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États-Unis: Joe Biden octroie 800 millions de dollars d’armes supplémentaires à l’Ukraine

avril 21, 2022

Avec cette nouvelle enveloppe, les États-Unis ont consacré 1,6 milliard de dollars ce mois-ci en aide militaire à l’Ukraine. Photo: Reuters/White House

Estimant que la guerre en Ukraine est entrée dans une phase « critique », le président des États-Unis, Joe Biden, a autorisé jeudi une aide militaire supplémentaire de 800 millions de dollars à l’Ukraine alors que la Russie consolide sa progression dans le Donbass et le sud du pays.

Joe Biden a précisé que cette nouvelle enveloppe militaire accordée aux Ukrainiens comprendra des livraisons supplémentaires de dizaines de pièces d’artillerie lourde, 144 000 obus et munitions ainsi que des drones tactiques.

Cette nouvelle vague d’aide militaire américaine aux Ukrainiens est la deuxième à être annoncée ce mois-ci par Washington qui avait déjà annoncé le 13 avril dernier l’octroi de 800 millions de dollars de matériel militaire aux forces ukrainiennes, dont des véhicules blindés, de l’artillerie et des hélicoptères.

Le président a ajouté jeudi qu’il comptait demander dès la semaine prochaine davantage d’argent au Congrès afin d’assurer un approvisionnement régulier aux Ukrainiens directement sur les lignes de front de la liberté.

Le chef de la Maison-Blanche a ajouté que les États-Unis allaient par ailleurs continuer de partager des renseignements opportuns avec les forces ukrainiennes et que les ports américains seront bientôt interdits d’accès à tous les navires affiliés à la Russie.

« Vladimir Poutine ne réussira jamais à occuper l’Ukraine. »— Une citation de  Joe Biden, président des États-Unis

En ce qui a trait à la situation sur le terrain, le président des États-Unis a refusé de concéder la prise de la ville portuaire de Marioupol par les Russes. Il n’y a encore aucune preuve que Marioupol soit complètement perdue, a déclaré Joe Biden.

Plusieurs centaines de combattants ukrainiens seraient en effet toujours retranchés dans le complexe métallurgique d’Azovstal, où ils livrent une résistance acharnée aux troupes russes.

Des soldats américains actionnent un obusier Howitzer M777 de 155 millimètres, une arme moderne et précise dont seront bientôt équipées les forces ukrainiennes. Photo: Reuters/Andrew Burton

Aide économique supplémentaire

À ces livraisons d’armes, l’administration Biden ajoute une aide économique de 500 millions de dollars supplémentaires, a annoncé jeudi matin un responsable du trésor américain.

La secrétaire au Trésor Janet Yellen doit en faire l’annonce officielle jeudi lors d’une rencontre avec le premier ministre ukrainien Denys Shmyhal, à Washington.

Cette enveloppe s’ajoutera aux 500 millions de dollars « d’aide directe » déjà consentie à Kiev à la fin mars par les États-Unis pour permettre à l’Ukraine de maintenir le fonctionnement du gouvernement, en versant notamment les salaires et les retraites, et éviter une aggravation de la situation humanitaire en Ukraine.

De l’autre côté de l’Atlantique, le gouvernement espagnol a pour sa part annoncé l’envoi de 200 tonnes de matériel militaire à l’Ukraine.

Ce nouveau chargement d’armes et de munitions représente le double de l’aide militaire envoyée précédemment par l’Espagne aux Ukrainiens, a annoncé le premier ministre Pedro Sánchez.

Le chargement de matériel et de munition a quitté jeudi l’Espagne à bord d’un bateau à destination de la Pologne.

La première ministre du Danemark, Mette Frederiksen, qui participait avec Pedro Sánchez à une rencontre à Kiev avec le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a de son côté annoncé la livraison prochaine de 90 millions de dollars d’aide militaire aux Ukrainiens.

Radio Canada avec les informations de Agence France-Presse et Reuters

Des armes « maintenant » ou « ce sera trop tard », implore l’Ukraine

avril 7, 2022

Severodonetsk, dans la région de Louhansk, a été la cible d’importants bombardements russes mercredi. La ville est sur la ligne de front dans le Donbass ukrainien, où l’armée russe concentre désormais ses opérations après s’être retirée du nord du pays. Photo : Getty Images/Fadel Senna

L’Ukraine a besoin des armes des pays de l’OTAN « maintenant », ou « ce sera trop tard », a déclaré jeudi le ministre ukrainien des Affaires étrangères au terme d’une réunion avec ses homologues des pays membres de l’Alliance, à Bruxelles.

Je ne doute pas que l’Ukraine aura les armes nécessaires pour combattre. La question c’est quand, a insisté Dmytro Kouleba lors d’une conférence de presse au siège de l’OTAN. Il a aussi réclamé avec la même urgence que les Occidentaux cessent d’acheter du pétrole et du gaz russes.

Nous avons besoin d’avions, de véhicules blindés, de défense antiaérienne , avait plaidé le ministre Kouleba avant la rencontre. J’appelle tous les alliés à mettre de côté leurs hésitations, leur réticence à fournir à l’Ukraine tout ce dont elle a besoin.

« Je viens demander trois choses : des armes, des armes et des armes. Plus rapidement elles seront livrées, plus de vies seront sauvées et de destructions évitées. »— Une citation de  Dmytro Kouleba, ministre des Affaires étrangères de l’Ukraine, avant la rencontre

« Nous savons nous battre. Nous savons comment gagner, mais sans un approvisionnement durable et suffisant de toutes les armes demandées par l’Ukraine, cette victoire imposera d’énormes sacrifices, avait ajouté le chef de la diplomatie ukrainienne.

L’Ukraine a le droit de se défendre. Nous allons écouter les besoins que va nous soumettre Dmytro Kouleba et discuter comment répondre, avait commenté le secrétaire général de l’Alliance transatlantique, Jens Stoltenberg.

Ce dernier doit s’adresser à la presse vers 9 h 30 (HNE) pour communiquer les résultats de la rencontre.

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kouleba, en conférence de presse après sa rencontre avec ses homologues des pays de l’OTAN Photo : La Presse Canadienne/AP/Olivier Matthys

La requête de M. Kouleba est faite au moment où Kiev craint des villes de l’est ukrainien ne subissent le même sort que Marioupol, où des milliers de personnes vivent dans des conditions extrêmement précaires en raison du siège des troupes russes.

Les prochains jours sont peut-être la dernière chance pour partir. Toutes les villes libres de la région de Louhansk sont sous le feu ennemi, a alerté sur Facebook le gouverneur de la région, Serguiï Gaïdaï, indiquant que les Russes étaient en train de couper toutes les voies possibles de sortie.

La situation à Roubijne et Popasna, deux villes de la région de Louhansk, se détériore, a-t-il ajouté. Les évacuations sont compliquées et il n’y a pas un hôpital de la région qui soit toujours intact.

Le G7 s’engage à fournir une assistance accrue à Kiev

Avant la réunion des pays membres de l’OTAN, le ministre Kouleba a pu présenter ses arguments à ses homologues des pays du G7 et au chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, réunis au quartier général de l’Alliance.

Dans un communiqué publié au terme de la rencontre, les pays les plus industrialisés de la planète l’ont assuré de leur volonté de fournir une assistance accrue, notamment en termes de matériel militaire et de moyens financiers pour permettre à l’Ukraine de contrer l’agression russe et de se reconstruire.

Le G7 affirme par ailleurs condamn(er) dans les termes les plus vifs les atrocités commises par les forces armées russes à Boutcha et dans d’autres villes ukrainiennes.

Les auteurs de ces massacres […] devront rendre des comptes et seront poursuivis, ont-ils fait valoir, quelques jours après que des dizaines de corps de civils eurent été retrouvés dans cette banlieue de Kiev après le retrait des troupes russes.

Nous continuerons de lutter contre l’impunité de tous les complices de cette guerre choisie par Moscou, et notamment du régime d’Alexandre Loukachenko au Bélarus , assure en outre le G7.

L’Ukraine propose un accord équitable : le monde nous fournit le soutien que nous demandons, nous nous chargeons de combattre et de vaincre (le président russe Vladimir) Poutine en Ukraine, a écrit M. Kouleba sur Twitter après cette réunion.

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Mélanie Joly, et le secrétaire d’État américain Antony Blinken, en discussion avec le chef de la diplomatie ukrainienne, Dmytro Kouleba, jeudi, au siège de l’OTAN, à Bruxelles. Photo: Getty Images/AFP/Pool/Evelyn Hockstein

L’objectif de la réunion d’aujourd’hui au sein du G7 est de s’assurer que nous maintenons la pression sur la Russie, avait déclaré avant la rencontre la chef de la diplomatie canadienne, Mélanie Joly.

« Nous voulons aussi nous assurer qu’il n’y a pas de failles, qu’au sein de l’Occident, nous sommes coordonnés, et que chaque juridiction peut imposer des sanctions fortes sur les gens, en particulier Vladimir Poutine et ses oligarques, mais aussi sur des entreprises très importantes, qui alimentent la machine de guerre. »— Une citation de  Mélanie Joly, ministre des Affaires étrangères du Canada

Les ministres des Affaires étrangères des pays du G7 ont par ailleurs demandé jeudi la suspension de la Russie du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, dans une déclaration commune.

Nous sommes convaincus que le moment est venu de suspendre l’adhésion de la Russie au Conseil des droits de l’Homme, ont-ils déclaré.

Cette proposition doit être soumise au vote jeudi de l’Assemblée générale de l’ONU.

Radio-Canada avec les informations de Agence France-Presse et Reuters

Canada: Ottawa annonce d’autres sanctions contre la Russie et des livraisons d’armes à l’Ukraine

mars 3, 2022

La vice-première ministre Chrystia Freeland. Photo : La Presse Canadienne/Justin Tang

Ottawa durcit le ton une fois de plus contre Moscou en annonçant des tarifs de 35 % sur les exportations de la Russie et du Bélarus ainsi que la livraison de 4500 lance-roquettes et plus de 7000 grenades aux forces ukrainiennes.

Alors que les forces russes poursuivent leur progression en Ukraine en dépit de la résistance acharnée des militaires et de la population, la vice-première ministre du Canada, Chrystia Freeland, a annoncé ce matin l’imposition par son gouvernement de droits tarifaires de 35 % sur tous les produits exportés au Canada par la Russie et le Bélarus.

« Le président Poutine, ses complices […] et l’économie russe paient le prix de cette grave erreur historique. Nous ne pouvons pas lui permettre de réussir et nous ne le ferons pas. »— Une citation de  Chrystia Freeland, vice-première ministre du Canada

La Russie et la Biélorussie ne bénéficieront plus des avantages, en particulier des tarifs douaniers bas, que le Canada offre aux autres pays membres de l’Organisation mondiale du commerce, a expliqué Mme Freeland en compagnie de la ministre de la Défense, Anita Anand et du ministre de l’Immigration, Sean Fraser.

Seule la Corée du Nord était jusqu’ici soumise à de tels tarifs sur ses exportations au Canada, a précisé la ministre Freeland.

Une dizaine de pdg des géants pétroliers russes Rosneft et Gazprom sont aussi visés par le nouveau train de sanctions canadiennes. Plus de 1000 personnes, entités et entreprises liées à la Russie font l’objet de sanctions canadiennes depuis l’annexion de la Crimée, en 2014, affirme Chrystia Freeland.

« Les membres de l’élite financière russe peuvent croire que leurs liens étroits avec les conseils d’administration et les yachts club d’Occident les protégeront, mais ils ont tort. »— Une citation de  Chrystia Freeland, vice-première ministre du Canada

Nouvelles livraisons d’armes aux Ukrainiens

Considérant les conditions tragiques dans lesquelles les Ukrainiens doivent affronter seuls la puissante offensive de Moscou, la ministre de la Défense, Anita Anand, a pour sa part annoncé la livraison prochaine de 4500 lance-roquettes M-72, [une arme antichar légère] ainsi que 7500 grenades aux forces ukrainiennes.

La ministre a par ailleurs pris soins de ne donner aucune information sur les moyens qui seront utilisés pour acheminer ces armes jusque sur les champs de bataille d’Ukraine.

Avec Radio-Canada par Stéphane Bordeleau

L’Allemagne brise un tabou en livrant des armes à l’Ukraine

février 26, 2022

Dos au mur face aux critiques, l’Allemagne a durci samedi sa position face à la Russie en acceptant de livrer des armes à l’Ukraine en guerre, et d’exclure partiellement Moscou de la plateforme interbancaire Swift.

La décision sur les armes constitue un revirement politique de taille pour ce pays, dont la position officielle, depuis la Deuxième Guerre mondiale, est de ne pas livrer des armes « létales » dans les zones de conflit. Il y a eu néanmoins des exceptions, génératrices de polémiques.

Berlin a autorisé la livraison à Kiev de 1.000 lance-roquettes antichar, de 500 missiles sol-air Stinger et de « plusieurs » obusiers, a annoncé le gouvernement.

« L’agression russe contre l’Ukraine marque un changement d’époque, elle menace l’ordre établi depuis l’après-guerre », a justifié le chancelier Olaf Scholz dans un communiqué.

« Dans cette situation il est de notre devoir d’aider l’Ukraine autant que nous pouvons à se défendre contre l’armée d’invasion de Vladimir Poutine« .

Concrètement, ces livraisons de lance-roquettes vont être effectuées par les Pays-Bas, et les obusiers par l’Estonie. Ces deux pays avaient à l’origine acquis ces équipements auprès de l’Allemagne et avaient besoin d’un feu vert de Berlin pour pouvoir les réexporter vers Kiev.

Les obusiers sont anciens, ils appartenaient jadis à l’armée de l’ancienne Allemagne de l’Est communiste.

Critiques

Berlin répond ainsi aux critiques véhémentes dont il a fait l’objet depuis plusieurs semaines pour son refus d’exporter de telles armes, venant à la fois des les autorités ukrainiennes mais aussi de partenaires de l’UE comme les Etats baltes ou la Pologne.

La politique restrictive suivie par la première économie européenne depuis l’après-guerre en matière d’exportations d’armes prend sa source dans les horreurs du nazisme qui ont donné le jour à un pacifisme profondément ancré dans l’opinion.

Cette position était toutefois de moins en moins tenable sur le plan politique depuis le déclenchement de l’invasion du pays par l’armée russe.

En parallèle, le gouvernement allemand a annoncé l’envoi à l’Ukraine de 14 véhicules blindés ainsi que de 10.000 tonnes de carburant « via la Pologne ». « D’autres mesures de soutien sont actuellement à l’étude », a souligné la source gouvernementale.

« Après l’attaque honteuse de la Russie, l’Ukraine doit se défendre », a indiqué à ce sujet la ministre des Affaires étrangères, Annalena Baerbock.

Autre tabou brisé samedi: le gouvernement a commencé à céder sur Swift, après avoir longtemps refusé d’envisager une exclusion de Moscou de ce rouage clé de la finance mondiale, par crainte d’être pénalisée en retour pour ses livraisons de gaz, pétrole et charbon russes.

Limitation ciblée

Annalena Baerbock et son homologue de l’Economie, Robert Habeck, ont indiqué dans un communiqué commun travailler à « une limitation ciblée et fonctionnelle » de Swift pour les établissements financiers russes.

« Nous travaillons à la manière de limiter les dommages collatéraux d’une déconnexion de Swift », ont-ils ajouté.

Dans le détail, l’idée est d’exclure de cette plateforme électronique, par laquelle passent un très grand nombre de transactions internationales, les banques russes déjà visées par des sanctions de l’Union européennes.

Ces dernières représentent 70 % du marché bancaire russe, selon le Conseil de l’Europe.

Samedi, avant l’annonce, le Premier ministre Polonais Mateusz Morawiecki, en visite à Berlin, avait qualifié « d’égoïsme en béton » l’attitude de l’Allemagne concernant Swift.

En pleine bataille pour la prise de contrôle de Kiev, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a lui aussi exhorté samedi Berlin à avoir le « courage » de bloquer l’accès de la Russie à Swift.

Swift permet les règlements interbancaires entre les établissements du monde entier et évite par exemple à l’Allemagne d’avoir à payer son gaz russe en liquide.

Une exclusion est considérée comme une « arme atomique », en matière financière. Car débrancher un Etat de Swift, c’est aussi empêcher ses propres banques de faire des transactions avec les banques du pays puni.

Plusieurs autres pays européens réticents sur le sujet, comme l’Autriche, l’Italie et la Hongrie, ont eux aussi fait savoir qu’ils étaient désormais prêts à accepter la « sanction » Swift, isolant du coup Berlin.

Par Le Point avec AFP

Canada: Vol d’un camion rempli de 3400 armes à feu près de Toronto

février 13, 2022
Une voiture de police.

La police pense qu’il n’y avait pas de munitions à bord du véhicule volé. Photo : Radio-Canada/Yvon Theriault

Un poids lourd chargé d’armes à feu a été volé à Peterborough, à une centaine de km au nord-est de Toronto, selon la police.

Dans un communiqué, le Service de police de Peterborough (SPP) déclare avoir reçu un appel dimanche vers 7 h 30 à propos du vol d’un camion qui transportait une grosse quantité d’armes à feu et qui était stationné dans la cour d’une entreprise de camionnage située sur la route Parkhill East.

Selon nos informations, le camion contenait 3409 armes de calibre 22 et 6468 chargeurs. Il s’agit d’un Freightliner Cascadia 126, possiblement de couleur blanche.

« Nous pensons qu’il n’y avait pas de munitions dans le camion. »— Une citation de  Le Service de police de Peterborough, dans un communiqué.

Divers services policiers ont été prévenus, selon le Service de police de Peterborough SPP, qui croit qu’il s’agit d’incident isolé.

Avec Radio-Canada

Cameroun : qui arme les combattants ambazoniens ?

octobre 2, 2021
Des soldats du Bataillon d’intervention rapide à Bamenda, en novembre 2017, après une attaque attribuée aux séparatistes © Soldiers from the Rapid Intervention Battalion (BIR) secure a ceremony honouring four soldiers killed in the violence that erupted in the Northwest and Southwest Regions of Cameroon, where most of the country’s English-speaking minority live, on November 17, 2017 in Bamenda. – Four soldiers were killed this month in less than a week, in attacks attributed to secessionist « terrorists ». © AFP

Dans les provinces anglophones, les « Ambaboys » sont de mieux en mieux équipés. Yaoundé soupçonne les sécessionnistes biafrais, actifs au Nigeria, de leur apporter un soutien logistique.

Pouvait-il en être autrement ? Aux premières semaines de la crise, plusieurs voix s’étaient élevées à Yaoundé, jurant que la revendication séparatiste ne durerait pas dans les provinces anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. C’était à la fin de l’année 2016. Presque cinq années ont passé et les Ambazoniens continuent de faire mentir ceux qui prédisaient leur éradication rapide en tenant tête, mois après mois, aux forces de défense camerounaises.

Ces dernières semaines, le conflit s’est encore durci. En cause : les engins explosifs improvisés (EEI) de plus en plus puissants qu’utilisent désormais les combattants séparatistes – des engins capables de détruire les blindés utilisés par les militaires sur le terrain.

Lance-roquettes et AK-47

Dernier exemple en date, l’embuscade meurtrière dans laquelle des soldats sont tombés le 16 septembre dans le département du Ngok-Etundja (Nord-Ouest). Quinze d’entre eux ont péri et trois véhicules ont été détruits au cours de ce qui est à ce jour l’une des attaques les plus sanglantes perpétrées dans la zone. Selon le porte-parole de l’armée camerounaise, Cyrille Atonfack Nguemo, les militaires étaient en mission de reconnaissance lorsqu’ils sont tombés dans un guet-apens.

LES SÉPARATISTES ONT CHANGÉ LEUR MODE OPÉRATOIRE ET SONT PARVENUS À AUGMENTER LEUR CAPACITÉ DE NUISANCE

Dans une vidéo enregistrée quelques minutes après l’attaque et diffusée sur les réseaux sociaux, on a pu voir de jeunes combattant séparatistes lourdement armés, se réclamant d’une faction dirigée par un certain « No Pity », parader devant les corps des victimes. Quelques jours plus tard, Cyrille Atonfack Nguemo a fait mention dans un communiqué radio-diffusé « d’un engin explosif improvisé et d’un lance-roquettes antichar » avec lesquels « les insurgés ont immobilisé les véhicules des forces de défense avant d’ouvrir un feu nourri sur ces derniers ». Il s’est aussi inquiété de « l’usage de nouveaux armements, qui consacrent indubitablement un changement de paradigme dans les opérations en cours ».

De fait, la question de l’approvisionnement des milices en armes fait l’objet d’une attention accrue de la part des autorités camerounaises. Au fil des mois, les séparatistes ont changé leur mode opératoire et sont parvenus à augmenter leur capacité de nuisance. Désavantagés numériquement et matériellement à leurs débuts, les combattants issus des villages de ces régions montagneuses ont renoncé aux offensives frontales, qui tournaient rarement à leur avantage, pour multiplier les attaques éclair, les embuscades et les raids. Une tactique de harcèlement et d’usure parfaitement assumée, dont l’objectif a été officialisé par Lucas Ayaba Cho, à la tête de l’une des factions engagées dans ce conflit. « La République [du Cameroun] tire 60 % de son PIB de l’Ambazonie, a-t-il écrit sur son compte Facebook. Nous ferons en sorte que ce qu’ils y dépensent pour la guerre soit supérieur à ce qu’ils en tirent. »

La piste nigériane

Les groupes armés disposent désormais de tenues de combat, d’AK-47 et d’autres pièces d’artillerie légères, souvent dérobées aux forces de défense camerounaises, si bien qu’il est parfois difficile de distinguer les Ambaboys des militaires. Selon Cyrille Atonfack Nguemo, les services secrets ont aussi « établi avec certitude que la montée en puissance de ces groupes terroristes, de par l’armement de gros calibre dont ils disposent, découle en grande partie de leur jonction avec d’autres entités terroristes opérant hors des frontières ».

Fin août, Yaoundé a dépêché à Abuja son ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, afin d’en discuter avec les autorités nigérianes, preuve que la piste est prise très au sérieux par le gouvernement camerounais, souvent prompt à soupçonner son grand voisin.

Cette défiance est ancienne et remonte au début des années 1980. À l’époque, Paul Biya vient tout juste d’échapper à une tentative de coup de d’État et il goûte peu de voir son homologue nigérian s’offusquer de la purge lancée contre ses cousins peuls dans l’armée et accorder l’asile à plusieurs personnes soupçonnées d’être directement impliquées dans la tentative de putsch.

Au milieu des années 1990 et pendant plus d’une dizaine d’années, c’est la querelle autour de la presqu’île de Bakassi qui vient de nouveau alimenter la suspicion entre les deux voisins. Et lorsque le différend frontalier sera résolu, ce sera autour de la lutte contre Boko Haram que les deux pays exprimeront leurs dissensions. Au fil des années, le gouvernement camerounais a d’ailleurs plusieurs fois tenté de fédérer derrière lui contre cet « ennemi de l’extérieur ».

Paranoïa ?

Cette fois-ci, Abuja fait mine de jouer la carte de la collaboration. Les autorités nigérianes ont d’ailleurs annoncé avoir mis la main sur un certain Ntui Lambert, un Camerouno-nigérian de 36 ans qui était en possession d’armes, de munitions et de 58 dynamites destinées à la fabrication d’EEI. Selon nos informations, aucun lien n’a été formellement établi entre Ntui Lambert et le mouvement indépendantiste pour les peuples indigènes du Biafra (IPOB), qui est régulièrement accusé d’être le principal soutien logistique des séparatistes anglophones. Il leur fournirait des armes et les formerait, notamment à la fabrication d’explosifs.

YAOUNDÉ POINTE UN DOIGT ACCUSATEUR VERS LE MOUVEMENT INDÉPENDANTISTE PRO-BIAFRA

Les autorités camerounaises font-elles preuve de paranoïa lorsqu’elles pointent un doigt accusateur vers le principal groupe sécessionniste nigérian ? « L’approvisionnement des groupes séparatiste est multiforme, souligne un observateur local. La proximité entre le Cameroun et le Nigeria entraine forcément des échanges, mais ils ne peuvent constituer les seuls réseaux [d’approvisionnement] des groupes séparatistes. »

En avril dernier, Lucas Ayaba Cho a certes annoncé une alliance avec l’IPOB, dirigée par Nnamdi Kanu. Mais ce dernier ayant été arrêté et placé en détention au Nigeria, où il est notamment poursuivi pour trahison et terrorisme, la collaboration entre les deux factions ne s’est pas concrétisée.

Face à cette réorganisation stratégique et aux divers revers encaissés, l’armée camerounaise a entrepris de renforcer sa présence dans la région. Lors d’une réunion de crise organisée le 22 septembre dernier, le ministre chargé de la Défense, Joseph Beti Assomo, a annoncé que des « réajustements et actions appropriés [seraient] déployés ». Quelques jours plus tard, des chars d’assaut susceptibles de mieux résister aux EEI faisaient leur apparition sur le théâtre des opérations. Selon des sources internes, les effectifs sur le terrain auraient également été renforcés.

Une solution qui trouve un écho plutôt défavorable au sein de l’opinion nationale et internationale, où l’on continue d’appeler à une solution pacifique et à des négociations entre les belligérants.

Avec Jeune Afrique par Franck Foute

Afghanistan: Dans le Panchir, les talibans appellent à baisser les armes après de premiers combats

septembre 1, 2021

Deux jours après le retrait américain d’Afghanistan, les talibans ont appelé mercredi les combattants de la vallée du Panchir, l’une des dernières poches de résistance au nouveau régime, à baisser les armes pour éviter une guerre sanglante, après de premiers combats.

Des combattants anti-talibans s'entraînent dans la province du Panchir, le 30 août 2021

© Ahmad SAHEL ARMAN Des combattants anti-talibans s’entraînent dans la province du Panchir, le 30 août 2021

Des combattants anti-talibans montent la garde sur une route à Rah-e Tang, dans la vallée du Panchir, le 29 août 2021

© Ahmad SAHEL ARMAN Des combattants anti-talibans montent la garde sur une route à Rah-e Tang, dans la vallée du Panchir, le 29 août 2021

« Mes frères, nous avons fait de notre mieux pour résoudre le problème du Panchir via des pourparlers et des négociations, en vain malheureusement », a déclaré un haut responsable taliban, Amir Khan Muttaqi, dans un message audio adressé aux habitants de la vallée et publié sur Twitter.

Des combattants anti-talibans rassemblés dans le district de Khenj, dans la vallée du Panchir, le 31 août 2021

© AHMAD SAHEL ARMAN Des combattants anti-talibans rassemblés dans le district de Khenj, dans la vallée du Panchir, le 31 août 2021

« Maintenant que les pourparlers ont échoué et que les moudjahidines (talibans) ont encerclé le Panchir, il reste des gens à l’intérieur (de la vallée) qui ne veulent pas que les problèmes soient résolus de manière pacifique », a-t-il ajouté. « C’est à vous qu’il revient de leur parler. A ceux qui veulent se battre, dites-leur que cela suffit ».

Bastion anti-taliban de longue date, le Panchir est une vallée enclavée et difficile d’accès, située au cœur des montagnes de l’Hindou Kouch, dont l’extrémité Sud se trouve à environ 80 kilomètres au nord de la capitale Kaboul. 

La résistance sur place y est organisée autour du Front national de résistance (FNR), emmené par Ahmad Massoud, fils du commandant Ahmed Shah Massoud assassiné en 2001 par Al-Qaïda. Amrullah Saleh, vice-président du gouvernement déchu, s’y est également réfugié.

Composée de combattants de milices antitalibans et d’anciens membres des forces de sécurité afghanes, elle a juré de résister à toute offensive des nouveaux maîtres du pays tout en laissant dans le même temps ouverte la porte à des négociations si le mouvement islamiste mettait un terme à ses offensives.

 Les forces du mouvement de résistance afghan et du soulèvement anti-taliban s'entraînent dans la vallée du Panchir, dernier bastion des combattants anti-talibans depuis que le groupe a pris le contrôle de l'Afghanistan.

© Fournis par AFP Les forces du mouvement de résistance afghan et du soulèvement anti-taliban s’entraînent dans la vallée du Panchir, dernier bastion des combattants anti-talibans depuis que le groupe a pris le contrôle de l’Afghanistan.

– Plusieurs fronts –

Mais la quête d’un accord semble avoir fait long feu. Lundi soir, au moment où le dernier avion militaire américain s’apprêtait à décoller de Kaboul, une nouvelle offensive talibane a été menée contre la vallée du Panchir, selon des membres de la résistance et des habitants de la région. 

« Peut-être voulaient-ils tenter leur chance en attaquant le Panchir. Par la grâce de Dieu, la chance n’était pas de leur côté (…). Nos compatriotes n’ont pas à s’inquiéter », a déclaré Fahim Dashti, un membre du FNR, dans une vidéo diffusée mardi par le service en langue dari de Voice of America.Carte du relief de l'Afghanistan, localisant la vallée du Panchir

© David LORY Carte du relief de l’Afghanistan, localisant la vallée du Panchir

Selon lui, sept ou huit talibans ont été tués dans les combats, ainsi qu’un ou deux combattants dans les rangs du FNR.

Les talibans n’ont fait aucun commentaire sur cette attaque, qui selon des habitants, a été menée sur plusieurs fronts, notamment depuis le col de Khawak à l’ouest et depuis le sud.

« Nous sommes prêts à nous défendre jusqu’à la dernière goutte de sang », a déclaré à l’AFP un habitant, qui a requis l’anonymat. « Tout le monde a une arme sur l’épaule, prête à tirer », affirme un autre. « Du plus jeune au plus âgé, ils parlent tous de résistance. »

Une autre offensive aurait également été menée mardi soir, selon Bismillah Mohammadi, ex-ministre de la Défense. Au total, 34 talibans ont été tués et 65 autres blessés, a-t-il affirmé mercredi sur Twitter.

– « Nous voulons la paix » –

Ces dernières semaines, les talibans avaient envoyé des centaines d’hommes dans les zones entourant le Panchir tout en faisant savoir qu’ils préféraient négocier plutôt que de combattre.

Le FNR avait, lui, indiqué qu’il était prêt à résister à toute agression des talibans, mais aussi à négocier avec ces derniers sur la formation d’un gouvernement inclusif. 

« Notre message aux talibans c’est que nous voulons la paix », a réaffirmé mercredi un combattant de la résistance. Mais « s’ils n’acceptent pas la paix et entrent par la force, alors le champ de bataille sera là pour les accueillir. »

Lundi, les combattants du Panchir avaient participé à un exercice militaire grandeur nature, une démonstration de force photographiée par l’AFP. On pouvait notamment les voir porter sur leurs épaules de larges bûches dans des rivières glacées. 

Au-dessus de leurs véhicules blindés et de leurs bases flottait le drapeau national de l’Afghanistan. Comme un geste de défi au drapeau des talibans maintenant hissé partout dans le reste du pays. 

Avec AFP par burs-pjm/mep/jf/lch

RDC: Saisie des armes dans une résidence du général Jhon Numbi

juillet 5, 2021

Avec Agences Video

États-Unis: Un homme lourdement armé arrêté près du Capitole

janvier 16, 2021

La police a retrouvé une arme de poing chargée et plus de 500 cartouches de munitions en possession de l’individu, qui cherchait à passer un des nombreux points de contrôles près du Capitole. Il a été arrêté dans la foulée.

Un homme lourdement armé a été arrêté vendredi 5 janvier à Washington alors qu’il cherchait à passer un des nombreux points de contrôles près du Capitole, où Joe Biden prêtera serment dans quelques jours, selon un rapport de la police.

Wesley Allen Beeler, originaire de Virginie, s’est présenté vendredi soir à un point de contrôle à quelques encablures du Capitole, détaille un rapport de police consulté samedi par l’AFP, confirmant une information de CNN. Il était muni d’une fausse accréditation pour la cérémonie d’investiture de Joe Biden.

Arme chargée et 500 cartouches de munitions

La police a retrouvé une arme de poing chargée et plus de 500 cartouches de munitions en possession de l’individu. Sur son pick-up blanc, plusieurs autocollants défendant le droit au port d’armes: «S’ils viennent prendre vos armes, filez leur vos balles d’abord.» Il a été arrêté dans la foulée.

En réaction au violent assaut contre le Capitole par des partisans pro-Trump le 6 janvier, Washington a pris ces derniers jours des allures de camp retranché avec ses blocs de béton et ses fils barbelés.

Les autorités craignent de nouveaux troubles en marge de la prestation de serment de Joe Biden. D’ordinaire, la cérémonie d’investiture est l’occasion pour des centaines de milliers d’Américains d’affluer tous les quatre ans dans la capitale, s’arracher des produits dérivés en tous genres à l’effigie de leur président, avant de le regarder prêter serment sur les marches du Capitole. Mais la fête aura cette année un goût particulier: le «National Mall», l’immense esplanade au pied du Capitole, sera fermé au public. Seules les personnes dûment accréditées seront autorisées à pénétrer dans la zone où patrouillent des milliers de militaires.

Par Le Figaro avec AFP

[Enquête] Armes contre pétrole : les affaires louches de Semlex et Gunvor en Côte d’Ivoire

octobre 22, 2020
Armes remises à l'ONUCI par d'ex-combattants de la crise post-électorale, à Abidjan, en juillet 2012.

Pendant la crise postélectorale, les sociétés Semlex et Gunvor ont été au cœur d’un système visant à fournir des armes au régime de Laurent Gbagbo, en violation de l’embargo des Nations unies. L’OCCRP et « Jeune Afrique » vous dévoilent les dessous de ce montage complexe.

*Cet article est issu du travail de l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP, un consortium de journalistes d’investigation fondé en 2006), auquel Jeune Afrique a collaboré. L’original, en anglais, peut être lu ici.

Nous sommes entre fin février et début mars 2011, à Genève, en Suisse, dans un salon privé d’un palace donnant sur le Rhône, le Mandarin. Ici, les chuchotements sont de rigueur. Les affaires se concluent à l’abri des regards, dans l’illusion d’un secret cinq étoiles. Un petit groupe d’hommes d’affaires s’est réuni avec, parmi eux, des représentants de l’entreprise Gunvor, spécialisée dans le commerce de produits pétroliers.

Basée à Genève, cette société appartient alors en copropriété au milliardaire suédois Torbjörn Törnqvist et à Gennady Timchenko, un oligarque russe étroitement lié au Kremlin. Active en Côte d’Ivoire, elle travaille à Abidjan avec la Société nationale d’opérations pétrolières ivoirienne, communément connue sous le nom de Petroci.

Alors que s’amorce la crise de 2010-2011, Gunvor, négociant pétrolier parmi les plus puissants du marché, est en réalité l’un des piliers du pouvoir du président ivoirien, Laurent Gbagbo. Au point, selon l’enquête de l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP) à laquelle Jeune Afrique a participé, d’essayer de l’aider à se fournir en armes et en munitions.

Deux Français au cœur du système

Retour en Suisse. Au cœur de la réunion du Mandarin, un homme : Olivier Bazin. Connu sous le nom de « Colonel Mario », il a commencé à travailler pour Gunvor en Afrique en 2007, en tant que représentant en Angola. Il a ensuite poursuivi cette collaboration, au Congo-Brazzaville et en Côte d’Ivoire. Mis en cause en France dans diverses affaires de meurtre ou d’extorsion de fonds liées au milieu corse (les charges ont ensuite été abandonnées), l’homme a été condamné en 2009 pour blanchiment d’argent et contrebande d’or en lien avec le Gabon.

Décrit par un procureur suisse comme un marchand d’armes international, Bazin est l’un des hommes à tout faire de Gunvor sur le continent, et il avoue enchaîner les réunions « à Abidjan, Brazzaville, Malabo, […] Genève, […] Paris, Bruxelles, Londres » pour le compte de la société pétrolière. Son nom est bien connu sur les bords de la lagune Ebrié : il fait l’objet d’une plainte déposée par Guillaume Soro, qui l’accuse d’être l’un des auteurs de l’enregistrement qui lui vaut d’être accusé d’atteinte à la sécurité de l’État par les autorités de son pays.

Autre interlocuteur de la réunion du Mandarin : Robert Montoya. Lui non plus n’est pas un inconnu à Abidjan. Cet ancien policier français, devenu chef d’un réseau international d’armes est, selon les experts des Nations unies ayant enquêté sur lui, l’un des principaux fournisseurs de la Côte d’Ivoire depuis 2005. Sa spécialité : échanger armes et munitions d’origine biélorusse, russe ou lettone contre des ressources telles que le pétrole ou le cacao. L’ONU estime que le réseau de Montoya a vendu au gouvernement ivoirien au moins 16,3 millions de dollars d’armes entre 2006 et 2010 (13,9 millions d’euros)

« Voici l’équipement dont nous avons besoin »

L’objet de cette discrète réunion genevoise a-t-il été défini quelques semaines auparavant ? Le 24 janvier, Aubert Zohore, un conseiller de Laurent Gbagbo aujourd’hui réfugié aux États-Unis, écrit à Olivier Bazin un message confidentiel. Attaché à celui-ci, un tableau très détaillé dans lequel il énumère les armes qu’il souhaiterait se procurer, représentant un total de 4,5 millions d’euros. « Voici l’équipement dont nous avons besoin de toute urgence », explique-t-il. La liste comprend près de 7 millions de cartouches, 6 000 roquettes et 300 grenades fumigènes.

LE PRÉSIDENT GBAGBO VOULAIT OBTENIR LE SOUTIEN DE GUNVOR POUR ACHETER DES ARMES EN RUSSIE

Deux jours plus tard, le 26 janvier, Olivier Bazin transmet le message à un responsable de Gunvor. Il écrit : « Comme indiqué, je vous envoie la liste des équipements demandés par le [représentant du président] aux Russes. Veuillez confirmer que vous avez reçu cet e-mail. »

Une source au fait de l’accord explique : « Le président Gbagbo a demandé à Bazin d’obtenir le soutien de Gunvor pour acheter des armes en Russie. Bazin et Montoya ont impliqué cette entreprise dans l’accord d’armement et tous deux l’ont rencontrée à Genève à cette fin. » Elle affirme également que les armes ont été payées et que certaines d’entre elles ont été livrées avant l’arrestation de Laurent Gbagbo en avril 2011.

Dans le même temps, Olivier Bazin met en branle l’autre pan du montage ivoirien. Selon les informations de l’OCCRP, il alerte en particulier Semlex, une entreprise belge spécialisée dans la biométrie et implantée en Côte d’Ivoire, où elle est liée par contrat à Gunvor dans le domaine du pétrole depuis 2008. Olivier Bazin est à la fois le représentant de Gunvor et le mandataire de Semlex pour traiter avec cette société, l’État ivoirien et Petroci, comme le montre un document consulté par Jeune Afrique et daté de 2009.

Selon ce document de 2009, Olivier Bazin était à la fois le représentant de Gunvor et le mandataire de Semlex pour traiter avec cette société, l’État ivoirien et Petroci

Semlex est également liée par contrat à une autre entreprise, Caminex, un négociant en pétrole installé en Tunisie. Les deux entités, comme Gunvor et Semlex, collaborent dans le domaine pétrolier, selon un document en possession de Jeune Afrique daté de 2010.

Selon ce document de 2010, Semlex et Caminex, un négociant en pétrole installé en Tunisie, collaboraient dans le domaine pétrolier

Mais Caminex n’est pas tout à fait ce qu’elle prétend être : selon des observateurs de l’ONU, elle est l’une des nombreuses entreprises utilisées par Robert Montoya et un autre Français, Frédéric Lafont.

Un réseau d’entreprises, de la Tunisie à la Lettonie

Lafont, ancien légionnaire français installé en Côte d’Ivoire qui s’est reconverti dans la sécurité privée au début des années 2000, a notamment formé les escouades anti-émeute de Laurent Gbagbo. Il est surtout à la tête, en collaboration avec Robert Montoya, d’une kyrielle d’entreprises, telles que Darkwood, Protect, Caminex et Sophia Airlines, qui seront plus tard identifiées par l’ONU comme fournissant de l’armement et blanchissant l’argent issu de ce commerce. Mais il a toujours nié, par l’intermédiaire de son avocat, Gilbert Collard, les accusations onusiennes, « concoctées par jalousie » selon lui.

MONTOYA ET LAFONT ACHEMINAIENT SECRÈTEMENT DES ARMES VERS LES FORCES DE LAURENT GBAGBO

Dans un rapport daté de 2012, les experts de l’ONU ont ainsi expliqué que Montoya et Lafont avaient utilisé « une structure complexe d’entreprises basées en Côte d’Ivoire, en Tunisie et en Lettonie » pour transférer de l’argent alors qu’ils acheminaient secrètement des armes vers les forces de Laurent Gbagbo, violant « systématiquement le régime de sanctions imposé à la Côte d’Ivoire ». Parmi ces entreprises : Caminex.

Selon des documents consultés par Jeune Afrique, Gunvor, Semlex et Caminex font régulièrement affaire en 2010 et en 2011, par l’intermédiaire d’Olivier Bazin. Le 12 janvier 2011, celui-ci a d’ailleurs encore écrit un courriel au PDG de Semlex, le Belge d’origine syrienne Albert Karaziwan, en lui rappelant certaines dispositions des accords liant son entreprise à Caminex. En ce même mois de janvier, Semlex a également transféré 1,2 million de dollars à Gunvor, officiellement pour des paiements liés au pétrole.

« Pétrole contre armes »

Dans leur rapport de 2012, les experts de l’ONU n’ont jamais ciblé nommément Gunvor comme faisant partie d’un montage visant à fournir des armes à la Côte d’Ivoire sous embargo. Toutefois, dans une annexe intitulée « Demande d’un accord “pétrole contre armes” », ils citent un courriel de 2010 d’un employé de Gunvor discutant de l’achat de deux cargaisons supplémentaires de brut ivoirien pour un coût de 106 millions de dollars.

« Gunvor semble avoir utilisé sa relation avec Semlex pour cacher le fait qu’il travaillait main dans la main avec des marchands d’armes connus. Le réseau que les deux sociétés ont créé est un bon exemple des différentes couches opaques que les marchands d’armes peuvent utiliser pour dissimuler leurs activités », explique Andrew Feinstein, spécialiste du commerce d’armes international.

Contacté par l’OCCRP, le directeur des affaires corporatives de Gunvor, Seth Pietras, a nié toutes les allégations d’actes répréhensibles. Il a déclaré que la société avait été présentée à Semlex et Bazin par un ancien employé de Gunvor, qui a depuis été condamné par un tribunal suisse pour corruption, et qu’elle n’entretenait actuellement aucune relation avec l’une ou l’autre des parties.

« Gunvor ne conclurait jamais un accord dans lequel les armes constituaient un aspect de la transaction. C’était vrai à l’époque, c’est vrai maintenant », a-t-il ajouté. Semlex n’a de son côté pas répondu aux sollicitations, tandis que Montoya, Lafont et Bazin n’ont pas pu être contactés pour commenter.

Bazin, l’intermédiaire entre Gbagbo et Gunvor

Selon l’OCCRP, Gunvor est parvenue à poursuivre ses activités en Côte d’Ivoire tout au long de la crise postélectorale, alors même que l’Union européenne avait sanctionné la compagnie Petroci. En avril 2011, un courrier électronique montre ainsi que la société a acheté 1,6 million de barils de brut pour un montant estimé à 160 millions de dollars. Semlex, avec qui Gunvor collaborait depuis 2008, a alors reçu une commission de plus de trois millions de dollars sur cette transaction, laquelle s’est finalisée en plein basculement de la crise.

KADET BERTIN, L’EX-CONSEILLER SPÉCIAL DE GBAGBO, ASSURE NE CONNAÎTRE NI GUNVOR NI SEMLEX

Des documents confidentiels indiquent également que Gunvor a signé avec Petroci un accord de préfinancement pour des opérations pétrolières en 2010 et 2011. Le contrat, visé par la banque française Crédit agricole, portait sur une somme de 180 millions de dollars. En contrepartie, l’entreprise de négoce pétrolier obtenait des conditions avantageuses dans ses futures opérations à Abidjan.

Une source proche de l’accord a expliqué qu’Olivier Bazin, en qualité d’intermédiaire de Gunvor avec le gouvernement ivoirien et avec Petroci, en avait négocié les termes. Celui-ci aurait fait pression sur Laurent Gbagbo pour qu’il signe le contrat, arguant qu’il en avait besoin pour financer sa campagne présidentielle de 2010 et, au besoin, assurer sa sécurité grâce à l’achat de mercenaires et d’armes.

Contacté par Jeune Afrique, Kadet Bertin, puissant conseiller spécial de Laurent Gbagbo chargé de la Défense et de la Sécurité entre 2003 et 2011, assure ne pas connaître les entreprises Gunvor et Semlex. Il affirme ne pas pouvoir répondre à nos questions.

Quand Gunvor misait sur Ouattara

Si l’argent semble avoir continué de circuler entre le régime de Gbagbo, Semlex et Gunvor via divers comptes bancaires et sociétés jusqu’en juin 2011, la société pétrolière n’a cependant pas tout misé sur le patron du Front populaire ivoirien (FPI). Alors que les forces d’Alassane Ouattara commençaient à prendre le dessus en Côte d’Ivoire, la société couvrait en réalité déjà ses arrières.

EN JANVIER 2011, GUNVOR SIGNAIT UN ACCORD AVEC ADAMA TOUNGARA, « MINISTRE DU PÉTROLE » D’ALASSANE OUATTARA

En janvier 2011, alors qu’elle recevait encore du pétrole dans le cadre des accords passés avec les équipes de Laurent Gbagbo, Gunvor signait ainsi un accord séparé avec quelques uns de leurs adversaires, dont Adama Toungara, « ministre du Pétrole » d’Alassane Ouattara (il est aujourd’hui médiateur de la République), et des responsables chez Petroci.

L’accord, qui visait à permettre à Gunvor de poursuivre ses activités en cas de chute de son meilleur allié, Laurent Gbagbo, semble n’avoir été activé qu’en avril, lors de la victoire effective d’Alassane Ouattara. Selon certaines indiscrétions, Gunvor aurait commencé dès mai à payer des fonctionnaires du nouveau gouvernement ivoirien, par l’intermédiaire d’une société basée dans le paradis fiscal de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Belisha Capital.

Le mystère Belisha Capital

Selon une source proche de la famille, Belisha Capital appartenait alors au neveu d’Adama Toungara, l’avocat Adama Kamara. Dans une facture datée du 15 mai 2011, celle-ci réclamait notamment le paiement de 1,5 million de dollars à Gunvor comme « participation aux bénéfices » du brut vendu le mois précédent. Selon des documents de l’OCCRP, Olivier Bazin a également effectué d’autres paiements en espèces, d’un montant non divulgué, à un cadre de Petroci entre 2011 et 2013.

Dans une facture datée du 15 mai 2011, Belisha Capital réclamait le paiement de 1,5 million de dollars à Gunvor comme

Si des documents judiciaires obtenus par l’OCCRP décrivent Gunvor comme « très proche » du régime de Laurent Gbagbo, un témoignage recueilli en Suisse montre que le négociant en pétrole faisait également pression sur le nouveau gouvernement d’Alassane Ouattara, en utilisant sa relation avec Adama Toungara et Adama Kamara.

Contacté par Jeune Afrique, Adama Kamara, aujourd’hui conseiller à la Primature et avocat d’Alassane Ouattara, n’a pas souhaité donner de détails sur ses contacts avec Gunvor lors de la crise postélectorale, expliquant être tenu au secret professionnel dans le cadre de ses activités d’avocat.

Masséré Touré, directrice de la communication de la présidence et nièce du chef de l’État ivoirien, a quant à elle déclaré que l’administration actuelle n’avait aucune trace des contrats passés sous Laurent Gbagbo. Elle n’a pas souhaité répondre aux questions concernant la société Belisha Capital.

Gunvor n’a cessé d’exploiter le pétrole ivoirien qu’en 2016

Gunvor a continué à exploiter le pétrole ivoirien jusqu’en 2016 – son chiffre d’affaires s’est élevé cette année-là à 47 milliards de dollars, faisant d’elle le quatrième plus gros négociant en pétrole privé du monde. Toutefois, elle s’est progressivement retirée du terrain africain, le continent ne représentant plus, dès 2018, qu’environ 5 % de son chiffre d’affaires.

Fin 2018, Gunvor a en effet été condamnée en Suisse dans une autre affaire à une amende record de 95 millions de dollars, la justice ayant estimé qu’elle n’avait pas empêché ses employés de corrompre des fonctionnaires en Côte d’Ivoire et au Congo-Brazzaville.

Semlex n’a, quant à elle, pas été inquiétée. En 2018, l’entreprise belge a même remporté un contrat de 700 millions de dollars avec le gouvernement ivoirien pour produire 32 millions de passeports biométriques. Elle est aujourd’hui sous le coup d’une enquête judiciaire en Belgique et soupçonnée de corruption et de blanchiment d’argent dans le cadre d’un contrat de production de passeports en RD Congo, lequel n’a pas été renouvelé.

Avec Jeune Afrique par Mathieu Olivier