Posts Tagged ‘Asia Bibi’

Pakistan: le sort d’Asia Bibi toujours en suspens malgré son acquittement

novembre 3, 2018

La Pakistanaise chrétienne Asia Bibi à la prison de Sheikhupura, le 20 novembre 2010 au Pakistan / © DGPR Punjab/AFP/Archives / Handout

Le sort de la Pakistanaise Asia Bibi restait en suspens samedi après le dépôt d’un recours contre son acquittement et le départ de son avocat qui a quitté le pays en disant craindre pour sa vie.

Après avoir semblé imminente, la libération de cette chrétienne condamnée à mort en 2010 pour blasphème a été remise en question à la suite d’un accord controversé conclu dans la nuit de vendredi à samedi entre les autorités et des manifestants islamistes qui paralysaient le pays depuis trois jours.

Aux termes de ce texte en cinq points, le gouvernement s’est engagé à lancer une procédure visant à interdire à Mme Bibi de quitter le territoire et à ne pas bloquer une requête en révision du jugement d’acquittement initiée par un religieux du nom de Qari Salam.

La requête a été déposée jeudi auprès des autorités compétentes à Lahore, a déclaré à l’AFP son avocat Chaudhry Ghulam Mustafa.

« Nous craignons qu’Asia Bibi soit emmenée à l’étranger et avons donc demandé à la Cour que le cas soit auditionné rapidement », a-t-il expliqué.

« Nous allons nous battre et exploiter tous les recours légaux pour nous assurer qu’elle soit pendue, conformément à la loi », a-t-il ajouté.

L’avocat Saif-ul-Mulook qui a sauvé la Pakistanaise chrétienne Asia Bibi d’une pendaison pour blasphème, lors d’une interview avec l’AFP, le 9 octobre 2018 à Islamabad, au Pakistan / © AFP/Archives / FAROOQ NAEEM

Concrètement, cela signifie que Mme Bibi, actuellement incarcérée à Multan (centre) devra dans l’immédiat demeurer soit en prison, soit dans un autre endroit sûr en attendant que la requête soit examinée, a estimé son avocat Saif-ul-Mulook, interrogé samedi par l’AFP.

« Sa vie serait plus ou moins la même, que ce soit à l’intérieur d’une prison ou à l’extérieur à l’isolement en raison de craintes sécuritaires », a-t-il jugé.

Le sujet du blasphème est explosif au Pakistan et le cas de Mme Bibi si extrême que sa famille juge hors de question de rester au Pakistan si elle est libérée.

– Manifestation dimanche –

L’accord signé entre les manifestants et le gouvernement dans la nuit de vendredi à samedi visait à mettre fin à la situation chaotique et violente qui a paralysé le pays ces trois derniers jours.

Un partisan du parti musulman extrémiste ASWJ (Ahle Sunnat Wal Jamaat) proteste contre l’acquittement de la chrétienne Asia Bibi dont il brandit le portrait barré de rouge, le 2 novembre 2018 à Islamabad / © AFP / AAMIR QURESHI

Les principaux axes routiers étaient restés fermés et des dizaines de milliers de personnes avaient dû renoncer à se rendre à leur travail ou à leur école et avaient subi des heures entières de blocage dans les transports.

Les barrages avaient été levés samedi et la vie avait repris un cours normal dans les grandes villes de Karachi, Lahore et Islamabad, a constaté l’AFP. Magasins et écoles avaient rouvert et les protestataires étaient rentrés chez eux. Une nouvelle manifestation est toutefois annoncée dimanche à Karachi.

Mais le contenu de l’accord valait de vives critiques aux autorités, accusées de « reddition » face aux radicaux.

« Un gouvernement de plus a capitulé face à des extrémistes religieux violents qui ne croient ni en la démocratie, ni en la Constitution », déplore le quotidien Dawn dans son éditorial samedi.

Il semble que le discours de fermeté à l’égard des islamistes prononcé mercredi soir par le Premier ministre Imran Khan « soit déjà condamné à la poubelle de l’Histoire », conclut le journal.

Pakistan: troisième jour de manifestations anti-Asia Bibi / © AFP / Muhammad Daud

De nombreux observateurs comparaient l’épisode à un précédent bras-de-fer sur le blasphème en novembre 2017 entre le même parti islamiste, le TLP, et le gouvernement précédent, qui s’était soldé par la démission forcée d’un ministre.

– « Rester en vie » –

L’avocat de Mme Bibi a pour sa part indiqué qu’il quittait le Pakistan, disant craindre pour sa vie.

« Dans le scénario actuel, il ne m’est pas possible de vivre au Pakistan », a déclaré Me Mulook avant d’embarquer à bord d’un avion pour l’Europe tôt samedi.

« J’ai besoin de rester en vie car je dois poursuivre la bataille judiciaire pour Asia Bibi », a expliqué le sexagénaire, qui ne s’est vu accorder aucune protection rapprochée après le verdict en faveur de sa cliente.

La réaction violente des extrémistes au jugement était « malheureuse mais pas inattendue », a-t-il estimé.

« Je m’y attendais mais ce qui est douloureux, c’est la réponse du gouvernement. Ils ne peuvent même pas (faire) appliquer un jugement de la plus haute cour du pays », a-t-il déploré.

Romandie.com avec(©AFP / (03 novembre 2018 14h26)

Pakistan: la chrétienne Asia Bibi acquittée à la grande fureur des islamistes

octobre 31, 2018

Des policiers près de la Cour suprême du Pakistan à Islamabad, où a été acquittée en appel la chrétienne Asia Bibi, le 31 octobre 2018 / © AFP / AAMIR QURESHI

La Cour suprême du Pakistan a acquitté mercredi en appel la chrétienne Asia Bibi, condamnée à mort pour blasphème en 2010, suscitant la fureur des milieux religieux qui sont immédiatement descendus dans la rue.

« Elle a été acquittée de toutes les accusations », a déclaré le juge Saqib Nisar lors de l’énoncé du verdict mercredi matin, ajoutant que Mme Bibi, qui se trouve actuellement incarcérée dans une prison à Multan (centre), allait être libérée « immédiatement ».

L’avocat de Mme Bibi, Saif-ul-Mulook, a aussitôt appelé sa cliente au téléphone pour lui annoncer la nouvelle depuis le tribunal.

« Avez-vous entendu que vous êtes un être humain libre à présent ? Vous pouvez prendre votre envol et aller où vous voulez », lui a-t-il dit en présence d’un journaliste de l’AFP.

« Quoi ? vraiment ? Je ne sais pas quoi dire. J’avais rêvé que les murs de la prison s’effondrent », lui a-t-elle répondu avant de se répandre en remerciements.

« Je n’arrive pas à croire ce que j’entends. Je vais sortir ? Ils vont vraiment me laisser sortir ? », a-t-elle ensuite dit au téléphone à l’AFP.

Ashiq Masih, mari d’Asia Bibi, pointe un doigt sur une affiche figurant le portrait de sa femme, le 27 septembre 2016 / © AFP/Archives / ARIF ALI

En pratique, la libération de Mme Bibi pourrait prendre plu

sieurs jours en raison de procédures administratives, a indiqué l’avocat.

On ignore dans l’immédiat ce qu’il adviendra d’elle après sa sortie de prison alors que sa vie et celle de ses proches pourrait être menacée par des extrémistes.

« Justice a été rendue, c’est une victoire pour Asia Bibi. Le verdict montre que les pauvres, les minorités et la fraction la plus modeste de la société peuvent obtenir justice dans ce pays en dépit de ses défauts », s’est encore félicité l’avocat.

Les fondamentalistes en revanche se sont insurgés contre le verdict et sont descendus par milliers dans la rue en différents endroits du pays, bloquant des routes, brûlant des pneus et criant des menaces et des slogans hostiles aux juges et à Asia Bibi.

Ils se sont pour la plupart dispersés en fin de journée après avoir annoncé de nouvelles manifestations pour vendredi. Quelques centaines d’entre eux continuaient cependant de bloquer un échangeur autoroutier près d’Islamabad.

Des membres d’un groupe religieux opposé à l’acquittement d’Asia Bibi, qui avait dans un premier temps été condamnée pour blasphème, bloquent une voie expresse à Islamabad pour manifester leur mécontentement, le 31 octobre 2018 / © AFP / FAROOQ NAEEM

« Cette décision envers une blasphématrice n’est pas de bon augure pour le pays », a estimé Maulana Abdul Aziz, imam de la Mosquée rouge, haut lieu de l’islam radical à Islamabad.

« C’est une décision extrêmement injuste, cruelle, totalement détestable contre la shariah », a-t-il dit à l’AFP.

Dès mercredi matin, la capitale avait été placée sous haute sécurité, avec des barrages sur les routes notamment à proximité des quartiers où vivent les magistrats et la communauté diplomatique, a constaté l’AFP. Certaines écoles ont été fermées.

– Rencontres avec le pape –

Asia Bibi, mère de famille illettrée, avait été condamnée à la peine capitale à la suite d’une dispute avec des musulmanes au sujet d’un verre d’eau.

Saif-ul-Mulook, avocat de la chrétienne Asia Bibi, arrive à la Cour suprême du Pakistan à Islamabad, le 31 octobre 2018 / © AFP / AAMIR QURESHI

Son cas avait eu un retentissement international, attirant l’attention des papes Benoît XVI et François. L’une de ses filles a rencontré ce dernier à deux reprises.

Au Pakistan même, l’histoire de cette chrétienne d’origine modeste divise fortement l’opinion.

Le blasphème est un sujet extrêmement sensible dans ce pays très conservateur où l’islam est religion d’Etat. La loi prévoit jusqu’à la peine de mort pour les personnes reconnues coupables d’offense à l’islam.

Des appels à changer cette législation ont souvent donné lieu à des violences et ont été rejetés. Le nouveau Premier ministre pakistanais Imran Khan, durant la dernière campagne électorale, avait déclaré soutenir inconditionnellement la loi.

La Première ministre britannique Theresa May a pour sa part noté mercredi que la libération de Mme Bibi « sera une très bonne nouvelle pour sa famille et tous ceux (…) qui ont fait campagne pour elle ».

Hardliners march as Pakistan overturns Asia Bibi death sentence / © AFP / Daud MUHAMMAD

Elle a rappelé que la Grande-Bretagne recommande par principe « l’abolition » de la peine de mort dans le monde entier.

– « Pas rester au Pakistan » –

Un ancien gouverneur du Pendjab, Salman Taseer, qui avait pris la défense d’Asia Bibi, avait été abattu en plein coeur d’Islamabad en 2011 par son propre garde du corps. L’assassin, Mumtaz Qadri, a été pendu début 2016.

Les défenseurs des droits de l’homme voient en Asia Bibi un emblème des dérives de la loi réprimant le blasphème au Pakistan, souvent instrumentalisée, selon ses détracteurs, pour régler des conflits personnels.

« Asia ne peut pas rester (au Pakistan) avec la loi » sur le blasphème, avait estimé son mari Ashiq Masih, accueilli à Londres par l’ONG catholique Aide à l’Église en détresse (AED) et interrogé le 13 octobre par l’AFP.

« Je serai très heureuse le jour où ma mère sera libérée, je la prendrai dans mes bras, je pleurerai de la retrouver », avait de son côté souligné sa fille Esham.

Romandie.com avec(©AFP / (31 octobre 2018 14h22)

Pakistan: la justice confirme la peine de mort pour la chrétienne Asia Bibi

octobre 16, 2014

Lahore (Pakistan) – Un tribunal pakistanais a rejeté jeudi l’appel de la chrétienne Asia Bibi, condamnée il y a quatre ans à la peine de mort en vertu d’une loi controversée sur le blasphème pour avoir insulté le prophète Mahomet, ont déploré ses avocats.

Asia Bibi, mère de cinq enfants, avait été condamnée à mort pour blasphème en novembre 2010 après avoir été accusée par des femmes musulmanes de son village, avec lesquelles elle s’était disputée, d’avoir insulté le prophète Mahomet.

Dans une affaire rappelant le système des castes, ces dernières avaient refusé de boire de l’eau dans un verre qu’Asia Bibi venait d’utiliser, jugeant cette eau impure car la chrétienne y avait bu avant elles. Quelques jours plus tard, ces femmes avaient fait état de l’affaire à un imam local qui avait porté plainte pour blasphème contre la jeune femme.

Or la loi pakistanaise sur le blasphème, accusée par les libéraux d’être instrumentalisée pour régler des conflits personnels mais défendue bec et ongles par les islamistes, prévoit la peine de mort pour les personnes dénigrant Mahomet.

Les avocats d’Asia Bibi avaient interjeté appel de la condamnation à mort, mais deux juges de la Haute cour de Lahore (est) ont rejeté l’appel, a dit à l’AFP un des avocats de la jeune chrétienne, Shakir Chaudhry, affirmant vouloir porter l’affaire en Cour suprême.

Jeudi, une douzaine d’imams, dont Qari Saleem, qui avait porté plainte contre Asia Bibi, ont salué la décision de la justice à la sortie du tribunal en chantant des slogans religieux. Nous allons distribuer des sucreries à nos frères musulmans car il s’agit d’une victoire pour l’islam, a déclaré à l’AFP l’imam Saleem.

Selon un rapport récent de la Commission américaine sur la liberté religieuse à travers le monde, le Pakistan est de loin le pays qui emprisonne le plus de citoyens soupçonnés de porter atteinte à la religion, principalement l’islam.

Si de nombreuses personnes ont été condamnées à mort pour blasphème, la peine capitale n’a pas été exécutée depuis 2008, à l’exception d’un soldat condamné en cour martiale, le pays respectant un moratoire sur la peine de mort.

Mais des personnalités politiques ayant plaidé en faveur d’une réforme de la loi sur le blasphème, dont le gouverneur du Penjab Salman Taseer et le ministre des minorités Shahbaz Bhatti, ont, elles, été assassinées par des extrémistes.

La loi sur le blasphème est souvent utilisée contre les chrétiens, mais aussi les Ahmadis, une minorité qui dit appartenir à la religion musulmane mais qui n’est pas considérée comme telle par la législation pakistanaise depuis le milieu des années 1970.

Jeudi, des hommes armés ont assassiné devant sa maison, dans le district d’Attock, situé une quarantaine de kilomètres au nord de la capitale Islamabad, Latif Aalam Butt, un ancien employé de l’armée qui est un membre connu de la minorité ahmadie, selon les autorités locales.

Romandie.com avec(©AFP / 16 octobre 2014 15h41)