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«La France a gagné le respect du Pentagone»

septembre 1, 2011

Aux États-Unis, on juge déterminant le rôle joué par la France et Nicolas Sarkozy dans le conflit libyen.

Depuis qu’elle est arrivée sur le campus de l’American University il y a quelques jours, la jeune étudiante de master en science politique Charlotte de Wailly n’en revient pas d’entendre les étudiants en relations internationales qu’elle rencontre lui dire leur admiration pour l’action de Nicolas Sarkozy. «Il est pro-atlantiste et il a fait du superboulot en Libye en assumant le leadership alors que nous hésitions à le faire», lui ont-ils confié. «Quand on arrive de France où il est tellement critiqué, l’enthousiasme est frappant», note la jeune Française en riant. Ce mouvement positif de l’opinion, après les flots de fiel déversés sur la France par les tabloïds américains à la faveur de l’affaire DSK, témoigne de l’agréable surprise qui a saisi les élites politiques de Washington, en observant la gestion de la crise libyenne par Paris et Londres. Comme le note un récent article du New York Times, oubliée la période de 2003, où l’Amérique dépeignait les Français comme «des singes défaitistes mangeurs de fromage» et expliquait que «le dernier char produit par la France avait six vitesses, toutes branchées sur la marche arrière». «Quelque chose s’est passé… La France a joué un rôle majeur» en Libye, «gagnant le respect du Pentagone, qui regardait avec condescendance nombre d’armées européennes», écrit Elisabeth Bumiller dans le quotidien new-yorkais. L’action militaire de Paris est «un exemple de leadership pour le reste de l’Alliance», a confié un haut responsable militaire qu’elle cite.

Et pourtant, ce qui est intéressant dans cette reconnaissance d’une France apte au combat et à prendre l’initiative est qu’elle se fait à mi-voix et, dans une large mesure, à contrecœur à Washington. Attachée à son leadership militaire, obsédée par ses batailles internes, l’Amérique observe ce qui se passe en Libye du point de vue de sa contribution. Soit les analystes, encouragés par la communication de la Maison-Blanche, louent l’approche d’Obama et sa «victoire silencieuse», sa capacité «à diriger depuis les coulisses», sans apparaître au premier plan, comme le fait David Remnick dans le New Yorker. Soit, dans le sillage des ténors conservateurs, ils expliquent qu’Obama a affaibli le leadership américain en refusant de s’engager à fond et en laissant l’Otan en première ligne. Les mots France et Grande-Bretagne sont rarement prononcés sur les ondes.

«Partager le leadership»

En réalité, «il est difficile pour le Pentagone, de s’habituer à une position secondaire», note Elizabeth Bumiller. Selon une source diplomatique française, cette hésitation américaine entre admiration et scepticisme reflète en réalité une bataille interne au Pentagone entre deux approches. L’une en ligne avec la vision «réaliste» de la Maison-Blanche, estime que l’Amérique doit s’habituer à partager le leadership, «c’est-à-dire ses risques mais aussi la gloire».

L’autre clan, unilatéraliste, resterait très méfiant vis-à-vis de partenaires jugés peu fiables. Échaudé par une Europe qui a pris l’habitude de laisser l’Amérique assumer l’essentiel du fardeau militaire, sans doute veut-il en savoir plus sur la viabilité budgétaire de nos ambitions avant de se laisser séduire et vérifier qu’elles iront au-delà des considérations électoralistes présentes dans le calcul de Sarkozy. Notamment dans la période incertaine qui s’ouvre en Libye.

Lefigaro.fr par Laure Mandeville