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Algérie-France : un député français nostalgique de la colonisation crée la polémique

juin 29, 2022

Lors de la session inaugurale de la nouvelle législature française, le député du Rassemblement national José Gonzalez a tenu sur l’Algérie des propos qui font polémique.

Le député RN José Gonzalez, à l’Assemblée nationale française, le 28 juin 2022. © ARTHUR NICHOLAS ORCHARD/Hans Lucas via AFP

Pour l’opposition de gauche, « la dédiabolisation du Rassemblement national (RN) a pris fin dès la première séance ».

Ce 28 juin se tenait la séance inaugurale de la nouvelle Assemblée nationale française issue des urnes. Comme le veut le règlement, c’est le doyen de l’hémicycle qui a présidé la première séance avant que les députés ne procèdent à l’élection du président de l’Assemblée. Cette tâche a échu à José Gonzalez, un député RN de 79 ans.

Son discours inaugural, qui n’a pourtant duré que cinq minutes, n’est pas passé inaperçu. Plusieurs propos tenus par ce pied-noir né à Oran en 1943 ont créé la polémique.

Arrivé à Marseille en 1962 à l’âge de 19 ans, José Gonzalez a notamment expliqué avoir été « arraché à sa terre natale » : « J’y ai laissé une partie de ma France et beaucoup d’amis. […] Mon âme est à jamais meurtrie. »

La politique mémorielle de Macron ? Une « erreur monumentale »

À sa sortie de l’hémicycle, face aux micros et aux caméras, cet ancien retraité et contrôleur d’exploration à l’aéroport de Marseille en a remis une couche. Interrogé plus en détail sur son rapport à l’Algérie, il a affirmé qu’il n’était « pas là pour juger si l’OAS a commis des crimes ou non », invoquant au passage « des crimes d’un côté comme de l’autre ».

« Venez avec moi en Algérie dans le Djebel, je vais vous trouver beaucoup d’Algériens qui vont vous demander “quand est-ce que les Français reviennent ?” », a-t-il déclaré.

Et d’ajouter : « J’ai applaudi de Gaulle en 1958 quand il a clamé “vive l’Algérie Française !” » J’ai compris après qu’il ne fallait plus applaudir. »

Le député nouvellement élu a ensuite directement mis en cause la politique mémorielle d’Emmanuel Macron à l’égard de l’Algérie, qu’il a qualifiée d’« erreur monumentale ».

« En expliquant à nos jeunes issus d’Afrique du Nord qu’on a commis des crimes contre l’humanité contre leurs parents, comment voulez-vous qu’ils se comportent avec nous et nous respectent ? », a-t-il déploré.

Au sein de l’opposition, les réactions n’ont pas tardé à pleuvoir. La présidente du groupe La France Insoumise (LFI), Mathilde Panot, a qualifié cette déclaration d’« apologie de l’Algérie française et des crimes de la colonisation ». Le chef du Parti socialiste (PS), Olivier Faure, a affirmé avoir été « assez gêné » par la tonalité de cette intervention.

Jean-Marie Le Pen a apprécié

En réponse, José Gonzalez a déclaré avoir fait preuve de prudence et s’être contenté d’« évoquer son cas personnel ».

Pour Louis Alliot, maire RN de Perpignan et cadre du parti, « le discours de Monsieur Gonzalez faisait référence à sa vie en Algérie, qui était sa terre natale, et où il a enterré ses grands-parents ».

Selon Lorrain de Saint Affrique, ancien attaché de presse du président français Valéry Giscard d’Estaing et ex-conseiller de Jean-Marie Le Pen, ce dernier a particulièrement apprécié le discours du doyen de l’Assemblée, et compte bien appeler José Gonzalez pour le féliciter et éventuellement le rencontrer. Lorrain de Saint Affrique, récemment rallié au parti Reconquête ! d’Éric Zemmour, a salué un discours « d’un équilibre et d’une finesse remarquables ».

Militant de longue date du Front national, auquel il a adhéré en 1978 sous la présidence de Jean-Marie Le Pen, José Gonzalez a été élu député de la 10e circonscription des Bouches-du-Rhône en récoltant 60 % des voix au second tour face à une candidate de gauche.

Auparavant, il a exercé plusieurs mandats locaux dans la commune d’Allauch (Bouches-du-Rhône), et a été un temps gestionnaire d’auto-école.

Avec Jeune Afrique par Soufiane Khabbachi

Rachel Keke, Nadège Abomangoli, Carlos Martens Bilongo… Qui sont les nouveaux députés français d’origine africaine ?

juin 21, 2022

À l’issue du scrutin des 12 et 19 juin qui a largement rebattu la composition de la représentation nationale, de nouvelles figures originaires du continent font leur entrée au Palais Bourbon, incarnant un peu plus la diversité de la société française.

Rachel Keke, élue Nupes de la 7e circonscription du Val-de-Marne © Bruno Levy pour JA

En 2017, Emmanuel Macron promettait « des visages, ceux de la France réelle, […] la France de tous les visages, de toutes les couleurs », lançant dans la course aux législatives un panel de candidats aux parcours professionnels, aux origines socio-économiques et géographiques variés.

Cinq ans plus tard, alors que la nouvelle composition de l’hémicycle consacre une poussée historique du Rassemblement national de Marine Le Pen et voit Emmanuel Macron perdre la majorité absolue, de nouveaux visages font leur apparition. Des profils qui viennent renforcer l’envie de diversité de certains électeurs. En témoigne l’élection de Rachel Keke, femme de chambre franco-ivoirienne qui s’est imposée dans la 7e circonscription du Val-de-Marne. Ou celle du diplomate franco-tunisien Karim Ben Cheïkh dans la 9e circonscription des Français de l’étranger.

Jeune Afrique a ainsi recensé, de manière non exhaustive, 17 députés « d’origine africaine », qu’ils soient binationaux, nés en Afrique ou nés en France de parents Africains. Dix d’entre eux sont issus des rangs d’Ensemble !, la coalition de La République en marche (246 députés au total) et sept de la coalition de gauche, la Nupes (142 députés au total). Jeune Afrique dresse la liste des personnalités les plus marquantes de la nouvelle assemblée.

Ceux qui arrivent

  • Rachel Keke (Nupes)

Cette Franco-Ivoirienne de 49 ans, native d’Abobo, un quartier populaire d’Abidjan en Côte D’Ivoire, s’est faite connaître pour son combat contre le groupe hôtelier Accor. Entre 2019 et 2021, elle incarne le visage et la voix des femmes de chambre de l’hôtel Ibis Batignolles qui mènent une grève historique de deux ans afin d’exiger de meilleures conditions de travail.

Élue dans le Val-de-Marne sous l’étendard de la Nupes, cette insoumise a battu l’ancienne ministre déléguée chargée des Sports Roxana Maracineanu (LREM). Se définissant volontiers comme une guerrière, Rachel Keke entend représenter « les invisibles » et les « essentiels ».

  • Karim Ben Cheïkh (Nupes)
Karim Ben Cheikh
Karim Ben Cheikh

Également candidat de la Nupes, ce Franco-Tunisien de 45 ans s’est distingué en défaisant l’ancienne ministre de l’Égalité hommes-femmes, Élisabeth Moreno, originaire du Cap Vert.

Ce diplomate de carrière est le seul candidat de la gauche à avoir remporté l’adhésion des Français expatriés – neuf circonscriptions des Français de l’étranger sur onze sont tombées dans l’escarcelle de la majorité présidentielle. « Vous avez exprimé un choix clair pour la justice sociale et la défense de nos services publics », a réagi le député de la 9e circonscription des Français de l’étranger, qui comprend le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest.

  • Nadège Abomangoli (Nupes)
Nadège Abomangoli
Nadège Abomangoli

Ce 19 juin, cette native du Congo Brazzaville de 46 ans, candidate de la Nupes, a fait tomber le député sortant Les Républicains (LR) Alain Ramadier à Aulnay-sous-Bois et Bondy (10e circonscription de Seine-Saint-Denis – 93).

Cette ancienne militante de SOS Racisme a été collaboratrice parlementaire entre 2013 et 2015. Nadège Abomangoli a également siégé au Conseil régional d’Île-de-France entre 2010 et 2015, alors qu’elle était encartée au Parti socialiste avant de rejoindre La France insoumise (LFI).

  • Carlos Martens Bilongo (Nupes)
Carlos Martens Bilongo
Carlos Martens Bilongo

Autre insoumis faisant son entrée dans l’hémicycle : Carlos Martens Bilongo, élu à Villiers-le-Bel dans le Val-d’Oise face au candidat MoDem François Pupponi, avec 61,72 % des suffrages.

Cet enseignant en économie de 31 ans, né en France de parents congolais (RDC) et angolais, est très actif dans le milieu associatif, notamment via une structure qui propose aux enfants de tous les milieux des activités sportives et culturels accessibles.

  • Farida Amrani (Nupes)
Farida Amrani
Farida Amrani

Née au Maroc en 1976, arrivée en France à l’âge de deux ans, cette candidate de la Nupes a été élue dans la 1ère circonscription de l’Essone au terme d’une bataille qu’elle mène de longue date.

Battue aux législatives de 2017 par Manuel Valls, qui l’accuse alors de complaisance avec les islamistes, Farida Amrani soupçonne l’ancien Premier ministre de tricherie. Lorsque ce dernier démissionne afin de se lancer à l’assaut de la mairie de Barcelone, elle tente de lui succéder à l’occasion de l’élection législative partielle de novembre 2018. Elle est alors défaite par Francis Chouat, candidat soutenu par Emmanuel Macron. À 45 ans, cette conseillère municipale a pris sa revanche en battant le candidat LREM avec près de 60 % des voix.

Ceux qui partent

  • Saïd Ahamada, (LREM – Ensemble !)

Comme de nombreux députés sortants de la majorité, Saïd Ahmada a fait les frais de la sanction électorale infligée au camp présidentiel lors de ces législatives. Député des quartiers nord de Marseille, entré dans l’hémicycle en 2017 sous les couleurs de La République en marche, il a été évincé dès le 12 juin au profit du Rassemblement national (RN) et de la Nupes.

Né à Saint-Denis de la Réunion, celui qui fut porte-parole de son groupe parlementaire entre 2019 et 2020 est d’origine comorienne.

  • Laetitia Avia, (LREM – Ensemble !)

Figure de la diversité nouvelle de l’hémicycle en 2017, cette avocate de 36 ans est née en France de parents togolais et a été naturalisée à l’âge de 12 ans. Cette ancienne membre de la Commission des lois ainsi que des groupes d’amitié France-Ghana et France-Canada n’a obtenu que 45,92 % des voix face à la candidate écologiste de la Nupes Éva Sas, dans la 8e circonscription de Paris.

  • Brahim Hammouche (MoDem – Ensemble !)

Élu en Moselle en 2017, ce natif de Smaoun, en Algérie, n’a lui non plus pas réussi à dépasser le premier tour du scrutin. Médecin-psychiatre de formation, il cède son siège d’élu LREM à Laurent Jacobelli du Rassemblement national.

  • Jean-François Mbaye (LREM – Ensemble !)

Ce natif de Dakar, au Sénégal, a été largement battu lors du 2e tour du scrutin par la candidate de la Nupes Clémence Guetté (64,2 % des voix) dans la 2ème circonscription du Val-de-Marne. Il avait été élu en 2017 dans les rangs de la majorité présidentielle.

Arrivé en France en 1998 pour ses études, Jean-François Mbaye est le petit-fils d’une ancienne conseillère municipale de l’île de Gorée, dans la capitale sénégalaise.

  • Patrice Anato (LREM – Ensemble !)

Élu dans la 3e circonscription de Seine-Saint-Denis, ce Franco-Togolais né à Lomé en 1976 perd son siège au profit du candidat LFI (Nupes) Thomas Portes. Ce juriste, qui a rejoint LREM en 2016, s’était porté candidat à la présidence de son groupe parlementaire, face à François de Rugy et Christophe Castaner.

Ceux qui restent

  • Danièle Obono (Nupes)

À 41 ans, elle fait partie des rares députés élus dès le premier tour des élections législatives. Elle entame ainsi son deuxième mandat pour la 17e circonscription de Paris. Née à Libreville au Gabon, elle arrive en France à l’âge de onze ans. Elle a notamment largement soutenu la candidature de Rachel Keke.

  • Mohamed Laqhila (MoDem – Ensemble !)

Né à Oulmès, au Maroc, en 1959, ce député de la majorité présidentielle conserve son siège en tant qu’élu de la 11e circonscription des Bouches-du-Rhône. Cet expert-comptable et commissaire aux comptes est membre du groupe d’amitié France-Maroc, lequel comptait plusieurs députés franco-marocains, comme Fiona Lazaar (non-réélue), Nadia Hai (réélue) ou encore Mustapha Laabid (ex-député LREM démissionnaire, poursuivi pour abus de confiance)

  • Huguette Tiegna (LREM – Ensemble !)

Cette députée de la majorité, née en 1982 à Bangassogo au Burkina Faso et arrivée en France en 2009, rempile pour un second mandat. Élue dans la 2e circonscription du Lot, elle doit sa carrière politique à une rencontre en 2015 avec Emmanuel Macron qui, à l’époque où il était encore ministre de l’Économie, a visité les locaux de la start-up où elle travaillait.

  • Amélia Lakrafi (LREM – Ensemble !)

Réélue par les Français de la 10e circonscription de l’étranger, la député de 44 ans continuera de défendre les projets de l’exécutif à l’Assemblée nationale. Née à Casablanca, au Maroc, elle représente les citoyens français établis dans quarante-neuf pays répartis entre l’Est et le Sud du continent africain et le Moyen-Orient.

Avec Jeune Afrique par Manon Laplace et Olivier Marbot

Rachel Kéké, la femme de ménage franco-ivoirienne qui entre à l’Assemblée

juin 20, 2022

Pendant deux ans, elle a été le porte-voix de la grève contre le groupe hôtelier Accor. Le 19 juin, cette Franco-Ivoirienne à la détermination sans faille, candidate aux élections législatives françaises sous les couleurs du parti de Jean-Luc Mélenchon, a été élue députée.

Rachel Kéké se présente aux législatives françaises dans la 7ème circonscription du Val-de-Marne © Bruno LEVY/DIVERGENCE

177. C’est le nombre de voix qui sépare Rachel Kéké de son opposante, l’ancienne ministre des Sports d’Emmanuel Macron, Roxana Maracineanu, lors du second tour des élections législatives. Dans une confrontation aux allures de duel entre David et Goliath, c’est finalement l’outsider qui l’a emporté dans la 7e circonscription du Val-de-Marne, avec 50,3 % des suffrages. Quelques jours avant cette élection, Jeune Afrique avait rencontré cette Franco-Ivoirienne qui, à 48 ans, cumule les casquettes*.

En plus de son emploi de femme de chambre et des obligations parentales qu’impose l’éducation de cinq enfants, Rachel Kéké, qui habite à Chevilly-Larue, en région parisienne, s’est lancée jeudi 19 mai dans la course aux législatives des 12 et 19 juin. « Je suis une guerrière. Des batailles, j’en ai déjà menées. Je suis prête pour celle-là », garantit-elle au téléphone, sur le seuil du collège de sa benjamine, où elle a rendez-vous.

Investie par La France insoumise (LFI), la formation de Jean-Luc Mélenchon, pour représenter la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), la coalition de gauche, dans la 7e circonscription du Val-de-Marne, cette représentante de la société civile n’est pas une inconnue. Entre 2019 et 2021, elle fut la voix et le visage des femmes de chambre de l’hôtel Ibis Batignolles, sis dans le 17e arrondissement de Paris. Des employées en sous-traitance devenues célèbres en France pour avoir mené la grève la plus longue de l’histoire de l’hôtellerie.

Deux ans de bataille

« La sous-traitance est trop souvent utilisée pour priver les travailleurs de leurs droits. Nos conditions de travail étaient tellement pénibles que ça nous a poussées à nous syndiquer et à faire grève », se rappelle l’ex-porte-parole des grévistes. La lutte durera vingt-deux mois, un record. « Les syndicats nous avaient prévenues : un groupe comme Accor ne plie pas facilement. On s’attendait à devoir se battre quelques semaines ou quelques mois », s’amuse-t-elle.

Il faudra finalement près de deux ans, donc, avant d’obtenir gain de cause. Et qu’importent la fatigue, le mépris, les intimidations et les insultes, à l’époque, Rachel Kéké n’entend rien céder. « J’ai tout vu dans cette lutte. On nous a infantilisées, humiliées, insultées. Souvent, on a douté, mais on n’a jamais baissé les bras. » Il faut dire que, pour elle, l’abandon n’est pas une option. « Je tiens ça de ma mère », assure-t-elle, évoquant le souvenir de celle qui, pour nourrir ses sept enfants, était vendeuse de vêtements sur le marché d’Adjamé, à Abobo.

C’est dans cette commune du nord d’Abidjan que Rachel Kéké grandit, puis met au monde son fils aîné, avant de rejoindre Paris à l’âge de 26 ans. Du métissage de son quartier d’origine, où cohabitaient « Ivoiriens, Maliens, Sénégalais, Guinéens, catholiques et musulmans », elle dit retenir la chaleur et la tolérance. La pugnacité aussi, « obligatoire » pour une famille modeste.

La voix des invisibles

Cet héritage, la candidate LFI souhaite le mettre au service des « essentiels ». Ces femmes et ces hommes « invisibles » qui ont « tenu la France » à bout de bras quand tout le pays se confinait face à l’épidémie de coronavirus. Juste avant son élection à l’Assemblée nationale, Rachel Kéké nous confiait vouloir être la voix des « femmes de ménage, des éboueurs, des aides à domicile, des profs mal payés, des agents de sécurité… » « Les hommes et les femmes politiques ne savent pas comment nous vivons. Si nous ne sommes pas à l’Assemblée nationale pour plaider notre propre cause, qui le fera ? » demande celle qui brûle d’obtenir « une rencontre avec le ministre du Travail ».

« Ce qui domine dans certains quartiers, au-delà de la “désespérance”, c’est un problème de confiance. Les gens ont le sentiment d’être systématiquement trahis par ceux qu’ils élisent », renchérit Hadi Issahnane, élu LFI à la mairie de Chevilly-Larue et membre de l’équipe de campagne de Rachel Kéké. La meilleure manière pour rétablir la confiance est de donner des responsabilités à des gens qui n’ont pas de plan de carrière politique. Comme Rachel. Ce sont les luttes qui se sont imposées à elle qui l’ont menée là où elle est. »

Mépris de classe

Si elle reconnaît volontiers que l’idée de faire de la politique lui a d’abord semblé « bizarre », Rachel Kéké l’assure, le challenge « ne [lui] fait pas peur ». Mastodontes de l’hôtellerie, députés, journalistes parfois « méprisants »… Personne n’a réussi à l’intimider. « Elle s’adresse à un PDG de multinationale comme elle s’adresserait à un passant », résume Hadi Issahnane. « [C’est une très bonne chose] si elle fait vibrer les colonnes du Palais Bourbon », abondait Alexis Corbière, début mai, sur un plateau de La Chaîne parlementaire (LCP). La journaliste qui faisait face à ce dirigeant de LFI lui avait alors demandé si Rachel Kéké avait « été formée », au cas où elle entrerait à l’Assemblée.

« C’est méprisant, mais c’est elle qui se ridiculise. On veut me former pour que j’apprenne le prix du kilo de riz ? » ironise l’intéressée. « Il y a eu et il y aura toujours quelques réflexes de classe, des gens qui diront : “Elle est femme de chambre, sait-elle ce qu’est un projet de loi ?” déplore Issahnane Hadi. Mais Rachel parle du concret : la paye, l’école, la souffrance des gens d’en bas. Elle est capable d’aller chercher les classes populaires, les abstentionnistes et tous ceux qui ne se sentent pas représentés. »

« Fière d’être ivoirienne »

Son franc-parler, Rachel Kéké dit le puiser, là encore, dans ses racines ivoiriennes. « Ma famille est de l’ethnie bété. Chez nous, quand c’est bleu, c’est bleu, quand c’est rouge, c’est rouge. Pas d’hypocrisie : on dit les choses comme on les pense et on ne tourne pas autour du pot », revendique-t-elle. « J’ai beaucoup d’admiration pour les femmes comme l’ancienne première dame Simone Gbagbo [épouse du président Laurent Gbagbo, d’origine bété], elle n’a pas peur, elle assume », assure-t-elle.

Tirée de ses origines ou de ses luttes de militante et de cheffe de famille monoparentale, sa détermination lui vaut aujourd’hui d’être appelée à la rescousse par de nombreux mouvements sociaux, de Marseille à Rotterdam en passant par Genève ou la Belgique. Mais avec l’exposition politique viendront quelques coups, prédit-elle. « Je m’attends à être attaquée, mais j’ai l’habitude. Quand on est noire et femme de chambre, on sait se défendre seule », se targue-t-elle, évoquant les injures racistes de certains clients de l’hôtel, à propos desquelles ses responsables « n’ont jamais rien fait ».

Craint-elle les xénophobes et ceux qui agitent à tout-va la question identitaire et la peur du « grand remplacement » ? « C’est derrière nous », veut croire l’aspirante députée. « Éric Zemmour a fait son cinéma sur l’immigration, il a eu 7 % à la présidentielle. Le Pen père n’a jamais réussi à être élu et, pour l’instant, sa fille non plus. Aujourd’hui, il faut que la France se réconcilie pour [que l’on puisse] vivre ensemble », dit-elle. Pour cela, elle entend faire entrer « un peu plus de diversité à l’Assemblée nationale et y apporter les luttes menées jusqu’ici à la porte de l’hôtel Ibis », sans rien renier de son identité. « Je suis fière d’être ivoirienne et je suis fière d’être noire. Je suis fière d’être française aussi. Et c’est ici que je vais me battre jusqu’à ma mort. » Désormais, Rachel Kéké pourra ajouter une corde à son arc, et non des moindres : celle de députée.

Avec Jeune Afrique par Manon Laplace

(*) Nous republions cet article, initialement paru le 26 mai 2022, au lendemain de l’élection de Rachel Kéké, dimanche 19 juin.

Rachel Kéké, la femme de ménage franco-ivoirienne qui veut entrer à l’Assemblée

mai 26, 2022

Pendant deux ans, elle a été le porte-voix de la grève contre le groupe hôtelier Accor. Les 12 et 19 juin, cette Franco-Ivoirienne à la détermination sans faille représentera le parti de Jean-Luc Mélenchon lors des législatives françaises.

Rachel Kéké se présente aux législatives françaises dans la 7ème circonscription du Val-de-Marne Rachel Keke, cheffe de file, de liste de la 7eme circonscription du Val-de-Marne, militante syndicale ,mouvement social des femmes de ménage de l’Ibis Batignolles , Convention Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale , NUPES, Paris Mai 2022 © Bruno LEVY/DIVERGENCE

Rachel Kéké est une femme occupée. À quarante-huit ans, l’infatigable Franco-Ivoirienne cumule les casquettes. En plus de son emploi de femme de chambre et des obligations parentales qu’impose l’éducation de cinq enfants, cette habitante de Chevilly-Larue, en région parisienne, s’est lancée ce jeudi 19 mai dans la course aux législatives des 12 et 19 juin. « Je suis une guerrière. Des batailles, j’en ai déjà menées. Je suis prête pour celle-là », garantit-elle au téléphone, sur le seuil du collège de sa benjamine, où elle a rendez-vous. 

Investie par La France insoumise (LFI), la formation de Jean-Luc Mélenchon, pour représenter la NUPES, la coalition de gauche, dans la 7e circonscription du Val-de-Marne, cette représentante de la société civile n’est pas une inconnue. Entre 2019 et 2021, elle fût la voix et le visage des femmes de chambres de l’hôtel Ibis Batignolles, sis dans le 17e arrondissement de Paris. Des employées en sous-traitance devenues célèbres en France pour avoir mené la grève la plus longue de l’histoire de l’hôtellerie. 

Deux ans de bataille

« La sous-traitance est trop souvent utilisée pour priver les travailleurs de leurs droits. Nos conditions de travail étaient tellement pénibles que ça nous a poussé à nous syndiquer et à faire grève », se rappelle l’ex-porte-parole des grévistes. La lutte durera vingt-deux mois, un record. « Les syndicats nous avaient prévenues : un groupe comme Accor ne plie pas facilement. On s’attendait à devoir se battre quelques semaines ou quelques mois », s’amuse-t-elle. 

Il faudra finalement près de deux ans, donc, avant d’obtenir gain de cause. Et qu’importe la fatigue, le mépris, les intimidations et les insultes, à l’époque, Rachel Kéké n’entend rien céder. « J’ai tout vu dans cette lutte. On nous a infantilisées, humiliées, insultées. Souvent, on a douté, mais on n’a jamais baissé les bras. » Il faut dire que pour elle, l’abandon n’est pas une option. « Je tiens ça de ma mère », assure-t-elle, évoquant le souvenir de celle qui, pour nourrir ses sept enfants, était vendeuse de vêtements sur le marché d’Adjamé, à Abobo.

C’est dans cette commune du nord d’Abidjan que Rachel Kéké grandit, puis met au monde son fils aîné, avant de rejoindre Paris à l’âge de 26 ans. Du métissage de son quartier d’origine, où cohabitaient « Ivoiriens, Maliens, Sénégalais, Guinéens, Catholiques et Musulmans », elle dit retenir la chaleur et la tolérance. La pugnacité aussi, « obligatoire » pour une famille modeste.

La voix des invisibles

Cet héritage, la candidate LFI souhaite le mettre au service des « essentiels ». Ces femmes et ces hommes « invisibles » qui ont « tenu la France » à bout de bras quand tout le pays se confinait face à l’épidémie de coronavirus. Si elle décroche un siège à l’Assemblée nationale, Rachel Kéké entend être la voix des « femmes de ménages, des éboueurs, des aides à domicile, des profs mal payés, des agents de sécurité… ». « Les hommes et les femmes politiques ne savent pas comment nous vivons. Si nous ne sommes pas à l’Assemblée nationale pour plaider notre propre cause, qui le fera ? », demande celle qui trépigne d’obtenir « une rencontre avec le ministre du Travail ».

« Ce qui domine dans certains quartiers, au-delà de la “désespérance”, c’est un problème de confiance. Les gens ont le sentiment d’être systématiquement trahis par ceux qu’ils élisent », renchérit Hadi Issahnane, élu LFI à la mairie de Chevilly-Larue et membre de l’équipe de campagne de Rachel Kéké. La meilleure manière pour rétablir la confiance est de mettre aux responsabilités des gens pour qui la politique n’est pas un plan de carrière. Rachel incarne cela. Ce sont les luttes qui se sont imposées à elle qui l’ont menée là où elle est. »

Mépris de classe

Si elle reconnaît volontiers que l’idée de faire de la politique lui a d’abord semblé « bizarre », Rachel Kéké l’assure : le challenge « ne [lui] fait pas peur ». Mastodontes de l’hôtellerie, députés, journalistes parfois « méprisants »… Personne n’a réussi à l’intimider. « Elle s’adresse à un PDG de multinationale comme elle s’adresserait à un passant », résume Hadi Issahnane. « [C’est une très bonne chose] si elle fait vibrer les colonnes du Palais Bourbon », abondait Alexis Corbière, début mai, sur un plateau de La Chaîne parlementaire (LCP). La journaliste qui faisait face à ce dirigeant de LFI lui avait alors demandé si Rachel Kéké avait « été formée », au cas où elle entrerait à l’Assemblée.

« C’est méprisant, mais c’est elle qui se ridiculise. On veut me former pour que j’apprenne le prix du kilo de riz ? » ironise l’intéressée. « Il y a eu et il y aura toujours quelques réflexes de classe, des gens qui diront : “Elle est femme de chambre, sait-elle ce qu’est un projet de loi ?” déplore Issahnane Hadi. Mais Rachel parle du concret : la paye, l’école, la souffrance des gens d’en bas. Elle est capable d’aller chercher les classes populaires, les abstentionnistes et tous ceux qui ne se sentent pas représentés. »

« Fière d’être ivoirienne »

Son franc-parler, Rachel Kéké dit, là encore, le puiser dans ses racines ivoiriennes. « Ma famille est de l’ethnie bété. Chez nous, quand c’est bleu, c’est bleu, quand c’est rouge, c’est rouge. Pas d’hypocrisie : on dit les choses comme on les pense et on ne tourne pas autour du pot », revendique-t-elle. « J’ai beaucoup d’admiration pour les femmes comme l’ancienne première dame Simone Gbagbo [épouse du président Laurent Gbagbo, d’origine bété], elle n’a pas peur, elle assume », énumère-t-elle. 

Tirée de ses origines ou de ses luttes de militante et de cheffe de famille monoparentale, sa détermination lui vaut aujourd’hui d’être appelée à la rescousse par de nombreux mouvements sociaux, de Marseille à Rotterdam en passant par Genève ou la Belgique. Mais avec l’exposition politique viendront quelques coups, prédit-elle. « Je m’attends à être attaquée, mais j’ai l’habitude. Quand on est noire et femme de chambre, on sait se défendre seule », se targue-t-elle, évoquant les injures racistes de certains clients de l’hôtel, face auxquelles ses responsables « n’ont jamais rien fait ».

Craint-elle les xénophobes et ceux qui agitent à tout-va la question identitaire et la peur du « grand remplacement » ? « C’est derrière nous », veut croire l’aspirante députée. « Éric Zemmour a fait son cinéma sur l’immigration, il a eu 7 % à la présidentielle. Le Pen père n’a jamais réussi à être élu et pour l’instant, sa fille non plus. Aujourd’hui il faut que la France se réconcilie pour vivre ensemble », dit-elle. Pour cela, elle entend faire entrer « un peu plus de diversité à l’Assemblée nationale et y apporter les luttes menées jusqu’ici à la porte de l’hôtel Ibis », sans rien renier de son identité. « Je suis fière d’être ivoirienne et je suis fière d’être noire. Je suis fière d’être française aussi. Et c’est ici que je vais me battre jusqu’à ma mort. »

Avec Jeune Afrique par Manon Laplace

Côte d’Ivoire-Décédé ce samedi 7 mai 2022: Qui est l’honorable Amadou Soumahoro, le président de l’Assemblée nationale

mai 7, 2022
Le président de l'Assemblée nationale Bon
Amadou Soumahoro, Président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire

Elu Président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire le 7 mars 2019, Amadou Soumahoro n’est pas un inconnu sur l’échiquier politique ivoirien. Ancien Secrétaire général par intérim du Rassemblement Des Républicains (RDR), de juillet 2011 à septembre 2017, le député de la circonscription électorale de Séguéla sous-préfecture, Bobi-Diarabana commune et sous-préfecture, a été également Président du directoire du Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP) de février 2015 à septembre 2017. Il a occupé plusieurs postes ministériels avant d’être nommé Ministre auprès du Président de la République chargé des Affaires Politiques le 4 mai 2018. De 2011 à 2015, il avait occupé le poste de Conseiller du Président de la République, ministre du Commerce Extérieur en 2002 et ministre du Commerce de 2003 à 2005. Cet homme chevronné, qui a une grande expérience professionnelle dans les domaines parlementaire et des relations internationales, va s’atteler à donner à l’Assemblée nationale toutes ses lettres de noblesse. Non seulement en bâtissant une Assemblée nationale plus forte et plus dynamique, mais aussi en exhortant les députés au renforcement de la cohésion interne et à créer les synergies nécessaires avec toutes les autres Institutions de la République.

I- EXPERIENCES PROFESSIONNELLES

4 mai 2018 – 4 mars 2019 : Ministre auprès du Président de la République chargé des Affaires Politiques

Juillet 2011 – janvier 2017 : Conseiller spécial du Président de la République en charge des Affaires Politiques

Janvier 2010 – Juin 2011 : 1er Vice-président de la Commission Electorale Indépendante (CEI)

2004 – 2005 : Président de l’Organisation Interafricaine du Cacao (OIACI)

2003 : Chef de la délégation ivoirienne à la conférence ministérielle de l’Organisation Mondiale du Commerce à Cancun

Mars 2003 – Décembre 2005 : Ministre du Commerce

Août 2002 – Mars 2003 : Ministre du Commerce Extérieur

1986 – 1989 : Sous-directeur du commerce extérieur et négociateur national en chef auprès des organisations internationales du commerce (CNUCED et la GATI)

– Participation aux conférences ministérielles du groupe des 77 (Genève et Buenos Aires)

– Participation aux conférences des Nations Unies sur le commerce et le développement (Belgrade et Nairobi)

– 1981 à 1986 : Chef de service des organisations économiques internationales (Ministère du commerce)

II- FORMATIONS ACADEMIQUE ET PROFESSIONNELLE

1983 : Formation sur le système généralisé de préférence commerciale et pays en développement, pays développés et ceux du sud

1982 : Formation à la Chambre de commerce internationale (ICC) de Genève sur le développement des relations commerciales entre les pays en développement et ceux de l’Europe de l’Est

1979 : Diplômé de l’Institut des Relations Economiques Internationales de Paris : spécialité commerce internationale

1973-1974 : Faculté des sciences économiques de l’université d’Abidjan

1973 : Bac série B (Economie sociale) au Lycée technique d’Abidjan

III- PARCOURS POLITIQUE

Depuis le 11 décembre 2011 : Député de la circonscription de Séguéla sous-préfecture, Bobi- Diarabana commune et sous-préfecture

Février 2015 – septembre 2017 : Président du directoire du Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix

Juillet 2011 à septembre 2017 : Secrétaire général par intérim du Rassemblement des Républicains (RDR)

1996 – 2013 : Maire de la commune de Séguéla

2006 : Secrétaire général adjoint du RDR et chargé des affaires politiques

23 au 25 juillet 2009 : représentant du Président Alassane Ouattara et chef de la délégation du RDR au 4e congrès ordinaire du CDP à Ouagadougou (Congrès pour le développement et le progrès)

2008 – 2010 : Directeur régional de campagne du candidat Alassane Ouattara aux élections Présidentielles, pour la région du Nord-ouest (le Denguélé, le Bafing, et le Worodougou)

2007 – 2010 : Chef de la délégation du RDR au RHDP

2002 – 2006 : Secrétaire national du RDR chargé du Worodougou

1999 – 2000 : Membre de la Commission consultative constitutionnelle et électorale (CCCE) pour l’élaboration de la constitution.

Commissaire à la COSUR et à la CNE pour l’organisation des élections

1999 : Secrétaire général adjoint par intérim du RDR, après l’arrestation de la quasi-totalité des membres de la direction du parti

1996 – 1999 : Secrétaire national chargé du commerce

1994 – 1996 : Secrétaire général adjoint chargé de la formation

1994 : Membre fondateur du RDR

1991 – 1994 : Membre du conseil municipal de la commune de Séguéla

1990 – 1993 : Membre du bureau politique du PDCI-RDA

1990 : Membre du secrétariat de la présidence du congrès du PDCI-RDA

1986 – 1990 : Secrétaire permanent du comité de coordination des activités du PDCI-RDA dans le département de Séguéla.

Source: http://apf.francophonie.org/Biographie-d-Amadou-Soumahoro.html

Avec FratMat.info par Salif D. Cheickna

RDC : André Mbata, nouvel atout de Tshisekedi au bureau de l’Assemblée

avril 28, 2022

Le député de l’UDPS succède à Jean-Marc Kabund, tombé en disgrâce, au poste de premier vice-président de l’Assemblée nationale. À travers lui, le président congolais va pouvoir renforcer son emprise sur la chambre basse.

Andre Mbata, nouveau premier vice-président de l’Assemblée nationale congolaise © DR

Il n’y avait aucun suspens. Désigné comme candidat de l’Union sacrée, André Mbata a été élu au poste de premier vice-président de l’Assemblée nationale, mercredi 27 avril. Alors que beaucoup d’élus du Front commun pour le Congo (FCC, de Joseph Kabila) boycottaient ces dernières semaines les séances consacrées aux négociations autour de la loi électorale, de nombreux députés (439) ont participé au vote. Avec 402 voix en sa faveur, André Mbata, membre de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS, au pouvoir), succède à Jean-Marc Kabund.

Ancien patron du parti par intérim, Kabund a connu un début d’année mouvementé. De plus en plus critiqué par l’entourage du chef de l’État, il avait annoncé sa démission du bureau de l’Assemblée en janvier dernier, après un accrochage avec la Garde républicaine. S’il a dans un premier temps laissé planer le doute, il a finalement renoncé à son poste le 31 mars, évoquant « des raisons de convictions politiques ». Depuis, le siège stratégique de premier vice-président était donc vacant.

Ceni et « loi Tshiani »

Si Kabund, qui a largement contribué au renversement de la majorité détenue par Kabila, occupait un rôle central au sein du dispositif parlementaire de Félix Tshisekedi, André Mbata est loin d’être un inconnu au sein du camp présidentiel. Natif du territoire de Dimbelenge (Kasaï central), ce député de 61 ans, élu pour la première fois en 2006 pour le compte du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), est aujourd’hui membre du groupe parlementaire de Cap pour le changement, la coalition qui regroupe l’UDPS et l’Union pour la nation congolaise (UNC), de Vital Kamerhe.

CE DOCTEUR EN DROIT ÉTAIT SOUVENT CONSULTÉ AU SEIN DE LA MAJORITÉ AU SUJET DES DIFFÉRENTS PROJETS DE LOIS

Docteur en droit, il était, jusqu’à son élection au poste de premier vice-président de l’Assemblée, à la tête de la Commission politique, administrative et juridique de la chambre basse. À ce titre, il était souvent consulté au sein de la majorité au sujet des différents projets de lois. En mai 2021, Mbata et quelques autres députés spécialistes en droit avaient ainsi été mandatés par le président de l’Assemblée, Christophe Mboso, pour évaluer la faisabilité de la très polémique « loi Tshiani », qui prévoit de verrouiller l’accès à la magistrature suprême aux seuls citoyens nés de mères et de pères congolais.

André Mbata a aussi été au cœur de la polémique autour de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), puisqu’il dirigeait la commission paritaire mixte chargée d’étudier les candidatures. Face à l’opposition, qui a contesté le choix de Denis Kadima pour diriger l’instance, Mbata a régulièrement défendu un processus jugé « conforme » à la procédure. « Il s’agit de la meilleure équipe de la Ceni depuis que les élections ont été organisées dans ce pays », a-t-il estimé, en dépit des critiques formulées par les représentants des Églises catholique et protestante.

Nul doute que son élection viendra renforcer encore un peu plus l’emprise de Félix Tshisekedi sur l’Assemblée nationale, à l’heure où les députés votent l’une des réformes les plus importantes du quinquennat : celle de la loi électorale.

Avec Jeune Afrique par Romain Gras

Gambie : un ancien allié de Yahya Jammeh devient président du Parlement

avril 16, 2022

Le nouveau Parlement gambien a porté à sa présidence Fabakary Tombong Jatta, le président du parti de l’ancien dictateur, à l’instigation de l’actuel chef de l’État, Adama Barrow.

Fabakary Tombong Jatta, secrétaire général de l’APRC, lors d’un discours demandant le retour en Gambie de Yahya Jammeh, le 16 janvier 2020. © ROMAIN CHANSON / AFP

Fabakary Tombong Jatta, 69 ans, chef de l’Alliance for Patriotic Reorientation and Construction (APRC), le parti de Yahya Jammeh, a été déclaré président de l’Assemblée nationale faute de concurrent. Il avait été nommé chef de la majorité parlementaire par l’ancien dictateur en 2007 et l’est resté jusqu’à la fin de l’ère Jammeh en 2017.

Un certain nombre de Gambiens se souviennent de lui comme le député qui avait présenté un texte sur l’instauration de l’état d’urgence dans les derniers mois de la présidence Jammeh, quand ce dernier avait refusé de reconnaître sa défaite surprise à la présidentielle de décembre 2016 contre Adama Barrow.

L’influence de Yahya Jammeh sur la vie politique

Le texte visait à prolonger le mandat de Yahya Jammeh, mais ce dernier avait finalement été contraint à l’exil sous l’effet des pressions diplomatiques et d’une intervention militaire ouest-africaine.

Yahya Jammeh, qui a gouverné la Gambie d’une main de fer pendant plus de 20 ans, continue d’influer sur la vie politique de son pays. Son successeur, M. Barrow, a été réélu en décembre 2021 après un accord entre son parti, le National People’s Party (NPP) et l’APRC. L’accord a été largement considéré comme une manœuvre du président sortant pour attirer les partisans de Yahya Jammeh. De son exil, l’ancien dictateur avait dénoncé cet accord.

Fabakary Tombong Jatta prend la tête de l’Assemblée nationale après les législatives de dimanche. Le NPP du président n’y a remporté que 18 des 53 sièges en jeu. Le chef de l’État a cependant la prérogative de désigner cinq députés supplémentaires, parmi lesquels le président du Parlement. C’est ainsi qu’il a choisi cette semaine Fabakary Tombong Jatta pour présider l’Assemblée.

Commission d’enquête sur les crimes commis sous la dictature

Ses cinq nominations (dont quatre membres du NPP, 22 au total) ainsi qu’une alliance avec l’APRC (3 sièges en comptant le président de l’Assemblée) et un autre petit parti, le National Reconciliation Party (NRP, 4 sièges), confèrent au bloc pro-gouvernemental une majorité de 29 voix sur 58.

Le président Barrow est appelé à se prononcer dans les prochaines semaines sur les recommandations d’une commission chargée d’enquêter sur les crimes commis par l’État et ses agents sous la dictature Jammeh. La commission lui a remis un rapport préconisant que les responsables soient jugés.

Par Jeune Afrique avec AFP

Congo-Assemblée nationale : la justice demande la levée de l’immunité parlementaire de Ghyslain Millet Galibali

avril 9, 2022

Le procureur général près la Cour suprême, Gilbert Mouyabi, dans une requête en autorisation de poursuite pénale à l’encontre du député de Lékana, dans le département des Plateaux, Ghyslain Millet Galibali, a demandé à l’Assemblée nationale la levée de son immunité parlementaire.

Le député Ghyslain Galibali/DR

Les actes de dénonciation imputés à l’élu du peuple sont l’infraction de faux et usage de faux suite à une mission de vérification de la conformité des dossiers de recrutement des agents du Fonds routier et du Bureau de contrôle des bâtiments et des travaux publics, pour la période 2009-2021.

Selon une source, le député de Lékana aurait fait usage de faux diplôme d’ingénieur obtenu à l’étranger alors qu’il n’aurait jamais fréquenté au sein de cet établissement. L’affaire a été inscrite à l’ordre du jour de la quatorzième session ordinaire de l’Assemblée nationale qui s’achève le 11 avril. Les députés sont donc appelés à voter pour ou contre la levée de l’immunité parlementaire de leur collègue. Ceci conformément à la loi qui stipule qu’aucun député ne peut être poursuivi sans l’autorisation de l’Assemblée nationale.

Avec Adiac-Congo par Parfait Wilfried Douniama

RDC : Lettre de Démission de Jean-Marc KABUND au poste de Premier Vice-Président de l’Assemblée nationale

mars 31, 2022

RDC-Gouvernement : le ministre de l’Economie déchu de ses fonctions

mars 31, 2022

Le gouvernement Sama Lukonde compte désormais un membre de moins dans son effectif, en la personne du ministre de l’Economie nationale, Jean-Marie Kalumba Yuma, destitué le  30 mars par l’Assemblée nationale jouant son rôle d’organe suprême de contrôle de l’action de l’exécutif national.

Le ministre de l’Economie destitué, Jean-Marie Kalumba Yum

La plénière consacrée à l’examen de la motion de défiance contre Jean-Marie Kalumba Yuma, initiée par une soixante de députés, a viré à sa déchéance car de graves soupons de mal gouvernance pesaient sur lui. Parmi les griefs portés à sa charge, l’on note la flambée actuelle des prix des biens de première nécessité ayant réduit les Congolais à leur plus simple expression avec un pouvoir d’achat liquéfié et en constante amenuisement. A cela s’ajoute le sulfureux dossier relatif à l’exportation des tonnes de chinchards provenant de la Namibie. Là-dessus, les Congolais continuent d’attendre désespérément lesdits produits qui, à en croire le ministre, devraient impacter positivement sur les prix des vivres frais à Kinshasa et ailleurs sur le territoire national. Une attente longue qui fait croire à une arnaque étant entendu que sur le marché, les lignes n’ont jamais bougé d’un iota.  

L’histoire retiendra que c’est pour la première fois, en cette troisième République finissant, qu’un ministre en fonction soit destitué de cette manière, sans aucun mot d’ordre ni achat de conscience des députés. Ces derniers ont voté en toute responsabilité, loin des clivages politiques.  « Cela prouve que dans l’Union sacrée, il y a la démocratie. Nous ne sommes plus à la période  où il y avait des mots d’ordre, où il y avait des autorités morales qui donnaient des mots d’ordre aux députés. Nous sommes une chambre indépendante. Cela prouve que le respect de séparation de pouvoir est effectif dans notre pays », a indiqué le député Crispin Mbindule, l’auteur de la motion ayant conduit à la défénestration du ministre de l’Economie.

D’aucuns ne s’expliquent pas qu’un membre de l’Alliances des forces démocratiques du Congo et alliés, de surcroît membre de l’Union sacrée de la nation (USN), majoritaire au Parlement, puisse être destitué de cette façon, sans l’implication des instances dirigeantes de la plate-forme. « Être dans la majorité ne signifie pas qu’on est au-dessus de la loi, qu’on peut faire n’importe quoi. Chacun doit maîtriser son secteur. Au cas contraire, la sanction ne tardera pas », entend-on dire à l’hémicycle où ce dernier développement tient d’une interpellation à l’endroit des membres restants du gouvernement affiliés à l’USN. Ces derniers sont appelés à être performants en étant en phase avec les aspirations au bien-être de la population congolaise.

Précisons qu’au terme du vote de la motion de défiance, deux cent soixante-dix-sept députés nationaux ont voté pour, soixante-dix-neuf ont voté contre et douze se sont abstenus. Ce vote a été organisé au cours de la séance plénière dirigée par le président de la chambre basse du Parlement, Christophe Mboso N’kodia.

Avec Adiac-Congo par Alain Diasso