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Au Parlement panafricain, francophones et anglophones en viennent aux mains

juin 3, 2021
Lundi 31 mai, à Midrand en Afrique du Sud, l’élection des dirigeants du Parlement panafricain a tourné à la bagarre générale.

Les députés de cet organe consultatif de l’Union africaine, réunis à Midrand en Afrique du Sud, se déchirent à propos du mode de scrutin pour élire leur nouveau président.

Et l’hémicycle se transforma en arène. Un coup de pied s’élève au niveau du visage d’une parlementaire qui tentait de séparer deux députés. Une élue zimbabwéenne jette une bouteille d’eau sur un confrère. « Nous sommes agressés par l’Afrique du Sud ! » hurle une femme dans son micro. Le chaos. Par chance, le high-kick envoyé par le Sénégalais Djibril War au nez de sa consoeur sud-africaine Pemmy Majodina a manqué sa cible, et le coup de poing vengeur que celle-ci lui a adressé en retour ne l’a pas blessé. Une seule victime est à déplorer : la réputation du Parlement panafricain.

Fronde de l’Afrique australe

Cet organe de l’Union africaine, inconnu du grand public et sans pouvoir, doit renouveler son bureau composé d’un président et de quatre vice-présidents. Chacun de ces cinq élus sont issus d’une région différente (Afrique du Nord, de l’Ouest, de l’Est, centrale et australe) pour assurer une représentation équitable du continent. Cependant, le mode de scrutin (un parlementaire, un bulletin) ne garantit pas la présidence aux différents caucus. Depuis la création du Parlement en 2004, aucune élection n’a été remportée par l’Afrique australe. D’où la fronde des députés de cette région.

JE VAIS TE TUER QUAND ON SERA DEHORS, MENACE JULIUS MALEMA À L’ATTENTION D’UN HOMOLOGUE MALIEN

« C’est vrai que l’Afrique de l’Ouest est puissante », admet Haidara Aissata Cissé, candidate malienne à la présidence. Sans la suspension du Mali par l’Union africaine synonyme de disqualification, la députée se voyait déjà élue : « avec l’Afrique centrale et quelques pays d’Afrique du Nord, on gagne, c’est clair, affirme-t-elle. C’est la règle du jeu et c’est ça la démocratie. » Mais ce processus électoral déplaît aux députés d’Afrique australe, qui font de l’obstruction pour exiger une réforme du scrutin. Ils réclament une présidence tournante, comme cela se fait à l’Union africaine. « No rotation, no election », scandent-ils.

Premier blocage jeudi 27 mai, après l’annonce d’une contamination au Covid-19 d’un membre du personnel de l’Assemblée. Une fausse excuse pour repousser le vote, s’insurgent plusieurs députés francophones. « Les élections auront lieu, on ne va pas accepter ce report ! » défie l’un d’eux sous les applaudissements. Le Zimbabwéen Chief Fortune Charumbira, président par intérim et candidat à sa succession, appelle au respect des protocoles sanitaires et à la suspension de la séance. Les francophones lui reprochent une solidarité régionale avec les pays qui bloquent le processus électoral. « J’ai l’impression que tout est fait pour empêcher la tenue des élections », déplore un francophone.

La tension monte. Quelques rangs derrière, deux députés ont quitté leur siège et se pointent du doigt comme des escrimeurs. « Je vais te tuer quand on sera dehors », menace Julius Malema, leader du parti sud-africain des Combattants pour la liberté économique (EFF) à l’attention d’un homologue malien. Prêt à bondir, ce dernier finira par descendre quelques rangs plus bas pour se soustraire aux provocations de Malema. Un avant-goût des altercations à venir. La séance est levée, jusqu’à la semaine suivante.

Deux blocs linguistiques et culturels

Inlassablement, le lundi 31 mai et le mardi 1er juin, le sujet de la présidence tournante revient sur la table et envenime les débats. « On nous avait promis de mettre en place le principe de la rotation en 2015, puis en 2018 », s’agace un représentant de l’Afrique australe qui qualifie la situation de « crise ». « Les ennuis ont commencé quand Roger [le Camerounais Roger Nkodo Dang] a été réélu pour un deuxième mandat, souligne par téléphone Chief Fortune Charumbira. Ils nous promettent toujours que la prochaine fois sera celle de la rotation, mais c’est sans fin ! »

NOUS, LES AFRICAINS DE L’OUEST, ON VA VOUS MONTRER, NOUS AVONS UNE TRADITION DE BATAILLE

À mesure que la tension monte, le débat prend la forme d’une confrontation entre deux blocs linguistiques et culturels. « On ne va pas toujours avoir des élections francophones ici ! Ce n’est pas un Parlement francophone, c’est un Parlement africain », s’insurge un député dans l’angle mort d’une caméra. Interrogé par une télévision locale, Julius Malema allume une nouvelle mèche : « Les francophones admirent toujours leurs colonisateurs, ils continuent de vénérer les symboles de la France. D’ailleurs ils se perçoivent comme français. Ils nous voient comme leurs ennemis, mais nous on ne les voit pas comme ça. »

Retourné à son hôtel, le député sénégalais Djibril War se dit victime d’insultes. « Ils nous prennent pour des petits sauvageons, mais nous on a notre dignité. Ils nous traitent de tous les noms avec leurs vassaux. » Auteur du coup de pied (il s’est excusé auprès de la députée sud-africaine et a affirmé qu’il ne voulait pas la viser), War ne verse pas dans la repentance : « Nous, les Africains de l’Ouest, on va vous montrer, nous avons une tradition de bataille. »

« Appelez la police, c’est urgent ! »

Symbole de cette confrontation, la bagarre générale du 1er juin pour arracher l’urne en plastique censée recueillir les bulletins de vote. Effrayé par la tournure des événements, un député lusophone s’en remet aux forces de l’ordre : « Appelez la police s’il vous plaît, c’est urgent ! On n’est pas venu ici pour assister à une bagarre. » La police n’interviendra pas. Son mandat est de protéger le Parlement des agressions venues… de l’extérieur. Sur Twitter, le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, dénonce « des scènes de violence choquantes ». Dans une lettre envoyée aux parlementaires, il suggère de suspendre toute activité pendant un mois.

« Aucun député n’est prêt à revenir en Afrique du Sud », prévient le Camerounais Roger Nkodo Dang, qui dénonce un climat d’insécurité. « On peut faire la session dans n’importe quel autre pays », ajoute la Malienne Haidara Aissata Cissé. De son côté, Julius Malema demande l’intervention de l’UA et requiert une suspension de séance jusqu’en octobre prochain.

Déjà fortement ralentie par la pandémie, l’activité du Parlement risque de s’enliser. « Notre mandat, ce n’est pas la rotation, ce n’est pas la présidence, c’est s’attaquer aux problèmes des peuples africains », martèle Roger Nkodo Dang. À la radio sud-africaine, les auditeurs se passionnent pour ce Parlement dont ils ignoraient pourtant tout la veille. Étonné par cette soudaine popularité, le présentateur interroge : « On sait ce qu’a déjà réalisé ce Parlement ? Va falloir creuser ce sujet ! »

Avec Jeune Afrique par Romain Chanson

Transition franc CFA-eco : derrière la contestation des anglophones, une querelle ivoiro-nigériane

janvier 17, 2020

Muhammadu Buhari et Alassane Ouattara

Muhammadu Buhari et Alassane Ouattara ©

 

La mise en place annoncée fin décembre par Alassane Ouattara d’un « eco-UEMOA », indexé sur l’euro et garanti par la France, est vue par les pays d’Afrique de l’Ouest hors zone CFA comme un parasitage de l’instauration de « l’eco-Cedeao », monnaie unique flexible que les États d’Afrique de l’Ouest ont prévu d’adopter en 2020.

C’est une gifle que viennent d’infliger à l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et au président ivoirien Ouattara les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales de Gambie, du Ghana, de Guinée, du Liberia, du Nigeria et de la Sierra Leone réunis en Conseil de convergence de la Zone monétaire de l’Afrique de l’Ouest (ZMAO).

Dans un communiqué publié le 16 janvier à l’issue de leur réunion extraordinaire à Abuja (Nigeria), ils commencent par « féliciter l’UEMOA pour sa décision de se départir du franc CFA, mais prennent note avec préoccupation de la déclaration du président de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement [le président Ouattara] de l’UEMOA, le 21 décembre 2019, de renommer unilatéralement le franc CFA « eco », d’ici 2020 ».

Ils soulignent ensuite que « cette décision n’est pas conforme avec la décision de la Conférence d’État et de gouvernement de la Cedeao (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) d’adopter « l’eco comme nom d’une monnaie unique indépendante de la Cedeao ». Ils recommandent « qu’un sommet extraordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement membres se réunisse prochainement pour examiner en profondeur cette question ».

  • Que reprochent les signataires de la ZMAO à « l’eco-UEMOA » ?

Ils estiment que l’eco annoncé par le président Ouattara n’est qu’un avatar du franc CFA, parce que celui-ci demeure adossé à l’euro, que son taux de change est garanti par la France et qu’il n’est pas flexible comme le stipulait les documents préparatoires présentés en juin à Abidjan.

  • S’agit-il d’un affrontement francophones / anglophones ?

Il ne semble pas. En effet, le 29 décembre, le président ghanéen Nana Akufo-Addo avait applaudi la transformation du franc CFA en eco, en déclarant être « déterminé à faire tout ce que nous pouvons pour rejoindre les membres de l’UEMOA dans l’utilisation de l’eco, car cela aidera à éliminer les barrières commerciales et monétaires ».

Il souhaitait seulement que l’eco adopte un taux de change flexible. La volte-face du Ghana, qui a signé le texte, s’explique par des considérations politiques et non économiques et monétaires.

Les signataires s’inquiètent notamment du leadership pris par la Côte d’Ivoire et son président Alassane Ouattara dans cette affaire, d’autant plus qu’ils ne savent pas si celui-ci sera toujours au pouvoir après la prochaine élection présidentielle du 31 octobre.

  • La Cedeao, moins intégrée que l’UEMOA

Une partie du problème soulevé par la naissance de « l’eco-UEMOA » tient à la différence d’intégration entre l’UEMOA (8 membres, une seule monnaie, deux langues dont le français pour sept de ses membres et une Banque centrale commune) et la Cedeao (15 membres, huit monnaies, trois langues et pas de Banque centrale commune).

La seconde est en retard par rapport à la première, alors qu’elle a vocation à l’absorber un jour. Certains pays de l’Union ont eu envie d’accélérer le pas après trente ans de piétinement monétaire et de se débarrasser par la même occasion du fardeau politique du CFA.

Mais la transformation du franc CFA en eco suscite les critiques des autres membres de la Communauté, car elle constitue une préemption sur la future monnaie commune et ne respecte pas les principes adoptés en juillet par les Quinze, à savoir la flexibilité du taux de change, la centralisation partielle des réserves de change et la fédéralisation de la future Banque centrale.

  • La colère du Nigeria

C’est le Nigeria qui a mené la charge contre les annonces du président Ouattara. Avec ses 200 millions d’habitants, le pays pèse 70 % du produit intérieur brut de la Cedeao et est le premier contributeur au budget de la Cedeao, ce qui lui confère le rôle de pilote de la Communauté.

Il verrait bien sa monnaie, le naira, peser lourdement dans la monnaie commune et unique que sera l’eco. Mais Alassane Ouattara lui a damé le pion en transformant le franc CFA en « eco-UEMOA ».

Le handicap du Nigeria est qu’il fait figure de frein et pas de moteur d’intégration. Extrêmement protectionniste, il est hostile à l’adhésion du Maroc à la Communauté, a imposé depuis le 20 août 2019 un embargo strict aux produits en provenance de ses voisins béninois et nigériens, a cherché à monopoliser les postes au sein de la Commission de la Cedeao et a traîné les pieds pour adhérer à la Zone de libre-échange continentale africaine (Zleca).

  • La crise peut-elle dégénérer ?

Un spécialiste des questions monétaires, contacté par Jeune Afrique, ne l’envisage pas : « La mise en place de l’eco va durer tellement longtemps, compte tenu de la complexité d’une monnaie commune et des critères de convergence requis pour en faire partie, que les partenaires auront le temps de se mettre progressivement d’accord, de palabres en palabres ».

Il existe pourtant un risque, ajoute-t-il, à savoir « que la réaction des anglophones trouve un écho parmi les chefs d’État et de gouvernement de l’UEMOA qui ne sont pas vraiment convaincus par l’eco tel qu’il a été présenté par Ouattara ». Le président béninois, Patrice Talon a par exemple témoigné plus d’empressement dans ses prises de distance avec le franc CFA. Une crise de la zone monétaire de l’Union serait potentiellement grave pour la région.

Jeuneafrique.com par Alain Faujas

 

Cameroun: l’armée combattra « sans état d’âme » les séparatistes anglophones

décembre 2, 2017

Yaoundé – L’armée camerounaise mettra en oeuvre « sans état d’âme » les instructions du président Paul Biya pour mettre « hors d’état de nuire » les séparatistes anglophones violents, a assuré samedi le ministre de la Défense, Joseph Beti Assomo.

« Lorsque le chef de l’Etat prend une décision politique comme celle-là (éradiquer les combattants séparatistes), nous allons la mettre en oeuvre sans état d’âme », a affirmé M. Beti Assomo dans une déclaration à la radio d’Etat.

 « Il y a des mesures qui seront mises en oeuvre immédiatement et le processus va se poursuivre jusqu’à ce que cette situation incommode que nous vivons soit éradiquée », a-t-il promis, sans préciser la nature de ces mesures.

« Le Cameroun est victime des attaques à répétition d’une bande de terroristes se réclamant d’un mouvement sécessionniste », a accusé jeudi le président Paul Biya, réagissant à l’assassinat entre mardi et jeudi dans le sud-ouest anglophone de quatre militaires et deux policiers. Le gouvernement en attribue la responsabilité aux séparatistes anglophones. M. Biya a assuré que « toutes les dispositions sont prises pour mettre hors d’état de nuire ces criminels ».

« Paul Biya vient de déclarer la guerre à ces terroristes qui prônent la sécession », a commenté la radio d’Etat.

A la demande du président, son ministre de la Défense a réuni vendredi plusieurs hauts gradés de l’armée et responsables militaire, pour évaluer la situation sécuritaire dans le pays, et analyser la dégradation du niveau de sécurité dans les régions anglophones, selon la radio.

Les actions militaires préconisées lors de cette rencontre visent à « rassurer la partie saine de la population qui est prise en étau », a assuré M. Beti Assomo, promettant que « l’intégrité du territoire va être assurée ».

« Des opérations massives de l’armée (dans les régions anglophones) sont en préparation », a confirmé à l’AFP, sans plus de précision, une source sécuritaire.

Dans un communiqué, attribué au préfet du département de la Manyu (sud-ouest, où les six militaires et policiers ont été tués), Joseph Oum Il, texte largement diffusé depuis vendredi soir et qui suscitait la controverse sur internet, les autorités locales ont ordonné aux habitants de 15 villages de quitter immédiatement les lieux, en prélude aux opérations de l’armée, sous peine d’être considérés comme « complices ou responsables des crimes commis actuellement contre les forces de sécurité ».

Dans une intervention diffusée samedi midi sur une radio locale anglophone, Radio Evangelium, le préfet Joseph Oum Il a finalement annoncé avoir « retiré » ce communiqué, appelant désormais simplement les populations locales à « coopérer ».

Le gouverneur de la province du Sud-ouest (dont dépend le département de la Manyu), Bernard Okalia Bilaï, a de son côté qualifié le communiqué de « faux ». Il s’agit d’une « manipulation » visant à « mettre la population dans la panique et compromettre les hautes mesures sécuritaires (prescrites par) le chef de l’Etat », a-t-il prétendu.

Le long de la frontière du Nigeria, les populations locales sont « otages de ces terroristes », a encore affirmé M. Okalia Bilaï. Selon lui, « des jeunes gens » sont enrôlés par des séparatistes et « formés comme combattant au Nigeria » voisin, contre l’avis de leurs parents.

Depuis novembre 2016, la minorité anglophone du Cameroun – environ 20% des 23 millions d’habitants – proteste contre sa marginalisation, certains exigeant le fédéralisme, d’autres la sécession. Le régime de Yaoundé rejette ces deux options.

A mesure que les autorités camerounaises ont accru la pression sécuritaire et la répression des manifestations séparatistes, les rangs des sécessionnistes se sont étoffés ces derniers mois, en même temps que se sont multipliés les incidents, faisant craindre, selon observateurs et analystes, l’émergence d’une « insurrection armée » dans l’ouest anglophone du pays, frontalier du Nigeria.

Romandie.com avec(©AFP / 02 décembre 2017 19h56)