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Droits des femmes en Afrique : Aminata Touré réclame des moyens financiers

mars 7, 2022
Une jeune fille arrive aux cours du soir dans le quartier de Ouakam, à Dakar, le 16 janvier 2019. © Zohra Bensemra/REUTERS

À l’occasion du 8 mars, l’ancien Premier ministre du Sénégal invite les dirigeants africains à oser délier les cordons de la bourse pour que les femmes deviennent de véritables actrices de l’émergence économique et sociale du continent.

Tous les ans, le 8 mars replace les femmes – la moitié du ciel – au cœur de l’actualité, pour cette seule et unique journée qui leur est internationalement dédiée. Une fois encore, gouvernants, médias et bien-pensants rappellent la place importante qu’elles occupent dans la société africaine, leur rôle central dans la famille, leur complémentarité indispensable à l’homme et tutti quanti.

Miser sur les femmes

Il va pourtant falloir accélérer la cadence de l’avancement de leurs droits, dans un contexte post-Covid qui révèle une gestion de la pandémie somme toute concluante, le continent n’ayant pas enregistré ces millions de morts que lui prédisaient de nombreux oiseaux de mauvaise augure. En effet, les gouvernements africains ont su mettre à profit leurs expérience et expertise vieilles de plusieurs décennies en matière de lutte contre les épidémies.

Il va falloir renforcer cette confiance en nous pour relancer au plus vite nos machines économiques et donner une nouvelle impulsion à notre développement durable. Pour ce faire, nos dirigeants devront miser sur les femmes en transformant encore plus vite leurs conditions de vie et en leur ouvrant toutes les opportunités qui feront d’elles de véritables actrices de l’émergence économique et sociale de notre continent.

Il est indéniable que les droits des femmes ont connu une progression importante durant ces dernières décennies, grâce au travail inlassable des associations et des mouvements féminins. Ils ont incontestablement fait évoluer les mentalités et influencé les États, qui ont davantage investi dans l’éducation des filles, la santé de la mère et de l’enfant, et ont favorisé l’implication des femmes dans les instances de décision avec des résultats tangibles.

EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE, LA MOYENNE RÉGIONALE DE FEMMES SIÉGEANT AU PARLEMENT EST DE 23,7 %

Au Sénégal, par exemple, depuis deux ans, une petite révolution passe inaperçue : pour le concours de l’entrée en classe de sixième consacrant la fin de l’école primaire et l’accès au collège d’éducation moyen secondaire, il y a eu plus de filles présentées à l’examen que de garçons.

Autre avancée : en dépit de fausses croyances,  la fécondité en Afrique est en baisse depuis trente ans : elle est passée de 6,6 à 4,5 enfants en moyenne par femme, avec des écarts importants suivant les régions – en Afrique australe et en Afrique du Nord notamment, la moyenne est de 3 enfants par femme. De plus, par rapport à 1990, dans le cadre des Objectifs du Millénaire pour le Développement, la mortalité des enfants de moins de 5 ans a été réduite de 50 % en 2015.

La représentation des femmes dans les instances de décision a aussi connu des progressions notables. En Afrique subsaharienne, la moyenne régionale de femmes siégeant au Parlement est de 23,7 %, avec des pays-champions comme le Rwanda (61,3%), l’Afrique du Sud (42,7%), la Namibie (46,2%) et le Sénégal (41,8%). Selon le rapport 2019 de la Commission du statut de la femme des Nations unies, par rapport à 2017, davantage de femmes africaines sont en charge de portefeuilles traditionnellement réservés aux hommes, comme ceux de la Défense, des Affaires étrangères et des Finances.

La preuve par … l’argent

Ces avancées sont certes appréciables mais il faut accélérer les changements stratégiques qui propulseront plus rapidement les Africaines dans l’ère de la modernité et de l’égalité. Pour cela, rien de mieux que la preuve par … l’argent. Les budgets nationaux devront être restructurés en vue d’établir des benchmarks traçables mettant en évidence les investissements particulièrement dédiés aux femmes dans les domaines-clé que sont la santé, l’éducation, l’emploi décent, l’accès aux ressources ou la participation effective aux sphères de décision.

Chaque ministère devra dévoiler devant les parlements qui votent le budget national les allocations budgétaires spécifiques consacrées à l’avancement des droits des femmes et des filles. Dans le domaine de la santé, il est important que des lignes budgétaires conséquentes soient consacrées aux programmes de santé de la reproduction afin d’en finir avec la mortalité maternelle et infantile qui, bien qu’en nette baisse, reste la plus forte au monde.

Priorité à l’éducation des filles

Dans de nombreux pays africains, l’accès aux contraceptifs relève encore du parcours du combattant, notamment pour les femmes rurales, sous-informées et éloignées de tout poste de santé.

IL EST URGENT QUE LES PAYS AFRICAINS ASSURENT LE FINANCEMENT SUR FONDS PROPRES DES STOCKS DE CONTRACEPTIFS

Les stocks de contraceptifs restent fortement dépendants des financements extérieurs. Par conséquent, il est urgent que les pays africains en assurent le financement sur fonds propres afin que les femmes du continent puissent choisir plus librement la taille de leur famille. L’éducation des filles doit être une priorité notamment pour ce qui concerne leur maintien dans le système scolaire secondaire et universitaire. Le financement d’internats féminins et de bourses d’études permet de donner plus de chance aux filles issues de milieux défavorisées.

Processus d’industrialisation

L’agriculture est le secteur qui occupe la majorité des travailleurs en Afrique ;  il est donc impératif  de renforcer le leadership des femmes par des allocations budgétaires spécifiques en vue du financement de programmes favorisant leur l’accès à la terre, aux matériels agricoles modernes et aux crédits bancaires pour développer des chaines de valeur agricoles.

LES ÉTATS DEVRONT FAIRE LE PARI DE TRANSFORMER CES MILLIERS D’ENTREPRENEUSES DU SECTEUR INFORMEL EN CAPITAINES D’INDUSTRIE

Dans le même élan, les Africaines devront être parties prenantes du processus d’industrialisation du continent. Les États devront faire le pari de transformer ces milliers d’entrepreneuses du secteur informel en capitaines d’industrie. Par exemple, les braves « nanas-benz » du marché de Cotonou,  oligarques de la vente et revente du textile importé, devraient passer à l’étape de chefs d’industrie de fabrication du textile.

En matière de participation aux instances de décision, il est temps que l’Union africaine consacre l’obligation de la parité absolue à tous les postes électifs et nominatifs. Ce ne serait que justice puisque nous sommes, hommes et femmes, égaux en droits et obligations, suivant les Constitutions que nous nous sommes choisies.

Aminata Touré

Avec Jeune Afrique par Aminata Touré

Ancienne Première ministre du Sénégal, ancienne présidente du Conseil économique, social et environnemental.

Guinée: la fille de Sékou Touré entre en politique

mars 5, 2018

Aminata Toure, à Conakry), en février 2018. © Youri Lenquette pour JA

La liste indépendante qu’elle conduisait dans l’une des plus stratégiques communes de la capitale est arrivée en tête aux municipales. Rencontre avec Aminata Touré.

 

Elle est assise sur un canapé blanc, dans la cour d’un immeuble de Sandervalia. Des femmes vêtues et coiffées de pagnes aux couleurs chatoyantes se pressent autour d’elle. De nombreux jeunes tentent de se frayer un chemin pour la voir. Depuis un quart d’heure, des responsables du Parti démocratique de Guinée (PDG, ex-parti unique) se relaient pour la présenter, elle, « la fille de Sékou ». Sous les applaudissements, Aminata Touré se lève. Un verre tombe et se brise. Pour la petite foule désormais assise, c’est un signe. « Esprit Sékou, es-tu là ? » On regarde Aminata. Et on revoit Sékou. Même visage massif et « la peau bien noire », comme elle dit.

Trente-quatre ans après la mort de Sékou Touré, l’aînée de ses trois enfants s’engage en politique, comme son cadet, Mohamed, qui a repris les rênes du PDG en 2010. Mais, à 64 ans, c’est à la tête d’une liste indépendante, Kaloum Yigui (« l’espoir de Kaloum »), qu’elle a choisi de se présenter aux communales et qu’elle s’est imposée.

Pendant plusieurs semaines, accompagnée de ses proches conseillères et fidèles amies, dont Mamakalas Traoré, sa « dir cab », elle a défendu son programme. Elle a passé un pacte social avec les Kaloumkas, leur promettant « une ville propre et moderne ». « Kaloum, c’était le quartier de Sékou Touré, celui où mon grand-père avait une concession, celui où j’ai grandi, au palais présidentiel, rappelle-t-elle. Je rêve qu’il redevienne ce qu’il était. »

Loin du brouhaha, dans son QG, près de la corniche, de vieux serviteurs de Sékou l’entourent, comme Anta Cheick Condé, coiffé du même calot blanc que celui qu’arborait le père de la nation. « Nous, nous l’appelons Sékou Aminata Touré, c’est sa digne héritière, une grande dame, elle ira loin », affirme-t-il.

L’Histoire jugera. Il faudra du temps pour savoir précisément ce qu’il s’est passé

Comme son illustre père, qu’elle trouvait « beau dans ses grandes tenues blanches », Aminata Touré met un point d’honneur à être toujours élégante. Bien éloignées des discours marxistes-léninistes du Sékou des années 1960, ses idées correspondent plutôt à la phase libérale de la fin de son régime.

Cap sur Sékhoutouréya ?

« Je suis une femme de mon temps, réaliste. En tant que chef d’entreprise dans le BTP, je pense qu’il faut de la libre entreprise, mais il ne faut pas oublier le social, insiste-t-elle. C’est une fierté d’être la fille de celui qui a posé un acte fort le 2 octobre 1958, non seulement pour la Guinée, mais pour toute l’Afrique. » Et les purges, les disparus du camp Boiro ? « L’Histoire jugera. Il faudra du temps pour savoir précisément ce qu’il s’est passé. »

Elle retient surtout les bons souvenirs, comme « les dîners en famille au palais, très tard le soir ». Ou cette fois où « j’étais très malade et c’est papa lui-même qui m’a emmenée à l’hôpital en me portant dans ses bras ». Aminata Touré dit avoir surtout gardé les valeurs « de travail, d’humilité, d’intégrité » qu’il lui avait enseignées.

« Mon père ne s’est jamais enrichi sur le dos des Guinéens. Quand nous étions petits, il nous obligeait, mes frères et moi, à aller à l’école à pied, on n’avait pas de chauffeur. Et on faisait des madeleines pour les enfants pauvres. »

Quant aux pires moments, les tentatives de putsch, la prison, puis les années d’exil aux États-Unis après le décès de son père, en 1984, elle préfère ne pas en parler et regarder devant. Certains verraient d’ailleurs bien la tête de liste de Kaloum Yigui devenir l’espoir de tout un pays et, pourquoi pas, revenir un jour au palais présidentiel de Sékhoutouréya, « chez Sékou Touré », en soussou.

Jeuneafrique.com

Sénégal: le président Macky Sall limoge son Premier ministre Aminata Touré

juillet 4, 2014

Dakar – Le président sénégalais Macky Sall a limogé vendredi Mme Aminata Touré qui était Premier ministre depuis dix mois, selon un communiqué officiel qui ne fournit aucune explication sur cette décision survenue moins d’une semaine après la défaite de Mme Touré à des municipales à Dakar.

Il est mis fin aux fonctions de Madame Aminata Touré, Premier ministre de la République du Sénégal, indique un décret signé du président Sall dont l’AFP a reçu une copie et qui ne mentionne pas le sort du reste de l’équipe gouvernementale.

Interrogée par l’AFP à ce sujet, une source à la présidence a répondu: La démission du Premier ministre signifie la dissolution du gouvernement.

Le président de la République vient de mettre fin aux fonctions du Premier ministre, il profite de cette occasion pour, une fois de plus, rendre hommage au Premier ministre Aminata Touré pour son dévouement à ses côtés et la félicite pour le travail accompli dans la quête d’un nouveau devenir pour le peuple sénégalais, déclare la présidence.

Le président Sall remercie également l’ensemble des membres du gouvernement pour leur engagement hardi à la tête de leurs départements respectifs et les sait toujours disponibles au service de la République, conclut-elle.

Peu auparavant, deux membres de l’entourage de Mme Touré avaient affirmé à l’AFP qu’elle avait été démise de ses fonctions par le président Sall.

Aminata Touré, 51 ans, responsable de l’Alliance pour la République (APR, parti du président Macky Sall), avait été nommée Premier ministre le 1er septembre 2013 en remplacement d’Abdoul Mbaye, dont elle était la ministre de la Justice.

Son départ du gouvernement intervient moins d’une semaine après les élections municipales et départementales du 29 juin.

Dans la capitale, la liste dirigée par Mme Touré a été devancée par une coalition dissidente emmenée par le maire sortant de Dakar Khalifa Sall, selon la presse locale.

Depuis sa défaite face à Khalifa Sall, (elle) était sur la sellette, a indiqué la radio nationale sénégalaise RTS.

Les résultats officiels de ces élections locales étaient toujours attendus vendredi soir.

Mais, d’après des chiffres rapportés par de nombreux médias locaux, l’APR a perdu de grandes villes comme Dakar et plusieurs ministres ont été battus dans leurs circonscriptions lors des locales. Toutefois, la coalition au pouvoir, appelée Benno Bokk Yaakaar (BBY, Ensemble pour le même espoir en langue wolof) aurait gagné dans plus de 70% des circonscriptions électorales du pays.

La coalition BBY est allée aux locales divisée dans de nombreuses circonscriptions où ses responsables ne sont pas parvenus à s’entendre sur des listes communes. Le parti APR a fait bande à part dans plusieurs collectivités où il a été battu par des listes de ses alliés, en particulier à Dakar.

Née le 12 octobre 1962 à Dakar, Aminata Touré est surnommée par la presse locale Mimi Touré – Mimi étant un diminutif d’Aminata au Sénégal.

Diplômée en économie et en gestion notamment, formée au Sénégal, en France et aux États-Unis, elle fut experte des Nations unies dans plusieurs pays et a notamment dirigé le département des droits humains du Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP).

Elle était la deuxième femme à occuper le poste de Premier ministre dans le pays après Mme Madior Boye qui a été chef de gouvernement de mars 2001 à novembre 2002.

Dans sa déclaration de politique générale devant les députés en octobre 2013, elle s’était engagée à répondre aux demandes sociales urgentes de la population et relancer l’économie au Sénégal, en espérant porter le taux de croissance moyen à 6% (…) sur la période 2013-2017.

Actuellement, avait-elle dit, près d’un ménage sénégalais sur deux reste pauvre et le phénomène, plus accentué dans les zones rurales, touche 57,3% des ménages. Aujourd’hui, au moins huit régions sur les 14 que compte le pays ont une incidence de pauvreté jugée très forte, de plus de 60%.

Romandie.com avec(©AFP / 04 juillet 2014 23h13)