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Congo/Session criminelle de la Cour d’appel de Brazzaville : L’ex-colonel Ntsourou se présente en victime et parle de «résistance»

août 1, 2014
L’ex-colonel Ntsourou, encadré par deux de ses avocats, pendant le procès.

L’ex-colonel Ntsourou, encadré par deux de ses avocats, pendant le procès.

Le procès sur l’affaire Ntsourou, l’ex-officier supérieur des F.a.c (Forces armées congolaises), ancien secrétaire général adjoint du C.n.s (Conseil national de sécurité), poursuivi pour «rébellion, atteinte à la sûreté intérieure de l’État, association de malfaiteurs, détention illégale d’armes de guerre et de munitions» et qui concerne 114 co-accusés, pour la plupart des militaires, est entré dans le vif du sujet. Depuis le mercredi 30 juillet 2014, le principal accusé, Marcel Ntsourou, est à la barre, pour répondre aux questions des juges et de ses avocats.

C’est un accusé passionné, parfois très sûr de lui, parlant d’un ton martial (quitte à se faire rappeler à l’ordre par le président de la cour, Christian Oba), qui a tenu en haleine la foule qui a pris d’assaut la petite salle d’audience du palais de justice de Brazzaville. Marcel Ntsourou a tout nié et a dirigé sa défense contre le président de la République, qu’il accuse d’avoir ordonné l’attaque armée de son domicile, le 16 décembre 2013, «avec des engins lourds et des avions de guerre».

Rejetant en bloc les délits qui lui ont été notifiés, l’ex-colonel a reconnu avoir organisé «la résistance armée» de son domicile, avec des jeunes se trouvant autour de lui, pour, semble-t-il, riposter à l’attaque de l’armée, parce que selon lui, il était en «légitime défense». Il a déclaré que tous les corps de l’armée: le G.p.c (Groupement para-commando), le Régiment blindé, la gendarmerie, la garde républicaine, etc), à l’exception de la marine, ont participé à cette attaque. Il a aussi cité la police et la D.g.s.t (Direction générale de la surveillance du territoire). Lui, il a résisté, avec des P.m.a.k. Pour lui, il ne s’agissait pas «d’une simple opération de police», mais d’une «opération militaire, bien élaborée» pour l’éliminer.

Bref, Marcel Ntsourou a longuement épilogué sur la journée du 16 décembre 2013. Il a indiqué que c’est lorsqu’un hélicoptère a balancé une charge à son domicile, que les jeunes qui se trouvaient chez lui ont sorti les armes qu’ils cachaient dans des véhicules et dans les caniveaux autour de son domicile. Il a, en outre, rappelé que ces jeunes, qui étaient venus, pourtant, «bras ballants» chez lui, l’ont défendu «en légitime défense». Il a expliqué que si ces jeunes, une cinquantaine, se sont retrouvés chez lui en grand nombre, c’est pour la simple raison que la veille, c’est-à-dire le 15 décembre 2013, «toutes les issues de sortie étaient barrées». «Quand ils voulaient sortir, on leur disait de repartir chez Ntsourou». Ils étaient obligés de rester là. Pour lui, l’armée a fait usage de moyens disproportionnés, pour l’attaquer. Quand l’armement lourd sort, il faut que l’autorisation soit donnée par le chef suprême. C’est pourquoi il considère que l’attaque de son domicile a été ordonnée par le président de la République. «J’étais, donc, en droit de me défendre. Face à une telle supériorité écrasante, je me suis défendu avec les moyens en ma possession», a-t-il dit.

S’agissant des armes qu’aurait emmenées le défunt capitaine Ebam, à son domicile, il a indiqué que ce dernier ne les lui avait jamais présentées. Ebam était rentré dans sa maison avec un sac, sans même le lui présenter. Il a reconnu avoir demandé aux jeunes de garder des bouteilles, parce qu’elles pouvaient leur servir, un jour. Mais, ce n’était pas des cocktails Molotov. Il a, par ailleurs, rappelé qu’au sortir de la prison (dans le cadre de l’affaire des explosions du 4 mars 2012), il était toujours le secrétaire général adjoint du Conseil national de sécurité. Mais, il ne s’intéressait plus à ça et ne voulait, non plus, s’y rendre. Tous ses effets y sont encore, car il n’a jamais fait de passation de service avec son successeur. Pour lui, lorsqu’on est suspendu d’une fonction, on a toujours sa garde (la garde rapprochée), jusqu’au moment où la tutelle décide de la retirer. Il a estimé que son départ du C.n.s a été négocié. C’est pourquoi il a gardé ses émoluments et sa garde. Il pense que recevoir les gens chez lui n’est pas un crime en soi, et qu’il peut recevoir davantage de gens quand il veut. Sa résidence pouvait lui permettre de recevoir deux cents personnes. Car, c’est un homme libre. Il aide socialement les gens qui ont des problèmes. «Quand je reçois les gens, je ne tiens pas compte de leur catégorie sociale, ni de leur appartenance ethnique». Il a indiqué qu’il connaît très bien Minichelot, il aime bien cheminer avec ce jeune jusqu’à des lendemains meilleurs.
Enfin, il a fait savoir qu’il attendait le mois de juillet 2014, pour sa mise en disponibilité, pour pouvoir se lancer en politique, en créant son parti.

Rappelons que c’est au cours de cette audience que les six avocats de Marcel Ntsourou sont véritablement rentrés dans le procès. Il s’agit, notamment, des Maîtres Ambroise Hervé Malonga, Dieudonné Nkounkou, Jean Bansimba, Eric Yvon Ibouanga, Amédée Nganga et Thomas Djolani.
La séance du jeudi 31 juillet était consacrée à la présentation des scellés (les preuves rassemblées par la justice, notamment des armes de guerre, etc.).

Par ailleurs, durant les audiences précédentes, quatre officiers supérieurs des F.a.c, en dehors d’André Joseph Sahouss, sont déjà passés à la barre. Il s’agit des colonels Léopold Koud, Henri Péléka, Clément Obouo et Mbani Saya. Ils comparaissent libres.

Lasemaineafricaine.net par Pascal-Azad DOKO

Congo: ouverture du procès de Marcel Ntsourou, ex-chef adjoint du Renseignement

juillet 2, 2014
Congo: ouverture du procès de Marcel Ntsourou, ex-chef adjoint du Renseignement © AFP

Congo: ouverture du procès de Marcel Ntsourou, ex-chef adjoint du Renseignement © AFP

Le procès de Marcel Ntsourou, ancien chef adjoint des services de renseignement congolais, s’est ouvert mercredi matin devant la chambre criminelle de la Cour d’appel de Brazzaville, qui le juge entre autres pour rébellion.

Marcel Ntsourou, ex-colonel âgé de 57 ans, a été arrêté le 16 décembre 2013 au terme de violents affrontements entre ses miliciens et l’armée en plein centre de la capitale congolaise.

Selon l’acte d’accusation, il est poursuivi, avec 113 autres personnes pour « rébellion, détention illégale d’armes de guerre et de munitions, coups et blessures volontaires, atteinte à la sûreté intérieure de l’État, association de malfaiteurs ».

« L’affaire est grave », a déclaré le procureur général Raphaël Bitsy.

« Il nous faut un débat civilisé [. . . ] détaché de toute injure et attaque politique », a-t-il ajouté.

Ancien commandant en second du Conseil national de sécurité (CNS), M. Ntsourou avait joué un rôle décisif dans le retour au pouvoir du président Denis Sassou Nguesso en 1997 à la fin de la guerre civile.

Colonel, il avait attendu pendant plus de dix ans, en vain, d’être élevé au grade de général et en vouait une rancune tenace au président congolais. Il était tombé en disgrâce avec sa mise en cause dans l’explosion du dépôt de munitions de Mpila, quartier résidentiel de Brazzaville, qui avait fait près de 300 morts le 4 mars 2012.

Le procès doit durer jusqu’au 20 août.

Dans la salle d’audience, les accusés étaient plus nombreux que le public. A l’extérieur, un fort déploiement de policiers et de gendarmes bouclait les axes d’accès au palais de justice, filtrant les entrées.

M. Ntsourou était vêtu d’un abacost (costume local à col mao) vert. Les autres accusés portaient chacun un gilet vert olive affichant un matricule de prisonnier.

C’est la troisième fois que M. Ntsourou est jugé par la Cour criminelle.

En 2005, il avait été acquitté dans l’affaire dite des disparus du Beach, qui porte sur la disparition de quelque 350 Congolais à leur retour d’exil à Brazzaville en 1999.

En 2013, à l’issue du procès de l’explosion de Mpila, il était ressorti libre après un an et demi de détention préventive, mais avec une condamnation à cinq ans de travaux forcés avec sursis.

Jeuneafrique.com avec AFP