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De Jacob Zuma à Brahim Bouhlel, le flop 10 des « losers » africains de 2021

décembre 31, 2021
Damien Glez © Damien Glez

Fin décembre, les palmarès des personnalités ayant marqué l’année se multiplient dans les médias. Mais qui sont les grands perdants ?

Engoncée entre la progression d’une pandémie moins bénigne qu’il n’y paraît et le recul proclamé de la démocratie, 2021 a connu son lot de parcours fauchés, plus ou moins momentanément. Sans tirer sur les ambulances des chahutés, des décagnottés ou des mis à l’index de collectifs journalistiques, tentons, par ordre décroissant, un hit-parade subjectif des plus gros losers de ces douze derniers mois.

10. Martin Camus Mimb

Damien Glez
Damien Glez © Damien Glez

Fallait-il que ça tombe sur lui ? Si le journaliste sportif et entrepreneur camerounais n’est pas le seul à abriter, dans son bureau, des ébats sexuels, c’est la sextape qu’il a lui-même tournée qui semble avoir inspiré un #MeToo local encore embryonnaire. Si la procédure judiciaire a établi que les relations filmées étaient consenties et si la carrière de Martin Camus Mimb semble devoir rebondir, à l’occasion de la CAN – si elle a lieu –, l’atteinte au droit à l’image restera dans les mémoires.

9. Jacob Zuma

Damien Glez
Damien Glez © Damien Glez

Une condamnation peut en cacher une autre. Enfoncé dans un long tunnel judiciaire où il est question de présumée corruption et de soupçons de conflit d’intérêt, Jacob Zuma s’est « offert le luxe », le 29 juin, d’une condamnation à 15 mois de prison pour « outrage à la justice ». En septembre, les autorités pénitentiaires sud-africaines acceptaient la mise en liberté conditionnelle de l’ex-chef de l’État. En décembre, la Haute cour de Pretoria ordonnait son retour en prison…

8. Le Doing Business de la Banque mondiale

Le 16 septembre, la Banque mondiale annonçait mettre définitivement fin à son rapport sur la « facilité de faire des affaires », suite à une enquête sur des irrégularités constatées dans la manipulation de données sur les éditions 2018 et 2020. L’impact de ces classements tronqués était déterminant pour les États en quête d’investisseurs étrangers. Or le trompe-l’œil servait davantage la Chine, l’Arabie saoudite ou l’Azerbaïdjan que l’Afrique.

7. La Fédération sierra-léonaise de football

Le 30 mars, Le Bénin accusait la Sierra Leone de « tentative de triche ». Alors que les deux équipes nationales de football devaient s’affronter dans un match déterminant pour les éliminatoires de la CAN 2021, les autorités sierra-léonaises brandissaient d’étranges tests – au stylo à bille sur feuille volante – affirmant que cinq Écureuils étaient positifs au Covid-19. Ouvrant la boîte de Pandore des reports, la Confédération africaine de football (CAF) reprogrammera, pour le 15 juin, la rencontre qui sera… de nouveau reportée.

6. Teodoro Nguema Obiang Mangue

Damien Glez
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En juillet, la Cour française de cassation confirmait la condamnation du vice-président équato-guinéen et fils du chef de l’État à trois ans de prison avec sursis et 30 millions d’euros d’amende pour « blanchiment d’abus de biens sociaux », « blanchiment de détournement de fonds publics » et « blanchiment d’abus de confiance », le tout en rapport avec des détournements présumés de fonds publics d’environ 150 millions d’euros, soit près de 100 milliards de F CFA.

5. Kamel Beldjoud

En plein mois d’août, alors que le gouvernement peinait à maîtriser des incendies qui feront des dizaines de victimes en Kabylie, le ministre algérien de l’Intérieur criait au complot. Il mettait à l’index « les mains criminelles » d’individus qui voudraient détruire l’Algérie. Les déclarations susciteront la controverse. L’ambiance de soupçons coûtera la vie à Djamel Bensmail, suspecté d’incendie volontaire puis lynché à Larbaâ Nath Irathen.

4. Kembo Mohadi

Le 1er mars, le second vice-président du Zimbabwe annonçait sa démission, au terme d’une série de fuites médiatiques concernant certains aspects de ses présumés ébats sexuels, notamment ses échanges avec une supposée maîtresse. Tout en quittant son poste, face à un buzz viral ingérable, le politicien de 71 ans dénonçait des enregistrements qui constituaient, selon lui, des « distorsions de l’information » par un « montage audio » aux allures de cabale politicienne.

3. Brahim Bouhlel

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Damien Glez © Damien Glez

2021 devait être l’année de la consécration pour le comédien d’origine franco-algérienne, grâce à son rôle « upgradé » dans la saison 2 de la série Validé. Mais il ratera les mondanités du lancement médiatique, condamné à 8 mois de prison ferme par la justice marocaine pour une parodie filmée dans le royaume qui aura déclenché une vive polémique. Ce n’est que le 5 décembre que Brahim Bouhlel quittera la prison de Marrakech pour la France…

2. George Weah Junior

Damien Glez
Damien Glez © Damien Glez

Pour des fêtes bruyantes en plein Covid, le fils du président libérien a provoqué un mini-incident diplomatique. Interpellé à Paris, malgré une invocation d’immunité diplomatique, dans la nuit du 1er au 2 février, pour « outrage et rébellion », embarqué au commissariat du XVIIe arrondissement, il sera condamné, en mai, à six mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Versailles. George Weah Junior devait verser plus de 20 000 euros aux voisins victimes des nuisances.

1. Amina Badiane

Damien Glez
Damien Glez © Damien Glez

Alors que la Miss Sénégal Ndèye Fatima Dione dénonçait publiquement, en novembre, les violences et agressions qu’elle aurait subies dans le cadre de son mandat – et qui auraient conduit à une grossesse –, la directrice du comité d’organisation de l’élection, Amina Badiane, déclarait que si la reine de beauté avait été violée, c’est qu’elle l’avait « bien cherché ». Tollé sur les réseaux sociaux et dénonciation d’une « culture du viol », à l’ère du #MeToo planétaire…

Damien Glez

Avec Jeune Afrique par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Sénégal : la Miss, la polémique et l’insupportable culture du viol

novembre 20, 2021
Miss Sénégal 2020, Fatima Dionne. © DR

La directrice du comité d’organisation de l’élection Miss Sénégal a provoqué un tollé en assurant que si Fatima Dionne avait été violée, c’est qu’elle l’avait bien cherché. Ses propos ont enflammé les réseaux sociaux… et refroidi les sponsors.

Comme mode de défense, Amina Badiane aurait difficilement pu faire pire. Le 18 novembre, la responsable du comité d’organisation de l’élection Miss Sénégal était interrogée par Dakarbuzz, site internet qui n’a jamais si bien porté son nom. L’occasion de revenir, en vidéo, sur les révélations de Ndèye Fatima Dione. Élue Miss Sénégal en 2020, elle avait dénoncé dans la presse les violences qu’elle avait subies alors qu’elle était reine de beauté. Sa mère avait révélé qu’elle était tombée enceinte à la suite d’un viol, commis lors d’un voyage organisé par le comité.

Mais Amina Badiane semble plutôt bien vivre avec la responsabilité qui pourrait être la sienne en tant que directrice dudit comité. « Un viol, c’est entre deux personnes, n’est-ce pas ? Ça ne concerne pas seulement une personne. Elle doit porter plainte si elle s’est faite violer », oppose-t-elle aux journalistes qui l’interrogent. Elle ajoute avoir des consignes très strictes sur les conditions d’entrée dans les chambres des jeunes femmes lors de leurs déplacements.

Apologie du viol

« Personne n’a le droit de rentrer, pas même des amis. Elles reçoivent une éducation très sévère », assure-t-elle, en demandant confirmation auprès d’une miss présente. Avant d’ajouter, en wolof, sans que personne autour d’elle ne moufte : « Kougnou violer, yaw la nekh ». Comprendre : « Si elle s’est faite violer, c’est qu’elle l’a voulu. » Une énormité qu’elle ose ponctuer d’un petit rire et d’un tout aussi scandaleux : « Après tout, elle est majeure. »

Il n’en fallait pas plus pour enflammer les réseaux sociaux, où les hashtags #JusticepourFatima se sont alors multipliés. Une pétition de la plateforme « Ladies club Sénégal », réclamant « le retrait immédiat de la licence d’exploitation de ce comité et sa dissolution », cumulait déjà plus de 50 000 signatures, samedi matin. D’autres voix se sont élevées pour réclamer la démission d’Amina Badiane de son poste.

Le 19 novembre, la société CFAO Motors Sénégal a annoncé mettre un terme au partenariat noué avec le comité et récupérer ses véhicules. « CFAO Motors Sénégal condamne fermement les propos tenus par la présidente du comité Miss Sénégal. Ces propos vont à l’encontre de nos valeurs », assure l’entreprise dans un communiqué. Depuis, plusieurs militants se sont exprimés pour demander des comptes aux autres sponsors du comité, dont font partie le ministère de la Culture et celui de la Santé.

LE DÉBAT SUR LA CULTURE DU VIOL S’IMPOSE DANS LA SPHÈRE PUBLIQUE

Si les déclarations de la responsable du comité sont particulièrement choquantes, le fond de son propos n’en demeure pas moins partagé par une partie importante de l’opinion. On est bien loin du dérapage auquel certains voudraient croire, oubliant combien la société sénégalaise est prompte à trouver des excuses aux hommes et à blâmer les femmes. Faut-il le rappeler ? Jusqu’en 2019, le viol était encore considéré comme un simple délit au Sénégal.

Forcer le débat

« Des propos comme ceux-là sont tenus tous les jours au Sénégal », regrette Jerry Azilinon, administrateur du mouvement Doyna luttant contre les violences faites aux femmes. Y compris, insiste ce militant dont l’association œuvre avec des femmes qui ont subi des violences, dans la bouche des professionnels censés prendre en charge les victimes, forces de l’ordre et agents des services de santé en tête. « Ils sont majoritairement peu formés sur ces questions, ont tendance à mettre le blâme sur la victime, à faire des remarques ironiques… Cela contribue grandement à banaliser les violences et à nourrir la culture du viol. »

Le tollé provoqué par les propos d’Amina Badiane témoigne-t-il d’une progressive prise de conscience concernant les violences faites aux femmes ? « Je ne sais pas si l’on peut parler d’amélioration, mais c’est sûr qu’il y a eu une prise de conscience ces dernières années. Le débat sur la culture du viol s’impose dans la sphère publique, estime Jerry Azilinon. Si des personnes tiennent ce genre de discours et que cela a des conséquences, les gens vont y réfléchir à deux fois. » Mais pour faire changer les mentalités, la route est encore longue.

Avec Jeune Afrique par Marième Soumaré – à Dakar