Posts Tagged ‘Arabie Saoudite’

Khashoggi: Londres menace Ryad de « conséquences » si les accusations sont fondées

octobre 11, 2018

Londres – Le ministre des Affaires étrangères britannique a prévenu jeudi les autorités saoudiennes qu’elles s’exposeraient à de « graves conséquences » en cas de responsabilité dans la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi.

L’éditorialiste critique du pouvoir de Ryad et collaborateur du Washington Post n’a plus donné de signe de vie depuis son entrée le 2 octobre au consulat de son pays à Istanbul, où il s’était rendu pour obtenir un document en vue de son mariage avec une Turque.

Des responsables turcs ont affirmé samedi que, selon les premiers éléments de l’enquête, M. Khashoggi a été assassiné à l’intérieur du consulat.

« Si ces allégations sont vraies, il y aura de graves conséquences car notre amitié et nos partenariats sont fondés sur des valeurs communes », a déclaré Jeremy Hunt à l’AFP.

« Si les Saoudiens veulent parvenir à une conclusion satisfaisante (dans cette affaire), nous devons trouver M. Khashoggi. Ils disent que ces accusations ne sont pas vraies, alors où est M. Khashoggi? », a poursuivi le ministre.

Ankara affirme que Jamal Khashoggi n’est jamais ressorti du bâtiment, mais Ryad assure le contraire.

« Nous sommes extrêmement inquiets », a déclaré Jeremy Hunt, expliquant avoir transmis sa « vive préoccupation » à l’ambassadeur saoudien à Londres et au ministre des Affaires étrangères saoudien.

« Les gens qui se considèrent comme les amis de longue date de l’Arabie saoudite estiment qu’il s’agit d’un sujet très très grave », a-t-il déclaré, faisant notamment référence aux Etats-Unis qui ont demandé des explications à Ryad.

Le président américain a déclaré mercredi s’être entretenu « au plus haut niveau » avec les Saoudiens, et ce « plus d’une fois », au sujet du journaliste.

« Nous sommes très déçus de voir ce qui se passe. Nous n’aimons pas ça » et « nous voulons savoir ce qui se passe là-bas », a assuré Donald Trump.

Selon le Washington Post, les services de renseignement américains avaient connaissance d’un projet saoudien, impliquant le prince héritier Mohammed Ben Salmane, consistant à attirer le journaliste de 59 ans dans un piège pour l’arrêter.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a averti jeudi que son pays ne resterait pas silencieux au sujet de cette disparition.

Romandie.com avec(©AFP / 11 octobre 2018 12h49)                                                        

Francophonie: critiquée sur les droits de l’Homme, l’Arabie saoudite retire sa candidature

octobre 11, 2018

Erevan – L’Arabie saoudite a retiré sa demande d’adhésion à la Francophonie après avoir suscité une levée de boucliers, accusée notamment de violations des droits de l’Homme, a annoncé jeudi l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

L’OIF devait étudier la candidature saoudienne jeudi après-midi, en pleines interrogations sur la disparition mystérieuse en Turquie du journaliste saoudien Jamal Khashoggi très critique envers le pouvoir saoudien.

Le royaume a fait parvenir un courrier à l’OIF, au premier jour de son sommet à Erevan, demandant « le report » de la demande d’adhésion, a indiqué à l’AFP Bertin Leblanc, porte-parole du secrétariat de cette organisation.

Cette demande d’adhésion, en tant que simple membre observateur, donc sans droit de vote, avait suscité de vives critiques au sein de la Francophonie, visant le rapport lointain qu’entretient le pays avec la langue française mais également ses violations répétées des droits de l’Homme, selon des ONG.

L’OIF réunit 84 Etats et gouvernements « ayant le français en partage » mais qui comptent parfois peu de francophones, comme la Moldavie (2% de francophones), l’Egypte ou la Bulgarie (3% chacune), selon les derniers chiffres de l’OIF. L’Ukraine ou l’Uruguay ne comptent eux que 0,1% de locuteurs français chacun mais ils ne sont que pays « observateurs ». Actuellement, seul un tiers des pays de l’organisation reconnaissent dans leur Constitution le français.

Les Emirats arabes unis sont déjà un observateur de l’OIF, tandis que le Qatar est « membre associé », un stade supérieur qui permet de participer à davantage de réunions mais sans cependant octroyer de droit de vote.

La candidature saoudienne avait déjà été déposée en 2016, mais l’OIF, déjà embarrassée, avait alors décidé de surseoir à sa décision, estimant le dossier incomplet. Une mission avait alors été envoyée sur place, notamment pour constater la situation du français dans le royaume. Son rapport, non diffusé, devait être discuté ce jeudi après-midi par l’OIF.

La candidature était soutenue par le Maroc et le Sénégal notamment, mais combattue par le Canada, deuxième bailleur de fonds de l’OIF, dont l’ambassadeur à Ryad a été expulsé début août après l’envoi d’un tweet du ministère canadien des Affaires étrangères appelant l’Arabie à remettre en liberté des militants des droits de l’Homme récemment arrêtés.

Après le retrait de l’Arabie saoudite, il reste à l’OIF à étudier les autres demandes d’adhésion: l’Irlande et Malte, qui comptent respectivement 12% et 13% de francophones, selon l’OIF, ainsi que la Gambie, petit pays largement anglophone mais entouré de pays francophones, et enfin la Louisiane.

L’Etat américain, qui porte le nom de l’immense colonie française qui s’étendait des Etats-Unis au Canada, compte 200.000 francophones selon un recensement de l’an 2000, sur 4,7 millions d’habitants. Il s’agit majoritairement de « cajuns », ces descendants des Acadiens, colons français de l’est du Canada qui avaient été chassés par les Anglais en 1755 lors du « Grand Dérangement ».

Romandie.com avec(©AFP / 11 octobre 2018 13h25)                                                        

Journaliste saoudien disparu à Istanbul: une télévision diffuse des images de vidéosurveillance

octobre 10, 2018

Manifestation en faveur du journaliste saoudien Jamal Hashoggi, devant le consulat saoudien à Istanbul, le 5 octobre 2018. / © AFP/Archives / OZAN KOSE

Des éléments accréditant la thèse de la disparition forcée ou de l’assassinat d’un journaliste saoudien à Istanbul par des agents de son pays ont été révélés par les médias turcs mercredi, alors que sa fiancée demande l’aide de Donald Trump.

Des télévisions turques ont diffusé des images de vidéosurveillance montrant notamment l’entrée au consulat saoudien d’Istanbul du journaliste Jamal Khashoggi et de l’équipe soupçonnée d’être responsable de sa disparition.

M. Khashoggi, un journaliste critique du pouvoir de Ryad qui écrivait notamment pour le Washington Post, s’est rendu au consulat le 2 octobre, sur rendez-vous, pour des démarches administratives.

Selon la police turque, il n’en est jamais ressorti, mais Ryad affirme le contraire.

Sur les images, M. Khashoggi apparaît, entrant dans le consulat à 13h14. Un van noir est visible, garé à proximité.

D’autres images montrent un van entrer dans le consulat puis en ressortir et se rendre à 15h08, selon la chaîne 24 TV, à la résidence du consul toute proche.

Des sources turques, citant l’enquête en cours, ont affirmé durant le weekend que M. Khashoggi avait été assassiné dans le consulat. Mais certains médias ont évoqué mardi la possibilité qu’il ait été enlevé et emmené en Arabie saoudite.

Ryad a fermement démenti la thèse de l’assassinat.

Le Washington Post a affirmé, citant une source informée, que les services de renseignement américains avaient intercepté avant la disparition de M. Khashoggi des communications entre responsables saoudiens évoquant son enlèvement.

Journaliste saoudien disparu / © AFP / Thomas SAINT-CRICQ

– « Equipe d’assassinat » –

La police turque avait révélé samedi qu’un groupe de 15 Saoudiens avait fait l’aller et retour à Istanbul et au consulat le jour de la disparition du journaliste.

24 TV et d’autres chaînes ont aussi diffusé des images qu’elles affirment être celles des membres de ce groupe arrivant à l’aéroport d’Istanbul puis à leur hôtel. Selon ces sources, ils ont quitté l’hôtel dans la matinée pour se rendre au consulat puis sont repartis dans la soirée.

Le quotidien progouvernemental Sabah avait révélé mardi que deux avions privés étaient arrivés d’Arabie saoudite à Istanbul ce jour-là et que les personnes à leur bord avaient des chambres réservées dans des hôtels proches du consulat mais qu’ils n’y avaient pas passé la nuit.

Mercredi, le même journal a publié les noms, l’âge et les photographies de quinze hommes présentés comme l' »équipe d’assassinat » dépêchée par Ryad.

Le nom de l’une de ces personnes, Salah Muhammed Al-Tubaigy, correspond à celui d’un lieutenant-colonel du département de la médecine légale saoudien.

Les autorités turques ont obtenu mardi l’autorisation de fouiller le consulat saoudien, mais cette fouille n’a pas encore eu lieu.

La fiancée du journaliste a demandé mardi dans le Washington Post l’aide du président américain Donald Trump pour « faire la lumière » sur cette affaire.

L’opposition exhorte Ankara à élucider l’affaire Khashoggi / © AFP / Kadir Demir

« J’implore le président Trump et la Première dame Melania Trump d’aider à faire la lumière sur la disparition de Jamal », a écrit Hatice Cengiz dans une tribune publiée par le quotidien auquel collabore M. Khashoggi.

– « Moi, je parle » –

Le Saoudien s’était exilé en 2017 aux États-Unis, après être tombé en disgrâce à la cour du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, surnommé « MBS ».

Dans une interview réalisée par la BBC trois jours avant sa disparition, M. Khashoggi a affirmé qu’il n’avait pas l’intention de revenir dans son pays.

« Lorsque j’entends parler de l’arrestation d’un ami qui n’a rien fait qui mérite une arrestation, cela me fait penser que je ne dois pas y aller. Moi, je parle, cet ami à moi ne parlait même pas », a-t-il dit pour expliquer sa décision.

Au moment où la pression monte sur l’administration américaine pour intervenir sur ce dossier auprès de son allié saoudien, le ministre américain de la Défense Jim Mattis a assuré mardi que les Etats-Unis « suivent de très près la situation ».

M. Trump s’était dit « préoccupé » lundi par le sort de M. Khashoggi en relevant que « de mauvaises histoires circulent » à son sujet.

Déplorant une réaction américaine tardive et timorée, Sarah Margon, de l’organisation Human Rights Watch, estime que Washington « dispose des outils pour répondre rapidement, c’est une question de volonté politique ».

Romandie.com avec(©AFP / (10 octobre 2018 13h14)

L’Espagne renonce à une vente de bombes à l’Arabie Saoudite

septembre 4, 2018

Madrid – L’Espagne a renoncé à une vente de 400 bombes à guidage laser à l’Arabie saoudite, engagée dans un conflit meurtrier au Yémen, a annoncé mardi le ministère de la Défense.

Cette confirmation d’une information de la radio Cadena SER intervient après des bombardements cet été au Yémen, qui ont tué au moins 66 enfants au cours de raids en août.

Selon la Cadena SER, le gouvernement du socialiste Pedro Sanchez, arrivé au pouvoir début juin, a enclenché en juillet la procédure pour annuler le contrat signé à l’été 2015 sous son prédécesseur conservateur.

Les 9,2 millions d’euros déjà payés pour 400 bombes à guidage laser vont être rendus à l’Arabie saoudite, a annoncé la radio, sans préciser quelle compagnie les avait fabriquées.

« La Défense confirme l’information diffusée par la Cadena SER », a déclaré mardi le ministère dans un courriel à l’AFP, sans plus de commentaires.

L’annonce a été faite tandis que la secrétaire d’État au Commerce Xiana Méndez, dont dépendent les contrats d’armement, recevait des ONG militant contre la vente d’armes à Ryad, dont Amnesty International, Oxfam et Greenpeace.

Le gouvernement n’a pas pris d’autres engagements concrets lors de cette réunion, a déclaré à l’AFP Lara Contreras, représentante d’Oxfam.

Au sujet de l’annulation de la vente de bombes, « c’est 1% des ventes qui se font à l’Arabie saoudite mais c’est un message clair que c’est quelque chose d’important » pour le gouvernement, a-t-elle jugé.

Ces ONG redoutaient que ces armes ne soient utilisées au Yémen, où l’Arabie saoudite est engagée dans une guerre qui a fait quelque 10.000 morts, surtout civils, et provoqué la pire crise humanitaire au monde selon l’ONU.

En août, un raid de la coalition pro-gouvernementale sous commandement saoudien a ainsi tué 51 personnes dont 40 enfants à Dahyan, dans la province de Saada, fief des rebelles Houthis dans le nord du Yémen.

Ce carnage a suscité une vague de réprobation internationale. Le Conseil de sécurité de l’ONU a appelé à une enquête « crédible et transparente ».

Les ONG réclament l’arrêt immédiat de toute vente à Ryad d’armes qui peuvent être utilisées dans la guerre au Yémen.

En avril, au cours de la visite du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane en Espagne, l’Arabie et l’Espagne avaient signé un protocole d’accord pour l’achat par Ryad de cinq corvettes (navires de guerre) pour environ 1,8 milliard d’euros.

L’Espagne a exporté pour 4,35 milliards d’euros de matériel de défense en 2017, dont 270 millions à l’Arabie saoudite, selon les données du gouvernement.

Romandie.com avec(©AFP / 04 septembre 2018 11h55)

L’Arabie Saoudite perd ce qui lui reste de crédibilité

septembre 2, 2018

La décision saoudienne de remettre sine die la vente annoncée en grande fanfare des 5% de la compagnie pétrolière nationale Aramco remet directement en question la crédibilité du Prince héritier Mohammed bin Salman. L’introduction en bourse de ce géant constituait en effet la pierre angulaire de la politique du Prince qui espérait diversifier l’économie de son Royaume à l’aide des 100 milliards de dollars censés être le fruit de cette IPO, même si des analystes sérieux et crédibles avaient nuancé cet optimisme en misant plutôt sur des revenus avoisinant 75 voire 50 milliards… Cette introduction d’Aramco sur une bourse internationale majeure devait sonner la fin de l’opacité d’un Royaume ayant jusque-là découragé nombre d’investisseurs interprétant cette IPO comme une ouverture et un passage bienvenus vers une culture de la transparence n’ayant absolument pas été l’apanage du régime. Enfin, cette somme levée sur les marchés financiers auraient pu soulager le taux de chômage d’environ 13% en vigueur dans ce pays et acheter du même coup un sursis à un Royaume assis sur une bombe à retardement sociale.

Mais voilà : la remise aux calendes saoudiennes de cette IPO suscite des questionnements existentiels à l’encontre de la gestion de l’ensemble du processus par l’équipe de MBS. Elle remet même en question sa matrice – à savoir le fameux «Vision 2030» – qui en sort extrêmement compromise et qui ne ressemble plus désormais qu’à un mauvais Plan Com destiné à propulser la popularité d’un Prince tout aussi ambitieux qu’ombrageux. Vision 2030 et son fer de lance- l’introduction en bourse d’Aramco – n’avaient-ils pas propulsé MBS sur le devant de la scène internationale et aiguisé les appétits des investisseurs mondiaux ? Corollaire : l’incertitude voire le cafouillage autour de l’IPO d’Aramco ne démontrent-ils pas en creux l’impulsivité voire l’incompétence de leaders de tout premier plan de ce pays qui ne semblent efficaces que dès lors qu’il s’agit d’enfermer des opposants dans un hôtel de luxe ?

Naguère qualifié de visionnaire, le Prince passe désormais pour un simple calculateur politique ayant tenté d’anesthésier la vigilance des investisseurs globaux à l’aide d’une introduction en bourse censée insuffler au Royaume une transparence jusque-là inédite. Au final, les retombées économiques seront sévères pour ce pays qui subit depuis quelques années une saignée de capitaux en bonne et due forme. Le climat de confiance y est en effet si dégradé que c’est 65 milliards de dollars qui devraient (selon JP Morgan) sortir du Royaume en 2018, soit 8.4% du P.I.B. après les 80 milliards ayant déjà fui le Royaume en 2017. Cette saignée déclenchée par la société civile saoudienne elle-même contribuera immanquablement à dégrader davantage le contexte économique car c’est effectivement pas moins de 14 milliards de dollars sur le seul premier trimestre 2018 qui se sont investis depuis l’Arabie Saoudite en direction des bourses mondiales, selon Standard Chartered.

La situation semble inextricable pour ce Royaume où le contrôle des changes n’existe formellement pas. La stratégie employée par les autorités depuis quelques mois étant de contacter – voire de rendre des «visites de courtoisie» – à toutes personnes et institutions souhaitant effectuer des transferts substantiels vers l’étranger afin d’en connaître les motivations, et si possible de les en dissuader. Cet exode massif des capitaux est d’autant plus problématique qu’il intervient en une période de reprise spectaculaire des tarifs pétroliers n’ayant en réalité aucun impact sur la balance des paiements saoudienne qui reste déficitaire. Les autorités saoudiennes ne parviennent, il est vrai, pas à se départir de leur politique traditionnelle de dépenses publiques pharaoniques dans le but de contrebalancer une croissance qui reste mièvre et des investissements privés inexistants.

C’est toujours la même histoire qui tourne en boucle dans ce pays : à savoir que le «deficit spending» du Royaume vient combler une productivité anecdotique et tente de ressusciter un marché de l’emploi exsangue et d’autant plus moribond que les nationaux se doivent d’être grassement payés quand les travailleurs étrangers sont de plus en plus nombreux à quitter le pays. En résumé, l’économie saoudienne ne peut plus dépendre du seul Etat et de sa capacité à poursuivre ses endettements, comme ses cycles économiques ne doivent plus fluctuer au seul gré des revenus pétroliers. Les pouvoirs publics brouillons et peu imaginatifs doivent donc céder la place aux initiatives privées qui ne seront cependant encouragées que par des réformes économiques bien préparées, et non par des coups d’éclat (Vision 2030 ou Aramco) sous-tendus la plupart du temps par des arrières pensées politiques.

L’article L’Arabie Saoudite perd ce qui lui reste de crédibilité est apparu en premier sur. (http://www.michelsanti.fr) rédigé par Michel Santi, économiste.                                                 

Le hajj à la Mecque commence dans la ferveur pour 2 millions de musulmans

août 19, 2018

Des pèlerins musulmans marchent dans une rue de la ville sainte de la Mecque en Arabie saoudite avant le début du hajj annuel, le 18 août 2017 / © AFP / AHMAD AL-RUBAYE

Plus de deux millions de fidèles ont entamé dimanche, dans un climat de ferveur et sous un soleil de plomb, le pèlerinage annuel à La Mecque dans une Arabie saoudite en mutation mais où l’islam conserve une place centrale.

Ce rassemblement religieux annuel, l’un des plus importants au monde, représente un défi logistique pour les autorités saoudiennes qui se sont toutefois déclarées prêtes à assurer son bon déroulement jusqu’à vendredi.

Le hajj est l’un des cinq piliers de l’islam. Tout musulman est censé l’accomplir au moins une fois dans sa vie s’il en a les moyens.

C’est « le rêve de tout musulman de venir ici », c’est « l’ultime voyage », a déclaré à l’AFP Soliman Ben Mohri, commerçant de 53 ans originaire de Boulogne-sur-Mer, en France. « Nous sommes émus ».

Les mouvements de pèlerins s’effectuent dans un climat de ferveur qui fait oublier la chaleur étouffante alors que la température excède largement les 40 degrés Celsius. Certains sont équipés de parapluies pour se protéger du soleil.

« Oh Allah, me voici devant toi », répètent des groupes de fidèles en disant ainsi se présenter en toute humilité devant Dieu dont ils réclament la clémence.

Les pèlerins viennent à la Mecque, dans l’ouest du royaume, des quatre coins de la planète mais, parmi les plus gros contingents, figurent ceux d’Egypte, d’Inde, du Pakistan, du Bangladesh et du Soudan, ont précisé les autorités.

Le hajj / © AFP / Vincent LEFAI

Leur nombre a dépassé les deux millions, a indiqué le ministère de l’Intérieur, précisant que l’immense majorité venait de l’étranger.

« Je me sens si chanceuse », a dit Nazia Noor, une Néo-Zélandaise de 36 ans, en poussant son père dans une chaise roulante. « Qu’Allah nous vienne en aide ».

Saidou Boureima, un pèlerin du Niger, a dit s’attendre à un parcours difficile. « Je me suis préparé en faisant du sport avant. Si Dieu veut, on pourra tenir ».

– High-tech, traducteurs –

Les fidèles se sont rendus dimanche dans la vallée proche de Mina, à travers le lieu dit de Mozdalifa où ils passeront la nuit avant le stationnement sur le Mont Arafat, temps fort du hajj.

C’est sur ce mont que le prophète Mahomet a prononcé son dernier sermon et c’est là que les pèlerins passeront une journée de prières et d’invocations en sollicitant la clémence d’Allah.

Des pèlerins musulmans se rassemblent pour les prières du soir à la Grande Mosquée à la Mecque en Arabie saoudite, le 18 août 2018 / © AFP / AHMAD AL-RUBAYE

Le pèlerinage se terminera avec l’Aïd al-Adha, une fête de trois jours suivie par le rituel de la « lapidation de Satan ».

Au fil des ans, le hajj a pris une dimension de plus en plus high-tech avec une multiplication d’applications mobiles pour aider les fidèles à comprendre les instructions, à trouver leur chemin ou obtenir des soins médicaux d’urgence auprès du Croissant-Rouge saoudien.

De plus, une brigade de traducteurs est à pied d’œuvre pour aider les fidèles musulmans non-arabophones qui viennent du monde entier et parlent une douzaine de langues.

Les autorités ont également amélioré la sécurité après une série de drames ces dernières années. En 2015, le pèlerinage avait été endeuillé par une gigantesque bousculade qui avait fait quelque 2.300 morts, dont des centaines d’Iraniens.

– Yémen, Qatar –

Le hajj de 2018 se déroule alors que l’Arabie saoudite, royaume ultraconservateur, est en pleine transformation avec des réformes concernant les femmes qui ont été finalement autorisées à conduire.

Ãu0080 La Mecque, une brigade de traducteurs au service des pèlerins / © AFP / Akim Rezgui

Dans le même temps, les autorités font preuve d’une grande fermeté face à toute voie dissidente. La religion conserve une place centrale dans la société.

Le jeune prince héritier Mohammed ben Salmane, fils du roi et inspirateur des réformes, a clamé la volonté de son pays de « renouer avec un islam modéré et tolérant », tout en multipliant les arrestations dans les milieux dissidents, y compris parmi les défenseurs des droits de l’Homme et les religieux critiques.

Le pèlerinage intervient en outre en pleine guerre au Yémen où l’Arabie saoudite intervient contre des rebelles soutenus par l’Iran, le grand rival régional de Ryad.

Pour la deuxième année consécutive, le Qatar s’est plaint du fait que ses citoyens soient privés de hajj sur fond de crise diplomatique avec Ryad. Les autorités saoudiennes accusent au contraire Doha d’entraver le déplacement de ses citoyens vers les lieux saints.

Quelque 1.200 citoyens du Qatar devraient en principe pouvoir participer au hajj, selon un système de quotas par pays, mais des Qataris se sont plaints de l’impossibilité de s’inscrire sur un site web du ministère saoudien du Pèlerinage.

Romandie.com avec(©AFP / (19 août 2018 15h19)

Crise diplomatique entre Ottawa et Ryad, le Canada « inquiet »

août 6, 2018

Le prince Mohamed ben Salmane salue des femmes avant une rencontre avec le prince d’Abou Dhabi, le 6 juin 2018 à Jeddah sur les rives de la mer Rouge. / © Saudi Royal Palace/AFP / BANDAR AL-JALOUD

Le Canada s’est dit inquiet lundi et a demandé des explications après l’annonce de l’expulsion de son ambassadeur à Ryad, en riposte aux critiques d’Ottawa sur la répression des opposants au régime.

« Nous sommes sérieusement inquiets » et « nous cherchons à en savoir plus sur la récente déclaration du royaume d’Arabie saoudite », a affirmé dans un communiqué Marie-Pier Baril, porte-parole du ministère canadien des Affaires étrangères.

« Le Canada défendra toujours la protection des droits humains, notamment des droits des femmes et de la liberté d’expression partout dans le monde », a-t-elle ajouté. « Notre gouvernement n’hésitera jamais à promouvoir ces valeurs et nous croyons que ce dialogue est crucial pour la diplomatie internationale ».

Cette brusque tension des relations entre les deux pays intervient après l’annonce par le ministère saoudien des Affaires étrangères, sur Twitter, de l’expulsion imminente de Dennis Horak, l’ambassadeur du Canada à Ryad, sommé de quitter le royaume dans les 24 heures.

L’Arabie saoudite a par ailleurs rappelé son ambassadeur au Canada « pour consultations » et décidé de « geler toutes nouvelles transactions concernant le commerce et les investissements » avec le Canada.

Le royaume « refuse toute ingérence dans ses affaires intérieures et traitera toute ingérence de façon déterminée », a réaffirmé lundi le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel al-Jubeir, dans un communiqué lu à la télévision d’Etat.

L’Arabie a aussi suspendu ses programmes de bourses universitaires pour ses ressortissants au Canada et annoncé son intention de les transférer vers d’autres pays, y compris les Etats-Unis.

L’ambassade canadienne s’était dite « gravement préoccupée » par une nouvelle vague d’arrestations de militants des droits de l’homme dans le royaume.

« Nous appelons les autorités saoudiennes à les libérer immédiatement ainsi que tous les autres activistes pacifiques des #droitsdel’homme », avait déclaré la mission vendredi dans un communiqué publié sur Twitter.

Le ministère saoudien des Affaires étrangères a exprimé sa réprobation concernant la formulation du communiqué de l’ambassade.

« Il est très regrettable que les mots ‘libération immédiate’ figurent dans le communiqué canadien », a déclaré le ministère. « C’est inacceptable dans les relations entre deux pays ».

Le 2 août, la cheffe de la diplomatie canadienne, Chrystia Freeland, s’était déjà dite « très alarmée d’apprendre l’emprisonnement de Samar Badaoui », une militante de l’égalité entre hommes et femmes, arrêtée la semaine dernière avec sa collègue Nassima al-Sadah.

– « Insulte à l’islam » –

Samar Badaoui a fait campagne pour la libération de son frère, Raef al-Badaoui, un blogueur dissident, et de Walid Abou al-Khair, son ex-mari.

Citoyen saoudien, Raef al-Badaoui est emprisonné depuis 2012 en raison de propos tenus sur son blog. Il a été condamné en novembre 2014 à dix ans de prison et à 1.000 coups de fouet pour « insulte à l’islam ».

L’épouse de Raef al-Badaoui, Ensaf Haidar, est installée au Québec depuis l’automne 2013 avec ses trois enfants.

Les arrestations de Samar Badaoui et de sa collègue sont intervenues quelques semaines après celles d’une dizaine de militantes des droits des femmes, accusées de porter atteinte à la sécurité nationale et de collaborer avec les ennemis de l’Etat.

Certaines ont été relâchées depuis.

« Le reste du monde ne peut pas se voiler la face alors que la lutte acharnée contre les défenseurs des droits de l’homme se poursuit en Arabie saoudite », a déclaré l’ONG Amnesty International, appelant d’autres gouvernements à se joindre au Canada pour obtenir « la libération inconditionnelle et immédiate de tous les prisonniers de conscience ».

Le jeune prince héritier saoudien a récemment introduit une série de réformes, comme l’autorisation de conduire pour les femmes, visant à redorer l’image souvent austère du royaume au moment où ce dernier prépare sa reconversion après des décennies de « tout-pétrole ».

Parallèlement, le dirigeant de 32 ans mène une politique étrangère agressive, par exemple en appelant au blocage de son voisin du Qatar ou en participant aux bombardements contre les rebelles Houthis soutenus au Yémen par son ennemi et rival l’Iran. Tout en verrouillant toute forme d’opposition dans son propre royaume afin d’asseoir son pouvoir.

Les échanges commerciaux entre les deux pays, à l’avantage de l’Arabie saoudite, se sont élevés à un peu plus de 4 milliards de dollars canadiens (2,7 milliards d’euros) en 2017, selon l’institut officiel Statistique Canada.

« C’est assez marginal », dit à l’AFP Thomas Juneau, expert sur le Moyen-Orient à l’université d’Ottawa et ancien analyste sur la région pour le ministère canadien de la Défense.

Le Canada pourrait cependant subir « un impact économique non négligeable », selon M. Juneau, si l’Arabie saoudite décidait d’annuler un contrat d’achat de véhicules blindés légers d’un montant de 15 milliards de dollars, conclu en 2014. « Je ne serais pas étonné que l’entente soit éventuellement annulée ».

Romandie.com avec(©AFP / (06 août 2018 19h41)

Pétrole: l’Arabie saoudite confirme être prête à augmenter sa production

juillet 3, 2018

Ryad (awp/afp) – L’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, a confirmé mardi être prête à utiliser sa capacité de production disponible, estimée à 2 millions de barils par jour, pour augmenter l’extraction de brut dans le but d’équilibrer le marché.

« L’Arabie saoudite est prête à utiliser, au besoin, sa capacité de production pour faire face à l’avenir à toute fluctuation du marché », a indiqué dans un communiqué le Conseil des ministres, à l’issue de sa réunion ordinaire présidée par le roi Salmane. Cette annonce confirme les récents propos en ce sens du président américain Donald Trump et de la Maison blanche.

L’Arabie saoudite s’est dite disposée, selon le communiqué, à travailler à la stabilité du marché « en coordination avec les autres pays producteurs ».

Selon le communiqué, le conseil des ministres a pris connaissance, au cours de sa réunion, de la teneur de la conversation téléphonique du roi Salmane avec le président Trump à ce sujet.

Samedi matin, le président américain avait affirmé dans un tweet que l’Arabie saoudite pourrait augmenter sa production de « peut-être 2.000.000 de barils » par jour.

La Maison Blanche et le royaume se sont efforcés de modérer le message en affirmant que ces deux millions de barils étaient les ressources disponibles qui seraient utilisées « si et quand il sera nécessaire afin d’assurer l’équilibre et la stabilité du marché ».

« Le président pousse l’Arabie saoudite à compenser les baisses de l’offre qui vont peser sur le marché quand les sanctions américaines contre l’Iran vont être appliquées, à partir du 4 novembre », ont expliqué les analystes de RaboBank.

Le département d’État américain avait enjoint mardi tous les pays, y compris la Chine et l’Inde, gros clients de Téhéran, de cesser leurs importations de pétrole iranien d’ici au 4 novembre sous peine de s’exposer aux sanctions américaines rétablies du fait de la décision prise en mai par Washington de sortir de l’accord international sur le nucléaire iranien de 2015.

L’Iran a assuré dimanche qu’il mettrait en « échec » le projet américain visant à l’empêcher de vendre son pétrole à l’étranger, et a mis en garde l’Arabie saoudite contre toute volonté de se substituer à lui sur le marché mondial.

« Nous allons assurément faire quelque chose pour mettre en échec ce slogan des États-Unis selon lequel le pétrole de l’Iran doit être endigué », a dit le premier vice-président iranien, Eshagh Jahangiri, dans un discours retransmis par la télévision d’État.

Romandie.com avec(AWP / 03.07.2018 15h03)                                                        

Arabie saoudite: après la fin de l’interdiction des femmes au volant

juin 23, 2018

La Saoudienne Samar Al-Moqren conduit sa voiture dans les rues de Ryad le 24 juin 2018, à minuit, au moment où est levée l’interdiction aux femmes de conduire / © AFP / FAYEZ NURELDINE

L’interdiction aux femmes de conduire qui était en vigueur depuis des décennies en Arabie saoudite a été levée dimanche, et des conductrices ont aussitôt commencé à circuler dans les rues de Ryad.

Mettant fin à une interdiction unique au monde, l’Arabie saoudite autorise les femmes à conduire depuis dimanche 00h00 heure locale, une réforme historique pour le royaume ultraconservateur.

Aussitôt après l’expiration de l’interdiction, des femmes ont commencé dans la nuit à sillonner au volant les avenues brillamment éclairées de la capitale Ryad et d’autres villes du royaume. Certaines avaient mis à fond la stéréo de leur véhicule.

« C’est un événement historique pour chaque femme saoudienne », a déclaré Sabika al-Dosari, une présentatrice de la télévision saoudienne, avant de traverser la frontière avec le Bahrein à bord d’une berline.

« C’est une grande réussite », a dit un prince saoudien, le milliardaire Al-Walid ben Talal, dans une vidéo où l’on voit sa fille Reem en train de conduire un 4×4 tandis que ses petites-filles applaudissent sur la banquette arrière.

« Maintenant les femmes ont leur liberté », a déclaré le prince dans cette vidéo diffusée sur Twitter.

Annoncé en septembre 2017, ce changement historique inspiré par le prince héritier Mohammed ben Salmane fait partie d’un vaste plan de modernisation du riche pays pétrolier. L’interdiction de conduire était devenue le symbole du statut inférieur des Saoudiennes, décrié à travers le monde.

On s’attendait à ce que des milliers de conductrices prennent le volant dès dimanche, une journée attendue depuis longtemps par les Saoudiennes et qui, pour beaucoup, pourrait faire entrer dans une nouvelle ère la société de ce royaume régi par une version rigoriste de l’islam.

Une Saoudienne filme et apporte son soutien à Samar Al-Moqren (G) au volant de sa voiture à Ryad le 24 juin 2018, jour de la levée de l’interdiction aux femmes de conduire / © AFP / FAYEZ NURELDINE

« C’est un pas important et une étape essentielle pour la mobilité des femmes », a commenté Hana al-Khamri, auteure d’un livre à paraître sur les femmes dans le journalisme en Arabie saoudite.

« Les femmes en Arabie saoudite vivent dans un système patriarcal. Leur donner le volant aidera à défier les normes sociales et de genre qui entravent la mobilité, l’autonomie et l’indépendance », estime-t-elle.

Pour beaucoup de femmes, saoudiennes ou expatriées, cette mesure permettra de réduire leur dépendance à l’égard des chauffeurs privés ou des hommes de leurs famille, entraînant du même coup des économies financières.

« C’est un soulagement », a déclaré à l’AFP Najah al-Otaibi, analyste au centre de réflexion pro-saoudien Arabia Foundation.

« Les Saoudiennes éprouvent un sentiment de justice. Pendant longtemps, elles se sont vu refuser un droit fondamental qui les a maintenues confinées et dépendantes des hommes, rendant impossible l’exercice d’une vie normale », explique-t-elle.

– Impact économique –

En juin, le royaume a délivré les premiers permis de conduire à des femmes. Certaines ont échangé leur permis étranger contre un permis saoudien après avoir passé un test.

Des Saoudiennes participent à un atelier de conduite à Ryad, le 21 juin 2018 / © AFP / FAYEZ NURELDINE

Quelque trois millions de femmes pourraient se voir attribuer un permis et commencer à conduire d’ici 2020, selon le cabinet de consultants PricewaterhouseCoopers.

Des auto-écoles pour femmes ont vu le jour dans des villes comme Ryad et Djeddah. Certains Saoudiennes apprennent même à dompter des motos Harley Davidson, dans des scènes inimaginables il y a encore un an.

Beaucoup de Saoudiennes ont partagé sur les réseaux sociaux leurs projets pour dimanche, annonçant qu’elles accompagneraient leur mère boire un café ou manger une glace, une expérience à priori banale ailleurs dans le monde mais qui paraît exceptionnelle pour le pays.

Pendant des décennies, les conservateurs se sont servis d’interprétations rigoristes de l’islam pour justifier l’interdiction de conduire, certains allant même jusqu’à dire que les femmes ne sont pas assez intelligentes pour être au volant.

Sur le plan économique, les retombées peuvent être bénéfiques, selon des experts. La levée de l’interdiction devrait stimuler l’emploi des femmes, et, selon une estimation de Bloomberg, ajouter 90 milliards de dollars à l’économie d’ici à 2030.

Mais nombre de femmes craignent de rester la cible des conservateurs dans un pays où les hommes gardent le statut de « tuteurs » et décident à leur place.

En effet, les Saoudiennes doivent sortir voilées et restent soumises à de strictes restrictions: elles ne peuvent ni voyager, ni étudier, ni travailler sans l’autorisation de leur mari ou d’un homme de leur famille, ni manger seules dans un restaurant.

Une palestinienne vivant à Ryad s’entraîne sur un simulateur de conduite le 24 juin 2018, jour de la levée de l’interdiction de conduire des femmes / © AFP / FAYEZ NURELDINE

Le gouvernement a récemment pris des mesures contre les abus masculins en punissant le harcèlement sexuel de cinq ans d’emprisonnement et d’une amende de 300.000 rials (69.000 euros).

– Répression –

Sous l’impulsion du prince Mohammed, devenu héritier du trône il y a un an, le pays a aussi autorisé l’ouverture des salles de cinéma et les concerts mixtes, signe de son intention de revenir à un « islam modéré ».

Mais l’enthousiasme créé par l’annonce des réformes semble entaché par une répression contre les militantes qui se sont entre autres longtemps opposées à l’interdiction de conduire.

Selon les autorités, sur 17 personnes dernièrement arrêtées, neuf sont toujours en prison. Elles sont accusées d’avoir porté atteinte à la sécurité du royaume et d’avoir aidé les « ennemis » de l’Etat saoudien.

Des journaux progouvernementaux ont publié à la Une des photos de certaines de ces personnes, accompagnées du mot « Traîtres ».

Human Rights Watch (HRW) a indiqué cette semaine que deux autres militantes, Nouf Abdelaziz et Maya al-Zahrani, avaient été arrêtées, dénonçant « une vague incessante de répression ».

Romandie.com avec(©AFP / 24 juin 2018 05h05)

Euphorie en Arabie Saoudite avant l’autorisation de conduire pour les femmes

juin 22, 2018

Une Palestinienne résidant en Arabie saoudite utilise un simulateur de conduite dans la capitale Ryad, le 21 juin 2018 / © AFP / FAYEZ NURELDINE

Casque de réalité virtuelle sur la tête, Aziza s’installe au volant d’un simulateur de course et appuie sur l’accélérateur: 110 km/h, 130, 140 … Cette Saoudienne pourra enfin conduire dans son propre pays dimanche, dès la levée d’une interdiction en vigueur depuis plusieurs décennies.

L’Arabie saoudite autorisera à partir du 24 juin les femmes à conduire, une réforme historique pour le royaume ultraconservateur qui met fin à une interdiction unique au monde.

« Ce sera un grand jour pour nous », s’enthousiasme Aziza, 22 ans et étudiante en psychologie. « Nous avons attendu longtemps », affirme-t-elle en se concentrant sur la simulation, les mains sur le volant et les pieds sur le frein et l’embrayage.

L’euphorie se mêle à la nervosité au Riyadh Park, un parc d’attraction où les autorités ont organisé un évènement pour permettre aux femmes de s’essayer au volant avant la levée de l’interdiction.

Des dizaines de femmes se sont installées dans des voitures de karting, d’autres dans des simulateurs, aidées de monitrices couvertes d’un long niqab qui leur expliquent le code de la route.

Un peu plus loin, pour sensibiliser au port de la ceinture de sécurité, un responsable du département de la circulation routière fait une démonstration dans une voiture en simulant un retournement.

Cet atelier, également organisé dans les villes de Dammam, Jeddah et Tabouk, illustre l’ampleur et le caractère inédit de l’évènement. Pour beaucoup, ce dernier fera entrer dans une nouvelle ère cette pétromonarchie du Golfe que le puissant prince héritier Mohammed ben Salmane cherche à moderniser.

Des auto-écoles ont vu le jour dans les grandes villes pour apprendre aux femmes la conduite des voitures mais aussi des motocycles, inimaginable il y a encore un an.

– « Plus besoin d’un homme » –

Des Saoudiennes participent à un atelier de conduite destiné aux femmes dans la capitale Ryad, le 21 juin 2018 / © AFP / FAYEZ NURELDINE

La levée de l’interdiction, devenue symbole du statut inférieur des femmes en Arabie saoudite décrié à travers le monde, permettra de réduire leur dépendance à l’égard des chauffeurs privés ou des hommes de leurs famille.

« On va désormais pouvoir aller seules partout –hôpital, hôtel, restaurant. Nous n’avons plus besoin d’un homme », se réjouit Hatoun ben Dakhil, étudiante en pharmacie de 21 ans.

« Le temps où on devait attendre un chauffeur est révolu », affirme-t-elle à l’AFP.

Quelque trois millions de femmes pourraient se voir attribuer un permis et commencer à conduire d’ici 2020, selon le cabinet de consultants PricewaterhouseCoopers.

Mais dans un pays déchiré entre tradition et modernité, la réforme suscite aussi des remous. Pour les ultraconservateurs, la conduite des femmes est un péché qui favoriserait la promiscuité.

Certaines craignent le harcèlement de rue et les comportements sexistes: deux Saoudiennes titulaires d’un permis international ont ainsi déclaré à l’AFP qu’elles préféraient « attendre et voir » pendant quelques mois avant de penser à conduire.

Le gouvernement a récemment pris des mesures contre le harcèlement sexuel, avec des peines pouvant aller jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et une amende de 300.000 rials (69.000 euros).

Malgré l’ouverture d’auto-écoles, beaucoup de femmes se plaignent du manque d’instructrices et du coût élevé des cours.

Une Saoudienne prend un selfie au volant d’une voiture de karting lors d’un atelier de conduite pour les femmes dans la capitale Ryad, le 21 juin 2018 / © AFP / FAYEZ NURELDINE

Au cours de ce mois de juin, les autorités ont délivré les premiers permis de conduire à des femmes. Après avoir passé un test, certaines ont échangé leur permis étranger contre un permis saoudien.

– Répression –

Pour tenter de dissuader la conduite sans permis, les autorités ont annoncé une amende de 900 rials (205 euros) pour celles qui se risqueraient à prendre le volant sans autorisation dimanche, ont rapporté les médias.

Des représentantes des compagnies d’assurances s’apprêtent également à traiter les accidents impliquant des femmes.

Mais l’enthousiasme suscité par ces réformes semble être entaché par une vague de répression visant les militantes qui se sont entre autres opposées à l’interdiction de conduire.

Selon les autorités, neuf de plus d’une dizaine de personnes -dont des femmes- arrêtées sont toujours en prison. Elles sont accusées d’atteinte à la sécurité du royaume et d’avoir aidé les « ennemis » de l’Etat.

Des ONG ont identifié certaines d’entre elles comme des militantes ayant fait campagne contre le système de tutelle permettant aux hommes de décider à la place des femmes.

Les autorités ont néanmoins assuré que les Saoudiennes n’auront pas besoin de la permission d’un tuteur pour demander un permis de conduire.

« J’encourage pleinement ma femme à conduire », confie Naief Abdelrahmane, à Riyadh Park. « Quiconque peut élever des enfants et s’occuper de son mari est parfaitement capable d’utiliser une voiture. »

Romandie.com avec(©AFP / 22 juin 2018 20h56)