux désignés par lui, faute de scrutin à cet échelon depuis 2005, pour orchestrer des fraudes, ce que dément catégoriquement Alpha Condé.

Jeuneafrique.com

Guinée/Alpha Condé : « Ceux qui m’empêcheront de réussir ne sont pas encore nés »

mai 19, 2015

Au palais de Sékhoutoureya, le 2 mai.
Au palais de Sékhoutoureya, le 2 mai. © Vincent Fournier/J.A.

À cinq mois de la fin de son premier mandat, le chef de l’État a deux priorités : en finir avec l’épidémie d’Ebola et contenir une opposition acharnée à contester sa légitimité. Entretien exclusif avec un président militant bien décidé à remporter toutes les batailles.

Au Sékhoutoureya d’Alpha Condé, tout au bout de la presqu’île de Kaloum, on est longtemps entré (presque) comme dans un moulin.Il a fallu une attaque contre sa résidence et les conseils pressants de ses proches pour que le président guinéen consente enfin à ce que son palais républicain se mette aux normes sécuritaires.

Aujourd’hui, on y montre patte blanche et obligatoirement désinfectée : fouilles et savon bactéricide de rigueur. L’épidémie d’Ebola, tueuse d’hommes et d’espérances dans un pays qui commençait à peine à sortir du marasme grâce à la stabilisation de son cadre macroéconomique et au retour des investisseurs, est venue anéantir les rêves de décollage à l’asiatique que nourrissait ce chef d’État de 77 ans, candidat pour un second mandat en octobre prochain.

Certes, il en faut plus, beaucoup plus pour faucher l’énergie du camarade Alpha, aussi acharné à micromanager les 11 millions de Guinéens qu’à entretenir, avec l’aide d’un coach, son corps d’ascète.

Mais quand on s’aperçoit qu’aux coups de boutoir d’un virus d’autant plus dangereux qu’il est en phase d’extinction s’ajoutent ceux d’une opposition politique déterminée à en découdre dans les rues d’une capitale au bord de l’infarctus, on se demande si Dieu ne prend pas un malin plaisir à maintenir les Guinéens dans son éternel purgatoire.

On le pense, et voici que surgit d’une porte dérobée notre président aux allures d’Obi-Wan Kenobi blanchi sous le harnais des sept épisodes de Star Wars. Sous le bras, une pile de dossiers. Dans la main, un petit sac contenant cinq téléphones portables : un pour la hotline Ebola, un avec les numéros des chefs d’État, un pour les ministres, un pour la sécurité, un pour la famille et les amis.

Dans sa poche, une missive. Parce que, en Guinée, c’est quand toutes les portes du dialogue semblent closes que s’ouvre enfin l’issue de secours, le président vient d’adresser au leader de l’opposition Cellou Dalein Diallo une invitation à se rendre au palais pour déminer ensemble le chemin qui mène à l’élection présidentielle.

Las : après avoir tergiversé, ce dernier, manifestement sous pression de sa base et de ses partenaires, finira par décliner la proposition. Atypique, disponible, torrentiel, attentif au moindre détail, aussi hâtif que réfléchi, aussi méthodique qu’impatient, Alpha Condé reste le président à part d’un pays à part.

D’une fidélité absolue en amitié, impitoyable envers ceux qui le trahissent, injuste parfois envers des proches tellement proches qu’il ne paraît plus les voir, cet homme capable d’improvisations étonnantes et dont les excès ne sont qu’apparents a une qualité que personne, partisans comme adversaires, ne peut lui dénier. Sa passion jalouse, minante et dévorante pour l’une des plus belles femmes d’Afrique : la Guinée.

Jeune Afrique : Les périodes électorales se suivent et se ressemblent en Guinée et celle-ci ne déroge pas à la règle. Contestations, tensions, violences, intervention de la communauté internationale : d’où vient cette désespérante répétitivité ?

Alpha Condé : Dans une large mesure, la Guinée continue d’être victime de son passé. Pendant quarante ans, hormis la courte période d’euphorie qui a suivi l’indépendance, ce pays n’a connu que la dictature et la non-gouvernance.

D’un pouvoir extrêmement autoritaire sous Sékou Touré, on est passé sous Lansana Conté et les militaires qui lui ont succédé à une démission totale de l’État et à un effondrement de l’esprit civique, sur fond de repli ethnique.

Le paradoxe guinéen veut que ceux-là qui ont à l’époque dirigé les gouvernements responsables de cette faillite soient les mêmes qui, aujourd’hui, font tout pour empêcher la Guinée d’avancer. Ajoutez à cela l’habitude qu’a prise la communauté internationale d’intervenir ici à la manière des proconsuls romains, encourageant de facto les chefs de l’opposition dans leur surenchère agressive et vous avez les ingrédients du mal que chacun constate.

L’opposition exige l’inversion du calendrier électoral : les locales avant la présidentielle d’octobre. Pourquoi refusez-vous ?

Gouvernement et opposition ont signé en juillet 2013 un accord concernant les élections législatives et présidentielle. Nulle part il n’y est question des communales. En outre, la Commission électorale nationale indépendante [Ceni], à laquelle il revient d’établir le chronogramme, a jugé et démontré qu’il était impossible de tenir ces consultations communales avant mars 2016.Ma position est donc conforme à celle de la Ceni.

Le problème est que, le mandat des maires élus étant depuis longtemps expiré, ces derniers ont été remplacés par des délégations spéciales nommées par le pouvoir. Or ce sont elles qui distribuent les cartes d’électeur et le matériel électoral pour la présidentielle. D’où la défiance de l’opposition.

Vous faites erreur. Le nouveau code électoral a exclu toute participation des maires ou délégations au processus électoral, et une partie de ces dernières a été nommée avant mon accession au pouvoir.

Cela dit, je ne suis pas hostile à une discussion complémentaire sur ce point entre mon gouvernement, la mouvance présidentielle et les chefs de l’opposition. Tout ce qui doit être clarifié et amélioré le sera. Mais on ne reviendra pas sur le chronogramme.

L’opposition se base sur une annexe de l’accord du 3 juillet 2013, laquelle recommande une inversion du calendrier électoral. Est-ce exact ?

Non. L’annexe à laquelle vous faites allusion n’a été rédigée et signée que par les deux facilitateurs nationaux de l’accord. Ni la mouvance ni l’opposition ne l’ont paraphée. Elle n’engage qu’eux.

Si l’opposition consent à un report de l’élection présidentielle au-delà du 11 octobre, afin que les communales puissent être organisées auparavant, changerez-vous de position ?

Jamais. Vous me voyez accepter de devenir un chef d’État hors délais constitutionnels ? Le piège est un peu grossier et je ne suis pas né d’hier.

Autre problème : la Ceni. Vos opposants estiment qu’elle n’est plus paritaire et exigent sa recomposition. Qu’en dites-vous ?

J’ai toujours été favorable à une Ceni technique, et ce sont eux qui ont imposé une Ceni politique. À eux d’assumer les conséquences de leur choix. La transhumance politique fait partie des risques. On ne change pas de Ceni en fonction de ses intérêts. C’est un faux débat.

Le recensement de 2014 pose problème. L’opposition estime que les statistiques ont été gonflées dans vos fiefs électoraux au détriment des siens. Que répondez-vous ?

Ce recensement a été effectué avec l’expertise et l’accompagnement des Nations unies. Et tout le monde sait que la démographie est évolutive, en Guinée comme ailleurs. Là encore, c’est un faux procès.

Le dialogue est-il toujours possible entre vous et les leaders de l’opposition ?

Dès mon élection en 2010, j’ai souhaité mettre en place un gouvernement d’union nationale pour redresser la Guinée. Depuis Dakar, Cellou Dalein Diallo a aussitôt répondu qu’il n’en voyait pas l’intérêt et qu’il ne voulait pas travailler avec moi.

Le dialogue, oui, mais il faut être deux pour cela. J’ai donné mandat à mon ministre de la Justice pour discuter avec l’opposition des concessions réciproques que nous devons faire pour décrisper la situation. J’attends les propositions.

Compliqué tout de même : si l’on en croit Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré et Lansana Kouyaté, vous êtes illégitime, et, au cas où vous ne céderiez pas sur la question du calendrier électoral, il conviendra de vous « dégager » avant octobre !

Oui. Et ils ont déclaré cela depuis Paris. Est-ce intelligent ? Est-ce responsable de jeter des jeunes gens dans la rue en espérant qu’il y ait des morts, afin de déclencher un coup d’État militaire ?

Mon problème en ce moment est de tout faire pour que les forces de l’ordre, auxquelles j’ai interdit l’utilisation d’armes létales, parviennent à gérer les provocations de façon civilisée. Malgré cela, ma porte reste ouverte.

Cellou Dalein Diallo est statutairement le chef de cette opposition et je n’ai aucun problème à discuter avec lui. La fois dernière, c’est même moi qui lui ai téléphoné pour le rencontrer !

Eux me considèrent comme leur ennemi, et certains ne cachent pas leur haine à mon égard. Pour moi, ce sont des citoyens guinéens comme les autres, à cette différence près que je les rends responsables de l’état de désastre économique et social dans lequel j’ai trouvé ce pays en 2010.

En quinze ans de gestion, aucun d’entre eux n’est parvenu à conclure un accord avec le FMI. Moi, je l’ai fait en 2012, avec le point d’achèvement de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés [PPTE].

Apparemment, ils ont juré de m’empêcher de réussir là où ils ont échoué, quitte à ramener les Guinéens à l’âge de pierre. Je ne les laisserai pas faire. Ceux qui y parviendront ne sont pas encore nés.

Pourquoi le débat national est-il toujours aussi communautarisé en Guinée ?

C’est un substitut à l’absence de vision politique et économique. La manipulation de l’irrationnel tient lieu de programme. Quand on n’a rien à proposer, on a recours à la religion ou à l’ethnie, parfois aux deux à la fois.

Ce sont des entrepreneurs politiques malhonnêtes qui manipulent le communautarisme, ce n’est pas le peuple. En 1958, la Guinée a voté comme un seul homme en faveur de l’indépendance. C’est cette unicité que nous devons retrouver.

Pourtant, vos opposants ne cessent de répéter que vous avez un problème avec les Peuls…

Faux, évidemment. Mon ex-épouse est peule, originaire de Kankalabé, dans le Fouta-Djalon. Beaucoup de mes amis camerounais, sénégalais, mauritaniens sont peuls. Lorsque je combattais Sékou Touré, la plupart de mes proches alliés étaient peuls.

Aujourd’hui, beaucoup de personnalités peules me soutiennent, mais elles n’osent pas le dire de peur de subir les représailles de la part du parti de Cellou Dalein. On casse leurs maisons, on brûle leurs voitures, on impose l’ethnocentrisme.

Prenez le cas de Boubacar Barry, qui, à la veille du second tour de la présidentielle de 2010, vient me voir et me dit : « Je te soutiens, mais comme je dois protéger ma famille, je vais plutôt prôner l’abstention. »

Ou ce membre actuel de la Ceni, peul, qui a dû renoncer à être le représentant de Lansana Kouyaté au sein de cette instance de peur qu’on lui détruise son domicile de Labé.

Est-il facile pour un Malinké de se revendiquer de l’opposition ?

Kouyaté est malinké et opposant. A-t-il été menacé ? S’en est-on pris à sa famille ? à sa maison ? J’ai été opposant, je n’ai jamais eu recours à la violence, je n’ai jamais armé la jeunesse. Je n’ai pas changé. Le panafricain que je suis n’a que mépris pour l’ethnicisme.

Cité Diamond Plaza, à Kipé. « J’ai fait plus en quatre ans que mes adversaires en quarante ans. »

Oui, mais les réalités vous rattrapent. Votre parti, le RPG, est majoritairement malinké et son fief est en Haute-Guinée…

Non. Je suis malinké, c’est vrai, mais né en pays soussou et arrivé en France à l’âge de 15 ans. J’ai combattu le régime de Sékou Touré, qui était malinké, dès 1961. Certes, les Malinkés, qui ont vécu de fortes périodes de discrimination dans les années 1980, se sont reconnus en moi à l’époque, et leur attachement m’honore.

Mais je vous signale que le numéro deux du RPG est une femme soussoue. Encore une fois, le tribalisme ne fait pas partie de mon itinéraire. Contrairement à certains cadres de l’opposition, qui pensent que seuls les Peuls sont capables de diriger la Guinée, je ne me nourris pas de ce pain-là.

Tout de même. Vous ne vous privez pas de jouer sur les clivages internes à la communauté peule, en soutenant les revendications des Rundes, qui sont aux Peuls ce que les Haratins sont aux Maures. C’est de bonne guerre ?

Ne mettez pas sur mon dos ce qui relève des réalités sociologiques guinéennes ! Hormis chez les Soussous, les castes font partie des pesanteurs culturelles de ce pays. Elles existent chez les Peuls tout comme chez les Malinkés, et je les dénonce dans un cas comme dans l’autre avec la même énergie.

Qu’ils soient descendants d’esclaves à qui l’on interdit d’égorger un mouton ou de diriger la prière dans les mosquées du Fouta, qu’ils soient forgerons ou griots discriminés de par leur ascendance en Haute-Guinée, tous sont des Guinéens avec les mêmes droits au respect et à la considération. Ce combat-là n’a rien de politicien.

Les manifestations contre vous font des blessés et parfois des morts. Vous en rejetez la responsabilité sur l’opposition. N’est-ce pas un peu facile d’exonérer ainsi les forces de l’ordre ?

Je n’exonère personne. Cette police et cette gendarmerie, je ne les ai pas créées, j’en ai hérité et je suis en train de les réformer, tout comme j’ai réformé l’armée. Pour que ces fonctionnaires habitués à la répression acquièrent des réflexes démocratiques, cela prend du temps et je ne nie pas que des bavures surviennent, mais j’insiste sur un point : les forces de l’ordre ne tirent pas à balles réelles. Les fusils de chasse et les frondes, c’est l’opposition qui en fait usage.

Contrairement à la situation qui prévalait jusqu’en 2010, l’armée est invisible dans les rues de Conakry. Ce qui n’empêche pas l’opposition de vous reprocher de procéder à des nominations selon des critères ethniques. Que répondez-vous ?

La réalité est exactement inverse. C’est justement pour éviter le favoritisme que je fais procéder à des enquêtes chaque fois qu’un avancement significatif m’est soumis par les chefs de l’armée.

Autrefois, on pouvait passer du grade de sous-lieutenant à celui de colonel en dix mois, alors que d’autres végétaient pendant dix ans au même niveau parce qu’ils n’étaient pas de la bonne ethnie. J’ai mis fin à ces tares.

Le chef de ma propre garde présidentielle n’est pas malinké, il est soussou, et l’un de ses parents a même été impliqué dans l’attaque contre ma résidence en juillet 2011. Et pourtant, il a toute ma confiance.

Vous semblez ménager l’ex-chef de la junte Dadis Camara, qui vit à Ouagadougou, en dépit de son implication dans le massacre du 28 septembre 2009 au stade de Conakry. Le vote de la Guinée forestière est-il à ce prix ?

Le drame du 28 septembre relève de la justice, et elle est indépendante. J’ai donné tous les moyens au collectif des juges d’exercer leur mission. C’est ma garde qui assure leur sécurité, et j’ai invité la CPI à venir voir ici comment les choses se passent.

Pour le reste, ce n’est pas à moi de définir les responsabilités de tel ou tel, même si j’ai mon propre avis sur cette affaire bien plus complexe qu’on le dit généralement.

Idem pour votre prédécesseur, le général Sékouba Konaté.Vous n’en dites rien, même si lui ne se gêne pas pour vous critiquer.

Écoutez, le président Sékou Touré m’a fait condamner à mort. Cela ne m’a pas empêché d’organiser des lectures du Coran pour le repos de sa mémoire, ni d’apporter ma contribution pour l’anniversaire de son décès.

Le président Lansana Conté m’a fait emprisonner, cela ne m’empêche pas d’aller prier sur sa tombe. La rancune m’est étrangère et je veux montrer que l’on peut gouverner autrement. Je n’ai donc aucun commentaire à faire sur M. Sékouba Konaté.

L’épidémie d’Ebola a fait perdre à la Guinée quatre points de croissance et un demi-milliard de dollars de recettes. Vous considérez-vous toujours en état de guerre contre ce fléau ?

Oui. Par rapport à cela, les élections sont pour moi une préoccupation secondaire. Je sais qu’il est très difficile d’atteindre le niveau Ebola zéro, mais c’est une priorité absolue.

L’argent de la communauté internationale n’est pas versé aux États concernés, mais aux ONG et aux institutions spécialisées de l’ONU. Est-ce pour cela que vous avez eu la dent dure contre ces dernières ?

Je n’ai rien dit de nouveau. Chacun sait qu’après le tremblement de terre en Haïti 10 % seulement des sommes débloquées ont directement bénéficié aux victimes. Le reste est parti en frais de fonctionnement.Soit dit en passant, il y a là de quoi rendre ridicules ceux qui accusent le gouvernement guinéen de détourner une aide qu’il ne reçoit pas !

On vous a reproché d’avoir sous-estimé l’ampleur de l’épidémie. Qu’en dites-vous ?

Je suis chef d’État, je ne suis pas médecin. Pour savoir qu’Ebola existait en Guinée, il a fallu attendre la réponse d’un laboratoire de Dakar, alors que l’épidémie avait déjà atteint Conakry. C’est le décès suspect de deux médecins guinéens à l’hôpital de Kipé qui nous a alertés.

Si l’Institut Pasteur de Kindia fonctionnait toujours et si nous avions nos propres laboratoires, nous aurions sans doute réagi plus vite, isolé les populations touchées et cantonné le mal aux dimensions d’une sous-préfecture. Pour le reste, comme vous le savez, nous sommes en année électorale et tous les arguments sont bons. On a même dit que Bernard Kouchner et moi avions introduit Ebola en Guinée !

Eau, électricité, éducation, santé, chômage, formation : sur tous ces chantiers, la Guinée est à la traîne en Afrique de l’Ouest. Et ce constat impacte forcément votre bilan…

Vous n’avez manifestement pas idée de l’état dans lequel j’ai trouvé ce pays en arrivant : un désastre. Et vous n’avez pas idée de ce que nous avons réalisé depuis dans tous ces domaines.Ce que j’ai fait en quatre ans, mes adversaires politiques ne l’ont pas fait en quarante ans.

« Alpha Condé avait promis de vendre le sac de riz à 25 000 francs guinéens », a dit Cellou Dalein Diallo lors d’un meeting en janvier à Conakry, « aujourd’hui, beaucoup de Guinéens ne mangent pas deux repas par jour ». Exact ?

Faux ! Je n’ai jamais dit cela. Il faudrait être fou pour avancer pareille promesse. Le même Cellou a d’ailleurs prétendu que j’utilisais l’argent d’Ebola pour ma campagne. Tout cela relève de la malhonnêteté. Lorsque je suis arrivé au pouvoir, le sac de riz était à 300 000 francs.

Grâce au travail accompli en faveur des paysans producteurs et à la lutte contre les commerçants spéculateurs, il est aujourd’hui à 180 000. La vérité est là. Le reste n’est que démagogie.

La Constitution guinéenne en vigueur a été adoptée en mai 2010, avant votre accession à la présidence. Vous convient-elle ?

Elle est améliorable sous certains aspects, dans le cadre évidemment d’un débat national et d’un consensus populaire.

Le président est élu pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois. Cela vous paraît-il suffisant ?

La question est complexe. Les pays asiatiques ont fait des progrès économiques et sociaux considérables avec des dictatures. Aux pays africains, on demande de réaliser la même chose, mais avec des démocraties exemplaires, si possible parfaites.

L’ancien Premier ministre Mahathir, le père du miracle malaisien, qui est resté vingt-deux ans au pouvoir, ne m’a pas caché qu’il était hostile aux limitations de mandats : s’il avait dû partir au bout de dix ans, m’a-t-il dit, son pays ne serait jamais parvenu à de tels résultats. Il a raison. Mais son raisonnement ne tient que si l’on a affaire à un bon président. Conclusion : le débat est ouvert.

En Guinée aussi ?

L’humanité ne se pose que les problèmes qu’elle est capable de résoudre, disait Karl Marx. Mon problème, aujourd’hui, c’est Ebola.

Vous en avez voulu au président sénégalais, Macky Sall, d’avoir fermé votre frontière commune au plus fort de l’épidémie. La crise est passée ?

Je considère le président Macky Sall comme un jeune frère, et ce qui unit nos deux peuples dépasse largement les divergences ponctuelles entre leurs dirigeants. Je comprends que l’apparition d’Ebola ait pu susciter de l’affolement. Les erreurs sont humaines.

L’invitation de vos deux principaux opposants, Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré, à la convention d’investiture d’Alassane Ouattara comme candidat à la présidentielle, fin avril à Abidjan, n’a pas pu se faire sans l’accord de ce dernier. Comment l’interprétez-vous ?

Cela ne m’offusque en aucune manière. Quand j’étais opposant, j’ai moi aussi été invité aux congrès de partis au pouvoir, ainsi que par des chefs d’État.

Inviterez-vous les dirigeants du parti de Laurent Gbagbo à votre propre convention d’investiture ?

Non. Pour une raison très simple : les rapports entre mon parti et celui de Gbagbo n’ont jamais été bons, contrairement à ceux qui nous lient avec les partis frères du Sénégal, du Mali ou du Niger. Le Front populaire ivoirien a plutôt soutenu mes adversaires, je ne l’oublie pas. Je ne recevrai ni Pascal Affi N’Guessan ni un autre.

François Hollande vous reçoit à chacun de vos passages à Paris, même impromptus. Que vous vaut ce traitement de faveur ?

François Hollande est un camarade sincère et un homme de principes. Nous nous connaissons depuis longtemps. Ni lui ni moi ne relevons de la Françafrique. Il sait que je suis un patriote, un militant et un panafricaniste.

Hollande vote Alpha Condé ?

Il n’est pas guinéen et la France ne fait pas les élections en Guinée.

Tout de même : c’est votre ami. Et Cellou Dalein Diallo est celui de Claude Guéant et de Nicolas Sarkozy.

Ne soyez pas aussi simpliste ! J’ai de bons rapports avec Nicolas Sarkozy. Nous nous sommes parlé au téléphone lors de mon dernier séjour à Paris fin avril. Il m’a invité à venir le rejoindre dans le Midi, où il se trouvait, ce que je n’ai pas pu faire faute de temps. Et il m’a promis de se rendre à Conakry. Je n’ai aucun tropisme de ce genre.

Au cours de l’entretien, le 2 mai, à Conakry.

Où en êtes-vous de votre conflit avec le milliardaire Beny Steinmetz à propos du gisement de fer de Simandou ?

Nous avons récupéré les concessions de Simandou 1 et 2 dans les conditions que vous connaissez. Nous sommes en train d’élaborer les appels d’offres internationaux les concernant.

Steinmetz et sa société BSGR ont mené une longue guérilla contre vous. Ont-ils renoncé ?

Vous êtes mieux placé que moi pour le savoir. Je ne répondrai donc pas à votre question.

La Guinée est l’un des rares pays d’Afrique de l’Ouest à ne pas avoir aboli la peine de mort. Comptez-vous le faire bientôt ?

Personnellement, je suis contre la peine de mort et je ne l’applique pas. À moi de convaincre les Guinéens de la nécessité de son abolition. C’est un processus qui viendra en son temps. Pour l’instant, la population est préoccupée par Ebola et par ses conditions de vie. Je ne gouverne pas sous le diktat des ONG.

Depuis votre arrivée au pouvoir, les urgences et les crises se succèdent. Vous n’en avez pas assez de gouverner sous stress permanent ?

La Guinée est un pays à part et personne ne m’a obligé à en devenir le chef. Je savais ce qui m’attendait, et il serait inacceptable de ma part de ne pas assumer ma tâche. Le président béninois Boni Yayi m’a dit un jour : « Tu es président, mais tu te comportes toujours comme un opposant. » Dans un sens, il n’a pas tort : je ne cesserai jamais de m’opposer à ceux qui veulent du mal à la Guinée.

Questionnaire intime

Votre principale qualité ?

La patience.

Votre principal défaut ?

L’impulsivité.

La qualité que vous préférez chez les autres ?

La tolérance.

Le défaut que vous détestez le plus ?

L’hypocrisie.

Votre personnage favori ?

Mandela.

Celui que vous regrettez le plus ?

Malick, mon jeune frère, décédé à cinq jours de mon investiture. Il connaissait tout le monde en Guinée, et tout le monde l’appréciait. Il me manque chaque jour.

Votre passe-temps favori ?

Westerns et matchs de foot à la télévision. Cuisine. J’avais la réputation de réussir le meilleur gigot de Paris.

Musique préférée ?

Afro-cubaine et variété française : Dassin, Aznavour, Brel, Ferré, Nougaro…

Chanson fétiche ?

Potemkine par Jean Ferrat et Guantanamera par Carlos Puebla, Compay Segundo ou qui vous voulez.

L’argent, pour vous ?

Un moyen, pas une fin. On dit que je suis communiste à ce sujet et que j’ai le bras plutôt court.

Votre épitaphe, après votre mort ?

« Il a contribué à l’unification de l’Afrique et au progrès de la Guinée. »

Jeuneafrique.com par François Soudan

Guinée : un partisan de l’opposition tué à coups de matraque, selon une source hospitalière

avril 23, 2015

Des manifestants guinéens dans les rues de Conakry.
Des manifestants guinéens dans les rues de Conakry. © Cellou Binani/AFP

Un partisan de l’opposition guinéenne a été tué jeudi. Selon une source hospitalière, la victime aurait succombé à de nombreux coups de matraques.

Un partisan de l’opposition guinéenne a été tué jeudi 23 avril à coups de matraque tandis que quatre autres ont été blessés par les forces de l’ordre qui tentaient d’empêcher une manifestation à Labé, fief de l’opposition dans le centre-nord du pays, ont affirmé une source hospitalière et plusieurs témoins.

« La victime a été battue à coups de matraque par les forces de l’ordre », a affirmé cette source hospitalière sous le couvert de l’anonymat. Le corps a été conduit à la morgue de l’hôpital régional par les manifestants aux cris de « Allahou akbar » et « Mort aux dictateurs », selon des témoins. La victime a été identifiée par un journaliste local comme Boubacar Sadio Diallo, âgé d’une vingtaine d’années.

Dialogue bloqué

L’opposition avait appelé à une mobilisation nationale jeudi afin de réclamer une modification du calendrier électoral – condition selon elle de la reprise du dialogue avec les autorités. Mais le président Alpha Condé, qui était en visite en France mercredi, a une nouvelle fois exclu un quelconque changement dans les dates de scrutin. Et le gouvernement avait annoncé qu’il mobilisait les forces de l’ordre.

Le climat était donc très tendu en début d’après-midi, notamment à Labé, fief du chef de file de l’opposition, l’ex-Premier ministre Cellou Dalein Diallo, où le marché central et les écoles étaient fermés, ainsi que des stations-service. À Kindia, à 130 km à l’est de Conakry, des heurts entre manifestants et forces de l’ordre ont également fait deux blessés, un gendarme et un manifestant, selon des journalistes sur place.

Le vice-président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UDFG), principal parti d’opposition, Fodé Oussou Fofana, a fait état de plusieurs dizaines d’arrestations dans les rangs de l’opposition à Kindia, une information confirmée de source sécuritaire. Par ailleurs, à Conakry, les forces de l’ordre ont barré au moyen de véhicules l’accès aux domiciles de deux dirigeants de l’opposition, les anciens Premiers ministres Diallo et Sidya Touré, a-t-on appris auprès des intéressés. « J’ai appris qu’ils (les policiers) ont barricadé toutes les issues, seuls ceux qui veulent rentrer peuvent le faire, mais pour sortir c’est non », a déclaré Cellou Dalein Diallo.

« Les forces de l’ordre ont érigé des barricades en plaçant plusieurs de leurs véhicules aux entrées et sorties de mon domicile, toutes les ruelles qui mènent chez moi sont barricadées », a quant à lui affirmé à Sidya Touré. « C’est la preuve que nous sommes dans un état de siège ici en Guinée, on bastonne les militants par-ci, on tue les autres par-là », a-t-il ajouté.

 

Jeuneafrique.com avec AFP