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Angola : Isabel dos Santos sous le coup d’un mandat d’arrêt international

novembre 19, 2022

Interpol a émis le 18 novembre un mandat d’arrêt contre la fille de l’ancien président angolais, décédé en juillet. Une information démentie par les avocats d’Isabel dos Santos.

La femme d’affaires angolaise Isabel dos Santos, à Maia, dans le nord du Portugal, le 5 février 2018. © MIGUEL RIOPA/AFP

L’Organisation internationale de police criminelle, Interpol, a émis le 18 novembre un mandat d’arrêt international à l’encontre de la milliardaire angolaise et fille de l’ancien président José Eduardo dos Santos, décédé en juillet, selon l’agence de presse portugaise Lusa.

D’après la même source, citant un document officiel, le mandat d’Interpol a été délivré après que le parquet angolais a demandé à l’agence de « localiser, arrêter » et extrader dos Santos.

Détournements de fonds publics

Interpol et le ministère public n’ont pas répondu immédiatement aux demandes de commentaires de ReutersLusa, citant le même document, a déclaré qu’Isabel dos Santos, 49 ans, était recherchée pour divers délits, dont des détournements de fonds présumés, fraude, trafic d’influence et blanchiment d’argent.

Elle fait l’objet d’accusations de corruption depuis des années, notamment des allégations en 2020 de l’Angola, selon lesquelles elle et son mari Sindika Dokolo, décédé en octobre 2020, auraient détourné près d’un milliard de dollars de fonds publics auprès de sociétés dans lesquelles ils avaient acquis des participations sous la présidence de son père, notamment le géant pétrolier Sonangol.

Isabel dos Santos, qui a nié à plusieurs reprises tout acte répréhensible, a aussitôt démenti l’existence d’un mandat d’arrêt à son encontre. « Les avocats d’Isabel dos Santos ont consulté la base de données d’Interpol et constaté qu’il n’existe pas, à l’heure actuelle, une quelconque référence à l’émission d’un mandat », a-t-elle fait savoir via un communiqué.

Si des procédures judiciaires contre elle et contre des sociétés dans lesquelles elle a des intérêts sont ouvertes au Portugal et en Angola depuis près de trois ans, celles-ci n’ont pas donné lieu jusqu’ici à une mise en examen, a ajouté la femme d’affaires, affirmant avoir toujours été disponible vis-à-vis des autorités pour apporter les éclaircissements nécessaires.

40 ans au pouvoir

Selon les informations de l’agence Lusa, le mandat d’arrêt mentionne que la femme d’affaires se trouve souvent au Portugal, au Royaume-Uni et aux Émirats arabes unis.

Son père, José Eduardo dos Santos, est décédé en juillet dernier et a dirigé l’Angola pendant près de quatre décennies, jusqu’en 2017. Son successeur, João Lourenço, réélu en août pour un second mandat, a lancé une série de réformes promettant notamment de mettre fin à la corruption et au détournement de fonds publics.

Par Jeune Afrique (Avec Reuters)

Le président angolais Joao Lourenço investi pour un second mandat

septembre 15, 2022
Le president angolais Joao Lourenco investi pour un second mandat
Le président angolais Joao Lourenço investi pour un second mandat© AFP/Archives/Julio PACHECO NTELA

Le président Joao Lourenço s’est engagé jeudi à être « le président de tous les Angolais » lors de son investiture pour un second mandat à Luanda, une cérémonie placée sous haute surveillance policière après des élections dont les résultats ont été contestés par l’opposition.

Le pays a tenu le 24 août le scrutin le plus disputé de son histoire. Il n’y a pas d’élection présidentielle en Angola et la tête de liste du parti vainqueur aux législatives devient automatiquement chef de l’Etat.

Le Mouvement populaire pour la libération de l’Angola (MPLA), au pouvoir depuis l’indépendance du Portugal en 1975, a remporté les élections avec 51,17 % des voix, le plus bas score qu’il ait jamais enregistré.

Le premier parti d’opposition, l’Union nationale pour l’indépendance (Unita), qui a rassemblé 43,95 % des suffrages selon la commission électorale, clame avoir remporté le scrutin, selon son propre comptage. Son recours a toutefois été rejeté au début du mois par le tribunal constitutionnel, considérant qu’aucun élément ne permettait de remettre en cause les résultats. Le parti avait évoqué l’organisation de « manifestations pacifiques ».

Jeudi, la place de la République, lieu historique de la capitale angolaise ouverte sur l’Atlantique, était bordée par un important cordon de sécurité, ont constaté des journalistes de l’AFP.

De nombreux Angolais ont décidé de rester chez eux et les rues de Luanda sont restées étrangement calmes, les habituels vendeurs de rue étant disséminés ici et là. Une vingtaine de chars de l’armée étaient stationnés sur un carrefour proche de la place.

Quelque 15.000 Angolais, strictement sélectionnés, étaient invités à la cérémonie à laquelle une cinquantaine de chefs d’Etat et de gouvernement, dont le président portugais Marcelo Rebelo de Sousa, devaient participer.

Dans sa prestation de serment, Joao Lourenco, 68 ans, a promis des augmentations de salaires ainsi qu’une meilleure rémunération des forces armées, recueillant les applaudissements.

Il a également promis de s’attaquer au chômage des jeunes, part grandissante de la population moins attachée au MPLA que ses aînés et dont une partie a été séduite par l’opposition au dernier scrutin.

Peu de changement

Emmenée par le charismatique Adalberto Costa Junior, 60 ans, l’Unita a gagné du terrain sur des promesses de réformes, de lutte contre la pauvreté et la corruption.

L’opposant n’était pas présent à la cérémonie jeudi. La veille, il avait indiqué que son parti accepterait que ses parlementaires soient investis, tout en promettant des manifestations dans les semaines à venir.

A l’issue des élections, quatre des 16 membres de la Commission électorale n’ont pas signé les résultats. Les observateurs étrangers venus d’Afrique ont fait part de « préoccupations » concernant les listes électorales.

Riche en ressources naturelles, l’Angola est l’un des pays les plus pauvres et les plus inégalitaires au monde. La manne pétrolière n’a enrichi qu’une élite proche de l’ancien président et mentor de M. Lourenço à l’héritage controversé, José Eduardo dos Santos. Mort en Espagne en juillet, ce dernier a été enterré en pleine semaine électorale.

M. Lourenço avait surpris une fois élu en 2017, en limogeant de nombreux dirigeants d’institutions et d’entreprises ainsi que des chefs de l’appareil sécuritaire, visant les proches de dos Santos et notamment sa fille Isabel.

Beaucoup jugent toutefois que cette campagne a été sélective et politiquement motivée. Le clan dos Santos a dénoncé une « chasse aux sorcières ».

Selon certains analystes, il y a eu peu de changement depuis l’accession au pouvoir de M. Lourenço, notamment au regard du « respect des droits humains et des libertés fondamentales », estime Borges Nhamirre de l’Institute for Security Studies de Pretoria

L’opposition avait déjà contesté, sans obtenir gain de cause, les résultats des élections en 2017.

Le MPLA à perdu la majorité des deux tiers au Parlement, qui lui permettait jusqu’ici de passer des lois sans le soutien d’un autre parti, avec 124 sièges sur 220.

Esperança Maria da Costa, 61 ans, biologiste et professeure d’université, devient la première femme vice-présidente du pays.

Par Le Point avec AFP

L’Angola vote pour choisir un président, le scrutin s’annonce serré

août 24, 2022
L'Angola vote pour choisir un president, le scrutin s'annonce serre
L’Angola vote pour choisir un président, le scrutin s’annonce serré© AFP/JOHN WESSELS

Les Angolais sont aux urnes mercredi pour des élections législatives qui décideront du prochain président, un scrutin annoncé comme le plus serré de l’histoire du pays, entre le parti au pouvoir depuis l’indépendance et une opposition qui promet d’enrayer pauvreté et corruption.

Ancien parti unique tout-puissant, à la tête du pays depuis 1975, le Mouvement populaire pour la libération de l’Angola (MPLA) est en perte de vitesse mais reste favori pour ce scrutin, selon les pronostics. Le président sortant Joao Lourenço, 68 ans, brigue un second mandat.

Mais la domination du parti devrait être sérieusement entamée par une opposition revigorée ces dernières années par un leader, Adalberto Costa Junior, 60 ans. Surnommé « ACJ », il est à la tête de l’ancien mouvement nationaliste rebelle devenu parti, l’Unita.

Réputé bon orateur, il incarne pour certains cet espoir de « changement » réclamé par la rue, dans un pays riche en ressources naturelles mais plongé dans de grandes difficultés économiques. Inflation galopante, sécheresse sévère, chômage et vie chère nourrissent un ras-le-bol grandissant.

« Nous avons du pétrole, des diamants, mais les gens n’ont pas de travail », lance à l’AFP Manuel Antonio Teca, 27 ans, sans emploi. L’Angola est le 2e producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne.

Il faisait partie de la foule d’électeurs aux urnes tôt le matin, des files de femmes vêtus de tissus africains et d’hommes tenant religieusement un petit bulletin plié entre leurs mains. Mais le flot s’est tari dès le milieu de journée.

« C’est un jour historique », a déclaré l’opposant après avoir déposé son bulletin dans un quartier populaire de Luanda. L’outsider a mené sa campagne sur des promesses de réformes, de lutte contre la pauvreté et contre la corruption.

Charismatique, il séduit notamment une jeunesse urbaine moins attachée au MPLA et qui hérite d’un pays miné par des décennies de corruption sous la présidence de José Eduardo dos Santos (1979-2017). Les 10 à 24 ans représentent un tiers de la population, selon des données des Nations unies.

Mort le mois dernier en Espagne, l’ancien chef d’Etat est accusé d’avoir détourné des milliards au profit de sa famille et de ses proches. Il doit être enterré dimanche.

« Le résultat semble devoir être plus serré que jamais », prédit Justin Pearce, spécialiste de histoire angolaise à l’Université Stellenbosch en Afrique du Sud.

« Vraie démocratie »

Les 13.200 bureaux de vote sont ouverts jusqu’à 18H00 (17H00 GMT) pour les 14,7 millions d’inscrits. Le candidat du parti vainqueur aux législatives sera investi chef d’Etat. Aucun incident n’a été signalé à ce stade.

Avec un parti au pouvoir qui a la main sur le processus électoral et les médias publics, l’opposition et une partie de l’opinion publique s’interrogent sur des possibilités de fraudes.

« Nous ne sommes pas un pays démocratique », regrette Alberto Bernardo Muxibo, qui se présente à l’AFP comme un militant. « Le gouvernement opprime le peuple ».

Dans la matinée, M. Lourenço a déposé son bulletin dans une université de Luanda. Habituellement discret et peu à l’aise sur les estrades, l’ancien général a sobrement promis « la victoire ».

En 2017, sous l’étiquette de dauphin de dos Santos, il l’avait emporté après une confortable victoire du MPLA à 61 % des voix. Pur produit du parti nourri au marxisme-léninisme, il s’est affranchi du système en lançant, à la surprise générale, une vaste campagne anti-corruption, écartant des postes clefs les proches de son ancien mentor.

Il a mené des réformes ambitieuses, saluées à l’étranger, pour sortir de la dépendance au pétrole et privatiser les entreprises publiques. Et sa gestion de la dette du pays « a été remarquable », juge Marisa Lourenco, analyste indépendante basée à Johannesburg.

Mais pour une grande partie des 33 millions d’Angolais, rien n’a vraiment changé. « Vingt ans que le pays est en paix et nous sommes toujours pauvres », lâche Lindo, un électricien de 27 ans qui habite Luanda.

Malgré dix ans de croissance après la fin de la guerre civile en 2002, l’Angola reste un des pays les plus pauvres du continent.

Par Le Point avec AFP

Angola : la bataille autour de l’enterrement de José Eduardo dos Santos se poursuit

août 17, 2022

Depuis le décès de l’ancien chef de l’État le 8 juillet à Barcelone, en Espagne, les membres de sa famille se livrent une bataille juridique pour déterminer où il sera inhumé. Le tribunal de Barcelone a tranché, ce mercredi 17 août, en faveur de la dernière épouse du défunt, dont la dépouille sera rapatriée en Angola.

Hommage à José Eduardo dos Santos, à Luanda, en Angola, le 11 juillet 2022. © Ampe Rogerio/EPA/EFE/MAXPPP

Le corps de l’ex-président angolais José Eduardo dos Santos sera remis à sa veuve, Ana Paula dos Santos, pour être rapatrié et inhumé en Angola, a tranché un tribunal de Barcelone dans un arrêt rendu public le 17 août. Le sort de la dépouille de l’ancien chef de l’État angolais, décédé le 8 juillet à Barcelone, est au centre d’une bataille juridique entre les différents membre de la famille dos Santos.

D’un côté, sa dernière épouse, Ana Paula, et leurs trois enfants en commun, sont favorables au rapatriement et l’inhumation en Angola de l’ancien président dans les plus plus brefs délais. De l’autre, le reste des enfants dos Santos, dont l’une de ses filles, Tchizé, sont opposés à des obsèques en Angola avant la tenue des prochaines élections générales du 24 août afin d’éviter une « récupération politique » de la cérémonie.

Illustration des tensions au sein de l’ex-famille présidentielle : Tchizé dos Santos a aussitôt fait savoir par la voix de son avocate espagnole, Carmen Varela, qu’elle allait faire appel de la décision, rendue par une juridiction pénale, tout en rappelant qu’un autre processus, celui-ci au civil, est en cours.

Dans son arrêt, daté du 16 août, le tribunal supérieur de justice de Catalogne souligne notamment, à l’appui de sa décision, que « les dépenses de logement du défunt étaient prises en charge par le gouvernement angolais » et que l’ancien chef de l’État « avait reçu des visites de responsables en Angola alors qu’il se trouvait à Barcelone ».

« Tentative d’homicide »

Jose Eduardo dos Santos, qui a dirigé l’Angola de 1979 à 2017, est décédé à l’âge de 79 ans dans une clinique de Barcelone, où il avait été hospitalisé après un arrêt cardiaque le 23 juin. Son placement en soins intensifs avait révélé de très vives tensions au sein de la famille dos Santos, notamment entre sa dernière épouse, Ana Paula, et sa fille Welwitschea « Tchizé » dos Santos (44 ans). Cette dernière avait ainsi porté plainte en Espagne quelques jours avant le décès de son père pour « tentative d’homicide ». Elle accusait le médecin personnel de son père et Ana Paula d’être responsables de la détérioration de l’état de santé de l’ancien président, et avait, par la suite, réclamé une autopsie, jugeant le décès « suspect ».

« Depuis leur séparation en 2017 et jusqu’au mois d’avril dernier, Ana Paula n’avait pas rendu visite à Barcelone » à l’ex-chef de l’État angolais, avait également assuré « Tchizé » dos Santos dans un communiqué publié par ses avocats. Elle était opposée au retour du corps de son père en Angola, affirmant qu’il souhaitait « être enterré dans l’intimité en Espagne », où il vivait depuis 2019, et non dans son pays « avec des funérailles nationales qui pourraient favoriser le gouvernement actuel » du président João Lourenço lors du scrutin du 24 août, selon un communiqué de ses avocats.

Une mort naturelle

Dans un premier temps, la justice espagnole s’était opposée à la remise du corps à la famille de l’ancien président angolais, le temps d’effectuer des analyses complémentaires à l’autopsie et d’identifier « le ou les membres de la famille » à qui remettre la dépouille. Le tribunal confirme que l’autopsie a conclu à une « mort naturelle », avec des problèmes d’ »insuffisance cardiaque » et de « surinfection pulmonaire ».

Le successeur de dos Santos à la tête de l’Angola, João Lourenço, qui est candidat à sa réélection, a décrété le mois dernier sept jours de deuil national en hommage à son prédécesseur. Mais, à son arrivée au pouvoir en 2017,  il avait surpris en lançant une vaste campagne contre la corruption visant notamment la famille dos Santos. Né dans un quartier populaire de la capitale Luanda, José Eduardo dos Santos avait mis en place une gouvernance opaque, favorisant sa famille et ses proches, et fondée sur la confusion entre ressources publiques et privées. Une autre de ses filles, Isabel dos Santos, avait été sacrée en 2013 la femme la plus riche d’Afrique.

Par Jeune Afrique avec AFP

Angola : après la mort de « Zedu », la bataille dos Santos-Lourenço continue

juillet 14, 2022

Les obsèques de l’ancien président José Eduardo dos Santos, décédé le 8 juillet à Barcelone, font l’objet de discussions tendues entre l’exécutif angolais et la famille du défunt.

José Eduardo dos Santos, ici photographié en 2012 avec l’ex-première dame Ana Paula, est décédé le 8 juillet à Barcelone, en Espagne. © STEPHANE DE SAKUTIN/AFP

Ce sont des négociations d’un type particulier : se mettre d’accord sur la date, le lieu et les conditions d’un enterrement, celui de l’ancien président angolais, José Eduardo dos Santos. Depuis son décès le 8 juillet à Barcelone, en Espagne, où il vivait depuis avril 2019, des discussions tendues, rapportées notamment par l’agence de presse Lusa, se déroulent entre la famille de l’ancien chef de l’État, dont deux de ses filles Isabel et Tchizé dos Santos, et l’exécutif angolais, dirigé par l’actuel président et successeur de dos Santos, João Lourenço.

D’un côté, la présidence angolaise, qui a décrété sept jours de deuil national et annoncé l’ouverture d’espaces de recueillement dans toutes les provinces du pays, entend organiser en Angola des funérailles d’État, en accord avec le statut d’ancien président de José Eduardo dos Santos.

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Dès l’annonce du décès, l’exécutif a créé un comité ministériel pour organiser les obsèques et, ce lundi 11 juillet, João Lourenço est allé lui rendre hommage dans un espace spécialement aménagé à Luanda, au Mausolée d’Agostinho Neto, monument célébrant le souvenir du premier président de l’Angola indépendant.

Branche d’olivier

« Nous comptons sur la présence de tous, sans aucune exception [lors des obsèques] », a affirmé le chef de l’État, insistant sur le fait qu’il ne « voyait pas de raison à ce que la famille, qui se trouve à l’étranger, ne puisse pas accompagner son être cher ». Une déclaration en forme de branche d’olivier alors que les relations avec le camp dos Santos sont tendues depuis l’arrivée au pouvoir de Lourenço et le lancement par ce dernier d’une croisade anti-corruption visant notamment l’ancienne famille présidentielle. Critiqué pour cette stratégie, y compris au sein de son propre camp, le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), et devant affronter des élections générales le 24 août, João Lourenço ne peut voir que d’un bon œil des obsèques nationales célébrant l’union de son camp et du pays tout entier.

Sans surprise, les enfants dos Santos refusent une récupération politique des funérailles de leur père. « João Lourenço et son gouvernement ont, avec la complicité de la direction du MPLA, harcelé José Eduardo dos Santos jusqu’à son décès. Aujourd’hui, ils veulent organiser son enterrement. Comment une fille qui aime son père peut garder son calme face à tant d’hypocrisie et de malveillance ? », a déclaré sur Instagram l’une des filles de l’ancien président, Tchizé, qui a demandé une autopsie autant pour faire la lumière sur les causes de la mort de son père que retarder un éventuel transfert à Luanda. Les résultats préliminaires de l’autopsie, réalisée le week-end dernier, font dores-et-déjà état d’une « mort naturelle ».

Récupération politique

Selon le quotidien portugais Expresso, Isabel dos Santos, fille aînée de José Eduardo dos Santos et demi-sœur de Tchizé, ne serait pas opposée à des obsèques en Angola à condition qu’elles se tiennent après les élections et avec l’assurance qu’elle et Tchizé ne soient pas inquiétées par la justice angolaise. Alors que son demi-frère José Filomeno dos Santos a été condamné pour fraude à cinq ans de prison (une décision dont il a fait appel), Isabel dos Santos est visée par plusieurs procédures judiciaires en Angola et au Portugal ouvertes sur des accusations de corruption qu’elle réfute.

LA FAMILLE DOS SANTOS NE PRÉSENTE PAS UNE POSITION UNIE DANS LES DISCUSSIONS AVEC LES AUTORITÉS ANGOLAISES

Fin juin, la justice angolaise a ainsi tenté d’entendre la femme d’affaires alors qu’elle se trouvait aux Pays-Bas, en vain. Pour compliquer la donne, la famille dos Santos ne présente pas une position unie dans les discussions avec les autorités angolaises, l’ex-première dame, Ana Paula dos Santos, et l’une des sœurs de José Eduardo dos Santos, Marta dos Santos, paraissant plus enclines à coopérer et favorables à des funérailles en Angola.

Preuve des difficultés, la réunion qui s’est tenue ce week-end et les échanges qui ont suivi n’ont débouché sur aucun accord. Pour mener les discussions, la présidence angolaise a notamment dépêché à Barcelone le ministre d’État et chef de la « Maison militaire », Francisco Furtado, le ministre des Affaires étrangères, Téte António, et le procureur général de la République, Helder Pitta Grós. Lors de la réunion, ils avaient face à eux, selon l’agence Lusa, Ana Paula dos Santos, les trois enfants issus de son union avec l’ancien président et un autre des fils, Joess dos Santos – Isabel dos Santos, José Eduardo Paulino dos Santos « Coréon Dú » (le frère de Tchizé), la sœur du défunt Marta dos Santos et six neveux ayant participé par vidéoconférence.

Le sujet de la remise du corps de l’ancien président et de son éventuel transfert à Luanda est désormais devant la justice espagnole qui, selon Lusa, doit se prononcer sur le dossier dans la semaine.

Avec Jeune Afrique par Estelle Maussion

Angola: Mort de l’ex-président Dos Santos, à la tête du pays pendant 38 ans

juillet 8, 2022
Angola: Mort de l'ex-president Dos Santos, a la tete du pays pendant 38 ans
Angola: Mort de l’ex-président Dos Santos, à la tête du pays pendant 38 ans© PRESSENS BILD/AFP/Archives/-

Jose Eduardo dos Santos, qui a présidé l’Angola pendant 38 ans, est décédé vendredi dans la clinique de Barcelone où il était hospitalisé depuis deux semaines en raison d’un arrêt cardiaque, a annoncé le gouvernement.

L’exécutif angolais rapporte « avec un sentiment de grande douleur et de consternation le décès » de M. dos Santos en fin de matinée à l’âge de 79 ans.

Il « s’incline, avec le plus grand respect et la plus grande considération » sur cette figure historique qui, affirme-t-il, a présidé « pendant de nombreuses années avec clarté et humanisme [au destin] de la nation angolaise, à des moments très difficiles », ajoute le communiqué.

Son successeur à la tête de l’Etat lusophone et riche en pétrole, l’actuel président Joao Lourenço, a décrété un deuil national de cinq jours à compter de samedi pour honorer sa mémoire.

La famille de M. dos Santos avait révélé au début du mois que l’ex-chef de l’Etat avait subi un « arrêt cardio-respiratoire » le 23 juin. Il était hospitalisé depuis en soins intensifs.

L’une de ses filles, Tchizé, opposante au président angolais actuel, souhaite une autopsie de sa dépouille, « de crainte » que le corps soit transféré en Angola rapidement, affirme-t-elle dans un communiqué à l’AFP. Quelques jours plus tôt, elle avait porté plainte en Espagne pour des « faits présumés de tentative d’homicide ».

L’un des dirigeants africains en poste le plus longtemps, M. dos Santos, né dans un bidonville, est accusé d’avoir largement détourné les ressources angolaises en favorisant sa famille et ses proches, alors que beaucoup des 33 millions d’Angolais vivent sous le seuil de pauvreté.

Jamais élu directement par le peuple, dos Santos, ancien rebelle marxiste, avait quitté le pouvoir en 2017. Il a régné sur le pays d’une main de fer mais son empreinte n’a pas survécu à son départ.

Contrôle total

Lorsque José Eduardo dos Santos arrive au pouvoir en 1979, l’Angola connaît depuis quatre ans les affres de la guerre civile, après son indépendance du Portugal.

Une longue et difficile guerre – quelque 500.000 morts en 27 ans – qu’il mène, avec le soutien de l’URSS et de Cuba, contre l’Unita de Jonas Savimbi, appuyé par le régime d’apartheid sud-africain et les Etats-Unis.

Après le cessez-le-feu de 2002, il fait de l’Angola le premier producteur d’or noir du continent, au coude à coude avec le Nigeria.

Rare en public, il maintient un contrôle total sur son parti, le Mouvement pour la libération de l’Angola (MPLA), qui lui vaut d’être constamment reconduit à la tête du pays dont il dirige gouvernement, armée, police et juges.

Sous son règne, les médias sont verrouillés et les rares flambées de contestation populaire matées.

Né le 28 août 1942 au sein d’une famille modeste, M. dos Santos, dont le père est maçon, grandit dans le « barrio » ou quartier de Sambizanga, un bidonville de Luanda qui est aussi le noyau de la lutte contre la puissance coloniale portugaise.

Boursier, il fait des études d’ingénieur en Azebaïdjan. Il y épouse une Soviétique, Tatiana Kukanova, mère de sa fille aînée Isabel, que Forbes a qualifié il y a quelques années de femme la plus riche d’Afrique.

Dans les années 1970, il poursuit son ascension politique en intégrant le Comité central du MPLA. Il devient chef de la diplomatie à l’indépendance en 1975, avant d’être investi quatre ans plus tard chef de l’Etat par le parti, dont il prend la présidence.

Il n’a ensuite plus lâché le pouvoir au gré des scrutins et des changements de Constitution, sans jamais être directement élu.

Après avoir évoqué sa lassitude d’un règne « trop long », il annonce son retrait fin 2016, alors que la rumeur le dit atteint d’un cancer. Il laisse comme promis sa place quelques mois plus tard à son dauphin Joao Lourenço.

Marié ensuite à Ana Paula, une ex-hôtesse de l’air de 18 ans sa cadette, il est père de plusieurs enfants.

Par Le Point avec AFP

Angola : l’ancien président José Eduardo dos Santos dans un état critique

juin 29, 2022

À 79 ans, l’ex-chef de l’État est hospitalisé en soins intensifs à Barcelone en Espagne. Il a dirigé son pays durant trente-huit ans, entre 1979 et 2017.

José Eduardo dos Santos, en avril 2008. © Themba Hadebe/AP Photo.

Tout au long de son mandat de président, son état de santé a fait l’objet de rumeurs. Mais depuis une semaine, les informations qui filtrent à ce sujet sont alarmantes. Selon le quotidien portugais de référence Expresso, l’ancien président angolais José Eduardo dos Santos, 79 ans, se trouve « entre la vie et la mort », hospitalisé en soins intensifs depuis quelques jours au sein du centre médical Teknon à Barcelone, en Espagne.

La dégradation de son état de santé, confirmée par des sources officielles à l’agence de presse portugaise Lusa, explique le déplacement en Espagne ce 29 juin du ministre des Affaires étrangères angolais, Téte António, chargé de suivre la situation. Ce même jour, doit se tenir une réunion entre des membres de la famille dos Santos et l’équipe médicale chargée de l’ancien chef de l’État, selon la presse angolaise.

Interrogé le 28 juin par la chaîne de télévision privée portugaise SIC, José Filomeno de Sousa dos Santos, le premier fils de l’ancien président, qui ne peut quitter Luanda en raison de procédures judiciaires pour corruption, a confirmé l’hospitalisation de son père tout en affirmant « continuer à espérer une amélioration de son état de santé ».

Exil à Barcelone depuis 2019

Homme fort de l’Angola durant trente-huit ans, entre 1979 et 2017, José Eduardo dos Santos est installé à Barcelone depuis le mois d’avril 2019. Le centre médical Teknon fait partie du groupe hospitalier privé Quirónsalud, qui compte également la clinique Quirón, où est décédé l’ancien président gabonais Omar Bongo Ondimba en 2009.

Les relations entre l’ancien chef de l’État angolais et son successeur, João Lourenço, issu du même parti que lui, le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), demeurent tendues en raison de la croisade anti-corruption menée par Lourenço qui vise notamment des membres de l’ex-famille présidentielle et des anciens proches du clan dos Santos.

En septembre 2021, José Eduardo dos Santos était rentré à Luanda, son unique retour au pays depuis son départ du pouvoir. Durant son séjour, il avait reçu deux fois, à la fin de décembre et au début de mars, l’actuel président Lourenço dans sa résidence du quartier de Miramar à Luanda, avant de repartir à Barcelone pour suivre des traitements médicaux.

Avec Jeune Afrique par Estelle Maussion

Chine-Angola : la fin d’un modèle

mai 28, 2022

Le fameux « modèle Angola » a vécu, épuisé par la corruption et fragilisé par les coûts du pétrole. Même si le président João Lourenço continue de courtiser les dollars chinois, la relation n’est plus ce qu’elle était.

Le président chinois Xi Jinping rencontre le président angolais Joao Lourenco au Grand Hall du Peuple à Pékin, le 9 octobre 2018. © Daisuke Suzuki/Pool via Reuters

En 2002, alors que l’Angola était en ruines après une guerre civile de 27 ans, son gouvernement a désespérément cherché une aide occidentale pour reconstruire le pays. En vain… Les institutions financières internationales comme le Club de Paris se méfiaient de la collaboration avec un pays dont la propension à la corruption est bien connue et le manque de transparence flagrant. Le Fonds monétaire international (FMI) venait de découvrir un trou de 4,2 milliards de dollars dans les coffres du pays que les autorités ne pouvaient pas expliquer facilement.

Alors que les appels à la réforme démocratique, à la responsabilité et au respect de l’État de droit se multipliaient, l’Angola a décidé de se tourner vers l’Est. C’est ainsi qu’est né son accord très pragmatique – et initialement lucratif – avec la Chine.

Absence de responsabilité

Car l’Angola et la Chine n’ont pas toujours été sur la même longueur d’onde. Pendant la guerre d’indépendance angolaise, les Chinois ont soutenu les trois mouvements de libération, avec une préférence pour l’UNITA, le rival acharné du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA) au pouvoir depuis 1975. Leurs relations diplomatiques ont beau dater de 1983, ce n’est que 20 ans plus tard que les deux pays ont commencé à collaborer. La fin de la guerre civile en Angola avait coïncidé avec une augmentation rapide de la production et de la hausse du prix du pétrole, et la Chine avait un besoin urgent de ressources et de matières premières pour soutenir sa croissance économique galopante.

Le mariage de raison débute officiellement en 2004, lorsque le ministère chinois du Commerce et le ministère angolais des Finances signent un accord pour que la banque chinoise Eximbank accorde au gouvernement angolais un prêt de 2 milliards de dollars. L’Angola a joué et gagné : il a évité les exigences de bonne gouvernance et de transparence posées par le FMI et d’autres organismes similaires, tout en obtenant un financement dont il avait grand besoin de la part d’un gouvernement autocratique qui affirmait fièrement qu’il n’avait pas à « s’immiscer » dans les affaires intérieures d’autres pays.

Non seulement le MPLA pouvait apaiser les citoyens locaux en se lançant dans des projets de reconstruction massifs, mais il pouvait le faire à ses propres conditions. Ce niveau de contrôle et cette absence de responsabilité sont extrêmement importants pour le MPLA, un régime qui n’a pas l’habitude de se faire dicter quoique ce soit, même par ses propres citoyens.

En 2021, les sociétés d’État chinoises avaient financé l’Angola à hauteur de 60 milliards de dollars. La grande majorité de ces prêts étaient garantis par le pétrole, à tel point que pendant une période, l’Angola est devenu le principal fournisseur de pétrole de la Chine dans le monde (dépassant même l’Arabie saoudite).

Une aubaine pour Pékin : non seulement les projets d’infrastructure étaient financés par des crédits bon marché garantis par le pétrole, mais le gouvernement angolais a aussi été obligé d’attribuer 70 % de ses projets de construction à des entreprises chinoises.

PENDANT UNE PÉRIODE, L’ANGOLA EST DEVENU LE PRINCIPAL FOURNISSEUR DE PÉTROLE DE LA CHINE DANS LE MONDE

Ce modèle commercial – financer des projets d’infrastructure locaux construits par des entreprises chinoises utilisant de la main-d’œuvre chinoise, le tout en échange de matières premières – a connu un tel succès qu’il est désigné sous le nom de « modèle Angola ». Lequel a permis à la Chine de devenir le premier partenaire commercial de l’Afrique.

Ruines et controverse

L’influence de la Chine en Angola est visible où que l’on regarde : les kilomètres de route, la remise sur rail du système ferroviaire, la construction de quatre stades flambant neufs pour la Coupe d’Afrique des Nations de 2010. Mais aussi le complexe de logements sociaux de Kilamba (l’un des plus grands projets de ce type en Afrique), la construction du nouvel aéroport international de Luanda capable d’accueillir l’Airbus A-380 et 15 millions de passagers par an, l’exploitation de blocs pétroliers en partenariat avec certaines des plus grandes compagnies pétrolières internationales par l’intermédiaire d’une entité opaque appelée China Sonangol, une co-entreprise entre la chinoise Sinopec et l’angolaise Sonangol, toutes deux compagnies pétrolières nationales.

LES INVESTISSEMENTS CHINOIS SE SONT ÉVANOUIS APRÈS UNE PÉRIODE INITIALE RENTABLE

Pourtant, ce partenariat aux œufs d’or a tourné court. Les routes sont rapidement tombées en ruine, obligeant le gouvernement angolais à débourser des millions de dollars pour les remettre en état. Les stades n’ont pas pu accueillir de matchs de football pendant des années, et celui de Luanda n’a jamais été achevé. Le projet Kilamba s’est embourbé dans la controverse, avec des acheteurs potentiels dormant dans les rues en attendant d’avoir une chance de signer pour une maison. Le nouvel aéroport international de Luanda n’est toujours pas terminé.

Les concessions pétrolières de Sinopec n’ont pas fait mieux. Rapidement surclassés par leurs homologues occidentaux beaucoup plus expérimentés, les investissements chinois se sont évanouis après une période initiale rentable. En effet, les investissements chinois en Angola avaient un défaut fatal : ils s’appuyaient exclusivement sur José Eduardo dos Santos, président de l’Angola pendant 38 ans, ainsi que sur sa clique bien connectée.

Pyramide écroulée

Les milliards de dollars n’ont rien pu faire contre une stratégie qui reposait sur des individus, au premier rang desquels le puissant triumvirat présidentiel (le président Dos Santos, le président de Sonangol devenu vice-président, Manuel Vicente, et Kopelipa, chef du cabinet de reconstruction nationale), qui exerçaient le pouvoir dans un pays miné par une corruption endémique. Cela a rendu les investissements chinois en Angola incroyablement précaires parce que conclus avec des responsables qui dépendaient eux-mêmes de pouvoirs temporaires.

L’exemple du 88 Queensway Group, conglomérat opaque mais influent, est le symptôme de ce système : opérant sous plusieurs sociétés, dont la plus connue était le China International Fund, il était dirigé par Sam Pa, un homme aux multiples pseudonymes devenu catalyseur d’investissements privés notamment en Angola, en Guinée, au Zimbabwe, soutenu et associé à de nombreuses sociétés d’État chinoises. Après la dénonciation de nombreux contrats et l’absence de résultats, l’État chinois a rapidement cherché à s’en distancer. Mais le mal était fait. À cette époque, les projets inachevés et mal exécutés étaient leur carte de visite sur tout le continent.

Après l’arrivée au pouvoir du président João Lourenço en Angola, et conformément à son programme supposé de lutte contre la corruption, nombre de ces projets ont fait l’objet d’une enquête et ont été saisis par l’État. À ce moment-là, les investissements chinois en Angola étaient devenus inexorablement et inextricablement liés à la corruption de Dos Santos que Lourenço essayait si avidement d’éradiquer. La pyramide s’écroulait.

À CETTE ÉPOQUE, LES PROJETS INACHEVÉS ET MAL EXÉCUTÉS ÉTAIENT LEUR CARTE DE VISITE SUR TOUT LE CONTINENT

L’investissement chinois en Angola a été incroyablement populaire pendant un certain temps parce qu’il était lié de manière ombilicale au régime de Dos Santos et à ses acolytes. Après son éviction, l’opinion publique et politique a commencé à se retourner contre elle. L’Angola est incroyablement fier de sa souveraineté et répugne à dépendre d’un seul partenaire international, une attitude qui se traduit par la nouvelle appréciation de Lourenço pour les investissements directs étrangers provenant de la multitude de partenaires internationaux du pays. L’influence chinoise a considérablement diminué depuis son arrivée au pouvoir.

Néanmoins, il continue de courtiser les Chinois afin de maintenir intacts ses objectifs de diversification. Pas plus tard qu’en 2018, il s’est rendu en Chine afin d’obtenir un prêt de 2 milliards de dollars pour aider à la réalisation de nouveaux projets d’infrastructure. Mais il est clair que la relation n’est plus ce qu’elle était : la population chinoise en Angola a diminué, passant de 300 000 à son apogée à seulement 50 000 aujourd’hui. Les Chinois se sont également lassés de la corruption rampante en Angola et n’ont pas tardé à faire disparaître Sam Pa lorsqu’il est devenu évident qu’il sabotait leur stratégie en Angola ; on ignore actuellement où il se trouve.

LES CHINOIS ONT PERDU UN ALLIÉ POLITIQUE CLÉ EN DOS SANTOS ET DOIVENT SE CONTENTER DE LOURENÇO

Pour compliquer encore les choses, l’Angola doit actuellement à la Chine plus de 23 milliards de dollars, dont la grande majorité sont des prêts garantis par le pétrole. Cela signifie qu’avec le déclin de la production, la majorité de la production pétrolière de l’Angola est donnée à la Chine, empêchant l’Angola de vendre sa principale source de revenus sur le marché libre. Un tel scénario est tout simplement intenable pour le régime de Lourenço, et son gouvernement ne s’en cache pas.

Si Luanda se rapproche des partenaires internationaux, comme la Banque mondiale, l’UE et le FMI, les investissements de la Chine en Angola se limitent désormais aux entreprises d’État qui remportent les appels d’offres occasionnels pour des projets d’infrastructure. La période de lune de miel est terminée et les deux pays en sont parfaitement conscients. Les Chinois ont perdu un allié politique clé en Dos Santos et doivent se contenter de Lourenço, qui est beaucoup moins enclin aux pratiques de corruption avec eux. Néanmoins, il est encore trop tôt pour faire une croix sur les Chinois, car leur modèle économique séduit toujours un régime qui considère la responsabilité publique comme un obstacle à son objectif de maintien au pouvoir.

Avec Jeune Afrique par Claudio Silva

Dette : le nouvel eurobond de l’Angola confirme l’intérêt des investisseurs pour l’Afrique

avril 8, 2022

En levant 1,75 milliard de dollars dans le cadre d’une émission qui arrive à point nommé, l’Angola devient le deuxième pays africain à se lancer sur le marché des euro-obligations cette année.

L’économie angolaise est au beau fixe. Ici, le siège de la Banque nationale d’Angola (BNA), à Luanda. © Osvaldo Silva/AFP

Les autorités de Luanda ont enregistré un succès probant lors de leur nouvelle sortie sur le marché obligataire ce vendredi 8 avril. L’émission d’un eurobond d’une maturité de dix ans, à un coupon de 8,75 %, a en effet été sursouscrite plus de deux fois. Cette émission a été supervisée par Citi et Deutsche Bank.

« Cette troisième émission est arrivée au moment opportun », a commenté pour The Africa Report/ Jeune Afrique Tiago Dionisio, analyste et directeur adjoint chez Eaglestone Securities, basé au Portugal. Il poursuit : « Alors que le dernier programme du FMI pour le pays est arrivé à son terme, l’économie est relativement solide et la situation budgétaire s’est améliorée – une perspective intéressante pour les investisseurs potentiels ».

Première sortie depuis 2015

De son côté, le Nigeria a également récemment réalisé une émission obligataire, ravivant les espoirs d’un intérêt mondial croissant pour la dette africaine, en levant 1,25 milliard de dollars, bien qu’à un prix élevé.

L’an dernier, l’Afrique francophone n’était pas en reste avec l’eurobond de 1 milliard de dollars du Bénin en janvier 2021, un eurobond sursouscrit à 300 % par le Cameroun au mois de juillet, une levée de 775 millions d’euros pour le Sénégal.

Selon Bloomberg, les quelque 750 millions de dollars levés lors de la dernière émission de l’Angola serviront à financer une partie de la dette due en 2025 et 2028. La première incursion de l’Angola sur le marché international de la dette a eu lieu en 2015, avec une euro-obligation à dix ans de 1,5 milliard de dollars, suivie d’émissions à dix et trente ans en 2018 et en 2019.

Les élections dans la ligne de mire

Alors que l’Angola se prépare pour les élections du mois d’août prochain, son économie est en bonne forme à la faveur d’un programme de soutien du FMI de trois ans, qui s’est achevé en décembre 2021.

LA DETTE PUBLIQUE EST PASSÉE D’ENVIRON 100 % DU PIB EN 2020 À ENVIRON 80 % ACTUELLEMENT

Dans le cadre de ce programme, le FMI a déboursé au total 4,5 milliards de dollars au bénéfice du pays pour rétablir sa viabilité extérieure et budgétaire, améliorer la gouvernance et diversifier l’économie afin de promouvoir une croissance durable, portée par le secteur privé.

« À la suite du programme, le kwanza s’est stabilisé, le marché noir rendu quasiment inexistant, et la dette publique est passée d’environ 100 % du PIB en 2020 à environ 80 % actuellement », explique Tiago Dionisio.

Perspectives stables

« L’inflation dans le pays est encore relativement élevée, mais c’est aussi le cas au niveau mondial, car de nombreux pays continuent de se débattre avec les retombées économiques de la guerre en Ukraine. Néanmoins, nous nous attendons à ce qu’une inflation à un seul chiffre s’installe en Angola d’ici à 2023 », poursuit l’analyste.

Selon les prévisions de Fitch Ratings, la croissance du PIB réel devrait atteindre 2,9 % d’ici à 2023, après une croissance du PIB de 0,1 % en 2021 et une contraction de 5,1 % en 2020. Dans le même temps, l’inflation s’établira en moyenne à environ 25 % en 2021 et tombera à 16 % en 2022, toujours selon ces prévisions.

Au mois de janvier, Fitch a relevé la note de défaut émetteur à long terme en devises de l’Angola de « CCC » à « B- » avec des perspectives stables.

Flambée du prix du pétrole

L’Angola – deuxième producteur de pétrole d’Afrique, lequel représente environ 90 % du total des recettes d’exportation – ne devrait pas bénéficier de la flambée des prix du pétrole en raison des obligations de la dette extérieure du pays envers la Chine.

LA PRODUCTION AUGMENTERA À 1,20 MILLION DE BARILS PAR JOUR EN 2022

« À la suite de la dernière annonce budgétaire de l’Angola, nous comprenons qu’une fois que les prix du pétrole dépassent 60 dollars le baril la différence doit être utilisée pour rembourser la dette envers la Chine, de sorte qu’il n’y ait pas de recettes d’exportation supplémentaires à court terme », souligne Tiago Dionisio.

Dans le même temps, la production de pétrole en Angola continue de diminuer en raison du vieillissement des infrastructures et du manque de nouveaux investissements dans le secteur. « Nous prévoyons que la production augmentera à 1,20 million de barils par jour en 2022 et se maintiendra en 2023, mais cela dépend de la mise en ligne d’une nouvelle production », indique la note publiée par Fitch. « Un échec en la matière pourrait entraîner une baisse de la production de 10 à 15 % par an. »

Avec Jeune Afrique par Kanika Saigal

Angola : Isabel dos Santos, Dino et Kopelipa dans le viseur des États-Unis

décembre 11, 2021
Isabel dos Santos fait l’objet de restrictions et sanctions de la part des États-Unis pour corruption. © MIGUEL RIOPA/AFP

Trois anciens pontes du régime dos Santos, dont la fille aînée de l’ancien président José Eduardo dos Santos, sont sous le coup de sanctions des États-Unis pour corruption.

En disgrâce en Angola, les voici maintenant persona non grata outre-Atlantique. Isabel dos Santos, la fille aînée de l’ancien président angolais José Eduardo dos Santos, et deux généraux très proches de l’ex-homme fort de l’Angola, Leopoldo Fragoso do Nascimento « Dino » et Manuel Hélder Vieira Dias « Kopelipa », font l’objet de restrictions et sanctions de la part des États-Unis pour corruption.

Intervenue le 9 décembre, date de la journée internationale de lutte contre le phénomène, l’annonce, qui concerne une série de personnalités en Amérique latine, en Afrique et en Europe, émane du département américain du Trésor, dirigé par Antony Blinken.

Détournements

La femme d’affaires angolaise Isabel dos Santos, un temps à la tête de la compagnie nationale de pétrole Sonangol, est interdite de visa américain « en raison de son implication dans de la corruption via l’appropriation pour son bénéfice personnel de fonds publics », a indiqué le département américain. Une décision prise dans le cadre d’un programme de sanctions appelé « Global Magnitsky ».

Les deux généraux angolais, leur épouse et leurs enfants vont visés par la même mesure. Concernant Dino et Kopelipa, le Trésor américain pointe « leur implication dans le détournement et l’appropriation de milliards de dollars de fonds publics pour leur intérêt personnel ».

À la tête de plusieurs groupes, dont Cochan, Geni et Baia, les généraux sont accusés de détournements dans le cadre de contrats d’infrastructures et de fournitures d’équipements militaires ainsi que d’actes de corruption dans le cadre de marchés publics.

Gel des avoirs

Pour les deux généraux, anciens hommes de confiance du président dos Santos (à la tête de l’Angola de 1979 à 2017), la sanction se double d’une mesure plus sévère, définie par l’OFAC (Office of Foreign Assets Control), un organisme de contrôle financier du Trésor : le placement sur la liste SDN (Specially Designated Nationals) des États-Unis, ce qui se solde par le gel de l’ensemble de leurs actifs, possessions et intérêts sur le sol américain.

Les trois personnalités angolaises visées, qui n’ont pas officiellement réagi, constituaient la garde rapprochée de l’ancien président dos Santos. Autrefois très puissants en Angola, ils sont en situation difficile depuis l’arrivée au pouvoir du successeur de dos Santos, João Lourenço.

Ce dernier, pourtant issu du même parti que dos Santos, le MPLA, a engagé une série de réformes et déclaré la guerre à la corruption dans une croisade soutenue par la communauté internationale et les bailleurs de fonds mais qui divise son camp.

Avec Jeune Afrique par Estelle Maussion