Posts Tagged ‘armement’

Les livraisons d’armes occidentales feront-elles pencher la balance en Ukraine?

mars 25, 2022

L’arsenal de missiles antichars occidentaux livré aux Ukrainiens permet de détruire des blindés. Des soldats ukrainiens tirent ici un Javelin de fabrication américaine lors d’un exercice, en décembre dernier. Photo : AP

Depuis un mois, les forces terrestres russes se butent à une résistance acharnée des Ukrainiens sur le champ de bataille où les missiles portatifs occidentaux comme le Javelin, le NLAW ou le Stinger infligent de lourds dégâts à leurs colonnes de blindés et à leurs hélicoptères de combat.

Mais en dépit de ce succès incontestable contre le fer de lance des forces d’invasion russes, ces armes légères peuvent-elles vraiment changer la donne durablement en Ukraine?

La question ne laisse aucun doute dans mon esprit. Oui, ces armes-là ont un effet important, estime Charles-Philippe David, fondateur de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l’UQAM.

Il est clair, poursuit-il, que l’état-major russe a largement sous-estimé le potentiel que les Ukrainiens allaient tirer de ces missiles sur le terrain.

Fabriqués par Lockheed Martin, Raytheon et SAAB, ces petits missiles, dont le prix varie de 30 000 $ à 80 000 $ pièce, se transportent en bandoulière et permettent à un soldat, seul, de détruire à peu près n’importe quel véhicule blindé, bâtiment ou position ennemie jusqu’à une distance de 2 à 3,5 kilomètres, selon le modèle.

Même les récents chars russes T90, dotés des blindages les plus sophistiqués, n’y résistent pas.

Au début de mars, le département américain de la Défense estimait que la Russie perdait en moyenne une cinquantaine de véhicules par jour en Ukraine.

La puissance de feu que confèrent les armes antichars occidentales et l’agilité des unités ukrainiennes semblent avoir pris les forces russes par surprise. Photo: AFP via Getty Images/Anatolii Stepanov

Auparavant, détruire un char de combat moderne nécessitait la forte puissance de feu qu’apportent les canons, les bombardements aériens ou encore les mines terrestres. Les soldats au sol n’avaient que peu de chances de détruire un char d’assaut sauf, peut-être, lors d’embuscades en combat rapproché. Et encore, les risques étaient très importants pour ceux qui se lançaient dans une telle entreprise.

Au fil de leur évolution technologique, les armes antichars occidentales sont devenues de plus en plus précises et faciles à transporter.

Si, au début des années 2000, il fallait en général trois hommes pour tirer un missile antichar TOW sur le champ de bataille, un soldat suffit aujourd’hui pour lancer un Javelin ou un NLAW et obtenir le même résultat.

Dans un bilan publié mercredi, l’état-major ukrainien affirme avoir détruit 517 chars d’assaut, 1578 blindés, 267 pièces d’artillerie et une cinquantaine de lanceurs de missiles antiaériens. Depuis le début de l’invasion, Moscou n’a reconnu de son côté que la perte de 1351 soldats et 3825 blessés. Selon les dernières estimations de l’Organisation du traité de l’Atlantique nordOTAN, entre 30 000 et 40 000 soldats russes ne seraient plus en état de combattre. Des données à traiter avec prudence, bien entendu.

Mobiles, discrètes et précises

Tout le succès de ces armes intelligentes, livrées par milliers en Ukraine, repose sur le fait qu’elles touchent leur cible à la verticale, frappant le dessus des véhicules, là où leur blindage est le plus faible.

Une fois la cible verrouillée et le tir effectué, le missile de type autonome après tir (fire and forget) trouve lui-même son chemin jusqu’au blindé sans que l’opérateur ait à rester sur place pour le guider, au risque de devenir une cible à son tour.

Une unité de soldats munie de missiles antichars NLAW en déploiement près de Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine. Photo: AP/Pavlo Palamarchuk

Avec de telles armes, il est désormais possible pour une petite unité de combattants à pied de détruire des mastodontes blindés de plusieurs millions de dollars sans trop s’exposer à leur tir meurtrier.

Faciles à cacher et à transporter dans des coffres de voitures, ces lance-missiles d’à peine 1,2 mètre de longueur peuvent aussi être utilisés depuis l’intérieur d’un bâtiment, ce qui les rend redoutables dans les combats urbains.

Les images relayées sur les réseaux sociaux et les télévisions occidentales qui montrent la destruction de chars et de blindés russes lors d’embuscades ukrainiennes parlent d’elles-mêmes.

Je pense que ça constitue vraiment un game changer, insiste Charles-Philippe David. La preuve est dans le résultat. Les Russes n’ont pas conquis de villes, outre Marioupol [qui résiste encore], et peut-être Kherson et quelques autres dans le sud.

Outre les Javelin, les drones Bayraktar TB2 fournis à l’Ukraine par la Turquie – de petits engins volants commandés à distance, dotés de caméras et de missiles – causent aussi beaucoup de maux de tête aux forces mécanisées russes, pourtant cinq fois supérieures à celles des Ukrainiens.

Ces drones ont connu un tel succès que Vladimir Poutine en a même commandé à la Chine, ironise Charles-Philippe David.

La Turquie, qui est membre de l’OTAN, a livré en 2019 aux Ukrainiens plusieurs exemplaires de ses drones de combat Bayraktar TB2 qui se sont particulièrement illustrés contre les colonnes de blindés russes. Photo : The AP

Pas assez pour gagner la guerre

Moins catégorique que son collègue, le major canadien à la retraite Michael Boire, professeur adjoint au Collège militaire royal du Canada à Kingston, reconnaît l’apport indéniable de ces missiles, mais il n’est pas certain que les conditions soient réunies sur le terrain pour qu’ils changent définitivement la donne face à une invasion aussi puissante et coordonnée.

On ne peut pas se contenter de dire : « Ces armes vont arriver, elles seront déployées par les Ukrainiens et il y aura aussitôt des effets positifs. » Les Ukrainiens peuvent créer des conditions très difficiles pour les Russes, poursuit-il, et on espère que ça arrivera, mais il y a beaucoup de conditions à remplir.

Et il n’est pas sûr que ce soit le cas pour l’instant, selon les informations accessibles.

Malgré ce qu’on peut entendre et voir à la télévision, les Russes, jusqu’à maintenant, n’ont pas arrêté. Ils ont été stoppés à plusieurs reprises, mais ils sont toujours en mouvement, soutient Michael Boire.

Selon l’ancien officier qui a servi plusieurs années au quartier général de l’Organisation du traité de l’Atlantique nordOTAN, où il étudiait la stratégie militaire russe, les cargaisons de Javelin, de NLAW et de Stinger doivent pouvoir continuer à se rendre jusqu’aux champs de bataille.

Or, cela est de moins en moins évident, dans la mesure où les Russes bombardent les lignes d’approvisionnement ukrainiennes près des frontières roumaines et polonaises.

De plus, une fois livrées, les armes doivent être protégées et distribuées aux unités de combat dans tout le pays, surtout aux endroits où elles joueront un rôle déterminant, ce qui n’est pas gagné d’avance quand les lignes de communication sont coupées et les villes assiégées. Ça demande de la logistique et de l’information terrain.

Une autre condition à remplir, précise Michael Boire, est la formation des soldats appelés à utiliser ces armes. En effet, dans la mesure où les forces ukrainiennes sont composées d’une part importante de réservistes et de volontaires, il faut leur apprendre à les manier, et à le faire de concert avec l’artillerie et le reste des forces ukrainiennes.

L’ex-officier émet également des réserves quant à l’efficacité réelle de ces armes de haute technologie en situation de combat, avec tout le stress et les imprévus que cela implique.Des soldats apprennent à un volontaire ukrainien comment utiliser un lance-missile NLAW.

Malgré la simplicité et l’efficacité de ces armes, leur maniement doit être appris aux combattants pour qu’elles soient pleinement efficaces sur le champ de bataille. Photo: AP/Efrem Lukatsky

« Quand on parle de 85 % ou 90 % d’efficacité, on parle d’un soldat qui tire un missile sur une cible qui ne se déplace pas dans une ambiance où il peut se concentrer sur son tir. »— Une citation de  Michael Boire, professeur adjoint au Collège militaire royal du Canada à Kingston

Il en va autrement lorsqu’on est sous le feu de l’ennemi sur un champ de bataille où les cibles sont en mouvement, souligne-t-il. En tant que chef, si mes missiles frappaient une fois sur deux, je serais content.

Et les Russes vont s’adapter… Face à ce problème, ils vont commencer à faire des tirs spéculatifs pour trouver les missiles en engageant les meilleures positions de tir. Sans compter le nettoyage des sites de tir ukrainiens les plus probables avec des barrages d’artillerie.

Mais Charles-Philippe David n’en démord pas : l’aide militaire occidentale et la combativité des Ukrainiens, déterminés à défendre leur pays coûte que coûte, ont profondément ébranlé la confiance et les plans de l’état-major russe.

C’est vraiment une défaite pour Poutine, avance-t-il, dans l’optique où le Kremlin croyait prendre le contrôle de l’Ukraine probablement en moins d’une semaine. Ce qui constitue d’autant plus une erreur, selon lui, que Moscou savait qu’il devrait affronter ce type d’armes occidentales sur le terrain.

Les Javelin, les NLAW et autres missiles du genre ne sont pas une nouveauté pour les Ukrainiens, rappelle-t-il. Kiev s’était déjà dotée de stocks de missiles antichars modernes et de drones turcs après l’annexion de la Crimée par la Russie, en 2014.

Plusieurs pays de l’Organisation du traité de l’Atlantique nordOTAN, dont le Canada, ont également fourni des instructeurs militaires à l’Ukraine pendant près de huit ans pour leur apprendre à utiliser ces armes, rappelle le fondateur de la Chaire Raoul-Dandurand.

Les Russes ont agi en amateurs en envahissant l’Ukraine, analyse Charles-Philippe David.

C’est bizarre à dire, Poutine va tuer énormément de civils, mais il va peut-être perdre plus de soldats que l’Ukraine perd de civils, souligne le chercheur. Pour l’instant, on n’a pas de chiffres exacts et on ne peut pas vérifier. On parle de presque 10 000 soldats russes qui auraient peut-être péri jusqu’ici.

Le défi des grandes villes

Les bombes et les missiles pleuvent sur les grandes villes ukrainiennes depuis le tout début de l’invasion russe. Photo : (Mstylav Chernov/The AP)

S’il est un point sur lequel les deux experts se rejoignent, c’est sur l’efficacité redoutable qu’auront ces missiles portatifs contre les Russes dans les grandes villes, en raison du coût élevé en hommes et en matériel que représente une telle campagne pour l’armée russe.

Ces missiles antichars peuvent être super efficaces dans une agglomération urbaine, assure le major Boire, qui souligne que, depuis la Tchétchénie, les forces russes ont renoncé aux combats urbains à la faveur d’une stratégie de siège et de bombardements à distance.

Pourquoi perdre des soldats inutilement quand on peut prendre des semaines pour bombarder et assiéger les villes sans menace aérienne? souligne le major à la retraite.

Kiev, les Russes ne vont pas la conquérir. Ils vont peut-être la détruire, mais ils ne vont pas la conquérir, renchérit Charles-Philippe David.

Ils n’ont pas assez de troupes, ils n’ont pas assez d’équipement et ils n’ont pas la maîtrise complète du ciel, poursuit-il, rappelant qu’après un mois de bataille, aucun grand centre urbain d’Ukraine n’est encore sous contrôle russe.

Depuis des jours maintenant, les troupes russes assiègent et bombardent Marioupol, dans le sud de l’Ukraine, sans toutefois en détenir le contrôle. Photo : AP/Evgeniy Malolekta

Tout ce qui reste à Vladimir Poutine, c’est de bombarder et tirer sur les civils jusqu’à ce qu’il y ait assez d’Ukrainiens qui soient morts pour que [le président] Zelensky plie. C’est ce qu’il a fait à Grozny, c’est ce qu’il a fait à Alep [en Syrie]. Pourquoi penser que ce serait différent cette fois? Allez demander aux Syriens qui vivaient à Alep comment ils voient leur ville. C’est pareil aux photos qui nous viennent de Marioupol.

Le Canada, qui est membre de l’Organisation du traité de l’Atlantique nordOTAN, a annoncé récemment l’envoi en Ukraine de 4500 roquettes antichars M72 LAW ainsi que d’une centaine de canons antichars sans recul Carl Gutav M2 et de 2000 projectiles de 84 millimètres pour les alimenter. Le tout provient de l’arsenal des Forces canadiennes. Malgré leur efficacité démontrée, ces armes accusent un certain retard face aux nouvelles générations de véhicules blindés.

Le problème du ciel demeure entier

La Pologne a proposé de céder sa flotte de chasseurs Mig-29 aux pilotes ukrainiens qui sont formés pour combattre dans ce type d’appareil. Photo: Reuters/Peters Andrews

En dépit de l’efficacité démontrée des armes légères livrées par l’Organisation du traité de l’Atlantique nordOTAN et de la ténacité avérée des combattants ukrainiens depuis un mois maintenant, les villes ukrainiennes ne pourront tenir longtemps encore sous les bombes et les missiles de croisière russes sans une défense aérienne adéquate.

Conscient de cet état de fait depuis le premier jour de l’invasion, le président ukrainien Volodymyr Zelensky ne cesse de réclamer à ses alliés une zone d’exclusion aérienne que l’Organisation du traité de l’Atlantique nordOTAN n’ose pas instaurer, de peur d’aggraver ce conflit avec la première puissance nucléaire du monde.

Une position qui irrite de plus en plus d’observateurs pour qui un affrontement avec la Russie deviendrait de toute façon inévitable si le conflit s’enlisait et, surtout, si Vladimir Poutine décidait de recourir à des armes non conventionnelles (chimiques ou nucléaires) pour avoir le dernier mot en Ukraine.

Comment, en effet, protéger le ciel des villes ukrainiennes sans y déployer des armes plus lourdes ou des forces aériennes que seule l’Organisation du traité de l’Atlantique nordOTAN pourrait fournir, sans entrer automatiquement en guerre contre la Russie? Cette question, tous les membres de l’Alliance atlantique se la posent. Et certains, voisins de l’Ukraine, sont déjà prêts à en faire plus.

Après la Pologne qui a récemment essuyé un refus catégorique de Washington d’offrir sa flotte de 27 chasseurs Mig-29 à l’Ukraine, la Slovaquie a proposé le 17 mars dernier de fournir des missiles antiaériens S300 à l’Ukraine. De conception russe, ces systèmes de missiles lourds peuvent abattre des cibles en vol jusqu’à une distance de 120 kilomètres.

Le déploiement de telles armes autour des grandes villes d’Ukraine – que les soldats ukrainiens connaissent bien – serait en effet efficace, croit Charles-Philippe David. Mais il en faudrait, selon lui, beaucoup, et le gros problème serait bien entendu d’acheminer ces volumineux systèmes sur le terrain sans que les Russes les détruisent.

La Slovaquie s’est récemment dite prête à fournir aux Ukrainiens ses missiles S300 pour les aider à se défendre contre les missiles de croisière et les bombardiers russes. Photo: AFP via Getty Images/AFP

Pour le major à la retraite Michael Boire, on marcherait carrément sur la ligne rouge tracée par les Russes si l’Organisation du traité de l’Atlantique nordOTAN devait entreprendre de déployer de telles batteries antiaériennes en Ukraine.

C’est un casus belli [un acte de nature à motiver une déclaration de guerre]. C’est une autre version de la zone d’exclusion aérienne. Les Russes ne l’accepteront pas.

Réunis jeudi à Bruxelles, en Belgique, les membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord semblent arriver aux mêmes conclusions.

L’Organisation du traité de l’Atlantique nordOTAN garde ses distances

Se disant déterminée à tout faire ce qu’elle peut pour aider l’Ukraine, l’Alliance atlantique a répété qu’elle veillera à éviter toute escalade susceptible d’entraîner les alliés dans une guerre totale contre la Russie.

L’Organisation du traité de l’Atlantique nordOTAN s’engage, au mieux, pour l’instant, à continuer de fournir des armes antichars, des systèmes de défense antiaériens, des drones et de l’aide humanitaire.

Traçant à son tour une ligne rouge, le président des États-Unis, Joe Biden, a cependant clairement prévenu que l’Organisation du traité de l’Atlantique nordOTAN répliquerait si la Russie s’avisait de recourir à des armes chimiques en Ukraine.

Tous ces palabres et ces mises en garde de dernière minute pour défendre l’Ukraine arrivent bien tard, déplorent en conclusion Charles-Philippe David et Michael Boire. D’autant plus, souligne ce dernier, que la stratégie de sécurité nationale de la Russie sur la question ukrainienne était bien connue de l’Organisation du traité de l’Atlantique nordOTAN et accessible depuis au moins cinq ans sur Internet.

C’est à cette époque qu’il fallait selon lui déployer de réelles mesures dissuasives en Ukraine.

Que tout cet imbroglio soit aujourd’hui une surprise, ça m’échappe, conclut-il, dubitatif.

Avec Radio-Canada par Stéphane Bordeleau

La Russie étale sa puissance militaire avec de gigantesques manœuvres

septembre 11, 2018

Une parade militaire à Saint-Petersbourg, en Russie, le 9 mai 2018 / © AFP/Archives / OLGA MALTSEVA

Près de 300.000 hommes, toutes les composantes de l’armée impliquées et des soldats chinois en soutien: la Russie a lancé mardi les plus vastes manœuvres militaires de son histoire, dénoncées par l’Otan comme la répétition d’un « conflit de grande ampleur ».

Ce déploiement massif auquel participent les armées chinoise et mongole, baptisé « Vostok-2018 » (Est-2018), se poursuivra jusqu’au 17 septembre en Sibérie orientale et dans l’Extrême-Orient russe.

« Vostok-2018 a démarré », a indiqué mardi le ministère de la Défense dans un communiqué, accompagné d’une vidéo montrant des véhicules blindés, des hélicoptères ou encore des avions en mouvement.

Si la journée de mardi doit être consacrée au déploiement des troupes, mercredi verra la tenue d’exercices de lutte antiaérienne tandis que « le principal évènement » sera jeudi, a assuré le ministère de la Défense aux journalistes couvrant les exercices, sans donner plus de précisions.

En marge du Forum économique de Vladivostok (Extrême-Orient), Vladimir Poutine devrait assister à Vostok-2018 qui intervient dans un contexte de tensions persistantes avec les Occidentaux, entre crise ukrainienne, conflit en Syrie et innombrables accusations d’ingérence dans la politique occidentale.

Aux yeux de l’armée russe, cette démonstration de force est similaire à « Zapad-81 » (Ouest-81) qui, il y a près de 40 ans, avait mobilisé entre 100.000 et 150.000 soldats du pacte de Varsovie en Europe orientale, les plus grandes manœuvres jamais organisées à l’ère soviétique.

Un tank russe T-80 à Sertolovo, près de Saint-Petersbourg, le 14 mai 2016 / © AFP/Archives / OLGA MALTSEVA

« Il y aura comme un air de Zapad-81, mais en plus imposant d’une certaine manière », se félicitait d’ailleurs fin août le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, détaillant le contingent attendu: 300.000 soldats, 36.000 véhicules, 1.000 avions et 80 navires.

« Imaginez 36.000 engins militaires se déplaçant en même temps: des chars, des blindés de transport de troupes, des véhicules de combat d’infanterie. Et tout cela, bien sûr, dans des conditions aussi proches d’une situation de combat que possible », s’était-il enthousiasmé.

– Armes modernes –

Tout le répertoire moderne de l’armée russe sera de la partie: des missiles Iskander, capables de transporter des ogives nucléaires, des tanks T-80 et T-90 ou les récents avions de combats Su-34 et Su-35. En mer, la flotte russe déploiera plusieurs frégates équipées de missiles Kalibr, qui ont fait leurs preuves en Syrie.

Côté chinois, la participation est bien plus modeste avec 3.200 soldats engagés et une trentaine d’avions ou d’hélicoptères déployés, mais elle est symbolique alors que la Russie cherche à montrer qu’elle n’est pas isolée sur la scène internationale.

La Russie étale sa puissance militaire avec de vastes manoeuvres / © russian defence ministry/AFP /

« Nous avons des relations de confiance (avec la Chine) en matière politique, de sécurité et dans la sphère militaire », a d’ailleurs déclaré Vladimir Poutine mardi lors d’une rencontre à Vladivostok avec le président chinois Xi Jinping, qui participe aussi au forum économique.

Si les précédents exercices militaires russes dans la région, Vostok-2014, avaient déjà rassemblé 155.000 soldats, les manœuvres Zapad-2017 (Ouest-2017) organisées l’an passé aux portes de l’Union européenne n’avaient en comparaison impliqué que 12.700 hommes selon Moscou, l’Ukraine et les pays baltes faisant état de leur côté d’un contingent bien plus important.

Sans surprise, l’Otan a dénoncé ces manœuvres. « Cela s’inscrit dans une tendance que nous voyons depuis un moment: une Russie plus sûre d’elle, qui augmente significativement son budget de Défense et sa présence militaire », a indiqué un porte-parole de l’Alliance, Dylan White.

Depuis 2014 et la grave dégradation des relations entre Moscou et l’Occident, la Russie a multiplié les exercices militaires d’ampleur, du Caucase à la Baltique et jusqu’en Arctique, tout en dénonçant l’expansion à ses frontières de l’Otan, menace fondamentale pour sa sécurité selon la nouvelle doctrine militaire russe adoptée la même année.

Les manœuvres russes en Extrême Orient ont été précédées par des exercices en Méditerranée auxquels ont pris part plus de 25 navires et une trentaine d’avions, dans un contexte de renforcement de la présence russe au large de la Syrie où elle intervient militairement depuis 2015.

Romandie.com avec(©AFP / (11 septembre 2018 16h04)

Les États-Unis veulent réagir face à l’érosion de leur suprématie militaire

janvier 19, 2018

Les porte-avions nucléaires USS Nimitz (G), USS Ronald Reagan (C) et USS Theodore Roosevelt lors de manœuvres au large des côtes de la Corée du Sud le 12 novembre 2017 / © South Korean Defence Ministry/AFP/Archives / str

Les États-Unis sont confrontés aux « menaces croissantes » de la part de la Chine et de la Russie, des « puissances révisionnistes » qui « tentent de créer un monde conforme à leurs modèles autoritaires », a déclaré vendredi le ministre américain de la Défense, en présentant sa nouvelle « Stratégie de défense nationale ».

L’armée américaine a donc besoin des moyens prévisibles pour se moderniser car son « avantage compétitif diminue dans tous les domaines –aérien, terrestre, marin, spatial et cyberspatial– et ne cesse de diminuer », a ajouté Jim Mattis en présentant ce document à Washington.

Le président américain Donald Trump avait présenté le mois dernier sa nouvelle « Stratégie de sécurité nationale », et le document signé par M. Mattis en est la déclinaison militaire. M. Trump avait alors souligné que « des puissances rivales, la Russie et la Chine, essayaient de remettre en cause l’influence, les valeurs et la richesse de l’Amérique ».

La nouvelle stratégie de défense, la première depuis 10 ans, « reconnaît que la Chine et la Russie en particulier ont oeuvré assidûment depuis plusieurs années à développer leurs capacités militaires », a expliqué à la presse le sous-secrétaire à la Défense chargé de la stratégie Elbridge Colby, notant que pendant ce temps, les Etats-Unis se consacraient à la « lutte contre le terrorisme et les Etats voyous ».

Le document d’une cinquantaine de pages, dont seul un « sommaire » d’une dizaine de pages a été rendu public par le Pentagone, accuse la Chine d’avoir usé de « tactiques économiques prédatrices pour intimider ses voisins tout en militarisant la mer de Chine ».

Quant à la Russie, elle est dénoncée pour avoir « violé les frontières de pays voisins », une allusion à l’annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée par Moscou en 2014 suivie par la guerre dans l’Est de l’Ukraine.

Ces accusations risquent de provoquer une nouvelle fois de fortes réactions. Celle de Moscou n’a pas tardé. Depuis l’ONU à New York, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a accusé Washington de préférer « une stratégie de confrontation » à un « dialogue normal ».

– Etre moins prévisibles –

Pourtant, a souligné M. Colby, « il ne s’agit pas d’une stratégie de confrontation, mais d’une stratégie qui reconnait la réalité d’une concurrence » militaire accrue de ces deux grandes puissances.

L’Iran et la Corée du Nord, que Washington classe dans la catégorie des Etats « voyous », « déstabilisent leur région en cherchant à acquérir l’arme nucléaire et en soutenant le terrorisme », est-il précisé. Mais la lutte contre le terrorisme, si elle reste « importante », n’est plus la priorité.

Pour répondre à cet environnement plus incertain, les Etats-Unis ont décidé d’être moins prévisibles et moins rigides.

« En changeant la posture de nos forces, nous allons donner la priorité à la préparation au combat dans des conflits majeurs, ce qui nous rendra stratégiquement prévisibles pour nos alliés mais opérationnellement imprévisibles pour tous nos adversaires, a indiqué M. Mattis.

De plus, Washington cherche à obtenir des alliés un meilleur « partage du fardeau », selon le document qui propose de « fortifier » l’Otan. « Nous attendons de nos alliés européens qu’ils respectent leur promesse d’augmenter leurs budgets de défense et de modernisation pour renforcer l’alliance face à nos soucis de sécurité communs », est-il précisé.

Questionné à ce sujet, M. Mattis a assuré avoir été « encouragé » par les premières réponses des alliés à ce sujet. « Cela se passe mieux que ce à quoi je m’attendais », a-t-il déclaré.

Il a aussi souligné que pour une meilleure coopération, le Pentagone devait apprendre « non seulement à écouter », mais aussi à « se laisser persuader » par ses alliés. « Toutes les bonnes idées ne viennent pas du pays qui a le plus de porte-avions », a-t-il lancé.

La nouvelle stratégie militaire américaine ne mentionne absolument pas le changement climatique, que le prédécesseur de Donald Trump, Barack Obama, considérait comme un véritable enjeu de sécurité nationale. Depuis, le républicain a annoncé le retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat signé par près de 200 pays.

Romandie.com avec(©AFP / 19 janvier 2018 20h20)                

La Chine continue à s’armer plus vite que les autres

février 14, 2017

Londres – La Chine continue à s’armer plus vite que les autres pays au point de s’orienter dans certains domaines militaires « vers une quasi parité avec l’Ouest », selon le rapport annuel de l’Institut international pour les études stratégiques (IISS).

« La supériorité technologique militaire de l’Occident, qui était considérée comme acquise, est de plus en plus contestée », a souligné John Chipman, le directeur de l’IISS, en présentant mardi à Londres ce rapport annuel faisant référence sur l’équilibre des forces armées dans le monde.

Depuis que l’Asie à doublé l’Europe en 2012, les dépenses consacrées à la défense ont continué à y croître de 5 à 6% par an. En comparaison, elles ont diminué, à l’échelle mondiale, de 0,4% en 2016, essentiellement en raison d’une réduction de voilure au Moyen-Orient, plombé par la chute des prix du pétrole.

A l’origine de plus d’un tiers des dépenses de tout le continent asiatique, la Chine se taille la part du lion avec un budget de la défense de 145 milliards de dollars en 2016.

C’est toujours très loin de celui des Etats-Unis (604,5 milliards). Mais nettement devant la Russie (troisième budget mondial avec 58,9 milliards), l’Arabie Saoudite (56,9), le Royaume-Uni (52,5) ou encore la France (47,2).

« Dans certains domaines, notamment dans les airs, la Chine semble s’orienter vers une quasi parité avec l’Ouest », a relevé John Chipman. Le pays investit également massivement dans les bateaux et les sous-marins.

– Budget russe en recul –

Signe de ces progrès, la Chine, après avoir longtemps répliqué les programmes de l’ancienne Union soviétique ou de la Russie, « possède aujourd’hui ses propres circuits de recherche, de développement et de construction ». « Elle commence aussi à vendre ses armements à l’étranger », a insisté John Chipman.

Pour les pays de l’Europe de l’Est et du Nord, la Russie reste toutefois « la principale source d’inquiétude », selon l’IISS, alors que Moscou continue à renouveler ses systèmes d’armement.

« La poursuite de cet effort dépendra cependant de la capacité de la Russie à financer des programmes de recherche et de développement qui coûtent cher », estime le cercle de réflexion britannique qui s’attend à des nouvelles coupes budgétaires dans les années à venir. Le budget russe de la défense a d’ores et déjà reculé par rapport à 2015, de 66,1 à 58,9 milliards de dollars, en raison d’une baisse des prix énergétiques et des sanctions économiques imposées au pays.

Les 26 membres européens de l’Otan ont, eux, globalement augmenté leurs dépenses en 2016 mais à une échelle « modeste ». Seulement deux d’entre eux ont ainsi respecté l’objectif de consacrer 2% de leur PIB à la défense: l’Estonie et la Grèce.

Ils étaient encore quatre l’année précédente, dont le Royaume-Uni qui, selon l’IISS, a plafonné à 1,98% en 2016, à cause d’une croissance économique plus forte que prévu.

« Faux », a répliqué le ministère britannique de la Défense, alors que John Chipman n’avait même pas encore fini sa conférence de presse.

Une méthodologie différente – le gouvernement s’appuie sur les chiffres de la Banque mondiale et l’IISS sur ceux du Fonds monétaire international pour mesurer la croissance britannique – expliquerait le léger décalage entre les deux parties.

Romandie.com avec(©AFP / 14 février 2017 14h00)             

La Corée du Nord prépare une éventuelle frappe contre les Etats-Unis

mars 28, 2013

SEOUL – Le dirigeant nord coréen Kim Jong-Un a donné l’ordre vendredi d’effectuer des préparatifs en vue de frappes stratégiques de missiles contre les Etats-Unis et les bases américaines dans le Pacifique, en riposte aux vols d’entraînement de bombardiers furtifs B-2.

L’ordre, diffusé lors d’une réunion d’urgence pendant la nuit avec les hauts commandants de l’armée, répond aux vols des B-2, capables de transporter des armes nucléaires, lors des manoeuvres conjointes américano-sud-coréennes qui se déroulent actuellement, a déclaré Kim.

Dans l’éventualité d’une provocation téméraire des Américains, les forces nord-coréennes devront frapper sans pitié le continent américain (…), les bases militaires du Pacifique, y compris Hawaï et Guam, et celles qui se trouvent en Corée du Sud, a déclaré jeudi le dirigeant, selon des propos rapportés par l’agence officielle KCNA.

La veille, les Etats-Unis avaient annoncé que deux bombardiers furtifs B-2 avaient survolé la Corée du Sud, lors de sessions d’entraînement, soulignant ainsi l’engagement américain aux côtés de son allié, la Corée du Sud, en cette période de tensions accrues sur la péninsule.

Kim Jong-Un a estimé que les vols des bombardiers étaient bien plus qu’une simple démonstration de force et qu’ils équivalaient à un ultimatum (des Américains) montrant qu’ils voulaient déclencher à tout prix une guerre nucléaire.

La réunion d’urgence s’est déroulée vers minuit trente (15H30 GMT), en présence du chef de l’état-major de l’armée nord-coréenne, le directeur des opérations et le commandant des opérations de frappes stratégiques.

Washington ne rend que rarement public ses vols d’entraînement de B-2, une arme redoutable conçue pour des missions spéciales de bombardement stratégique à haute altitude (jusqu’à 15.000 m) derrière les lignes adverses.

Réputé indétectable, volant autour de la vitesse du son, il peut emporter jusqu’à 18 tonnes d’armement conventionnel ou nucléaire, dont 16 bombes de 900 kilos guidées par satellite ou huit terribles GBU-37 antibunker.

Ce n’est pas la première fois que Pyongyang menace les Etats-Unis de frappes sur ses bases dans le Pacifique ou sur son territoire. Mardi déjà, le Nord avait annoncé avoir placé son armée en ordre de combat et demandé à ses unités spéciales de se préparer à d’éventuelles frappes sur ces cibles.

Mais l’annonce, relayée par KCNA, émanait du commandement de l’armée. Cette fois, il provient du dirigeant de la Corée du Nord.

Jeudi, Washington a indiqué une nouvelle fois être prêt à faire face à toute éventualité en provenance de la Corée du Nord, selon les déclarations du secrétaire américain à la Défense Chuck Hagel.

Depuis début mars et l’adoption de nouvelles sanctions par l’ONU à l’égard de Pyongyang, la Corée du Nord a musclé encore un peu plus sa rhétorique belliqueuse, menaçant régulièrement Séoul et son allié Washington de frappes stratégiques et de guerre totale.

Les sanctions de l’ONU étaient une riposte au test nucléaire conduit le 12 février par le Nord. Les tensions sur la péninsule avaient déjà grimpé d’un cran début décembre, après le tir réussi d’une fusée par Pyongyang, un acte interdit par les sanctions de l’ONU prises précédemment.

Romandie.com avec (©AFP / 29 mars 2013 03h04)

Mali : de quelles forces disposent les jihadistes ?

novembre 12, 2012
Photo distribuée par Aqmi, montrant un camp d'entraînement au Mali en novembre 2010. Photo distribuée par Aqmi, montrant un camp d’entraînement au Mali en novembre 2010. © Mohamed Sifaoui/Sipa

Alors que la Cedeao n’attend plus qu’un feu vert de l’ONU pour déployer une force d’intervention et de reconquête au Nord-Mali, les jihadistes se préparent à se replier dans le désert. Jeune Afrique passe en revue leurs capacités militaires.

Même si quelques volontaires, notamment français, rallient les rangs des jihadistes, rien ne confirme vraiment l’arrivée massive de combattants en provenance de l’étranger au Mali. Bien au contraire, tandis que la coalition en gestation n’attend plus qu’un mandat de l’ONU pour signer son certificat de naissance, l’alliance entre les mouvements islamistes se fragmente.

Ainsi, le prudent « recul stratégique » d’Ansar Eddine, qui, le 6 novembre, dit rejeter le terrorisme, change-t-il radicalement la donne entre les groupes armés et les forces promises à intervenir dans le septentrion malien. Les observateurs attendent toutefois de voir cette déclaration confirmée par des actes, d’autant que pour l’heure, Ag Aharib, porte-parole de l’organisation, affirme que son organisation n’affrontera pas Aqmi.

Les manoeuvres de Iyad Ag Ghali

Quoi qu’il en soit, il suffit que son groupe reste à l’écart de probables affrontements pour mettre en difficulté Aqmi et le Mujao. À Tombouctou, les éléments d’Aqmi sont d’ailleurs face à un dilemme : se retirer de la ville, dans laquelle les Touaregs disposent de la supériorité numérique, ou s’en prendre directement à eux, ce qui transformerait les salafistes algériens en agresseurs et légitimerait ainsi une riposte d’Ansar Eddine contre Aqmi ! Fidèle à lui-même, Iyad Ag Ghali a su manœuvrer politiquement.

L’armement des jihadistes

– Fusils semi-automatiques : SKS (et copies chinoises Type 56), quelques fusils de précisions SVD Dragunov (Aqmi)

– Fusils d’assaut : Kalashnikov (dont des modèles chinois, roumains), quelques AK-103

– Fusils-mitrailleurs : RPD, RPK

– Mitrailleuses : SGM, PKM, quelques FN MAG

– Lance-roquettes-antichars : RPG-7

– Mortiers : quelques-uns de 60 et de 82 mm

– Véhicules légers armés :  4×4 avec DShK, ZPU-1 et 2 ou ZU-23/2 ainsi que LRM Type 63, au moins un 4×4 avec canon sans recul M40A1 et un 4×4 avec tourelle de BRDM-2 à Gao

– Chars légers : 6 PT-76 à Gao (capacité opérationnelle douteuse et peu ou pas de munitions)

– Véhicules blindés : quelques BRDM-2 et BTR-60PB, au moins 1 BTR-152 à Gao (capacité opérationnelle douteuse)

– Lance-roquettes-multiples : quelques BM-21 (capacité opérationnelle douteuse)

Enfin Aqmi dispose probablement de quelques missiles sol-air SA-7b et SA-14 et éventuellement de quelques SA-24 sans crosse de tir ni affût pour les tirer. Mais l’approvisionnement en munitions constitue aussi un des points faibles de tous les groupes qui occupent le Nord.

Mais quels sont les effectifs jihadistes que pourrait rencontrer une éventuelle intervention africaine armée ? L’ensemble des groupes fondamentalistes représente de 4 à 6 000 hommes, selon les sources. Composante principale, Ansar Eddine regroupe jusqu’à 4 000 hommes : transfuges du MNLA et déserteurs touaregs de l’armée malienne, recrues locales… Aqmi et le Mujao alignent quant à eux jusqu’à 2 000 hommes, dont environ 700 appartiennent aux « noyaux » de chaque organisation : les combattants les plus fanatiques et les mieux entraînés. Le reste se compose d’auxiliaires recrutés pour de l’argent, dont de nombreux adolescents, vaguement formés au maniement des armes légères.

Il importe de considérer que ces noyaux ne sont pas d’une solidité à toute épreuve : la défection de Bilal Hicham, qui dénonce les dérives du Mujao, ou encore, la situation confuse qui règne à propos de Mokhtar Belmokhtar et de sa place au sein d’Aqmi, l’illustrent parfaitement, tout comme l’arrestation d’un jihadiste français, Gilles Le Guen, par ses pairs d’Aqmi qui l’accusent d’espionnage, les déclarations fantasques d’Oumar Ould Hamaha qui appartient tantôt à un groupe, tantôt à un autre, avant de se réclamer « chargé de sécurité pour le jihad au Nord-Mali »…

Crainte des attentats

Toutefois, si le retournement de veste du mouvement d’Iyad Ag Ghali et cette fébrilité réduisent les capacités militaires des jihadistes, leur capacité de nuisance reste intacte. Les terroristes vont probablement revenir à leurs « fondamentaux » : en délaissant les villes et en s’évaporant dans le désert comme semble déjà s’y préparer le Mujao.

Sans un « plan de paix » efficace de la part de la communauté internationale, il leur suffira d’attendre que s’use toute la belle détermination de la coalition, en survivant grâce aux trafics, tout en « punissant », si possible, à coups d’attentats ceux qui seront déployés. Et aucun pays impliqué dans le processus de libération n’est à l’abri d’un attentat.

Jeuneafrique.com par Laurent Touchard