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Côte d’Ivoire : qui sera le successeur d’Alassane Ouattara en 2020 ?

février 1, 2017

Le président Ivoirien, Alassane Ouattara, lors du référendum constitutionnel, à Abidjan, le 30 octobre 2016. © Diomande Ble Blonde/AP/SIPA

Il y a ceux que l’on attend en 2020 et ceux, plus jeunes mais déjà très ambitieux, qui devront patienter jusqu’en 2025, voire un peu plus…

De tout le personnel politique ivoirien issu du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), la matrice du pouvoir d’Alassane Ouattara, Amadou Gon Coulibaly (AGC) et Daniel Kablan Duncan (DKD) incarnent aux yeux du chef de l’État les deux meilleurs profils pour prendre sa succession, loin, très loin devant les autres dauphins putatifs. Ceux, en tout cas, dont on parle à Abidjan, les Guillaume Soro, Hamed Bakayoko et consorts, dont ADO pense qu’ils peuvent aisément attendre la présidentielle de 2025 car ils ne sont pas prêts.

Kablan, c’est son quasi-clone sur le plan intellectuel. Gon Coulibaly ? Son plus proche collaborateur, avec son frère Téné Birahima Ouattara, à la présidence aujourd’hui, au sein du Rassemblement des Républicains hier, y compris pendant les années de braise. AGC est désormais le choix numéro un du chef de l’État, l’« homme au-dessus du lot », pour lui succéder. Cela n’a pas forcément toujours été le cas : au début de son premier mandat, fin 2012 notamment, il misait plutôt sur DKD.

Mais ce dernier a le même âge que lui, ou presque, et aura 77 ans en 2020, ce qui constitue évidemment un problème. La santé d’AGC, qui a subi une transplantation cardiaque à Paris en juin 2012, demeure quant à elle une source d’interrogation. Si Ouattara envisage de devenir le Bédié d’aujourd’hui après son départ du Palais du Plateau, il peut se passer beaucoup de choses d’ici à 2020. Raison pour laquelle il entend, comme le confirme l’un de ses proches, « conserver toutes les options ouvertes jusqu’à la fin ».

Jeuneafrique.com par Marwane Ben Yahmed

Côte d’Ivoire : les hommes du président Ouattara

janvier 31, 2017

Le président ivoirien Alassane Ouattara le 3 novembre 2015 à Abidjan après avoir prêté serment. © Sevi Herve Gbekide/AP/SIPA

Daniel Kablan Duncan vice-président, Amadou Gon Coulibaly Premier ministre. Pour diriger le pays, Ouattara a choisi deux hommes qui n’ont pas grand-chose en commun, si ce n’est leur fidélité à son égard. Portraits croisés.

Avec son air de ne pas y toucher, il a gravi tous les échelons. Lentement mais sûrement, il s’est imposé comme une évidence. À ses détracteurs qui l’ont toujours qualifié d’éternel second, Daniel Kablan Duncan (DKD) peut désormais répondre qu’il est un second de choix : premier vice-président de l’histoire de la Côte d’Ivoire et deuxième personnalité de l’État. Alors ce 16 janvier, lorsqu’il est investi dans ses nouvelles fonctions par le Conseil constitutionnel et le président Alassane Dramane Ouattara (ADO), une certaine fierté se lit sur son visage. Sans en faire trop ou trop peu bien sûr, comme d’habitude… L’homme aime la mesure. À peine s’encanaille-t-il quelques secondes avec un hommage à sa « chère et tendre épouse, Clarisse » et à son fils, Albert.

Assis à sa gauche ce jour-là, Alassane Ouattara bien sûr, mais aussi Amadou Gon Coulibaly (AGC), l’ancien secrétaire général de la présidence qui lui a succédé, le 10 janvier, au poste de Premier ministre. Ceux qui ont pu assister à la prestation de serment auront remarqué que le chef du gouvernement occupe désormais, conformément à la nouvelle Constitution, le troisième rang dans l’ordre protocolaire, juste devant le président de l’Assemblée nationale fraîchement réélu, Guillaume Soro. Un jeu de chaises musicales dont les deux hommes ont plaisanté, toutes dents dehors, pendant le cocktail qui a suivi, mais qui a été pris très au sérieux par leurs protocoles respectifs.

Duncan et Ouattara, économistes de même génération

Les appareils photo crépitent. Le voici donc, enfin, le nouvel exécutif ivoirien. ADO, DKD, AGC, ces trois hommes aujourd’hui côte à côte se connaissent par cœur. Six ans qu’ils gouvernent ensemble, des décennies qu’ils se sont rencontrés. Et pourtant, sur le papier, rien ne les y prédestinait forcément, tant la relation et le parcours d’ADO avec l’un et l’autre diffèrent. Tant les personnalités de ces deux derniers s’opposent.

Duncan, c’est la continuité de l’État. »

DKD, AGC, c’est d’abord deux générations. 73 ans pour le premier, bientôt 58 pour le second. Lorsque Duncan entre au FMI, à Washington, en 1973, un certain Alassane Ouattara y exerce déjà depuis quelques années la fonction d’économiste. Très peu de temps après, ce dernier s’envole pour Paris afin de rejoindre le siège local de la BCEAO, l’autre en intègre l’antenne abidjanaise. Les deux trentenaires, bientôt quadra, se comprennent, ils parlent le même langage : celui de la finance et de l’économie. Le jeune ingénieur des travaux publics Amadou Gon entre lui à la Direction et contrôle des grands travaux (DCGTx), aujourd’hui Bureau national d’études techniques et de développement (BNEDT).

Partenaire politique de longue date

En 1990, quand ADO est nommé Premier ministre par Félix Houphouët-Boigny, il s’entoure de Duncan, qu’il bombarde ministre de l’Économie, des Finances, du Budget, du Plan, du Commerce et de l’Industrie – autrement dit, collaborateur principal – et d’Amadou Gon Coulibaly, qu’il nomme conseiller technique chargé du suivi des réformes dans de nombreux secteurs tels que l’agriculture, les transports et l’énergie. Un saut dans le grand bain de la politique pour tous les trois, alors que le pays traverse une grave crise économique. Il se traduira bientôt par une ouverture et une diversification de l’économie, mais aussi par des ajustements structurels et une préparation à la dévaluation du franc CFA.

Décembre 1993, Houphouët meurt. Henri Konan Bédié, alors président de l’Assemblée nationale et dauphin constitutionnel, lui succède. Ouattara retourne au FMI, dont il devient directeur général adjoint. Ses deux compagnons empruntent alors des chemins radicalement opposés. Pour Duncan, l’enfant du pays n’zima (Sud-Est), bastion du Parti démocratique de Côte d’Ivoire-Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA), l’avenir se dessine au sein du pouvoir. Bédié le promeut Premier ministre. Avant d’accepter, celui qui s’est toujours tenu à l’écart des querelles partisanes se tourne vers son prédécesseur, ADO, qui approuve. Les deux hommes se donnent déjà du « cher frère », « cher ami ».

Pour DKD, c’est une première période de gloire, qui durera six ans. « Le Premier ministre Duncan reconduit, le mérite et la continuité », titre Fraternité Matin en janvier 1996, après un remaniement. On loue le « travail énorme » qu’il abat, « son efficacité », on note son style bien particulier… « Duncan, qui n’a pas son pareil pour expliquer les actions du gouvernement a, une heure durant, abreuvé son auditoire de chiffres », écrit le quotidien d’État. De son côté, le principal intéressé vante les « efforts inlassables [du président Bédié] pour le développement d’une démocratie participative et apaisée. »

Coulibaly, prisonnier sous la primature de Duncan

Nous sommes alors en octobre 1999. Et il est à parier qu’AGC n’aurait, à ce moment-là, pas tout à fait partagé son point de vue… Il rejoint dès sa création, en 1994, le Rassemblement des républicains (RDR), un parti né d’une scission au sein du PDCI-RDA dont ADO devient rapidement la figure de proue. Dans un contexte où le débat sur l’ivoirité fait rage et où Ouattara est accusé d’être « burkinabè » ou « voltaïque », la fidélité d’un Amadou Gon, arrière-petit-fils de Péléforo Gbon Coulibaly – chef coutumier de la région de Korhogo (Nord), ami et pilier du système Houphouët –, fait mouche.

 

Avec Henriette Diabaté, autre membre fondateur du RDR, ils mèneront pendant presque deux décennies un combat politique pour porter leur champion jusqu’à la présidentielle. « Ils ont tenu la boutique alors que Ouattara était la plupart du temps à l’étranger », explique un de leurs opposants de l’époque. Ils seront même plusieurs fois emprisonnés, comme en octobre 1999, après avoir « organisé une manifestation interdite ». Le Premier ministre d’alors est un certain… Daniel Kablan Duncan.

Le coup d’État de décembre 1999 change la donne, inverse les sorts. DKD prend, dans les pas de Bédié, la route de l’étranger – il reviendra au bout de quelques mois et entamera, politiquement, une longue traversée du désert. AGC, qui est alors à la maison d’arrêt et de correction d’Abidjan, peut décamper. Comme il le raconta à l’époque : « Deux soldats armés sont arrivés, ils nous ont dit qu’on était libres. Nous nous sommes concertés, car il ne fallait rien faire d’illégal […]. Nous avons accepté de les suivre à condition qu’ils nous conduisent quelque part où nous serions en sécurité. » Après le coup d’État avorté de septembre 2002 et les accords de Linas-Marcoussis, plusieurs personnalités RDR font leur entrée dans le gouvernement de réconciliation nationale de Seydou Elimane Diarra. Amadou Gon en fait partie et prend le portefeuille de l’Agriculture, qu’il occupera jusqu’en 2010.

Duncan, l’atout stable de Ouattarra

Côté pile. En 2011, ADO devient président de la République. Et rebelote, il entraîne dans son sillage les deux hommes. DKD retrouvant, après un passage au ministère des Affaires étrangères, son fauteuil de Premier ministre et AGC devenant le secrétaire général de la présidence. Mais le contexte et le rapport de force ont changé. Le PDCI et le RDR ont beau être des alliés électoraux, c’est bien ce dernier qui gouverne. Et Ouattara a certes besoin d’un économiste pur jus, mais aussi d’un politique, qui maîtrise le système politico-social ivoirien, ses acteurs, ses turpitudes. Gon, maire et député de Korogho depuis des années, a le profil parfait. Telles les deux faces d’une même pièce politique, DKD et AGC marcheront donc ensemble.

Il (Duncan) cherche toujours le consensus, et cela devient un handicap quand il faut trancher »

« Duncan, c’est la continuité de l’État, il maîtrise tous les dossiers, les projets lancés sous Bédié qui, à cause de la décennie de crise, n’ont pas été mis en œuvre », assure un ministre actuel PDCI. Opérationnel, le Duncan version 2011, qui a le crâne un peu plus dégarni mais le débit toujours aussi rapide, s’attelle à faire redémarrer l’économie. Le Premier ministre gère aussi les portefeuilles de l’Économie, des Finances et du Budget, a la confiance du Chef de l’État et les coudées franches : rencontres avec les bailleurs de fonds et les investisseurs du monde entier, inauguration de chantiers tous azimuts, etc.

Sagesse politique

DKD séduit. Les milieux d’affaires l’adorent, louent ses capacités d’analyse, sa mémoire, sa rigueur… « Un grand commis de l’État », selon un diplomate. « S’il prend un dossier en charge, on est sûr qu’il arrivera à son terme. Il sait prendre le temps de la réflexion, n’est pas arc-bouté sur ses positions », déclare un administrateur de la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI). « Artisan de la réussite du Contrat de désendettement et de développement (C2D) français » pour les uns, « meneur énergique des débats lors de la présentation du Plan national de développement 2016-2020 à Paris » pour les autres…

Respecté à l’étranger, il l’est aussi par ses ministres, même si certains lui reprochent sa lenteur dans les prises de décision. « Il cherche toujours le consensus, et cela devient un handicap quand il faut trancher, explique l’un de ses anciens ministres. C’est une des raisons qui nous poussaient à faire remontrer certains dossiers à la présidence. Parfois avec son accord, parfois sans. » Et de continuer : « Il est personnellement réglo et très procédurier, mais je n’ai jamais constaté qu’il ait tenté de mettre fin aux dérapages que nous pouvions tous remarquer. Comme il est honnête, il pense que tout le monde l’est… »

Les critiques les plus virulentes viennent finalement de son propre camp, le PDCI, où on hausse souvent les épaules à l’évocation de son nom. « Incolore, inodore, il ne gêne personne », tacle un baron du parti. « Ni PDCI ni RDR, il est surtout Alassaniste », lâche un second. « Ne comptez pas sur lui pour donner son avis, même sur des petites choses. Il est comme sans personnalité, sans conviction », clos un dernier.

Coulibaly, fidèle coûte que coûte

Côté face. « Gon », pour qui le mot « fidélité » n’est pas un vain mot. De quoi faire l’objet de quelques caricatures, comme celle, récente, du journal satirique L’Éléphant déchaîné, qui écrit : « Pour lui, après Dieu, sur terre, il y a notre président ». Les mauvaises langues disent également que sa nomination au poste de Premier ministre n’est en fait qu’une officialisation d’un rôle qu’il occupait déjà en réalité, tant son influence ne cessait de grandir.

SIA KAMBOU/AFP

Alassane Ouattara (au centre) et son nouveau Premier ministre, AGC (à sa dr.), le 16 janvier2017. © SIA KAMBOU/AFP

Moins connu des patrons et des partenaires extérieurs du pays, Gon était plutôt discret sur les grands dossiers économiques. Certes, il s’est toujours intéressé aux questions agricoles, relatives au coton ou au cacao, mais on faisait surtout appel à lui pour des arbitrages problématiques ou des chantiers d’infrastructures jugés prioritaires et donc à forte dimension politique. L’arbitrage en faveur de la filiale du groupe Webb Fontaine – dirigée par le gendre du chef de l’État – en 2013, lui attribuant le contrat de vérification des importations en Côte d’Ivoire ou la décision de surseoir aux augmentations du tarif de l’électricité en 2016, face au front social, portent, par exemple, son empreinte.

Sans concession 

« Il est directif, n’hésite pas à trancher, mais supporte difficilement la contestation », témoigne un ancien ministre. Les colères du « lion » (son surnom) sont, il est vrai, souvent évoquées. Tout comme son côté « très famille » pour ses supporters, « clanique » pour ses détracteurs. Selon l’un de ses « petits », « lorsqu’il vous aime, il vous aime, et il vous fera évoluer avec lui. Lorsqu’il ne vous aime pas, il ne vous aime pas. » Ceux qui ont été privés de l’investiture RDR aux dernières législatives, pour des raisons parfois étonnantes, s’en souviennent encore… « Il travaille surtout avec ses hommes, mais il les met plus dans des positions d’exécutants que de collaborateurs », dit le même ancien ministre. Quoi qu’il en soit, AGC avance ses pions et s’est constitué un gouvernement plus resserré, en faisant entrer des fidèles supplémentaires (Amadou Koné, Claude Isaac Dé…).

Le voilà désormais sur le devant de la scène. Point d’état de grâce : des dossiers brûlants – mutineries et grèves de fonctionnaires – l’attendent déjà. Sera-t-il à la hauteur ? C’est désormais la question que tout le monde se pose. Sera-t-il le choix de Ouattara pour la présidentielle de 2020, comme beaucoup l’avancent ? Entre son côté pile et son côté face, ADO a-t-il réellement choisi ?


THÉOPHILE AHOUA N’DOLI : LE LIEUTENANT DE DUNCAN 

 PRIMATURE, CÔTE D’IVOIRE

Théophile Ahoua N’Doli © PRIMATURE, CÔTE D’IVOIRE

Dire que Théophile Ahoua N’Doli est un fidèle de DKD serait un euphémisme. Il en est presque le double. Dès 1990, le nouveau ministre de l’Économie fait de cet ancien de la BCEAO son directeur de cabinet. Ils ne se sont plus vraiment quittés depuis. DKD le nommera directeur de son cabinet à la primature puis ministre du Plan et du Développement industriel. Depuis 2011, le « dircab » a suivi DKD au ministère des Affaires étrangères, à la primature et aujourd’hui à la vice-présidence.


PHILIPPE SEREY-EIFFEL : L’ADJOINT DE COULIBALY 

 PRIMATURE, CÔTE D’IVOIRE

Philippe Serey-Eiffel © PRIMATURE, CÔTE D’IVOIRE

On sait si peu de chose de Philippe Serey-Eiffel. Sinon qu’il se complaît dans l’ombre. Ses détracteurs, qui le surnomment « le Français » ou « le Blanc d’ADO », lui prêtent une considérable influence au sein de l’exécutif. D’abord conseiller économique chargé des infrastructures et coordonnateur général des conseillers à la présidence en 2011, il est ensuite devenu ministre, secrétaire général délégué de la présidence chargé des grands projets auprès d’AGC.

Dès sa nomination à la primature, celui-ci en a fait son directeur de cabinet. Pas vraiment une surprise, mais la simple continuité d’un compagnonnage amorcé au milieu des années 1990, lorsque ce descendant de Gustave Eiffel et ex-directeur des grands travaux sous Houphouët a pris la direction du futur Bureau national d’études techniques et de développement et fait d’AGC son adjoint.

 

Jeuneafrique.com par Haby NiakateJulien Clémençot

Côte d’Ivoire : Amadou Gon Coulibaly nommé Premier ministre

janvier 10, 2017

Le tout-puissant secrétaire général de la présidence, Amadou Gon Coulibaly, au milieu,© Jacques Torregano/CEO FORUM/J.A.

Amadou Gon Coulibaly a été nommé Premier ministre mardi 10 janvier. Il remplace Daniel Kablan Duncan, désigné vice-président par Alassane Ouattara plus tôt dans la matinée.

Amadou Gon Coulibaly, 57 ans, était auparavant ministre d’État et secrétaire général de la présidence de la République.

Proche d’Alassane Ouattara, le député de Korhogo déclarait en janvier 2012 à Jeune Afrique à propos du chef de l’État : « C’est lui qui m’a formé, ma carrière se fera toujours à ses côtés ».

Agenda politique chargé 

Sa désignation survient quelques heures après la démission de Daniel Kablan Duncan de la primature et la désignation de celui-ci dans la foulée au poste de vice-président – une annonce très attendue, délivrée par le chef de l’État dans la matinée de ce mardi à l’Assemblée nationale. La veille, l’ancien Premier ministre et député de Grand-Bassam avait annoncé sa démission et celle de son gouvernement.

L’agenda politique s’est accéléré ces dernières heures. Alors que Guillaume Soro était largement réélu lundi après-midi au perchoir de l’Assemblée nationale, la présidence annonçait quelques heures plus tard par la voix d’Amadou Gon Coulibaly, alors encore secrétaire général, le limogeage de trois hauts gradés, trois jours après un mouvement de colère au sein de l’armée. Reste désormais à connaître la composition de son gouvernement.

Jeuneafrique.com

Côte d’Ivoire : à Korhogo, l’adieu aux armes

juillet 25, 2011

Dans la ville du Nord de la Cote d’Ivoire, bastion de Ouattara et geôle de Gbagbo, l’heure est officiellement à la réconciliation. Reportage.

Un ciel bleu qui s’étend à perte de vue. Une large piste en latérite, cahotante à souhait. Des agriculteurs sur le chemin du retour… Et, soudain, un check-point : deux piquets de bois plantés de part et d’autre de la voie, une cordelette tendue entre les deux. Quittant son abri de branchages, le soldat-dozo de faction s’approche du véhicule. Bardé de grigris, fusil de chasse en bandoulière, le chasseur traditionnel scrute attentivement chaque visage, avant de marmonner une phrase que l’on interprète comme un « vous pouvez y aller ».

Bienvenue à Korhogo, capitale de la région des Savanes, base arrière des Forces nouvelles (FN), l’ex-rébellion armée. Six cent trente-trois kilomètres séparent la « cité du Poro » d’Abidjan. Autant dire tout un monde. Ici, les superstitions ont la dent dure, et on ne rigole pas avec ces chasseurs à qui l’on attribue de grands pouvoirs mystiques. Ils veillent sur Korhogo depuis le début de la rébellion, en 2002, et d’aucuns disent que leurs potions et bénédictions sont à la base de la victoire d’Alassane Ouattara (ADO).

Korhogo est chargé d’une histoire faite d’actes de bravoure et de légendes. C’est aussi une ville stratégique, porte de passage vers le Burkina et le Mali voisins. Comme tous les carrefours, elle est grouillante, colorée, bruyante, commerçante. Le carburant vient du Burkina, les deux-roues chinois qui ont envahi la ville transitent par le Togo, les boissons gazeuses sont importées du Mali, de même que le riz et bien d’autres céréales… avec une plus-value substantielle depuis que les douanes sont assurées par les FN.

Cependant, pour rien au monde Chérif El Ouazani ne ferait marche arrière. Le restaurateur marocain et toute sa famille se sont installés à Korhogo en décembre 2002, alors que le « bruit des rafales résonnait encore ». « Mes amis d’Abid­jan me prenaient pour un fou : m’installer dans une région où il y a des rebelles… », se souvient-il. Neuf ans plus tard, il est encore là, propriétaire de trois restaurants très fréquentés, dont le Bokadios où se côtoient cadres des FN et habitants lambda. « Il n’y a pas de doute : la Côte d’Ivoire va se relever et Korhogo sera très important pour l’avenir du pays », promet-il, ponctuant ses phrases de « Inch’Allah » convaincus.

Un « invité » de marque

L’actualité récente s’est chargée de mettre la cité sénoufo en première ligne. C’est là, dans la résidence présidentielle située sur les hauteurs de la ville, qu’est détenu, depuis le 14 avril, Laurent Gbagbo. Des rondins de bois bloquent la circulation tout autour de la propriété, et ni les hauts murs ni la végétation luxuriante ne permettent de voir ce qui s’y passe. Passés les premiers jours d’excitation qui ont suivi l’arrivée de l’ex-chef d’État, les Korhogolais ont fini par se lasser du mystère, et plus personne ne se préoccupe de cet invité de marque.

« Au mieux, il est l’objet de plaisanteries sur le sens de l’hospitalité du peuple sénoufo qu’il a tant détesté », lance Soro Kanigui Mamadou, délégué des FN de Korhogo, qui se refuse à communiquer toute information sur les conditions de détention de l’ancien président. Madame Rumeur fait moins de manières : elle a de nombreuses fois aperçu le président dans la voiture du commandant de zone Fofié Kouakou Martin, à la nuit tombée, ou dans une boîte de nuit de la ville, en charmante compagnie.

ADO, le fils de la région

« La politique nous a divisés, mais on se connaît tous, nous sommes de la même famille. On ne peut pas se déchirer indéfiniment », philosophe Éric Ouattara, directeur de campagne d’ADO chargé de la jeunesse lors de la présidentielle. En tant que président de l’Union de la jeunesse communale, il a aussi activement œuvré au retour des « LMPistes », les partisans de Gbagbo, témoigne l’un d’entre eux, Moussa Silué, qui a payé cher son soutien au parti au pouvoir de l’époque. Représentant de La Majorité présidentielle (LMP), soupçonné d’acheter des voix pour le compte de son candidat, il a été roué de coups. « Grâce à Éric, je suis rentré sans problème, j’ai retrouvé mon travail et ma maison… Mais je sens bien que quelque chose est cassé », dit-il. Car derrière les discours convenus, les rancœurs sont là, tenaces, ancrées. Le jeune Ouattara, casquette vissée sur le crâne, regard pénétrant, ne se lasse pas de pourfendre l’ancien pouvoir et sa « haine envers les gens du Nord ».

La « cité du Poro » attend beaucoup d’ADO, le fils de la région, qui y a fait des scores staliniens lors de la présidentielle. Tout est à faire ou à refaire. « Pendant la crise, à plusieurs reprises, le maire Amadou Gon Coulibaly a payé des dépenses de sa propre poche, raconte son adjoint Lanciné Koné. À présent, nous serons ravis de passer le relais à l’État. » Le réseau routier s’est tellement dégradé qu’il ne faut plus une heure mais deux pour relier Korhogo à Ferkessédougou (55 km). Les 2 millions d’habitants de la région des Savanes attendent toujours leur adduction au réseau hydraulique : l’Union européenne (UE) avait fait le plus dur, investissant 4 milliards de F CFA (6,1 millions d’euros) pour le raccordement au fleuve Bandama. La participation de 500 millions de F CFA promise par Laurent Gbagbo en 2009, elle, est toujours en attente.

Quant au Centre hospitalier régional (CHR), il n’a tenu que par les largesses de l’UE et de la Croix-Rouge jusqu’en 2007. Depuis, les actes médicaux sont exécutés… moyennant finances. « 1 000 F CFA la consultation, 5 000 F CFA l’accouchement, c’est beaucoup demander aux populations d’ici », reconnaît le docteur Jules Kra Yao, directeur du CHR.

Malgré la misère, Korhogo reste digne. « C’est le plus important chez un Sénoufo », martèle Kafana, derrière le comptoir de son kiosque à café. « Même quand tu es pauvre, il faut montrer un bon visage aux étrangers. » L’adage est profondément ancré. Du grand marché au quartier Gbon en passant par la rue des Banques, la ville est propre, les bâtiments publics entretenus. Ni impacts de balles sur les bâtiments ni bâtisses calcinées, en dehors de quelques domiciles vandalisés, à l’instar de celui de l’ex-ministre Lanciné Gon Coulibaly, descendant du fondateur de la cité et proche du président déchu. « Tout cela, c’est grâce au comzone, explique fièrement Kafana. C’est vraiment quelqu’un qui aime Korhogo et les Korhogolais. »

Fofié Kouakou Martin est commandant de la Compagnie territoriale de Korhogo depuis 2005. Ce militaire taiseux fuit la presse, mais répond volontiers aux sollicitations de ses concitoyens. Lorsqu’il est question de lui, chaque Korhogolais se mue volontiers en griot. « Il a réparé les éclairages publics », « il nourrit de sa poche les jeunes démobilisés », « grâce à lui, nos rues sont plus sûres »… Même le préfet de région y va de son compliment : « Notre collaboration est des plus efficaces. »

Réinsertion

Dans la contrée, les sanctions onusiennes qui pèsent sur les comzones, accusés de violations des droits de l’homme, ont bien peu de portée. Et personne n’évoque à voix haute l’enrichissement de Fofié Kouakou Martin depuis sa prise de fonctions. Même si, dans le secret des chaumières, les supputations vont bon train à chaque fois qu’un immeuble surgit de terre ou qu’une affaire ouvre ses portes. « On ne regarde pas dans la bouche de celui qui grille des arachides », ironise-t-on en ville.

Dans une Peugeot qui a connu des jours meilleurs, cinq hommes en armes patrouillent. Depuis la fin du conflit, l’avenir des combattants et des démobilisés revient régulièrement dans les conversations. Si les premiers, au nombre de 500, sont sûrs de trouver une place dans l’armée, les 1 000 autres attendent toujours d’être pris en charge par le Programme national de réinsertion et de réhabilitation communautaire (PNRRC). « Ils se débrouillent comme ils peuvent, certains sont retournés aux champs, d’autres ont monté de petites activités : menuiserie, taxis-motos… » explique Éric Ouattara. « C’est une question que les autorités doivent prendre au sérieux, analyse Mack Dakota, un correspondant de presse local. Le chômage des jeunes conduit à tous les extrêmes. » Encore plus quand ils savent tenir une arme.

Jeuneafrique.com par Malika Groga-Bada, envoyée spéciale