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Guinée, Mali : les forces spéciales menacent-elles la démocratie ?

septembre 6, 2021
Des membres des forces armées guinéennes célèbrent l’arrestation du président Alpha Condé, lors du coup d’État à Conakry, le 5 septembre 2021.

Que ce soit Assimi Goïta au Mali ou Mamady Doumbouya en Guinée, le président en exercice a été renversé par le chef des forces spéciales, dans les deux cas. De quoi s’interroger sur le rôle de ces unités militaires d’élite et leur rapport avec le politique.

Avec le coup d’État mené en Guinée le 5 septembre 2021 par le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, il n’a échappé à personne que cet officier à la tête du Groupement des forces spéciales (GFS) commandait le même type d’unité militaire que le colonel Assimi Goïta, à la tête de la Transition malienne après un double coup d’État en août 2020 et mai 2021. Ce dernier commandait plus précisément le bataillon autonome des forces spéciales (BAFS).

Si la similitude relevée s’arrêtait là, on pourrait penser que c’est normal : ils sont tous les deux à la tête de l’une des unités les plus équipées et les mieux entraînées de leurs armées. Dès lors, l’initiative d’un coup d’État présente a priori moins de risque et donc plus de chance de succès.

Mais les commentaires des internautes et même de certains « spécialistes » tendent parfois à stigmatiser ces unités et donc à envisager leur démantèlement là où elles existent, et le statu quo là où elles n’existent pas, au motif incongru qu’elles seraient source de déstabilisation politique.

Ce faisant, on traiterait encore une fois par des soins cosmétiques approximatifs, la conséquence d’un problème purement politique, et non sa cause profonde.

Réforme de la défense guinéenne

Depuis 2010, la Guinée a mené, avec le soutien des partenaires techniques et financiers internationaux, une vaste réforme du secteur de la sécurité afin de  professionnaliser les Forces de défense et de sécurité, de mieux les préparer à assurer leurs missions, et surtout de les dépolitiser.

Ce dernier objectif n’est sans doute pas atteint et ce dernier coup d’État est à la fois le symptôme de cette incapacité à contenir les velléités putschistes de l’armée et à gouverner légitimement au service de l’intérêt général.

Pour autant, la réforme ne peut absolument pas être considérée globalement comme un échec. Si le pays a pu satisfaire les exigences onusiennes en déployant 712 personnels dont un bataillon de 650 Casques bleus de la Minusma à Kidal, c’est déjà une réussite. Surtout qu’une partie du personnel est armée par le GFS comme c’est le cas en Côte d’Ivoire et dans d’autres pays africains déployant des contingents dans les opérations de paix des Nations Unies.

La conjoncture politique, les turbulences et les aléas liés aux ambitions démesurées et au mépris des règles démocratiques par des politiques imbus de leur arrogance ne doivent pas faire occulter les impératifs sécuritaires censés être pris en charge par des unités telles que les forces spéciales, capables d’agir de manière autonome et décisive dans un environnement hostile.

Forces spéciales, un rempart indispensable

Face au terrorisme, au grand banditisme, aux prises d’otages complexes et autres actes criminels de grande ampleur, les forces spéciales par leurs capacités d’intervention rapide et robuste, restent un rempart dont aucun État, aucune armée ne choisirait raisonnablement de se priver.

Si même les seuls faits d’armes des Forces spéciales maliennes et guinéennes étaient d’avoir capturé des présidents à la légitimité discutable, leur démantèlement ne serait qu’un coup d’épée dans l’eau, car le danger peut venir de partout : des armées comme des insurgés qui ont en commun avec la population, de rejeter des régimes corrompus et déconnectés des aspirations des jeunes, largement majoritaires et suffisamment marginalisés.

Pour des raisons à peu près similaires, l’arme blindée-cavalerie est restée sous-équipée au Bénin pendant longtemps au motif que les putschistes des années 1960 et 1970 y provenaient. Au Burkina Faso, le régiment de sécurité présidentiel (RSP) de Blaise Compaoré a été dissous après sa chute en 2014 alors qu’il aurait pu être restructuré pour capitaliser les savoir-faire acquis et les réinvestir dans la lutte anti-terroriste.

Ne pas agir sous le coup de l’émotion

Les coups d’État constitutionnels et les coups d’État militaires constituent déjà des causes de recommencements perpétuels de la marche de l’Afrique subsaharienne francophone vers la stabilité politique et le progrès économique. Avec des outils de défense relativement précaires, il ne faudrait surtout pas agir sous le coup de l’émotion, par des décisions hâtives et sans discernement, en amputant les armées d’un bras opérationnel indispensable à la bonne exécution de leurs missions.

Nul ne sait où cette énième transition conduira la Guinée. Les promesses des militaires impréparés à l’exercice du pouvoir d’État se heurtent toujours face aux dures réalités du pouvoir politique. Pour peu que l’outil de défense peut être préservé, même avec ses insuffisances, il faut limiter la casse pour que le nouveau démarrage ne soit pas un retour à la case départ.

Avec Jeune Afrique par  Oswald Padonou

Docteur en sciences politiques. Enseignant et chercheur en relations internationales et études de sécurité

Mali – Tentative d’assassinat d’Assimi Goïta : le suspect meurt en détention

juillet 26, 2021
Assimi Goïta, le chef de l’État malien, arrive à la Grande Mosquée de Bamako pour la prière, quelques instants avant d’être la cible d’une tentative d’assassinat, le 20 juillet 2021.

L’homme qui a tenté de poignarder le président de la transition, le colonel Assimi Goïta, le 20 juillet dernier, est décédé en détention dimanche. Son identité n’a pas été dévoilée.

L’homme, qui était accusé d’avoir tenté mardi d’assassiner à l’arme blanche le président de transition au Mali, est « décédé », a indiqué dimanche soir le gouvernement malien. « Au cours des investigations […], son état de santé s’est dégradé. Admis au CHU Gabriel Touré, puis au CHU du Point G (deux hôpitaux de Bamako, NDLR), il est malheureusement décédé », a indiqué le gouvernement dans un communiqué lu sur la télévision publique ORTM. « Une autopsie a été immédiatement ordonnée pour déterminer les causes de son décès », selon le communiqué.

L’assaillant, dont l’identité n’a pas été dévoilée, s’était précipité vers l’homme fort du Mali durant la prière de l’Aïd al-Adha dans la Grande mosquée de Bamako et avait tenté de lui asséner un coup de couteau au niveau du cou.

Pas présenté aux autorités judiciaires

Le colonel Goïta, auteur de deux putschs en moins d’un an, dont celui qui a renversé le 18 août 2020 le président Ibrahim Boubacar Keïta, avait reçu immédiatement le soutien de ses gardes du corps qui avaient maîtrisé l’agresseur. Il était sorti indemne de l’attaque. Son agresseur, un homme d’apparence jeune vêtu d’un jeans et d’une chemise blanche, avait été appréhendé et emmené manu militari par la Sécurité d’État, les services de renseignement maliens.

Une enquête a été ouverte « pour fait de tentative d’assassinat et d’atteinte à la sûreté de l’État », selon les autorités. Les investigations « ont permis de mettre en évidence des indices corroboratifs des infractions sus-visées », a souligné dimanche le gouvernement.

Le suspect n’a été présenté à aucun moment aux autorités judiciaires, a indiqué dimanche soir une source judiciaire ayant requis l’anonymat.

« Le gouvernement rappelle toutefois que son décès ne fait pas obstacle à la poursuite de l’enquête déjà en cours au niveau du Parquet de la commune II (de Bamako), surtout que les premiers indices collectés et les informations recueillies indiquent qu’il ne s’agissait pas d’un élément isolé », a relevé le gouvernement, qui n’avait jusqu’ici privilégié aucune hypothèse.

Par Jeune Jeune Afrique avec AFP

Mali – Tentative d’assassinat d’Assimi Goïta : les premiers éléments de l’enquête

juillet 21, 2021
Assimi Goïta, le chef de l’État malien, arrive à la Grande Mosquée de Bamako pour la prière, quelques instants avant d’être la cible d’une tentative d’assassinat, le 20 juillet 2021.

Le chef de l’État malien célébrait la fête de la Tabaski dans la Grande mosquée de Bamako quand il a été victime d’une tentative d’assassinat au couteau. Retour sur cet évènement qui a secoué Bamako.

Ce qui devait être un jour de fête a bien failli tourner au drame. Ce mardi 20 juillet, à la suite de la prière de la Tabaski (Aïd el-Kébir), la fête du Sacrifice, à la Grande Mosquée de Bamako, le président de la transition malienne, le colonel Assimi Goïta, a été la cible d’une tentative d’assassinat.

Peu après 9 heures (heure de Bamako), alors que les fidèles se retirent avec l’imam Amadou Kallé, un individu armé d’un couteau tente de porter atteinte à la vie du chef de l’État, alors que ce dernier prenait la suite du prédicateur pour égorger un mouton, comme le veut la tradition. Rapidement, l’assaillant bute sur le cordon de sécurité qui entoure le président malien et est maîtrisé.

La sécurité rapprochée du président de la transition, en treillis, embarque l’agresseur à l’arrière d’un pick-up. Vêtu d’un boubou marron et le visage en partie dissimulé sous un chèche bleu, l’assaillant est un enseignant, selon un commissaire de police interrogé par l’AFP.

Zones d’ombre

Avec lui, un deuxième homme est embarqué par les forces de sécurité, qui le prennent pour un complice. Il s’agissait en fait d’un membre des forces spéciales, armé d’un pistolet, que la garde présidentielle n’avait pas reconnu.

Si plusieurs observateurs présents sur les lieux – journalistes ou hommes politiques – , ont assuré de prime abord que « deux ou trois personnes auraient participé à l’attaque », il semble, selon les premiers éléments de l’enquête, que l’assaillant a agit seul. « Les investigations sont en cours pour savoir combien de personnes sont impliquées, assure une source à la présidence. Pour l’heure, nous ne pouvons confirmer l’arrestation que d’un seul assaillant. » Dans le camp présidentiel, on affirme également que ce dernier était sous l’effet de la drogue. Ses motifs sont inconnus.

Le procureur de la République près la Cour d’appel de Bamako a annoncé, ce mardi 21 juillet, l’ouverture d’une enquête pour « atteinte à la sûreté de l’État » et « tentative d’assassinat ».

Escorté par une dizaine d’hommes – garde présidentielle, forces de police et militaires – le président Assimi Goïta est à son tour évacué des lieux sous les applaudissements de quelques hommes et femmes parés de leurs boubous de fête. Affichant une mine sereine, il prend même le temps de saluer de la main les curieux massés à l’entrée de la mosquée.  « Que dieu lui donne la force », scandent alors en bambara quelques badauds.

Derrière lui sortent plusieurs membres du gouvernement. Parmi eux, le Premier ministre Choguel Kokalla Maïga, qui, selon la tradition, s’est joint à la prière de la Grande mosquée, ainsi que plus ministres. Les familles fondatrices de Bamako sont elles aussi présentes.

À peine sorti de la Grande Mosquée, Assimi Goïta prend la direction de sa résidence de Kati à bord de son pick-up blanc. Sain et sauf, « le président n’a pas été blessé », confirme son entourage. L’un de ses gardes du corps aurait été « légèrement touché » à la main en tentant de retirer le couteau des mains de l’assaillant, affirme un proche de Goïta.

Appel à l’apaisement

Entouré de son Premier ministre et de plusieurs membres du gouvernement – Mossa Ag Attaher, ministre de la Jeunesse et des Sports, Lamine Seydou Traoré, ministre des Mines, de l’Énergie et l’Eau, Sadio Camara, ministre de la Défense et des anciens Combattants, Daoud Aly Mohammedine, ministre de la Sécurité et de la Protection civile, Mamadou Koné, ministre des Affaires Religieuses, et de Malick Diawara, président du Comité national de la transition (CNT) –, rassemblés « par solidarité autour du président », Assimi Goïta a adressé, depuis sa résidence de Kati, ses vœux aux Maliens en direct sur les ondes de l’ORTM, appelant « au pardon et à la cohésion» après l’attaque.

« Tout va bien, il y a toujours des mécontents qui peuvent vouloir tenter des choses […] J’aimerais rassurer l’opinion nationale et la communauté internationale que je vais très bien, a assuré le chef de l’État. Je souhaite une bonne fête de Tabaski à toute la communauté musulmane malienne. Cette fête est un moment de communion et de pardon. Je demande à tous les Maliens de saisir cette opportunité pour se pardonner et se réconcilier pour la stabilité et pour la paix au Mali. »

LES PROCHES DU PRÉSIDENT ÉVOQUENT « UNE TENTATIVE D’ASSASSINAT », ASSIMI GOÏTA PRÉFÈRE PARLER « D’ACTE ISOLÉ »

Les proches du président assurent qu’une enquête est en cours pour faire la lumière sur cette « tentative d’assassinat », qu’Assimi Goïta préfère qualifier « d’acte isolé ».

Après avoir prononcé ses vœux, Assimi Goïta a, selon la tradition, égorgé un mouton à sa résidence, avant d’aller se recueillir sur la tombe de sa mère, au cimetière de Kalabancoro, « afin de célébrer la Tabaski comme il se doit », confie l’un de ses collaborateurs.

Avec Jeune Afrique par Fatoumata Diallo et Manon Laplace

Mali : Assimi Goïta visé par une tentative d’assassinat lors de la prière de l’Aïd

juillet 20, 2021
Le colonel Assimi Goïta, ici le 24 août 2020 à Bamako après le coup d’État contre IBK, a poussé le président de la transition Bah N’Daw à la démission.

Le président de transition au Mali, le colonel Assimi Goïta, s’est déclaré mardi indemne, quelques heures après avoir été visé par une tentative d’assassinat à l’arme blanche durant la prière musulmane de l’Aïd al-Adha, à la Grande mosquée de Bamako.

Ancien chef d’un bataillon de forces spéciales, le colonel Goïta, auteur de deux putschs en moins d’un an, dont celui qui a renversé le 18 août 2020 le président Ibrahim Boubacar Keïta, ne se déplace d’ordinaire depuis onze mois jamais sans ses hommes, cagoulés et armés de fusils d’assaut.

Quelques heures après l’agression, les abords de la mosquée du roi Fayçal étaient paisibles comme le reste de la capitale en ce jour de Tabaski (surnom de la fête en Afrique de l’Ouest) où chacun selon la coutume se recueille en famille, selon des correspondants de l’AFP.

En milieu de matinée, après la prière, tandis que l’imam se dirigeait vers la sortie de la mosquée pour égorger le mouton sacrificiel, deux hommes se sont levés et ont tenté de poignarder le colonel Goïta, a constaté un journaliste de l’AFP.

Ils ont échoué. « Je vais très bien, aucun élément n’a été blessé », a déclaré le chef de l’Etat à la télévision nationale au journal de la mi-journée, précisant que cette agression avait été « maîtrisée ».

« Quand on est leader, il y a toujours des mécontents, il y a des gens qui à tout moment peuvent vouloir tenter des choses pour déstabiliser, tenter des actions isolées », a-t-il détaillé.

Les deux hommes –dont la répartition des rôles restait encore floue– ont été interpellés et emmenés dans les locaux de la Sécurité d’Etat (renseignement), selon une source proche de la présidence.

Ni M. Goïta, ni son Premier ministre Choguel Kokalla Maïga qui s’est également exprimé sur la télévision d’Etat, n’ont mentionné un second agresseur, faisant référence à une seule personne.

Interrogé par l’AFP pour savoir s’il s’agissait d’une « tentative d’assassinat », un responsable de la présidence de transition a répondu: « Oui, tout à fait ».

Aucune piste privilégiée

A Kati, ville-garnison à une quinzaine de km de Bamako, QG des militaires, M. Goïta a reçu plusieurs ministres venus exprimer leur « compassion », selon le communicant de la présidence, le commandant Baba Cissé.

L’un d’entre eux, Mossa Ag Attaher, ex-rebelle désormais ministre de la Jeunesse, s’est dit sur les réseaux sociaux « choqué et dégouté par la violence, la lâcheté et la barbarie de ceux qui ont tenté d’intenter à l’intégrité du chef de l’Etat ».

Mali: tentative d'assassinat manquee du president de transition lors de la priere de l'Aid

Dans la grande mosquée, Assimi Goïta était assis auprès d’autres dignitaires du régime, notamment des militaires putschistes comme Malick Diaw, qui dirige le Conseil national de transition (CNT, faisant office de Parlement).

Il était, fait rare depuis son apparition dans la sphère publique, en habit civil de tissu bazin bleu ciel, tenue typique des jours de fête.

Un des deux assaillants portait un turban, selon le même constat de l’AFP. Les deux étaient détenteurs d’armes blanches.

A la mi-journée mardi, aucune piste ne pouvait être privilégiée quant à leurs motivations, dans un pays très instable politiquement et en prise à des violences multiformes depuis 2012.

Ces violences, qui ont débuté par des rébellions indépendantiste puis jihadiste dans le Nord, se sont ensuite propagées au centre et au sud du Mali, se mêlant à des conflits intercommunautaires et à des attaques crapuleuses dans des zones où l’influence de l’Etat est très faible.

Le phénomène s’est depuis plusieurs années étendu aux Burkina Faso et Niger voisins, où opèrent également des groupes affiliés à Al-Qaïda ou à l’organisation Etat islamique (EI).

Bamako, d’habitude relativement épargnée par rapport au reste du pays, a connu depuis 2015 des attentats jihadistes, et a été le théâtre de deux coups d’Etat en moins d’un an.

Le dernier en date, en mai, a été mené par les mêmes colonels, conduits par le colonel Assimi Goïta, que celui d’août 2020, et a abouti à son investiture comme président de la transition.

Les militaires ont largement fait main basse sur le pouvoir. Mais le colonel Goïta comme le nouveau gouvernement, nommé par les militaires, ont assuré qu’ils tiendraient l’engagement de rendre les commandes aux civils après des élections prévues le 27 février 2022.

Par Le Point avec AFP et Agences

Mali : la Cedeao salue des « progrès » mais en attend davantage

juin 20, 2021
Le colonel Assimi Goïta, ici le 24 août 2020 à Bamako après le coup d’État contre IBK, a poussé le président de la transition Bah N’Daw à la démission.

La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a salué samedi des « évolutions positives » au Mali vers la restauration d’un pouvoir civil après un nouveau putsch en mai mais a exigé davantage de progrès pour réintégrer le pays dans ses instances.

Les chefs d’État de la Cedeao réunis en sommet à Accra, la capitale du Ghana, ont décidé de maintenir la suspension du Mali, décidée après le deuxième coup d’État en moins de neuf mois du colonel Assimi Goïta, le 24 mai.

« À ce stade, bien qu’ils aient constaté des évolutions positives, ils ont estimé devoir maintenir la suspension, car ils veulent vérifier la solidité des progrès accomplis », a déclaré aux journalistes le président de la Commission de la Cedeao, Jean-Claude Brou. « Les chefs d’État veulent davantage d’assurances sur ces progrès », a-t-il insisté.

Lors de son investiture en tant que nouveau président de transition, le 7 juin, le colonel Goïta, qui avait déjà renversé le 18 août 2020 le président Ibrahim Boubacar Keïta, réélu deux ans auparavant, a réitéré son engagement à organiser des élections en février 2022.

Pression internationale

Cet engagement avait été mis en doute lorsque le colonel Goïta a fait arrêter le 24 mai le président et le Premier ministre de transition, après la formation d’un nouveau gouvernement dont certaines figures du putsch d’août 2020 avaient été écartées de portefeuilles stratégiques. Aussitôt investi, le colonel Goïta a accédé à une des exigences de la communauté internationale en nommant un Premier ministre civil, Choguel Kokalla Maïga, qui a formé un gouvernement dans lequel plusieurs militaires putschistes retrouvent des postes clé.

La France, qui a réagi au coup de force du 24 mai par la suspension de ses opérations conjointes avec l’armée malienne après des années de coopération contre les jihadistes, a annoncé le 10 juin la fin programmée de son opération Barkhane au Sahel. Le président français Emmanuel Macron a déploré à cette occasion que la Cedeao ait choisi de « reconnaître un putschiste militaire » comme président de la transition au Mali. Cette décision « crée une mauvaise jurisprudence pour les Africains eux-mêmes (…) pour la Cedeao elle-même et par le précédent que cela crée chez beaucoup de voisins », a-t-il déclaré.

Par Jeune Afrique avec AFP

Mali: Le colonel Assimi Goita investit président de transition du Mali: vers des élections en 2002?

juin 7, 2021

Avec France24

Transition au Mali : le discours d’investiture d’Assimi Goïta très attendu

juin 7, 2021

Avec France24

La France suspend ses opérations militaires conjointes avec le Mali

juin 3, 2021
Le président français Emmanuel Macron prononce son discours après une réunion par vidéoconférence avec les dirigeants du G5 Sahel, le 16 février 2021 à Paris.

En réponse au coup de force du colonel Assimi Goïta, Paris annonce la suspension temporaire de sa coopération militaire avec le Mali.

Le geste en dit long sur la perception française du coup de force perpétré par Assimi Goïta au Mali. Ce jeudi 3 mai, le ministère français des Armées a annoncé la suspension temporaire de sa coopération militaire avec les autorités maliennes.

Lignes rouges

« Des exigences et des lignes rouges ont été posées par la Cedeao et par l’Union africaine pour clarifier le cadre de la transition politique au Mali. Il revient aux autorités maliennes d’y répondre rapidement. Dans l’attente de ces garanties, la France, après information de ses partenaires et des autorités maliennes, a décidé de suspendre, à titre conservatoire et temporaire, les opérations militaires conjointes avec les forces maliennes ainsi que les missions nationales de conseil à leur profit », a fait savoir le ministère. Ces décisions, ajoute-t-il, « seront réévaluées dans les jours à venir au regard des réponses qui seront fournies par les autorités maliennes ».

LE MESSAGE EST À LA FOIS TRÈS CLAIR ET TRÈS CONCRET

Concrètement, toutes les missions opérationnelles conjointes entre les militaires de la force française Barkhane et les Forces armées maliennes (Famas) sont donc suspendues dès ce jeudi 3 juin. « Le message est à la fois très clair et très concret, glisse une source française. Le président avait annoncé la couleur avec ses déclarations successives. Cette décision en est la suite logique. »

Avertissement et demandes

Après l’arrestation du président de la transition, Bah N’Daw, et de son Premier ministre, Moctar Ouane, par les militaires de l’ex-junte dirigée par le colonel Assimi Goïta, le 24 mai, Emmanuel Macron avait dénoncé un « coup d’État dans le coup d’État inacceptable ». Puis, dans une interview accordée à l’hebdomadaire français Le Journal du dimanche, il avait déclaré avoir « passé le message » aux dirigeants d’Afrique de l’Ouest qu’il « ne rester[ait] pas aux côtés d’un pays où il n’y a plus de légitimité démocratique ni de transition ».

Le 30 mai, les chefs d’État de la Cedeao étaient réunis en sommet extraordinaire à Accra, au Ghana, pour évoquer la situation au Mali. Ils ont décidé de suspendre Bamako des instances de l’organisation sous-régionale et condamné « le coup d’État » du 24 mai, tout en restant silencieux sur la désignation du colonel Goïta comme nouveau président de la transition malienne.

Les membres de la Cedeao ont également appelé à la nomination immédiate d’un « nouveau Premier ministre civil » et à la formation d’un « nouveau gouvernement inclusif » afin de poursuivre le programme de transition. Ils ont enfin réclamé le respect de la période de transition, fixée à dix-huit mois, et l’organisation d’élections au plus tard le 27 février 2022.

Du côté de Paris, on assure qu’un « retour à la normale » sera possible dès que les conditions fixées par la Cedeao seront remplies.

Avec Jeune Afrique par Benjamin Roger

Mali : la Cedeao entérine la nomination d’Assimi Goïta à la présidence

mai 31, 2021
Assimi Goïta, le 15 septembre à Accra.

Si le Mali est suspendu des instances de la Cedeao, et que les chefs d’État ouest africains ont condamné le second coup d’État mené en moins d’un an par Assimi Goïta, ils sont restés silencieux sur la désignation de ce dernier au poste de président.

Contrairement à ce que les chefs d’État avaient décidé après le coup d’État du 18 août 2020 contre Ibrahim Boubacar Keïta, les chefs d’État de la Cedeao n’ont, cette fois, pas voulu recourir aux sanctions économiques à l’encontre du Mali. En tout cas, pas dans l’immédiat.

La réunion d’Accra s’est tenue dimanche 30 mai 2021 alors que, vendredi, la Cour constitutionnelle malienne a déclaré le colonel Assimi Goïta président de la transition, prenant donc acte de la nouvelle donne à Bamako, et parachevant le putsch mené le 24 mai dernier par le chef de la junte qui avait déjà poussé IBK à la démission.

Alassane Ouattara, le président de la Côte d’Ivoire, Muhammadu Buhari, le président nigérian, ou encore Roch Marc Christian Kaboré du Burkina Faso, ont participé à ce sommet extraordinaire, auquel le colonel Goïta avait également été convié, mais n’a pas participé aux discussions à huis clos.

Dans leur communiqué final, les chefs d’État « exigent la libération immédiate de l’ancien président et du Premier ministre de la Transition qui sont assignés à résidence » depuis leur arrestation le 24 mai par les hommes d’Assimi Goïta.  Ils « condamnent ce récent coup d’État », qui constitue une « violation » de la charte de la transition ainsi que des engagements pris par les autorités maliennes lors du sommet qui s’était tenu le 15 septembre 2020, au Ghana.

La Cedeao prend acte

Condamnant « toutes les actions qui ont conduit à l’instabilité persistante au Mali et ses conséquences dans la région », la Cedeao a donc décidé de « suspendre le Mali de toutes les institutions rattachées à la Cedeao ».

L’organisation régionale appelle en outre à la nomination immédiate d’un « nouveau Premier ministre civil » et à la formation d’un « nouveau gouvernement inclusif » afin de poursuivre le programme de transition. Elle réclame également le respect de la période de transition fixée à dix-huit mois et, donc l’organisation d’élections au plus tard le 27 février 2022 pour que le pouvoir soit transmis aux civils.

Rappelant l’engagement pris lors du sommet d’Accra sur l’impossibilité pour les personnalités ayant exercé les fonctions de vice-président et de Premier ministre de la transition de « quelles que soient les circonstances, être candidates à l’élection présidentielle à venir ».

La Cedeao enjoint par ailleurs aux organisations internationales (Union africaine, Nations unies et Union européenne), de « continuer de soutenir le Mali » dans la mise en œuvre de la transition.

Si les termes peuvent paraître fermes, l’option choisie par la Cedeao est clairement celle de la reconnaissance de l’état de fait. Les chefs d’État ouest-africains n’ont ainsi, à aucun moment, nommément cité Assimi Goïta dans leur communiqué final. En réclamant la nomination d’un nouveau Premier ministre et d’un nouveau gouvernement, ils prennent acte de la désignation du militaire en tant que président de la transition.

Mise en garde de Macron

Les débats ont été intenses au sein de la Cedeao. Le président ivoirien Alassane Ouattara, particulièrement impliqué dans le dossier, était partisan d’une ligne « dure » à l’encontre d’Assimi Goïta. Mais l’attitude de Bah N’Daw aurait déplu à plusieurs des chefs d’État ouest-africains, qui lui reprochent d’avoir tenu à écarter deux membres de l’ancienne junte du gouvernement – les colonels Sadio Camara (Défense) et Modibo Koné (Sécurité) – malgré l’opposition d’Assimi Goïta et les tentatives de médiations menées, notamment, par le président togolais Faure Gnassingbé.

De son côté, le président français Emmanuel Macron a, dans un entretien accordé au Journal du Dimanche ce 30 mai, mis en garde sur un possible retrait des forces militaires françaises engagées dans la lutte contre les jihadistes. « Au président malien Bah N’daw, qui était très rigoureux sur l’étanchéité entre le pouvoir et les jihadistes, j’avais dit : “L’islamisme radical au Mali avec nos soldats sur place ? Jamais de la vie !” Il y a aujourd’hui cette tentation au Mali. Mais si cela va dans ce sens, je me retirerais », a-t-il assuré. Emmanuel Macron a également affirmé avoir « passé le message » à ses homologues ouest-africains que la France « ne resterait pas aux côtés d’un pays où il n’y a plus de légitimité démocratique ni de transition ».

Par Jeune Afrique

Macron menace de retirer les soldats français si le Mali « va dans le sens » de l’islamisme radical

mai 30, 2021

Avec France24