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Centrafrique: qui est Patrice-Édouard Ngaïssona, l’ancien chef de guerre anti-balaka élu à la CAF ?

février 7, 2018
Patrice-Édouard Ngaïssona, ancien chef de guerre anti-balaka, désormais membre du conseil d’administration de la CAF. © DR / Copie d’écran Facebook

L’élection de Patrice Edouard Ngaïssona au Comité exécutif de la CAF fait polémique. De forts soupçons pèsent en effet sur le rôle qu’a joué dans la guerre civile centrafricaine cet ancien « coordinateur » auto-proclamé des anti-balaka.

D’habitude, les élections au Comité exécutif de la Confédération africaine de football (CAF) se déroulent dans une certaine confidentialité et ne déchaînent pas la passion médiatique. Mais celle qui a été organisée à Casablanca vendredi 2 février, en marge de la phase finale du Championnat d’Afrique des Nations (CHAN) a produit son petit effet. Ahmad Ahmad, qui ne déteste pas que la CAF qu’il préside depuis mars dernier fasse parler d’elle, est servi. Mais pas forcément comme il l’espérait.

C’est que cette fois, c’est Patrice Edouard Ngaïssona, président de la Fédération centrafricaine de football depuis 2008, qui a été élu au Comité exécutif en tant que représentant de la zone Centre, face au gabonais Pierre-Alain Mounguengui (30 voix contre 23 plus une abstention).

« Coordinateur politique » des anti-balaka

Image d’archive datant de 2013, montrant un groupe de miliciens anti-balaka à Bangui. © Rebecca Blackwell/AP/SIPA

Comme d’autres, il a du sang sur les mains

En 2014, ce businessman centrafricain, également passé par la politique, se présentait comme le « coordinateur politique » des milices anti-balaka. En février de la même année, il a même échappé de peu à une arrestation, parvenant à prendre la fuite en pleine opération menée conjointement à Bangui par la Misca (la Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine) et l’armée française.

Selon une source militaire française qui se confiait alors à Jeune Afrique, l’homme était alors à la tête d’une faction anti-balaka « bien équipée, composée notamment d’officiers des Forces armées centrafricaines et d’ex-membres de la garde présidentielle, opérant principalement à Boy-Rabe », un quartier de Bangui.

Ex-ministre de Bozizé, proche de Touadéra

Finalement arrêté en février 2014 au Congo-Brazzaville, il avait ensuite été remis à la Misca. Il sera remis en liberté sous contrôle judiciaire en avril de la même année, après avoir été auditionné par la gendarmerie centrafricaine. En 2015, il a tenté un retour sur le devant de la scène politique, en présentant sa candidature à la présidentielle. Candidature finalement rejetée par la Cour constitutionnelle.

« Comme d’autres, il a du sang sur les mains », glisse à Jeune Afrique un diplomate. Décrit comme un homme « autoritaire », Ngaïssona, très bien implanté dans le IVe arrondissement de Bangui, est un dur. « C’est un vrai leader, qui n’accepte pas vraiment d’être contredit », poursuit ce diplomate français.

« Il a su s’attirer les bonnes grâces de l’actuel chef de l’État, Faustin-Archange Touadéra, notamment en mobilisant les électeurs dans les régions favorables à François Bozizé », explique un membre du Kwa Na Kwa (KNK), le parti du chef de l’État qui a pris la fuite en 2013. « Quand la justice centrafricaine fonctionnera normalement, Ngaïssona devrait logiquement répondre de ses actes », assène cette source.

Touche-à-tout sulfureux

Avant de devenir le « coordinateur » auto proclamé des anti-balaka, il fut également ministre des Sports sous la présidence de François Bozizé. Ngaïssona a aussi été député, et a notamment assumé les charges de premier questeur à l’Assemblée nationale et de vice-président de la commission des finances.

« C’est un homme à qui je ne confierais pas mes affaires », souligne un ancien membre de la FIFA, qui a croisé ce touche-à-tout sulfureux à plusieurs reprises. Car Ngaïssona adore le football. Il fût président du Stade Centrafricain, un des meilleurs clubs du pays (quatre titres de champion, deux coupes nationales) où il est resté très influent. Et, depuis le mois de juillet dernier, il succédé au Tchadien Moktar Mamoud à la présidence de l’Union des fédérations de Football de l’Afrique Centrale (UNFFAC).

Ses partisans le défendent

Willy Kongo, le team manager de la sélection nationale centrafricaine, côtoie Ngaïssona régulièrement et loue son implication dans le football du pays. « Sous sa présidence, on a remporté la Coupe de la CEMAC en 2009, à Bangui et atteint la finale en 2013, au Gabon. Il a aussi permis au championnat de se dérouler dans des conditions à peu près normales, notamment à Bangui, pendant les événements qui ont secoué le pays », assure Willy Kongo.

« Et malgré cette situation, la sélection centrafricaine a pu s’engager dans toutes les compétitions officielles et disputer des matchs amicaux. Il a mis de son argent personnel pour que les choses fonctionnent. C’est quelqu’un qui aime vraiment son pays », continue-t-il, qui affirme qu’« il est apprécié en Centrafrique pour ce qu’il fait pour le football. »

Le Maroc est une terre bénie pour moi aujourd’hui

Après son élection au Comité exécutif de la CAF, Ngaïssona – dont la femme et les enfants résident en Île-de-France – s’est félicité de cette élection. « Le Maroc est une terre bénie pour moi aujourd’hui », a-t-il ainsi déclaré à l’AFP, tandis que plusieurs voix se sont élevées au sein des ONG de défense des droits de l’homme pour s’émouvoir de la situation.

Le Parti centrafricain pour l’unité et le développement (PCUD), qu’il a fondé en 2014, a publié un communiqué de presse, affirmant que le groupe armé que dirigeait Ngaïssona « n’est qu’une résistance populaire face à l’invasion de la RCA par des mercenaires de la coalition séléka ». La Confédération africaine de football et ses membres n’ont, de leur côté, fait aucun commentaire. Mais en privé, certains avouent « ne pas être emballés » à l’idée de siéger en compagnie d’un homme à la réputation aussi sulfureuse…

Jeuneafrique.com par

Centrafrique: 25 morts, dont 6 gendarmes, dans des violences dans le centre

octobre 29, 2016

Bangui – Au moins 25 personnes, dont six gendarmes, ont été tuées jeudi et vendredi en Centrafrique, lors de violences déclenchées par des groupes armés dans la ville de Bambari (250 km au nord-est de Bangui) et ses environs, selon la force de l’ONU en Centrafrique (Minusca).

Selon les informations reçues, six gendarmes et quatre civils auraient perdu la vie vendredi matin, lors d’une embuscade sur l’axe Bambari-Grimari. La veille, des affrontements entre éléments anti-balaka et ex-séléka avaient causé 15 morts et un certain nombre de blessés à Mbriki et Belima, dans les environs de Bambari, dans le centre du pays, indique un communiqué de la Minusca.

La Minusca condamne par ailleurs une attaque armée menée vendredi après-midi par des anti-balaka contre huit de ses fonctionnaires, alors qu’ils se dirigeaient vers l’aérodrome de Bambari. Un enfant de sept ans a été blessé et est actuellement soigné par les Casques bleus mauritaniens, ajoute le communiqué, soulignant que toute atteinte contre les Casques bleus est passible de poursuites pénales internationales.

Relevant la récente montée de la tension dans certaines régions du pays, provoquée par des affrontements entre éléments armés des ex-séléka et anti-balaka, la force de l’ONU appelle les groupes armés à mettre fin au cycle d’attaques et représailles.

La Centrafrique peine à se relever du chaos de la guerre civile provoquée en 2013 par le renversement de l’ex-président François Bozizé par des rebelles séléka (coalition en sango) majoritairement musulmans, qui avait entraîné une contre-offensive des milices anti-balaka majoritairement chrétiennes.

L’intervention de la force française Sangaris – dont la mission prendre officiellement fin lundi – et de la Minusca a mis fin aux massacres mais n’a pas réussi à stabiliser la situation sécuritaire dans ce pays classé parmi les plus pauvres au monde.

Des attaques de groupes armés dans plusieurs localités de province ont ainsi fait plusieurs dizaines de morts ces dernières semaines.

Le 24 octobre, quatre civils ont été tués et 14 personnes blessées lors de violences à Bangui où un collectif de la société civile centrafricaine avait appelé à une journée ville morte pour demander le retrait de la Minusca, accusée de passivité face aux groupes armés.

La Minusca, qui compte plus de 10.000 soldats et policiers, rejette avec vigueur ces accusations.

Romandie.com avec(©AFP / 29 octobre 2016 10h38)

Centrafrique: 10 morts dans des violences intercommunautaires dans le centre

août 21, 2015

Bangui – Dix personnes ont été tuées et cinq blessées dans des violences intercommunautaires jeudi dans la région de Bambari (centre), où régnait encore une vive tension vendredi, a-t-on appris auprès de la gendarmerie locale.

Tout est parti de la mort d’un jeune musulman abattu par des individus armés identifiés comme étant des miliciens anti-balaka (majoritairement chrétiens) à quelques dizaines de kilomètres de Bambari, a déclaré un responsable de la gendarmerie sous couvert d’anonymat.

Ce meurtre (…) a entrainé des représailles de jeunes musulmans et ex-(rebelles) Séléka dans certains quartiers non musulmans de la ville. On dénombre dix morts et cinq blessés selon un bilan provisoire, a-t-il ajouté.

De nombreux habitants de ces secteurs ont fui les tirs pour regagner les sites des déplacés où vivent toujours plusieurs milliers de personnes, ont raconté des témoins sur place, joints par téléphone.

Par ailleurs, des jeunes des différentes communautés (chrétiennes et musulmanes) ont dressé des barricades à certains endroits pour se protéger des tirs (…) La tension était toujours vive vendredi, ont-ils affirmé à l’AFP.

Le renversement en mars 2013 du président François Bozizé par une rébellion à dominante musulmane, la Séléka, avait plongé cette ex-colonie française dans la plus grave crise de son histoire depuis son indépendance en 1960, déclenchant des tueries de masse entre communautés musulmanes et chrétiennes (notamment les milices anti-balaka).

Chassée du pouvoir en janvier 2014 par une intervention militaire internationale (française et onusienne), l’ex-coalition rebelle Séléka avait installé son état-major à Bambari, depuis lors régulièrement secouée par de nouvelles violences intercommunautaires.

Contrairement à la capitale Bangui, qui connaît un certain retour au calme depuis des mois, en province, de nombreuses zones grises restent en proie aux groupes armés et au banditisme, en dehors de tout contrôle de l’administration centrale et des forces internationales.

Romandie.com avec(©AFP / 21 août 2015 19h45)

RCA: les anti-balaka iront-ils en ordre dispersé au Forum de Bangui?

avril 6, 2015
 Depuis son fief de Boy-Rabe Patrice-Edouard Ngaissona, coordonnateur national des anti-balaka, contesté par une autre figure du mouvementLaurent Correau/RFI


Depuis son fief de Boy-Rabe Patrice-Edouard Ngaissona, coordonnateur national des anti-balaka, contesté par une autre figure du mouvementLaurent Correau/RFI

A trois semaines du Forum de Bangui, table ronde censée être le lieu de discussions des modalités du retour à une paix durable en République centrafricaine (RCA), de nouvelles querelles de leadership apparaissent au sein de la mouvance. Au centre de ce bras de fer se trouve la liste des représentants anti-balaka au forum.

D’un coté, Edouard Ngaissona, coordonnateur national des anti-balaka, qui a fondé son parti, le PCUD, fin novembre. De l’autre, une figure de la mouvance anti-balaka, Joachim Kokaté, qui conteste le leadership de Ngaissona et affirme avoir le soutien des comzones de province.

Joachim Kokaté entend bien participer au Forum pour négocier le programme de désarmement, de démobilisation et de réintégration (DDR) avec les autorités de transition.

« Les comzones ne se reconnaissent pas dans le parti de Ngaissona. Les anti-balaka ne sont pas les instruments du PCUD. Il faut d’abord organiser le désarmement puis, plus tard, on parlera politique », a déclaré Joachim Kokaté à RFI.

Problème : les cadres partis à Nairobi pour les négociations parallèles sont décriés par la coordination qui affirme n’avoir mandaté personne pour participer à ces discussions.

« Ils voulaient une troisième transition. Nous, on est contre. Ils avaient leur propre but », explique Sebastien Wenezoui, coordonnateur national adjoint.

« Cela fait des semaines qu’on attend leur retour de Nairobi. Mais quand ils rentreront, on pourra peut-être se mettre autour d’une table », ajoute-t-il.

En attendant, la coordination qui assure, elle aussi, avoir le soutien des comzones, a déjà proposé aux autorités une vingtaine de noms pour représenter les anti-balaka au Forum. Une liste « modifiable », note le coordonnateur adjoint.

Rfi.fr