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Mali : la Cedeao lève ses sanctions économiques et financières

juillet 3, 2022

Réunis à Accra ce dimanche 3 juillet, les dirigeants ouest-africains ont décidé de supprimer la plupart des mesures coercitives imposées au Mali depuis janvier.  

Assimi Goïta, président le la transition malienne, le 22 août 2020. © AP/SIPA

Six mois après leur mise en place, les sanctions économiques et financières imposées au Mali en janvier par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) ont été levées ce dimanche 3 juillet, lors d’un sommet de l’organisation tenu à Accra. La réouverture des frontières terrestre et aérienne a notamment été entérinée.

La Cedeao a par ailleurs validé le nouveau calendrier proposé par la junte d’une période de transition allant jusqu’à mars 2024. En revanche, elle s’oppose fermement à la participation des autorités de la transition à la prochaine élection présidentielle. Et maintient également les sanctions individuelles contre les membres de la junte au pouvoir, ainsi que les sanctions administratives à l’encontre du Mali. 

Pour arriver à ce consensus, les dirigeants ouest-africains ont débattu dans un huis clos intégral. Lors du précédent sommet, qui s’était tenu à Accra, le 4 juin, les chefs d’État qui étaient favorable à la levée de l’embargo, comme le Togolais Faure Gnassingbé, l’Ivoirien Alassane Ouattara ou encore le Sénégalais Macky Sall, n’avaient pas réussi à rallier à leurs vues les présidents ghanéen Nana Akufo-Addo, nigérian Mahammadu Buhari ou encore nigérien Mohamed Bazoum.

« Apparemment, les divergences ont été surmontées après le sommet de juin dernier. On espérait donc ici à Accra une décision allant dans le sens de la levée des sanctions”, commente une source au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), dont le siège est installé à Ouagadougou et dont les huit membres, qui ont en commun le franc CFA, font également partie de la Cedeao. 

Gel des avoirs et des transactions

D’après nos informations, c’est Alassane Ouattara, président en exercice de l’Uemoa, qui donnera des instructions au gouverneur de la Banque centrale de l’organisation, l’Ivoirien Jean-Claude Brou, ainsi qu’au Sénégalais Abdoulaye Diop, qui est à la tête de la Commission, pour la levée effective des sanctions financières imposées à Bamako. Il s’agira notamment de mettre un terme au gel des avoirs de l’État malien et ceux des entreprises publiques et parapubliques à la BCEAO, ainsi qu’au blocage des transferts de l’État malien via les systèmes de paiement de cette même Banque centrale.

Des mesures fortes qui ont paralysé l’économie du pays et empêché l’État et les banques maliennes d’honorer leurs engagements vis à vis de leurs créanciers. Depuis la mise en place de l’embargo de la Cedeao, au début de janvier, le pays n’a pas pu régler 236,1 milliards de F CFA de paiements d’intérêts et de capital sur les bons du Trésor malien.

Omar Alieu Touray à la Commission de la Cedeao

À noter par ailleurs qu’à l’issue du sommet de ce 3 juillet, Umaro Sissoco Embaló, le chef de l’État bissau-guinéen, est devenu président en exercice de la Cedeao tandis que le diplomate gambien Omar Alieu Touray, ex-ministre des Affaires étrangères, a pris la tête de la Commission, l’organe exécutif de l’organisation, nomination qui prendra effet le 11 juillet prochain. Ce dernier remplacera Jean-Claude Brou, récemment nommé à la tête de la BCEAO.

Enfin, les dirigeants ouest-africains ont décidé de nommer Patrice Talon, le président béninois, « Champion de la Cedeao » pour le retour des biens culturels en Afrique de l’Ouest, et Nana Akufo-Addo « champion pour la lutte contre le changement climatique ».

Avec Jeune Afrique par Nadoun Coulibaly

Mali : la junte Assimi Goïta s’offre deux ans de plus au pouvoir

juin 7, 2022

Selon un décret signé par le président de la transition et rendu public dans la soirée du 6 juin, les militaires ont jusqu’à mars 2024 pour céder la place aux civils. La Cedeao a prévu de se réunir de nouveau le 3 juillet.

Assimi Goïta en août 2022, à Bamako FILE – Col. Assimi Goita meets with a high-level delegation from the West African regional bloc known as ECOWAS, at the Ministry of Defense in Bamako, Mali, Aug. 22, 2020. West Africa is grappling with a wave of military coups over the past 18 months that has some wondering which country could be next © AP/SIPA

Le décret a été lu ce lundi soir sur les ondes de l’ORTM : les militaires au pouvoir à Bamako se donnent désormais jusqu’à mars 2024 pour rendre le pouvoir aux civils. Cette annonce intervient au surlendemain d’un sommet de la Cédéao, laquelle avait imposé le 9 janvier dernier au Mali de sévères mesures de rétorsion commerciales et financières pour forcer la junte dirigée par Assimi Goïta à présenter un calendrier « acceptable » pour la gestion de la transition et l’organisation d’élections.

Vers un assouplissement des sanctions ?

Les colonels, qui ont pris le pouvoir par la force en août 2020 en renversant le président Ibrahim Boubacar Keïta (depuis décédé), n’ont pas respecté leur engagement initial de céder la place à des civils après des élections qui auraient dû se tenir en février dernier. Début 2022, ils avaient même provoqué la colère de la communauté internationale en annonçant leur intention de gouverner jusqu’à cinq années de plus – une décision « totalement inacceptable », avait alors tonné la Cedeao, estimant que cela signifiait « qu’un gouvernement militaire de transition illégitime prendr[ait] le peuple malien en otage au cours des cinq prochaines années ». Ils avaient par la suite ramené leurs prétentions à vingt-quatre mois, sans toutefois les formaliser comme ils l’ont fait ce lundi.

Ces dernières semaines, la poursuite du dialogue entre la Cedeao et la junte avait suscité au Mali un certain espoir de levée des sanctions. Les dirigeants ouest-africains les ont finalement maintenues, tout en gardant la porte ouverte en vue d’un assouplissement. Divisés sur la conduite à tenir, ils ont renvoyé toute décision à un nouveau sommet, qui sera organisé le 3 juillet, tout en affirmant « continuer le dialogue afin de parvenir à un accord permettant une levée graduelle des sanctions à mesure que les étapes de la transition seront franchies ».

L’effet du décret pris lundi sur les discussions avec la Cédéao est encore incertain. En juillet, il restera vingt mois et demi jusqu’à l’échéance fixée de mars 2024.

Par Jeune Afrique (Avec AFP)

Mali : le gouvernement d’Assimi Goïta affirme avoir déjoué un coup d’État

mai 17, 2022

La tentative de putsch a eu lieu dans la nuit du 11 au 12 mai et a été « soutenue par un État occidental », selon le communiqué de l’exécutif malien.

Le colonel Assimi Goïta, à Bamako, le 18 septembre 2020. © Michele Cattani/AFP

Vingt-et-un mois après avoir renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), la junte d’Assimi Goïta a-t-elle été victime d’une tentative de coup d’État ? C’est ce qu’affirme, ce lundi 16 mai, un communiqué du colonel Abdoulaye Maïga, le porte-parole du gouvernement.

Selon ce texte, les faits remontent à la nuit du mercredi 11 au jeudi 12 mai et sont imputables à un « groupuscule d’officiers et de sous-officiers anti-progressistes ». Ni leur identité ni leur nombre ne sont donnés mais certains de ces soldats ont été « interpellés et seront mis à la disposition de la justice ».

« État occidental »

Précision d’importance : ces militaires étaient « soutenus par un État occidental », affirme Abdoulaye Maïga, qui assure qu’ils avaient pour but de « briser la dynamique de la refondation » malienne. Aucun pays n’est cité, mais les regards ont de fortes chances de se tourner vers la France dans les prochaines heures.

Hier encore partenaire du Mali d’IBK, Paris est devenu l’ennemi juré du régime d’Assimi Goïta. Vendredi 13 mai, une manifestation appelant à la fin de « la présence militaire française » – prévue pour dans quelques mois – et durant laquelle des slogans de soutien à la junte et à son partenaire russe ont été scandés était encore organisée dans la capitale malienne.

Le gouvernement annonce que « tous les moyens nécessaires ont été déployés » dans le cadre de l’enquête aussitôt diligentée et que les « contrôles aux sorties de Bamako et aux postes frontaliers du Mali » ont été renforcés. La situation « est sous contrôle », assure-t-il.

Avec Jeune Afrique

Mali-Assimi Goïta et Kemi Seba : anti-français de tous les pays, unissez-vous !

mai 9, 2022

La photo a enthousiasmé les réseaux sociaux : l’activiste franco-béninois a été reçu par le président malien de la transition. Shoot de nationalisme internationaliste…

© Damien Glez

Leurs domaines d’intervention respectifs ne sont pas vraiment les mêmes. Pour l’un, Kemi Seba – de son vrai nom Stellio Gilles Robert Capochichi –, africaniste militant né à Strasbourg, le message martelé est celui de la nécessaire réforme monétaire des pays francophones d’Afrique, jusqu’au happening de l’autodafé d’un billet de 5 000 F CFA. Pour l’autre, Assimi Goïta, nationaliste malien formé dans le camp du génie militaire de Bamako, le créneau politique est la dénonciation d’« atteintes françaises » à la souveraineté nationale, jusqu’à la rupture subite d’accords de défense avec un pays qui n’a pas encore terminé de sécuriser le repli d’une opération militaire pourtant chapeautée par ladite coopération.

Excitation mutuelle

Les occasions faisant les larrons, et les ennemis d’ennemis étant susceptibles d’être des amis, Kemi Seba et Assimi Goïta se retrouvent sur la solidarité générationnelle – ils ont respectivement 40 ans et 39 ans –, sur la convocation de leaders historiques intransigeants comme Thomas Sankara ou Sekou Touré, sur la dénonciation d’un certain néocolonialisme français et sur le réquisitoire contre des institutions sous-régionales présumées caporalisées. L’Uemoa et la Cemac pour l’un, la Cedeao pour l’autre.

Ils étaient faits pour s’enthousiasmer mutuellement, cliché à l’appui sur des réseaux sociaux forcément électrisés. C’est fait. Ce dimanche 8 mai, le président de l’ONG Urgences panafricaines a été reçu en audience par le président de la transition malienne…

Et Twitter de bruisser de saillies sur la « plus belle et rassurante image depuis le début de l’année », la « nouvelle résistante révolutionnaire » de « vrais patriotes » ou la prochaine « libération totale de l’Afrique sous la tutelle criminelle génocidaire française et ses alliés complices ». Des saillies qui frisent parfois une radicalité à laquelle Seba et Goïta eux-mêmes n’ont pas habitué. Au premier, la twittos Djeneba Konaté demande ainsi s’il est « assez courageux pour renoncer au passeport et nationalité française ». Au second, l’internaute Joseph Maka suggère de « demander à tous les Maliens résidants en France de rentrer au Mali ».

Oxymore ?

Et Vincent Hugeux d’apprécier la clarification qu’offre le cliché de Kemi Seba et Assimi Goïta : « Dis-moi qui tu honores, je te dirai qui tu es. » Champion de la concision qu’impose Twitter, le journaliste français décrit, en un seul post, un pouvoir « putschiste », « illégitime et poutinisé » et un « histrion racialiste, antisémite, kremlinolâtre » et « compagnon de route de la fachosphère ». Pas de quoi déstabiliser les groupies des stars du week-end, la nationalité française de l’homme de presse suffisant certainement à balayer l’idée du tweet, voire à l’utiliser comme une démonstration de la morgue gauloise.

Droit dans ses bottes activistes, Kemi Séba s’invitait dans le bras de fer Mali-Cedeao dès le mois de janvier. Tentant de combiner les termes « nationaliste » et « panafricaniste » à la limite de l’oxymore, il sonnait la mobilisation, en balayant « les histoires de démocratie à l’occidentale »…

Damien Glez

Avec Jeune Afrique par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Mali : les sanctions de l’Uemoa contre Bamako suspendues

mars 24, 2022

Goodluck Jonathan et Assimi Goïta à Bamako, le 23 août 2020. © H.DIAKITE/EPA/MAXPPP

Face à un Assimi Goïta qui refuse de céder le pouvoir, les chefs d’État ouest-africains avaient pris des sanctions fortes contre Bamako le 9 janvier dernier. Celles-ci viennent d’être suspendues par la Cour de justice de l’Uemoa.

C’est une décision qui change la donne pour le Mali et redistribue les cartes entre Assimi Goïta et les chefs d’État ouest-africains. Alors que ce vendredi 25 mars, la Cedeao tient un sommet extraordinaire à Accra, la cour de justice de l’Uemoa vient de suspendre les sanctions économiques adoptées contre le Mali le 9 janvier.

Face à la volonté d’Assimi Goïta de se maintenir cinq années supplémentaires au pouvoir, les chefs d’État ouest-africains avaient décidé de mesures dures : le gel des avoirs du Mali à la banque centrale commune aux huit États membres de l’Uemoa, celui des entreprises publiques et des organismes parapublics maliens, la suspension du pays de toute assistance financière des institutions internationales…

Recours

Des sanctions contestées par l’État malien qui a diligenté un collectif d’avocats pour les faire annuler. Le 21 février dernier, ils ont déposé deux recours dénonçant leur « illégalité absolue ». Ils viennent donc d’obtenir gain de cause.

Bamako a notamment fait valoir que les textes de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) prévoient qu’elle ne peut solliciter ni recevoir de directives ou d’instructions des institutions ou organes communautaires, des gouvernements des États membres de l’Uemoa, de tout autre organisme ou de toute autre personne. Elle ne peut donc être utilisée pour asphyxier un État membre.

Position de force

Cette décision n’est pas définitive, souligne un ancien magistrat malien, car elle n’est que « suspensive ». « Cela ne présage pas de la décision définitive que prendra la Cour de justice de l’Uemoa », précise-t-il.

Reste qu’elle est une première victoire de taille pour la junte tant les sanctions mettent le pays en difficulté économique. « À la veille du sommet du 25 mars, cette ordonnance met le régime malien en position de force face aux chefs d’État de la Cedeao », commente un diplomate basé à Bamako.

Exceptionnellement invité, Assimi Goïta a choisi, selon nos informations, de ne pas se rendre au sommet extraordinaire de la Cedeao. Dans un courrier transmis à la Commission de la Cedeao, le président de la transition marque seulement sa « disponibilité à interagir par visioconférence » avec les chefs d’État ouest-africain. Il a annoncé dépêcher Abdoulaye Diop, le chef de la diplomatie malienne, Abdoulaye Maïga, le ministre de l’Administration territoriale et porte-parole du gouvernement, Ibrahim Ikassa Maïga, le ministre de la Réforme de l’État et Fatoumata Sékou Dicko, la ministre chargé des réformes politiques et institutionnelles pour représenter le Mali. Signe qu’aucun accord décisif ne pourra avoir lieu durant le sommet.

Avec Jeune Afrique par Anna Sylvestre-Treiner et Fatoumata Diallo

Mali : la junte d’Assimi Goïta suspend RFI et France 24

mars 17, 2022

Après la diffusion de reportages mettant en cause les Fama et des mercenaires de Wagner dans des tueries de civils, Bamako a décidé d’interdire les deux médias français. Une décision qui intervient dans un contexte de pression croissante sur les journalistes au Mali.

La junte malienne a ordonné dans la nuit de mercredi à jeudi la suspension de la diffusion de RFI et France 24 au Mali en raison, selon elle, de « fausses allégations » d’exactions commises par l’armée et rapportées par les deux médias publics français, ont indiqué les autorités dans un communiqué.

Le Mali « rejette catégoriquement ces fausses allégations contre les vaillantes Fama [Forces armées maliennes] » et « engage une procédure […] pour suspendre jusqu’à nouvel ordre la diffusion de RFI […] et France 24 ». Les émissions de ces derniers se poursuivaient néanmoins ce jeudi 17 mars, a constaté l’AFP.

Une telle suspension de deux grands médias étrangers n’a pas de précédent récent au Mali. Elle intervient dans un contexte de pression croissante sur les journalistes dans le pays et un peu plus d’un mois après l’expulsion de l’envoyé spécial de Jeune Afrique de Bamako.

Les Famas et Wagner impliqués dans des massacres

Le gouvernement estime que « ces fausses allégations » ont notamment été rapportées dans un reportage des 14 et 15 mars, dans lequel RFI a donné la parole à des victimes présumées d’exactions qui auraient été commises par l’armée malienne et le groupe privé russe Wagner. Ces sujets ont été diffusés alors que de nombreuses informations, dont un rapport de la Minusma dont le contenu a été révélé par Jeune Afrique, font état depuis plusieurs jours de la responsabilité des Fama, ainsi que de celle des mercenaires de Wagner, dans le massacre d’une trentaine de personnes dans le cercle de Niono.

Le communiqué du colonel Abdoulaye Maïga, porte-parole du gouvernement, « interdit à toutes les radios et télévisions nationales, ainsi qu’aux sites d’information et journaux maliens, la rediffusion et/ou la publication des émissions et articles de presse de RFI et de France 24 ».

Le colonel Maïga estime en outre que « les agissements de RFI et France 24 ressemblent […] aux pratiques et au rôle tristement célèbre de la radio Mille Collines », qui avait encouragé le génocide au Rwanda en 1994.

Par Jeune Afrique avec AFP

Mali : Assimi Goïta ne pourra pas briguer la future présidence

février 13, 2022
Assimi Goïta en septembre 2020, à Bamako © MICHELE CATTANI/AFP

Le président de la transition, le colonel Assimi Goïta, ne pourra pas être candidat à la future élection présidentielle censée ramener les civils au pouvoir, indique un projet de loi présenté par les militaires.

Le texte reste flou sur la date à laquelle des élections se dérouleraient, alors que la question donne lieu à un bras de fer entre les autorités maliennes d’une part et l’organisation des États ouest-africains Cédéao ainsi qu’une partie de la communauté internationale de l’autre.

Le Conseil national de transition (CNT), qui fait office d’organe législatif après le coup d’État qui a porté les militaires au pouvoir en août 2020, a commencé vendredi à examiner en commission un texte réformant la « charte de la transition ».

Cette charte tient lieu d’acte fondamental de la période de transition précédant un retour des civils à la direction de ce pays plongé dans une grave crise sécuritaire et politique depuis le déclenchement d’insurrections indépendantiste et jihadiste en 2012.

LE LAPS DE TEMPS DE 18 MOIS « SE RÉVÈLE INTENABLE »

Cette charte promulguée par les militaires le 1er octobre 2020 fixait la durée de la transition à 18 mois. Les autorités ont depuis révoqué leur engagement initial à organiser des élections le 27 février prochain. Elles ont pour projet de rester en place quatre ou cinq années supplémentaires.

La Cédéao a infligé le 9 janvier de sévères sanctions économiques et diplomatiques au Mali.

Le laps de temps de 18 mois « se révèle intenable », dit le colonel Goïta dans la lettre accompagnant le projet transmis au CNT. Il invoque à nouveau la nécessité de réformes préalables.

Le projet de loi dispose que la durée de la transition « est fixée conformément aux recommandations des Assises nationales de la refondation ». Les autorités avaient organisé, fin 2021, ces consultations pour qu’elles préconisent les réformes à entreprendre et la durée de la transition.

Les Assises, présentées par les autorités comme l’expression d’une volonté populaire mais contestées par une partie de la classe politique, recommandaient de six mois à cinq ans de transition.

Le projet de loi stipule par ailleurs que « le président de la transition n’est pas éligible aux élections présidentielle et législatives » qui auront lieu à la fin de la transition. C’est déjà le cas dans la version actuelle de la charte.

Par Jeune Afrique par AFP

Mali : la junte dénonce des « sanctions illégales et illégitimes »

janvier 10, 2022
Assimi Goïta, ici lors d’une précédente réunion de la Cedeao, à Accra, le 15 septembre 2020. © Reuters/Francis Kokoroko

La réaction de Bamako ne s’est pas faite attendre. Quelques heures après que la Cedeao a brutalement durci sa position vis-à-vis des autorités de transition, le porte-parole du gouvernement a répliqué à la télévision nationale. Il dénonce l’influence de « puissances extrarégionales ».

Entre la Cedeao et les autorités maliennes, le bras de fer, bel et bien engagé, est de plus en plus tendu. La vivacité de la réponse de Bamako est à la hauteur de la dureté des mesures décidées par l’organisation ouest-africaine, le 9 janvier à Accra. « Le gouvernement du Mali condamne énergiquement ces sanctions illégales et illégitimes », a affirmé le soir-même, à la télévision nationale, le colonel Abdoulaye Maïga, porte-parole du gouvernement.

Sanglé dans son uniforme, il a également annoncé le rappel des ambassadeurs accrédités dans les pays membres de la Cedeao ainsi que la fermeture des frontières terrestres et aériennes avec ces pays. « Le gouvernement du Mali regrette que des organisations sous-régionales ouest-africaines se fassent instrumentaliser par des puissances extrarégionales aux desseins inavoués », a-t-il ajouté, sans nommer ces « puissances ».

Grande sévérité

Le 9 janvier, la Cedeao et l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) ont adopté toute une série de mesures économiques et diplomatiques à l’encontre du Mali, destinées à sanctionner la junte, qui souhaite se maintenir au pouvoir plusieurs années encore. Alors que le gouvernement de transition s’était, dans un premier temps, engagé à organiser des élections présidentielle et législatives le 27 février 2022, il envisage désormais de ne rendre le pouvoir que dans un délai allant de six mois à cinq ans.

La proposition de la junte malienne d’organiser la présidentielle en décembre 2026 est « totalement inacceptable », estime la Cedeao. Elle « signifie qu’un gouvernement militaire de transition illégitime prendra le peuple malien en otage au cours des cinq prochaines années ».

La Cedeao a aussi décidé de couper son aide financière et de geler les avoirs du Mali à la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), tout en maintenant les échanges commerciaux en ce qui concerne les produits de première nécessité. Les pays membres vont rappeler leurs ambassadeurs au Mali. Ces sanctions prennent effet immédiatement, ont-ils précisé. Elles ne seront levées progressivement que lorsque les autorités maliennes présenteront un calendrier « acceptable » et que des progrès satisfaisants seront observés dans la mise en œuvre de celui-ci.

Ces sanctions sont plus rigoureuses encore que celles qui avaient été adoptées après le putsch d’août 2020 et qui, en pleine pandémie, avaient été durement ressenties. Elles avaient alors forcé la junte à s’engager à rendre le pouvoir aux civils dans un délai de dix-huit mois maximum suivant des élections.

Une « plaisanterie »

Invoquant l’insécurité persistante qui prévaut dans le pays, la junte se dit aujourd’hui dans l’incapacité d’organiser des élections présidentielle et législatives comme prévu à la fin de février 2022. Elle souligne la nécessité de réformes préalables pour que les scrutins ne soient pas contestés, à l’instar des précédents. Pressentant le courroux ouest-africain, la junte avait dépêché le 8 janvier à Accra Abdoulaye Diop, son ministre des Affaires étrangères, ainsi que le colonel Abdoulaye Maïga, les chargeant de soumettre à leurs interlocuteurs un calendrier révisé.

« La contre-proposition malienne est une transition de quatre ans. C’est une plaisanterie », souligne un haut responsable ghanéen, dont le pays assure actuellement la présidence de la Cedeao. Selon les informations de Jeune Afrique, les ministres maliens ont proposé que les cinq années de pouvoir supplémentaires qu’ils demandaient soient ramenées à deux.

Pour l’organisation, dont la crédibilité est en jeu, il s’agit de défendre le principe fondamental de gouvernance, de faire cesser « la contagion du fait accompli » et de contenir l’instabilité régionale. C’était la huitième fois depuis août 2020 (sans compter les sommets ordinaires) que les dirigeants ouest-africains se retrouvaient, en présentiel ou en visioconférence, pour parler spécifiquement du Mali (et de la Guinée, qui, en septembre 2021, a également connu un putsch). La Cedeao avait déjà suspendu le Mali de ses organes de décision. Elle lui avait imposé un gel de ses avoirs financiers et avait édicté une interdiction de voyager à cent cinquante personnalités maliennes, coupables selon elle de faire obstacle aux élections. Ces sanctions restent en vigueur.

Par Jeune Afrique avec AFP

Transition au Mali : en avant pour le marchandage

janvier 4, 2022
. © Damien Glez

Après seize mois au pouvoir, la junte d’Assimi Goïta continue de réfléchir, à voix haute, à la suite des évènements. Les résolutions des Assises nationales de la refondation n’alimentent-elle qu’un surplace ?

C’est bien connu : dans un marché populaire, le margoulin qui veut vendre sa pacotille à 500 F CFA en réclamera d’abord 2 000 au client, avant d’affirmer qu’il ne cédera la bimbeloterie à 1 000 F CFA qu’à perte, et uniquement parce qu’il s’agit là du premier client de la journée – porte-bonheur – ou le dernier chaland – consolateur. Et ceci avant de conclure : « donne ce que tu as ».

Entre deux réveillons, les observateurs de la situation malienne espéraient l’annonce d’un chronogramme politique susceptible de projeter le Mali, dès 2022, vers un renouveau démocratique. Dans leurs résolutions, les Assises nationales de la refondation ont recommandé une prolongation de la transition de six mois à… cinq ans.À LIREMali : Assimi Goïta saura-t-il adoucir la Cedeao ?

Certes, les tâches présentées comme préalables et donc prioritaires sont légion : réforme de la Constitution, adoption d’une nouvelle loi électorale, mise en place d’un organe unique de gestion des élections ou encore amélioration de la situation sécuritaire. Mais la fourchette de prolongation de la transition – de six à soixante mois, soit un rapport de 1 à 10 – est étrangement large. Faut-il voir dans le sursis potentiel de 1 800 jours de la présidence Goïta la première base de négociation avec une Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) quelque peu grognonne ? Cette base à laquelle, sur le marché, ne croient ni le vendeur ni le client ?

Le flou allié de la junte ?

L’échéancier proposé par le gouvernement malien, dans l’apathie du jour de l’An, au chef de l’État ghanéen Nana Akufo-Addo, président en exercice de l’institution sous-régionale, table sur la tenue d’un référendum constitutionnel en janvier 2024, des élections législatives et sénatoriales couplées en novembre 2025 et une élection présidentielle au plus tard en décembre 2026.

BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN

Dès le lendemain de la proposition, une dizaine d’organisations politiques maliennes rejetaient le projet de prolongation, qui « violerait » la propre charte de la transition, par « une tentative de confiscation du pouvoir par la force et la ruse ». Mais la junte s’en soucie-t-elle ? Le médiateur de la Cedeao, Goodluck Jonathan, est attendu à Bamako le 5 janvier. Et, dimanche 9 janvier, devrait se tenir un sommet extraordinaire des chefs d’État de l’organisation…

« Beaucoup de bruit pour rien », aurait peut-être écrit le dramaturge William Shakespeare à l’issue des Assises. La décision de la junte est-elle une absence consciente de décision ? La fourchette surréaliste de la prolongation éventuelle de la transition ne sert-elle qu’à jouer la montre dans un marchandage à prolonger ? Certains considèrent que le flou est l’allié de la junte, en matière de légitimation politique comme de partenariat sécuritaire.

Qui nierait que le Mali a toute latitude pour choisir souverainement ses partenaires sur le terrain militaire ? Personne de sensé. Pourtant, le Mali a-t-il choisi clairement ? Combien de temps faut-il pour annoncer officiellement le déploiement d’un contingent paramilitaire du groupe Wagner que certains semblent observer ? La diplomatie n’est pas plus un jeu de bonneteau que de devinettes.

Damien Glez

Avec Jeune Afrique par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Diplomatie : Emmanuel Macron sera le 20 décembre à Bamako

décembre 15, 2021

Le président français sera au Mali pour rencontrer son homologue Assimi Goïta et partager officiellement un dîner de Noël avec les soldats français. Un voyage surprise et inédit dans les relations entre la France et l’Afrique.

Depuis des mois, le patron de la junte militaire malienne, Assimi Goïta, ne prend plus Emmanuel Macron au téléphone, après que ce dernier eut dénoncé « le deuxième coup d’Etat » au Mali. A l’occasion de son déplacement à Bamako, le chef de l’Etat français va annoncer un retrait partiel de la force Barkhane sans consulter ses partenaires africains.  Son voyage interroge quant à la cohérence diplomatique de la France, après avoir réduit son effectif militaire au Mali. Les deux hautes personnalités devraient s’entretenir sur la nécessité de la transition et l’organisation des élections ; et l’opposition de Paris à la présence militaire russe au Mali. Cette visite est à risque, compte tenu de l’hostilité manifestée ces derniers mois par la population malienne face aux soldats français.

Les effectifs militaires français ont décru depuis l’annonce d’Emmanuel Macron de se désengager progressivement du Mali. « Nous étions environ 5 000 militaires au Sahel à l’été 2021, nous serons environ 3 000 à l’été 2022 », a indiqué le général Laurent Michon, commandant de l’opération Barkhane. De nouvelles réductions auront lieu d’ici à 2023.

Après le départ des soldats Barkhane installés au Mali depuis 2013, l’armée de ce pays a annoncé avoir repris la ville de Tombouctou. Les Forces maliennes vont assurer la sécurité. « On a formé les forces armées maliennes à la protection de l’emprise et au guidage aérien avant qu’ils nous relèvent », a déclaré le capitaine Florian, commandant de l’unité chargée du désengagement de Tombouctou. Alors que les Maliens goûtent peu à peu le retour de leur emprise sur leur pays, les Français eux parlent d’un désengagement planifié.

Pour autant, la France n’a pas quitté définitivement le Mali. Ses soldats sont déployés dans la région des « Trois frontières (Mali, Niger, Burkina Faso) », un zone d’influence djihadiste au Sahel.  Concernant les élections au Mali – prévues en février 2022 -, le président sénégalais, Macky Sall, n’est pas opposé à leur report, à condition que « les autorités donnent des arguments qui tiennent », a-t-il déclaré, laissant  entrevoir une possible prolongation de la transition. Il ajoute cependant : « Nous ne pouvons pas accepter que les militaires prennent le pouvoir par les armes, cela n’est pas acceptable. Nous sommes en démocratie et le pouvoir se conquiert par des élections. Les pays peuvent avoir des crises mais les coups d’Etat ne sont pas des solutions ».

Dans une communication officielle adressée à la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest, les autorités maliennes font savoir qu’elles transmettront le chronogramme des élections au plus tard le 31 janvier 2022. Mais on craint que l’échéance du 27 février 2022 pour la tenue des élections ne soit pas respectée.

Avec Adiac-Congo par Noël Ndong