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Mali : la junte dénonce des « sanctions illégales et illégitimes »

janvier 10, 2022
Assimi Goïta, ici lors d’une précédente réunion de la Cedeao, à Accra, le 15 septembre 2020. © Reuters/Francis Kokoroko

La réaction de Bamako ne s’est pas faite attendre. Quelques heures après que la Cedeao a brutalement durci sa position vis-à-vis des autorités de transition, le porte-parole du gouvernement a répliqué à la télévision nationale. Il dénonce l’influence de « puissances extrarégionales ».

Entre la Cedeao et les autorités maliennes, le bras de fer, bel et bien engagé, est de plus en plus tendu. La vivacité de la réponse de Bamako est à la hauteur de la dureté des mesures décidées par l’organisation ouest-africaine, le 9 janvier à Accra. « Le gouvernement du Mali condamne énergiquement ces sanctions illégales et illégitimes », a affirmé le soir-même, à la télévision nationale, le colonel Abdoulaye Maïga, porte-parole du gouvernement.

Sanglé dans son uniforme, il a également annoncé le rappel des ambassadeurs accrédités dans les pays membres de la Cedeao ainsi que la fermeture des frontières terrestres et aériennes avec ces pays. « Le gouvernement du Mali regrette que des organisations sous-régionales ouest-africaines se fassent instrumentaliser par des puissances extrarégionales aux desseins inavoués », a-t-il ajouté, sans nommer ces « puissances ».

Grande sévérité

Le 9 janvier, la Cedeao et l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) ont adopté toute une série de mesures économiques et diplomatiques à l’encontre du Mali, destinées à sanctionner la junte, qui souhaite se maintenir au pouvoir plusieurs années encore. Alors que le gouvernement de transition s’était, dans un premier temps, engagé à organiser des élections présidentielle et législatives le 27 février 2022, il envisage désormais de ne rendre le pouvoir que dans un délai allant de six mois à cinq ans.

La proposition de la junte malienne d’organiser la présidentielle en décembre 2026 est « totalement inacceptable », estime la Cedeao. Elle « signifie qu’un gouvernement militaire de transition illégitime prendra le peuple malien en otage au cours des cinq prochaines années ».

La Cedeao a aussi décidé de couper son aide financière et de geler les avoirs du Mali à la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), tout en maintenant les échanges commerciaux en ce qui concerne les produits de première nécessité. Les pays membres vont rappeler leurs ambassadeurs au Mali. Ces sanctions prennent effet immédiatement, ont-ils précisé. Elles ne seront levées progressivement que lorsque les autorités maliennes présenteront un calendrier « acceptable » et que des progrès satisfaisants seront observés dans la mise en œuvre de celui-ci.

Ces sanctions sont plus rigoureuses encore que celles qui avaient été adoptées après le putsch d’août 2020 et qui, en pleine pandémie, avaient été durement ressenties. Elles avaient alors forcé la junte à s’engager à rendre le pouvoir aux civils dans un délai de dix-huit mois maximum suivant des élections.

Une « plaisanterie »

Invoquant l’insécurité persistante qui prévaut dans le pays, la junte se dit aujourd’hui dans l’incapacité d’organiser des élections présidentielle et législatives comme prévu à la fin de février 2022. Elle souligne la nécessité de réformes préalables pour que les scrutins ne soient pas contestés, à l’instar des précédents. Pressentant le courroux ouest-africain, la junte avait dépêché le 8 janvier à Accra Abdoulaye Diop, son ministre des Affaires étrangères, ainsi que le colonel Abdoulaye Maïga, les chargeant de soumettre à leurs interlocuteurs un calendrier révisé.

« La contre-proposition malienne est une transition de quatre ans. C’est une plaisanterie », souligne un haut responsable ghanéen, dont le pays assure actuellement la présidence de la Cedeao. Selon les informations de Jeune Afrique, les ministres maliens ont proposé que les cinq années de pouvoir supplémentaires qu’ils demandaient soient ramenées à deux.

Pour l’organisation, dont la crédibilité est en jeu, il s’agit de défendre le principe fondamental de gouvernance, de faire cesser « la contagion du fait accompli » et de contenir l’instabilité régionale. C’était la huitième fois depuis août 2020 (sans compter les sommets ordinaires) que les dirigeants ouest-africains se retrouvaient, en présentiel ou en visioconférence, pour parler spécifiquement du Mali (et de la Guinée, qui, en septembre 2021, a également connu un putsch). La Cedeao avait déjà suspendu le Mali de ses organes de décision. Elle lui avait imposé un gel de ses avoirs financiers et avait édicté une interdiction de voyager à cent cinquante personnalités maliennes, coupables selon elle de faire obstacle aux élections. Ces sanctions restent en vigueur.

Par Jeune Afrique avec AFP

Transition au Mali : en avant pour le marchandage

janvier 4, 2022
. © Damien Glez

Après seize mois au pouvoir, la junte d’Assimi Goïta continue de réfléchir, à voix haute, à la suite des évènements. Les résolutions des Assises nationales de la refondation n’alimentent-elle qu’un surplace ?

C’est bien connu : dans un marché populaire, le margoulin qui veut vendre sa pacotille à 500 F CFA en réclamera d’abord 2 000 au client, avant d’affirmer qu’il ne cédera la bimbeloterie à 1 000 F CFA qu’à perte, et uniquement parce qu’il s’agit là du premier client de la journée – porte-bonheur – ou le dernier chaland – consolateur. Et ceci avant de conclure : « donne ce que tu as ».

Entre deux réveillons, les observateurs de la situation malienne espéraient l’annonce d’un chronogramme politique susceptible de projeter le Mali, dès 2022, vers un renouveau démocratique. Dans leurs résolutions, les Assises nationales de la refondation ont recommandé une prolongation de la transition de six mois à… cinq ans.À LIREMali : Assimi Goïta saura-t-il adoucir la Cedeao ?

Certes, les tâches présentées comme préalables et donc prioritaires sont légion : réforme de la Constitution, adoption d’une nouvelle loi électorale, mise en place d’un organe unique de gestion des élections ou encore amélioration de la situation sécuritaire. Mais la fourchette de prolongation de la transition – de six à soixante mois, soit un rapport de 1 à 10 – est étrangement large. Faut-il voir dans le sursis potentiel de 1 800 jours de la présidence Goïta la première base de négociation avec une Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) quelque peu grognonne ? Cette base à laquelle, sur le marché, ne croient ni le vendeur ni le client ?

Le flou allié de la junte ?

L’échéancier proposé par le gouvernement malien, dans l’apathie du jour de l’An, au chef de l’État ghanéen Nana Akufo-Addo, président en exercice de l’institution sous-régionale, table sur la tenue d’un référendum constitutionnel en janvier 2024, des élections législatives et sénatoriales couplées en novembre 2025 et une élection présidentielle au plus tard en décembre 2026.

BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN

Dès le lendemain de la proposition, une dizaine d’organisations politiques maliennes rejetaient le projet de prolongation, qui « violerait » la propre charte de la transition, par « une tentative de confiscation du pouvoir par la force et la ruse ». Mais la junte s’en soucie-t-elle ? Le médiateur de la Cedeao, Goodluck Jonathan, est attendu à Bamako le 5 janvier. Et, dimanche 9 janvier, devrait se tenir un sommet extraordinaire des chefs d’État de l’organisation…

« Beaucoup de bruit pour rien », aurait peut-être écrit le dramaturge William Shakespeare à l’issue des Assises. La décision de la junte est-elle une absence consciente de décision ? La fourchette surréaliste de la prolongation éventuelle de la transition ne sert-elle qu’à jouer la montre dans un marchandage à prolonger ? Certains considèrent que le flou est l’allié de la junte, en matière de légitimation politique comme de partenariat sécuritaire.

Qui nierait que le Mali a toute latitude pour choisir souverainement ses partenaires sur le terrain militaire ? Personne de sensé. Pourtant, le Mali a-t-il choisi clairement ? Combien de temps faut-il pour annoncer officiellement le déploiement d’un contingent paramilitaire du groupe Wagner que certains semblent observer ? La diplomatie n’est pas plus un jeu de bonneteau que de devinettes.

Damien Glez

Avec Jeune Afrique par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Diplomatie : Emmanuel Macron sera le 20 décembre à Bamako

décembre 15, 2021

Le président français sera au Mali pour rencontrer son homologue Assimi Goïta et partager officiellement un dîner de Noël avec les soldats français. Un voyage surprise et inédit dans les relations entre la France et l’Afrique.

Depuis des mois, le patron de la junte militaire malienne, Assimi Goïta, ne prend plus Emmanuel Macron au téléphone, après que ce dernier eut dénoncé « le deuxième coup d’Etat » au Mali. A l’occasion de son déplacement à Bamako, le chef de l’Etat français va annoncer un retrait partiel de la force Barkhane sans consulter ses partenaires africains.  Son voyage interroge quant à la cohérence diplomatique de la France, après avoir réduit son effectif militaire au Mali. Les deux hautes personnalités devraient s’entretenir sur la nécessité de la transition et l’organisation des élections ; et l’opposition de Paris à la présence militaire russe au Mali. Cette visite est à risque, compte tenu de l’hostilité manifestée ces derniers mois par la population malienne face aux soldats français.

Les effectifs militaires français ont décru depuis l’annonce d’Emmanuel Macron de se désengager progressivement du Mali. « Nous étions environ 5 000 militaires au Sahel à l’été 2021, nous serons environ 3 000 à l’été 2022 », a indiqué le général Laurent Michon, commandant de l’opération Barkhane. De nouvelles réductions auront lieu d’ici à 2023.

Après le départ des soldats Barkhane installés au Mali depuis 2013, l’armée de ce pays a annoncé avoir repris la ville de Tombouctou. Les Forces maliennes vont assurer la sécurité. « On a formé les forces armées maliennes à la protection de l’emprise et au guidage aérien avant qu’ils nous relèvent », a déclaré le capitaine Florian, commandant de l’unité chargée du désengagement de Tombouctou. Alors que les Maliens goûtent peu à peu le retour de leur emprise sur leur pays, les Français eux parlent d’un désengagement planifié.

Pour autant, la France n’a pas quitté définitivement le Mali. Ses soldats sont déployés dans la région des « Trois frontières (Mali, Niger, Burkina Faso) », un zone d’influence djihadiste au Sahel.  Concernant les élections au Mali – prévues en février 2022 -, le président sénégalais, Macky Sall, n’est pas opposé à leur report, à condition que « les autorités donnent des arguments qui tiennent », a-t-il déclaré, laissant  entrevoir une possible prolongation de la transition. Il ajoute cependant : « Nous ne pouvons pas accepter que les militaires prennent le pouvoir par les armes, cela n’est pas acceptable. Nous sommes en démocratie et le pouvoir se conquiert par des élections. Les pays peuvent avoir des crises mais les coups d’Etat ne sont pas des solutions ».

Dans une communication officielle adressée à la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest, les autorités maliennes font savoir qu’elles transmettront le chronogramme des élections au plus tard le 31 janvier 2022. Mais on craint que l’échéance du 27 février 2022 pour la tenue des élections ne soit pas respectée.

Avec Adiac-Congo par Noël Ndong

Guinée, Mali : les forces spéciales menacent-elles la démocratie ?

septembre 6, 2021
Des membres des forces armées guinéennes célèbrent l’arrestation du président Alpha Condé, lors du coup d’État à Conakry, le 5 septembre 2021.

Que ce soit Assimi Goïta au Mali ou Mamady Doumbouya en Guinée, le président en exercice a été renversé par le chef des forces spéciales, dans les deux cas. De quoi s’interroger sur le rôle de ces unités militaires d’élite et leur rapport avec le politique.

Avec le coup d’État mené en Guinée le 5 septembre 2021 par le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, il n’a échappé à personne que cet officier à la tête du Groupement des forces spéciales (GFS) commandait le même type d’unité militaire que le colonel Assimi Goïta, à la tête de la Transition malienne après un double coup d’État en août 2020 et mai 2021. Ce dernier commandait plus précisément le bataillon autonome des forces spéciales (BAFS).

Si la similitude relevée s’arrêtait là, on pourrait penser que c’est normal : ils sont tous les deux à la tête de l’une des unités les plus équipées et les mieux entraînées de leurs armées. Dès lors, l’initiative d’un coup d’État présente a priori moins de risque et donc plus de chance de succès.

Mais les commentaires des internautes et même de certains « spécialistes » tendent parfois à stigmatiser ces unités et donc à envisager leur démantèlement là où elles existent, et le statu quo là où elles n’existent pas, au motif incongru qu’elles seraient source de déstabilisation politique.

Ce faisant, on traiterait encore une fois par des soins cosmétiques approximatifs, la conséquence d’un problème purement politique, et non sa cause profonde.

Réforme de la défense guinéenne

Depuis 2010, la Guinée a mené, avec le soutien des partenaires techniques et financiers internationaux, une vaste réforme du secteur de la sécurité afin de  professionnaliser les Forces de défense et de sécurité, de mieux les préparer à assurer leurs missions, et surtout de les dépolitiser.

Ce dernier objectif n’est sans doute pas atteint et ce dernier coup d’État est à la fois le symptôme de cette incapacité à contenir les velléités putschistes de l’armée et à gouverner légitimement au service de l’intérêt général.

Pour autant, la réforme ne peut absolument pas être considérée globalement comme un échec. Si le pays a pu satisfaire les exigences onusiennes en déployant 712 personnels dont un bataillon de 650 Casques bleus de la Minusma à Kidal, c’est déjà une réussite. Surtout qu’une partie du personnel est armée par le GFS comme c’est le cas en Côte d’Ivoire et dans d’autres pays africains déployant des contingents dans les opérations de paix des Nations Unies.

La conjoncture politique, les turbulences et les aléas liés aux ambitions démesurées et au mépris des règles démocratiques par des politiques imbus de leur arrogance ne doivent pas faire occulter les impératifs sécuritaires censés être pris en charge par des unités telles que les forces spéciales, capables d’agir de manière autonome et décisive dans un environnement hostile.

Forces spéciales, un rempart indispensable

Face au terrorisme, au grand banditisme, aux prises d’otages complexes et autres actes criminels de grande ampleur, les forces spéciales par leurs capacités d’intervention rapide et robuste, restent un rempart dont aucun État, aucune armée ne choisirait raisonnablement de se priver.

Si même les seuls faits d’armes des Forces spéciales maliennes et guinéennes étaient d’avoir capturé des présidents à la légitimité discutable, leur démantèlement ne serait qu’un coup d’épée dans l’eau, car le danger peut venir de partout : des armées comme des insurgés qui ont en commun avec la population, de rejeter des régimes corrompus et déconnectés des aspirations des jeunes, largement majoritaires et suffisamment marginalisés.

Pour des raisons à peu près similaires, l’arme blindée-cavalerie est restée sous-équipée au Bénin pendant longtemps au motif que les putschistes des années 1960 et 1970 y provenaient. Au Burkina Faso, le régiment de sécurité présidentiel (RSP) de Blaise Compaoré a été dissous après sa chute en 2014 alors qu’il aurait pu être restructuré pour capitaliser les savoir-faire acquis et les réinvestir dans la lutte anti-terroriste.

Ne pas agir sous le coup de l’émotion

Les coups d’État constitutionnels et les coups d’État militaires constituent déjà des causes de recommencements perpétuels de la marche de l’Afrique subsaharienne francophone vers la stabilité politique et le progrès économique. Avec des outils de défense relativement précaires, il ne faudrait surtout pas agir sous le coup de l’émotion, par des décisions hâtives et sans discernement, en amputant les armées d’un bras opérationnel indispensable à la bonne exécution de leurs missions.

Nul ne sait où cette énième transition conduira la Guinée. Les promesses des militaires impréparés à l’exercice du pouvoir d’État se heurtent toujours face aux dures réalités du pouvoir politique. Pour peu que l’outil de défense peut être préservé, même avec ses insuffisances, il faut limiter la casse pour que le nouveau démarrage ne soit pas un retour à la case départ.

Avec Jeune Afrique par  Oswald Padonou

Docteur en sciences politiques. Enseignant et chercheur en relations internationales et études de sécurité

Mali – Tentative d’assassinat d’Assimi Goïta : le suspect meurt en détention

juillet 26, 2021
Assimi Goïta, le chef de l’État malien, arrive à la Grande Mosquée de Bamako pour la prière, quelques instants avant d’être la cible d’une tentative d’assassinat, le 20 juillet 2021.

L’homme qui a tenté de poignarder le président de la transition, le colonel Assimi Goïta, le 20 juillet dernier, est décédé en détention dimanche. Son identité n’a pas été dévoilée.

L’homme, qui était accusé d’avoir tenté mardi d’assassiner à l’arme blanche le président de transition au Mali, est « décédé », a indiqué dimanche soir le gouvernement malien. « Au cours des investigations […], son état de santé s’est dégradé. Admis au CHU Gabriel Touré, puis au CHU du Point G (deux hôpitaux de Bamako, NDLR), il est malheureusement décédé », a indiqué le gouvernement dans un communiqué lu sur la télévision publique ORTM. « Une autopsie a été immédiatement ordonnée pour déterminer les causes de son décès », selon le communiqué.

L’assaillant, dont l’identité n’a pas été dévoilée, s’était précipité vers l’homme fort du Mali durant la prière de l’Aïd al-Adha dans la Grande mosquée de Bamako et avait tenté de lui asséner un coup de couteau au niveau du cou.

Pas présenté aux autorités judiciaires

Le colonel Goïta, auteur de deux putschs en moins d’un an, dont celui qui a renversé le 18 août 2020 le président Ibrahim Boubacar Keïta, avait reçu immédiatement le soutien de ses gardes du corps qui avaient maîtrisé l’agresseur. Il était sorti indemne de l’attaque. Son agresseur, un homme d’apparence jeune vêtu d’un jeans et d’une chemise blanche, avait été appréhendé et emmené manu militari par la Sécurité d’État, les services de renseignement maliens.

Une enquête a été ouverte « pour fait de tentative d’assassinat et d’atteinte à la sûreté de l’État », selon les autorités. Les investigations « ont permis de mettre en évidence des indices corroboratifs des infractions sus-visées », a souligné dimanche le gouvernement.

Le suspect n’a été présenté à aucun moment aux autorités judiciaires, a indiqué dimanche soir une source judiciaire ayant requis l’anonymat.

« Le gouvernement rappelle toutefois que son décès ne fait pas obstacle à la poursuite de l’enquête déjà en cours au niveau du Parquet de la commune II (de Bamako), surtout que les premiers indices collectés et les informations recueillies indiquent qu’il ne s’agissait pas d’un élément isolé », a relevé le gouvernement, qui n’avait jusqu’ici privilégié aucune hypothèse.

Par Jeune Jeune Afrique avec AFP

Mali – Tentative d’assassinat d’Assimi Goïta : les premiers éléments de l’enquête

juillet 21, 2021
Assimi Goïta, le chef de l’État malien, arrive à la Grande Mosquée de Bamako pour la prière, quelques instants avant d’être la cible d’une tentative d’assassinat, le 20 juillet 2021.

Le chef de l’État malien célébrait la fête de la Tabaski dans la Grande mosquée de Bamako quand il a été victime d’une tentative d’assassinat au couteau. Retour sur cet évènement qui a secoué Bamako.

Ce qui devait être un jour de fête a bien failli tourner au drame. Ce mardi 20 juillet, à la suite de la prière de la Tabaski (Aïd el-Kébir), la fête du Sacrifice, à la Grande Mosquée de Bamako, le président de la transition malienne, le colonel Assimi Goïta, a été la cible d’une tentative d’assassinat.

Peu après 9 heures (heure de Bamako), alors que les fidèles se retirent avec l’imam Amadou Kallé, un individu armé d’un couteau tente de porter atteinte à la vie du chef de l’État, alors que ce dernier prenait la suite du prédicateur pour égorger un mouton, comme le veut la tradition. Rapidement, l’assaillant bute sur le cordon de sécurité qui entoure le président malien et est maîtrisé.

La sécurité rapprochée du président de la transition, en treillis, embarque l’agresseur à l’arrière d’un pick-up. Vêtu d’un boubou marron et le visage en partie dissimulé sous un chèche bleu, l’assaillant est un enseignant, selon un commissaire de police interrogé par l’AFP.

Zones d’ombre

Avec lui, un deuxième homme est embarqué par les forces de sécurité, qui le prennent pour un complice. Il s’agissait en fait d’un membre des forces spéciales, armé d’un pistolet, que la garde présidentielle n’avait pas reconnu.

Si plusieurs observateurs présents sur les lieux – journalistes ou hommes politiques – , ont assuré de prime abord que « deux ou trois personnes auraient participé à l’attaque », il semble, selon les premiers éléments de l’enquête, que l’assaillant a agit seul. « Les investigations sont en cours pour savoir combien de personnes sont impliquées, assure une source à la présidence. Pour l’heure, nous ne pouvons confirmer l’arrestation que d’un seul assaillant. » Dans le camp présidentiel, on affirme également que ce dernier était sous l’effet de la drogue. Ses motifs sont inconnus.

Le procureur de la République près la Cour d’appel de Bamako a annoncé, ce mardi 21 juillet, l’ouverture d’une enquête pour « atteinte à la sûreté de l’État » et « tentative d’assassinat ».

Escorté par une dizaine d’hommes – garde présidentielle, forces de police et militaires – le président Assimi Goïta est à son tour évacué des lieux sous les applaudissements de quelques hommes et femmes parés de leurs boubous de fête. Affichant une mine sereine, il prend même le temps de saluer de la main les curieux massés à l’entrée de la mosquée.  « Que dieu lui donne la force », scandent alors en bambara quelques badauds.

Derrière lui sortent plusieurs membres du gouvernement. Parmi eux, le Premier ministre Choguel Kokalla Maïga, qui, selon la tradition, s’est joint à la prière de la Grande mosquée, ainsi que plus ministres. Les familles fondatrices de Bamako sont elles aussi présentes.

À peine sorti de la Grande Mosquée, Assimi Goïta prend la direction de sa résidence de Kati à bord de son pick-up blanc. Sain et sauf, « le président n’a pas été blessé », confirme son entourage. L’un de ses gardes du corps aurait été « légèrement touché » à la main en tentant de retirer le couteau des mains de l’assaillant, affirme un proche de Goïta.

Appel à l’apaisement

Entouré de son Premier ministre et de plusieurs membres du gouvernement – Mossa Ag Attaher, ministre de la Jeunesse et des Sports, Lamine Seydou Traoré, ministre des Mines, de l’Énergie et l’Eau, Sadio Camara, ministre de la Défense et des anciens Combattants, Daoud Aly Mohammedine, ministre de la Sécurité et de la Protection civile, Mamadou Koné, ministre des Affaires Religieuses, et de Malick Diawara, président du Comité national de la transition (CNT) –, rassemblés « par solidarité autour du président », Assimi Goïta a adressé, depuis sa résidence de Kati, ses vœux aux Maliens en direct sur les ondes de l’ORTM, appelant « au pardon et à la cohésion» après l’attaque.

« Tout va bien, il y a toujours des mécontents qui peuvent vouloir tenter des choses […] J’aimerais rassurer l’opinion nationale et la communauté internationale que je vais très bien, a assuré le chef de l’État. Je souhaite une bonne fête de Tabaski à toute la communauté musulmane malienne. Cette fête est un moment de communion et de pardon. Je demande à tous les Maliens de saisir cette opportunité pour se pardonner et se réconcilier pour la stabilité et pour la paix au Mali. »

LES PROCHES DU PRÉSIDENT ÉVOQUENT « UNE TENTATIVE D’ASSASSINAT », ASSIMI GOÏTA PRÉFÈRE PARLER « D’ACTE ISOLÉ »

Les proches du président assurent qu’une enquête est en cours pour faire la lumière sur cette « tentative d’assassinat », qu’Assimi Goïta préfère qualifier « d’acte isolé ».

Après avoir prononcé ses vœux, Assimi Goïta a, selon la tradition, égorgé un mouton à sa résidence, avant d’aller se recueillir sur la tombe de sa mère, au cimetière de Kalabancoro, « afin de célébrer la Tabaski comme il se doit », confie l’un de ses collaborateurs.

Avec Jeune Afrique par Fatoumata Diallo et Manon Laplace

Mali : Assimi Goïta visé par une tentative d’assassinat lors de la prière de l’Aïd

juillet 20, 2021
Le colonel Assimi Goïta, ici le 24 août 2020 à Bamako après le coup d’État contre IBK, a poussé le président de la transition Bah N’Daw à la démission.

Le président de transition au Mali, le colonel Assimi Goïta, s’est déclaré mardi indemne, quelques heures après avoir été visé par une tentative d’assassinat à l’arme blanche durant la prière musulmane de l’Aïd al-Adha, à la Grande mosquée de Bamako.

Ancien chef d’un bataillon de forces spéciales, le colonel Goïta, auteur de deux putschs en moins d’un an, dont celui qui a renversé le 18 août 2020 le président Ibrahim Boubacar Keïta, ne se déplace d’ordinaire depuis onze mois jamais sans ses hommes, cagoulés et armés de fusils d’assaut.

Quelques heures après l’agression, les abords de la mosquée du roi Fayçal étaient paisibles comme le reste de la capitale en ce jour de Tabaski (surnom de la fête en Afrique de l’Ouest) où chacun selon la coutume se recueille en famille, selon des correspondants de l’AFP.

En milieu de matinée, après la prière, tandis que l’imam se dirigeait vers la sortie de la mosquée pour égorger le mouton sacrificiel, deux hommes se sont levés et ont tenté de poignarder le colonel Goïta, a constaté un journaliste de l’AFP.

Ils ont échoué. « Je vais très bien, aucun élément n’a été blessé », a déclaré le chef de l’Etat à la télévision nationale au journal de la mi-journée, précisant que cette agression avait été « maîtrisée ».

« Quand on est leader, il y a toujours des mécontents, il y a des gens qui à tout moment peuvent vouloir tenter des choses pour déstabiliser, tenter des actions isolées », a-t-il détaillé.

Les deux hommes –dont la répartition des rôles restait encore floue– ont été interpellés et emmenés dans les locaux de la Sécurité d’Etat (renseignement), selon une source proche de la présidence.

Ni M. Goïta, ni son Premier ministre Choguel Kokalla Maïga qui s’est également exprimé sur la télévision d’Etat, n’ont mentionné un second agresseur, faisant référence à une seule personne.

Interrogé par l’AFP pour savoir s’il s’agissait d’une « tentative d’assassinat », un responsable de la présidence de transition a répondu: « Oui, tout à fait ».

Aucune piste privilégiée

A Kati, ville-garnison à une quinzaine de km de Bamako, QG des militaires, M. Goïta a reçu plusieurs ministres venus exprimer leur « compassion », selon le communicant de la présidence, le commandant Baba Cissé.

L’un d’entre eux, Mossa Ag Attaher, ex-rebelle désormais ministre de la Jeunesse, s’est dit sur les réseaux sociaux « choqué et dégouté par la violence, la lâcheté et la barbarie de ceux qui ont tenté d’intenter à l’intégrité du chef de l’Etat ».

Mali: tentative d'assassinat manquee du president de transition lors de la priere de l'Aid

Dans la grande mosquée, Assimi Goïta était assis auprès d’autres dignitaires du régime, notamment des militaires putschistes comme Malick Diaw, qui dirige le Conseil national de transition (CNT, faisant office de Parlement).

Il était, fait rare depuis son apparition dans la sphère publique, en habit civil de tissu bazin bleu ciel, tenue typique des jours de fête.

Un des deux assaillants portait un turban, selon le même constat de l’AFP. Les deux étaient détenteurs d’armes blanches.

A la mi-journée mardi, aucune piste ne pouvait être privilégiée quant à leurs motivations, dans un pays très instable politiquement et en prise à des violences multiformes depuis 2012.

Ces violences, qui ont débuté par des rébellions indépendantiste puis jihadiste dans le Nord, se sont ensuite propagées au centre et au sud du Mali, se mêlant à des conflits intercommunautaires et à des attaques crapuleuses dans des zones où l’influence de l’Etat est très faible.

Le phénomène s’est depuis plusieurs années étendu aux Burkina Faso et Niger voisins, où opèrent également des groupes affiliés à Al-Qaïda ou à l’organisation Etat islamique (EI).

Bamako, d’habitude relativement épargnée par rapport au reste du pays, a connu depuis 2015 des attentats jihadistes, et a été le théâtre de deux coups d’Etat en moins d’un an.

Le dernier en date, en mai, a été mené par les mêmes colonels, conduits par le colonel Assimi Goïta, que celui d’août 2020, et a abouti à son investiture comme président de la transition.

Les militaires ont largement fait main basse sur le pouvoir. Mais le colonel Goïta comme le nouveau gouvernement, nommé par les militaires, ont assuré qu’ils tiendraient l’engagement de rendre les commandes aux civils après des élections prévues le 27 février 2022.

Par Le Point avec AFP et Agences

Mali : la Cedeao salue des « progrès » mais en attend davantage

juin 20, 2021
Le colonel Assimi Goïta, ici le 24 août 2020 à Bamako après le coup d’État contre IBK, a poussé le président de la transition Bah N’Daw à la démission.

La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a salué samedi des « évolutions positives » au Mali vers la restauration d’un pouvoir civil après un nouveau putsch en mai mais a exigé davantage de progrès pour réintégrer le pays dans ses instances.

Les chefs d’État de la Cedeao réunis en sommet à Accra, la capitale du Ghana, ont décidé de maintenir la suspension du Mali, décidée après le deuxième coup d’État en moins de neuf mois du colonel Assimi Goïta, le 24 mai.

« À ce stade, bien qu’ils aient constaté des évolutions positives, ils ont estimé devoir maintenir la suspension, car ils veulent vérifier la solidité des progrès accomplis », a déclaré aux journalistes le président de la Commission de la Cedeao, Jean-Claude Brou. « Les chefs d’État veulent davantage d’assurances sur ces progrès », a-t-il insisté.

Lors de son investiture en tant que nouveau président de transition, le 7 juin, le colonel Goïta, qui avait déjà renversé le 18 août 2020 le président Ibrahim Boubacar Keïta, réélu deux ans auparavant, a réitéré son engagement à organiser des élections en février 2022.

Pression internationale

Cet engagement avait été mis en doute lorsque le colonel Goïta a fait arrêter le 24 mai le président et le Premier ministre de transition, après la formation d’un nouveau gouvernement dont certaines figures du putsch d’août 2020 avaient été écartées de portefeuilles stratégiques. Aussitôt investi, le colonel Goïta a accédé à une des exigences de la communauté internationale en nommant un Premier ministre civil, Choguel Kokalla Maïga, qui a formé un gouvernement dans lequel plusieurs militaires putschistes retrouvent des postes clé.

La France, qui a réagi au coup de force du 24 mai par la suspension de ses opérations conjointes avec l’armée malienne après des années de coopération contre les jihadistes, a annoncé le 10 juin la fin programmée de son opération Barkhane au Sahel. Le président français Emmanuel Macron a déploré à cette occasion que la Cedeao ait choisi de « reconnaître un putschiste militaire » comme président de la transition au Mali. Cette décision « crée une mauvaise jurisprudence pour les Africains eux-mêmes (…) pour la Cedeao elle-même et par le précédent que cela crée chez beaucoup de voisins », a-t-il déclaré.

Par Jeune Afrique avec AFP

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