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Frédéric Mitterrand à l’Académie française : le pour et le contre

janvier 17, 2016

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Frédéric Mitterrand postule au fauteuil d’Assia Djebar. L’élection aura lieu le 3 mars. Crédits photo : Rue des Archives/©Imago/Rue des Archives

L’ancien ministre de la Culture postule au fauteuil d’Assia Djebar. L’élection aura lieu le 3 mars. Voici les trois raisons pour lesquelles il pourrait être élu. Et les trois raisons pour lesquelles il pourrait échouer.

Les trois raisons d’une élection possible

1) Bon camarade

On ne le sait pas, mais la Compagnie aime que le candidat ne soit pas un mauvais bougre. Alain Decaux avait brossé le profil idéal et donné l’explication «Pour être accueilli à l’Académie française, il faut démontrer sa notoriété, son talent et sa courtoisie. Les deux premières exigences vont de soi. La troisième ne demande qu’un peu de réflexion: nous allons fréquenter le nouvel élu pendant des années…», avait-il dit, citant son confrère, le diplomate Jacques Chastenet. Erik Orsenna avait résumé tout cela par ces paroles: «L’académie, c’est une compagnie, et, pour l’intégrer, il faut être un bon compagnon. Si c’est le meilleur des scientifiques et qu’il n’est pas d’un commerce agréable, il aura peu de chances d’être accueilli.»

2) Respectueux de l’institution

Ce n’est pas rien. Les immortels apprécient que l’élu joue le jeu de l’institution, notamment en étant présent aux séances du jeudi après-midi et, évidemment, en se rendant aux réceptions des académiciens. Le summum, mais il faut un peu de temps avant d’y accéder, est la participation à la séance de la Commission du dictionnaire qui se tient le jeudi matin. A ce propos, il ne faudrait pas qu’il prenne modèle sur celle qui a occupé le fauteuil auquel il postule: une fois élue, Assia Djebar a brillé par son absence.

3) Son parcours et son expérience

Frédéric Mitterrand a soixante-huit ans. Et un parcours aussi riche que diversifié. Il a été réalisateur, producteur, acteur, enseignant, animateur de télévision, journaliste. Le neveu de François Mitterrand est avant tout un écrivain. Il est connu grâce à ses émissions à la télévision (Étoiles et toiles, Du côté de chez Fred…). Mais le plus important, parmi toutes ces riches expériences, est son passage à la tête du ministère de la Culture durant près de trois années. Auparavant, il avait dirigé la Villa Médicis, une institution d’importance. D’une certaine manière, ce parcours littéraire, politique et institutionnel rappelle celui de Xavier Darcos, élu en juin 2013.

Les trois raisons d’un échec possible

1) Le «rituel» de l’humilité

Il y a, à l’Académie française, une sorte de «rituel» de l’humilité qui n’est pas toujours accepté par des candidats potentiels: ce n’est pas parce qu’on postule que l’on sera élu. Pour bien faire comprendre cette humilité, la Compagnie peut ne pas élire, dès la première présentation, une personnalité si célèbre soit-elle. La plupart des immortels ont eu à postuler plusieurs fois. Il arrive même qu’un homme politique de haute importance et de forte notoriété perde contre un poète anglais peu connu. On se souvient qu’en 2013, Jean-Noël Jeanneney, ancien ministre et ex-président de Radio France et de la BnF, avait été battu par Michaël Edwards (pour la petite histoire, Edwards avait postulé trois fois avant d’occuper le fauteuil de Jean Dutourd). Les immortels rappellent volontiers que le grand Victor Hugo a connu quatre défaites avant de rejoindre la Coupole.

2) Le côté people

Entre la notoriété et le côté people, le cœur de l’Académie française ne balance pas. Les immortels n’aiment les people, c’est-à-dire les personnalités qui font beaucoup de vent sans un véritable bagage culturel derrière. N’oublions pas que la mission première de la Compagnie est de défendre et de porter haut la langue française. Frédéric Mitterrand a été un homme de télévision, sa connaissance et sa culture sont évidemment reconnues

3) La surprise des votes

Il y a une règle intangible à l’Académie: une élection n’est jamais gagnée d’avance. Combien de fois a-t-on vu un candidat être sûr du nombre de voix qu’il allait décrocher pour s’installer au fauteuil d’immortel? Les anecdotes sont aussi nombreuses que savoureuses. À un candidat qui s’étonnait de ne pas être élu, on raconte que l’immortel Edgar Faure répondit: «Je vous ai donné ma parole, vous ne voudriez pas que je vous accorde ma voix.» C’est connu: «Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent.»

Lefigaro.fr par Mohammed Aissaoui

Hommage à Assia Djebar, « bougie » sur « le chemin des femmes »

février 13, 2015

Hommage à Assia Djebar, 'bougie' sur 'le chemin des femmes'
Hommage à Assia Djebar, « bougie » sur « le chemin des femmes » © AFP

« La bougie qui a éclairé le chemin des femmes est morte, s’est éteinte », lance Nadjet, venue comme de nombreuses Algériennes se recueillir devant la dépouille de la romancière Assia Djebar.

A l’arrivée du cercueil drapé de l’emblème national et porté par des agents de la protection civile, les youyous des femmes, présentes en force, fusent dans le Palais de la culture à Alger qui abrite également le ministère de la Culture.

« Nos vies ont été marquées par ses livres, son combat », lance une autre lectrice, tandis que ses compagnes acquiescent.

Assia Djebar, figure majeure de la littérature maghrébine d’expression française, décédée vendredi à Paris à l’âge de 78 ans, prônait l’émancipation des musulmanes et le dialogue des cultures.

Auprès de sa dépouille, sa famille reçoit avec dignité les hommages de personnalités mais surtout d’anonymes pleurant en silence la perte « d’un monument », « leur monument ».

Dans la salle, les femmes sont largement majoritaires, très peu portent le voile, et la moyenne d’âge tourne autour de la cinquantaine. Elles disent avoir été marquées par le talent et le combat de cette femme hors du commun, auteur prolifique et cinéaste.

« Elle m’a appris à me réconcilier avec moi-même et ma berbérité », souligne Dawia, une directrice d’école, rappelant qu’elle a « fait énormément de choses pour l?oralité ».

Dans un coin, des femmes retiennent leurs larmes, certaines en colère que cette grande dame n’ait pas eu un hommage national à la hauteur de sa vie, de son oeuvre.

– « Femmes accomplies » –

Née le 30 juin 1936 à Cherchell, à 100 km à l’ouest d’Alger, dans une famille de la petite bourgeoisie traditionnelle, Fatima Zohra Imalayène publie à 21 ans son premier roman, « La soif ». Comme nom de plume, elle choisit Assia Djebar.

Première femme musulmane admise à l’Ecole normale supérieure de Paris (1955), après une khâgne au lycée Fénelon, elle est aussi la première personnalité du Maghreb élue à l’Académie française (2005), après l’avoir été à l’Académie royale de Belgique, en 1999.

Souad, la quarantaine, cheveux noirs et yeux très verts, raconte comment elle a découvert l’auteur lorsqu’à dix ans son père lui a offert un exemplaire du livre « Les alouettes naïves » avec comme couverture une reproduction d’un tableau de Delacroix.

« J’ai montré une femme du tableau à mon père, raconte Souad, en lui disant: +je veux être comme elle+, il a pris ma main et m’a dit: +ce n’est pas elle qui est importante, c’est celle qui a écrit+ ».

« Deux ans plus tard, j’ai lu ce livre, puis les autres, mais mon préféré est +Nulle part dans la maison de mon père+ », un récit autobiographique paru en 2007, souligne cette lectrice.

Une autre se souvient avoir entendu Mme Djebar dire à la radio que les femmes qui avaient été accompagnées à l’école par leur père étaient des femmes accomplies. « Elle avait raison », assène-t-elle, soulignant avoir elle-même réussi avec le soutien de son père.

« Assia Djebar faisait partie des Immortels (en tant que membre de l’Académie française, NDLR), faisons en sorte qu’elle le reste », lance Souad.

« Le meilleur hommage que l’on puisse lui rendre est de lire ses livres et d’enseigner son oeuvre dans les manuels scolaires algériens, » renchérit Hassina, belle brune, ingénieur en travaux public.

Assia Djebar doit être enterrée vendredi à 9H00 GMT dans sa ville natale, Cherchell, où sa dépouille a été transféré à l’issue de l’hommage algérois.

Jeuneafrique.com avec AFP

Décès de la romancière algérienne Assia Djebar, membre de l’Académie française

février 7, 2015

Alger – L’écrivaine algérienne Assia Djebar, membre de l’Académie française, est décédée vendredi à 78 ans dans un hôpital parisien, trois ans après avoir été pressentie pour le prix Nobel de littérature, a annoncé samedi la radio publique algérienne.

La romancière, qui était également cinéaste, sera enterrée, selon ses voeux, dans son village natal de Cherchell, à l’ouest d’Alger, la semaine prochaine.

Née en 1936, Assia Djebar, de son vrai nom Fatima Zohra Imalyène, a commencé sa carrière littéraire en 1957 avec La Soif, suivi en 1958 de l’ouvrage Les Impatients.

Connue pour son engagement en faveur des droits des femmes, Assia Djebar était considérée comme l’une des auteurs les plus célèbres et influentes du Maghreb.

Son oeuvre littéraire est traduite en 23 langues, selon le site de l’Académie française où elle avait été élue le 16 juin 2005 au fauteuil de Georges Vedel (5e fauteuil).

Assia Djebar a enseigné à Alger, puis à Paris et aux Etats-Unis. Elle a reçu de nombreux prix et distinctions durant sa carrière.

Romandie.com avec(©AFP / 07 février 2015 13h09)