Posts Tagged ‘Angoulême’

L’Américain Richard McGuire Fauve d’Or du meilleur album à Angoulême

janvier 30, 2016

Angoulême – Le dessinateur américain Richard McGuire, 58 ans, a reçu samedi soir la consécration suprême pour un auteur de BD avec le Fauve d’Or du meilleur album de l’année du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême (sud-ouest de la France).

L’auteur américain a été récompensé pour son roman graphique Ici (Gallimard).

Rien ne bouge mais tout change, dans cet album de 300 pages qui dynamite les codes classiques de la BD. Ici raconte l’histoire d’un lieu, vu d’un même angle, et celle des êtres qui l’ont habité à travers les siècles.

Dans cet espace délimité, les existences se croisent, s’entrechoquent et se font étrangement écho, avant d’être précipitées dans l’oubli. Artiste inclassable, Richard McGuire réussit à entraîner son lecteur dans une expérience sensorielle inédite, puissante et presque magique du temps qui passe.

Le graphiste américain, collaborateur régulier du New Yorker, actuellement en Colombie, était absent pour la remise du prix.

40 titres, dont 12 signés ou cosignés par des femmes, étaient en compétition pour décrocher le prestigieux Fauve d’Or du meilleur album de BD de l’année.

L’an dernier c’est Riad Sattouf qui avait remporté le prix avec le premier tome de son Arabe du futur (Allary), récit de son enfance en Libye puis en Syrie.

Le prix spécial du jury est allé à Carnet de santé foireuse (Delcourt) de Pozla qui raconte avec humour et sans fard ses moments passés à l’hôpital, en famille et au travail alors qu’il est atteint de la maladie de Crohn.

Très ému, Pozla a expliqué qu’il avait dessiné pour survivre. J’espère qu’il n’y aura pas de deuxième tome, a-t-il ajouté.

Le prix de la série est revenu au premier tome de Ms Marvel (Panini) de l’Américaine Gwendolyn Willow Wilson et du Canadien Adrian Alphona.

Alors que le Festival a été accusé de sexisme, Gwendolyn Willow Wilson est la seule femme distinguée cette année. Tous les autres auteurs récompensés sont des hommes.

Le prix du public auquel quelque 20.000 personnes ont participé est allé à l’album Cher pays de notre enfance – Enquête sur les années de plomb de la Ve République (Futuropolis) d’Etienne Davodeau et Benoît Collombat et le prix polar-SNCF est revenu à Tungstène (ça et là) du Brésilien Marcello Quintanilha.

Le prix révélation qui distingue l’oeuvre d’un auteur en début de parcours artistique a été attribué à Une étoile tranquille – Portrait sentimental de Primo Levi (Rackham) de l’Italien Pietro Scarnera.

Le prix du patrimoine est revenu à Vater und Sohn – Père et fils (Warum) du dessinateur anti-nazi allemand Erich Ohser dit E.O. Plauen, mort en 1944 après avoir été arrêté par la Gestapo.

Le prix jeunesse avait déjà été attribué jeudi au Grand méchant renard (Delcourt) de Benjamin Renner. Mercredi soir, le Grand prix de la ville d’Angoulême avait été attribué au dessinateur belge Hermann pour l’ensemble de son oeuvre.

Du côté du off c’est la dessinatrice tunisienne Nadia Khiari qui a été distinguée en recevant le prix couilles-au-cul récompensant le courage artistique d’un auteur.

Je dédie ce prix à tous ceux qui privilégient la liberté à la sécurité, ceux qui n’ont pas peur, ceux qui résistent, a dit la dessinatrice âgée de 42 ans.

Le Festival international de la BD d’Angoulême ferme ses portes dimanche.

Depuis sa création en 1973 et avec une fréquentation moyenne de 200.000 personnes chaque année, Angoulême est le premier festival consacré à la bande dessinée en Europe.

Romandie.com avec(©AFP / 30 janvier 2016 21h41)

Défections en série pour le Grand Prix d’Angoulême

janvier 6, 2016

Le Festival international de la bande dessinée (FIBD) d’Angoulême va-t-il devoir revoir sa liste de nominés pour le Grand Prix de sa prochaine édition (du 28 au 31 janvier) ? La polémique née de l’absence de femmes dans la sélection de trente noms communiquée mardi 5 janvier continuait d’alimenter la chronique mercredi avec l’annonce de nouvelles défections dans le camp des auteurs – tous des hommes, donc – figurant sur la liste.

  • Ceux qui ont décidé de se retirer

Riad Sattouf a été le premier à indiquer qu’il souhaitait que son nom soit retiré. Rejoint dans un premier temps par l’Américain Daniel Clowes et par Joann Sfar, il l’est désormais par d’autres grands noms du 9e art : Etienne Davodeau, Christophe Blain, Pierre Christin, François Bourgeon, Charles Burns (Etats-Unis), Chris Ware (Etats-Unis) ou encore Milo Manara (Italie), l’ex-maître de la BD érotique des années 1980 et 1990 (Les Aventures de Giuseppe Bergman, Le Déclic…).

Ce dernier nous a expliqué par courriel sa décision :

« Compte tenu de l’importance que les femmes ont eue dans ma vie artistique (et dans ma vie tout court) et du fait que j’ai toujours essayé d’être respectueux de leur rôle en tant que sujet et non pas objet dans mon travail, je désire retirer mon nom de la liste des candidats au Grand Prix d’Angoulême. »

Auteur d’une cinquantaine d’albums et de livres d’illustration en un demi-siècle de carrière, l’Italien né en 1945 faisait partie des candidats ayant le profil type pour succéder au Japonais Katsuhiro Otomo.

Idem de François Bourgeon (Les Passagers du vent, Les Compagnons du crépuscule…), 70 ans, dont les personnages principaux sont quasiment toutes des héroïnes :

« Je me retire pour deux raisons. Primo, il est tout à fait anormal qu’il n’y ait pas de femme dans cette liste ; les auteurs auraient dû être consultés sur le sujet. Secundo, le mode de désignation du Grand Prix est devenu totalement incompréhensible. »

  • Ceux qui ne se prononcent pas

Interrogés par Le Monde, d’autres auteurs figurant sur la liste du FIBD ont préféré botter en touche plutôt que de prendre une décision, sans toujours cacher leur embarras face à une polémique que certains découvraient.

« Ce festival boîte depuis pas mal de temps déjà. Son Grand Prix n’a été décerné qu’à des dessinateurs : aucun scénariste ne figure à son palmarès, ce qui est un vrai scandale. Qu’aucune femme ne fasse partie de cette liste de nominés n’est pas vraiment surprenant », soupire le scénariste franco-chilien Alejandro Jodorowsky (L’Incal, Le Monde d’Alef-Thau…).

Le Suisse Bernard Cosey (Jonathan, A la recherche de Peter Pan…) s’étonne, lui, de l’absence de Marjane Satrapi, l’autrice de Persepolis, dans la liste : « Elle a quand même réalisé une œuvre qui a énormément contribué à la reconnaissance de notre discipline. » La dessinatrice franco-iranienne faisait partie des candidats au Grand Prix ces deux dernières années. Des déclarations récentes montrant qu’elle avait tiré un trait sur la bande dessinée expliquent son éviction, comme l’a justifié le délégué général du FIBD, Franck Bondoux.

La Britannique Posy Simmonds (Tamara Drewe, Gemma Bovery…) aurait également pu avoir sa place, estime de son côté l’Italien Lorenzo Mattotti en pointant lui aussi les « contradictions » d’un prix qui n’en est pas à sa première polémique :

« Cette distinction a été créée afin de récompenser une carrière. Cela n’a pas empêché des auteurs comme Zep ou Lewis Trondheim de la recevoir alors qu’ils étaient encore jeunes dans la profession. S’il faut avoir au minimum 50 ans pour l’obtenir, alors, oui, il sera plus difficile de trouver des femmes car elles sont moins nombreuses. »

  • Ceux qui refusent d’en débattre

Du côté de ceux que cette polémique laisse froids, citons rapidement Christian Binet, le créateur des Bidochon : « Il y a longtemps que je ne fais plus attention à ce qui se passe autour du festival d’Angoulême. On m’a annoncé un nombre incalculable de fois que j’aurais le prix et rien n’est jamais arrivé. Si une femme veut prendre ma place dans la liste, pas de problème ! »

Laissons le mot de la fin à Emmanuel Guibert (Le Photographe, La Guerre d’Alan, Ariol…) :

« Les prix sont des pièges absolus pour quelqu’un qui, comme moi, ressent depuis tout petit un malaise animal pour la compétition. C’est sans doute pour cela, d’ailleurs, que je fais ce métier : ne pas être en compétition. Pour tout dire, je veux bien être radié à vie des listes de candidats au Grand Prix d’Angoulême, comme ça, je serais bien peinard. »

 Lemonde.frFrédéric Potet,  Journaliste au Monde