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Angola : l’ancien président José Eduardo dos Santos dans un état critique

juin 29, 2022

À 79 ans, l’ex-chef de l’État est hospitalisé en soins intensifs à Barcelone en Espagne. Il a dirigé son pays durant trente-huit ans, entre 1979 et 2017.

José Eduardo dos Santos, en avril 2008. © Themba Hadebe/AP Photo.

Tout au long de son mandat de président, son état de santé a fait l’objet de rumeurs. Mais depuis une semaine, les informations qui filtrent à ce sujet sont alarmantes. Selon le quotidien portugais de référence Expresso, l’ancien président angolais José Eduardo dos Santos, 79 ans, se trouve « entre la vie et la mort », hospitalisé en soins intensifs depuis quelques jours au sein du centre médical Teknon à Barcelone, en Espagne.

La dégradation de son état de santé, confirmée par des sources officielles à l’agence de presse portugaise Lusa, explique le déplacement en Espagne ce 29 juin du ministre des Affaires étrangères angolais, Téte António, chargé de suivre la situation. Ce même jour, doit se tenir une réunion entre des membres de la famille dos Santos et l’équipe médicale chargée de l’ancien chef de l’État, selon la presse angolaise.

Interrogé le 28 juin par la chaîne de télévision privée portugaise SIC, José Filomeno de Sousa dos Santos, le premier fils de l’ancien président, qui ne peut quitter Luanda en raison de procédures judiciaires pour corruption, a confirmé l’hospitalisation de son père tout en affirmant « continuer à espérer une amélioration de son état de santé ».

Exil à Barcelone depuis 2019

Homme fort de l’Angola durant trente-huit ans, entre 1979 et 2017, José Eduardo dos Santos est installé à Barcelone depuis le mois d’avril 2019. Le centre médical Teknon fait partie du groupe hospitalier privé Quirónsalud, qui compte également la clinique Quirón, où est décédé l’ancien président gabonais Omar Bongo Ondimba en 2009.

Les relations entre l’ancien chef de l’État angolais et son successeur, João Lourenço, issu du même parti que lui, le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), demeurent tendues en raison de la croisade anti-corruption menée par Lourenço qui vise notamment des membres de l’ex-famille présidentielle et des anciens proches du clan dos Santos.

En septembre 2021, José Eduardo dos Santos était rentré à Luanda, son unique retour au pays depuis son départ du pouvoir. Durant son séjour, il avait reçu deux fois, à la fin de décembre et au début de mars, l’actuel président Lourenço dans sa résidence du quartier de Miramar à Luanda, avant de repartir à Barcelone pour suivre des traitements médicaux.

Avec Jeune Afrique par Estelle Maussion

Chine-Angola : la fin d’un modèle

mai 28, 2022

Le fameux « modèle Angola » a vécu, épuisé par la corruption et fragilisé par les coûts du pétrole. Même si le président João Lourenço continue de courtiser les dollars chinois, la relation n’est plus ce qu’elle était.

Le président chinois Xi Jinping rencontre le président angolais Joao Lourenco au Grand Hall du Peuple à Pékin, le 9 octobre 2018. © Daisuke Suzuki/Pool via Reuters

En 2002, alors que l’Angola était en ruines après une guerre civile de 27 ans, son gouvernement a désespérément cherché une aide occidentale pour reconstruire le pays. En vain… Les institutions financières internationales comme le Club de Paris se méfiaient de la collaboration avec un pays dont la propension à la corruption est bien connue et le manque de transparence flagrant. Le Fonds monétaire international (FMI) venait de découvrir un trou de 4,2 milliards de dollars dans les coffres du pays que les autorités ne pouvaient pas expliquer facilement.

Alors que les appels à la réforme démocratique, à la responsabilité et au respect de l’État de droit se multipliaient, l’Angola a décidé de se tourner vers l’Est. C’est ainsi qu’est né son accord très pragmatique – et initialement lucratif – avec la Chine.

Absence de responsabilité

Car l’Angola et la Chine n’ont pas toujours été sur la même longueur d’onde. Pendant la guerre d’indépendance angolaise, les Chinois ont soutenu les trois mouvements de libération, avec une préférence pour l’UNITA, le rival acharné du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA) au pouvoir depuis 1975. Leurs relations diplomatiques ont beau dater de 1983, ce n’est que 20 ans plus tard que les deux pays ont commencé à collaborer. La fin de la guerre civile en Angola avait coïncidé avec une augmentation rapide de la production et de la hausse du prix du pétrole, et la Chine avait un besoin urgent de ressources et de matières premières pour soutenir sa croissance économique galopante.

Le mariage de raison débute officiellement en 2004, lorsque le ministère chinois du Commerce et le ministère angolais des Finances signent un accord pour que la banque chinoise Eximbank accorde au gouvernement angolais un prêt de 2 milliards de dollars. L’Angola a joué et gagné : il a évité les exigences de bonne gouvernance et de transparence posées par le FMI et d’autres organismes similaires, tout en obtenant un financement dont il avait grand besoin de la part d’un gouvernement autocratique qui affirmait fièrement qu’il n’avait pas à « s’immiscer » dans les affaires intérieures d’autres pays.

Non seulement le MPLA pouvait apaiser les citoyens locaux en se lançant dans des projets de reconstruction massifs, mais il pouvait le faire à ses propres conditions. Ce niveau de contrôle et cette absence de responsabilité sont extrêmement importants pour le MPLA, un régime qui n’a pas l’habitude de se faire dicter quoique ce soit, même par ses propres citoyens.

En 2021, les sociétés d’État chinoises avaient financé l’Angola à hauteur de 60 milliards de dollars. La grande majorité de ces prêts étaient garantis par le pétrole, à tel point que pendant une période, l’Angola est devenu le principal fournisseur de pétrole de la Chine dans le monde (dépassant même l’Arabie saoudite).

Une aubaine pour Pékin : non seulement les projets d’infrastructure étaient financés par des crédits bon marché garantis par le pétrole, mais le gouvernement angolais a aussi été obligé d’attribuer 70 % de ses projets de construction à des entreprises chinoises.

PENDANT UNE PÉRIODE, L’ANGOLA EST DEVENU LE PRINCIPAL FOURNISSEUR DE PÉTROLE DE LA CHINE DANS LE MONDE

Ce modèle commercial – financer des projets d’infrastructure locaux construits par des entreprises chinoises utilisant de la main-d’œuvre chinoise, le tout en échange de matières premières – a connu un tel succès qu’il est désigné sous le nom de « modèle Angola ». Lequel a permis à la Chine de devenir le premier partenaire commercial de l’Afrique.

Ruines et controverse

L’influence de la Chine en Angola est visible où que l’on regarde : les kilomètres de route, la remise sur rail du système ferroviaire, la construction de quatre stades flambant neufs pour la Coupe d’Afrique des Nations de 2010. Mais aussi le complexe de logements sociaux de Kilamba (l’un des plus grands projets de ce type en Afrique), la construction du nouvel aéroport international de Luanda capable d’accueillir l’Airbus A-380 et 15 millions de passagers par an, l’exploitation de blocs pétroliers en partenariat avec certaines des plus grandes compagnies pétrolières internationales par l’intermédiaire d’une entité opaque appelée China Sonangol, une co-entreprise entre la chinoise Sinopec et l’angolaise Sonangol, toutes deux compagnies pétrolières nationales.

LES INVESTISSEMENTS CHINOIS SE SONT ÉVANOUIS APRÈS UNE PÉRIODE INITIALE RENTABLE

Pourtant, ce partenariat aux œufs d’or a tourné court. Les routes sont rapidement tombées en ruine, obligeant le gouvernement angolais à débourser des millions de dollars pour les remettre en état. Les stades n’ont pas pu accueillir de matchs de football pendant des années, et celui de Luanda n’a jamais été achevé. Le projet Kilamba s’est embourbé dans la controverse, avec des acheteurs potentiels dormant dans les rues en attendant d’avoir une chance de signer pour une maison. Le nouvel aéroport international de Luanda n’est toujours pas terminé.

Les concessions pétrolières de Sinopec n’ont pas fait mieux. Rapidement surclassés par leurs homologues occidentaux beaucoup plus expérimentés, les investissements chinois se sont évanouis après une période initiale rentable. En effet, les investissements chinois en Angola avaient un défaut fatal : ils s’appuyaient exclusivement sur José Eduardo dos Santos, président de l’Angola pendant 38 ans, ainsi que sur sa clique bien connectée.

Pyramide écroulée

Les milliards de dollars n’ont rien pu faire contre une stratégie qui reposait sur des individus, au premier rang desquels le puissant triumvirat présidentiel (le président Dos Santos, le président de Sonangol devenu vice-président, Manuel Vicente, et Kopelipa, chef du cabinet de reconstruction nationale), qui exerçaient le pouvoir dans un pays miné par une corruption endémique. Cela a rendu les investissements chinois en Angola incroyablement précaires parce que conclus avec des responsables qui dépendaient eux-mêmes de pouvoirs temporaires.

L’exemple du 88 Queensway Group, conglomérat opaque mais influent, est le symptôme de ce système : opérant sous plusieurs sociétés, dont la plus connue était le China International Fund, il était dirigé par Sam Pa, un homme aux multiples pseudonymes devenu catalyseur d’investissements privés notamment en Angola, en Guinée, au Zimbabwe, soutenu et associé à de nombreuses sociétés d’État chinoises. Après la dénonciation de nombreux contrats et l’absence de résultats, l’État chinois a rapidement cherché à s’en distancer. Mais le mal était fait. À cette époque, les projets inachevés et mal exécutés étaient leur carte de visite sur tout le continent.

Après l’arrivée au pouvoir du président João Lourenço en Angola, et conformément à son programme supposé de lutte contre la corruption, nombre de ces projets ont fait l’objet d’une enquête et ont été saisis par l’État. À ce moment-là, les investissements chinois en Angola étaient devenus inexorablement et inextricablement liés à la corruption de Dos Santos que Lourenço essayait si avidement d’éradiquer. La pyramide s’écroulait.

À CETTE ÉPOQUE, LES PROJETS INACHEVÉS ET MAL EXÉCUTÉS ÉTAIENT LEUR CARTE DE VISITE SUR TOUT LE CONTINENT

L’investissement chinois en Angola a été incroyablement populaire pendant un certain temps parce qu’il était lié de manière ombilicale au régime de Dos Santos et à ses acolytes. Après son éviction, l’opinion publique et politique a commencé à se retourner contre elle. L’Angola est incroyablement fier de sa souveraineté et répugne à dépendre d’un seul partenaire international, une attitude qui se traduit par la nouvelle appréciation de Lourenço pour les investissements directs étrangers provenant de la multitude de partenaires internationaux du pays. L’influence chinoise a considérablement diminué depuis son arrivée au pouvoir.

Néanmoins, il continue de courtiser les Chinois afin de maintenir intacts ses objectifs de diversification. Pas plus tard qu’en 2018, il s’est rendu en Chine afin d’obtenir un prêt de 2 milliards de dollars pour aider à la réalisation de nouveaux projets d’infrastructure. Mais il est clair que la relation n’est plus ce qu’elle était : la population chinoise en Angola a diminué, passant de 300 000 à son apogée à seulement 50 000 aujourd’hui. Les Chinois se sont également lassés de la corruption rampante en Angola et n’ont pas tardé à faire disparaître Sam Pa lorsqu’il est devenu évident qu’il sabotait leur stratégie en Angola ; on ignore actuellement où il se trouve.

LES CHINOIS ONT PERDU UN ALLIÉ POLITIQUE CLÉ EN DOS SANTOS ET DOIVENT SE CONTENTER DE LOURENÇO

Pour compliquer encore les choses, l’Angola doit actuellement à la Chine plus de 23 milliards de dollars, dont la grande majorité sont des prêts garantis par le pétrole. Cela signifie qu’avec le déclin de la production, la majorité de la production pétrolière de l’Angola est donnée à la Chine, empêchant l’Angola de vendre sa principale source de revenus sur le marché libre. Un tel scénario est tout simplement intenable pour le régime de Lourenço, et son gouvernement ne s’en cache pas.

Si Luanda se rapproche des partenaires internationaux, comme la Banque mondiale, l’UE et le FMI, les investissements de la Chine en Angola se limitent désormais aux entreprises d’État qui remportent les appels d’offres occasionnels pour des projets d’infrastructure. La période de lune de miel est terminée et les deux pays en sont parfaitement conscients. Les Chinois ont perdu un allié politique clé en Dos Santos et doivent se contenter de Lourenço, qui est beaucoup moins enclin aux pratiques de corruption avec eux. Néanmoins, il est encore trop tôt pour faire une croix sur les Chinois, car leur modèle économique séduit toujours un régime qui considère la responsabilité publique comme un obstacle à son objectif de maintien au pouvoir.

Avec Jeune Afrique par Claudio Silva

Dette : le nouvel eurobond de l’Angola confirme l’intérêt des investisseurs pour l’Afrique

avril 8, 2022

En levant 1,75 milliard de dollars dans le cadre d’une émission qui arrive à point nommé, l’Angola devient le deuxième pays africain à se lancer sur le marché des euro-obligations cette année.

L’économie angolaise est au beau fixe. Ici, le siège de la Banque nationale d’Angola (BNA), à Luanda. © Osvaldo Silva/AFP

Les autorités de Luanda ont enregistré un succès probant lors de leur nouvelle sortie sur le marché obligataire ce vendredi 8 avril. L’émission d’un eurobond d’une maturité de dix ans, à un coupon de 8,75 %, a en effet été sursouscrite plus de deux fois. Cette émission a été supervisée par Citi et Deutsche Bank.

« Cette troisième émission est arrivée au moment opportun », a commenté pour The Africa Report/ Jeune Afrique Tiago Dionisio, analyste et directeur adjoint chez Eaglestone Securities, basé au Portugal. Il poursuit : « Alors que le dernier programme du FMI pour le pays est arrivé à son terme, l’économie est relativement solide et la situation budgétaire s’est améliorée – une perspective intéressante pour les investisseurs potentiels ».

Première sortie depuis 2015

De son côté, le Nigeria a également récemment réalisé une émission obligataire, ravivant les espoirs d’un intérêt mondial croissant pour la dette africaine, en levant 1,25 milliard de dollars, bien qu’à un prix élevé.

L’an dernier, l’Afrique francophone n’était pas en reste avec l’eurobond de 1 milliard de dollars du Bénin en janvier 2021, un eurobond sursouscrit à 300 % par le Cameroun au mois de juillet, une levée de 775 millions d’euros pour le Sénégal.

Selon Bloomberg, les quelque 750 millions de dollars levés lors de la dernière émission de l’Angola serviront à financer une partie de la dette due en 2025 et 2028. La première incursion de l’Angola sur le marché international de la dette a eu lieu en 2015, avec une euro-obligation à dix ans de 1,5 milliard de dollars, suivie d’émissions à dix et trente ans en 2018 et en 2019.

Les élections dans la ligne de mire

Alors que l’Angola se prépare pour les élections du mois d’août prochain, son économie est en bonne forme à la faveur d’un programme de soutien du FMI de trois ans, qui s’est achevé en décembre 2021.

LA DETTE PUBLIQUE EST PASSÉE D’ENVIRON 100 % DU PIB EN 2020 À ENVIRON 80 % ACTUELLEMENT

Dans le cadre de ce programme, le FMI a déboursé au total 4,5 milliards de dollars au bénéfice du pays pour rétablir sa viabilité extérieure et budgétaire, améliorer la gouvernance et diversifier l’économie afin de promouvoir une croissance durable, portée par le secteur privé.

« À la suite du programme, le kwanza s’est stabilisé, le marché noir rendu quasiment inexistant, et la dette publique est passée d’environ 100 % du PIB en 2020 à environ 80 % actuellement », explique Tiago Dionisio.

Perspectives stables

« L’inflation dans le pays est encore relativement élevée, mais c’est aussi le cas au niveau mondial, car de nombreux pays continuent de se débattre avec les retombées économiques de la guerre en Ukraine. Néanmoins, nous nous attendons à ce qu’une inflation à un seul chiffre s’installe en Angola d’ici à 2023 », poursuit l’analyste.

Selon les prévisions de Fitch Ratings, la croissance du PIB réel devrait atteindre 2,9 % d’ici à 2023, après une croissance du PIB de 0,1 % en 2021 et une contraction de 5,1 % en 2020. Dans le même temps, l’inflation s’établira en moyenne à environ 25 % en 2021 et tombera à 16 % en 2022, toujours selon ces prévisions.

Au mois de janvier, Fitch a relevé la note de défaut émetteur à long terme en devises de l’Angola de « CCC » à « B- » avec des perspectives stables.

Flambée du prix du pétrole

L’Angola – deuxième producteur de pétrole d’Afrique, lequel représente environ 90 % du total des recettes d’exportation – ne devrait pas bénéficier de la flambée des prix du pétrole en raison des obligations de la dette extérieure du pays envers la Chine.

LA PRODUCTION AUGMENTERA À 1,20 MILLION DE BARILS PAR JOUR EN 2022

« À la suite de la dernière annonce budgétaire de l’Angola, nous comprenons qu’une fois que les prix du pétrole dépassent 60 dollars le baril la différence doit être utilisée pour rembourser la dette envers la Chine, de sorte qu’il n’y ait pas de recettes d’exportation supplémentaires à court terme », souligne Tiago Dionisio.

Dans le même temps, la production de pétrole en Angola continue de diminuer en raison du vieillissement des infrastructures et du manque de nouveaux investissements dans le secteur. « Nous prévoyons que la production augmentera à 1,20 million de barils par jour en 2022 et se maintiendra en 2023, mais cela dépend de la mise en ligne d’une nouvelle production », indique la note publiée par Fitch. « Un échec en la matière pourrait entraîner une baisse de la production de 10 à 15 % par an. »

Avec Jeune Afrique par Kanika Saigal

Angola : Isabel dos Santos, Dino et Kopelipa dans le viseur des États-Unis

décembre 11, 2021
Isabel dos Santos fait l’objet de restrictions et sanctions de la part des États-Unis pour corruption. © MIGUEL RIOPA/AFP

Trois anciens pontes du régime dos Santos, dont la fille aînée de l’ancien président José Eduardo dos Santos, sont sous le coup de sanctions des États-Unis pour corruption.

En disgrâce en Angola, les voici maintenant persona non grata outre-Atlantique. Isabel dos Santos, la fille aînée de l’ancien président angolais José Eduardo dos Santos, et deux généraux très proches de l’ex-homme fort de l’Angola, Leopoldo Fragoso do Nascimento « Dino » et Manuel Hélder Vieira Dias « Kopelipa », font l’objet de restrictions et sanctions de la part des États-Unis pour corruption.

Intervenue le 9 décembre, date de la journée internationale de lutte contre le phénomène, l’annonce, qui concerne une série de personnalités en Amérique latine, en Afrique et en Europe, émane du département américain du Trésor, dirigé par Antony Blinken.

Détournements

La femme d’affaires angolaise Isabel dos Santos, un temps à la tête de la compagnie nationale de pétrole Sonangol, est interdite de visa américain « en raison de son implication dans de la corruption via l’appropriation pour son bénéfice personnel de fonds publics », a indiqué le département américain. Une décision prise dans le cadre d’un programme de sanctions appelé « Global Magnitsky ».

Les deux généraux angolais, leur épouse et leurs enfants vont visés par la même mesure. Concernant Dino et Kopelipa, le Trésor américain pointe « leur implication dans le détournement et l’appropriation de milliards de dollars de fonds publics pour leur intérêt personnel ».

À la tête de plusieurs groupes, dont Cochan, Geni et Baia, les généraux sont accusés de détournements dans le cadre de contrats d’infrastructures et de fournitures d’équipements militaires ainsi que d’actes de corruption dans le cadre de marchés publics.

Gel des avoirs

Pour les deux généraux, anciens hommes de confiance du président dos Santos (à la tête de l’Angola de 1979 à 2017), la sanction se double d’une mesure plus sévère, définie par l’OFAC (Office of Foreign Assets Control), un organisme de contrôle financier du Trésor : le placement sur la liste SDN (Specially Designated Nationals) des États-Unis, ce qui se solde par le gel de l’ensemble de leurs actifs, possessions et intérêts sur le sol américain.

Les trois personnalités angolaises visées, qui n’ont pas officiellement réagi, constituaient la garde rapprochée de l’ancien président dos Santos. Autrefois très puissants en Angola, ils sont en situation difficile depuis l’arrivée au pouvoir du successeur de dos Santos, João Lourenço.

Ce dernier, pourtant issu du même parti que dos Santos, le MPLA, a engagé une série de réformes et déclaré la guerre à la corruption dans une croisade soutenue par la communauté internationale et les bailleurs de fonds mais qui divise son camp.

Avec Jeune Afrique par Estelle Maussion

Angola: : José Eduardo dos Santos, un retour et des questions

septembre 15, 2021

L’ancien président angolais José Eduardo dos Santos à Lusaka, en Zambie, en avril 2008.

Après deux ans d’absence, l’ancien président est de retour à Luanda alors que son parti, le MPLA, est plus divisé que jamais. Le signe d’une trêve avec son successeur, João Lourenço ?

Il a fini par rentrer. Après deux années d’absence et plusieurs semaines de spéculations, l’ancien président, José Eduardo dos Santos, qui a dirigé l’Angola de 1979 à 2017, a regagné Luanda le 14 septembre.

Arrivant de Barcelone, où il avait élu domicile en avril 2019, l’ex-chef de l’État a atterri à Luanda en fin d’après-midi.

Une vidéo consultée par Jeune Afrique le montre en costume gris, chemise blanche et baskets descendre de l’avion, un Falcon 7X affrété par la présidence angolaise. Il est accueilli par une vingtaine de personnes, dont le général José Maria, son ancien chef du service d’intelligence et de sécurité militaire, puis s’engouffre dans une voiture pour rejoindre sa résidence de Miramar, un quartier résidentiel de la capitale angolaise.

Ce retour survient alors que le président João Lourenço est en déplacement pour deux jours dans le Kwanza-Norte, province rurale située à l’est de Luanda. L’ancien président doit rester un mois et assister à la cérémonie de fiançailles de l’un de ses fils, selon la presse portugaise et angolaise.

Apaisement des tensions

Si, sans surprise, elle n’a été commentée ni par le principal intéressé ni par la présidence, la présence de José Eduardo dos Santos en Angola fait figure d’évènement politique, témoignant d’un apaisement des tensions entre l’ancien et l’actuel homme fort du pays.

En mars déjà, plusieurs sources avaient évoqué une rencontre Lourenço – dos Santos à Dubaï, où se trouvait la fille aînée de José Eduardo dos Santos, Isabel dos Santos, une information toutefois non confirmée officiellement.

À son arrivée au pouvoir en 2017, João Lourenço, qui est issu du MPLA, le même parti que José Eduardo dos Santos, avait lancé une série de réformes et déclaré la guerre à la corruption, affirmant vouloir rompre avec les errements de la gouvernance précédente.

Hauts fonctionnaires, militaires, ministres et même des membres de l’ex-famille présidentielle ont été traduits devant la justice, écopant pour certains de peine de prison.

JOSÉ EDUARDO DOS SANTOS REVIENT ALORS QUE LE MPLA TRAVERSE LA PLUS PROFONDE CRISE DEPUIS L’INDÉPENDANCE DU PAYS

Le fils aîné de dos Santos, José Filomeno, a ainsi été condamné en août 2020 à cinq ans de prison pour fraude, blanchiment d’argent et trafic d’influence, un jugement dont il a fait appel. Le général José Maria, « Zé Maria », vient, lui, de terminer deux ans de détention à domicile pour fuite de documents confidentiels.

Exil en Espagne

C’est ce climat qui a conduit José Eduardo dos Santos à s’installer – « s’exiler », disent certains – en Espagne, où il est par ailleurs suivi médicalement depuis plusieurs années. Deux de ses filles, la femme d’affaires Isabel dos Santos et l’ancienne députée MPLA Welwitschia dos Santos, vivent aussi à l’étranger, d’où elles pointent régulièrement les difficultés socio-économiques du pays, deuxième producteur de pétrole du continent.

« José Eduardo dos Santos revient alors que le MPLA traverse sa plus profonde crise depuis l’indépendance du pays [en 1975], affirme Alcides Sakala, député de l’Unita et membre historique du parti. Il est déchiré par la lutte contre la corruption, de plus en plus critiqué par la population et a des difficultés à défendre son bilan. »

« Le MPLA est à la recherche d’une solution pour recréer l’union », ajoute ce responsable du principal parti d’opposition. L’Unita est dirigée depuis fin 2019 par Adalberto Costa Júnior et a organisé le 11 septembre une « marche » pour demander des élections « justes, libres et transparentes ».

Fébrilité du MPLA

Même si les divisions au sein du MPLA ont toujours existé, elles se sont multipliées sous la pression créée par la lutte contre la corruption, devenant de plus en plus fortes et visibles. Ce qui constitue une fragilité à quelques mois du prochain scrutin qui débouchera sur l’élection du chef de l’État.

« Ce retour peut attester d’un accord entre Lourenço et dos Santos ayant pour objectif la stabilisation du MPLA. Mais il peut tout aussi bien accroître les divisions au sein du parti, en redonnant de l’assurance aux anciens collaborateurs de dos Santos mis en cause par l’exécutif de Lourenço », explique Elias Isaac, ancien directeur d’Open Society Initiative for Southern Africa-Angola et figure de la société civile.

Dans ce cadre, le déroulement du prochain congrès du MPLA, prévu en décembre, devrait donner une indication sur l’état de santé du parti, véritable clé du pouvoir en Angola, comme sur le degré de maîtrise qu’en a le président Lourenço. Ce dernier, soutenu par les bailleurs de fonds mais à la tête d’un pays en crise à cause des conséquences de la pandémie de Covid-19, doit arbitrer entre réformes de long terme et amélioration des conditions de vie à court terme.

Avec Jeune Afrique par Estelle Maussion

Angola : manifestation contre une réforme « injuste » de la loi électorale

septembre 12, 2021

Joao Lourenço à l’Ecole polytechnique le 28 mai 2018.

Des centaines de partisans de l’opposition se sont rassemblés samedi 11 septembre à Luanda, la capitale, pour protester contre des modifications de la loi électorale. Selon eux, celles-ci compromettent la transparence des élections prévues l’an prochain.

Le président João Lourenço a présenté cette semaine un projet de loi visant à centraliser le décompte des voix au lieu de le faire au niveau de chaque municipalité et province.

Tous les députés de l’opposition se sont abstenus ou ont voté contre la réforme. Mais ces derniers n’ont que peu d’influence dans un Parlement largement dominé par le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA, au pouvoir depuis l’indépendance du pays du Portugal, en 1975).

Pour protester contre ce projet et pour réclamer des « élections libres et équitables », le principal parti d’opposition, l’Unita (Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola), a organisé samedi une marche, soutenue par d’autres mouvements politiques et groupes de la société civile. L’Unita a proposé une série de mesures pour éviter les fraudes présumées. Parmi celles-ci, l’identification biométrique des électeurs ou l’implication de la société civile dans le dépouillement des bulletins de vote.

Controverse

Des centaines de manifestants se sont rassemblés dans la capitale, brandissant des drapeaux de l’Unita et de l’Angola tout en scandant « MPLA dégage ». Ils ont défilé dans le centre-ville en tenant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : « Exigeons nos droits » et « Nous voulons un contrôle biométrique ». Des policiers armés de matraques encadraient la manifestation.

Entre-temps, João Lourenço a également suscité la controverse pour avoir voulu modifier une autre loi électorale, qu’il a récemment soumise à l’Assemblée nationale avec des suggestions d’amendements.

Élu en 2017 après le retrait de son prédécesseur, José Eduardo dos Santos, après un règne de 38 ans, João Lourenço devrait briguer un second mandat lors des élections présidentielle, parlementaires et locales de 2022.

Par Jeune Afrique avec AFP

Angola: Isabel dos Santos sommée par la justice de restituer 422 millions d’euros d’actions

juillet 30, 2021
Isabel dos Santos, ici à Porto le 5 mars 2015, était absente à l’audience.

L’Institut néerlandais d’arbitrage (NAI) a rendu sa décision concernant la fille de l’ancien président angolais José Eduardo dos Santos. Elle devra restituer des actions d’une valeur de 422 millions d’euros à la compagnie nationale pétrolière Sonangol.

Selon cet Institut, qui fait partie de la Cour internationale d’arbitrage, la transaction par laquelle Isabel Dos Santos a acquis en 2006 une participation indirecte de 6% dans le groupe pétrolier et gazier portugais Galp Energia via une société néerlandaise est « nulle et non avenue ».

La décision du NAI est datée du 23 juillet et entrevue vendredi après sa publication par le quotidien néerlandais Financieel Dagblad (FD). La décision n’a pas été rendue publique par l’Institut lui-même.

Dans les procédures d’arbitrage, les parties conviennent souvent que la décision reste confidentielle, rapporte le FD.

Luanda Leaks

Isabel dos Santos, fille de l’ancien président angolais José Eduardo dos Santos, est accusée de corruption par la justice de son pays. Elle fait aussi l’objet d’une enquête au Portugal, ancienne puissance coloniale, alors qu’elle a également été mise en cause par les « Luanda Leaks », enquête du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) fondée sur la fuite de 715 000 documents.

Isabel dos Santos avait été nommée « première femme milliardaire d’Afrique » en 2013 par le magazine américain Forbes.

Une décision contraignante

Avant de quitter la présidence en 2017, son père l’avait nommée à la tête de la puissante compagnie pétrolière nationale Sonangol, poste dont l’actuel chef de l’État João Lourenço l’a limogée en 2018.

La décision du NAI évoque des « transactions kleptocratiques » via lesquelles Isabel dos Santos et son époux, Sindika Dokolo, décédé l’année dernière, se sont personnellement enrichis avec des biens de l’État angolais. Il s’agit d’un jugement de droit civil juridiquement contraignant, a souligné le quotidien FD.

Par Jeune Afrique

Angola : entre Isabel dos Santos et João Lourenço, la tension monte d’un cran

mars 29, 2021
Isabel dos Santos à Londres, le 9 janvier 2020.

La femme d’affaires angolaise et fille aînée de l’ancien président dos Santos accuse l’exécutif angolais d’avoir mené « un complot » pour saisir illégalement ses actifs.

La crispation monte d’un cran entre Isabel dos Santos et la présidence angolaise. Dans un communiqué diffusé le 29 mars par une agence de relations publiques anglaise, la femme d’affaires, en difficulté depuis l’arrivée au pouvoir en 2017 du successeur de son père, João Lourenço, dénonce un « complot gouvernemental » mis en œuvre par l’actuel exécutif pour « saisir illégalement » ses actifs.PUBLICITÉ

Dans le cadre d’un litige autour de l’opérateur télécom Unitel, dont Isabel dos Santos et l’État angolais (via la compagnie pétrolière Sonangol) sont actionnaires, la fille aînée de l’ancien président dos Santos indique avoir produit devant un tribunal commercial de Londres des enregistrements audio et vidéo démontrant l’existence d’un « groupe de travail formel au niveau du gouvernement dont le but explicite est de concevoir et coordonner une campagne de saisie d’actifs » contre elle.

Les éléments fournis – collectés par la controversée société de renseignement privée Black Cube, créée par des anciens agents du Mossad israélien et qui a compté parmi ses clients le producteur américain Harvey Weinstein et l’homme d’affaires franco-israélien Beny Steinmetz – attestent aussi, selon Isabel dos Santos, de pressions de l’exécutif sur la justice angolaise pour obtenir le gel préventif de ses avoirs.

Nouvelle offensive

Celui-ci, prononcé fin 2019 en Angola puis début 2020 au Portugal, a, affirme le camp dos Santos, empêché la femme d’affaires de se porter candidate (via sa société Vidatel) au rachat de la participation de 25 % d’Unitel détenue par le groupe brésilien Oi et de régler le montant dû à l’une de ses filiales (PT Ventures) dans le cadre d’un arbitrage international.

Début 2020, c’est Sonangol (via la société Mercury) qui s’est porté acquéreur des 25 %, faisant ainsi passer à 50 % sa participation au capital d’Unitel, contre 25 % pour Vidatel d’Isabel dos Santos et 25 % pour une autre société, Geni, détenue par le général et ancien homme de confiance de José Eduardo dos Santos, Leopoldino do Nascimento « Dino ».

Cette prise de parole, couplée à la publication par le Financial Times d’un article présentant les éléments versés au dossier, est une nouvelle offensive du clan dos Santos contre la présidence Lourenço et la justice angolaise.

Lourenço sous pression

Menée par l’agence Powerscourt, qui défend les intérêts d’Isabel dos Santos depuis début 2020 et a notamment eu pour clients Beny Steinmetz et Dan Gertler – elle intervient après deux premières communications, début et fin mai 2020, dénonçant l’utilisation de documents falsifiés par les autorités de Luanda pour prononcer le gel des avoirs.

Sollicités par Jeune Afrique, la présidence angolaise et le bureau du procureur général de la République, qui rejettent depuis l’ouverture des procédures l’idée d’un processus politique contre Isabel dos Santos, n’ont pas adressé de réponse avant la publication.

Tendues, les relations entre la femme d’affaires – engagée dans des procédures à Londres, Amsterdam, Lisbonne, aux Îles Vierges Britanniques – et l’exécutif angolais se dégradent encore alors que le président Lourenço est sous pression pour produire des résultats dans le cadre de sa lutte contre la corruption comme vis-à-vis de sa promesse d’améliorer les conditions de vie de la population.

Avec Jeune Afrique Estelle Maussion

Angola : le nouveau roman d’Ondjaki, entre rêve et réalité

janvier 28, 2021
L’écrivain angolais Ndalu de Almeida, plus connu sous le pseudonyme Ondjaki

Dans « GranDMèreDixNeuf et le secret du soviétique », son nouveau roman, l’Angolais Ondjaki raconte la vie d’un quartier à Luanda, où les sensations s’entremêlent.

Depuis Bonjour camarades, son premier roman publié en 2001, Ndalu de Almeida, plus connu sous le pseudonyme Ondjaki, s’est imposé comme une voix originale en Afrique. Et importante, comme le montrent ses multiples traductions et distinctions, dont le Prix José Saramago (qui récompense de jeunes auteurs de langue portugaise) attribué à son roman Les Transparents en 2013.

GrandMèreDixNeuf et le secret du Soviétique est le sixième roman – le troisième traduit en France – de l’écrivain angolais né en 1977. Ondjaki se penche sur la vie d’un quartier à Luanda, la capitale. On y retrouve deux caractéristiques de son œuvre : le point de vue enfantin et l’époque des premières années postcoloniales. Nous sommes au début des années 1980, la République populaire d’Angola est un régime communiste. À la mort d’Agostinho Neto, le premier président, les Soviétiques construisent un immense mausolée où reposera son corps embaumé, sur le front de mer de Praia Do Bispo.

Tour de Babel du communisme

Dans son style si particulier, Ondjaki écrit « PraiaDoBispo », sans espace, tout comme il le fait pour les noms des personnages. Chacun porte une histoire, une anecdote teintée de poésie et d’humour. GrandMèreAgnette devient GrandMèreDixNeuf à la suite de l’amputation d’un orteil qui ne lui en laisse plus que 19, le jeune TroisQuatorze s’appelle en réalité Pinduca, dont le diminutif Pi est égal à 3,14, ÉcumeDeMer, doux dingue, se baigne « là où la mer faisait sur le sable comme une énorme nappe d’écume blanche que les vagues inventaient pour que l’eau n’arrive pas en force sur le sable », la pompe de VendeurD’Essence ne contient que de l’eau salée, RafaelTocToc, docteur, s’annonce rituellement par un « toc toc » avant de frapper aux portes…

En ce début des années 1980, Luanda est une Tour de Babel du communisme, où se mêlent Angolais, Cubains, Soviétiques. Elle fait résonner des voix hautes en couleur, dans ce quartier où on danse le tango avant une opération, où une fête spontanée peut réunir tous les voisins en quelques heures, où un crocodile vit dans une niche, où des perroquets recyclent les insultes qu’ils entendent à la télé… Et où des enfants se fixent une mission : pour résister à la destruction programmée du quartier par le plan de modernisation, ils veulent faire exploser le mausolée. Ou plutôt « dexploser » car, explique le jeune narrateur, « Moi j’aime dire « dexploser », on dirait un mot qui éclate, exploser c’est comme une flamme trop faible. »

JE FAIS APPEL À DES SOUVENIRS DÉFORMÉS POUR INVENTER DES HISTOIRES »

Face à son monde enchanté, se dresse, à l’instar du mausolée, celui, absurde, des Soviétiques. Les « langoustes », dont la peau rougit sous le soleil, s’échinent à porter des chemises à manches longues et des salopettes bleues, ce qui les conduit à exhaler, pour reprendre le langage des enfants, une certaine « puanteurov » (puanteur) sous les « aissellov » (aisselles). Le CamaradeBotardov, militaire soviétique ainsi surnommé parce qu’il déforme « boa tarde » (bon après-midi en portugais) en « botard », est le souffre-douleur des moqueries ravageuses. Mais dans sa maladresse, il est aussi la touche d’humanité de « l’autre camp », jusque dans son secret qui donne son titre au livre…

Entremêler les sensations

Dans un échange avec la poétesse angolaise Ana Paula Tavares retranscrit à la fin du roman, Ondjaki qualifie mieux que quiconque son projet littéraire : « Je fais appel à des souvenirs déformés pour inventer des histoires ». Et ajoute-t-il : «  j’exerce le droit d’attribuer la parole à des rêves – même à ceux qui n’ont pas été vraiment rêvés, parce que je suis celui qui croit en des cris bleus, en des explosions parcourues de cerfs-volants virevoltant dans une nuit noire de Luanda. je continue à convoquer les enfants pour qu’ils me parlent de leur croyance en des ciels dansants. je continue à écouter des histoires pour donner à lire l’Histoire. »

Les « cris bleus » sont « des mots criés au fond de la mer », écrit-il dans un court dialogue en exergue. Ouïe et vue sont ainsi associés, les mots ont un son mais aussi une couleur, une odeur, un goût. Définir une perception par un terme appartenant à un sens différent, c’est le propre de la synesthésie. Une figure de style au cœur de l’œuvre d’Ondjaki, maître dans l’art d’entremêler les sensations. Pour construire son univers à nul autre pareil, il allie ses talents de poètes, d’auteur jeunesse, de romancier, de nouvelliste et même de documentariste, tant il nous donne à voir ce qu’il raconte. Cet entrelacs fabuleux, entre rêve et réalité, caractérise une œuvre littéraire totale qu’il parvient sans cesse à réenchanter.

GrandMèreDixNeuf et le secret du Soviétique d’Ondjaki traduit du portugais par Danielle Schramm (éd. Métailié, 185 p., 17,60€)

UN PEU D’HISTOIRE…

Avril 1974  : Chute de Salazar au Portugal. Fin de la dictature militaire, qui ouvre la voie à l’indépendance de l’Angola, colonie portugaise. 1975  : Début de la guerre civile entre le MPLA (Mouvement populaire de libération de l’Angola), l’UNITA (Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola) et le FNLA (Front national de libération de l’Angola). 11 novembre 1975 : Indépendance de la République populaire de l’Angola. Agostinho Neto, chef du MPLA, devient président et instaure un régime marxiste-léniniste sur le modèle soviétique. 10 septembre 1979 : Mort d’Agostinho Neto à Moscou. 17 septembre 1982 : Pose de la première pierre du mausolée. 4 avril 2002 : Accords de paix entre le gouvernement du MPLA et l’UNITA au terme de 27 ans de guerre civile. 17 septembre 2012 : Inauguration du Mémorial Dr. António Agostinho Neto.

Avec Jeune Afrique par Mabrouck Rachedi

RDC-Angola – Décès de l’homme d’affaires Sindika Dokolo

octobre 30, 2020
Isabel dos Santos aux côtés de son époux Sindika Dokolo, au Portugal en mars 2015 (photo d'illustration).

L’homme d’affaires et collectionneur d’art congolais Sindika Dokolo est décédé, le 29 octobre, à la suite d’un accident de plongée.

Sindika Dokolo est décédé, ce jeudi 29 octobre à Dubaï, où il résidait, à la suite d’un accident de plongée. L’information a été confirmée à Jeune Afrique par plusieurs membres de sa famille.

Dandy cultivé et homme d’affaires avisé, Sindika Dokolo était aussi un observateur attentif de la scène politique régionale. Il était âgé de 48 ans.

Il était depuis 2002 l’époux d’Isabel dos Santos, la fille de l’ancien président angolais, José Eduardo dos Santos, au pouvoir de 1979 à 2017.

Intelligent et ambitieux

Il était aussi le fils de l’homme d’affaires Augustin Dokolo Sanu, dont il avait hérité en 2001. Aux côtés de sa femme, Hanne Kruse, une Danoise épousée en 1968, ce patriarche mukongo avait édifié l’un des plus vastes empires économiques du Zaïre de Mobutu, avec pour fleuron la Banque de Kinshasa.

Sindika Dokolo lui-même avait grandi entre l’Afrique et l’Europe. Intelligent et ambitieux, il avait construit carrière et fortune aux côtés de son épouse Isabel dans le pétrole, les diamants (via De Grisogono), la distribution, le ciment, et la téléphonie. Collectionneur d’art, il plaidait pour que les œuvres d’art pillées soient restitués aux musées africains.

En 2017, alors que le mandat de Joseph Kabila arrivait à son terme et que celui-ci entretenait le mystère sur ses intentions, Dokolo avait fondé le mouvement citoyen « Congolais debout » et appuyé financièrement d’autres organisations et personnalités proches de l’opposition.

Luanda Leaks

Son épouse était récemment tombée dans le collimateur de la justice en Angola et au Portugal, où les avoirs du couple, estimés à plusieurs milliards de dollars, sont gelés.

En début d’année, les Luanda Leaks ont aussi exposé les dessous de l’empire financier du couple. En août, le demi-frère de sa femme, José Filomeno dos Santos, avait pour sa part été condamné à cinq ans de prison pour fraude, blanchiment d’argent et trafic d’influence dans le cadre d’un projet de constitution d’un fonds d’investissement quelques mois avant le départ de son père de la présidence angolaise.

Sur les réseaux sociaux, plusieurs personnalités ont commencé à lui rendre hommage, rappelant son combat pour « l’instauration d’un État de droit » en RDC et son engagement pour le respect de l’identité africaine

Avec  Jeune Afrique par Stanis Bujakera Tshiamala– à Kinshasa