Posts Tagged ‘Atikamekw’

Québec-Mauricie/Trafic de drogue: «Il empoisonne les gens de sa propre communauté»

décembre 2, 2020

La Tuque — Lucien Awashish, qui avait été arrêté lors d’une opération antidrogue à Wemotaci, connaîtra sa sentence jeudi. Les avocats ont soumis leurs arguments au juge David Bouchard au palais de justice de La Tuque, mardi. Il avait, entre autres, plaidé coupable à des accusations de trafic de drogue et possession de stupéfiants dans le but d’en faire le trafic en septembre dernier.

undefined© AUDREY TREMBLAY undefined

Rappelons que les policiers avaient effectué deux perquisitions en matière de stupéfiants dans la communauté atikamekw de Wemotaci au début du mois de juillet dernier. Plus de 3400 comprimés de méthamphétamine, plus de 1700 $ en argent canadien et de nombreuses armes à feu avaient été saisis par les policiers.

Le procureur de la Couronne demande au juge d’imposer une peine de pénitencier de deux ans à partir de maintenant.

«Il empoisonne les gens de sa propre communauté. C’est du poison la méthamphétamine», a lancé le procureur de la Couronne Me Éric Thériault.

Ce dernier a plaidé, entre autres, la gravité du crime et que Lucien Awashish faisait le trafic pour l’appât du gain.

Il a demandé au juge de prononcer une sentence exemplaire, une longue peine qui passerait «un message aux gens qui veulent profiter de la vente de méthamphétamine dans les communautés».

«La dissuasion générale doit primer. Le message doit être lancé et la communauté elle-même nous demande de le lancer», a-t-il affirmé.

Il faut dire que le procureur de la Couronne est revenu, lors des plaidoiries sur la peine, sur une lettre du grand chef de la nation Atikamekw, Constant Awashish, qu’il avait déposée au tribunal lors de l’enquête sur remise en liberté.

«La consommation de la méthamphétamine ainsi que des drogues en général est toujours une grande préoccupation sociale dans nos communautés atikamekw, davantage qu’en milieu urbain […] En effet, nous souhaitons voir des conséquences exemplaires pour ce type d’activité criminelle et surtout, nous souhaitons que nos jeunes puissent se développer dans un environnement sain», peut-on lire dans un extrait.

Le procureur a également fait valoir à titre comparatif que 3400 pilules à Wemotaci représentaient l’équivalent de près de 400 000 pilules trouvées chez un individu à Trois-Rivières.

«C’est énorme, c’est trois pilules par individu», a-t-il lancé.

L’avocat de Lucien Awashish pour sa part demande au juge de libérer son client qui a déjà purgé 153 jours de détention et de lui imposer entre 150 et 200 heures de travaux communautaires et plusieurs conditions à respecter.

«Je pense que c’est suffisant pour la détention, pour le reste, je pense qu’on peut encadrer monsieur pour faire en sorte que l’aspect dissuasif soit rencontré et qu’on s’assure qu’il ne recommence pas», a indiqué Me Sébastien Talbot.

L’avocat de la défense a plaidé que son client était un individu de 69 ans sans antécédents judiciaires, qu’il avait plaidé coupable rapidement, qu’il avait collaboré avec les policiers et qu’il exprimait des remords.

«On doit faire une analyse complète des circonstances particulières des individus autochtones avant de prononcer une sentence», a ajouté Me Talbot.

Ce dernier a exposé le passé de Lucien Awashish relié notamment aux pensionnats autochtones. Il a également indiqué au Tribunal que Lucien Awashish avait pris conscience des conséquences et des problèmes que son comportement avait amenés.

«C’est plus une erreur de parcours qu’on a aujourd’hui pour M. Awashish que quelqu’un qui a des valeurs criminelles ancrées en lui. Ç’a été extrêmement difficile pour lui de vivre cette période-là (de détention). L’effet dissuasif est atteint», a plaidé M. Talbot.

Le juge a pris le dossier en délibéré. Il rendra sa décision jeudi.

Avec Le Nouvelliste par  Audrey Tremblay