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Le Pape en Amazonie pour une rencontre historique avec les indigènes

janvier 19, 2018

Le pape François s’adresse à la foule à Lima, au Pérou, le 19 janvier 2018 / © AFP / LUKA GONZALES

Plusieurs milliers d’indigènes d’Amazonie attendaient vendredi avec impatience le pape François, à Puerto Maldonado (sud-est du Pérou), pour une rencontre historique où ils espèrent son soutien dans la défense de leurs terres.

« Je suis ému de voir le pape pour la première fois », confiait Javier Antonio Pisconte Injante, 50 ans, assis avec sa communauté dans le Colisée de la ville, où étaient déjà installés de nombreux indigènes en tenues traditionnelles.

Venu de la région de Cusco, Javier Antonio a mis trois jours, en bateau, pour venir avec 140 membres de sa tribu écouter le souverain pontife.

« Pour la première fois de l’Histoire, nous sommes réunis » entre différents peuples d’Amazonie, des indigènes du Brésil et de Bolivie ayant également fait le déplacement, en bus, en avion ou en bateau à travers la jungle, se réjouit-il.

A l’extérieur du bâtiment, des milliers d’habitants avaient pris place face aux écrans géants, avec des bouteilles d’eau pour affronter la chaleur tropicale.

Menacés par l’exploitation des forêts et ressources naturelles de leurs territoires, les indigènes d’Amazonie espèrent un message fort du pape François.

« Il y a beaucoup de gens qui entrent (sur les terres) de nos communautés pour exploiter le bois », se plaignait ainsi Emerita Olortegui Ortiz, 47 ans, venue du nord du Pérou. « Que le pape nous défende! »

La région de Madre de Dios, dont Puerto Maldonado est la capitale, est elle gangrenée par l’orpaillage.

– ‘Un seul peuple’ –

Après cette rencontre au cours de laquelle les indigènes feront des démonstrations de danse et lui offriront des pièces d’artisanat, le pape déjeunera en petit comité avec quelques représentants.

Parmi les cadeaux qu’il devrait recevoir, un arc et une flèche, d’une communauté péruvienne, pour qu’il les défende et réclame pour eux les terres ancestrales dont ils ont été privés.

« Nous sommes un peuple dépouillé de ses terres originelles », clame César Jojaje Eriney, 43 ans, président de la tribu Ese Eja de Palma Real, qui accueillera le pape en tenue traditionnelle rouge, avec une couronne de plumes de perroquets sur la tête et un collier fait de dents de jaguar et de cochon sauvage.

Portant une couronne avec un épervier empaillé sur la tête, Enrique Anez, 50 ans, leader de la communauté Nueva Oceania – Boca Shipiwi, a prévu d’offrir l’animal au pape.

Dans sa tribu à Madre de Dios, « l’épervier est celui qui nous alerte quand quelque chose va se passer », et justement, « le pape s’est mis en alerte pour les peuples » indigènes, ajoute-t-il, espérant ainsi sa protection.

Pour François, l’événement constitue un puissant coup d’envoi aux préparatifs de son assemblée mondiale d’évêques (synode) qui sera consacrée à la grande région de l’Amazonie en octobre 2019. En particulier à ses populations « souvent oubliées et privées de la perspective d’un avenir serein ».

« Nous sommes un seul peuple », a déclaré à l’AFP Angelton Arara, 33 ans, qui a mis trois jours en bus pour venir du Mato Grosso, dans le centre-ouest du Brésil.

– Poumon vert –

Dans son encyclique « Laudato si », son texte à tonalité très sociale sur l’écologie, le pape s’est attaqué à l’exploitation de la forêt amazonienne menée par « d’énormes intérêts économiques internationaux ».

Il a aussi souligné que la terre n’est pas un simple bien économique pour les communautés aborigènes, mais aussi « un endroit où reposent leurs ancêtres, un espace sacré avec lequel elles ont besoin d’interagir pour soutenir leur identité et leurs valeurs ».

Vendredi, il doit d’ailleurs distribuer son encyclique, qui vient d’être traduite dans plusieurs langues indigènes.

L’Eglise est consciente de l’histoire sanglante de l’évangélisation de l’Amérique latine au 16e siècle et reconnait qu’elle n’a pas toujours traité avec respect les peuples d’Amazonie.

Mais elle estime être aujourd’hui engagée dans de nombreux projets pour aider les peuples amazoniens à récupérer leurs coutumes et leur identité.

La Pan-Amazonie représente 43% de la superficie de l’Amérique du Sud, 20% de l’eau douce non gelée de la planète, 34% des forêts primaires hébergeant entre 30 et 50% de la faune et la flore du monde.

Ce poumon vert se répartit sur neuf des douze pays de l’Amérique du Sud, notamment le Brésil (67%), la Bolivie (11%) et le Pérou (13%). Et près de 3 millions d’indigènes y vivent appartenant à 390 peuples différents.

« Nous espérons que le pape donne ici sa bénédiction pour tous ces gens qui souffrent beaucoup et aussi pour que cesse la traite des personnes, il y en a beaucoup ici à Puerto Maldonado », confie Stephanie Ochoa Estrada, 46 ans, venue de Cuzco, à sept heures de voiture.

Romandie.com avec(©AFP / 19 janvier 2018 15h19)                

 

 

Amazonie: les tribus aiguisent leurs flèches contre les envahisseurs

octobre 25, 2017

Des membres de la tribu amazonienne des Waiapi, sur la rivière Tucunapi, au sein d’une zone protégée dans l’Etat d’Amapa au Brésil, le 14 octobre 2017 / © AFP / Apu Gomes

On les voit apparaître en silence, surgissant de nulle part: une douzaine de silhouettes mi-nues, en long pagne rouge vermillon, qui se mettent en travers de la route de terre. Ce sont les Waiapi, une tribu de la forêt amazonienne qui craint désormais une invasion des compagnies minières internationales.

Ces Indiens à la peau recouverte de pigment rouge et noir, qui amènent les journalistes de l’AFP jusqu’à un hameau de cabanes en chaume de palme caché dans les feuillages, jurent de défendre leur territoire jusqu’à la mort.

Au cas où l’on douterait de leur détermination, ils brandissent des arcs longs de deux mètres et des flèches.

« Nous continuerons de nous battre », dit Tapayona Waiapi, 36 ans, dans le hameau appelé Pinoty. « Quand les compagnies arriveront, on continuera de résister », insiste-t-il. « Si le gouvernement brésilien envoie des soldats pour tuer des gens, nous résisterons jusqu’au dernier. »

La réserve des Indiens Waiapi est située dans une forêt tropicale près du fleuve Amazone, au sein d’une zone protégée appelée Renca et grande comme la Suisse.

Entourée de cours d’eau et d’arbres majestueux, la tribu des Waiapi, qui se sert d’outils confectionnés avec des mâchoires d’animaux et dont les femmes accouchent sur des tapis de feuilles de bananiers, a un mode de vie très éloigné du 21e siècle.

Aujourd’hui, elle est menacée par le projet du gouvernement brésilien de centre-droit d’autoriser les compagnies minières internationales à creuser la terre, sous l’épaisse masse verdoyante, à la recherche d’or et autres minerais.

– Tollé –

En août, le président Michel Temer avait provoqué un tollé en autorisant ces compagnies à prospecter dans la Renca, s’attirant les critiques des défenseurs de l’environnement, dont des célébrités telles l’acteur américain Leonardo DiCaprio.

M. Temer a dû faire machine arrière en septembre.

Mais les Waiapi, une tribu qui a failli disparaître à cause de maladies après avoir été découverte par des explorateurs en 1970, sont terrifiés.

La forêt tropicale, explique Moi Waiapi, un autre habitant de Pinoty, âgé de 35 ans, « est le fondement même de notre survie ».

Pour se rendre à Pinoty, il faut obtenir toute une série d’autorisations puis emprunter une route de terre accidentée pendant deux heures depuis la petite ville de Pedra Branca. Macapa, la capitale de l’Amapa, à la frontière avec la Guyane, se trouve quelques heures plus loin.

Premier village sur cette route de terre, Pinoty fait office de frontière. « Territoire protégé »: la pancarte à l’entrée annonce la couleur. Les téléphones mobiles ne captent plus depuis longtemps, le dernier point d’essence est déjà fort éloigné, ainsi que toute ligne électrique.

Quelques dizaines d’habitants dorment dans des hamacs. Les habitations disposent de toits mais sont ouvertes sur les côtés.

– L’autoroute inachevée –

Malgré leur isolement, les Waiapi restent vulnérables face aux lobbys de l’industrie minière et de l’agrobusiness, qui depuis des décennies ne cessent de repousser les frontières de la forêt amazonienne, pour faire du Brésil une superpuissance exportatrice de matières premières.

L’autoroute BR-210 symbolise à elle seule ce mouvement. Les travaux ont débuté en 1973, en pleine dictature militaire. L’idée était de rejoindre le Venezuela. Mais le chantier a été abandonné quatre ans plus tard et la route s’arrête net, en pleine jungle, à plus de 1.100 km du but.

Même inachevé, cet projet pharaonique ne passe pas inaperçu. Il y circule à peine une voiture par jour mais la voie, qui trace une grande cicatrice rouge à travers les collines recouvertes d’arbres, est étonnamment bien entretenue.

Calibi Waiapi, membre de la tribu du même nom, craint que le gouvernement ne décide de reprendre la construction de l’autoroute. Arborant une coiffe en plumes de perroquet, il fronce les sourcils rien que d’y penser.

« Cette route amènerait des voitures, des camions, de la violence, des drogues, des vols. Notre culture changerait. Les jeunes voudraient des téléphones portables, des vêtements, des ordinateurs », redoute l’homme de 57 ans.

« Si un grand nombre d’hommes blancs venait, ce serait la fin », lâche-t-il.

– Des flèches ‘pour Temer’ –

D’autres habitants plus exaltés envisagent de répondre de façon violente à toute tentative d’invasion. « Si Temer vient ici, voilà ce qu’il va recevoir », dit, menaçant, Tapayona Waiapi, en brandissant une longue flèche taillée dans une fine branche à la pointe fortement aiguisée.

Même si les Waiapi disposent de fusils pour la chasse depuis leur premier contact avec les autorités, en 1970, ils utilisent toujours des flèches, empoisonnées.

« Ce sont nos armes, pour ne pas dépendre d’armes non-indiennes », justifie Aka’upotye Waiapi, 43 ans, affairé à fabriquer un nouvel arc dans son village de Manilha.

Mais avec à peine 1.200 habitants éparpillés dans des villages difficiles d’accès, les Waiapi peinent à protéger leur territoire.

En mai, une mine illégale a été identifiée et fermée par les autorités à moins de deux kilomètres au sud de Pinoty.

Pour Jawaruwa Waiapi, 31 ans, se battre et fuir dans la forêt n’est pas une option. L’an dernier, il a été élu au conseil municipal de Pedra Branca, devenant le premier membre de sa tribu à occuper des fonctions officielles.

« Nous devons suivre une autre voie, adopter une nouvelle stratégie », dit-il. « Aujourd’hui, il ne faut pas se battre avec des flèches ou des lances, mais avec la connaissance, à travers la politique. C’est notre nouvelle arme. »

Romandie.com avec(©AFP / 25 octobre 2017 14h45)                

Etat d’urgence en Amazonie pour pollution due au mercure

mai 23, 2016

Le Pérou a déclaré lundi l’état d’urgence dans 11 districts de la région de Madre de Dios (sud-est), en Amazonie. Le pays y a détecté des niveaux de mercure anormalement élevés, liés aux nombreuses mines illégales.

Selon un rapport des autorités environnementales, il a été détecté dans ces zones une « pollution par le mercure des eaux des rivières, des espèces marines et de la population à des niveaux supérieurs aux limites autorisées ».

Plusieurs ethnies de la région présentent ainsi des niveaux excessifs de mercure dans l’organisme. « Ce qui entraîne des problèmes de santé sérieux, chroniques et complexes, particulièrement chez les enfants et les femmes enceintes », explique le rapport.

Ces niveaux sont la conséquence de « pratiques inadéquates par l’activité minière clandestine, durant l’extraction d’or ». La pollution touche aussi les poissons, notamment le Mota Punteada (Calophysus macropterus), un poisson-chat prisé par les populations locales. « Il n’est pas recommandé de consommer cette espèce », a déclaré à la presse étrangère le ministre de l’Environnement Manuel Pulgar-Vidal.

« Nous allons devoir vivre les 80 prochaines années avec les conséquences de l’activité minière dans la région de Madre de Dios a-t-il indiqué. Et d’ajouter qu' »il faut combattre cela à la racine » en fermant ces mines illégales.

Le ministre a précisé que l’état d’urgence permettra de mettre en place « des actions dans le domaine de la santé, des hôpitaux de campagne », mais aussi de « faire parvenir des aliments comme des poissons non-pollués » aux populations affectées.

Romandie.com