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Qui est Amina Mohamed la candidate africaine pour diriger l’OMC ?

mai 28, 2020

La Kényane Amina Mohamed est en lice pour remplacer Roberto Azevêdo à la tête de l'OMC.

La Kényane Amina Mohamed est en lice pour remplacer Roberto Azevêdo à la tête de l’OMC. © Flickr

 

Quelques semaines après que Roberto Azevêdo a annoncé sa démission, la diplomate et ministre kényane figure parmi les favoris pour le remplacer.

La décision de Roberto Azevêdo de quitter ses fonctions à l’OMC en août prochain, au lieu d’août 2021, a été suivie d’un intense lobbying pour le remplacer, en dépit du contexte marqué par une guerre commerciale et une pandémie.

« Nous avons besoin de quelqu’un ayant la bonne expérience, quelqu’un qui est attaché au système multilatéral… mais qui a également la stature politique pour être un facilitateur efficace et un constructeur de consensus, a indiqué Amina Mohamed dans une interview récente au Financial Times. « S’il se trouve que cette personne est Africaine ou que c’est une femme, je pense que ce sera tellement mieux ».

« Il est important d’être inclusif et de montrer que les membres savent que chaque partie du globe peut apporter une contribution positive à la fonctionnement de l’OMC », a-t-elle encore déclaré.

Un profil de diplomate aguerrie

Née en octobre 1961, Amina Mohamed a eu une longue carrière de diplomate avant de devenir ministre des Affaires étrangères, de l’Éducation et des Sports au cabinet du président Uhuru Kenyatta depuis 2013.

Après une formation juridique à l’Université de Kiev, Amina Mohamed a rejoint le gouvernement kényan en tant que juriste en 1985. Elle a passé la décennie suivante dans les rangs des postes diplomatiques du Kenya, à Genève et au Conseil de sécurité des Nations unies.

Entre 2000 et 2006, elle a été ambassadrice et représentante permanente auprès de la mission diplomatique du Kenya à Genève et a présidé le Groupe africain à la Commission des droits de l’homme de l’OMC. Elle a été la première femme à présider le Conseil général de l’OMC en 2005.

Son plus long mandat au sein de l’administration de Kenyatta a été ministre des Affaires étrangères de mai 2013 à février 2018. Après un passage dans l’administration du président Mwai Kibaki pendant son deuxième mandat, Amina Mohamed a été nommé directeur exécutif adjoint du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) en 2011.

Soutenue par Nairobi

Ce n’est pas la première fois que le Kenya soutient Amina Mohamed pour prendre les rênes de l’OMC. Elle faisait partie des candidats qui ont perdu face à Roberto Azevêdo en 2013. En 2017, l’administration Kenyatta l’a également proposée à la présidence de l’Union africaine pour remplacer le Sud-africain Nkosazana Zuma. Elle a perdu contre le Tchadien Moussa Faki.

Juste avant la démission d’Azevêdo, il a été rapporté que le Royaume-Uni lui avait demandé de remplacer l’actuelle secrétaire générale Patricia Scotland.

Diplomate et politicienne accomplie, la vaste expérience d’Amina Mohamed à l’OMC – elle a été la première femme à présider les trois organes les plus importants de l’organisation – pourrait lui donner un avantage sur les autres candidats, mais les efforts pour lutter contre la pandémie de Covid-19 ont compliqué la politique internationale relative au choix du successeur d’Azevêdo.

Un contexte géopolitique complexe

L’OMC se trouve actuellement dans une situation précaire, le président américain Donald Trump bloquant la nomination des juges alors qu’il est en pleine guerre commerciale avec la Chine. Depuis 2017, le président Donald Trump a menacé à plusieurs reprises de quitter l’organisation internationale qu’il accuse d’être injuste envers les États-Unis. Il a bloqué la nomination des juges à l’organe de recours de l’organisation, qu’il considère comme trop souple envers la Chine.

La position des États-Unis sur l’OMC, couplée à la pandémie, a paralysé l’organisation, alors que les pressions protectionnistes se répandaient. De nombreux observateurs y voient le bon moment pour un candidat africain pour de nombreuses raisons, parmi lesquelles le fait que ce serait la première fois qu’un Africain dirigerait l’OMC.

Amina Mohamed est en lice pour la position mondiale à un moment où l’OMC est en état de siège, non seulement en raison des effets du Covid-19 sur le commerce, mais aussi de la longue guerre tarifaire entre les États-Unis et la Chine.

«L’OMC n’est pas une question de dogme et de fragilité. Elle peut s’adapter et être flexible, et nous pouvons faire des compromis que nous devons faire pour nous assurer de créer des progrès, de répondre aux préoccupations et de saisir l’occasion », a-t-elle déclaré dans une interview en 2013.

L’ouverture de l’OMC intervient alors que le continent bloque les préparatifs de la plus grande zone de libre-échange du monde depuis la fondation de l’organisme mondial. Bien qu’il représente 35 % des pays en développement membres de l’OMC, aucun représentant de l’Afrique n’a jamais dirigé l’organisation.

Avec Jeune Afrique par Morris Kiruga

 

Présidence de la Commission de l’UA : forces et faiblesse des trois favoris

janvier 29, 2017

Zoom sur les trois principaux candidats à la succession de la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma. L’élection aura lieu durant le 28e sommet de l’Union africaine, les 30 et 31 janvier.

La présidente de la Commission de l’Union africaine Nkosazana Dlamini-Zuma, en novembre 2015. Crédits : Darrin Zammit Lupi/REUTERS
Si le passage de flambeau de la présidence de l’Union africaine (UA) entre le président tchadien Idriss Déby et son homologue guinéen Alpha Condé semble une affaire entendue, il n’en va pas de même pour la succession de la présidence de la Commission de l’organisation panafricaine.

Lors du 28e sommet de l’UA, qui se déroulera les lundi 30 et mardi 31 janvier à Addis-Abeba, l’organe exécutif de l’UA doit être entièrement renouvelé. Qui succédera à la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma, au bilan très décevant ?

Rien ne permet à ce stade de dire qui des cinq candidats en lice pour la présidence de la Commission de l’Union africaine emportera le vote prévu lundi, mais trois candidats abordent cette élection avec le statut de favori.

  • Abdoulaye Bathily, Sénégal

Plusieurs fois ministre au Sénégal, Abdoulaye Bathily, 69 ans, est assuré du soutien de la Commission économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao). L’organisation sous-régionale entend tirer les dividendes de son succès dans la gestion de la crise postélectorale gambienne pour donner des meilleures chances d’être élu à son candidat.

A en croire sa profession de foi, M. Bathily mise également, pour succéder à la Sud-Africaine NKosazana Dlamini-Zuma, sur son expérience dans la gestion des crises africaines. En effet, en sa qualité de représentant du secrétaire général des Nations unies en Afrique centrale, il a été fortement impliqué dans la recherche des solutions aux crises postélectorales au Burundi, au Gabon, au Congo-Brazzaville.

Il doit toutefois faire face aux critiques qui le présentent comme le candidat du Maroc, en raison de la trop grande proximité de la diplomatie sénégalaise avec Rabat.

  • Moussa Fakhi Mohamed, Tchad

Ministre des affaires étrangères du Tchad depuis 2008, M. Fakhi Mahamat, 56 ans, est un fidèle parmi les fidèles du président tchadien Idriss Déby Itno, actuel président en exercice de l’Union africaine. Outre sa connaissance des grands dossiers internationaux, le chef de la diplomatie tchadienne entend faire de l’engagement de son pays dans la lutte contre le terrorisme un argument électoral. Ce n’est pas le moindre atout dans le contexte actuel de la menace terroriste en Afrique.

Sa prétention à succéder à Mme Dlamini-Zuma est cependant affaiblie par l’absence de consensus sur une candidature unique en Afrique centrale, sous-région dont il est originaire. De plus, une partie de la société civile tchadienne milite contre sa candidature en mettant en avant l’absence de démocratie et le non-respect des droits de l’homme au Tchad. Pour ne rien arranger à sa candidature, s’y ajoute l’étiquette de candidat de l’Algérie.

  • Amina Mohamed, Kenya

Réputée « grande bosseuse », Amina Mohamed, 55 ans, ministre des affaires étrangères kényanes depuis 2013, présente un profil moins clivant que les deux autres favoris du scrutin. Elle jouit également d’une grande connaissance de la communauté internationale pour avoir été directeur adjointe du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et ambassadrice de son pays auprès de l’ONU à Genève. Atout non négligeable, Mme Mohamed bénéficie du soutien total de l’Autorité intergouvernementale pour le développement en Afrique de l’Est (IGAD).

Par ailleurs, elle pourrait tirer profit du rapprochement récent entre l’Afrique du Sud et le Kenya, première économie d’Afrique de l’Est. La position constante de son pays contre la Cour pénale internationale (CPI) très décriée au sein de l’UA pourrait également lui attirer des voix si elle devait départager MM. Bathily et Fakhi.

En revanche, la décision unilatérale de son pays de retirer à la fin de l’année 2016 ses troupes de la force africaine de paix en Somalie (Amisom) pourrait se retourner contre elle le jour du scrutin. Elle devra aussi compter avec le fait que son compatriote Eratus Mwancha a occupé pendant huit années le poste de vice-président de la Commission de l’UA.

Le ministre équato-guinéen Agapito Ba Mokuy, 51 ans, et l’ancienne ministre botswanaise Pelonomi Venson-Moitoi, 65 ans, devraient, quant à eux, plutôt jouer les trouble-fête, même si la désignation du président de la Commission obéit surtout à des critères politiques.

Lemonde.fr par Seidik Abba, chroniqueur Le Monde Afrique, Addis-Abeba, envoyé spécial