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Congo: qui était André Grenard Matsoua ?

mai 2, 2018

Devoir de mémoire

 

Né en1899 à Mandzaka-Kinkala dans la région du Pool, André Matswa est l’aîné de sa famille, son père N’Goma et sa mère N’Kousou appartiennent à la communauté KONGO. Il reçoit une formation catholique à M’Bamou chez les pères du Saint-Esprit et devient catéchiste à la mission de Kindamba dans la région de M’Pangala-Mayama dans le Pool, où il jouit d’une popularité croissante auprès des villageois et des employés de la mission. Mais ses préoccupations dépassent le plan strictement religieux, et il s’intéresse davantage aux rapports entre Blancs et Noirs dans les Colonies et à l’avenir du Congo. Curieux et soucieux de s’aguerrir intellectuellement il abandonne son apostolat pour Brazzaville.

Matswa habite le quartier de Bacongo de 1919-1921 et se fait remarquer par ses pairs dans des réunions où il étonne par sa connaissance des problèmes socio-politiques de la région du Pool et du Moyen-Congo, sa réputation dépasse alors très vite Bacongo. Son ambition est de partir pour la France, il est refoulé une première fois à Anvers puis Bordeaux, obtient finalement un laissez-passer provisoire pour Marseille en 1923 et intègre le 22e régiment des Tirailleurs sénégalais au printemps 1925. Il sert ensuite pendant la Guerre du Rif et est promu sous-officier.

De retour de la guerre, il s’installe à Paris en 1926 comme comptable à l’hôpital Laennec et suit des cours du soir destinés aux «indigènes» des colonies. C’est par la connaissance d’autres émigrés noirs, pour la plupart intellectuels, qu’il fréquente les cercles parisiens de gauche où se chuchotent les idéaux nouveaux contre les injustices et les brimades de la colonisation. On y parle d’André Gide et de son Voyage au Congo, de Leo Frobenius et de son Histoire de la civilisation africaine du Noir, de René Maranauteur du célèbre roman Batouala, paru en 1921. Il rencontre l’Antillais Jules Alcandre, directeur du journal Europe-Colonies, avec lequel il se lie d’amitié. Dans l’un de ces salons on lui conte l’histoire du Dahoméen Kojo Tovalou Houénou qui a servi durant la Première Guerre mondiale et crée une mouvance de protestation contre le régime colonial et de lutte pour l’amélioration des conditions des colonisés.

Matsawa est donc si influencé par les idées de ces milieux qu’il se construit une éducation politique, prend le nom de « Grénard » et fonde à Paris, en juillet 1926, l’Amicale des originaires de l’Afrique-équatoriale française, popularisé plus tard en Afrique sous l’appellation « Mikalé» destinée à « secourir les Noirs libérés du service militaire en France », société d’entraide très classique qui met en avant des objectifs éducatifs et surtout se défend de toute prise de position politique. Le programme de cette association vise à former une élite africaine, surtout congolaise dans le but de hâter l’évolution de l’Afrique centrale.

Son désir est d’obtenir l’indépendance de son pays par des moyens pacifiques. Un des soucis constants de Matswa est d’axer son combat sur l’égalité afin que son mouvement ait plus d’impact. Avec cette amicale il tient à former une élite politique en vue d’entamer le dialogue avec le gouvernement colonial. Parmi les membres à la création de l’association il y a : Constant Balou, Pierre Kinzonzi, Pierre N’Ganga, Lucien Tchicaya, Kangou.

Les délégués envoyés au Congo pour faire connaître les buts de l’amicale seront arrêtés. Puis c’est au tour de Matswa qui est arrêté en décembre 1929, condamné en avril 1930 à trois ans de prison et dix ans d’interdiction de séjour au Moyen-Congo. Grénard et ses compagnons sont déportés à la prison de Fort-Lamy à N’Djaména au Tchad. Néanmoins, l’œuvre de Matswa est considérable. Le nombre des amicalistes habitant en A.E.F est de 13.000, à partir de Brazzaville le siège social, d’autres sections sont créées à Libreville, Bangui et Léopoldville.

Les arrestations de Matswa et des membres de l’amicaliste provoquent des contestations et des mouvements de grèves importants dans la région de Brazzaville. Certains chefs traditionnels, principalement Lari, mènent les mouvements. En mai 1930, Brazzaville est paralysée, les chantiers sont vides, les employés de l’administration, les commis des grandes maisons de commerce, cuisiniers, maîtres d’hôtels ont quitté leur travail. Les marchés de la ville principalement tenues par la communauté Lari sont fermés et ces troubles menacent de handicaper la ville de Pointe-Noire dont l’approvisionnement en manioc dépend de Brazzaville. L’administration coloniale use de représailles et d’arrestations. Les chefs sont expulsés et renvoyés dans leurs villages. Quelques personnes connues sous le nom de « flatteurs noirs » dénoncent aux autorités les meneurs des troubles, qui persistent. Le 14 juillet 1930 est boycotté et la place de la mairie de Brazzaville est vide. Le gouverneur de L’A.E.F de l’époque Raphaël Antonetti intensifie le travail forcé et dissout l’amicale qui devient une association clandestine.

Les sympathisants de Matswa et amicalistes reprennent espoir avec la désignation comme gouverneur d’Édouard-Renard, qui va attirer la sympathie pour sa gouvernance plus souple et son ouverture à l’évolution des conditions et statuts des colonisés. Une de ses mesures est d’annuler la dissolution de l’amicale et d’autoriser aux amicalistes une liberté d’action totale. Mais lorsque son avion, qui devait rejoindre le Tchad en mars 1935, s’écrase à Boloko, au Congo-Belge, cela est perçu comme un complot de la part des amicalistes qui croyaient à une rencontre entre le gouverneur et Matswa.

Matswa surprend tout le monde lorsqu’il s’échappe de prison le 17 septembre 1935 et atteint Jos au Nigeria. Le gouverneur François-Joseph Reste de Roca, qui a remplacé Renard, réclame son extradition aux autorités britanniques qui refusent. Malade, Matswa décide de repartir au Tchad. Il est arrêté à Berbérati, réussit à s’échapper de nouveau et atteint le Congo belge en passant par Bangui. Il est recueilli par Prosper Mahoukou, un des leaders de l’amicale au Congo belge qui lui met en contact d’autres pairs, et cela lui permet d’organiser et de redéfinir les lignes de conduite de l’association.

Les amicalistes cotisent les fonds nécessaires au voyage de Matswa pour la France. Il retourne donc à Paris avec un nom d’emprunt codé « André M’Bemba Loukéko-Kivoukissi» (qui signifieraient sauveur-libérateur). Il change plusieurs fois de domicile car il est surveillé par la police française. Il est difficile de savoir si c’est par loyauté où par crainte de la justice française qu’il s’engage pour la seconde fois en 1939.

Au front, Matswa est blessé au début de l’année 1940, opéré et soigné à l’hôpital militaire Beaujon à Paris, lorsqu’il est sur le point de repartir à la guerre à la fin de sa convalescence, deux gendarmes arrêtent Matswa le 3 avril 1940. Il est extradé au Congo et condamné en février 1941 à la prison et aux travaux à perpétuité. Il meurt dans des conditions suspectes en janvier 1942 dans la prison de Mayama.

Le groupe Lari à l’époque refuse d’admettre cette mort qui les priverait d’un leader politique qui œuvre aussi pour l’essor de ce groupe sur la scène politique congolaise. Certains de ses sympathisants attendent son retour et cette attente aboutit au développement de cultes et d’un mysticisme autour de la personne d’André Grénard Matswa. Homme politique avisé et lucide, Matswa n’avait sans doute pas pressenti ni voulu après sa mort, une déification et la création par ses compatriotes d’un mouvement religieux portant son nom : le Matsouanisme.

Le combat d’André Grénard Matswa s’inscrit dans la lignée des mouvements de contestation menés par des nationalistes et syndicaux africains dans les années de l’entre-deux guerres (1919-1939), contre le système colonial et militent pour l’indépendance.

Source. W. Archive France

Photo de BrazzaNews.

Devoir de Mémoire: De la souffrance des colons à celle de Sassou Nguesso

février 12, 2017

 

matsoua

A l’époque d’André MATSOUA, nos anciens du Nord au Sud s’étaient unis pour lutter contre la répression coloniale.

Dans la troisième lettre adressée aux autorités coloniales, André Matsoua, dit Matricule 22, s’insurge contre le Code de l’indigénat qui entérine l’infériorité du noir colonisé (4 juin 1928) et critique sévèrement les Frères TRECHOT (Maloukou Tréchot), qui asservissent les Congolais du Nord, avec leurs  sociétés concessionnaires.

C’est ainsi que des Congolais originaires du Nord vont rejoindre MATSOUA dans son combat, en l’occurrence Jacques OPANGAULT, Jean Charles KIBA, Moise ECKOMBOND, Jacques MOUENE KOLO, Pamphile ADADA.

De toutes ses nombreuses lettres, celle du 26 janvier 1928 qui indexa directement les adeptes de la Franc-maçonnerie, fut la plus injurieuse aux yeux de l’autorité coloniale : « André Matsoua dénonce tout autant la stagnation économique de l’AEF comparée au formidable essor du Congo belge (12 novembre 1928).

Le décryptage de ces préoccupations fait apparaître deux exigences politiques majeures : l’accession à la citoyenneté et la réforme du travail obligatoire. »

Arrêté en France, sous un motif fallacieux, André Matsoua sera expédié au Moyen Congo pour y être jugé. Il est lourdement condamné, à la suite d’un procès expéditif – une parodie judiciaire qui s’ouvre le 2 avril 1930 sur la place de la Mairie de Brazzaville. André Matsoua, dit Matricule 22, va susciter une révolte populaire.

Les populations qui font irruption dans la salle, ont décidé de le libérer.

« Elles s’attaquent à tout ce qui symbolise l’administration coloniale. La bagarre devient générale. Les prisonniers sont exfiltrés de la salle d’audience.

Les foules brazzavilloises ont fait une chose sans précédent. Des Noirs ont osé affronter directement l’administration coloniale dans la capitale de l’AEF.

Ainsi commence ce que la mémoire coloniale a appelé l’affaire Balali, définie comme une dégradation des rapports entretenus avec les Européens qui donne lieu selon les circonstances, à des crises épisodiques d’une certaine gravité. Elle va globalement durer trente ans (1926-1956). »

Aujourd’hui, les mêmes causes produisent les mêmes effets sous une autre forme, car le Peuple Congolais fait aujourd’hui face à un régime totalitaire sous la houlette de Denis Sassou Nguesso, qui maintient le Peuple dans la misère, la terreur et le péril, pour le soumettre à sa volonté.

Nous devons vaincre les nouveaux colons noirs comme nos anciens se sont affranchis de l’asservissement colonial d’antan.

Cette page glorieuse de notre Histoire fait parti des ponts entiers que certaines personnes veulent étouffer pour d’avantage nous réduire a l’esclavage intérieur du clan au pouvoir.

Le Peuple a le droit de savoir, pour s’unir et se libérer de la tyrannie intérieure et les influences nocives extérieures.

 

Zenga-mambu.com avec Front des Jeunes Nationalistes – FJN