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L’armée ukrainienne continue d’avancer, Poutine table sur une « stabilisation »

octobre 5, 2022
Des soldats ukrainiens sur un véhicule blindé de transport de troupes sur une route de la région de Donetsk.

La poussée des forces ukrainiennes a permis de libérer des dizaines de localités dans l’est de l’Ukraine ces derniers jours. Photo : Getty Images/Anatolii Stepanov

Le président russe Vladimir Poutine a assuré mercredi que la situation militaire se « stabilisera » dans les territoires ukrainiens dont il revendique l’annexion mais où ses forces subissent une série de revers face à l’armée ukrainienne.

Quelques heures plus tôt, l’Ukraine avait annoncé regagner du terrain dans la région de Lougansk après ses succès dans celles de Kherson et de Kharkiv.

« Nous partons du principe selon lequel la situation va se stabiliser et que nous pourrons développer ces zones de manière pacifique. »— Une citation de  Vladimir Poutine, président russe

Il a signé un décret pour que la Russie s’approprie formellement la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijia. De son côté, le chef de l’AIEA, Rafael Grossi, a annoncé son départ pour Kiev afin de discuter du besoin plus urgent que jamais de l’établissement d’une zone de protection autour de cette centrale.

Vladimir Poutine s'adresse à des journalistes.

Le président russe Vladimir Poutine a promulgué aujourd’hui la loi qui consacre l’annexion à la Fédération de Russie des régions ukrainiennes de Donetsk, Louhansk, Kherson et Zaporijia. Photo: AP/Gavriil Grigorov

Alors même qu’elle recule sur le terrain, la Russie a proclamé l’annexion de quatre régions d’Ukraine (Donetsk, Lougansk, Kherson et Zaporijia), qu’elle contrôle partiellement, à l’issue de référendums dénoncés par Kiev et par ses alliés occidentaux.

Arrêtez de mentir

Signe d’un désarroi en Russie, les revers de l’armée ont conduit un haut responsable parlementaire à appeler celle-ci à arrêter de mentir à propos de ses défaites.

« Notre peuple n’est pas stupide. Et il voit qu’on ne veut pas lui dire ne serait-ce qu’une partie de la vérité. Cela peut entraîner une perte de crédibilité. »— Une citation de  Andreï Kartapolov, chef du Comité de défense de la Douma

Les troupes de Kiev poursuivent quant à elles leur contre-offensive, revendiquant de nouveaux gains dans l’est et le sud.

Des soldats ukrainiens tirent au canon sur la ligne de front.

Des soldats ukrainiens tirent au canon sur la ligne de front dans la région de Kharkiv, en Ukraine, le mercredi 5 octobre 2022. Photo: AP/Andrii Marienko

Dans sa communication vidéo quotidienne, le président ukrainien Volodymyr Zelensky s’est félicité de la reprise de trois nouveaux villages dans la région de Kherson, assurant que le mouvement continue.

Plus tôt dans la journée, le gouverneur ukrainien de la région de Lougansk, jusqu’ici sous le contrôle quasi total de Moscou, avait proclamé une percée.

Maintenant, c’est officiel. La  »reconquête » de la région de Lougansk a commencé. Plusieurs localités ont déjà été libérées, a déclaré Sergiï Gaïdaï sans plus de précisions.

La quasi-totalité de la région de Kharkiv, dans le nord-est, apparaît désormais sous contrôle ukrainien, ouvrant ainsi la voie vers celle de Lougansk, bastion des séparatistes installées par Moscou depuis 2014.

Carte des zones occupées par les forces russes dans l'est et le sud de l'Ukraine.

Carte des zones occupées par les forces russes dans l’est et le sud de l’Ukraine Photo : Radio-Canada/Google

De son côté, l’armée russe a assuré mercredi avoir mené, ces dernières 24 heures, des frappes massives près de Lyman, dans la région de Donetsk, une ville récemment reprise par les forces ukrainiennes, et infliger de lourdes pertes à celles-ci.

Dans la région de Kherson, les troupes de Moscou tiennent leurs positions en repoussant les attaques de forces ennemies supérieures en nombre, a-t-elle ajouté.

Le porte-parole de Vladimir Poutine, Dmitri Peskov, a assuré que les territoires perdus seront repris.

M. Poutine avait quant à lui juré de défendre les zones annexées, quitte à utiliser des armes nucléaires, menace qui n’a arrêté ni la contre-offensive ukrainienne ni les livraisons d’armes occidentales.

L’armée russe avait reconnu à demi-mot des retraites mardi en publiant des cartes montrant que Moscou a cédé toute une partie du nord de la région de Kherson et que sa présence dans celle de Kharkiv était désormais minimale.

Près de Lyman, un nœud ferroviaire stratégique repris dans la région de Donetsk le week-end passé, un parachutiste ukrainien croisé mardi par l’AFP a reconnu que ses camarades et lui étaient à la fois épuisés et déterminés.

Un soldat de l'armée ukrainienne passe devant un convoi russe détruit.

Un attaché de presse de l’armée ukrainienne passe devant un convoi russe détruit dans la ville de Lyman, récemment reprise dans la région de Donetsk. Photo : Getty Images/Yasuyoshi Chiba

Oleksandre, 31 ans, a expliqué que les combats avaient été très durs mais qu’il leur fallait aller de l’avant.

Dans Lyman, où des journalistes de l’AFP se sont rendus mercredi, Tatiana Slavouta, une résidente de 62 ans, a dit ne pas savoir si la situation est meilleure ou pire depuis la reconquête ukrainienne.

Tous les magasins sont fermés, nous n’avons pas d’argent, nous n’avons pas de lumière. Rien, [mais] au moins maintenant, il y a le silence, pas de bombardements, explique-t-elle.

L’armée ukrainienne a repris Lyman

Vladimir Poutine a officialisé l’annexion de 4 régions d’Ukraine mercredi, mais son armée y bat en retraite. Dans le nord-est comme dans le sud, l’armée ukrainienne reprend du terrain. On en discute avec notre envoyée spéciale Marie-Eve Bédard qui est à Kharkiv.

Sur le front diplomatique, le président américain Joe Biden a annoncé mardi un nouvel envoi américain d’équipements militaires d’une valeur de 625 millions de dollars.

De leur côté, les États de l’Union européenne se sont mis d’accord sur une nouvelle série de sanctions contre des organisations et des personnalités russes.

Pour sa part, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a reconnu l’Ukraine comme pays membre potentiel, la toute première étape vers un très long processus d’adhésion.

À la suite de la demande reçue du premier ministre Denys Chmygal d’entamer le processus d’adhésion de l’Ukraine à l’OCDE, le Conseil de l’OCDE a décidé de reconnaître l’Ukraine comme un pays membre potentiel, a affirmé mercredi le secrétaire général de cette organisation internationale, Mathias Cormann.

Sur ;e plan sportif, l’Espagne et le Portugal ont annoncé avoir intégré l’Ukraine à leur candidature commune pour l’organisation du Mondial 2030 de foot, ce que le président Zelensky a salué comme un symbole de victoire.

Radio-Canada avec Agence France-Presse

L’armée ukrainienne est dépassée par le nombre de civils qui veulent la rejoindre

mars 5, 2022
Deux jeunes hommes se tiennent par l'épaule.

Vladimir et Kyril, à Lviv Photo : Radio-Canada/Philippe Leblanc

Une semaine après l’appel du ministère de la Défense ukrainien à rejoindre l’armée, les civils continuent d’attendre des heures chaque jour un peu partout dans le pays pour s’enrôler. La réponse citoyenne est telle que plusieurs bureaux de recrutement sont submergés d’offres et affichent complet.

Cigarette à la main, les yeux pétillants de détermination, Kyril et Vladimir viennent d’apprendre où ils seront déployés. Ils n’en diront pas plus pour des raisons de sécurité, lancent-ils fièrement. Les deux hommes se sont enrôlés dans l’armée ukrainienne à Lviv jeudi.

Ma maison a été bombardée, dit Kyril, et maintenant, je me sens brave. Je veux défendre mon pays.

Kyril a 32 ans. Après avoir vu sa maison près de Kiev exploser sous les bombes, il est allé reconduire sa conjointe enceinte en Pologne. Il s’est ensuite dirigé sans hésiter vers le centre de recrutement de Lviv. Il n’a que la vengeance au cœur.

« Les Russes sont dans notre pays pour tuer nos femmes et nos enfants. Nous allons riposter. Je veux aller tuer ces Russes qui sont ici. »— Une citation de  Kyril, civil ukrainien, 32 ans

Il a confiance en ses moyens même s’il n’a jamais utilisé une arme de sa vie. La bravoure et la fierté de défendre son pays lui font oublier son inexpérience.

Vladimir, lui, a 27 ans et a connu la guerre du Donbass contre les Russes dans l’Est ukrainien en 2014. Il s’est inscrit auprès de l’armée ukrainienne à Kherson au tout début de l’invasion. Le fait de voir sa ville tomber aux mains des Russes lui arrache le cœur.

C’est notre devoir de défendre nos femmes et notre pays, dit-il. Nous sommes unis et transportés par cette motivation.

C’est une motivation qui balaie l’Ukraine. Partout, on voit des files d’attente de plusieurs heures pour s’enrôler. Rejoindre l’armée semble être devenu un privilège. Dorénavant, les civils inexpérimentés ne sont plus acceptés. Même rejoindre les rangs de la Défense territoriale, l’équivalent de la réserve, est presque impossible. Certains civils se font conseiller de retourner dans les centres de recrutement dans une semaine pour voir si des places se sont libérées.

Nous n’avons pas besoin d’autant de soldats bénévoles, affirme un réserviste qui préfère demeurer anonyme et qui attend devant le centre de recrutement de Lviv qu’on lui communique le lieu de son affectation. Malgré ce qu’il voit aux nouvelles, il croit que les Russes vacillent déjà.

Si l’Europe et l’Occident nous fournissent de l’aide par les airs avec des avions de chasse F-35, ajoute-t-il, nous renverrons bientôt les Russes chez eux.

Solidarité

Un jeune homme debout regarde la caméra.

Rustam tente d’être utile à sa manière. Photo : Radio-Canada/Philippe Leblanc

Ailleurs à Lviv, une petite armée d’étudiants à l’Université chrétienne d’Ukraine trie les denrées reçues dans l’atrium. Médicaments, nourriture, vêtements : ces dons proviennent de partout au pays et sont destinés aux dizaines de milliers de réfugiés qui transitent ou qui s’établissent temporairement dans la région.

Parmi ces bénévoles se trouve Rustam, qui n’a que 19 ans. Il est parti de Kiev la veille de l’invasion. Simple coup de chance.

« Je veux simplement m’assurer que ma famille est en lieu sûr, que je pourrai revoir mes amis et qu’il y aura encore des lendemains. Je veux vivre dans mon pays et je fais ce que je peux pour aider en tant que bénévole. »— Une citation de  Rustam, 19 ans

Aide aux réfugiés à la gare, soutien aux bénévoles dans les centres d’aide de la ville, tri des denrées à l’université : Rustam est même allé documenter les longues files devant les centres de recrutement de l’armée pour alimenter ses réseaux sociaux.

C’est le monde à l’envers. Auparavant, les civils se servaient de leurs contacts privilégiés pour éviter de rejoindre l’armée. Aujourd’hui, il faut plutôt utiliser ces contacts pour réussir à en faire partie en temps de guerre.

J’ai honte d’être russe

Andreï.

Andreï, un Russe qui a rejoint la résistance ukrainienne. Photo : Radio-Canada/Philippe Leblanc

Mitraillette en bandoulière, visage sévère, Andreï est responsable de la sécurité devant le bureau de recrutement de Lviv. Ce Russe travaille en Ukraine depuis six ans. Il a rejoint ce qu’il appelle la résistance dans les heures qui ont suivi l’invasion.

J’ai honte d’être russe. Je vois ce que mon pays fait comme ravages ici. C’est la guerre.

Il affirme qu’il voit des gens de son pays natal tuer des personnes innocentes. Andreï ajoute que le fait de savoir qu’il aide le peuple ukrainien l’aide à supporter ce qu’il observe chaque jour.

Comme tous ceux qui sont venus tenter de s’enrôler dans l’armée ukrainienne, Andreï, le Russe, croit dans la victoire contre ce qu’il appelle lui aussi l’envahisseur.

Avec Radio-Canada par Philippe Leblanc