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Abdoulaye Maïga : le président Bazoum qualifié d’étranger, la junte joue avec le feu

septembre 28, 2022

L’ex-ministre centrafricain Adrien Poussou considère que le discours incendiaire du Premier ministre malien par intérim contre le président nigérien, porte les germes d’un prochain affrontement fratricide entre les deux pays.

Le Premier ministre de la République du Mali, Abdoulaye Maiga, à la 77e session de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, le 24 septembre 2022. © Eduardo Munoz/Reuters

« Tout ce qui est excessif est insignifiant. » Voilà ce que l’on pourrait rétorquer au Premier ministre malien par intérim, Abdoulaye Maïga, qui a multiplié les critiques virulentes à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, notamment à l’égard du président nigérien, Mohamed Bazoum.

Le colonel Abdoulaye Maïga n’a pas été tendre avec ceux qui exigent un calendrier raisonnable pour la fin de la transition et indiquent la porte de sortie à la junte malienne. Il a ainsi tenu un discours au lance-flammes contre le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, auquel il a dénié la qualité de « chef d’État » ; contre le président bissau-guinéen et président en exercice de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), Umaro Sissoco Embaló ; et contre le président ivoirien Alassane Ouattara. Mais le Premier ministre malien a réservé sa charge la plus violente au président nigérien, Mohamed Bazoum, qualifié « d’étranger qui se réclame du Niger ». Un comble.

Son seul péché est d’avoir exhumé un secret de polichinelle : la montée en puissance des jihadistes depuis le retrait du Mali de la force française Barkhane, et le risque, réel, de voir la ville de Ménaka, frontalière de son pays, passer sous le contrôle des terroristes. À mots à peine couverts, Mohamed Bazoum a pointé l’incapacité de la junte malienne à obtenir des résultats probants en matière de sécurité, laquelle a servi de prétexte au double coup d’État. Il a également fustigé l’inefficacité des mercenaires de Wagner dans la lutte contre le terrorisme, en dépit de leur déploiement sur le terrain aux côtés des Forces armées maliennes (FAMA).

Surenchère langagière

On se souvient qu’en juillet 2021, le président nigérien avait vertement critiqué la propension des colonels maliens à renverser les régimes démocratiquement élus, après des revers militaires. « Il ne faut pas permettre que les militaires prennent le pouvoir parce qu’ils ont des déboires sur le front […], que les colonels deviennent des ministres ou des chefs d’État », avait-il déclaré lors d’une conférence de presse commune avec son homologue français Emmanuel Macron. Des propos qui avaient suscité la « vive protestation » des autorités maliennes.

Manifestement, les critiques du président nigérien leur sont restées en travers de la gorge, et elles cherchaient l’occasion de lui rendre la pareille. En le qualifiant « d’étranger qui se réclame du Niger », Abdoulaye Maïga persiste dans la surenchère langagière à laquelle il nous a habitués, au mépris des sacro-saintes règles de bienséance qui caractérisent les relations entre les pays « frères » d’Afrique. Au-delà du fait que ce discours incendiaire va malheureusement à l’encontre des « solides relations d’amitié et de fraternité » entre les peuples nigérien et malien, il porte surtout les germes d’un prochain affrontement fratricide entre les deux pays.

Pseudo-nationalistes

On s’étonne que des gens qui se proclament panafricanistes à longueur de discours en soient réduits à traiter d’autres Africains « d’étrangers ». En vérité, le panafricanisme bruyant dont se targuent les militaires maliens, ainsi que leurs soutiens stipendiés par les Russes, se heurte ainsi à leur véritable nature : ce sont de pseudo-nationalistes assoiffés de pouvoir.

Nous sommes d’autant moins surpris que des sources bien informées nous ont indiqué qu’en prenant connaissance du communiqué final publié à l’issue du sommet extraordinaire de la Cedeao, le 22 septembre dernier à New York, le chef de la junte malienne, Assimi Goïta, aurait exulté. Comme un caïd de cours de récréation, le président de la transition aurait été manifestement content d’apprendre l’annonce de la venue prochaine de trois chefs d’État pour tenter d’obtenir la libération des 46 soldats ivoiriens toujours détenus à Bamako.

Instabilité chronique

Ni la condamnation, « avec fermeté », de l’incarcération de ces militaires ivoiriens par la Conférence des chefs d’État et de Gouvernement de la Cedeao, ni la dénonciation du « chantage » exercé par les Maliens dans cette affaire, n’ont gâché son plaisir. Bien au contraire : le plus important pour lui, c’est que de vrais chefs d’État, qui n’ont pas eu besoin d’usurper la souveraineté nationale chez eux, feront le déplacement de Bamako pour le supplier de libérer les « militaires otages », selon la terminologie des officiels ivoiriens. Lui qui entend troquer son uniforme militaire contre un costume respectable de président élu à la faveur d’une farce électorale qu’il compte organiser à l’issue de la transition.

Les militaires au pouvoir au Mali oublient une chose : les pays de la Cedeao auxquels ils ont pris l’habitude de s’attaquer avec virulence ont suffisamment de leviers pour créer, et entretenir, une instabilité chronique au Mali. Parce que des  millions de Maliens vivent dans ces pays-là, le pouvoir malien aurait tort de considérer le refus de l’escalade des autres chefs d’État comme une faiblesse. Personne n’a intérêt à ce que la situation dégénère, ou se transforme en une guerre de pauvres.

Avec Jeune Afrique

Adrien Poussou

Par Adrien Poussou

Ancien ministre centrafricain de la Communication.

Centrafrique : Luanda annonce la participation des troupes angolaises à la Minusca

septembre 30, 2014

Les troupes angolaises participeront à la Minusca.
Les troupes angolaises participeront à la Minusca. © AFP

Un officiel de la diplomatie angolaise a annoncé lundi que Luanda enverra ses troupes en Centrafrique pour prendre part à la Minusca. Ce sera la première participation de l’Angola dans une opération de maintien de la paix des Nations unies.

« Ce sera une participation avec l’envoi d’une force significative sur le terrain en réponse à une demande du gouvernement de transition de la République centrafricaine et des Nation unies, notamment des États-Unis ». Le 29 septembre, Joaquim do Espirito Santo, le directeur Afrique du ministère angolais des Relations extérieures, a ainsi annoncé la participation des troupes angolaises dans la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation de la Centrafrique (Minusca).

« Nous devons donner l’exemple et renforcer la présence de la mission afin d’assurer la paix dans le pays », a ajouté Joaquim do Espirito Santo, précisant que les troupes pourraient être sur place en décembre. Mais aucune précision sur l’effectif du contingent angolais n’a été communiquée.

Vendredi déjà, Manuel Vicente, vice-président angolais, qui représente son pays à la 69e Assemblée générale des Nations unies organisée jusqu’au 3 octobre à New-York, avait fait des déclarations dans ce sens. Et le 29 septembre, dans son discours devant l’Assemblée générale des Nations unies, il a même promis une « contribution effective à la paix et à la sécurité dans le monde » si son pays était élu membre non-permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, une position convoitée depuis longtemps par l’Angola.

Changement de cap

Il s’agit là d’un changement de cap dans la politique extérieure pratiquée par l’Angola ces dernières années. Jusqu’à présent, le pays, deuxième producteur de pétrole du continent derrière le Nigeria, limitait son action à une aide humanitaire, financière, voire de la formation militaire, refusant catégoriquement l’envoi de troupes.

La participation à la Minusca constituera donc une première dans l’histoire de l’Angola qui n’avait pas, jusqu’ici, pris part à aucune opération de maintien de la paix de l’ONU dans le monde.

Même si dans le passé, l’armée angolaise était déjà intervenue hors de ses frontières, notamment au Zaïre devenu la RDC. En 1997, le président angolais avait en effet envoyé des troupes pour aider la rébellion qui marchait sur Kinshasa afin de renverser le maréchal Mobutu et ainsi favoriser l’accession au pouvoir de Laurent-Désiré Kabila. L’année suivante, il renvoyait un contingent pour soutenir Kabila menacé par les forces rwandaises qui, pourtant, l’avait aidé l’année précédente à renverser Mobutu au sein d’une coalition régionale qui, outre l’Angola, comptait notamment l’Ouganda et le Zimbabwe.

En 1997, l’Angola avait également envoyé au Congo-Brazaville des forces en soutien aux miliciens de Denis Sassou Nguesso, entrainant le renversement de Pascal Lissouba, président élu en 1992 après l’instauration du multipartisme.

Jeuneafrique.com avec AFP