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Chlordécone: les cancers de la prostate reconnus comme maladie professionnelle

décembre 22, 2021
Chlordecone: les cancers de la prostate reconnus comme maladie professionnelle
Chlordécone: les cancers de la prostate reconnus comme maladie professionnelle© AFP/Archives/Christophe ARCHAMBAULT

Les cancers de la prostate liés à l’exposition au chlordécone, un pesticide largement utilisé pendant des décennies aux Antilles, sont désormais reconnus comme maladie professionnelle, selon un décret publié mercredi au Journal officiel.

« C’était une décision attendue, particulièrement aux Antilles », a mis en avant le ministère de l’Agriculture, dans un communiqué mercredi matin.

Le chlordécone, pesticide interdit en France en 1990, a continué à être autorisé dans les champs de bananes des Antilles par dérogation ministérielle jusqu’en 1993, infiltrant les sols pour des centaines d’années, alors que sa toxicité et son caractère persistant dans l’environnement étaient connus depuis les années 1960.

Plus de 90 % de la population adulte en Guadeloupe et Martinique est contaminée par le chlordécone, selon Santé publique France, et les populations antillaises présentent un taux d’incidence du cancer de la prostate parmi les plus élevés au monde.

Des élus des Antilles ont qualifié le décret « d’avancée (…) encore incomplète ». « L’empoisonnement à la chlordécone n’est pas seulement le fait des professionnels de la banane, mais de l’ensemble des populations », a déploré auprès de l’AFP le maire écologiste de Pointe-à-Pitre, Harry Durimel.

Olivier Serva, député de la majorité et président de la délégation Outre-mer à l’Assemblée nationale, a qualifié le décret « d’insatisfaisant » au regard des dispositions nécessaires pour bénéficier de l’indemnisation, qui entretiennent selon lui « le flou » sur les personnes éligibles ».

« Il y a une multitude de cancers ?du sang, du côlon – qu’on a découvert chez un bon millier d’ouvriers agricoles et d’ayant droits », a réagi auprès de l’AFP Yvon Sérénus, président du collectif des ouvriers empoisonnés par les pesticides, qui demandent qu’ils soient aussi reconnus « maladies professionnelles ».

Le décret publié permet de créer un « tableau des maladies professionnelles relatif au cancer de la prostate provoqué par les pesticides », déterminant les conditions de prise en charge ainsi que la liste des travaux susceptibles de provoquer cette pathologie en milieu agricole.

« Le terme +pesticides+ se rapporte aux produits à usages agricoles et aux produits destinés à l’entretien des espaces verts (produits phytosanitaires ou produits phytopharmaceutiques) ainsi qu’aux biocides et aux antiparasitaires vétérinaires, qu’ils soient autorisés ou non au moment de la demande », selon le texte.

Les travaux exposant habituellement aux pesticides sont effectués « lors de la manipulation ou l’emploi de ces produits, par contact ou par inhalation », « par contact avec les cultures, les surfaces, les animaux traités ou lors de l’entretien des machines destinées à l’application des pesticides », est-il précisé.

Cette mesure, destinée à faciliter l’indemnisation des victimes, s’inscrit dans une série d’actions menées par l’Etat dans ce dossier extrêmement sensible depuis des années aux Antilles et qualifié de « scandale environnemental » par le président Emmanuel Macron.

1.000 à 19.000 euros par an

La publication de ce décret avait été annoncée à l’automne par le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie. Il ouvre aux agriculteurs concernés l’accès à un fonds créé en 2020 et destiné à indemniser les personnes atteintes de maladies liées aux pesticides.

Dans le détail, tous les exploitants ou salariés agricoles pourront demander ce statut à deux conditions: qu’ils aient travaillé pendant au moins dix ans au contact du chlordécone, et que moins de quarante ans se soient écoulés entre leur dernière exposition et le diagnostic de cancer de la prostate.

Ce sont les « durées généralement admises pour ce type de cancer », avait expliqué récemment le ministère de l’Agriculture. Les personnes exposées moins de dix ans pourront tout de même faire une demande au niveau d’une commission régionale, avait-il précisé.

« Les personnes éligibles peuvent dès à présent se rapprocher de leurs caisses de sécurité sociale (…) pour déposer une demande d’indemnisation », indique mercredi matin le ministère de l’Agriculture.

Il précise qu’aux Antilles, le plan chlordécone IV – quatrième plan destiné à lutter contre les conséquences de cet insecticide, pour la période 2021-2027 – « prévoit un dispositif d’accompagnement spécifique des personnes concernées » qui « s’appuiera sur les associations présentes localement, dont notamment Phyto-Victimes et France Asso Santé Martinique, les centres communaux d’action sociale et les caisses générales de sécurité sociale ».

Le gouvernement s’est abstenu d’estimer combien de personnes pourraient être concernées par ces indemnisations. Il ne s’est pas non plus avancé sur le montant total.

Par Le Point avec AFP

France-Crise aux Antilles: Lecornu arrivé en Martinique après un dialogue de sourds en Guadeloupe

novembre 30, 2021
Crise aux Antilles: Lecornu arrive en Martinique apres un dialogue de sourds en Guadeloupe
Crise aux Antilles: Lecornu arrivé en Martinique après un dialogue de sourds en Guadeloupe© AFP/Alain JOCARD

Le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu est arrivé en Martinique lundi soir après une visite de 24h en Guadeloupe, achevée par un dialogue de sourds avec l’intersyndicale et où le gouvernement envoie des forces de sécurité intérieure supplémentaires pour faire face à la violence durant la crise sociale.

M. Lecornu a atterri en début de soirée en Martinique, a-t-on appris auprès de son entourage, deuxième et dernière étape d’un court séjour destiné à apaiser les tensions et tenter de sortir de la crise sociale traversée par les deux îles des Antilles françaises, distantes de 120 km et marquées par un fort taux de chômage, en particulier chez les jeunes.

Il doit être de retour mercredi à Paris.

Lundi en Guadeloupe, où il était arrivé la veille, les discussions avec l’intersyndicale et les élus locaux ont tourné court.

Le ministre a jugé qu’aucune discussion n’était possible tant que les syndicats « ne « veulent pas condamner des tentatives d’assassinat contre des policiers et des gendarmes », un « préalable pourtant évident et indispensable ».

Sa rencontre avec quatre représentants syndicaux de l’UGTG et FO s’est donc résumée à une simple remise de « documents de revendication ».

Réclamant une « prise de conscience » face aux violences, Sébastien Lecornu a annoncé lors d’un point presse l’envoi d’un escadron de 70 gendarmes mobiles et 10 membres du GIGN supplémentaires, pour « tenir ».

« Lorsqu’on tire et qu’on arrose au 9 millimètres dans les rues », c’est « un miracle qu’un enfant de 9 ou 10 ans » ne se soit pas « retrouvé sous ces balles », a-t-il insisté.

« Tout va être mis en oeuvre pour libérer les barrages » qui entravent encore par endroits la circulation sur l’île « et les renforts participent de ça », a poursuivi Sébastien Lecornu.

Lundi, le Collectif des socio-professionnels, qui rassemble plusieurs corps de métiers très différents (transporteurs, taxis, BTP, tourisme), a menacé d' »une action » d’ici 24 heures s’il n’était pas invité aux négociations.

Le collectif avait barré la Guadeloupe durant trois jours en février.

– Rapport de forces-

Né du refus de l’obligation vaccinale pour soignants et pompiers, le mouvement s’est étendu à des revendications politiques et sociales, notamment contre la vie chère, et a occasionné des violences, pillages et incendies, comme en Martinique.

Les deux îles sont placées sous couvre-feu.

Sébastien Lecornu a par ailleurs vivement critiqué les responsables syndicaux qui « ont commencé à vouloir chercher des amnisties » pour les auteurs de violences.

Côté syndicats, la délégation estime que Sébastien Lecornu « n’est pas venu pour négocier, mais parce qu’il a été forcé par le rapport de forces que nous avons installé ».

Maïté Hubert-M’Toumo, de l’UGTG, rappelle leurs revendications « prioritaires » comme « l’arrêt des suspensions des personnels et professions libérales » non-vaccinés, la « suspension des condamnations des personnes pour les violences », et un « plan d’urgence pour la qualification des jeunes et les conditions de travail des familles guadeloupéennes ».

Alors que de nombreux domaines sont gérés par les collectivités territoriales (distribution d’eau, voierie, transport, environnement, formation professionnelle), Sébastien Lecornu a également placé les élus locaux face à leurs responsabilités.

« Je veux bien me faire engueuler pour des choses que l’Etat n’a pas faites avant même que nous soyons au pouvoir ( ?.) ce qui est compliqué c’est de se faire engueuler pour des choses dont l’Etat n’est pas responsable », a-t-il affirmé.

« Il faut que chacun soit à sa place dans ce territoire », a ajouté le ministre, qui avait déclaré vendredi que le gouvernement était « prêt » à « parler » de davantage d’autonomie pour la Guadeloupe.

Plus tôt, les élus locaux guadeloupéens avaient décidé de ne pas se rendre à une rencontre prévue avec le ministre, qui a néanmoins participé à une visio-conférence avec 16 maires de l’île.

« (…) Nous ne voyons pas cet état d’esprit d’apaiser la situation et de faire en sorte que les conditions soient réunies » pour sortir de crise, a indiqué Guy Losbar, ex-président du département dont l’élection a été annulée, pour justifier le refus des élus locaux.

Sébastien Lecornu rencontrera également en Martinique les élus locaux et l’intersyndicale, qui ont signé avec l’Etat un « accord de méthode » pour tenter de sortir de la crise.

Sept thématiques (santé, jeunesse, vie chère dont prix des carburants et du gaz, transports, chlordéconomie, pêche, culture) doivent faire l’objet de discussions.

« La situation n’est en rien comparable entre la Guadeloupe et la Martinique puisqu’en Martinique, (les) préalables républicains » aux négociations « ont été remplis par les élus et l’intersyndicale » a estimé Sébastien Lecornu.

Par Le Point avec AFP

Sébastien Lecornu se rend aux Antilles après un retour « notable » au calme

novembre 28, 2021
Sebastien Lecornu se rend aux Antilles apres un retour "notable" au calme
Sébastien Lecornu se rend aux Antilles après un retour « notable » au calme© AFP/Christophe ARCHAMBAULT

Le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu se rend dimanche aux Antilles et jusqu’à mercredi, d’abord en Guadeloupe puis en Martinique, saluant « un retour notable au calme » dans la nuit de samedi à dimanche dans ces deux territoires.

Cette visite intervient après plus d’une semaine de violences et d’émeutes dans ces îles françaises des Caraïbes au fort taux de chômage, en proie à un mouvement né de la contestation contre la vaccination anti-Covid obligatoire pour soignants et pompiers qui s’est étendu à des revendications politiques et sociales notamment contre la vie chère.

M. Lecornu doit rencontrer lundi en Guadeloupe « des élus locaux, des acteurs économiques et des syndicats », comme le lendemain à la Martinique, a indiqué le ministère sans donner plus de précisions, ajoutant que le ministre serait de retour mercredi à Paris.

« Dans les deux territoires de Martinique et de Guadeloupe, un retour notable au calme a eu lieu dans la nuit du samedi au dimanche grâce au travail sans relâche des forces de l’ordre », s’est félicitée cette même source.

A la Guadeloupe, la préfecture a confirmé que la nuit « n’a pas vu d’incidents ou de heurts survenir ». « Les forces de sécurité ont continué à sécuriser l’ensemble du territoire et de dégager les axes de circulation, notamment en Grande-Terre », a-t-elle ajouté, précisant qu’une interpellation avait eu lieu.

En Martinique, des sources policières ont signalé toutefois des barricades « avec des jets de projectiles dont des cocktails Molotov sur des gendarmes ». Un individu a été interpellé après avoir incendié un véhicule et un autre « pour refus d’obtempérer et non-respect du couvre-feu ».

« C’est inacceptable qu’on nous oblige à nous faire vacciner. Inacceptable ce chantage d’un vaccin contre notre salaire. Je me bats aussi pour ma fille, la vie ici est trois fois plus chère qu’en métropole. Le peuple dit qu’il en a assez », témoigne auprès de l’AFP Cédrick Louiset, sapeur-pompier depuis 27 ans. Sur un barrage depuis près d’une semaine, il déplore les violences et ceux qui tirent sur « nos frères policiers ».

En Guadeloupe comme en Martinique, distante de 120 km, les forces de l’ordre avaient essuyé des tirs par arme à feu les nuits précédentes.

Des violences qui ralentissent l’activité économique des îles et dissuadent les nouveaux arrivants de rester. Comme Kim Dubois, photographe de 23 ans, installée depuis 4 mois en Guadeloupe. Regardant les poubelles qui s’amoncellent à l’entrée de la plage à Petit Havre au Gosier, elle lâche avec regret: « c’est trop galère on va repartir dans un mois ».

Ouverture de discussions

Avant de s’envoler pour les Antilles, le ministre a salué un « accord de méthode signé cette nuit (heure de Paris) entre l’Etat, les élus locaux de Martinique et l’intersyndicale qui permettra l’ouverture de discussions sur les principales problématiques du territoire (santé, prix des carburants, jeunesse, transport ?) », souligne l’entourage du ministre.

« Certaines de ces thématiques concernent l’Etat, d’autres davantage les collectivités territoriales: chacun y prendra sa part », explique cette source qui a pris « note de l’engagement de l’intersyndicale de lever provisoirement les barrages ». « Le dialogue social pour les personnels hospitaliers et les pompiers non vaccinés se poursuivra », ajoute cette source.

Vendredi, dans une allocution télévisée aux Guadeloupéens, M. Lecornu a affirmé que le gouvernement était « prêt » à évoquer la question de davantage d’autonomie si cela pouvait permettre de « résoudre les vrais problèmes du quotidien des Guadeloupéens ».

Depuis cette annonce, l’opposition a multiplié les attaques contre le gouvernement. « C’est l’exemple type de la fuite en avant. C’est une forme de démembrement de l’unité nationale », a fustigé dimanche le candidat à l’investiture LR Xavier Bertrand sur CNews, soulignant « qu’il était temps » que M. Lecornu se rende aux Antilles.

Le ministre des Outre-mer est « hors-sol », a renchéri Marine Le Pen sur LCI.

A gauche, la candidate PS et maire de Paris Anne Hidalgo a dénoncé pour sa part « un manque de considération ». La veille, Jean-Luc Mélenchon (LFI) a jugé « stupéfiante » la « réponse de Macron » et appelé à ne parler statut que « le moment venu ».

La question de l’autonomie est « hors sujet », a de son côté tranché Elie Domota, porte-parole du collectif syndical LKP, sur LCI, soulignant que les manifestants n’ont « jamais été entendus » sur leur revendication de « négociations sur l’obligation vaccinale et sur le pass sanitaire ».

Par Le Point avec AFP

Antilles: nouvelles violences durant la nuit, les barrages continuent

novembre 24, 2021
Antilles: nouvelles violences durant la nuit, les barrages continuent
Antilles: nouvelles violences durant la nuit, les barrages continuent© AFP/LOIC VENANCE

Des violences ont de nouveau eu lieu en Martinique et en Guadeloupe dans la nuit de mardi à mercredi, faisant des blessés parmi les forces de l’ordre, tandis que les barrages continuaient de paralyser l’activité sur ces deux îles en proie à une crise sociale d’ampleur.

« En Basse-Terre quatre interpellations ont été réalisées et deux à Pointe-à-pitre. Au cours des interventions de cette nuit, deux gendarmes ont été légèrement blessés », a indiqué mercredi après-midi la préfecture de Guadeloupe.

La préfecture, qui a prolongé le couvre-feu jusqu’à samedi, assure que « le dispositif de sécurité renforcé mis en place cette nuit (de mardi à mercredi) a permis de déjouer des tentatives de cambriolages et d’assurer un retour au calme et à la sérénité ».

« Celles et ceux qui cassent et qui s’en prennent aux forces de l’ordre, la nuit, en tirant à balles réelles sur eux, n’ont rien à voir avec des manifestants ou avec des personnes formant des revendications sanitaires », a estimé devant le Sénat le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu qui a assuré qu’en Guadeloupe, « la réponse pénale est en cours: pratiquement une centaine d’interpellations au moment où je vous parle ».

Si certaines routes étaient vierges de tout blocage, d’autres étaient parsemées de différents barrages, certains filtrants, d’autres où les véhicules passaient sans encombre et d’autres totalement impossibles à franchir. Des gendarmes organisaient des opérations de déblaiement sur certains axes, comme à Rivière des Pères, à Basse-Terre, selon la gendarmerie.

Levée des barrages en Martinique

En Martinique, cinq gendarmes mobiles, selon la gendarmerie, et quatre policiers (syndicat police), ont été blessés lors d’échauffourées dans le quartier de Sainte-Thérèse, à Fort-de-France, déjà le théâtre la nuit précédente de tirs par arme ciblant les forces de sécurité.

« Deux individus ont été arrêtés à Schoelcher après qu’une bande circulant à moto a ouvert le feu sur les gendarmes qui tenaient un contrôle routier », selon la gendarmerie. Un tireur a été arrêté, selon un syndicat de police.

Ces violences sont advenues malgré l’annonce d’une levée des barrages par l’intersyndicale qui avait appelé à une grève générale pour dénoncer, comme en Guadeloupe, l’obligation vaccinale et les suspensions de soignants, mais aussi le coût de la vie et les prix des carburants.

Cet appel avait pour but de ramener le calme en Martinique pour éviter un embrasement comme en Guadeloupe où le bureau des internes a annoncé mercredi qu’ils exerçaient leur droit de retrait, évoquant un « péril imminent » face à l' »insécurité croissante » et à des « menaces » quand ils se rendent sur leur lieu de travail.

Depuis Paris, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a dénoncé une « minorité récalcitrante » et « violente » qui prend « toute une île en otage ».

« La santé publique ne peut pas être instrumentalisée à des fins politiques », a-t-il insisté à l’issue du Conseil des ministres lors duquel le président Emmanuel Macron a « rappelé que notre objectif, notre cap, c’est de protéger les Guadeloupéens ».

Pour calmer la situation, le Premier ministre Jean Castex avait notamment annoncé lundi la création d’une « instance de dialogue » afin de « convaincre et d’accompagner individuellement, humainement », les professionnels concernés par l’obligation vaccinale.

Le ministre de la Santé Olivier Véran a également « décidé de mettre en place une structure qui va permettre de trouver une solution à chacune des 1.400 personnes suspendues parce qu’elle ne sont pas en conformité avec cette obligation vaccinale », a expliqué Sébastien Lecornu.

« Contre la vie chère »

Des solutions qui n’ont pas convaincu en Guadeloupe. « Il y en ras le bol. L’Etat laisse pourrir la situation. Au lieu de répondre, ils nous envoient le GIGN. Tant qu’il n’y pas de négociation, on est là, on attend », a déclaré à l’AFP, Colette, qui refuse de donner son nom, participant à un rassemblement au niveau d’un barrage, sur la commune Les Abymes.

Cette technicienne administrative dans un centre de dialyse dépendant du CHU, est contre l’obligation vaccinale qu’elle assimile à « un viol ». Opposée au vaccin principalement par « manque de recul », elle a « reçu sa mise en demeure préalable à sa suspension ».

Colette manifeste aussi pour « l’emploi de la jeunesse, contre la vie chère ». Quand on lui demande si le mouvement s’essouffle, elle répond « pas à mon niveau, mais il faut faire attention, car les gens en ont marre ».

Dans l’opposition, la cheffe de file des députés insoumis Mathilde Panot a souligné la « conjonction de facteurs » à l’origine de cette « colère sociale immense » en Guadeloupe, en insistant particulièrement sur la « crise de l’eau », alors que « le premier geste barrière dans une pandémie c’est se laver les mains ».

Par Le Point avec AFP

Antilles françaises: éruption de violences et tirs sur les forces de l’ordre

novembre 23, 2021
Antilles francaises: eruption de violences et tirs sur les forces de l'ordre
Antilles françaises: éruption de violences et tirs sur les forces de l’ordre© AFP/Christophe ARCHAMBAULT

La Martinique et la Guadeloupe, deux îles des Antilles françaises, sont secouées par un mouvement social et de contestation de mesures sanitaires qui a vite été émaillé de violences, y compris de tirs contre les forces de l’ordre dans la nuit de lundi à mardi.

Le mouvement de contestation de la vaccination obligatoire contre le Covid-19 pour les personnels soignants et les pompiers a été déclenché le 15 novembre en Guadeloupe, avec un appel à la grève générale d’un collectif d’organisations syndicales et citoyennes. Ces organisations réclament aussi la hausse des salaires et des minima sociaux et la baisse des prix des carburants et du gaz.

Il a dégénéré les jours suivants, avec des barricades, des pillages de magasins, des incendies et même un vol d’armes et de munitions dans une station de garde-côtes de la Douane à Pointe-à-Pitre.

La Martinique a embrayé une semaine plus tard, lundi, les manifestants bloquant notamment les principaux axes routiers de l’île.

Dans la nuit de lundi à mardi, des forces de l’ordre et des pompiers ont été la cible de tirs d’arme à feu à Fort-de-France, sans qu’il y ait de blessés, selon une source policière, mais aussi en Guadeloupe, selon le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin.

« La situation est toujours très difficile », a estimé ce dernier mardi.

Mais, a-t-il averti, « ce qui est certain, c’est que le rétablissement de l’ordre public est le préalable à toute discussion ».

La veille, pour tenter de sortir de l’impasse, le gouvernement français avait annoncé la création d’une « instance de dialogue » pour « accompagner » les soignants et pompiers opposés à l’obligation vaccinale.

Selon Sébastien Lecornu, le ministre des Outre-mers, les violences sont le fait de « personnes qui sont malheureusement déjà défavorablement connues des services de police ou de la justice, qui se servent de cette crise pour s’exprimer dans la violence ».

Une pauvreté prégnante

Selon les autorités françaises, plus de 90 interpellations et plus de 60 gardes à vue ont eu lieu depuis le début de la crise. 250 policiers et gendarmes ont été envoyés en renfort et un couvre-feu a été instauré de 23H00 à 5H00 locales.

Pour M. Lecornu, il ne s’agit pas « d’une question sanitaire et sociale ».

Le président Emmanuel Macron avait déjà dénoncé lundi ceux qui utilisent « la santé des Françaises et des Français pour mener des combats politiques ».

Mais le leader de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon a estimé que le « fond de l’affaire » était « l’exaspération contre l’état d’abandon ».

La Guadeloupe et la Martinique sont deux départements français frappés, comme les autres département d’outre-mer, par une pauvreté marquée et un taux de chômage supérieur à celui de la métropole.

En Guadeloupe, 34,5 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté national, avec un fort taux de chômage (19 %), selon les données de l’Institut national de la statistique (Insee).

La Martinique est certes la région d’outre-mer la moins touchée par le chômage (12,4 % en 2020) et la pauvreté, mais celle-ci y est également « très présente » : « le taux de pauvreté est de 29,8 % en 2018, soit près de deux fois plus qu’au niveau national », avec des inégalités de niveaux de vie plus grandes qu’en France métropolitaine, selon l’Insee.

Par ailleurs, dans ces îles, l’opposition aux vaccins reflète, selon des sociologues, la défiance de la population envers les autorités depuis le « scandale du chlordécone ». Considéré comme perturbateur endocrinien et cancérogène probable, ce pesticide interdit en France en 1990 est resté autorisé dans les champs de bananes de Martinique et de Guadeloupe par dérogation ministérielle jusqu’en 1993, provoquant une pollution importante et durable.

Mais depuis que la Guadeloupe a été frappée de plein fouet l’été dernier par l’épidémie, le taux de vaccination a progressé.

Il atteint désormais près de 90 % chez les soignants et approche 50 % dans la population générale – loin toutefois des plus de 75 % de vaccinés en métropole.

Par Le Point avec AFP

Covid: la rentrée scolaire reportée au 13 septembre aux Antilles

août 25, 2021
Covid: la rentree scolaire reportee au 13 septembre aux Antilles
Covid: la rentrée scolaire reportée au 13 septembre aux Antilles© AFP/Archives/Lionel CHAMOISEAU

Face à une situation sanitaire toujours « grave » à cause du Covid-19, le gouvernement a décidé mercredi de repousser au 13 septembre la rentrée scolaire dans les Antilles et dans la zone « rouge » de la Guyane.

En Martinique, le préfet a également prolongé jusqu’au 19 septembre le confinement et le couvre-feu en vigueur depuis le 30 juillet.

A l’issue du conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a observé que le taux d’incidence aux Antilles commençait certes à « refluer légèrement » grâce au « confinement ». La situation « reste néanmoins très grave », a-t-il ajouté, notamment en Polynésie où « le taux d’incidence est colossal » avec 2.800 cas positifs pour 100.000 habitants et où les écoles ont été fermées pour 15 jours.

« Nous sommes également très vigilants quant à la situation en Guyane, où le taux d’incidence qui dépasse 400 a augmenté de 40 % en une semaine », a noté Gabriel Attal. Il a insisté sur « la solidarité nationale » avec l’envoi de « centaines de soignants en renfort sur place pour organiser des évacuations et garantir l’approvisionnement en oxygène ».

Gabriel Attal a ajouté que l’état d’urgence sanitaire serait prolongé « jusqu’au 15 novembre aux Antilles, en Guyane et en Polynésie française », avec un projet de loi présenté « la semaine prochaine ».

« Nous sommes satisfaits d’avoir été entendus » sur le report de la rentrée, a déclaré à l’AFP Valérie Vertale Loriot, co-secrétaire académique du Snes Martinique, demandant cependant des « précisions sur l’organisation ».

Serge Letchimy, président du conseil exécutif de la Martinique, avait décidé la semaine dernière de repousser la rentrée des agents de la collectivité affectés aux collèges et aux lycées, qui était prévue le 23 août.

Ce territoire est particulièrement touché par le covid depuis plusieurs semaines au point que les urgences de l’hôpital de Fort-de-France ont basculé dans « l’horreur », a assuré un urgentiste à l’AFP. La Martinique a enregistré 405 décès à l’hôpital dus au Covid-19 depuis le début de la pandémie, dont 162 entre les 9 et 22 août.

La Guadeloupe est elle aussi durement frappée par le covid avec un taux d’incidence de 1.822 cas pour 100.000 habitants observé au 20 août.

« Vaccinobus »

Sur le plan économique, Philippe Jock, président de la Chambre de commerce et d’industrie de Martinique, a espéré que « les mesures d’accompagnement pour faire face à la crise seront vite réactivées et adaptées ». Par exemple, « nous n’avons pas de visibilité pour le mois de septembre puisque les aides sont accessibles lorsque les fermetures administratives sont supérieures à 21 jours ».

Signe des difficultés, Patrick Fabre, PDG des hôtels Karibéa basés en Guadeloupe et en Martinique, a déploré une baisse de l’activité partielle de 9 %.

Le président de région de la Martinique Serge Letchimy et celui la Guadeloupe Ary Chalus ont également écrit au Premier ministre pour demander une plus grande souplesse sur l’accès aux aides afin de contrer les « lourdes conséquences économiques ».

Sur l’éducation, la députée de Guadeloupe Hélène Vainqueur-Christophe et les sénateurs de la Guadeloupe Victoire Jasmin et Victorin Lurel ont demandé, au-delà du report de la rentrée scolaire, d' »anticiper une reprise coordonnée, sécurisée et efficace des enseignements », dans un courrier adressé au ministre Jean-Michel Blanquer.

En dehors des restrictions, les autorités comptent sur la progression de la vaccination, après un démarrage lent en raison de la méfiance d’une partie de la population et la difficulté d’accès aux centres dans certaines zones. Un « vaccinobus » a commencé à sillonner la Martinique mardi.

Seulement 22,51 % des habitants de 12 ans et plus y ont achevé leur parcours vaccinal. Mercredi, la 100.000e personne devrait recevoir sa première injection.

« Une majorité de la population n’est pas encore convaincue », a regretté sur RTL Alain Fischer, président du Conseil d’orientation vaccinale. Selon lui, « il faut recourir à des ambassadeurs, des personnes proches culturellement de ces populations qui viennent les convaincre: Teddy Riner, Lilian Thuram, tous les judokas qui ont gagné à Tokyo, des artistes, des personnalités culturelles… »

Le contexte sanitaire est moins pesant en France métropolitaine mais un pic des hospitalisations est attendu d’ici « quelques jours », a prévenu le ministre de la Santé Olivier Véran. Le nombre d’hospitalisations de patients atteints du covid a grimpé à 11.066 avec l’arrivée de 1.145 malades entre lundi et mardi.

Par Le Point avec AFP

Covid-19 : après la Martinique, un « confinement strict » décrété en Guadeloupe

août 11, 2021

Mercredi matin, Emmanuel Macron a insisté sur la situation « dramatique » aux Antilles, où « l’augmentation des contaminations se traduit par une explosion des formes graves » de Covid-19.

En Guadeloupe, la situation sanitaire nécessite d’ouvrir « 100 lits de réanimation », a estimé le ministre des outre-mer, Sébastien Lecornu, mardi 10 août.
En Guadeloupe, la situation sanitaire nécessite d’ouvrir « 100 lits de réanimation », a estimé le ministre des outre-mer, Sébastien Lecornu, mardi 10 août. CEDRICK ISHAM CALVADOS / AFP

En France, la quatrième vague de Covid-19 frappe particulièrement les territoires d’outre-mer. En Guadeloupe et en Martinique, à peine 20 % de la population est complètement vaccinée, contre plus de 55 % en métropole, selon les derniers chiffres de Santé publique France.

  • Un confinement strict décrété en Guadeloupe

Comme c’est déjà le cas en Martinique, la Guadeloupe va connaître un « confinement strict » pour lutter contre l’épidémie, a annoncé, mercredi 11 août, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal.

Ce dernier a rappelé qu’en Martinique le préfet avait pris mardi un arrêté « qui ferm[ait] les restaurants, les bars, l’accès aux plages et certains commerces, et allonge[ait] le couvre-feu »« Lors du conseil de défense de ce matin, nous avons décidé d’étendre ces mesures à la Guadeloupe », a-t-il poursuivi, précisant qu’il s’agissait de « mesures fortes mais nécessaires ».

« C’est une nécessité vitale [pour] stopper au plus vite la circulation du virus. [Aux Antilles] la situation est critique, jamais sur le territoire français nous n’avons atteint un tel taux d’incidence. »

Les chiffres sont en forte augmentation en Guadeloupe, avec un taux d’incidence de plus de 1 700 cas pour 100 000 habitants et quatorze morts la semaine dernière. La situation épidémique nécessite d’ouvrir « 100 lits de réanimation », a estimé le ministre des outre-mer, Sébastien Lecornu, à son arrivée mardi soir dans l’île.

  • Situation « dramatique » aux Antilles, des soignants et pompiers en renfort

A l’ouverture du conseil de défense sanitaire, Emmanuel Macron a alerté, mercredi, sur la « situation dramatique » de l’épidémie aux Antilles, où « l’augmentation des contaminations se traduit par une explosion des formes graves » de Covid-19 et une saturation des hôpitaux.

« Un scénario d’urgence est aujourd’hui devant nous », a encore souligné le chef de l’Etat, selon qui la situation aux Antilles « implique la solidarité inconditionnelle de la nation » et offre « la démonstration cruelle » que « la vaccination est le moyen le plus efficace » face au virus.

« Si la situation est si inquiétante aux Antilles, c’est parce que la couverture vaccinale n’est pas suffisante », a insisté M. Attal après le conseil, appelant la population à se faire vacciner.

Quelque « 274 soignants et 60 pompiers » venus de la métropole sont arrivés pour « prêter main-forte aux équipes médicales » des deux îles, a annoncé dans la nuit de mardi à mercredi le ministre des outre-mer, Sébastien Lecornu, sur Twitter :

En Martinique, un nouveau confinement strict a été mis en place, avec fermeture des commerces non essentiels, des locations saisonnières, des hôtels et des plages, alors que les touristes ont été invités à quitter l’île, lundi.

  • En Guyane, remise en place du couvre-feu le week-end

En Guyane, pour lutter contre la progression du variant Delta, des mesures de protection renforcées ont également été décidées. A compter du 11 août, le couvre-feu est remis en place « du samedi 20 heures au lundi 5 heures [dans les communes] les plus touchées par la hausse du nombre de contaminations : Cayenne, Macouria, Matoury, Rémire-Montjoly et Kourou », a annoncé la préfecture dans un communiqué. Ces communes étaient déjà soumises à un couvre-feu en semaine dont les horaires restent « inchangés » (de 20 heures à 5 heures).

En outre, « tout voyageur non vacciné » en provenance de la Martinique et de la Guadeloupe « devra disposer d’un motif impérieux, présenter avant l’embarquement un test PCR négatif (de moins de soixante-douze heures) ou antigénique négatif (de moins de quarante-huit heures) et attester sur l’honneur qu’il accepte de se soumettre à un test antigénique à l’arrivée ». En cas de résultat positif, le voyageur devra observer une période d’isolement de dix jours, prolongeable si le test est toujours positif au bout de sept jours. « Cette mesure ne concerne pas les voyageurs dont le schéma vaccinal est complet », précise la préfecture.

Le taux d’incidence y est en hausse avec 259 cas pour 100 000 habitants, contre 213 cas la semaine précédente. « L’impact sur les hospitalisations est à craindre d’ici une ou deux semaines », s’alarme la préfecture, qui ajoute que le variant Delta, plus contagieux, représente désormais « plus de 60 % des tests PCR » réalisés en Guyane.

  • Nouveau couvre-feu en Polynésie

Le haut-commissaire de Polynésie, Dominique Sorain, a annoncé, lundi, le rétablissement d’un couvre-feu, de 21 heures à 4 heures, sur tout le territoire à partir de mercredi. Compte tenu de la flambée de l’épidémie, il n’a pas exclu d’étendre « très rapidement » les heures de ce couvre-feu, voire de mettre en place un reconfinement. « Le 16 juillet, nous avions un taux d’incidence inférieur à 10, aujourd’hui, on est à plus de 1 000 », a regretté M. Sorain.

Après plusieurs mois d’une circulation très faible du virus, l’épidémie a connu un regain soudain au début d’août. Plus aucun Polynésien n’était hospitalisé pour cause de Covid-19 à la mi-juillet ; ils sont désormais 159 à l’être, dont 27 en réanimation.

Les autorités avaient déjà instauré, depuis la fin du mois de juillet, plusieurs restrictions : limitation des rassemblements publics à vingt personnes et interdiction de tout événement réunissant plus de 500 personnes, interdiction des concerts, expositions, fêtes foraines, des mariages et des anniversaires dans les établissements publics, discothèques et salles de bal fermées, compétitions sportives à huis clos.

Avec Le Monde avec AFP

Jacob Desvarieux, l’un des fondateurs du groupe Kassav’, monument aux Antilles est mort vendredi à 65 ans des suites du Covid-19

juillet 31, 2021
Jocelyne Béroard et Jacob Desvarieux.

Jacob Desvarieux, mort vendredi à 65 ans des suites du Covid-19, était l’un des fondateurs du groupe Kassav’, monument aux Antilles qui a connu un énorme succès dans les années 80 en mélangeant des musiques locales pour créer un style, le zouk.

De santé fragile depuis une greffe rénale, le chanteur et guitariste guadeloupéen avait été hospitalisé le 12 juillet à Pointe-à-Pitre après avoir été contaminé par le coronavirus.

Les hommages se succèdent depuis l’annonce de sa mort. « Monstre sacré du zouk. Guitariste hors pair. Voix emblématique des Antilles. Jacob Desvarieux était tout cela à la fois », a tweeté le président français, Emmanuel Macron.

Monument

« Les Antilles, l’Afrique et la musique viennent de perdre l’un de ses plus grands Ambassadeurs. Jacob, grâce à ton art, tu as rapproché les Antilles à l’Afrique. Dakar où tu as vécu te pleure. Adieu l’ami », a abondé le chanteur sénégalais Youssou Ndour.

Monument aux Antilles et star en métropole, le groupe est également très connu en Afrique. « Nous qui venions de petites îles, on n’imaginait même pas que les Africains avaient accès à notre musique !, racontait en 2019 à Jeune Afrique Jacob Desvarieux. Je me souviens qu’un jour, au début des années 1980, un commerçant camerounais qui vivait en Guadeloupe nous a dit : « Il faut que vous veniez sur le continent, vous êtes des stars ! »

Le clip de « Syé Bwa » a d’ailleurs été tourné à Kinshasa. « L’Afrique s’est ouverte à nous avant même la France », ajoutait Jocelyne Béroard lors de ce même entretien. « Ils ne comprenaient pas le créole, mais ils répétaient plus ou moins phonétiquement, ou ils créaient leurs propres versions », souriait-elle. « “Zouk la sé sel médikaman nou ni” (« Le zouk est le seul médicament que nous avons », ndlr) est, par exemple, devenu “Zouk la, j’ai mangé un demi-kilo de riz”! »

Tubes festifs

Le groupe Kassav’ ? « Au départ, c’était un laboratoire : nous cherchions à trouver une bande-son qui fasse la synthèse de toutes les traditions et sons antérieurs, mais qui soit exportable partout », racontait le musicien au journal Libération en 2016.

À TRAVERS NOTRE MUSIQUE, NOUS INTERROGIONS NOS ORIGINES. QU’EST-CE QU’ON FAISAIT LÀ, NOUS QUI ÉTIONS NOIRS ET PARLIONS FRANÇAIS ? »

Un cocktail qui donnera naissance à des tubes festifs et dansants chantés en créole, comme « Zouk la sé sèl médikaman nou ni » (1984, sur un album que Desvarieux cosigne avec un autre fondateur de Kassav’ mais qui ne sort pas sous le nom du groupe) ou « Syé bwa » (1987).

« À travers notre musique, nous interrogions nos origines. Qu’est-ce qu’on faisait là, nous qui étions noirs et parlions français ?, expliquait à Libé Desvarieux, la voix douce et voilée et les cheveux blanchis par les années. Comme les Afro-Américains des États-Unis, nous cherchions des réponses pour reprendre le fil d’une histoire qui nous avait été confisquée. »

Kassav’ explose en même temps que la « world music », les musiques du monde : au milieu des années 80, le public a soif de musiques lointaines et métissées. « Notre musique se devait d’être “antillaise”, c’est-à-dire reconnue par les Antillais, contrairement à ce qu’il se passait alors avec la world music : il s’agissait d’une musique anglo-saxonne avec un chanteur du tiers-monde, chantant parfois dans sa langue », nuançait toutefois Jacob Desvarieux.

Encensé par Miles Davis

Kassav’ (en référence à la cassave, une galette de manioc) est fondé en 1979 par des artistes guadeloupéens, Pierre-Edouard Decimus (du groupe Les Vikings de la Guadeloupe) et Freddy Marshall. Ils recrutent d’autres musiciens, dont Desvarieux, né en 1955 à Paris et qui, comme guitariste, revendique des influences rock, de Chuck Berry à Jimi Hendrix.

La base du style du groupe est le gwo ka, musique guadeloupéenne marquée par les tambours. Il y ajoute d’autres ingrédients venus de toutes les Caraïbes – compas haïtien, biguine… – et un emballage moderne, avec de la basse, des cuivres et des claviers.

Le premier album de Kassav’, « Love and Ka dance », sort en 1979. 1980 marque la première apparition dans le groupe de celle qui en deviendra l’emblème : la chanteuse martiniquaise Jocelyne Béroard. Kassav’ atteint le pic de sa popularité à la fin des années 80. Il signe un contrat avec la multinationale du disque CBS, sort l’album « Vini Pou » en 1987 (disque de platine) et reçoit une Victoire de la musique en 1988. Encensé par le jazzman américain Miles Davis, le groupe enchaîne les concerts dans le monde entier. Et parallèlement aux nombreux albums de Kassav’, ses membres sortent des disques solo. Depuis, la mode du zouk est retombée, mais Kassav’ a continué d’attirer un public nombreux en concert.

Par Jeune Afrique avec AFP

A Barbuda, Irma laisse misère et désolation

septembre 9, 2017

Destructions à Codrington à Antigua et Barbuda, le 8 septembre 2017 / © AFP / Gemma HANDY

Maisons rasées, magasins éventrés, palmiers déracinés: après avoir survécu à l’ouragan Irma qui a devasté Barbuda, les habitants devaient évacuer samedi l’île face à la tempête Jose qui menace les Caraïbes.

Avec ses vents de près de 300 km/h, Irma n’a fait qu’une bouchée de la petite île paradisiaque. Selon le gouvernement, près d’un tiers des maisons ont été totalement détruites et les infrastructures, les bâtiments gouvernementaux, les hôpitaux et les écoles ont été endommagés par l’ouragan qui n’a fait qu’un seul mort.

Le long des 20 km de la plage de Pink Sand qui bordent la côte ouest, les maisons en bois n’ont pas résisté et se sont écroulées comme des châteaux de cartes. Celles en béton ont parfois eu plus de chance, seul le toit s’est envolé. Le toit en tôle de l’entrepôt d’une station service est aussi éventré. Les rues sont jonchées de débris.

« Terrifiant, Horrible, le pire jamais vu »: sous le choc, les habitants peinent à décrire les scènes de désolation laissées par Irma, le plus fort ouragan a jamais avoir frappé la région.

Sira Berzas, 40 ans, a vu le toit de sa maison s’envoler face à la force de l’ouragan. Elle s’est réfugiée plus d’une heure dans un placard avec son amie Jackie en attendant une accalmie.

– Evacuation générale –

« Je n’ai jamais eu si peur de ma vie. Jackie et moi on s’accrochait l’une à l’autre et, en fait, on se disait adieu », dit-elle à l’AFP. Une fois dans l’oeil de l’ouragan, « en sous-vêtements, nous avons couru hors de la maison en criant au secours. Heureusement, il y avait un camion de police qui nous a emmenés dans un lieu plus sûr ».

– Houdini est sauf –

Sira Berzas a perdu sa maison, son café-restaurant. Son amie Jackie a laissé derrière elle son chaton. Le bien-nommé Houdini a finalement été retrouvé, trempé et apeuré mais bien vivant dans un coin de la maison.

Mais le calvaire des 1.600 habitants n’est pas terminé. Le gouvernement a ordonné une évacuation générale de Barbuda face à la menace de l’ouragan José, positionné sur l’Atlantique. Dès vendredi, plusieurs centaines de personnes ont été transférées sur l’île d’Antigua dans un avion militaire vénézuélien.

Si beaucoup d’entre elles ont de la famille pour les héberger, d’autres ne savent pas où aller.

« Je préfèrerais rester, je ne trouve ça pas bien de m’en aller. Il faudrait plutôt reconstruire », explique Beautymey John, qui attend avec ses cinq enfants un bateau pour être évacuée.

Maurice George, un enseignant de 30 ans, n’a pris que le strict nécessaire pour son séjour à Antigua et compte revenir sur Barbuda dès que son collège rouvrira.

« Ça me fend le coeur de voir notre île dans cet état, dit-il. Mais quand certains voient la désolation, d’autres voient une occasion de reconstruire ».

Samedi, la trajectoire de José semblait toutefois s’éloigner pour passer au nord de Barbuda et le gouvernement a relégué l’alerte « ouragan » en alerte « tempête tropicale ».

Romandie.com avec(©AFP / 09 septembre 2017 19h19)

Après Irma et avant José, course contre la montre aux Antilles

septembre 9, 2017

Les dégâts provoqués par le passage de l’ouragan Irma, le 7 septembre 2017 sur l’île de Saint-Martin / © AFP / Lionel CHAMOISEAU

Les îles de Saint-Martin et Saint-Barthélemy, déjà dévastées par le passage d’Irma, étaient engagées samedi dans une course contre la montre avant l’arrivée de l’ouragan José, qui risque de renforcer la catastrophe.

José, rehaussé en niveau 4, devrait passer dans la nuit de samedi à dimanche, heure de Paris, à 100 km au nord de Saint Martin, déjà détruite à 95% par Irma, qui a touché Cuba samedi et doit atteindre dimanche la Floride.

Le passage de José entraînera « de la houle avec des creux de 5 à 7 mètres, de fortes pluies orageuses et des rafales de vents allant jusqu’à 130 à 150 km/h », a indiqué Météo France.

Saint-Martin et Saint-Barthélémy ont été placées en alerte rouge cyclonique, dernière étape avant l’alerte violette, associée au confinement. Les deux îles sont « devenues hyper vulnérables après le passage de l’oeil d’Irma », ajoute le prévisionniste, précisant que « les conséquences sur les îles seront en fonction de la distance du centre » de José. Une nouvelle épreuve pour les habitants, déjà sous le choc et pas forcément informés.

« Le manque d’informations rend les gens hystériques, tendus », a raconté à l’AFP Sandrine Reynal, assistante sociale à Saint-Barthélémy. A Gustavia, l’aéroport de cette île, certains patientaient des heures dans l’espoir d’évacuer, non sans tensions.

« Il nous reste 12 bouteilles d’eau, pour trois, pour se laver et boire, ça devient difficile », racontait vendredi soir au téléphone Olivier Toussaint, habitant de l’île.

Les secours vont ouvrir sur l’île neuf abris capables d’abriter « 1.600 personnes » pendant le passage de José, a annoncé samedi la ministre des Outre-mer Annick Girardin.

Les secours sont lancés dans une course de vitesse en attendant l’arrivée du nouvel ouragan, qui devrait paralyser les liaisons aériennes. Un nouvel appareil militaire polyvalent doit arriver avec des équipages supplémentaires ainsi que du matériel et des moyens de liaison. Les liaisons maritimes sont, elles, déjà suspendues.

Les commandant de la marine néerlandaise, Peter Jan de Vin, a déclaré au journal NRC que ses équipes travaillaient toujours à enlever les débris d’Irma, jugeant « illusoire » que Saint-Martin puisse être correctement préparé à l’arrivée de José.

– 1,2 milliard de dommages –

Le coût des dommages provoqués par Irma sur les deux îles a été évalué samedi à 1,2 milliard d’euros par la Caisse centrale de réassurance (CCR), réassureur public spécialisé dans les catastrophes naturelles.

L’arrêté de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle pour Saint-Martin et Saint-Barthélémy, devant permettre l’indemnisation des dommages subis, a été publié au Journal officiel de samedi.

Selon le ministère de l’Intérieur, 1.105 personnes ont été déployées sur place, dont 300 sapeurs-pompiers, 65 techniciens et ingénieurs d’EDF, 74 ingénieurs spécialisés dans les crises, 384 gendarmes et une trentaine de personnels de santé.

Dans la ville de Marigot, chef-lieu de Saint-Martin, l’AFP a constaté que les toitures étaient crevées, que des débris de tôle, de ferraille et de végétaux jonchaient le sol et que les routes étaient encore légèrement inondées. La population dégage les obstacles, scie les arbres, fait des tas de branchages.

Une interdiction de circulation s’apparentant à un couvre-feu pour les personnes et les véhicules (hors missions de service publics) a été mise en place à Saint-Martin entre 19H00 et 07H00 jusqu’à mercredi.

Sur l’île, la sécurité reste difficile à assurer, a témoigné vendredi soir le major Mertz, détaché sur la ville de Marigot: entre les pillages et les rumeurs d’évacuation, « on n’arrive pas à sécuriser tous les points ».

Le chaos profite aux pilleurs: plusieurs témoignages recueillis ont fait état de magasins dévalisés après le passage de l’ouragan.

Deux hommes, dont un adjoint de sécurité de la Police aux frontières, ont été arrêtés sur l’île de Saint-Martin, en train de piller du matériel nautique. Le ministère de l’Intérieur a précisé que la lutte contre les pillages était une « priorité » des gendarmes, appuyés par des hélicoptères pour traquer les délinquants.

– Cuba touché, la Floride évacuée –

L’ouragan Irma a fait au moins dix morts et sept disparus, selon le dernier bilan donné vendredi en fin de journée par la préfète déléguée de Saint-Martin et Saint-Barthélemy, qui a fait état également de 247 personnes admises en consultation à l’hôpital de Saint-Martin.

Cela porte à 19 le nombre total de personnes ayant trouvé la mort lors de son passage dans les Caraïbes: outre les dix dans la partie française de Saint-Martin, on compte quatre personnes dans les îles Vierges américaines, deux à Porto-Rico, deux dans la partie néerlandaise de Saint-Martin, une à Barbuda.

Irma, repassé en catégorie 5, la catégorie la plus élevée, a atteint Cuba samedi à 03H00 GMT. Plus de 10.000 touristes étrangers et plusieurs milliers de vacanciers cubains ont été transportés en lieu sûr, la capitale La Havane était en état d’alerte.

En Floride, où Irma devrait arriver dimanche matin via l’archipel des Keys avant de toucher Miami, avec des vents d’au moins 240 km/h, les autorités ont appelé 5,6 millions de personnes à évacuer.

A Porto Rico, plus de la moitié des 3 millions d’habitants sont sans électricité, des refuges ont été ouverts pouvant accueillir jusqu’à 62.000 personnes. Une partie d’Haïti est sous les eaux et 19.000 personnes ont été évacuées en République dominicaine.

Romandie.com avec (©AFP / 09 septembre 2017 15h21)